‹ L'abolition de l'esclavage (volume 4)Chapitre 35 sur 56 · Voilà que le juge est à votre porte · texte numérisé non relu

Voilà que le juge est à votre porte

/" Epître de taint Jean :

Ch 111,18. Hespetilscnfauts,n'aiinonspasdeparo)e,ui de lingue, mais par œuvre et en vérité.

Je n'ai pas craint de citer ces textes si nombreux. Qui donc se fatiguerait en lisant l'Évangile et les Ëpitres? Ne se sent-on pas au contraire édifié^ fortifié, rafraîchi, en écoutant toutes ces paroles si tendres, mais si sages, ces doctrines positives de liberté, d'égalité et de fraternité, mêlées à ces conseils de soumission et de patience, paroles, doctrines, conseils, également éloignés de l'Ëvangile défiguré des révolutionnaires, et de l'ËTangilc non moins faux des absolutistes? Dans ces mots cent fois relus, on découvre à chaque nouvelle lecture, des surprises et des richesses nouvelles, et on se pretid à répéter avec enthousiasme ce verset d'un psaume: Seigneur, vos paroles sont r^oumantes, comme la découverte d'unabondant fcutin'.

Ira-t-on épiloguer et tenter des interprétations subtilcsT NoQ, non, ces textes doivent être pris respectueusement à la lettre. Partisans de l'émancipation , n'alléguons pas que tous les textes qui prêchent la soumission s'adressent aux serviteurs, aux domestiques, servi, et non aux escla-

» Lxlabor ego super eloquia tu», sicut qui invenil >pcilia mnlla. Ps. «nii.

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Tes. H est parfaîlemeot vrai qu'applicables aux uns et aux autres, ils sont employés sans modiGcation, dans nos sociétés modernes, comme le code des devoirs de tous les gens de service. Mais il n'est pas moins certain que les apôtres, entourés d'esclaves, ont parlé pour les esclaves. Les textes: tive tervu$ $ive liber, autant que la tradition n'en laissent pas douter et ne permettent pas de se réfugier derrière câ argument d'ailleurs inutile.

Ce serait une autre subtilité que de prétendre, d'autre part, que toutes les paroles favorables à la liberté sont figurées, et ne doivent être entendues que de l'affranchissement moral des âmes, non de l'émancipation réelle des individus.

Ah ! je n'ignore point que le vrai chrétien estlibre dans les fers, libre entre les mains du bourreau ; la violence est impuissante à forcer le retranchement impénétrable de la liberté d'un cœnr qui croit en Dieu ; liberté sublime qui fait les martyrs, et soutient aussi l'héroïsme obscur de tant de victimes patientes d'une pénible vie. Mais n'abusons de rien, pas même de la vertu. Sans la liberté matérielle, la liberté morale, souvent défaillante, est toujours incomplète. Le martyr est libre de détester le supplice, mais non de ne pas le subir. Pendant cinquante ans, l'esclave abhorre intérieurement ce qu'on le contraint à faire, mais il l'aura fait pourtant pendantcinquante ans. Dites qu'il est un martyr, mais ne dites pas qu'il est un bomme libre. Seulement, cela est vrai, plus il sera moralement libre, plus la servitude lui pèsera, plus il voudra, plus on voudra avec lui la voir rompre ; l'esclavage d'une âme basse et servile scandalise à peine;

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l'esclavage d'une âme libre est un spectacle intolérable pour une âme juste. Ëlever, transformer, affranchir l'âme de l'esclave et celle <1a maître, c'était donc déjà . briser la servitude. Les liens qui enchaînaient les âmes devaient tomber les premiers, mais Jésus-Christ a affranchi l'homme entier, l'âme et aussi le corps. Ses paroles, les actes qu'elles ont aussitôt inspirés à ses premiers disciples, puis à l'Église, le démontrent dairement.

Si l'on demande à voir un esclave réellement affranchi de la main d'un apdtre, qu'on soit satisfait! Ce mémorable exemple nous a été conservé dans rÉpître de saint Paul à Fhilémon, que nous avons voulu analyse- à part et la dernière, parce que, sans cesse présentée comme une objection, elle nous paraît au contraire une preuve aussi touchante que décisive.

Philémon était un riche citoyen de la ville de Colosses; converti par saint Paul avec sa femme Âppie, il était devenu le modèle et l'appui des chrétiens de la contrée. Un de SCS esclaves, Onésyme, ayant volé son maître, prit ta fuite, et, arrivé à Rome où saint Paul était pri< sonnier, il alla le trouver. Saint Paul le reçut avec charité, le convertit et voulut se servir de lui pour prêcher la foi. Mais, avant tout, il le renvoie à Philémon, et le charge de porter à son ancien maître, justement irrité, une Ëpitre qu'il convient de citer tout entière:

Paul, prisonnier de Jésus-Christ, el Timothée, son frère, a notre cher Philémon, notre ccKipéraleur.

