‹ L'abolition de l'esclavage (volume 5)Chapitre 43 sur 72 · III. A côté du tableau de la vie patriarcale, la Bible nous · texte numérisé non relu

III. A côté du tableau de la vie patriarcale, la Bible nous

présenle un aulre tableau, celui de la captivité en Égyple. Voilà bien le véritable esclavage, et le Nil a contemplé les souffrances dont le Mississipi est aujourd'hui le témoin! Sans doute la nation était tout entière asservie a une autre nation, sans qu'aucun individu paraisse avoir été possédé séparément par un autre ; il y a lieu de croire que les Hébreux, établis dans la terre fertile de Gessen, et presque exclusivement voués à la garde de troupeaux, jouissaient d'un cerlain bien-être; ils avaient conservé leur division en tribus, leur vie de famille, leur culte ; à beaucoup d'égards, leur captivité était plus douce que celle des Africains. Mais, comme eux étrangers, soumis à la race de Gham sans en descendre eux-mêmes , pris et vendus, retenus de force, après ce Joseph, vendu par ses frères à des traitants qui portaient sur leurs chameaux des parfums et des épices (Gen. xxxvn, 25), soumis à de rudes travaux, sans salaire, se multipliant malgré les plus cruelles mesures, les Israélites étaient de véritables esclaves. Par leur nombre, trois millions (Jér., xi, 4), ils étaient presque égaux aux trois millions d'esclaves recensés en Amérique. On peut donc à la rigueur, malgré des différences, comparer ces deux servitudes, celle des Africains aux;États-Unis, celle des Hébreux en Egypte. Or cette oppression a été abominable aux yeux de Dieu ; aucune expression ne semble assez forte pour la flétrir, la stigmatiser, la vouer à l'exéqration perpétuelle. Les souvenirs nfiélaûcoliques de la patrie absente se mélent<lans la poésie sublime des psaumes aux anathèmes tombés du ciel sur lea oppresseurs, et au chant de délivrance des Hébreux. La servitude et la liberté demeureront à jamais dans

la mémoire du peuple de Dieu, comme lemalheursuprême

et comme le premier des biens. Dieu est intervenu.

Le Seifjneiir a regardé du haut de son sanctuaire , du ciel il a considéré la tertr. , pour écouter les gémissemetU$ des captifSj pour tirer des liens ceux qui étaient condamnés à mort. (Ps. cii, 20.)

A cmise du gémissement des affligés, à cause de r oppression des pauvres, voit à que je me lève ^ dit le Seigneur; je les sauverai de celui qui les écrase. (Ps. xii, 6.)

Dieu a délivré son peuple^ et ce bienfait est si grand qu*il est désormais le grand objet de la reconnaissance publique. « Je suis le Seigneur votre Dieu qui vous ai tiré dePËgypteetde la maison de servitude. » (Exod. vm, 14; XX, 2;Deut., v, 6, etc.)

 ceux qui demandent à l'Ancien Testament ce que Dieu pense de Tesclavage, voilà la vraie réponse !

IV. Mais, dit-on, comment se peut-il que Moïse, fils lui-même d*un esclave, sauvé par miracle de la mort, Moïse, le libérateur du peuple de Dieu, ait inscrit Pesclavage dans ses institutions?

Analysons sur ce point la loi mosaïque.

D'Hébreu à Hébreu, il n'existait aucun esclavage proprement dit. On pouvait cependant être lié par un service forcé dans quatre cas : 1** en cas de rachat d'un Juif captif de Télranger (Exode, xn, 43, 44, 45), rachat qni pouvait toujours être accompli (Lévit., xxv, 47, 48, 49, 53) par le captif ou ses parents; celui qui Pavait racheté n'avait pas le droit de le vendre {Ibid.^ 42); le prix était considéré comme une sorte de payement à l'avance^ en échange duquel le racheté devait un certain nombre

d'années de travail; mais Tesclavage de l'Hébreu était temporaire; tous les sept ans, à Tannée sabbatique ou de la remue {DeuL^ xv, 12), il était libre, et de même à Tannée du Jubilé, année en laquelle « chacun rentre dans son héritage et chaque esclave dam sa famille (Lévit., xxv, 10); » racheté avant, on comptait avec lui d'après le nombre d'années de sei*vice {[bid. 50); i 2** En cas de vente volontaire, soit pour cause de pauvreté* (Exod., XXI, 2, Lev. xxv, 59), soit pour cause de dette. (Lév. , xxv,l 0.) Mêmes clauses de rachat et de liberté de droit et sans rançon au moment de la remise et du Jubilé; même défense de vendre;

y En cas de condamnation par !e juge pour vol ou autre méfait (Exod.,xxn, 3); le coupable devenait l'esclave de celui qui avait été lésé; c'était la prison à domicile, comme en Egypte, en Grèce jusqu'à Selon, à Rome selon la loi des douze Tables. Même terme que dans les deux cas précédents.

Le Deutéronome (xv, 12-18) prescrit de renvoyer la septième année l'esclave hébreu, non-seulement libre, mais pourvu de troupeaux, de blé, de vin. Si Tesclave se trouve bien chez son maître, s'ilTaime, si, marié pendant le cours du servage, il a fini son temps avant sa femme et ses en fan l s, et s'il ne consent pas à en être séparé par la liberté, il a le droit de se présenter devant le juge, on lui perce Toreilleavec une alêne et le maître est obligé de le garder esclave pour toujours. (Exode, xxi, 2, 3, 4, 5, 6 ; