‹ L'abolition de l'esclavage (volume 4)Chapitre 13 sur 56 · LA SËPAMTIO^ DO NORD ET DU SID · texte numérisé non relu

LA SËPAMTIO^ DO NORD ET DU SID

d'Harper'a F«wwf [ISb») * la ém présMcBt UacoUi (1860).

Le 24 septembre 1858 ' l'empcreurde Russie, Alexandre, adressait ces paroles à la noblesse de Moscou et de Nicbni :

« Je TOUS ai parlé de la nécessité de procéder tôt ou lard à la réforme des lois qui régissent le servage, réforme qui decait venir d'en haut, afin qti'elle ne vînt poicCen bas

o J'aime la noblesse... je désire le bien-être du peuple, mais je n'entends pas que ce soit à votre détriment qu'il s'établisse; vous-même, dans votre propre intérêt, TOUS devez faire tous vos efToris pour améliorer la condition des paysans

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o J'entends avec regret qu'il germe parmi vous des sentiments égoïstes. Je le regrette, les sentiments égoista gâtent toute bonne chose; abandonnez-les; agissez de manière que cela soit bien pour vous et pas mal pour les autres ; je veux bien qtie vous pensiez à vos inlMts, mais n'oubliez pas ceux d'autrui. »

Qu'auraient pensé de ce langage Washington et Franklin? Auraient-ils imaginé que les républicains du nouveau monde recevraient cette leçon de l'autocrate de toutes les Russies, et qu'il resterait des esclaves à Baltimore, lorsqu'il n'y aurait plus de serfs à Moscouî

Hélas! de sombres prévisions assombrirent plus d'une fois la grande âme des fondateurs de l'Union américaine! La république des États-Unis eut ses patriarches, elle eut aussi ses prophètes.

Washington mourant a douté de l'union future de sa bien-aimée pairie.

Jefîerson a nettement proclamé que la cause de la séparation et de la ruine était l'esclavage.

Nous avons entendu les étonnantes prévisions de Cbaming.

Écoutons l'expression des mêmes craintes dans on témoignage plus récent.

A l'occasion de la célébration du centième anniversaire de l'occupation des forts Duquêsne et Pitt, qui a eu lieu à Pittsburg le 25 novembre 1858, le président des Etats-Unis a écrit la lettre suivante pour s'excuser de ne pas assister à la cérémonie :

aWashington, le !i2 norembrt.

fl Messieurs, j'ai eu l'honneur de leceroir rinvitation que vous M »"

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vez faite d'assister, le 25 de ce mois, au œutième anniversaire de la prise du Tort Duquesne; je regrette que l'urgence des afTaires pu- Uiques, à une époque aussi prodiaine de la réunion du Congrès, m'empêche de jouir de cette faveur.

g Tout patriote doit se réjouir en réfléchissant au progrès sans égal de notre pays pendant le siècle qui Tient de s'écoukr. Ce qui était au commencement un fort <^)scur, très-éloignê de la frontière occidentale de la civilisation, est devenu aujourd'hui le centre d'une ville pt^iu* leuse, commot^ale et maDuractiirière, envoyant ses abondantes («oductions aui États souverains qui sont encore plus à l'Ouest, dont les lerritmres Étaient alws un immense déseil inexploré et silencieux.

t An point actuel oii nous sommes arrivés, le patriote désireux ne peut manquer, en envisageant le passé, de jeter un coup d'œil sur l'avaiir et de rétlét^ir snr ce que pourra être la condition de notre pays lorsque notre postérité s'assemblera pour cél^irer le second anniversaire centennal.

• Kotre pays sera-t^l habité par une nation plus populeuse, plus puissante et plus libre qu'aucune autre qui ait jamais existé? on la fédération se sera-t-elle désunie et divisée par groiq>es d'États hostiles et jabuxtoufoienne serait-il pas possibleque d'ici là Ions les fragments épuisés par des luttes interminables se fussent 6nalemenl réunis et enssent cherché un refuge à l'abri d'un puissant despotisme?

c Je crois fermement que. grâce h la Providence divine, ces questions seront décidées par la génération actuelle. Nous sommes anivées ) uîie crise où de ses actes dépend la conservation de l'Union selon la lettre et l'esprit de la constitution, et cette union une fois détruite, (ont est perdu.

■ Je le dis à regret, les présages actuels sont loin d'être favorables ! A l'époque passée de lu iilépublique, on regardait prévue comme une trahison de prononcer le mot de désunion. Les temps sont malheureusement changés depuis, et maintenant la désunion est librement préconisée comme le remède à des maux passagers, réels ou imaginaires, qui, si on les abandonnait à eux-mcnics, s'évanouiraient promptemenl par la marche des événements.

« Nospères.quiont fait larévolutiou, sont morts; ta génération qui

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leur aviiit siiccédù et qui s'âl-iit inspirée de leurs conseils et de leui's exemples, a presque entièrement disparu. La génération atluelle, privéede ces lumières, doit, volontairement ou non, décider de h destinée de sa postérité. Quelle ait au foini du cœur une tendre affection p3ur l'union, «[u'elte résiste à toute mesure qui tendrait à relàclier ou à dissoudre ses liens; que les citoyens des États dift'érents entretiennent des sentiments de bienveillance et d'indnlgence les uns à l'égard des autres, et que tous prennent h résolution de la transmettre à leurs descendants sous la forme et l'esprit avec lesquels elle le<ir a ét^ laissée par leurs pères, et tout ira bien alors pour l'avenir de notje pays.

« Je prendrai la libellé de devancer les années à l'occasion d'un autre mal dangereux et qui va grandissant. Dans les époques passées, iÀen que uos pères, de même que nous, fussent divisés en partis politiques qui eurent fréquemment à lutter les uns contre les autres, dous u'apprenous pas que jusqu'à une période récente ils aient ai recours à l'argent pour faire leurs élections. Si cette pratique doit aller en grandissant jus<(u'au point que les électeurs ou leurs représentants dans la législation des États et dans la législature nationale en soient infectés, la source du gouvernement libre se trouvera empoisonnée, et nous aboutirons, comme le prouve l'Iiistoire, au despotisme militaire.

« Tout le monde s'accorde à penser qu'une république démocratique ne peut durer longtemps sans vertu publique. Quand celle-ci est corrompue, et que le )>euple devient vénal, un cbancre dévore les racines de l'arbre de la liberté, le fait dépérir et mourir.

« Priant le Dieu tout-puissant que votre postérité la plus" reculée puisse continuer d'âge en âge, dans les siècles à venir, de c^ébrer l'anniversaii-e de la prise du fort Duquesne, en paii et en prospérité, sous la bannière protectrice de la constitution et de l'union, je suis votre très-respectueux ami,

« JitMEs Bdchaman. ji

Le même nom qui termine les mcssa-ges dont nous avons présenté l'analyse se lit au bas de celte lettre mélancolique. Il y a dans le même liomme un penseur et un

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ÉTATS-UNIS D'AHÉRlOliE. U»

avenlurier, un patriote et un négrier, il y a de même devant les Étals-Unis une double destinée, la conquête ■ brutale ou la grandeur pacifique, l'ambition ou la jus* tice, un abîme de dégradation ou un magnifique idéal d'élévation morale.

ËcoutODS ce bel idéal exposé par un grand esprit' :

t Comme peuple, nom avons la conviction que la divine Providence MUS a donné une mission importante et nous a choisi pour travailler > produire dans te monde une civilisation plus avancée que celle dont ii jouit. Nous nous regardons comme un peuple qui a à rem|dir une grande destinée, une destinée glorieuse pour nons et bienraisaiite pour I(s autres. C'est là un fait qui prouve des instincts généreux et une Mt nature, certainement il contribuera beaucoup à entretenir dans nos âmes de hautes aspirations, et nous mettra dans la nécessité de suivre les voies d'une ambition légitime. Nons nom croyons le pevple de l'avenir, et cette croj-ance servira beaucoup à faire de nous ce peuple. Il y a plus de portée qu'on ne le pense dans l'eipression populaire : Destinée manifeste. Nous avons une destinée manifeste, tous les peuples le voient et l'avouent, quelques-uns avec oraiote, d'autres avec espoir; mais ce n'est pas précitiément celle que supposent nos journalistes ou nos Dibustiers. Ces flibustiers peuvent \âea, sans le sav(Hr, pi-éparer les voies à la Providence. 11 peut se faire que nous soyons appelés à étendre notre domination sur tout le continent d'Alaérique ; mais c'est là peu de chose, c'est là un objet indigne de i'am- Iriliwi d'un véritable Américain ; nous ne devons souliailer celte domination qu'autant qu'elle serait utile aux pays annexés et nécessaire à la séeiiritê de nos fiontiëres, qu'autant qu'elle favoriserait rétablissement du nouvel ordre social. La destinée manifeste de ce pajs est beau- CMip plus noble, plus élevée, d'un ordre beaucoup plus spirituel, c'est la réalisation de l'idt'al d'une société chrétienne pour l'ancien et le nouveau monde. ■

■ H. Brownson, Quarlerly Rewiew, Boston.

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Cel idéal esl bien loin. Les États-Uûis voienl leur honneur diminuer à mesure que s'accroissent leur territoire, ils voienl l'esclavage el la licence déshonorer de plus en plus la liberté; ils deviennent en même temps le peuple le plus puissant du monde el le plus discrédité. Ils grandissent, mais portant le poids et la honte de celte monstrueuse faute originelle qui est Ve$davage au sein d'une république chrétienne.

A l'idéal d'une société chrétienne ils opposent le lugubre aspect d'une société menacée des déchirements de la guerre civile.

Guerre de journaux, guerre de scrutins, guerre de tribunaux!

Pendant que la Cour suprême décide qu'un propriétaire peut s'établir, avec ses esclaves, sur un territoire fédéral, la Cour d'appel d'AIbany, après un procès qui a duré huit ans, proclame que tout esclave qui touche le sol d'un État libre devient libre, à moins qu'il ne soit fugitif*.