A notre très-chère sœur Apple â Ârchippe, le compagnon de nw combats, el à l'Église qui est en voire maison.

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Qu« Dieu iiolre Père, Jésus-Christ noire Seigneur, vous dounent la grâoe et la paix.

He souvenant sans cesse de vous dans mes prières, je rends grâces à mon Dieu.

A{^renant <]uelle est votre foi envers le Seigneur Jésus, et votre charité envers tous les saints.

Et de qudle sorte la libéralité qui naît de votre foi éclate aux yeux de tout le monde, se faisant connaître par laot de bonnes œuvres ijui se pratiquent dans votre maison pour l'amour de Jésus-Christ.

Car votre charité, mon cher frère, nous a comblés de joie et de consolation voyant que les cœurs des saints ont reçu tant de soulagement de votre bonté.

C'est pourquoi, encore que je paiste prendre en Jésus-Christ un« entière lUterté de vous ordonner une chose qui est de votre devoir,

Néanmoinsl'amour que j'ai pour vous lait que j'aime mieux vous supplier, quoique je sois tel que je suis à votre égard , c'est-à-dire quoique je sois Paul, et déjà vieux et de plus maintenant prisonnier de Jésus-Christ.

Or la prière que je vous fais est pour mon ^s Onésyme, que j'ai l'ngendré dans mes liens.

Qui vous a été autrefois inutile, mais qui vous sera maintenant trèsutile aussi bien qu'à moi.

Je TOUS le renvoie et je vous prie de le recevoir comme mes entrailles.

J'avais pensé de le retenir auprès de moi, aCn qu'il me rendît quelque service en votre place dans les chaînes que je porte pour l'ËTangile.

Maisjen'ai rien voulu faire sans votre consentement, désirant que le bien que je vous propose n'ait rien de forcé, mais soU entièrement volontaire.

Car peut-être qu'il a été séparé de vous pour un temps, afin que vous le recouvriez pour jamais.

Non jAus comme un simple esclave, maïs comme cdui qui d'esclave est devenu l'un de nos frères bien-mmés, qui m'est tris-

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400 LE CHRISTIAMSMK

cher à moi en pui-ticiilier, et qui vous le doit &re encore beaucoup plu»

Ëtanl n ?ous selon le monde et selon le Seigneur.

Si ddnc vous n;e ronsidérez comme étroitement uni î tous, rewvezle comme moi-mAne.

Que s'il vous a fait lort ou s'il vous est redevable de quelque cftoM, mettez cela sur mon compte.^

C'est moi, Paul, (jiii vous écris de ma main; c'est moi qui vous le rendrai pour ne vous jias dire (pie vous vous de»ea vous-mêoie à moi.

Oui, mon frère, que je reçoive de vous cette joie dans le Seigueui-, doimez-moi au nom du Seigneur cette seii.'^ble consolation.

Je vous écris ceci dans la conllance que votre soumission me donne, sachant que vous en fere% encore plus que je ne dis.

Je vous prie aussi de me préparer un logement, car j'espire que Dieu me redoiuieia à vous encore une fois par le niériti; de vos prières.

Epaphras, qui est comme moi prisonnier pour Jésus-Christ, vousalue avec Marc, Aristnrque, Démas el Luc, qui sont mes aides et mes compagnons.

Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus^hrist soil avec votre es|int.

Amen.

Saint Jérôme nous apprend qu'on a cru celte Ëpilrc indigne d'étro placée au nombre des écrits canoniques, comme trop familière, et consacrée à un objet trop spécial et trop minime. Mais l'Église l'a toujours maintenue et nous devons l'en bénir, des millions de pauvres esclaves l'en bénissent avec nous, c'est une lettre adressée de la main de saint Paul, au nom de Jésus-Christ, à tous leursmuîtres chrétiens. On a osé dire que cette lettre consacrait l'esclavage, puisquesaiatPaul renvoyait un esclave fugitif à son maître. Sans doute, il le renvoie, mais d'abord le docteur des nations a eu la bonté dVnseigaer et de convertir cet esclave, ce fugitif, ce voleur; devenu le

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Er L'ESCLAVAGE. 401

Irère d'Onésimc, mais se souvenant aussi qu'il est lis frère de Philémon, en quels termes, avec quel art charmant dans sa tendresse, avec quel tempérament d'aulonlé et de prière, il recommandeson nouvel ami! 11 appelle Philémon son coopéraleur,Appic sa très-chère sœur, leur maison une éfjlise'; il les loue et remercie Dieu de leur Toi elsurlout de leur chaiité, de leur libéralité, de leurs bonnes oeuvres. Il associe à sa demande Timothée, Epaphras, Marc, Arislarque, Démas, Luc, tous ses compagnons, tous les saints de l'Église naissante. C'est lui, Paul, déjà vienx, il le répète deux ioi&, prisonnier de Jéstis-Christ, qui écntdesa propre main pour Onésjme, $on fils, qu'il a engendré dans ses liens. Mais surtout c'est au nom de « [Heu notre Père et de Jésus-Christ notre Seigneur y> qu'il les salue, les prie el les bénit. Et que demande-t-il ?

