‹ L'abolition de l'esclavage (volume 4)Chapitre 14 sur 56 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Caba. — Ptirlo-KIco.

Les villes, les temples, autrefois fondés par l'Espagne sur le conlineQt de l'Âinérique du Sud, les monumenls qu'elle éleva, les travaux d'art qu'elle sut exécuter, ont laissé d'imposantes ruines. On se demande comment tant de grandeur a disparu. Le mépris de quelques esprits exclusifs pour le génie des races lutines n'explique rien. Car, au nord de l'Amérique, les Anglais ont perdu la plus belle de leurs colonies avec une facilité qui n'excite

' Voyages de Humboldl et de Bonpteatd, l" partis, relation historique. Urne 111, Ût. X, chap. ïii et Tiii. Paris, 1825, in-M. — Description deCile ieCuba, par H. RaiDon de la Sagra, correspondant de rïnstàbii.— Cuba, ses rasources,elc., par don Vaquez Queipo et don José Aolonio Saco, traduction de M. d'Atraioville, impritiierie impériale, 1851. — DocumenU espagnols ctanglaissur Cuba et Forto-Rico, Revue coloniale, 1843-1800. — La Queslùm de Cuba, Paris, 1859, Dentu. — Tke west /mîtes and Ûie Spanisti Main, parAnthonj Trolloppe, 1860. Tauchnitz, etc.

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pas moins la surprise. On a peine à croire que les soldats que Washington eut à combattre fussent du même sang que les soldats qui, peu d'années après, se mesurt'rent avec les arni^ de la France. Pourquoi leS' Anglais, pourquoi les Espagnols ont-ils laissé tomber de leurs mains ces possessions magnifiques? Parce que cesmains étaient devenues débiles et corrompues.

Or cette corruption, due à des causes bien diverses, tient avant toute celle-ci: surlasurfaceenlièredu globe, les races qui font travailler, sans travailler elles-mêmes, tombent en décadence. Là où passe le Turc, ta famille disparaît,' le sang s'appauvrit, la terre se stérilise. C'esl une loi générale, et cette loi est la justice même.

Comparez aujourd'hui les États-Unis du Nord avec les Éials-Unis du Sud, ou les États-Unis du Nord avec le Brésil ; sous d'autres aspects, la même loi se manifeste.

Dans la seule colonie qu'ils aient conservée en Amérique, dans l'île de Cuba, les Espagnols maintiennent cependant avec obstination l'esclavage.

I.a prospérité de cette colonie parait même une objection, la principale objection des partisans de l'esclavage.

Il se fait à Cuba des fortunes énormes, et la ville de la Havane, avec ses 200,000 habitants, est une des capitales de la richesse et du luxe ici-bas, une des premières places du monde commerçant. Le gouvernement espagnol tire de Cuba un revenu croissant. Le chiffre des impor^ talions et des exportations est magnifique'. Sur le sol de l'île, la canne se reproduit par ses propres rejetons ' L'Espagne a pour politique de ne pas Taire connailre annuellenienl le»

i!,Googlc

COLONIES ESPAGNOLES. 19f

plusieurs années de plusque partout ailleurs*. Les sucresbruns de Cuba sont égaux aux sucres blancs anglais de seconde qualité*.

retenus qu'elle lire de son commerce. Cependant de direra renaeignemenls réunis dans la Balama gênerai de eomereio et dans d'iulres documents il résulte le tableau suivant du progrès des iraportalioiui, des eiportatîonï et ilfs cevewis, de 1821 à 1847.

De ISlg à USI. . . 17,000,OVUpi«3lreL lIpSSa.OOOpiaMTCB. 8,710,000 piailrr*.

1gï3 à 1K37. . . SO.I^.OOO 1.1,675,00(1 6,9^,000

18»! A ItUi. . . 34,800,000 il,ï75,000 ll.lSO.OOO

1B43 i 1S17. . . Se^,0DO 33,8S0,Oo0 in.7j0,000

Dans lt:s deux années suivantes, il y a eu baisse, saToir :

imS. . . 15,t31,e!>S ie,077,U68

1ftt9. . . 16,3S0,<60 i!,43e,S5«

L'exportation du sucre avait passé de 6,508,158 arrobas (quatre au quintal) en 1826,àl0,166,5553rrobaBenl8i0,celleducarë .le 1,718,865 ;irr. 3 1,877.046. L'exportation du tabac est montée de 5,940,000 livrra en 1812, \ 9,509,000 livres en 1847. Les états de 1848 et 1S41I |iortent :

EnRn, voici les chilTres comparés de 1857 et 1858, extraits de la \ lanza gênerai del eomereio de la itla de Cuba en 1858, publiée s Havane en 1860.

1HS7 185S

lmporUIian& 34,SS3,3U piulrci.. K),<163,53« piislrsa.

EiporUtioiu âi,6GS,lKB 33,K31,83»

Droils de douane. ..... 10,M7,»U3 I1,1M,I10

Navires entréi I espagnols- 2,106 S,t37

«Isortis. léu-angers. 6,206 G,S81'

• Dont 1.T;0 américiius.

• Reeue col., 1845, p. 195.

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C\)ba ligure dans la production totale du café pour dix millions de kilogrammes, et, aussi riche par ses forêts que par ses cultures, par ses mines que par ses pâlur.iges, elle fournit le sixième de la production totale du cuivre, une grande partie de la production du tabac, et son commerce extérieur égale le cinquième de celui des États-Unis tout entiers.

Porto-Rico n'est pas moins en progrès; cette île sufût à SCS dépenses, envoie des ressources à la métropole; elle est, au dire de M. Merivale, de toutes les colonies de l'Amérique, la mieux peuplée et la mieux cultivée.

Ces deux Antilles l'emportent sur toutes les autres; or elles ont seules conservé l'esclavage.

Cette prospérité relative est incontestable; mais le mal est à côté du bien . Le bien est dû à deux ordres de causes, les unes accidentelles, les autres permanentei^; le mal est dû à peu près uniquement à une seule cause, qui est l'esclavage : nous allons le démontrer rapidement.

I. — Une admirable situation, :iu croisement de plu- .sieurs des grandes roules du commerce des peuples, situation plus merveilleuse encore dans l'avenir, parle percement de l'isthme de Panama, l'étendue d'un sol égal en surface à celui de l'Angleterre, la fertilité incomparable de la terre, la beauté du climat, font de Cuba une région favorisée du ciel. Ces biens ne peuvent lui être ravis: avantou après, avec ou sans l'esclavage, elle les possédera toujours.