' On ëcrit de New- York, le 1" fëmer 1860, à la GowWe des Tributmx: 1 La Cour d'appel d'Albanj Tient de rendre son arrêt dans une iflàiie ei- CŒsWemeDt imporlaQle qui dure depuis huit ans, et qui prend un noniel intérêt dans l'agilation que caïue la question de Tesdavage au sein du Farl^ ment et dans l'opinion publique. Quelques etforts qu'aient tû\s les partisans du Irarail forcé, les magistrats de trms juridictions diverses ont appliqué tes principes consacrés en matière d'affranchissement par la loi et la législalioa frantaises.

t Au mois de novembre 1852, un ciloven de la Virginie, H. Jonathan Lemnon, arrita k New-York ï bord d'un vapeur de Morfolt, arec sa t&nme et hvut jeunes esclaves qu'il emmenait au Tcias, oii il avait l'intention d'aller s'établir. En attendant qu'il se réembarquit pour le lieu de sa destination, il conduisit les nègres dans une humble pension. Hais un honune de couleur libre les y diicouvrit, et it obtint un mandat à'habeas corpus pour

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ÉTATS-UNIS D'AHËRIQUE. 147

La loi sur les fugitifs est loin d'obtenir partout une

exécution soumise. Plusieurs Ëtats du Nord, le Massa-

cbussetts {Seaion act$ 1855, p. 924), leWisconsin (re-

viied ttatutei, i858, p. 912); le Vennont (Se$$ion acls,

taire comparaître les huit esclaies dennt un juge de la Cour suprême.

c L'agitation fut graude i Nev-York. Les déiDocrates préteadirenl qu'un hatùlant du Sud aiail le droit de passer en transit dans les Étals libres, arec tout ce qui est coimdéré comme sa propriélé par lea lois de l'État où il résidait. Les abolît iounistes et les diverses nuances qui ont formé depuis le parti républicain soutinrent au contraire qu'un nËgre était Itbre du moment qu'il touchait le sol d'un État libre, ï moins qu'il ne se fût enfui de l'Étal où il était retenu en esclavage.

t Le juge Paine fut de ce dernier avis, et déclara, par une décision longuement motiTee, que sous aucun préleite on ne pouvait introduire d'esdates dans l'État de New-York; il ordonna que les huit nigres cités devant lui fussent immédiatement mis en liberté.

• Ce verdict produisit une sensation profonde dans les Etats du Sud. Les abditionnistes de New-¥ork s'étaient empressés de faire une souscription qui ]at)duisit 30O ou 400 dollars, et qui permit d'envoyer au Canada les huit esclaves af&anchis. De leur côté, quelques négociants qui étaient en relation d'afbires avec le Sud réunirent, au moyen de contributions tolonlaires, la somme de 5,000 piastres, destinée i, indemniser H. Lemnon de la perle qu'il Tenait do faire, fleinement satisfait de cette réparation pécuniaire, ce Virginien reprit la route de son Ëtat, sans plus songer ni au Texas ni ï tes esclates; mais les planteurs et les politiques du Sud en^sagèrent raltàirede plus haut. Le gouremeur de la Géorgie s'en occupa dans son message de ■ S'il est Trai, disait-il, que let eileyens des États k esclaves qui, parla

• force des circonatances ou pow leur convenance, cherchent un passage au ■ travers d'un État libre, accompagnés de leurs esclaves, soient par ce fait ( seuls dépossédés de leurs propriétés; s'il est vrai que ces enclaves soient 1 ainsi émancipés, il est tempe que nous connaissons les motifs d'une telle

• assertion. La répétition de tels attentats sei-otl tm légitime motif de guerre

• arec l'État qui tes ferait udlre on qui les souffrirait. ■

t Le gouverneur de la Virginie fiit encore plus explicite, et demanda 1 sa législation qu'elle intervint pour &ire appel, au nom de l'Ëlat, de l'arrêt du juge Paine i la Coor suprême de New-¥oit.

• Cette affaire vint le H décembre 18S7 devant cette Cour, qui confirma la dédsîon d'alfrandiisteroeal. L'Ëlal de la Virginie fit appel de nouveau de-

1858, p. 42), s'opposent à celle loi par des actes formels, permettent à l'esclave de demander un jury pour le juger, punissent l'emprisonnement arbitraire, elc.

EnQn la guerre descend dans la rue et l'alTaire lugubre d'Harper's-Ferry' remplit d'une épouvante mêlée de rage tous les Étals du Sud.

Dans l'État de Virginie, sur les confins du Maryiand, est le petit arsenal fédéral d'Harpers-Ferry. Au commencement d'octobre 1859, une centaine de noirs s'en empare tout à coup. A leur tête est un fermier nommé Bronn, ses Sis etquelques blancs. Dans l'arsenal où étaient déposées des sommes importantes, la bande reste deux jours sans rien prendre, si ce n'est des fusils. Pas de police : on n'a rien prévu, on ne sait rien, mais on croit tout, on imagine des ramifications étendues; la terreur se répand à Richmond ; pas de milice : on arme trois compagnies de volontaires; deux reviennent, les hommes ayant au retour meilleur mine qu'au départ; la troisième va jusqu'au bout. Le gouverneur Wise demande des troupes au président Buchanan. Quatre-vingt-treize

yant la Cour d'appel d'Albany, el ce n'est qu'après deux ans qu'elle a élé plaidée et qu'un arrël déËnitif a élé rendu.

t Les intérêts esclavagisles ont élé soutenus avec un grand talent par M. Charles O'Connor; ïl. Williams Evarls a élé le non moins éloquent avocat de la cause républicaine. Cellu dernière a triomplic complélement, et l'arrêt rendu a levé loute incertitude en pareille matière. Il déclare que les lois de l'État de Nciv-ïork ne protègent ni ne tolèrent dans ses limites une propriété consistant enesclaTcs, et il cite notamment une loi de 1817 qui, combinée avec la œnslitulion fédérale, donne la liberté ï quiconque, s'il n'est pas fugitif, touche le sol d'un État libre, i

• Les dépêches, adressées au ministère des affaires élrangÈres, sur cet incident caractéristique, nous ont élé communiquées arec beaucoup de bien- Teillance. Tout le récit est donc aulhcnlique.

KTATS-UMS D'AMÉRIQUE. U9

soldats de marine, seule troupe disponible du gouvernemcDt des Élals-Unis, sont envoyés de Washington. Quelques heures suffisent pour déloger, décimer cl disperser la bande. LeTieuxBrownestsalsi, frappé de quatre coups de sabre et de deux coups de baïonnette; ses deuï Bis sont tués près de lui. Des principaux meneurs, cinq, Cook, beau-père du gouverneur de l'Indiana, Gopeland, Copp, Greenie, Stevens sont arrêtés, Douglas s'enfuit et gagne le Canada, Gerrit Smith devient fou ; on commence le procès.

L'arsenal, les troupes qui le gardaient, appartenaient au gouvernement fédéral, Harper's-Ferry était au Maryland autant qu'à la Virginie. Cependant le président élude la responsabilité, fort content de se laver les mains de cette affaire. Elle est jugée à Charicston en toute hâte. On n'attend ni la guérison de Brown, ni l'arrivée de son avocat, ni ses témoins, ni le retour du calme. Brovrn comparait demi-mourant, mais l'âme vivante et Hère. On n'obtient de lui pas un aveu, pas un regret. 11 est condamné à être pendu.

L'opinion est plus féroce encore que la justice. Ce vieillard mourant, captif, condamné, pleurant ses fils, les écrivains l'insultent dans les journaux, les femmes s'en moquent dans les salons. Ln pitié devient un délit, et, pour le punir, on applaudit à l'arbitraire. Un homme a parlé de sympathie, on le met en prison ; des voyageurs qui passent en chemin de fer, convaincus d'avoir causé trop favorablement, sont arrêtés. Un marchand de Savannah, pour le même crime de sensibilité inopportune, est goudronné, roulé dans les plumes, arrête, exilé. I^e

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150 L'ESC LAVAGK.

bruit court que les nègres s'insurgent et se rassemblent pour venir délivrer old Bronm. Les volontaires se rassemblent, on se lève la nuit, on tremble, on s'agite, en proie à une panique ridicule. Le condamné attend courageusement sa fm, les accusateurs tremblent comme des criminels qu'on poursuit. On ne veut pas différer jusqu'à Touverture de la législature, de peur qu'il ne soit question de commuer la peine. Le 2 décembre, Brown est pendu.

Le gouverneur Wise avait écrit à M. Wood, ancien maire de New-York: a Brown sera certainement pendu, et son corps sera remis aui chirurgiens pour être transporté hors de l'État, afin que sa carcasse ne puisse pas souiller le sol de la Virginie, so that the carcass shall not pollute Ihe soil ofVirginia\

On juge eton exécute ses complices*. Trois fois l'échafaud est dressé pour eux. Leur mort ne termine pas l'agitation. Un livre contrel'esclavage est interdit, aux termes d'un article du Code de la Virginie {chapitre csvm, section 24), qui oblige le directeur des postes, bien que fonctionnaire fédéral, à informer l'autorité, s'il reçoit des documents abolitionnistes, et condamne au feu ces documents. Les volontaires continuent à jouer au soldat, i s'appeler major ou sergent. Les femmes jurent de ne plus porter que des étofTes de la Virginie ; un bal en robe de bure est donné; au second bal, offert à la fille d'un citoyen de la Caroline du Sud % envoyépour frater-

* WashiogtoD Stales, 7 noTenibre tSSS.

■ Les derniers, Slevenset Haziett, ont étéjiendus le 16 mars 1860. ' M. Memminger qui, reça par la législature, y parla pendant quatre heures et demie.

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niser avec la Virginie, la peur d'être laides l'avait emporté sur l'envie d'être patriotes. Dans les meetings, on parle de terminer le chemin de fer, d'organiser des relations maritimes directes avec la France el l'Angleterre, de lever une milice, de fonder des manufactures, de ne plus rien demander ni envoyer an Nord, afin de l'affamer. On parle de scission commerciale et politique.