« Encore que je puisse prendre en Jésus-Chritt tme entière liberté de vom ordonner une chose qui est de votre devoir. ...je n'ai rienvoulu faire sans votre consentement, désirant que h bien que je vous propose n'ait rien de forcé mais soit entièrement volonlaire. » Quel eslcehieii, quelle est cette chose qui est de son devoir ?. . . « que vous recouvriez ONÉSVHE r0UnjAHAIS,K0NPI.U8 COMME UN SIMPLE ESCLAVE XAIS COMME CELUI QUI o' ESCLAVE EST DEVENU l'uN DE NOS

• S. lâan Chrjsoitome (I" Sermon sur l'ép. à Philémon, 1} dit que âous ce nom d'éylise S. Paul comprend aussi les autres esclaves de Pliilé- Dion, el il ajoute : > Ce mot à'église ne doit point faire de peine aux mitres, s'ils se voient ainsi cnproadiis avec leurs domestiques. L'Ëglise ne connail point de diRiéri-nce entre tes maîtres et les serviteurs. Ce n'est que par tes bonnes ou tes mauvaises Mitions qu'elle Tait quelque discernement.., car en J. C. il n'j a pas do dinërencc entre le mailre el l'esclave. > II. 26 '

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rnÈRES liiEM-AiHÉs... Recevez-le coHimc moi-même*. S'il vous doit quelque chose, je le payerai. Oui, mon frère, que je reçoive de vous, au nom du Seigneur, celte sensible consolalion. Je vous écris ceci dans la confiance que voire soumission me donne, sachant que vous en ferez encore plu$ que je ne dis. »

Kst'Ce assez de tendresse, et que faut-i! de plus? On préférerait ces cinq mois: Je vous commande de l'affranchir!

Saint Paul pourrait, comme il dit, ordonner à Pliilémon iine chose qui est de son devoir, il ne le veut pas; comme son divin Maître, il ne gouverne pas les aflaires des hommes, il touche intérieurement leur âme, siège de leur volonté. Il agit comme une mère; elle pourrait dire; Mon fils, je vous ordonne; mais sa voix est-elle moins irrésistible, lorsqu'elle dit: mon fils, je vous aime et je vous supplie !

Pliilémon comprit. OnésymefutalTranclH; saintignace d'Anlioche nous apprend qu'il mourut évéque d'Ephèse, L'Eglise l'honore le 1 6 février comme martyr.

' s. Jean Chrysostotne, toc. cit. : 11 ne dit pas simplement : « Pie le querellez pas, ne vous fitchez pas contre lui, ou laissez-le revenir seulement chei TOUS, mais receve%-le avec l'honneur qiiil mérite, puisqu'il est devenu le fits de Paul •

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l'esclavage devaht l'ëgusg.

La parole du Maître, le langage des disciples nous sont . maintenant connus.

Il nous reste à voir quelles furent dans l'histoire du monde les effets de celle parole divine et de ce langage inspiré.

Hais, ne l'oublions pas, quand même la prédication évangélique n'aurait pas encore entièrement triomphé, au jour où nousvivoiîs, elle n'en serait pas moins la vérité et la loi de l'avenir. Jésus-Christ est en avant sur tout ce qui l'a précédé, mais il est aussi en avant sur tout ce qui le suit. La fin du monde arrivera avaot que tous les trésors de sa loi sainte soient compris, appliqués, épuisés, par les hommes.

Ouelques-uns de ces trésors sont dès à présent un bien acquis, il en sera ainsi, je l'espère fermement, de l'abolition de l'esclavage avant la On de ce siècle. La lutte aura été longue, et, on va le voir, formidable.

i^ 1. — Abolition de l'«aeb>««ce «nelen.

Deux motifs nous permettent d'être plus bref dans celte partie de notre élude.

Le premier, c'est que le même travail a été admira-

404 LK CHUISTIANISME

blemcnl fail par les auteurs que nous avons cilés. Je me bornerai donc à un résumé, ou jtlulôt à un choix de Irails épars dans l'histoire de l'Europe pendant douze siècles, sorte de gerbe incomplète glanée sans ordre à travers ilc riches moissons.

Le second motif, c'est que d'avance nous pouvons être certains de retrouver dans la conduite de l'Eglise l'exacte reproduction dn langage des apôtres. L'eau d'un fleuve, quelles que soient les impuretés versées dans son cours cl les sinuosités de ses rives, relient tous les éléments des ondes pures de sa source.

Or, nous l'avons vu, les livres saints posent en principe absolu l'égalité des hommes devant Dieu, la légitimité du salaire, l'unité, la fraternité du genre humain, ledevoir de s'aimer les uns les au très, eld'aimerplusque les autres les plus petits, l'obligation de traiter son prochain comme on veut être traité par lui... Mais ils prêchent en même temps la soumission, l'acceptation volontaire des conditions infligées à chacun dans l'exil passager de la terre. Ils changent radicalement le titre de l'autoritc et l'esprit de la servitude. Ils ne détachent pas l'esclave d'être esclave, ils détachent le maîlre d'être maître. Préoccupés d'ailleurs avant tout de l'affranchissement des âmes, ils cherchent à faire du maître et de l'esclave deux frères sur la terre, et de ces frères deux saints dans le ciel. A^eux qui souffrent, ils disent: attendez; à ceux qui font souffrir : tremblez !

1. — L'Église ne s'est pas un seul instant écartée do cette conduite. On peut dresser une longue liste des opinions des Pères, des décisions des Conciles, des près-

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KT L'ESCLAVAGE. Wj

cnptions et des lettres des Papes. Les unes recommandent la patience, les autres recommandent la bonté; les unes punissent la rëvolte, les autres punissent l'oppression. Toutes répètent la doctrine du Seigneur sur l'égalité des hommes. Ainsi l'Ëglise ruine l'esclaTage, et cependant elle apaise l'esclave.

Il est facile d'abuser de cette tactique constante. Pour prouver que l'Église a favorisé l'esclavage, il suffit de citer', en indiquant à peine les autres, tous les actes qui prêchent la soumission, ou font rentrer des révoltés dans l'ordre.

Mais l'Ëglise ne se borne pas à maintenir l'équilibre.

Autant qu'elle peut se permettre d'agir indirectement sur le domaine temporel des peuples etdes rois, plus énergique à mesure qu'elle devient plus puissante, elle tempère, restreint, protège, ébranle peu à peu l'esclavage. Dans les premiers siècles, le christianisme n'a aucune puissance publique, il est en quelque sorte une religion de famille, souvent proscrite, cachée, persécutée; elle convertit par milliers les dernières classes de la société, les ouvriers, les malheureux, lesesclavcs ; la bonne nouvelle est d'abord annoncée aux pauvres comme elle avait eu pour premiers témoins les bergers. Elle les calme, et en même temps elle les élève, elle les prépare. Que faire, sinon leur prêcher la dignité dans la patience? Deux hommes sont morts à un siècle de distance,' l'un avant, l'autre après Jésus-Christ, l'un se nomme Spartacus (71),

< Opinions de S. Augastin, de S. Jérâme, etc. Concile de Lingres, 321 ; concile de Carihage, 410 ; concile dj Séviile, 610, etc. , cités par H. Larroquc, Revue de Paris, décembre 1856.

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40e LE CHRISTIANISME

l'autre Sainl-Pierre (65). i/ esclave Spartacus crie à ses semblables: « Révoltez-vous, vengez-vous. » Lerbatelier Pierre répèle aux misérables les paroles du Maître ■ « Bienheureux les pauvres, car ils seront consolés. »

Dès le troisième siècle, l'orgueil des philosophes reprochait aux chrétiens sa prédilection pour les malheureux et les ignorants : « S'il se rencontre, s'écriait Celsc, un ignorant , un rustre, ils en augureut bien, ils lui ouvrent leurs portes. Eu avouant que ce rebut de l'espèce est digne de leur Dieu, ils montrent assez qu'ils ne veulent, qu'ils ne peuvent persuader que des idiots, des hommes de rien, des esclaves, des femmes, des enlauts... Ils affluent dans les réunions de jeuDes garçons, d'esclaves et d'ignorants pour surprendre leur simplicité ; leurs maisons regorgent de tisserands , de cordonniers, de tanneurs... Les esclaves apprennent aux enfants à secouer le joug de leurs parents et de leurs maîtres. » Origène répondait à Gelse en gloriflant ce divin amour des pauvres. Plus d'un esclave grossier et abruti restait insensible, comme nous l'apprend saint Jérôme, à cette tendresse touchante. D'aulres baisaient la croix libératrice; des femmes Insistaient, au nom du Christ, aux brutales passions de leurs maîtres, comme une sainte Potamiraine dont nous parle Eusèbe ; d'autres esclaves gagnaient du même coup la liberté, la mort et le ciel. Les esdaves Victorin, Nérée, Âchilles, furent au nombre des martyrs. Avant le troisième siècle, la servitude est entièranent transformée dans les familles chrétiennes , bien que l'Église n'ait encore aucune puissance publique'.

■ Hoehler, ch. it.

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Unpeu plus tard, la religion des chaumières a envahi les palais; les bouireaux ne peuvent effaoer de leurglaivc la lâche du sang des martyrs, ni de leur âme l'empreinte de la foi de ceux qu'ils ont immolés. L'Ëglise use de sa paissance nouvelle. Elle agit par la voix des docteurs, elle agit par l'exemple des saints, elle agit par les règles des monastères, elle agit par les ordres des papes, elle agît par les décisions des condies.

Les Pk'es grecs et latins établissent magniâquement l'égalité native des hommes, perdue par le péché, restituée par la rédemption. « L'esclave glorifie Jésus^hrist comme sou maître, dit saint Jean Ghrysoslome {hom. XIX îîw la première EpUre aux Corinthiens), et le maître se reconnaît serviteur de Jésus-Christ; lousdeui soumis, libres, tous deux dans cette obéissance commune, égaux et comme libres et comme esclaves. » Saint Jean l'aumdnier, saint Augustin, saint Ambroise, saint Pierre Chrysologue développenl la même doctrine.

Ouvrons avec Hœhler les Actes de$ martyrs, pour admirer, dans les premiers siècles de rÉgUse, un Hermès, pr^et de Rome, qui deviendra martyr, converti avec sa famille pat le cinquième successeur de saint Pierre, saint . Alexandre, (109-H9) et présentant au baptême, le jour de Pâques, douze cent cinquante esclaves qu'il affrandiit; un Chromace, autre préfet de Rome sousDioclétien, (284- 309) converti pat saint Sébastien, elrendantà la liberté, après le baptême, quatorze cents esclaves en s' écriant : ce Ceux qui commencent à être enfants de Dieu , ne doivent plus être esclaves des hommes; » une sainte Mélanie (417), l'illustre fille de sainte Albine, la petite fille de

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Wi LE CHRISTIANISME

sainte Hélanie', l'ancienne, noble, pieuse et puissante femme qui affranchit plusieurs milliers d'esclaves; un sàitit Gantius et sa famiUe, moins riches, non moins vertueux, mettant en liberté soixante-treize esclaves-, un saint Samson, contemporain de Juslinien (529), donnant le même exemple.

Ces actes personnels devinrent une règle écrite dans les plus anciennes constitutions d'ordres monastiques. Saint Platon et saint Théodore (795), deux des plusgrands saints de l'Ëglise d'Orient, ont imposé ce principe à leurs monastères. « Vous ne devez jamais, o a écrit saint Théodore- dans son second leslamcnt, « employer d'esclaves, ni pour des services personnels, ni pour les affaires du couvent, ni pour ta culture des terres ; Vesdace est un homme créé à l'image de Dieu. » Dans l'Occident, le concile d'Ëpone (517) est forcé d'imposer une certaine mesure au zèle des moines pour l'abolition de l'esclavage dans leurs couvents, pour ne pas les exposer eux-mêmes à un travail exclusif. Le filsdu comte de Haguelone, l'ancien courtisan de Pépin le Bref et de Gharlemagne, saint Benoît d'Aniane (780), ne tolérait pas que ses couvents fussent servis par un seul esclave ; s'il en recevait en don, il les affranchissait. Dans le sein du monastère, dans les rangs du sacerdoce, l'ancien esclave se confondait avec l'ancien seigneur , il s'élevait sans obstacle à la dignité épiscopale, et quand il se trouvera des rois dédaigneuxcommeBélalV, roi de Hongrie (1255-1270), pour se plaindre de ce qu'un évêque était dé condition

' Monlaleiiibert, Let Moines d'Occidail.

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servile, il y aura des papes comme Clémenl IV, (l'iÔS- 1268), pour leur répondre que devant Dieu tous tes hommes sont égaux. Plusieurs siècles avant, saint Grégoire le Grand (590-604), donnera l'exemple et les mo- Ufs de l'affranchissement, comme Grégoire III (745), punira le trafic des esclaves chrétiens de la même peine que l'homicide.

Nous retrouvons dans les conciles la même inspiralion, la même influence. Du troisième au douzième siècle, leprotestantBlakey' cite trente-sepl conciles qui rendent des sentences favorables aux esclaves. Le maître qui maltraite son esclave est condamné (305), celui qui le tue est excommunié (51 7). Le droit d'asile dans les églises est consacré (549). Les évéques, les prêtres, qui maltraitent leurs esclaves sont sévèrement punis (666-675). Les affranchissements sont protégés et encouragés (441 ). Les esclaves affranchis par l'Église sont protégés (549), et elle prend sur elle de défendre la liberté de tous ceux qui sont affranchis, de quelque façon que ce soit (585). L'Ëglise institue la rédemption des captifs (506), elle permet de vendre pour les racheter les biens ecclésiastiques (585) , et jusqu'aux vases sacrés (625). Elle interdit de réduire en servitude un homme libre (566). Elle défend de vendre un esclave hors des limites de la France (650). Elle interdit l'esclavagede chrétien àchrclien (922). Elle retire les chrétiens des mains des juifs ou des païens (558, 625, 653). Elle multiplie les causes d'affranchissement jusqu'à déclarer libre l'esclave qu'on a obligé de

' Tlie temporal benefil of Christùutity.

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travailier le dimanche, et libre l'esclave que ses maîtres ou leurs enfants ont tenu sur les fonts de baptême, touchante coulume qui fait naître l'esclave à la liberté et à la religion tout ensemble. Elle punit avant tout les prêtres et les évêques qui transgressent ses décisions (656). EUe affranchit les esclaves qui veulent entrer en religion ou dans les ordres (597, 655)'. Elle interdit le trafic des esclaves (743).

A ces décisions des conciles, nous pourrions en ajouter d'autres sur le mariage, le droit d'asile, etc. Bornonsnous à remarquer que cette action lente, mais persistante, s'étend d'un bout à l'autre de l'Europe. IjCS conciles, dont nous venons de citer les décisions et les dates, ont pour lieu de réunion Orléans ou Tolède, Borne ou Beîms, Lyon ou Lcrida, Châlonsou Latran.

L'influence de l'Ëglise s'exerce encore d'one'autré façon. Elle agit sur ledroit, peu à peu l'Évangile pénètre les lois savantes de l'empire et les codes sanguinaires des barbares*. Mais ici elle n'agit pas directement, et on ne doit pas ç'élonner que les souverains, presque tous si mous et si cruels, si lâches ou si emportés, auxquels elle eut affaire, ne lui aient pas toujours obéi. Ou retrouve dans leurs lois te double courant déjà signalé dans la conduite de l'Églisei des pres-

< Les doux modes d'ulTmiicliiss ornent les plus ucftés d^rieoneet VafTtanctiissenicnt devant l'Église et raiïraiicliisseiiient jwr charte. La plupart de ces chairs indiquent pour motif le salut de l'âme.

-lafluenee du Christiaidsme nur le droit àvH déS Romains, par M. Troploog. — L'Église et l'Empire nu qualrième siècle, par Altwrt du Broglie. V. les ouvrages d'Augustin Thierry, Guiiot, Ozanam, Nitudt, Mgr Gerbet, B.ilmès, Rolirbacher, Bonald, etc.

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ET L'ESCLAVAGE. iM

crîptions pour assurer la propriété, el des prescription pour tempérer la servitude' et faciliter les affrauchissemeDls, avec des retours de cruauté, des incoaséquences, des lenteurs, dont on voudrait rendre l'Ëglise responsable, comme si elle avait en tout temps et en tout pays inspiré taut de monstres ou d'idiots couronnés, auxquels elle eut tant de peine à communiquer seulement un peu de douceur ou de raison.

On oublie en même temps i:|u'à la réforme législative devait, correspondre une réforme économique des plus compliquées. I^a substitution moderne des machines aux bras dans quelques industries, transformation si pénible, n'est rien, si on la compare à la substitution du travail salarié au travail servile, aussi bien dans les usages domestiques que dans la praticfue de la culture et de la fabrication.

En regard de cette vaste el salutaire influence, on peut ciler etona raison de blâmer des décisions particulières, empreintes de cruauté ou de cupidité, on peut citer et on a raison de flétrir la conduite de prélats indignes, on fait biendedéplorerla coupable indifférence d'un grand nombre de papes, d'évêques et de membres du clergé, complices ou témoins insensibles, dès les premiers siècles, des coutumes de leur temps contraires à la liberté humaine. Il ne suffit pas de répondre que le clergé agissait alors comme tout le monde, car il est de son devoir d'agir mieux que le reste des hommes.

Mais il est injuste de ne pas convenir que de siècle en siècle, le courant du bien monte, prévaut et l'emporte sur le courant du mal. L'Église, si sévère pourtant

envers les hérétiques, n'a jamais permis de les considérer comme de nouveaux païens et de les réduire en esclavage. l.-es esclaves étaient mieux traités que partout ailleurs dans les domaines ecclésiastiques. « Uoter dem Krummstabe es ist gui zu leben, il fait bon vivre MUS la crotsc, oest un proverbe connu en Allemagne, et la loi des Alemans^ lit. ix, contient ces mots : » Colonum eccletiae, quem l^erum vocant. » On aime à compléter la galerie des saints qu'on peut appeler les patrons de l'abolition de l'esclavage, à citer Eptadius (500), saint Césaire (512), saint Eubicius (551), sainte Bathilde, ellemême ancienne esclave (665), saint Ëtoi (659), saint Berchaire, saint Bavon, saint Grégoire, rachetant et affranchissant par milliers les esclaves;Smaragdus, recommandant à Gharlemagne d'affranchir les siens (790), à l'exemple de la reine Bathilde; desévéques, en France, en Allemagne, en Angleterre, prêchant la même cause ; le grand évêque de Paris, saint Germain, s'écriant quand il recevait une aumône : « Rendons grâce à la divine clémence, car nous pouvons racheter un esclave '. » D'autres évêques, comme Acacius, saint Remberg, Wilfrid, vendant les vases sacrés pour racheter et affranchir des esclaves; un saint Jean de Malha (1199), un saint Pierre Nolasque(1215), fondant des ordres spéciaux pour disputer l'âme et la liberté des esclaves chrétiens aux Sarrasins et aux Africains.

< Viede samt Germain, par Fortunal, t. 1, p. S3t : ( Toi» les escUvei espagaoli, scoia, bretons, gascons, saioos, buT^oades accouraient eo foule (u Dom du bienheureux Germain, bien sûrs qu'il les a [franchirait, i ¥. Tauoski, cb. ir, p. 43.

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ET LTSCLAVAGE. 415

ÏI. — i'I'lglise profilail.de loules les occasions où son action spiriluellc élail réclamce par les hommes pour leur suggérer des conseils de liberté. La naissance d'un prince était une cause d'alTraiichissemenldans tout le royaume; « afin que Dieu veuille accorder la vie au nouveau-né, » porte la formule 59, liv. 1" de Marculfe (? siècle). I.* droit d'asile, si antique et si respecté, surtouton Occident, avait la même origine et te mi^me but. On voîl, sous la même înÛuence, les si^^nes extérieurs s'effacer, les moines porter les cheveuK courts, usage jusque-là regardé comme servile et peu à peu passé dans les mœurs. EnOn les testaments si nombreux qui affranchissent des cscla* ves, portent tous la mention d'une pensée desatul,etpar conséquent la trace d'une influence chrétienne au moment de la mort.

L'Église disposait d'ailleurs de deux puissants moyens d'obtonir du maître chrétien plus que la loi n'exigeait de lui, et de proclamer hautement et tous les jours l'égalité.

Le premier, c'est te tribunal de la pénitence. Le maître qui se confesse ne peut plus corrompre, ou maltraiter, ou affliger son esclave, il ne peut plus l'injurier, il doit le soigner, le convertir, l'instruire, et, pour tout dire en un mot, l'aimer. Si le fait de te posséder ne lui est pas encore imputé à péché, au moins cette possession devient une cavse prochaine, une occasion presque inévitable de péché, et cela suffit pour dégoûter peu à peu de ce dangereux avantage les âmes sincères.

Quelle institution humaine est une prédication d'égalité comparable aux sacrements catholiques! I.a môme

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iU LE CHRISTIANISME

goutte d'eau touche le front du berger et te front du monarque; tous deux sont justiciables du même tribunal ; le même jour, ilss'approcbent de la même table sainte; leurs âmes, au dernier moment, sont pesées dans la même balance, et sur les autels le roi saint Louis et l'es- ■clave sainte Blandine obtiennent un même culte.

Les mots, ces médailles qui portent l'empreinte chronologique des variations de la pensée, cbangent euxmêmes de sens, bien qu'ils ne changent pas de son. (Servir n'est plus être esclave, l'épouse n'est plus une concubine, mourir n'est plus Unir. Sans doute, avant que ces grandes leçons passent dans les lois humaines, il s'écoulera des siècles. Ni les princes ni les jurisconsultes ne se montreront pressés; le clergé lui-même ne comprendra pas de longtemps jusqu'où portent les rayons àe la lumière dont il a le dépôt. Il y aura donc encore longtemps des maîtres etdes esclaves devant lesGaïusou lesPapinien, mais it n'y en a plus devant Jésus-Christ.

Peu à peu, la chaîne de l'esclavage se rompt, ou plutôt elle n'est pas brisée, elle s'est ressoudée, mais «lie est usée, limée, réduiteen poussière; leréseau tombe maille à maille.

Dès le sixième siècle, l'esclavage rural commence à se transformer en servage réel ou coîonat' ; l'esclavage domestique subsiste, mais fort adouci, et, grâce aux affranchissemenls et à l'intluence delà doctrine derégalilé des hommes, la servitude, en progrès depuis la naissance des sociétés humaines, entre enfin en décadence.

* V. les travaux de M. Edouard Biot et de M. Yanoski .

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III. — Arrêtons-nous un moment devant un monument remarquable du point précis auquel élait parvenu ce grand œuvre, dès celte époque reculée, dès le sixième siècle; ce sont les lettres de saint Grégoire le Grand, qui occupa le trône pontitical de 590 à 604'.

On sait que la conversion de l'Angleterre est due à sa sympathie pour les esclaves. Touché de la jeunesse et delà physionomie d'enfants anglais mis en vente sur le marché de Rome', Grégoire, avant d'être pape, les fit racheter, instruire', et préparer à devenir les apôtres de leur pays. Devenu souverain pontife, il fit plus; « leurs progrès étaient lents, et son zèle impatient,» ditLingard' ; il envoya saint Augustin et ses compagnons, qui convertirent celte ite, où les Saxons, plus féroces que les sauvages de l'Afrique, qui vendent les captifs pris à la guerre, trafiquaient même de leurs concitoyens el de leurs propres enfants.

L'analyse des lettres nombreuses de saint Grégoire le Grand établit les points suivants:

Le trafic des esclaves est à ses yeux abominable el iu' . lerdit.