La ruine de Saint-Domingue a enrichi Cuba. Lorsque les colonies anglaises, françaises, danoises, suédoises,

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ont cessé de recevoir des esclaves par la traite, Cuba coDliouait, continue encore à recruter largement sa population par ce moyen coupable. L'abolition de l'esclavage par l'Angleterre et par la France a Tait peser, pendant quelques années, sur leurs colonies une crise diTû' cile; nulle part elle n'a été aussi grave, aussi longue, qu'à la Jamaïque, voisine de Cuba, jusqu'à présent eiempte des mêmes épreuves. Pendant que les possessions anglaises et françaises étaient fermées au commerce étranger, Cuba a joui depuis 1809 de tous les avantages de la libre vente de ses produits, du libre achat de ses consommations, du libre accès de tous les pavillons'. Au moment où la diminution des droits sur les denrées coloniales a facilité la concurrence du sucre étranger sur les marchés de l'Angleterre, puis sur les marchés de la France, Cuba, qui avait pu, n'ayant à traverser aucune secousse, renouveler son matériel, développer ses entreprises, profiter de toutes les expériences d'autrui, a été la première en mesure d'apporter ses produits aux consommateurs de l'Europe.

La situation de Cuba est donc doublement exceptionnelle ; de tout temps elle le fut par les dons de la nature, en Dotre temps, elle l'est encore par tous les avantages que nous venons de rappeler.

Mais il est toujours inexact de comparer deux terres, parce que Dieu n'a pas fait deux terres semblables. Il ne l'est pas moins de mettre un pays quia profité dans la paix

' Enriron 2,000 navîr

es espagnols, 4,000 na

ïirca étrangers. Le cjiii-

merce «tcc les ÉUts-Un

s dépasse l'importaDce

u commerce avec la nié-

Iropole.

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19i L'RSCLWAtlE.

et dans la ricliesse de toutes les transformations laborieu* ses des pays, ses voisins, en parallèle avec ces pays, précisément au lendemain de ces transformations. C'est en lui-même qu'il convient de l'étudier.

Or s'il est vrai que l'abolition de l'esclavage tout autour de Cuba a fait du bien à cette île, le maintien de l'esclavage à Cuba n'y prodnil-il pas Ions les maux qu'ailleurs il entraine à sa su i le î

Si la réponse est affirmative, cet argument contie l'esclavage sera supérieur à tout autre. Car s'il est un point du monde où l'esclavage eût pu réussir, c'est en ce lieu. I^e nombre des blancs est considérable, et par conséquent l'élément civilisateur est à côté de l'élément travailleur. Le nombredeslibres de couleur est fort élevé, l'habitude du mélange et l'exemple de la liberté facilitent la transition. L'esclavage est doux, il l'a toujours été dans les colonies espagnoles. Des lois humaines assurent protection à l'Africain, comme autrefois à l'Indien'. Elles lui confèrent quatre droits, celui de changer un niaîlre contre un autre, si l'esclave en trouve un disposé à l'acheter (droit de buscar amo), celui de se marier, celui de se racheter peu à peu par le produit de son travail.

" Il est l)aiiat de présealer la tégislalion des Indes {Recopilacion de ieyes de îtiditu) comme un modèle de philosophie clirélleone el [u^tique. Kieii <le plus oxagéié que cet éloge d'uoe eompilaliOD en neuf livres de lois, ordres, dépéclies, cédules, émises pendant le cours de deiu siècles; à coté de dispositions humaines enrers les bdiens, on y trouve le monopole com^ mercial, l'intolérance religieuse, des pénjlités tyranniques. ïiaîs surtout, Cuba n'a pas été le point de l' Amérique auquel se rapportait ce recueil, et son nom y est a ^leine prononcé [don J. A. Saco, p. 57 ï 60}. Ce n'est donc pas n ces \ms piun nous faisons allusion.

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COLOMES ESPAGNOLES. 195

celui de racbeler sa femme et ses eofants. L'exercice de ces droits est assurément fort difficile, cependant ils sont importants, et don Francisco de Arango s'en félicitait légitimement, dans un Mémoire de 1796, à l'époque où les lois d'autres Antilles (Saint-Christophe, i 7S4) ne punissaient que d'une amende le fait d'avoir arraché à un esclave un œit ou une oreille. H. de Humboldt, qui cite ce célèbre Havanais, loue après lui les lois de Cuba, et il écrit (1 823), peu d'années après un arrêt, rendu dans les Antilles françaises (1815) qui condamne six jeunes noirs fugitifs à avoir \es jarrets coujks^.

Les mœurs sont douces comme les lois. C'est le témoignage de H. de Humboldt, et de tous ceux qui ont visité Cuba, Porto-Rico, ou l'ancienne partie espagnole de Saint-Domingue. Une même religion éclaire la conscience des maîtres et celle des esclaves, la religion catholique, si tendre envers les malheureux et les petits. L'autorité d'un gouvernement européen, libre, éclairé, chrétien, est présente pr des fonctionnaires élevés, investis d'un pouvoir sanslimiles. L'intérêt rend précieux les esclaves dont le prix est de plus en pi us cher, le travail de plus en plus productif. Une force militaire, plus considérable que dans aucune autre colonie*, maintient la paix. La force, l'intérêt, le pouvoir, la religion, les mœurs, les lois, semblent donc concourir au même but, l'adoucissement des maux et des dangers de l'esclavage, la tranquillité, la prospérité des possessions espagnoles,

' Voyages. III, p. 454, en n^.

>Eol841,ïlii JanKiïqui'. t soklaUur 84 noirs, 9 bUnrs; iiCiiha, 1 sot'H sur 45 Doin, 32 blancs.

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le développement normal et simultané de la population, de la liberté, de la richesse, de la morale. En est-il ainsi? Où en est la populatiou? où en sont les mœurs?

II. — D'après Queipo', la population de Cuba s'élevait en 1827, à 704,4S7 âmes, savoir:

Blancs 511,051

Ubres du couleur 106,194

Esclaves 386,943

Et en 1842, à 1,007,624, savoir :

Blancs 418,281

Libres de couleur 152.838

Esdavea 436,495

Voici, d après un ouvrage publié à New-York sous le litre de Cuba en 1851, les chiffres de 1850 {Revue col. 1851, 7,448):

CriioW 520,000\

Espagnols 35,l}Ool

Militaires et marins 33,000j 605,160 blancs.

Étrangers 10,16(l(

Population IlottaDle 17,000)

Mulâtres libres 118,2

Boirs libres 85,270J '

Mulâtres escIaTCE 11,000)

] 201,470 libres de couleur.

., . , ,„t «aaJ 147,600 escliïes.

fioiTs csduies 465,000)

1,282,630 habitants.

Le mâme auteur, M. Queipo, affirme que le rapport de

> P. 13. H. de &unboldt l'estime, en 182?i, i 700,000 habitants, dont 256,000 esclaves. Voyages, ID, Iît. X, ch. itii, p. 354.

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la population blanche à la population esclave n'a pas beaucoup varié depuis un siècle :

lien conclut qu'aucune colonie n'a moins favorise la traite. Mais ces proportions ne prouvent rien. Comme l'a justement remarqué H. Saco, il ne faut pas comparer la population noire à la population blanche; si chacune des deux a augmenté à la fois d'une quantité presque semblable, le rapport entre les deux nechange pas, mais les variations de ce rapport n'indiquent en aucune façon les variations de la population. Or, on sait qu'à la fin du siècle dernier, Cuba était une colonie de peu d'importance, occupée par de petits propriétaires, cultivant et élevant des bestiaux, presque sans le secours d'esclaves; sur 500,000 habitants, un tiers à peine était esclave ' . Il convient de comparer la population blanche à ellemême, la population noire à elle-même, pour savoir que lie loi a suivi leur accroissement.

Or, en acceptant les chiffres mêmes de U. Queipo*, la population blanche a augmenté, entre 1827 et 1S42, d'environ un quart, la population libre de couleur d'environ un tiers, la population noire d'environ moitié, el

' HérÎTale, cité par Lechevalier, Introduction, XIV. * Us ont été ré|)élés par N. Vilhisrde djns la discussion de la loi sur b mite deraDt les Cortès, 37 janv. 1815. ftev. col., 1845, p. 170.

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si on compare celle dernière à ce qu'elle était en 1791,

elle a plus que quadruplé.

Encore ce chiffre est-il loin de dire toute la vérité. \jes habitants , par crainte de l'impôt, et pour ne pas mettre sur la trace de la traite clandestine, se gardent bien de déclarer tous leurs esclaves.

A la même époque, oii écrivait don Vasquez Queipo, on lit dans une dépêche du 5J décembre 1845 de lord Aberdeen à M. Biilwer, ambassadeur à Madrid '.

« Dans ce moment, suivant le rapport de» babilants les plus intelligents, le nombre des esclaves dans l'île de Cuba ne s'élève pas à moins de 8 à 900,000 individus. »

Si l'on tient compte du chiffre de la production du sucre, qui a doublé entre 1827 et 1842', et de celle, du tabac qui a suivi la même progression, il faut bien admettre que le nombre des bras qui les fabriquent a suivi le même progrès.

Or, comme l'a démontre M. Saco, cet immense accroissement n'est pas dû aux mariages et aux naissances. San& doute le nombre des mariages entre esclaves, le rapport des naissances légitimes aux naissances illégitimes, sont beaucoup plus satisfaisants qu'en aucune autre colonie;; mais les décès l'emportent cependant sur les .naissances, et les femmes, malgré de grands efforts faits pour ac.: croître leur nombre, sont aux hommes dans la proportion de 15 à 28'. D'un autre côté, il résulte des chiffres del4 douane que, de 1521 à 1790, il avait été introduit à la

' Discours citû de M. Villavonle.

* Itev.coL, 1844. 4, p. 492.

ï Queipo. p. Gi.

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Havane 90,8*^3 noirs seulement, mais que, de 179<) à 1820, ce porl en a reçu plus en trente ans qu'en deux siècles et demi, savoir ; 225,574. Si l'on ajoute ce qui a puétreintroduit parla Trinidad et Santiago, on arrive à accepter lecalcul de M. de Hutnboldt, qui cstimeà 415,500 le nombre des nègres apportés par la traite à Cuba de 1521 à 1825. Or, ils n'étaient représentés, eu 1825, que par256,000têles.

Donc, la population esclave, qui semble augmentée, devrait t'èlre bien davantage ; la servitude a englouti des masses de créatures humaines; elles arrivent toujours, el toujours on en manque.

Des efforts énormes ont été tentés pour favoriser l'introduciioD de colons de diverses races. Dès 1794, le célèbre Havanais don Francisco de Arango avait obtenu des fonds pour encourager l'immigration des travailleurs blancs'. Le roi Ferdinand VII, par une ordonnance du 18 octobre 1817, avait pris des mesures trèslibérales pour accroître la population blanche, et l'attirer par des dispenses d'impôt et autres facilités'. Le h. soin de ces nouveaux colons est, on le voit, bien antérieur aux mesures prises pour abolir, du moins oftîciellement, la traite. En 1844, sous l'administration du capitaine O'Doiinell, ta Junte royale d'encouragement de l'agriculture offre, par un programme du 30 août, des primes de 6,000 à 12,000 piastres, et même 30,000 fr. pour le même objet*. En 1849, un nouveau projet est

' la Question de C-iba, 1839,

* Anneirs au livre de don V. Queipo.

> Annities nu livre de don V. Queipo.

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adressé à la reine par don Domingo de Goicouria, propriétaire de la Havane, le seul qui ait répondu à l'appel de la Junte, projet intclligenl el moral, qui consiste à introduire des familles et non de simples journaliers, et à séparer la production de la canne de la fabrication du sucre, de manière à répandre la petite propriété'. Toutœ a's tentatives ont pour but l'immigration de la race blanclie. D"un commun accord, leurs auteurs déclarent que les blancs valent mieux que les nègres, tandis que les Indiens ou les Chinois ne valent pas les nègres, qu'ils créent un nouvel élément de débaucbes el de désordre, qu'ils sont moins laborieux et moins dévoués. Mais on a beau faire, laraceblancbe n'est pas attirée. «C'est, dit très-bien don Domingo de Goicouria, un axiome d'aritbmétique politique, sanctionné par l'expérience et par la nature des choses, que l'immigration des hommes blancs et libres dans les colonies européennes de l'Amérique a été en raison inverse de l'accroissement de la population esclave. En 1 774, le rapport des b.Iancs aux noirs était de 6 à 4, il est maintenant de 4 à 6'. »

En 1854, l'expérience et le besoin rendent moins scrupuleux. Le rapport du ministre, le comte de San Luis, à la reine ' contient des aveux et des déclarations cyniques. H attribue le besoin de bras à plusieurs motifs, d'abord à la cessation de la traite en vertu des traités ; « Quelle que soit, dit-il, la qualification que méritetd es traités, l'honneur oblige le gouvernement de les observer, bien qu'ils

• liev. col., 1849, nous, scne, 11, p. 5.

* Mémoire cité, p. 5.

> mmnrsim.y. héacela diSla^ni, t5 avril 1854. /t^u. CO^ , 1854. 13. Sil6.

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soient en partie la cause du mal doDt on se plaint. » Or, on sait que le besoin de bras remonte bien an delà des traités Faits pour réprimer la iraîtc ; on sait aussi qu'elle est loin d'être entièrement réprimée. Le ministre signale d'autres causes d'insuflisance de la population noire : i' la coutume d'affecter au service domestique, dans les filles, des esclaves qu'on enlève aux champs. Déjà H. de Humboldl avait remarqué cette agglomération, plus grande que partout ailleurs, des noirs esclaves ou libres dans les villes. Le luxe enlève aux champs plus de bras que la répression de la traite;

2° Le peu de soin donné par les propriétaires à la reproduction de leurs esclaves, parce qu'ils comptent, pour les recruter, sur la traile clandestine;

3° Le peu de sécurité du droit de propriété sur les esclaves, par suite des difGcullésquesoulève journellement avec une nation puissante l'exécution des traités.

Il conclut à l'augmentation d'un impôt de capitation, déjà établi par un ordre royal du 29 juillet 1 844, sur les esclaves domestiques ou résidant dans les villes, et à une dispense du droit d'alcabala de 6 pour 100 sur les ventes d'esclaves, quand ils sontvmdus pour servir sur les établissements ruraux.

Il propose d'aflecter le produit de cette capitation à la distribution de trois prix annuels, l'un en faveur des propriétaires dont les esclaves auront eu le plus grand nombre d'enfants, le second en faveur de celui qui aura le plus grand nombre d'esclaves femmes proportionnellement au nombre des hommes, le troisième en faveur de celui qui aura perdu dans l'année le moms d'esclaves. Le

203 LESCLAVAGE.

ministre espère qu'ainsi sera farorisée la rejn-odudion de cette race nécessaire, et môme que les planteurs comocreront spécialement à celte reproduction de grands capitaux, comme cela arrive en d'autres pays.

Il demande que l'immigration de colons de toute race soit largement autorisée, et que les conventions entre ces colons et les planteurs soient libres, sous la surveillance d'un protectorat spécial.

Enfin il propose un enregistrement de tous les esclaves actuellement existant dans l'île, de manière à ce qu'on n'ait plus à craindre aucune recherche d'origine pour le passé, ni aucune inscription d'esclave introduit illicitement pour l'avenir.

Toulescespropositionssonldevenuesles décrets royaux du 22 mars 1854*. Ils se résument à ceci : fermer les yeux sur la traite jusqu'en 1854 ; prometlre de se corrigera partir de ce jour; encourager par des primes l'c/épe de la race noire comme on encourage l'élève de la race chevaline; forcer par l'impôt les maîtres à transformer l'esclavage très-doux de la domesticité en esclavage rural; appeler au service de la canne A sucre et du tabac des Indiens, des Chinois ou des Yucatèques, en famille ou sans famille, sans terme maximum fixé pour leur engagemenl, sous la protection plus ou moins vigilante et désintéressée du capitaine général, de ses délégués et des syndics des municipalités.

La promesse de cesser la traite a été, est toujours violée. En 1857, le nombre des nègres saisis a été de 2,704,

' Tcïti-, Bev. co/., 1854, 13, 293, 518.

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«elui des nègres introduits impunément de 10,456*.

Un traité, considéré comme un bienfait immense, promet à la colonie 20,000 Chinois; il est en voie d'exécution; 5,560 ont été apportés on 1857, en tout i7,146 depuis 1847, sur lesquels on a compté 7 femmes!

Ainsi, malgré la traite, on n'a pas vu la population noire suivre un accroissement normal ; sa présence a arrèlé tout développement de la populalion blanche. On en «st réduit à mendier des Chinois, le rebut d'une race méprisable .

En 1860, un nouveau décret a ouvert plus largement encore les jwrtes de Cuba aux Chinois, et ce décret a soulevé les plus graves critiques.

« Ou bien, » dit le journal El Horizonte du 19 juillet 1860, « ou bien le gouvernement veut abolir l'esclavage 3 Cuba, et en ce cas le décret est efficace, car le travail servile, devenanl plus cher que le travail des Chinois; sera impossible; mais, en ce cas, le décret man(|ue de franchise; — ou bien il veut, comme le dit le préambule, amener dans l'îie le nombre de bras néce^sainit pour que sa prospérité ne décroisse pas, et, dans ce cas, le décret agit précisément en sens contraire de SCS intentions, «ar l'iniporlation de Chinois avides, faux, violents, corrompus, pressés de revenir dans leur patrie, produira le désordre, l'appauvrissement, etdiminuera la prospérité.. . la base de la richesse de l'île est la servitude; elle vit par elle et avec elle, conella y por ella vive.

a Si les possesseurs d'esclaves ne peuvent lutter avec

' 20" np|)ort île l'Anly Slavcry Sodely, p. 5.

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20* L'ESCLAVAGE les rivaux qui emploieront des Chinois, s'ils voient leur fortune disparaître dans cette lutte, il est logique qu'ils désirent l'indépendance ou l'annexion auxËlats-Unis, et dans les deux cns, notre domination est perdue »

Mais comment faire ? On craint les Chinois ; comment s'en passer?

L'envie d'ajouter de nouveaux esclaves africains (bozalei) à ceux qui vivent dans l'île (ladinos) est d'ailleurs combattue par la crainte qu'ils inspirent.

Ces esclaves, si doux, si heureux, si bien traités, dit-on, se sont révoltés plusieurs fois. La seule insurrection' de Matanzas (1843-1844), coûta la vie à 4 ou 500 hommes, fut étouffée par d'affreuses rigueurs, et fit répandre plus de sang qu'il n'en fut versé à la suite d'aucune ém.inci* palion. Peu de temps après, donV. Queipo écrit que Vile est sur un cratère, et qu'il faut s'opposera tout prix à une plus large iniroduction d'Africains.

III. — On n'a donc pas civilisé ces esclaves? La prétendue conversion des races inféneures par les bienfaits de la servitude est donc demeurée sans fruit?

Cl Je ne puis, dit M. Anthony Trollope', placer les nègres de la Jamaïque sur le même pied que ceux de Cuba qui sont laissés absolument sans instruction religieuse, et sont, en conséquence, bien plus voisins de la brute que tous les autres. »

Les aveux de M. Queipo sont, sur ce point, extrêmement précieux. II pense que « pour les esclaves, il suffit, quanta présent, de limiter l'éducation à l'instruction

' Rev. col., 1844, 2, 249.

■ The west Indien and Ûie SpanUh Uain, p, 47.

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religieuse' .» Il engage le gouvernement à faciliter par tous les moyens en son pouvoir, une si utile instruclioD, et voici quel en est, à ses yeux, le programme:

« 1/instruclion religieuse , dirigée par des ecclésiasii* ques zélés et instruits, loin d'influer sur le relâchement de [a discipline, comme le craignent peut-être quelques personnes , contribuerait, au contraire, à afTermir l'autorité det maître», enhabitiiantlmesclausàlatoumhsion, et en leur enseignant à supporter avec la résignation que peut seule inspirer la religion, les prii-(Uiom de leur eondilion passagère*. »

Craindre la religion qui retâdie la discipline, favoriser la religion qui hf^itue à la joumiuio.i, c'est en tous lieus le langage des partisans de la servitude et leurembnrras.

Trouve-t-on du moins un clergé commode prêt à faire cet ignoble usage de son zèle et de son instruction ? Que vaut le clergé qui consent à cette tâche honteuse?

Le même auteur déplore a l'éloignemcnt et l'indifférence toujours croissante de la jeunesse pour la carrière ecclésiastique »

« Il voudrait jeter un voile sur le triste tableau que présente l'état du culte et de ses ministres... * »

Ce clergé est en effet l'un des plus corrompus qui soient au monde, malgré le zèle d'évêques respectables et l'exemple des jésuites, réguliers et irréprochables.

Quoi ! vous chaînez la religion d'affermir les mauvais rois, les mauvais maris et les mauvais maîtres, en prê-

< IV west Indiet, etc., p. 161.

» Ibid.. p. 156.

> féid.. p. 157.

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chant la soumission aux sujets, aux femmes et aux esclaves, et vous êtes surpris cjae, pour ce beau métier, on ne trouve pas de prêtres, ettju'à le remplir, on se corrompe et on s'avilisse! Dieu en soit loué! Quand le clergé se charge d'excuser les vices qu'il doit combattre, i] les gagne, et c'est justice que le médecin prenne la maladie qu'il n'a pas voulu guérir.

On pourrait parier d'avance que la justice, qui est la seconde force morale après la religion , est envahie par la même contagion. Les aveux de M. Queipo, lui-même procureur général, n'en laissent pas douter ' . « La législation produit une source intarissable de procès; ils sont la proie d*une multitude d'agents d'affaire {jncapledos), d'avocats {/cfrarfos), et de procureurs [causidi' cou); ils coûtent énormémenl cher, la procédure est inextricable, ils durent sans fin; en France, en Angleterre, en Espagne même, la justice est coûteuse, mais enfin, on a l'espoir de l'obtenir. Il n'en est pas de même dans l'île, où l'indulgence des cours supérieures et la difficulté de faire parvenir jusqu'aux pieds du trône les plaintes qui peuvent s'élever contre les abus et les injustices des tribunaux inférieurs et leurs assesseurs gradués, les laisse maîtres absolus de la fortune et de la liberté des habitants, en favorisant^ l'impunité..... »> L'exorbitante faculté laissée aux parties de choisir et de récuser leurs juges', l'abus des gratifications {buscas)^ escamoleries (vistos, épices), assure aux maîtres d'esclaves une impunité facile. Après une longue énumération

• The weit Indies, etc.. p. S40, 343, S56.

•JtJJ. p, 2&2.

COLONIES ESPAGNOLES. 2ii7

des abus, c'est un magistrat qai conclut en nommant la législation et la justice, un ver rongeur qiii mine l'île '. Au-dessus delà justice civile s'élève la justice politique^ ou le gouvernement. Il est absolu, sans limites. Pas de législature comme à la Jamaïque, pas de conseils généraux comme aux Antilles françaises. Pour maintenir les esclaves, les colons veulent un pouvoir de fer ; ils le subissent pour eux-mêmes. Voici quelques exemples 'de la manière dont il s'est exercé dans les dernières années :

Don José Antonio Saco , pour avoir publié quelques articles contre la traite des noirs, banni sans procès ;

Don Domingo Delmonte, riche propriétaire d'esclaves, soupçonné d'avoir rédigé une pétition contre la traite» exilé ;

Don Benigno Gêner, pour avoir écrit une adresse contre la traite signée par 95 planteurs de Matanzas, forcé de s'expatrier (1 844) ;

Don Gaspar Bétanconrt Cisneros, riche planteur de Puerto Principe, soup^nné des mêmes opinions, mandé et sévèrement admonesté devant le capitaine général.

Don José de la Luz Caballero, pour les mêmes opinions, traduit devant une commission militaire;

Don Manuel Martinez Serrano , pour les mêmes opinions, mort en prison.

Ainsi, il y aurait, ou plutôt il y a une opinion abolitionniste à Cuba, le gouvernement ne la tolère pas. Mais il a longtemps toléré que le capitaine général reçflt une

' Tlie weil Indies, etc., p. 304.

> La Questùm de Cuba (1859. p. 19, 20).

208 l/ESCLAVAGE,

once d'or (qualre-vingt-quatre francs) par tète de bétail humain introduite. On peut citer les capitaines généraux, vivant encore, et enrichis de celle manière.

En résumé, laj'ustice, la liberté politique, la sécurité sont en décadence. Mais du moins est-il bien vrai que la richesse, unique objet auquel tout est sacrifié, soit en progrès?

Si le luxe était la richesse, si d'énormes fortunes particulières que voit l'Europe, parce qu'elles se dépensent en Europe, étaient un fait habituel, l'île de Cuba pourrait être regardée comme une terre opulente, et la ville de la Havane, si brillante, si animée, la ville de la prodigalité charmante et de la mollesse dorée, serait un paradis. Mais ces apparences sont des voiles qu'il faut lever. Allons aux sources de la richesse. Plus d'une est desséchée. Le commerce étant presque tout entier entre les mains des étrangers, c'est la possession et le travail de la terre qui est la richesse de l'île. Or le travail servile augmente de prix. Si la population availétélibre,elle se serait peu à peu répartie dans tous les endroits les plus fertiles. Captive, elle a été parquée dans une seule province. En Espagne, il y a 750 habitants par lieue carrée; à Cuta, 587 dans le département occidental de l'île; les bras manquent et la terre reste inculie partout ailleurs '. Pour fa-

' Terres cultirées 65,677 caballerias .

Prairies naturelles 09,612

— ailificielles 17,464

Terres non dëfnchéeg 409,836

Terres arides 159.285

~751,78i La caballeria esl de 55 acrÔs 1/Q anglais. [Hev. col., tSaO, 5, 568.)

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CULOSIKS ESPAG.XOLES. 20»

briquer du sucrr, à l'aide des esclaTes, oo a ii^ligé les prairies artificielles et l'élève du bétail ' ; des foréls séculaires ont été abattues pour cultiver la canne, et il en est résulté la sécheresse et l'insalubrité ' ; on a négligé la recherche et l'exploitation de mines do charbon importantes'. L'élendiie de la culture nécessaire à la pi"»duction de la canne à sucre ne permettant pas facilement la division des héritages, les sucreries ajant longtemps joui du privilège exorbitant de ne pouvoir être vendues que pour une detteégalanl leur valeur (loi 5, lit. XVI, liv. I>, du Code des Indes], la répartition des terres ayant été Taite sans prudence à l'origine, au point qu'une seule famille {Recios) possède 200 lieues carrées, l'habitude àa luxe entraînant à une grande imprévoyance, il résulli2 de toutes ces circonstances que la propriété foncière est obérée lourdement, et qu'elle «se trouvé, dit M. Queipo, comme perdue dans un inextricable labyrinthe, source intarissable de procès qui troublent la paix des familles, compromettent et diminuent les fortunes, ruinent les créanciers de bonne foi, et, traînés facilement en longueur, aboutissent pour la plupart a la vente des habitations'. «L'intérêt de l'argent, à cause de ce défaut de sécurité, est très-élevé. Le numéraire est rare. 1^ vie est très-chère. Les colons et les capitaux de l'Europe n'osent s'aventurer. Pendant ce temps, le sucre auquel on a tout sacrifié, estdeplusen plus concurrencé par le sucre de

■DdoV. Queipo, p. 100.