Le premier magistrat des États-Unis, rencontrant dans son message de 1 $60 ce sanglant épisode, consacre à te raconter des paroles dont la froideur étudiée ajoute un trait de plus à ce tableau de mœurs déshonorant. Il fait des vœux pour que l'opinion passe à un autre objet; il s'écrie que l'UnioD ne serait plus tenabic si quinze Ëlats étaient sans cesse menacés de semblables insurrections, a Si la paix da foyer domestique de ces Ëlals était jamais attaquée, dit-il, si les mères de famille ne pouvaient rentrer chez elles pendant la nuit sans avoir à appréhender te sort cruel qui peut les attendre, elles et leurs enhnls, avant le retour du jour; ce serait en vain qu'on parlerait à ce peuple des avantages politiques qui résultent pour lui de l'union... Tout État de société dans lequel l'épéeest continuellement suspendue sur ta tét£ du peuple doit être intolérable. »

Est-ce que tes esclaves n'ont pas de foyer domestique? Est-ce qu'il n'est pas de mères de famille esclaves? Est-ce que le fouet, sinon t'épée, est-ce que la potence, ne sont pas continuellement suspendus sur la tête de ce peuple infortuné? Leur situation est donc intolérable? Ne dites pas que le danger vient des noirs. L'affaire d'Harper's-Ferry prouve leur apathie presque

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complète; mais cite établit non moins clairement à quel degré de bassesse, d'impuissance, de folle (erreur, de vaine fanfaronnade, sont réduits les maîtres entre ces deux classes ennemies; l'ombre même de la justice a disparu, la paix n'est plus qu'une trêve de la vengeance; après un temps plus ou moins long, la colère éclatera, ce sera le jour où l'esclave reconnaîtra qu'il est le plus fort, et qu'ainsi le seul droit sur lequel s'appuient les maîtres passe de son côté.

Il est bien temps de remonter la pente d'un abîme si boDieux.

Jetons en arrière un regard attristé.

Hélas! que de chemin en un demi-siècle! L'homme croit qu'il peut manger le fruit défendu, puis passer le revers de sa main sur ses lèvres et dire : C'est iini! Qux abslergms os mum, dixit ; Non sum operata ma- /um/ Comme le bien, le mal est une semence d'où sort en peu de temps une effroyable et inévitable fécondité.

En 1787, les fondateurs de l'indépendance ne consacrent pas même une syllabe à l'esclavage dans la CoDslitution: ils appellent les esclaves des fj^rsomt^.

Qu'on ferme la Constitution, et qu'on ouvre les lois des Etats à esclaves, et l'on y trouve, nous l'avons dit, des dispositions inconnues des législateurs païens; l'affranchissement interdit ou entravé, l'instruction interdite, le mariage à peu près impossible, l'emprisonne* ment contre tout auteur ou propagateur d'un écrit favorable à l'émancipation , le noir libre banni.

En \ 820, il faut tracer une ligne pour partager entre la servitude et la liberté le territoire de la patrie.

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Depuis cette époque, des deux côtés de celte ligue, un se hâte à qui organisera le plus vite des territoires nouveaux pour jeter le* poids de leurs droils et de leurs votes ddus le plateau de la balance qui appartient au Sud ou dans le plateau du Nord. L'envahissement devient le mot d'ordre de la politique; les aventuriers sont ses instruments; l'annexion du Texas est son chef-d'œuvre.

En i850, le eomprotnù qui avait paru un triomphe, même aux partisans de l'esclavage ', ne leur semble plus suffisant. On concède la loi des fugitift, la terre de la liberté n'est plus un lieu d'asile; les forces de l'État tout entier sont aux ordres des maîtres qui vont à la chasse de leurs esclaves. L'esclavage peut désormais franchir la frontière d'un état libre. Par le bill du Nebraska, il peut forcer les portes de la Confédération elle-même.

Quoi! le Congrès ne conserve-t-il pas la puissance de discuter un nouvel État, avant de l'admettre, et de refuser l'entrée au crime ou au désordre traduits à la hâte par des mains suspectes en articles de constitution?

Non, en 1859, la Cour suprême reconnaît et le président proclame le droit pour tout citoyen de transporter ses biens de toute sorte, y compris tes esclaves, sur les territoires communs appartenant à tous les Ëtats de ta confédération, et d'y être protégé par la constitution fédérale {Message de 1859). Ainsi on peut semer l'esclavage sur un territoire qui ne le connaît pas, puis, quand il a grandi, on peut en (aire l'objet d'un article dans

< Le compromis de Missouri a été présenté par dea propriélaires d'esdïTes, Goutenu par eui, voté par eux, approuvé par le président Honroe et un cabinet, dont M. Calboun faiaait partie. (OiicoundeM. Sumner.)

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une constilulioa locale, el nulle puissance n'a le droit d'arracher la plante empoisonnée. Le crime se change en fait, le fait en droit local, le droit local en droit constitutionnel, et le successeur de Washington écrit tranquillement : « C'est une preuve frappante du sentiment de justice qui est incarné dans notre peuple, que la propriété des esclaves n'a Jamais été troublée dans aucun des territoires. Si pareille tentative avait eu lieu, la juslice y aurait sans aucun doute porté un remède efficace. Si elle venait par la suite à être insuffisante, il serait temps de renforcer sa puissance par une autre législation. » {Message de i^bQ .)

En 1787, l'esclavage n'est toléré qu'à une voix de majorité. La traite, en 1808, est solennellement abolie.

En 1856, on Ht, dans un message ofûciel du gouvernement de la Caroline du Sud, ce vœu répété depuis par le gouvernement de l'Alabama :

a Pour maintenir notre position, nous avons besoin d'avoir le travail à bon marché. Cela n'est possible que par un seul moyen, la reprise de la traite des esclaves : c'est une absurde sentimentalité que celle qui se pâme à l'idée de rendre légal ce commerce. »

En 1860, le nombre des Étals à esclaves a doublé, le nombre des esclaves a quadruplé, l'industrie locale de Vélèce du bétail humain a succédé au tratic international, la traite vit encore; on ta pratique secrètement, on l'invoque publiquement. Enân, dans les élections, dans la presse, dans le choix des fonctionnaires, une seule question divise, agite, décide, la question de l'esclavage. Le Sud parle bien haut de se séparer du Nord. L'Union

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est déchirée, la guerre civile est iraminente.

Les deux fractions d'un grand peuple composé de trente millions de chrétiens sont au moment de se séparer ou de se dévorer, et ils jouent leur honneur de peuple libre, leur destinée de grande puissance, pour le maintien d'une monstruosité répudiée par la chrétienté tout entière. L'Évangile rtete enfoui sous les balles de coton, et si Washington, revenant ,sur la terre, était élu président de la République, le Sud refuserait de le reconnaître, et proncwcerait l'Union dissoute.

C'est la réponse donnée par huit Étals à l'élection du président Abraham Lincoln.

On peut dire que la menace de désunion a précédé l'Union*.

En 1787, pendant qu'on discutait la Constitution, la Géorgie et ta Caroline du Sud déclarèrent qu'elles n'en* treraient pas dans la fédération, si on ne tolérait pas la traite des esclaves durant vingt années au moins; on la toléra jusqu'en 1808.

En 1794, au moment où le grand juge John Jaj, d'après les instructions de Washington, négociait un traité avec l'Angleterre pour les indemnités dues aux marchands anglais, la Virginie, la patrie de Washington, déclara publiquement qu'elle se séparerait si le traité était ratifié ; il le fut cependant.

En 1820, le compromis du Miêtouri eut pour auteurs les représentants du Delaware et du Maryland, États à esclaves, el ne fut voté que parce que l'Union fut déclarée en danger.

' Ch. Sumner, Dwcoiwi ait meeting de Framinghaw , H octobre 1860.

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En 1S50, à l'occasion de la question des tarifs, la Caroline du sud menaça ouvertement de se retirer de la fédération.

En 1855, mêmes clameurs, lorsque John Quinq Adams apporta au Congrès des pétitions contre l'esclavage.

De 1840 à 1850, au moment du projet connu sous le nom de proviso WHmot, à propos de l'admission des lerriloires de l'Utah, du nouveau Mexique, de la Californie, au sujet enlin de la loi des fugitifs, le cri de désunion fut sans cesse proféré. On l'opposa, en 1856, à l'élecdon àa colonel Fremont. En 1859, la nomination d'un nouveau speaker; en 1860 ', la publication d'un livre important contre l'esclavage {the impending crisis, par M. Helper), livre auquel 67 membres du Sénat donnèrent leur adhésion, suffirent pour que la menace de séparation s'élevât de nouveau.

On le voit, c'est toujours le Sud qui a voulu rompre le lien fédérai. Le parti de la liberté est aussi le parti de l'union, et dans le fameux discours qui commença sa carrière politique, en attaquant au sénat, le 26 août 1852, le fugitive slave Bill, peu d'années avant le jour oii il fut assommé en pleine séance par un sénateur de la Caroline du sud, Charles Sumner eut raison de formuler cet axiome, devenu le texte de tant d'écrits : Freedom national, slavery sectional, la liberté est nationale, l'esclarage est séparatiste.

On le voit aussi, toujours la menace a été faite, jamais

*CeUe nominalion eiigoa des scrutins répétés pendant ioai mois.

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ÉTATS-UNIS D'AHÉRIQUË. 157

elle n'a été réalisée. Maïs elle est devenue plus sérieuse, et elle a été jetée d'avance comme un défi à l'élection ' présidentielle de 1861.

Écoutez le message inaugurai du gouverneur de la Virginie, en février 1860. Il propose un projet de convention ou de conférence sur les questions qui divisent les Ëlals, puis il ajoute :

I On objectera peut-être que ce plan tend â uae désunion. Je l'accorde, iiaii le danger de la désunion n'cst-il pas inuniuent, et les esprits ne sont-ils pas, an Nord et au Sud, agités profondênient par h crainte que.les j'oins de l'iiLiion ne soient complés? les discours en fa- Teur de la désunion sont à l'ordre du jour des corps dûlibéraiits, nationaux ou généraux, et la presse est remplie d'articles édités, conunnniqués ou cités sur ce sujet. Les législateurs du sud s'occupait de rechercher les meillciu^ moyens de protéger rhonneur et les droits de leur Eut, et prennent des mesures pour armer et discipliner la milice, dans le seul hut de se protéger et de se défendre, soit unis, soit séparés (eitherinoroutof tke Union). Chacun voit et sent le dangerqui nous menace, chacun regarde la désunion non-seulement comme un événement possihie, mais eitrêmement prebablc et peu éloigné {not onhj a possible, but a Ingktij probable event, and at not distant day). »

D'avance il proteste contre l'élection d'un président républicain, c'est-à-dire aboUlionniste. Le Sud devrait résister, dit-il , car

u L'idée de permettre qu'un tel homme ait dans les mains l'armée, la marine des Ébts-Unis, la nomination des plus hauts fonctionnaires, ne peut être supportée par le Sud un seul instant. »

C'est au milieu de ces menaces bruyantes qu'a eu lieu, le 6 novembre 1860, la nomination des électmtrs fédé-

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raux chargés de nommer le président de la confédération.

Jusqu'ici le Nord, bien qu'il eût plus de deux millions de suffrages à opposera un million, n'avait pu les réunir sur un même candidat; les voix du Sud, toujours compactes, avec l'appui du parti intermédiaire assuraient la majorité. Cette fois, deux faite nouveaux se sont produits. La formation d'un grand parti politique modéré, bien dirigé, choisissant et gardant son terrain avec habileté, est, dans tous les pays libres, le meilleur instrument de succès d'une opinion raisonnable. Tant qu'une idée est aux mains des violents, elle échoue parce qu'elle effraye. Les abolitionnistes avaient plus d'une fois compromis l'abolition. La loi des fugitifs, thème des discussions passionnées qui précédèrent l'élection de 1856, était un terrain plus conteslable, au point de vue du droit des Ëtats et du texte de la Constitution que la question du Kansas, c'est-à-dire celle de l'admission d'un Ëtat nouveau daus la Confédération, question fédérale au premier chef. Le parti répitblicain, fortement organisé dans toutes les villes importantes, s'est rallié avec habileté dans cetle position avantageuse, il s'est essayé avec succès au dedans du Congrès par plusieurs débats heureux au dehors, par des élections locales, et par de grandes assemblées ou conventions préparatoires, et au jour décisif, les voix se sont groupées dans tous les États libres, excepté un seul', pour la première fois, autour des candidats de ce parti.

' Le New-Jersey.

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Le Sud s'est en quelque sorte pris au ]>iégc de ses propres combinaisons. A un candidat ont été opposés trois candidats, représentant sur la question de l'admission des Etats nouveaux des différences d'opinion presque imperceptibles; le premier plaçait au>dessus du droit du Congrès le droit des maîtres, le second le droit des territoires avant leur admission, le troisième le droit des États après leur admission dans l'Union fédérale. Ces nuances ne justiQaient pas la division, elles n'en étaient que le prétexte : le but était d'empêcher que personne n'obtînt la majorité absolue, et de renvoyer l'élection au Congrès. Or on sait, et c'est là le mécanisme qui explique toute cette combinaison, qu'aux termes de la CtHistilution (art. Il, sect. i, 5) la Chambre des représentants, nommée au prorata de la population, tandis que le sénat est composé par Ëtats, on sait, dis-je, que la Chambre des représentants, en cette occasion exceptionnelle, vole par État$. Les forces des partis extrêmes se balançant à peu près également, c'était assurer le triomphe au candidat du parti intermédiaire. Celte lactique a éciioué dès la nomination des électeur$ fédéraux. K une immense majorité, ils ont été chargés de nommer président M. Abraham Lincoln, ancien ouvrier, parvenu par son travail ii ta fortune, et par son mérite à l'honneur de représenter l'État de rillinois au sénat, partisan actif et déclaré de l'abolition de l'esclavage.

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^ 'î. — De l'élection * l'instnllatlon da Président Uneoln.

Au vote parfaitement régulier qui a donné la majorité au Nord, la Caroline du Sud a répondu en poussant le cri et en donnant le signal d'une séparation immédiate. Puis cet État, passant de la menace au fait, a bruyamment opéré sa séparation, le 20 décembre, et le 24, le gouverneur publiait l'avis suivant :

a Son Excellence Francis W. Pickens, gouverneur et commandiint en chef fie l'ÊtaLde la Caroline du Sud.

« Attendu que le brave peuple de cet État assemblé en Convention, par une ordonnance unanimement adoptée et ratifiée, )e vingtième jour de décembre, en l'année de notre Seigneur 1 860, a abrogé une ordonnance du peuple de cet État, adopté lu TÎngUème jour de mai, en l'année de notre Seigneur 1788, et a par là dissous l'union entre l'État de la Caroline du Sud et d'autres États sous le nom des États- Unis d'Amérique, moi, comme gouverneur et comme commandant en chef de l'État de la Caroline du Sud, en vertu de l'autorité dont je suis investi, je proclame en conséquence par la présente, en face du monde, que cet Élut est et a le diviit d'être un État séparé, souverain libre et indépendanli et que, comme tel aussi, il a le droit de faire la guerre, de conclure la paix, de négocier des traités, des ligues ou conventions, et de faire tous actes quelconques appartenant légitimement & un État libre et indépendant.

n Donné sous mon seing et le sceau de cet État, à Charleston, le vingt-quatrième jour de décembre, en l'année de notre Seigneur 1 860, et en la quatre-vingt-cinquième de l'indépendance de la Caroline du Sud.

» F. W. PiCKEHS. »

On a osé invoquer Dieu, au moment ou d'une main

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ÉTATS-UNIS D'ABIÈRIQUE. 161

impie, un peuple sacriGait sa pairie pour conserver ses esclaves!

Le 17 septembre 1787, Dieu fut invoqué par ces honnêtes grands hommes qui écrivaient en tête de la CoDSlilation des Ëlals-Unis ces mémorables paroles :

« Nous, le peuple des États-Unis, aQn de former une union plus parfaite, d'établir la justice, d'assurer la (ranquilUté intérieure, de pourvoir à la défense commune, d'accroître le bien-être général etderendredurables pour notre postérité les bienfaits de la liberté, nous établissons cette constilulion... »

Le 20 décembre 1860, voilà ce qui se passait à Charleston :

f La sc^e était Aes phis gi-aikli(»es et des plus imposantes. I^e peujde était là, représenté par ses mandatures les plus élevés, presque tous des patriarches, «les digmlalres, des prêtres, des juges. Au milieu d'un profond silence, un vieillard, le révérend docteur Biwh- Bon s'est avancé, et, levant les mains, il a prié le Dieu tout-puissant de répandre ses bénédictions sur ce peuple et de favoilser l'acte qu'il ailût accomplir. Toute l'assemblée s'est levée, et, la tête découverte, a écouté ce touchant appel au sage dispensateur des événemerUs.

■ A la fin de la prière, le préiident s'est avancé avec le parchemin consacré, sur lequel était ingcriie la décision de l'Étal. Avec lenteur et soteonilé il en a donné lecture; mnis brsqu'il a prononcé le mot de i dissolution >, les cœurs n'ont plus pu se contenir, et une acclnmalion formidable a ébranlé les murs et s'est élevée vers le ciel.

I Les membres de la Convetitioii se sont ensuite avancés, et un à un ont signalé Li résolution ; après quoi, au milieu des phts brujants ^Uudissemenls, le président a déclaré l'État de la Carobne du Sud une nationalité indépendante et distincte. »

Le sage dispensateur des hénementi a fait du peuple

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'qui l'implorait en 1787 l'une des premières nations du inonde. Peut-on, sans l'offenser, supposer qu'il réserve des destinées comparables à la Caroline du Sud ?

Les plans de cetËtat sont gigantesques : il veut établir une confédération indépendante, composée des Ëtats du Sud, enrichie par le libre-échange, peuplée par la traite des noirs, agrandie par l'invasion de l'Amérique centrale, du Mexique, de Cuba, maîtresse de ce port merveilleux qu'on nomme le golfe du Mexique.

L'idée d'une scission dans l'immense nation desÉtate- Unis s'est souvent présentée aux esprits prévoyants; on peut l'accueillir avec faveur, on peut la souhaiter, parce que les trops grands Ëtats, on le sait bien, sont peu favorables aux libertés publiques ; tous les vastes territoires enfantent des Césars. Mais se séparer pour être plus libre, ce n'est pas le vœu de la Caroline, elle se sépare pour conserver, étendre et perpétuer l'esclavage.

Qu'est donc cet État si audacieux et sur quicomplet-ilî

La Caroline du Sud est, après le Delaware et le Maryland, le plus petit Étal à esclaves. Elle occupe 29,385 milles carrés : elle n'a que 22 habitants par mille carré, au total : 668,507, savoir ;

274,563 blancs ;

8,960 noirs libres; 384,984 noirs esclaves '.

Parmi les blancs, au-dessousde 20 ans, il y en a 1 sur

< CescfaifTi'es saol ceux liu recensement de 1S50. Celui de 1860 indiquu i07,I85 noirs contre 308,186 bkacs, en tout 715,371 habilants.

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18 ne sachant ni lire ni ^rire. La principale \ille, Ctinrleslfln, atteignait, en 1790, uacliirTred'importalionégal à2,66'2,000 dollars; il était tombé à 1,750,000 dollars eDl855. La Caroline du Sud coûte à ta fédératioD plus qu'elle ne rapporte; elle est en décadence.