' Le texte de celles des lettres de re grand pontife, qui onl trait k lu question de l'esclavage, a été publié et parraitemenl commenté pgr le savant éréque de Charleslon, Mgr Êngland, Lelters on iomalic stavery, adressées en 18il S M. Forsvth, alors secrétaire d'État des travaux publics. — V. les lettres X, XI, Xlî, XIII, 3* vol. des œuvres complètes, publiées par Mgr Reinolds. Baltimon;, 1849. — V. aussi le grand ouvrage de H. le comte de Hontalembert, les Hoines d'Occident.

• Bède, Htsi. eccl. getit. Ànglor., lib. Il, c. i. — V. le leite. Appendice dul"7olume, p. 480.

■ Lettre à Candide, prêtre envoyé en Gaule, lib. V, epbt. s.

* lingard. Anliq. Anglo. Saj., cb. c, 1 .

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■ L'esclavage domestique est permis, mais à condilion

que l'esclave fasse réellement partie de la famille du

maître.

En conséquence, il e>t absolument interdit aux juifs et aux païens de posséder des esclaves chrétiens. Celle interdiction était passée dans la loi. {Cod. lib. 1., lit. x elloideVaknlmienIII,4^^, auCod. Théod.) Saint Grégoire ta maintient sévèrement, en même temps qu'il écrit d'autres lettres admirables pour proléger les juifs contre des excès de zèle et des injustices'.

Demême, l'esclave ne doit pas être séparédesafemme et de ses enfants, même en cas de partage héréditaire (lib. X, episl. xxvui'.)

J'aime à citer en entier une lettre pleine d'indignation de saint Grégoire à Maximien, évêque de Syracuse (lib. 111, ep, xn] :

» On m'apprend tant de moi conmis dans cette province, qu'eu

vérllé je crois (que Dieu délourne ce présage I ) que ses péchûs la conduiront bientôtâladestruction. Le |Witeiir des présentes est venu totit en larmes se plaindre de ce que, il y a plusieurs années, un lionuoe que Je ne connais pas, de l'Église de Messine, l'avait fait baptiser et Ibrcéde se marier i une de ses esclaves, dont il avouait avoir des enfants, et qu'aujourd'hui il avait violemment séparé cetle fenune de

' Lib. Vil, ep. LU, Fantino defensori Panomtilano. Des juifs s'étaient plaints parce qu'on s'était inji;steDient emparé de leurs synagogues. Il répond : ■ Ipsa fine ambiguilate aliqua volurnus reslitiii ; quia sicut illis quïdquam in sjnagogis suis facere ullraquam l(>ge decretum esl, non débet esse licentia ; ita eîs contra jusliliam el sequitatem nec prspjudioîam nec aliquotl débet inferre dispendiuin. t

* V. aussi Novtlle, 163, 63 ; Justinien, 539, de Rmlicis qui m alienis l>rxdiis nuplias conlrahtint.

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ET L'ESCIWAGE. 417

hii, et qu'il l'avait veinlue il un autre. Si cela c&l vi-ai, c'est, mou anii, un crime cruel et inowï: aussi nous vous enjoignons de mettre Io"lc l'acliTilé que vouK apportez aux chases religieuses pour faire une enquête approfondie sur ce grand forfail {lantlim nefas). Et si ce qui m'a élé dénoncé est vrai, non-ïeulement v-jus aurci soin de r^i^rcr le mal, mais tous tous hâterez d'e\iger une expiation qui puis*? apaiser Dieu. Quant à l'évéque, qui néglige de corriger et de punir des hommes qui oommetlent dans son diocèse de pareils actes, reprencz-Ie sévtTement, lui^lâisant entendre que, si pareille plainte d'un de ses diocésains nous revient, ce n'est pas seulement contre le coupable, c'est coutrc lui-même que je sévirai canoniquemerit. b

Ajoutez la prédication contÏDuelle des devoirs des maîtres, la punition delà colère et de ta luxure. Ajoutez encore la restriction des causes qui produisent h servitude; ainsi on ne pouvait retenir un fils pourles dettes de son père, ni réduire une Femme en servitude pour dettes '.

L'esclavage est devenu une véritable domesticité viagère. Cependant ce domestique est encore véritablement possédé ; il peut être donné ; saint Grégoire en donne un à l'évêque de Porto (Hb. X, ep. lu), un autre au conseiller Théodore (llb.ll, ep. xvni] ; il peut être poursuivi s'il s'enfuit (lib. Vil, epist. cvn). Des barbares captifs peuvenlêtre achetés par des chrétiens{leltre à Vilalis, gouverneur de Sardaigne).'Un homme libre peut se vendre.

Mais ces ventes, sortes de payements à l'avance employés dans d'autres contrats, ces engagements permanents, bien qu'ils impliquent encore le droit de possession d'un homme sur un autre homme, n'introduisent pas dans la famille des esclaves, comme l'entendaient les Romains ou comme l'entendent tes Américains.

* Novelle, 154, c. Vn, et Justinien. 541, fie quis crfdilor Utium debitoris pro iebitoreimerepTxsumoi.

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