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Java, de la I^uisiani!, du Brésil. Les colonies anglaises elfrançaises reprennentleursforees. De grandes fortunes, plus ou moins bien acquises, à côté d'un malaise général de la propriété, une prospérité, ravivée par des causes passagùres, dontonenlrevoitdéj.i le terme, des habitudes de luxe et de prodigalité qui contrastent avec la vie cruelle des esclaves, et achèvent de cacher et par conséquent ie précipiter des causes profondes de ruine, voilà donc, après avoir lu un défenseur officiel de Cuba , ce que l'on est conduit à penser de cette prospérité matérielle, dont les partisans de la servitude font un si complaisant étalage, prospérité qui pourrait en effet devenir immense, le jour où les efforts des hommes correspondraient aux dons incomparables du Créateur.

iV. — Qu'a donc à craindre l'Espagne, si elle abolit r esclavage?

Une dépense pour indemniser les propriétaires, une perte de revenus pendant quelques années, un maiaise momentané.

Sans nier l'importance de cette dépense, le poids de ce malaise, il est permis d'affirmer que, dépense et malaise, seraient moins lourds et moins longs que partout ailleurs.

IjCS précautions dont l'expérience a révélé l'utilifé, l'engagement transitoire des affranchis, seraient faciles- Déjà les meilleurs procédés de fabrication sont usités, el la combinaison de la petite culture avec la grande fabncation n'est pas chose nouvelle. La force militaire, les écoles, les institutions de bienfaisance sont prêles. L'eiem pie du travail libre est déjà donnésur une grande échelle-

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COLOMES ESPAGNOLES. 211

Il l'est surtoulde la manière la plus remarquable dans la seconde Antille espagnole , l'île de Puerto-Rico. Une plus intelligenle répartition des terres, régularisée par une ordonnance de Ferdinand Vil, du 10 août 1815 ', qui accorde h tout étranger une concession gratuite de 4 fanègues 1,2 {1 hectares 50 ares)de lerrc, à condition de les cultiver, et la moitié à chaque esclave, a attiré les colons, répandu la petite propriété et facilité l'émancipation.

Dès 1S54, le colonel Flinter* constatait que sur 400,000 habitants, il y avait à peine un vagabond, que toute la population était aui champs, active et heureusË. Pas plus de 57 villes ou villages contenant 6,448 habitations sur 535 lieues 'Carrées, tandis qu'on comptait dans la campagne 44,295 babitarïons oocupées par 540,895 habitants sur 400,000. Sur 45,000 esclaves, 15,000 étaient domestiques , 50,000 seulement étaient répariis dans SOOsucrerieset 148caféierîes,indcpendammeDtdel ,"277 petites plantations. Les trois quarts des produits dtstinés à la consommation ou à l'esportation, étaient le fruit du travail libre des blancs ou des gens de couleur, ainsi que l'élève de 100,000 têtes de bétail .

En 1810 , la valeur des exportations n'allait qu'à 65-,672 pia8tfes;enl832,elle excédait 5,000,000 piastres. Autrefois, Porto-Rico, d'abord colonie pénale, était dans l'étal le plus déplorable et les noirs libres étaient

' Annexes au livra lie do;i V. yucijMi, p. 569.

» Londres, 1834, chez longman, cilé dans un ^critdo Zatlivrt M.icaiilay traduit sous ce lilre : Faits et renseignemenu prouvant Its mantaget du travail libre mr te travail force, l'nris, tluctiette, 1H55, chap. i",p. t, 19.

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ari L'ESCLAVAGE,

indolents el vicieux. Tous les progrès sonl dus à la dislribution des terres, à une législation libérale, à la construction des églises, à de bons rè^'lenienls contre le vagabondage, en autres termes à la propriété, à la religion, à la justice En vingt ans, d'après le témoignage de ^f . Mérivale ', la population a doublé, la production a quadruplé, le nombre des esclaves, malheureusement augmenté depuis, ne s'est pas accru. Outre les planteurs qui, en général , habitent leur terre et l'exploitent eux-mêmes, il existe h Porlo-Itico une classe très-nombreuse , à peu près un tiers de la population, de petits propriétaires de race blanche, connus sous le nom de hivaros, qui cultivent leurs petites habitations avec leurs familles, race peu instruite, mais courageuse, industrieuse, vivant en très-bons termes avec les gens de couleur. Ainsi les blancs peuvent travailler et se reproduire sous le climat des tropiques ; les produits tropicaux peuvent être cultivés par le travail libre. L'exemple de Porlo-Rico établit ces deux vérités si contestées.

En 1844, au témoignage de don José Saco ', on comptait à Porto-Bico 1,277 petites plantations de cannes à sucre cultivées par leurs propriétaires libres, et le même écrivain rappelle que le sucre est également produit par des bras libres aux Indes orientales, à Java, aux Moluques, aux Célèbes, à Sumatra, à- Manille. On peut ajouter maintenant les Antilles anglaises et françaises. Or, dans

' Etra:inTiiTi\3k, Lectures on co!ottiialiO)i,l&ii, été prM. Julc!^ I.eubcvalier , Rapport itir les questions coloniales, 1, ii troduction, W, 1 814.

' De la suppression 'te la tra'te des esclaves africains dans file île Cuba, par don José A. &ico {lleo. col., 1845, h, 23G].

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COLONIES KSPAGN'OLES. «17,

les Anlillcs espagnoles, il y a dôjà plus d'hommes libres qu'ailleurs, plus de blancs pour diriger les gens de couleur, plus (le soldais pour maintenir l'ordre, plus de capilauT pour traverser la crise, et l'espérience d'autrui pour éviter les fautes et ménager la transition. Que manquc-t-i! donc? Rien, si ce n'est la volonté.

Mais, d'autre part, qu'est-ce ijoe l'Espagne doit redouter, si elle n'abolit pas l'esclavage?

La décadence morale et même matérielle d'un admirable pays, puis la perte de sa colonie.

Que le luxe , le faste, les millions, les mariages des créoles de la Havane et la prospérité incontes table, thic à des causes exceptionnelles et transitoires, ne nous fassent pas d'illusion.

En résumé, avec un esclavage adouci, continuellement renouvelé par la traite, l'île ne s'est pas peuplée; avec de magnifiques éléments de richesse, la propriété est en général obérée par les dettes, dévorée par le luxe ; la terre est devenue une fabri(|ue ; une force militaire considérable, un pouvoir supérieur illimité, n'ont pas empêché des révoltes, l'élat de siège, le bannissement; la religion s'est corrompue au lieu do civiliser ; la justice est abaissée; les mœurs dissolues; les blancs soumis, sans aucune liberté politique, au pouvoir absolu dont ils ont besoin pour st> proléger contrela révolte. Onabeau dire que l'émancipation se fera peu à peu; on a beau vanterdes lois humaines, une opinion abolitionniste sérieuse,mêmeparmiles maîtres, une large faculté de rachat, moins de préjugés de couleurqu'en Amérique Le rachat ne conduit à rien, l'opinion n'est pas libre, aucun exemple n'est donné et on se

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2U , LKSCUVAGK.

réduit à répéicr : c'est le temps qui détruira l'esclavage. Or le temps rive plus de chaînes qu'il n'en use. Qu'à-t-il , fait jusqu'ici? Le temps a vu naître à l'île de Cuba d'ad- , mirables progrès. Cette ricbe contrée a des écrivains, des savants, des artistes, des poètes, des administrateurs, des inillionnaires, des journaux, des écoles, des églises, des établissements de toute sorte , des usines modèles, des chemins de fer, des plantations supérieurement dirigées, des ports magnifiques , un commerce actif ; elle est ce qu'on appelle aujourd'hui un pays civilisé.

« Partout, dit M. de H«mboldt\où l'esclavage est trèsanciennement établi, le seul accroissement: de la civilisation influe beaucoup moins sur le traitement des esclaves que l'on ne désirerait pouvoir rydmettre. La civilisation s'étend rarement sur un grand nombre d'Individus, elle n'atteint pas ceux qui , dans les ateliers, sont en contact immédiat avec les noirs. »

On voit à Cuba, ce que l'on vit à Rome et à Athènejs, . l'esclavage durer à côté du luxe, l'exlrême abjecticn à ■ côté de l'extrême opulence, et l'étal des esclaves plus misérable à mesure que les exigences de la richesse ot du commerce deviennent plus impérieuses. Le, même soleil fait mûrir les fruits et pourrir le fujnief . Le temps i accroît la richesse des maîtres et la misèredes esclaves, Il y a bientôt quarante années que H. de Humboldt avisité Cuba ; quarante années n'ont pas changé la condition des esclaves. Compter sur le temps, c'est perpétuer la servitude.

' Voyages, 111^ p. 4fj6. . I

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Ce serait au gouvernement espagnol à prendre l'iniliative. Pour abolir la traite, il a fait, de mauvaise grâce, quelques efforts tardifs; pour abolir l'esclavage, aucun. Il n'est pas demeuré seulement inerte, il a élé complice. Nous le verrons fermant les yeux sur la continuation de la traite au mépris des traités les plus solennels. Nous avons vu, et il faut redire encore, sa conduite envers l'opinion des partisans de la liberté, Bombreux, à l'honneur de la société cubaine.

A la suite des insurrectirais des esclaves qui eurent lieu à Cuba à la fin de 1 843 et au commencement de 1844, un mouvement abolitionnisle. se manifesta dans l'opinion , 92 habitants considérables de Matanzas signèrent (29 novembre 1845) une adresse au capitaine général O'ûonnell contre la traite et indirectement contre l'esdavage ' ; le capitaine général refusa de les recevoir et leur Gt une sévère admonestation. Une seconde adressa ayant été signée à la Havane, il la m^t en pièces devant ses auteurs ; à une troisième adresse, il répondit par des menaces écrites. Plus de trois mille noirs furent passés par les armes et un millier d'autres banni'. Quel était leur crimeî Au milieu des tortures cruelles infligées à ces malheureux noirs pour leur arracher des aveux sur l'origine de l'iu- «ur^cclion, ils déclarèrent, 3101*8 même qu'ils étaient attachés au fatal poteau , qu'ils n'avaient pas été poussés à la révolte par des traitements trop rigoureux, mais

' fiew. co(.. 1845,7,281.

* Itapp. <lu juge-Mmmis.-aire anglais, Itev. col. 1847, 12, 104.

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(lUC l'amour de la lïberlé, dont on les avait injustement privés, les avait excités à se rdvoller, qu'ils étaient prêts à braver pour elle les plus cruelles souffrances et la mort même, que sans elle ils ne pouvaient plus vivre; on en vit s'échapper et se donner la mort, plutôt que de retomber en esclavage.

Ix)rd Aberdeen, en affirmant tous ces faits dans une dépêche au gouvernement espagnol du 2 mai 1844', ne craignait pas d'ajouter : «les seules personnes qui prêtent la main h la continuation de la traite sont les officiers même de la couronne d'Espagne. La cupidité du gouvernement est la cause réelle de cet affligeant trafic imposé à la colonie, malgré son danger manifeste et au grand mécontentement des propriétaires, dans le but unique d'enrichir le capitaine général, n

L'opinion s'émut à Madrid comme à la Havane. Les remontrances du cabinet anglais eurent pour résultat la loi de 18i5 pour la répression de la traite, loi plus sévère et non moins violée que les précédentes. Mais rien ne fut fait contre l'esclavage. Or il était la cause des révoltes; il ne suflisait pas de dire : n'apportez plus d'esclaves , si l'on n'ajoutait pas : n'en conservez plus. L'émancipation anglaise était accomplie; on préparait, dans coKeméme année lSi5, l'émanci|iatîon française par des lois importantes. Le gouvernement espagnol n'exprima pas même un vœu, un espoir, il n'annonça l'intention d'aucune initiative. Quinze années se sont écoulées depuis celle époque, sans qu'un seul pas ail été fail, sans qu'un

' liev col. (8i:.. 7. 28.>.

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seul mot ait été prononci^ en faveur de l'abolition de l'esclavage.

Au contraire, le rapport qui précède les décrets de i^bAjSUTVenregislrement, l'immigration, etc., débute par ces paroles honteuses ' :

« L'un des maux les plus graves dont soulTre aujourd'hui l'ile de Cuba, provientde la raretédes travailleurs... Si l'on ne se hâte d'y porter remède, les richesses que renferme cette île ne tarderont pas à diminuer et même

à s'épuiser complètement Il n'échappera pas à la

profonde pénétration de Votre Majesté, que la situation qu'on déplore est due, d'une part à l'exislence n-'ccftuoire àe l'esclavage, et de l'autre , aux traités en vigueur qui suppriment la traite. Les Antilles paraissentcondamnées par la Providence à ne montrer leur fécondité qu'à la laveur de cette institution et aux dépens de la race $ftr laquelle die pèse. De là est résultée, pour l'île de Cuba, une situation sociale et économique qu'il est indispentable de maintenir arec tous ses inconvénients, quelque eiceptionnelle et anormale qu'elle soit, car l'idée seule de la régulariser en la modelant sur les sociétés européennes ferait naiire de plus grands dommages encore pour l'État et même pour la race privée de la liberté civile.

«De la iii^ssttedemaintenir l'esclavage dans ces régions aa\ssai\lnalvrellement l'utilité de permetti-e en certains cas, l'inti-oduction de nouveaux esclaves, mais comme les traités le prohibent, ce mojeu efficace de eon$eriation a

' Rev. col, 1854, (3. 286.

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manqué à l'esclavage au moment où ledéreloppemciitet les progrès de l'agriculture le rendaient chaque jour' plus nécessaire. »

L'esclavage nécesiaire, la traite néceasaire, voilà ce que' proclame en 1854, le gouvernement esjMgnol.

Hais, grjlces.à Dieu, c'est l'abolition qui est nécessaire. Ce que l'humanité n'a pas inspiré, la 'Décessîté le commande. Cuba n'a pas changé de maitree, 'mais' il a- changé de voisins. Dans tous les- pays q«i avoifiiaenl Cuba, du Mexique à la Floride,' de Panama à la Ouyane, dans toutes les Antilles, régnait, M y a moins d'un siècle, presque partout l'Espagne, et partout l'esclavage. Centre de l'Amérique insulaire, de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud, la reine des Antilles, Cuba, n'a plus autour d'elle que des institutions ou que des races sans ressemblance avec les siennes. Le Mexique, TAmcrique centrale, la Colombie, Saint Domingue , les Antilles anglaises, françaises, danoises, suédoises, «l'ont plusd'e^laves. La Louisiane et la Floride en possèdent, mais, elles appartîennentàla race envahissante desiAmé*. ricains. 1^ igrande, belle, riche Cuba semble aux Slavesh^lders du sud de l'Union américaine comme; une terre, détachée de leur continent qu'ils veulent reprendre à la. mer. Augmenter d'une contrée divisée en deux États, le» nombre des États à esclaves , c'est rétablir daus les deux chainbres du congrès l'équilibre des votes, etforlitier,> rétablir l'influence du Sud. L'Amérique est aux Améri-' cains comme l'ilalieaax Italiens. Cuba doit être la prùe' des États-Unis, elle le sera : les premières tentatives ont échoué avec Lopez, elles seront recommencées. La con-

COLONIES ESPAGNOLKS, ■i\9

Toilise du Sud est devenue un plan de la politique passée dans le langaf^e officiel ; Cuba sera achetée, cédée ou prise.

L'Espagne livrera son dernier vaisseau et sou dernier écu avant de perdre le seul joyau qui lui reste de son ancienne couronne apiéricaine. Déjà dans les Cor* lès, d«s défis solennels ont répondu aux menaces et aux instances du Cabinet de Washington'. Les deux, cent mille mulâtires libres, qui le lendemain de l'annexion retomberaient dans un rang voisin de l'esclavage, résis'eront avec l'Espagne. Un parti puissant essayera de conquérir l'iadép^idanee de l'île. Cependant, l'exemple du Texas prouve assez que rÀmérîque avancera pas à pas, et, lât ou tard, l'usurpation est infaillible. Car d'une part, s'il y a aux États-Unis un parti qui la prépare, il y a dans l'ilc, d'antre part, des planteurs qui la désirent, afin de ne plus payer à l'Espagne tant d'impôts ci les fraisde tanldefonctionnaireSr alin d'assurer, en s'unissanl à quinze Ëtals à esclaves, la perpétuité de la possession des leurs. Lord Falmerston l'a dit un jour : « les colons de Cuba ne tiennent plus à l'Espagne que par la peur d'une insurrection et par lafayeur de la traite. » Or, l'Amérique protégerait désormais mieux leur sécurité et leur trafic, [.es assiégeants ont donc des iotelligences dans la place, et l'envie est assurée de la complicité de l'intcrêt.

A moins que l'Europe ne s'y oppose, ce siècle est probablement destiné à voir la main énorme des Ëtata-

' V. lir. IV, Étalt'Uim.

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220 l/ESCLAVAGE.

Unis, s'étendre et se refermer sur une nouvelle con- (|uète, grande comme l'Anglclerre , plus riche des dons de Dieu qu'aucun pays du monde, Gibraltar du la Méditerranée américaine, sentinelle postée à l'entrée diiMississipi, gardienne du futur canal de Panama, reine des Antilles que se partagent les puissances maritimes et que la même convoitise, accrue par ses triomphes, osera menacera leur tour?

L'Espagne, conduite par une mauvaise action à une situation fausse et extrême, a déjà tenté d'obtenir pour ses possessions la garantie de l'Angleterre et de la France. En 1852, un traité a été proposé aux Ëtats Unis; dans cetl£ convention , il ne s'agiseait de rien moins que d'une déclaration obligatoire de la part des trois nations, équivalenteàassureràl'Kspagnela possession perpétuelle de l'île de Cuba, sans aucune garantie de sa part à l'égard des habitants de la colonie'. Les Élals-Unis ont refusé un traité qui décevait leur ambition sans satisfaire l'humanité.

Depuis cette époque, nous l'avons dit ailleurs, les projets sont devenus publics, et les menaces audacieuses.

Heureusement pour l'Espagne, la Providence lui accorde un répit et une occasion de se relever. .4 la faveur de la crise qui déchire les États-Unis, par une démanJic hardie, l'Espagne a recouvré Santo-Domingo, et elle est sans doute disposée à placer sa main dans les révolutions du Mexique. Maîtresse ou protectrice de deux terres sans ^aves, comment conserve^a-l-ellé la troisième et la

' Lii Question de Cuba, 1859. p. 57.

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COI.OMES ESPAGNOLES. i2l

plus belle, comment s'assurera-t-elle la possession -Je Cuba?

Le seul moyen, c'est d'émanciper les esclnvcs! Le sud des États-Unis n'aura plus le môme intért^l à l'annexion ; s'il la tente, l'asservissement d'une lerrc libre pour y rétablir l'esclavage fera horreur au monde entier, et l'Espagne obtiendra plus aisément l'nppui de l'Europe. Quatre cents mille noirs et deux cents mille mulâtres défendront le droit de l'Espagne avec leur liberté. L'émancipation lui enlèvera des esclaves et lui donnera des défenseurs. Les propriétaires seront indemnisés, et, s'ils se plaignentà l'excès, l'on pourra opposera leui's plaintes les traités qui permettent de rendre à ta liberté les esclaves dont on ne peut justîlîer l'origine; si ces Iraiics étaient exécutés à la lettre , que leur resterait-il donc?

Je le répèle avec un écrivain distingué : « L'aboliiion de l'esclavage est le moyen le plus infaillible d' assure)' à l'Espngne la possession de Cuba'. »

De toutes les nations de l'Europe, l'Espagne a étii la première à peupler d'esclaves le monde qu'elle a conquis, sera-t-elle la dernière à renoncer à un crime qui atluré plus de trois siècles!

' H. Cucheval-Clarignv, Patrie do 17 janv. 1859.

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