Sur qui compte ce petit État* Il a provoqué, il a obtenu l'adhésion de sept Étals du Sud, savoir : le Mississipi, l'AIabama, la Floride, la Géorgie, la Caroline du Nord, puis la [jouisiane, qui ne pourra longtemps empêcher ta navigation du Mississipi d'être libre, et le Texas ', dont la persévérance est douteuse parce qu'il est intéressé à recevoir du Mexique, des États voisins et de l'Eui-ope, des émigrants libres, pour peupler son immense territoire : 274,562 milles carrés, habité seulement, en 1860, par 400,000 blancs et 180,000 esclavps.

Un président a éténommé, un drapeau a été choisi, un nom a été pris, et la république des États confédérés prend place audacieusement h côté de la république des EtaU' Unis.

De quoi se compose la nouvelle Union?

L.es cinq premiers États formeraient, avec la Caroline du Sud, une nation composée de 2,124,698 blancs', avec 1,747,186 esclaves et 26,81 9 noirs libres. Mais (on

. ' Surface du Tem 274.562 milles carn^

Surface de la France 200,000

Surbce de l'Anglelerre et du pays <le Galles. . 57,855 Cet l'iimease territoire doit être un jour divisé en quatre Etais.

(Olmstbb, Texas loarney, p. 418.) la ctHirédéralion du Sud oe peut défendre leTeias sans disperser ses furces ; s'il est attaqué, s'il se soulève, il est perdu pour elle.

* Ce sont le» chiffres du recensement de 1850. V. à l'Appendice, \ea diiffres de 1860, wniius trop lard en Europe pour être insérés ici.

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{U r/ESCLWAGi:.

laissant à purt les deux Étals douteux, la Louisiane et le Texas), les huit autres États à esclaves ; le Tennessee, la Virginie, le Kentucky, l'Arkansas, la Caroliue du Nord, cl surtout le Missouri, leDelaware, leHaryland, les États à taba£, les États voisins du Nord, border ttates, qui n'ont presque plus d'esclaves, renferment une population de 4,055,679 blancs, 191,309 noirs libres et 1,455,120 noirs esclaves, population qui resterait unie aux 15,454,586 habitants des seize Étals du Nord. Ce serait donc, d'un côté, 18 millions d'hommes libres, ayant les ressources nécessaires pour transformer bientôt en affranchis \ ,500,000 hommes de plus, et de l'autre crtté, 2 millions de blaucs en face de 2 millions d'esclaves sur un espace immense.

Oui, dit-on, mais c'est la patrie du coton! L'Amérique du Nord et l'Europe sont (ributaires de la terre privilégiée qui produit le coton ; avec le coton, elle défie le monde entier.

La nature a entouré d'un duvet blanc et mou, au sein de leur enveloppe, les semences d'un arbuste rabougri, de la famille des malvacées, qui se plaît seulement entre les dix parallèles, au nord et au sud de l'ëquateur. Co duvet tient occupés, dans l'ancien et dans le nouveau Monde, 8 millions de créatures humaines, moitié à la culture, moitié à l'ouvraison, moitié à le recueillir et à le séparer, moitié à en disposer parallèlement las fibres et à les réunir par une torsion suflisante'.

I,' intelligence humaine s'est exercée depuis un siècle

' V. le trava'l niltu'r.ilile, In 3 l'AcudJinic des sciences morales, parN. !.. Itejjjaiid, sur l'industrie du colon. Journal des économistes, janvier 1861 .

D.nt.zedbïGoOglc

ÉTAT:S-UMS D'AMKRIQUK. HÏ5

H'une mamèrfi merveilleuse pour aider, par (riu^*;- DÎcnses machines, ce double travail. En 76 ans, de 1 784 àl860, l'exporlalion s'est élevéede 71 balles à i. 775,000. En 60 ans, la consommation s'est élevée de '20 millions à^milliardsetdemi, lesprixsesonlabaissésdeOou 7 Tr. le mètre d'indienne, à 0,60 c. ou 50 c. U rabiicatiun u suivi le même progrès, l'Europe et les Ëlals-Unis eomplent 50 millions de broches, sur lesquelles l'Angleterre seule en a 53 millions. Par un de ces contrastes rnV|uetils ici-bas, l'immense extension de la fabricalion du coton a en pour condition, en Europe, la liberté de l'iuiluslrii', la destruction des maîliises et jurandes, la i'<'iinion du masses ouvrières dans d'immenses manu factures où trois ouvriers, aidés de machines, sufGsent pour la tâche qui exigeait autrefois 500 fileusesà la main; elle a eu pourrésultat l'accroissement du bien-être, la diffusion de l'usage du linge et des vêtements de cotou, dans les plus pauvres ménages; mais, à l'opposé, une extension correspondante del'esclavage aux États-Unis; d'un côté, un immense progrès, del'aulre, un immense fléau. Lecalicol et le sucre nous apportent une jouissance achetée par les sonflrances des esclaves. Mystérieuse dispensation des biens et des maux sur la terre !

On a répété longtemps : Point de sucre sans l'escla-' vage! Les faits ont démontré qu'après l'émancipation dans les colonies de la France et de l'Angleterre, lesucre était produit par des bras libres. On soutient que le coton ne le serait pas. On afCrme que sous un climat trop chaud, les noirs seuls peuvent cultiver le coton, à condition que l'esclavage les y oblige. Nous l'avons déjà dit,

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c'est calomnier )e soleil. Il en sera un jour du cotoQ

comme il en a été du sucre et du café.

Seulement, le coton est maintenant un produit indus- , Iriel si important, et les intérêts des peuples sontsi entremêlés, que la transition est pénible, partout ressentie, et quele poids de la crise est même plus lourd pour rEuro{)e, qui ne peut se passer de cette matière première el qui l'échange contre d'énormes quantités de numéraire, que pour les États-Unis, qui peuvent se passer des objets fabriqués que l'Europe leur renvoie en retour.

1^ Caroline du Sud a compté sur cette solidaiité; elle a deviné surtout l'embarras de l'Angleterre, à la fois patrie de Wilberforce el d'Arkwright, à la fois la première abolilionniste et la première fabricante de coton entre toutes les nations du monde.

Le plus Anglais des Anglais, lord Palmei'ston, dans un curieux discours prononcé à Southampton le 8 janvier 1861 , s'est contenté de faire des vœux pour que «les différends soient i-ésolus à l'amiable, soit pour le maiH' lim, soit pour la dmolution de l' Union. «L'Angleterre a plusieurs raisons de se réjouir de la scission : L' édifice élevé à la suite de la séparation de la métropole menace ruine; TaffaiblissemenldesËtats-Unis garantit la possession du Canada; la scission du Sud entraînera le libreéchange, le coton à bon marché; In seconde puissance maritimedu monde va déchoir; maîtresse des mers, l'Angle, terre, si une guerre maritime éclate, sera une maîtresse tyranniqueetsanscontrepoids.QuedemotJfs de joie secrète! I.a France ne souffre pas tant de la cri^e financière; elle a l'intérêt politique opposé à celui de l'Angleterre ;

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ÉTATS-UNIS D'AHÉRIQUE. 167

elle doil souhaiter la durée d'une œuvre qu'elle a glorieusemenl aidée à nailre, et surtout le maintien d'une puissance marilime qui seule peut contre- balancer l'omnipotence de la Grande-Bretagne sur les mers.

Mais, quelle que soit la différence de vues et de situ»lioD, quelle que puisse être la différence de leurs conseils, ni l'Angleterre ni la France ne sauraient se ranger du côté de l'esclavage, après avoir eu l'honneur de l'abolir dans leurs possessions.

Malgré l'importance de son coton, la Cnrolinc ne peut donc avoir l'espoir sérieux de former ni à l'intérieur une immense fédération, ni à l'extérieur aucune alliance.

Ses prétendus plans ne sont pas plus pratiquer. Si die établit te libre^hange, les États du Nord en proQteronI comme le reste du monde. Si elle ressuscite la traite, elle rencontrera sur la route de ses négriers toutes les marines des nations civilisées. Si elle cherche à s'étendre sur le golfe du Mexique, elle effrayera l'Espagne pour Cuba, l'Angleterre pour la Jamaïque, la France pour ses Antilles, et, bien loin d'être effrayée, l'Espagne trouve le moment favorable pour annexer l'ancienne partie espagnole de Saint-Domingue.

Avec quelles ressources', avec quels soldats la Confédération nouvelle s'en ira-t-ellc en guerre? Avec quels habitants peuplera-t-elle ses conquêtes? Ses ressources

< Le montant total de rencaisse des banques de l'inion amcricame a élt' évalué, pour 1860, k un peu plus de t ,435 millionsde fraiKs. Sur ce chiffn-. lesËlalsii Esclavesnecomptaient que pour un quart, soit 321 iDillions; les Étals Lbres pour les trois qoarU, soit t. 055 millions. L'ÉUt de New Yorii seul figure dans ce cliifTre pour î86 millions, la Caroline du Sud poov S5 millions. (Extrait de YÉconomist.)

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ot st's soldats sufOront à peine à maintenir en paix sur son propre sol ses habitants actuels, qui eux-mêmes suffisent à peine aux cultures. Pour éviter la désertion des esclaves, plus de loi des fugitirs; pour réprimer leur rébellion, plus d'assistance des forces fédérales; pour arrêter la propagande, nulle mesure assez forte.

De quelque câté qu'on envisage la situation, il semble démontré que cette crise terrible, née à ta honte des Ëiats à esclaves, doit, après un temps plus ou moins long, finir à leur détriment, mais pcut-éire après d'affreux malheurs. Ils ont poussé à l'extrême, refusé les impôts, parlé d'affamer les troupes fédérales retiréesdans une ile en face de Cbarleston, menacé de s'opposer à l'installation du président, condamné d'avance au gibet les soldats envoyés contre eux.

Fendant que le Nord, qui avait tout à gagner à ces violences, et à demeurer à la fois impassible et conciliant, espérait une transaction ou un retour tardif des Ëtats qui déchirent l'Union, pendant que les Ëtats du Centre essayaient d'intervenir comme conciliateurs, et que la patrie de Washington, la Virginie, proposait sa médiation, qu'a fait le magistrat investi de l'autorité souveraine, qu'a fait le président Buchanan?

Par un message du 5 novembre 1 860, il a essayéde démontrer que le Nord était coupable des violences du Sud.

( Pourquoi, dit le président Buclianan, pouiiiuoi l'uniou des Étais est-elle mraacée de se voir délruilet L'immixtion prolongée et sans ménagement des Etats du Nord dans la question de l'esclavage

des Étals du Sud a produit à la fin ses conséquences naturelles

L'incessante agitation de l'esclavage pendant le dernier qiLirt du siècle,

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fiTATS-UNIS D'AMËRIQLE. 16»

dans les Êlalâ du Nord, a enên a&vé son irifliienoe maligne sur les esclaves, et leur a insiMré de vagnes notions de libei-té. De lit i&nlle i]ae le seatimetit de b sécurité ne règne pins autour du foyer domestique... Bien des mères de famille, dans le Sud, se retirent le soir pleines de cruiiiles sur ce qui pourra arriver â cIIl'S et à leurs enrant> arant le jour. . . L'agitation a él^ entretenue par la presse, les actes des eunTenliuns d'Étals et de comtés, les sermons, les discours, les hnychures, les livres, etc.

a Tout ce que les États à esclaves out jamais demandé, c'est qu'on les laissât tranquilles, qu'on leur permit de dirigei* à leur gré leuis institutions intérieures. . . ■

Ainsi donc, si l'Union est menacée, si le Sud est agité, si les mères dorment mal, si les esclaves révent à la liberté, la faute est au Nord, non-seulement à sa poli* tique, mais à ses journaux, à ses livres, à ses paroles !

Eh quoi! M. Buchanan connaît-il un secret pour arrêter la pensée humaine? Qu'invenlera-t-il de mieux que cette loi du Maryland (décembre 1831), « qui condamne à dix ou vingt ans de prison, comme coupable de félonie, tout citoyen ayantécrit, gravé, imprimé, propagé ou aidé à écrire, graver, imprimer, propager un livre, une gravure, un pamphlet de nature à exciter le mécontentement des gens de couleur. » Vaine défense ! les échos de la parole franchissent les frontières, comme le soufQe du vent ou le rayon du soleil. Nulle puissance, nulle muraille ne peut empêcher la voix de la liberté d'arriver jusqu'au cceur du captif.

.\rrêter la propagation des idées abolitionnisles, apaiser les craintes d'insurrection ! qu'on accuse des premières l'Évangile et l'âme humaine, des secondes, Its violences du Sud, nullement les menées du Nord.

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Esl-il donc vrai que la politique du Nord ait été une immixtion prolongée et sain ménagemenis dans la politique du Sud?

Qui donc, en 1820, obtint par le compromis du Missouri de livrer à l'esclavage la moitié de la patrie? Le Sud, grâce à M. Calhoun, alors ministre du président Munroc. Qui donc obtint, en 1850, la loi des ftigiùfs, qui permet de requérir tous les fonctionnaires, dans tous les États, pour aller à la chasse des esclaves enfuis? Le Sud. Qui donc a soutenu et fait triompher, à propos du NebraskaetduKansas, cette doctrine, s/juaUer-sovereigutij , qui rend un ramassis d'éntigrants maîtres de bâcler une constitution, d'y inscrire l'esclavage et de forcer, ce papierà la main, les portes de la fédération? Les hommes du Sud. Qui donc enfin a fait nommer douze présidents sur dix-huit, presque tous les hauts fonctionnaires, les magistrats, les ambassadeurs î Le Sud. Qui donc, si ce n'est le Sud, a triomphé dans l'élection de M. Buchanan lui-même en 1857? Le provocateur n'est pas le Nord, et le Sud n'a pas cessé d'être le dominateur, jusqu'aux élections de 1860.

Les Ëlals du Sud fussent-ils menacés par le résultat de ces élections particulières, est-ce qu'ils auraient le pouvoir de rompre à eux seuls le lien fédéral?

Le message du 5 novembre 1860 établit très-fortemcn^ que ce droit n'existe pas.

« On ne saurait, répondait déjà, en 1833, à la Caroline du Sud, le général Jackson, reconnaître à un Ëtat isolé le droit de se libérer à volonté et sans le consentement des autres Ëlatsde ses obligations les plus sacrées

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ÉTATS-USIS D'AHËRIQUE. Mi

cl de mettre eo péril la liberté et le tranheur des millions d'hommes qui composeal notre Union. Une pareille faculté est inconciliable avec les principes d'après lesquels rslcoDstitDélegouvernementfédéral, aussi bien qu'aveu le buleiprèsenvueduquel cegonvernemeata étéoi^anisë.»

Si la séparation des États du Sud est une révolte, ta conclusion aurait dû être de s'y opposer comme on s'opposeà une révolte, ou du moins, en cherchant des voies d'apaisement, tl eût fallu assurer la défense des forts fédéraux, le recouvrement des impôts fédéraux. Rien d'énergique n'a été ordonné. Le président Buchanan a proposé un expédient misérable.

Comptant que le parti de l'esclavage, ayant perdu la majorité dans le pays, la conserve encore dans le Congrès, il a demandé que, par un amendement à la Constitution, le Congrès consacrât l'esclavage. Si les membres du Sénat et de la Chamlwe des représentants tombaient dans ce piège, ils concéderaient ce qui ne l'a jamais été, ils subiraient une revanche plus grande que leur triomphe, ils écriraient dans leur loi fondamentale un mot qui ne la souille pas, ils l'écrirairat sur la pierre qui recouvre les restes de ses gl^ieux auteurs. Qu'ils accordent, si cela est possible encore, du temps, de la patience, des transactions, mais un principe, jamais! 11 vaut mieux renoncer à un État qu'à une vérité.

Ni les menaces, ni les tentatives d'assassinat n'ont pu intimider le président nouveau. Il a pris pour ministre ce courageux et éloquent citoyen, H. Seward, qui prononça ces admirables parofes' :

* [Kscoars du 39 titrkr 1SC0.

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« Ce serait une source de honle et de chagrin sans bornes, si nous, trente millions d'hommes, Européens par l'origine, Américains par la naissance ou par le régime, chrétiens par la croyance, et prétendant l'être par la pratique, nous ne parvenions pas, dans cette question perturbatrice de l'esclavage, à combiner la prudence avec l'humanité, de manière à sauver nos incomparables institutions libres et à en jouir dans l'harmonie et dans \n paix. »

Quatre voies sont ouvertes devant le nouveau pouvoir : Ou bien céder, tracer une nouvelle ligne du Missouri, accepter des amendements à la Constitution, faire à la servitude sa place et son droit. Ce serait perdre tout le fruit d'un laborieux triomphe, consacrer honteusement le fléau que le suffrage universel a condamné, déchirer le ti tre même au nom duquel le président est en fonctions ; Ou bien imposer l'Union par la force, moyen périlleux, ruineux, douloureux, difficile sur de si grands es- . paces avec si peu de troupes, mais après tout nuisible au Sud plus qu'au Nord, puisque le premier coup de canon lire pourra être le signal d'une insurrection d'esclaves;

Ou bien fixer un délai, comme on l'a fait pour la traite en i 794, gagner du temps pour ramener le calme, préparer la transition et régler les intérêts, mais à condition de maintenir l'Union; moyen de tous le meilleur, le plus raisonnable, si le Sud pouvait encore écouter la raison ; Ou bien laisser, en protestant, et sans abandonner le droit, laisser les Étals séparés à eux-mêmes.

Installé le 4 mars 1861, soixante-douze ans après cet illustre Washington, qui fut « le premier dans la paix,

ETATS-UMS D'AMÉttIQUE. 173

le premier dans la guerre, le {premier dans le coeur de ses conciloyens* », le président Lincoln a prononcé an discours conciliant, ferme et sensé, dont Toici le résumé ' : L'union des Étals date de la déclaration d'indépendance en 1776; renouvelée par lesarticlesdeconfédéralion de 1778, elle a été consolidée par la Constitution lie 1787, qui fut rédigée expressément dans le but do reudre VUnion plm parfaite ;

Ou bien cette Union a formé une notion, et, dans co cas, elle est perpétuelle ; aucune loi d'aucune nation ne prévoit et ne prépare l'extinction de cette nation ;

Ou bien cette Union n'est qu'un contrai, et, dans ce cas, ilnepeutêtre résilié que parlavolontéde toutes les parties. AÎDsi la séparation, violemment décrétée par le Sud, est sans d roit.

Eu second lieu, elle est sans raison. Car, dit le président, « je n'ai dessein ni directement, ni indirectemeni, d'intervenir dans l'institution de l'esclavage, dans les Ëtals où elle existe. Je crois que je n'en ai pas le droit, el je ne m'en sens pas le désir. » Dès lors, quelles sont les questions controversées? Les voici : La réclamation des esclaves fugitifs, garantie par la Constitution, doitelle être assurée et poursuivie par les autorités d'Étals ou par l'autorité nationale? La Constitution ne le dit pas. Le Congrès doit-il protéger l'esclavage dans les terriloires? La Constitution ne le dit pas. Qui trancbera ces questions? La cour suprême ? Non, car elle ne peut pro-

' Hi«HGT. notice siiy M. Edouard LivingUon; {Hémoires de l'Aeadéiiiie datciaicei moralei).

* V. le lexte i l'Appendice.

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noQcer qu'eoire les parties qui sont en cause ei pour les cas qui lui sont soumis; si elle statuait d'une manière générale, le peuple américain aurait abdiqué enU'e ses mains, elle sei-ait non plus l'interprète, mais la maîtresse de la Constitution. Le vrai juge, c'est une convention nationale, nommée dans les formes cooslitutionnelles. La majorité prononcera. Or, la majorité, c'est la seule souveraineté d'un peuple libre, puisque l'unanimité est impossible. Quiconque repousse ta majorité tombe nécessairement dans l'anaichie on dans le despotisme.

La séparation, qui est sans droit, sans raison, est encore sans efficacité. Combien de temps vivra une confédération fondée sur le droit de se séparer, une confédération au sein de laquelle une minorité peut réclamer une séparation nouvelle? Demain, la traite des esclaves sera libre, mais la fuite des esclaves sera libre aussi. Demain, les Ëlats seront séparés, mais ils ne seront pas éloignés; ils ne seront plus unis, mais ils seront toujours voisins, face à face, obligés à vivre en paix ou en guerre. « En pais, les rapports seront-ils plus amicaux après la séparation qu'avant? Des étrangers peuvent-ils faire des traités plus nisément que des amis ne peuvent faire des lois? Supposez que vous fassiez la guerre. Lorsqu'après une grande perte et sans aucun avantage de part el d'autre, vous cesserez de combattre, vous vous trouverez de nouveau en présence des mêmes questions relativement aux rapports réciproques. »

lln'yaaucun motif quelconque pour agir précipitamment. « L'intelligence, le patriotisme, le christianisme, et une ferme conSance en Celui qui n'a jamais abandonné

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fiTATS-UNlS D'AHÉRIQUP:. 175

sa lerre favorite peuvent encore suffire à ajuster pour le mieax les difficultés présentes, o

Ainsi donc, le président Lincoln ne regarde pas l'Union comme rompue. 11 jure de la maintenir paciQquemenI, sansrecouriraux armes, à moins qu'on ne l'y contraigne. Q va bien loin dans la voie des concessions, puisqu'il déclare inattaquables les imtitutiont domeitiqnei du Sud, et constitutionnelle la loi qui assure l 'extradiction des fugitif. Il conseille de gagner du temps, et de convoquer ane grande convention, chargée par le peuple d'amen* 4ler ou de maintenir iaCoDslitution.

Pendant que le président parle comme si le Sud ne s'était pas séparé, le Sud s'est organisé commesi le président n'eût pas été installé; il a nommé un président, il l'a installé à Montgomery, il n envoyé à l'Europe des ambassadeurs chargés de demandera l'Angleterre etàlaFrance qu'elles reconnussent l'avortement de la grande œuvre politique que l'une a combattue, que l'autre a secondée; enCn il a donné le signal de la guerre civile.

L'Europe se déshonorera si elle ouvre les bras sans examen et sans retard à cette étrange nation, ûlle de l'esclavage. Qu'elle laisse au moins du temps aul citoyens sages et patriotiques dont les efforts et les conseils tendent à réunir encore en une même famille les éléments divisés du peuple américain ! Qu'elle laisse aussi le temps faire justice de la folle et coupable tentative de ces Ëlals du Sud, que le Nord ne saurait mieux châtier qu'en les exauçant. Oui, qu'on les abandonne à eux-mêmes, mais sans rendre à leur drapeau les honneurs, sans ouvrir à leurs ambassadeurs les portes de l'Europe, sans ajouter

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i76 L'ESCLAVAGE,

leur nom à la suile du nom de la France ou de la Grande-Brelagnesurlalisteglorieusedes grandes nations. Quoi! parce que 2 à 500,000 propriétaires exploitent 3 millions d'êtres volés, battus, dégradés, parc*que ce scandale est avantageux à la. culture du coton, du sucre et du tabac, ce crime évident, ce profit ignoble, seront mis en balance avec l'existence de In Constitution, l'honneur d'une grande et jeune nation, l'amour de la patrie, le progrès du genre humain! « Nous nous sépai'erous, répètent quelques marchands de chair humaine, et la république s'arran^ra comme elle pourra! o J'ose affirmer que de toutes les nations chrétiennes de l'univers entier, il n'en est pas une, sî ce n'est l'Amérique du Nord, où de telles paroles puissent être dites, où de telles paroles puissent être entendues. Supposez donc un marchand de Liverpodl, tenant ce langage dnns le parlement d'Angleterre; figurez-vous tes iraîtres de forges de Snînt-Ëlienne, ou les agriculteurs de quatre ou cinq départements venant adresser cette sommation au gouvernement français! Mais comment le supposer? Une telle hypothèse est un outrage. Je le sais, chacun des Élals-Unis est souverain; ils composent une fédération, et le lien est plus fucileà rompre. Je le sais aussi, il est dans l'histoire de mémorables exemples de séparation; notre siècle n'en offre pas de plus admirable que l'émancipation des Ëtats-Unis eux-mêmes ; les intérêts, la fortune, la vie, furent peu de chose quand les compagnons de Washington combattirent pour repousser l'injustice, pour se donner une patrie, un nom, des droits, un drapeau. A. celte séparation magnanime et désinté-

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KTATS-UMS HAJfKniQLE. 177

ressée, que prcteod-on comparer? Une sorte de liquidation forcée, nprès la dissolution frauduleuse d'une sociélc commerciale ! L'Union s'est sépan^ de l'Angleterre pour être libre; le Sud se sépare de 1 Union, pourquoi? Pour ne pas diminuer le profit du coton et les revenus du commerce des hommes?

Comment n'être pas tenté de répondre k celte inqualiBable menace :

Vous voulez vous séparer? Séparez-vous! Oui, qu'il y ait désormaisdeux Amériques du Nord : l'une, mère delà liberté, l'autre, dernier repaire de l'esclavage. Beciimmencez ta traite, livrez-vous sans scrupule, sans limite, à vos sordides intérêts !

Le soleil ne eessera point de se lever sur cette terre féconde, rOhio ne cessera point de porter ses ondes aa Mississîpî, le Mississipi au golfe du Mexique, et le golfe de se perdre dans l'Océan. Le Sud n'aura pas moins besoin des capitaux, de l'intL^lligcnce et du blé du Nord, et le Nord besoin du colon, du riz et du tabac du ^ud. Mais au-dessous d'une république florissanleel libre, qui aura préféré la justice à la puissance, une seconde république sans nom, désignée, flétrie, menacée par l'esclavage, ayant sacrifié la grandeur à] l'intérêt, ayant troqué l'Évangile et la Constitution contre un ballot de colon, se présentera seule au mépris du monde et verra bienlâl la fuite, l'insurreclion, la mort ou la guerre, lui enlever les profils même de la servitude.

Quand vous serez divisés, deshonorés, ruinés, ravalés au-dessous des républiques de l'Amérique du Sud, peutêtre i-evieiidrez-vous solliciter l'Union, qui fait seule votre

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178 l.'ESCLWAGK.

honneur et votre force, l'our nous, hommes du Nord, lejounlelastiparation sera celui d'une gloire nouvelle; ne nous demandez plus de /o( des fugitifs, de part dans nos votes, dans nos fonctions, dans nos institutions ; nous partagerons noire drapeau; à nous les couleurs de l'indépendance, à vous les taches de la servitude.

Au moment où ces pages, ;irdente et inutile protestation, s'écrivent et se terminent, le monde ne sait point encore si cet illustre étendard sera déchiré à jamais. On suit avec une anxiété mêlée d'effroi ces luttes grandissantes qui vont, par un choc inévitable, allumer sur ce lointain continent l'épouvantable explosion d'une guerre civile compliquée d'une guerre servile. On contemple d'un rogard mélancolique et désappointé l'évanouissement graduel d'une des plus nobles espérances d'un siècle si souvent déçu, on s'afflige amèrement au spectacle d'événements qui emportent, avec l'honneur et la prospérité d'une grande nation, une partie de l'avenir de la liberté sur la terre.

Toutes les âmes élevées pourqui, dans l'ancien monde» la liberté demeure l'objet d'un culte Qdèle et d'une ioquièln espérance, avaient cru que ce bien précieui, émigré vers le nouveau monde, y trouverait un établissement plus durable et des destinées moins compromises. On aurait volontiers nommé l'Amérique la terre de Channan de I» liberté. Ue noble rêve est déiruil.

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ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUr:. t7»

Qui ne so rappelle celie admirable aposlrophe de Biirke, dans le plus fameux de ses discours sur l'Aniérique, le 22 mars 1775 :

t N'oublions [Kis que l'imniense progrès de notre prospérité culoniale s'fot accompli duus le courl espace de la vie d'un lioninie. J'ai devant moi \oTii BaUiurst : en 1704, il pouvait acla jmiftitum jam légère, et qux sit cognoscere virlus. Si l'ange de sa jeunesse avait alors levé devant seayeui le voile de l'avenir; si. au niilion île l'ivi'e-se de son cntliousiasme, à la vue de la futuie grandeur de l'Angleterre, il lui avait montré un petit point, à peine i^ible dans la masse des intérêts nationaux, une semence plutôt qu'un cojps vivant, et lui avait dit : « Jcinic homme, voilà l'Amérique; elle ne sert qu'à vous umuser ■ avec les Instoiresde ses sauvages habitants et de ses niceurs b izaircs: f eh bien, av;nit que vous louchiez à la nioit, elle é;,Mlc. a, à elle

< seule, tout le commerce que le monde nous envie. Autant l'Angle- ( terre a reçu de grandeur par ses accroissements, ses progrès, le gê-

< nie de ses peujJes, la succession des conquêtes qu'elle a entreprises « et des établissements qu'elle a fondés pour la civilisation du monde, ) dans l'espace de dii-sept cents ans, autant l'Amérique lui en aura ï apporté dans le cours d'une vie humaine. ■ Ah ! si un tel avenir lui a\ait été dévoilé, n'uurait-il pas en besoin de loule la crédulité vivace de la jeunesse et de loiilc la flamme anienle de l'cjithousiasn^ pour y croire? Homme heureux , il a assez vécu pour le voir! Heui'eui, en ef-ct, «'il vit encore sans i i«i voir qui vienne déranger celle belle vue et .assombrir cette clarté! n

Ah ! qu'auraient dit à leur tour les immortels auleurs, de l'indépendance américaine, qu'aurait dit Washington si, voyant en l'sprit avec une inexprimable admiration les proijigieuses destinées de la nalion qu'il venait de fonder, devenue en moins de cent ans l'une des maitresses du monde, il avait en môme lemps aperçu lri>te-

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ISn l/ESCLAVAGK.

mentâ <on fronl une souillure que )e temps ne ferait qu'élargir ? On comprend l'esclavage dans les sociétés païennes, on l'explique encore dansles petites sociétés coloniales, dont la place en ce monde est si étroite et si exceptionnelle. Mais qu'une nation illustre, chrétienne, généreuse, éclairée, qui possède des orateurs, des poètes, des historiens, des publicistes, des économistes, des romanciers, qui sait parler le langage du bon sens avec Franklin, et celui de la pitié avecChanning, contienne, tolère, justifie, aulorisc de^ hommes qui achètent des hommes, des pères qui vendent leurs cnfanls, des magistrats qui chassent aux esclaves, des prêtres qui amnistient la servitude, des femmes qui ne servent qu'à reproduire des cnfanls qui seront vendus, des mœurs qu'aurait flétries, des lois qu'aurait réprouvées l'antiquité païenne, ah ! je ne crois pas qu'on rencontre dans l'histoire un démenti plus douloureux inflige à la sagesse humaine, et un mécompte plus dur imposé à de généreuses espérances! Moins d'un siècle après une révolution qui ne fut si féconde que parce qu'elle fui si honnête, on en est venu à trembler que cette grande œuvre n'échoue et qu'une si jeune et si vigoureuse société ne soit prête à sortir de la civilisation.

Croire en un si lamentable avenir, ce serait bannir de son àmc l'espérance sacrée du triomphe de la justice en ce monde.

Un généreux esprit, ami de l'Amérique, ennemi de l'esclavage, M. Agénorde Gasparin', gourmande à propos

' Vn grand peuple qui se relève, ou les Élats-Vitis en 1S61, par le cjintc Agénor de Gasparin.

.ÉTATS-DNIS D'AMÉRIQUE. m

les inquiétudes hâtives ou intéressées que l'Amécique inspire à l'Europe. Combien il est sur notre coolinent d'opinions que rend joyeuses le naufrage d'un pays libre! Toute l;t sympathie libérale de l'Ângtelerre, j'ai honte de le dire, semble étoulTée par la satisfaction de voir, qu'on me passe le mot, un rival coupé en deux. Je me sens heureux d'être d'accord avec M. de Gasparin, heureux de penser comme lui que la séparation des Ëlats vaut mieux que la consécration de la servitude, que le divorce est préférable à un tel ménage. Oui I un peuple qui se repenl est nn peuple qui se relève.

Mais la crise est-elle achevée? Combien durera l'expiation?

On demenre confondn, à chaque page de l'histoire, du degré qu'il est permis au mal d'atteindre ici-bas. Quand le mat a grandi, on le croit épuisé, on suppose que le fonds de l'abîme est enfin louché, et voilà que tout s'enlenimc, woilà qu'au mal accompli s'ajoute encore et encore un mal qu'on n'imuginait pas. Nous avons vu la décadence, nous voyons la séparation, nous verrons la guerre, une guerre abominable. Le Sud, plus ardent, plus politique, plus préparé que le Nord, a commencé par deux actes habiles, la réforme delà constitution, la réforme des tarifs; le Nord a débuté par deux fauu^&. l'aggravation des droits de douane, la lenteur des préparatifs. Si la guerre éclate, le Sud aura peut-être les premiers succès , les Ëtats intermédiaires , les vendeurs d'esclaves aideront les acheteurs, Washington peut être pris, une insurrection peut éclater...

Or Voltaire a eu beau dire que ta guerre de Spartacus

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éloil la plus justf! et peul-étre la S'.'ulr. juste dn loiiies les guerres, le réveil, l'explosion d'une rage endormie, rouvrant pour ainsi dire à la fois toutes les blessures d'âmes longtemps opprimées, esluneperspeclive qui fait horreur. On se rappelle Saint-Domingue. « il était arrivé là, di( admirablement M. Thiers {Hv. XVI), ce qui arrive dans toute société où éclate la guerre des classes : la première avait été vaincue par la seconde, la première et la seconde par la troisième. Mais, à la différence de ce qui se voit ailleurs, elles portaient sur leur visage les marques de leurs diverses origines (blancs, mulâtres, noirs); leur liaine tenait de la violence des instincts physiques et leur rage était brutale comme celle des animaux sauvages. Aussi les horreurs de celle révolution avaient-elles dépassé tout ce qu'on avait vu en France en J 795... »

La décadence, la séparation, la guerre civile, l'insur-' reciion, voilà donc les menaces du présent!

Mais tant de folies sanguinaires auront.un lendemain, et, après la guerre, les mêmes questions qui la provoquent se dresseront de nouveau.

Ou bien le Nord aura été vainqueur, et, le triomphe de la force s'ajoulant à la victoire du droit, l'Union .sera re-. composée, le vœu des amis de l'humanité et des âmes patriotiques sera accompli, et, après plus ou moins de concessions et de délais, l'esclavage sera frappé de mort.'

Ou bien le Sud l'emportera ; le seul fruit de sa victoire sera la séparation des États. Le Nord, affaibli peut-être, mais épuré, dégagé, relevé aux yeux de la chrétienté tout entière, reprendra le cours de ses destinées. I-e Sud aura tous les embarras de sa honteuse victoire; les Étals mn-

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fédéra vivront séparés des Élals-t/m»; mais, menacés, «bérës, flétris, inquiétés, condamnés à n'attendre que de la force, le repos, le progrès, l'agrandissement, ils sentiront de plus en plus peser sur leur existence le terrible problème qu'ils n'ont pas le courage de résoudre. LesËtats intermédiaires les abandonneront, dès que la traite recommencée menacera de ruiner leur horrible industrie. Les nations que le Sud approvisionne, averties par les derniers événements, chercheront par tous les moyens à décliner la responsabilité «l l'inévitable contre-coup de la solution future. On demandera du colon à l'Egypte, au Bengale, au Sénégal, au Dahomey, et l'Afrique, arfranctiie par le commerce, l'Afrique, plus rapprochée de l'Europe, fera concurrence à la terre qui lient en captivité les Africains.' Le jour viendra, le jour est proche où le Sud payera lion ambition et maudira sa victoire.

J'écris en 1S61 . Avant que le cours rapide du temps ait emporté la dernière année du dix-neuvième siècle, l'Enrope célébrera l'anniversaire de 1789, l'Amérique verra se lever celui de i 787 . Parmi les hommes qui ont servi la cause de la justice, de l'égalité, de la fraternité chrétienne, de la liberté, dans les deux mondes, plus d'un se sera peut-^tre endormi tristement dans la tombe, désespérant de son œuvre, et prophétisant à sa patrie un inévitable abaissement dans ces deux abimes qui se succèdent, comme lés cercles d'un enfer, l'anarchie et le despotisme. J'ose croire, j'ose affirmer, confiant en Bieu, malgré tant d'apparences adverses, que le découragement sera trompé, et que l'espérance aura raison.

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J'ose croire, j'ose alTirmer qu'avant un quart de siècle il n'y aura plus, en Europe, un seul despote, en Amérique, un seul esclave.

Mais, quand même l'espoir que je nourris serait menteur, si les plus funèbres présages s'accomplissent, si la première république clirétiennc et libre des temps modernes termine dans la discorde et dans l'abaissement, après moins d'un siècle, sa glorieuse existence, ah! ne soun'rons pas que l'histoire accuse la liberté de cette catastrophe, ne souffrons pas que, sur la pierre du tombeau de Washington, la postérité inscrive avec désespoir ces mots : « Sa pensée fut un rêve et son œuvre ne pouvait pas réussir. »

Ne l'oublions pas, l'esclavage précéda l'Union, et la république se meurt d'un mal qui lui fut transmis; elle portait en naissant un germe de mort, que ses illustres fondateurs eurent la faiblesse de ne pas ctoufTer. Ce n'est pas la liberté qui est impossible, c'est l'alliance de la liberté avec l'esclavage.

L'Union américaine a été flétrie par l'esclavage, abaissée par l'esclavage, agitée par l'esclavage, déchirée par l'esclavage ; il est le grand coupable ; s'il y a des ruines, il les a faites; si le sang coule, il l'aura versé.

On le connaissait déjà, ce fléau dangereux, si bien défini ' par ces quatre caractères :

o La prétention monstrueuse qu'un homme peut être propriétaire d'un autre homme, la destruction complète de tout rapport de mari et de femme , de pèi'e et d'en-

, ' Discours de Charles Sumner.

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ÉTATS UNIS DAMÉRIOUE. 185

fiint, le refus absolu de toute instruction, et le (ravait forcé sans salaire, n

L'esclavage excitait déjà les ardentes imprécations des âmes pieuses eldes consciences justes, pour le mal qu'il fait à des innocents malheureux. L'histoire des Élats- Dois le voue désormais à l'exécration de tous ceux à qui le progrès du genre humain n'est pas indifférent, car ce pesant forfait opprime les petits, maisil abaisse les grands; il avait désolé, décimé, écrasé, les races inflmcs de l'Â- Irique, il a souillé, déchiré, mis en péril les races supérïeures du Dou veau-monde ; il a tué les germes qui pouvaient lever, il a flétri les fruit'^ que la raison, le courage, la vertu, la richesse, la liberté, avaient mûris. Si le misérable tyran du Dahomey égorge des créatures innocentes, c'est à l'aide de l'esclavage, et c'est la suite de l'esclavage, si la grande pensée de Washington semble prête à s'évanouir douloureusement.

Téonoins de ces vicissitudes, n'en oublions pas la leçon ! Les amis du despotisme vont s'écrier : Maudissons la li- Wlé,car avec elle une grande nation ne peut pas vivre. Pour nous, sachons répondre : Bénissons Dieu, car il est juste, il ne permet pas que la liberté se marie à la servitude, et sa maio souveraine, en s'appesantissaat sur les États-Unis, ne frappe pas la liberté, elle flétrit, elle ébranle, elle condamne k jamais l'esclavage.

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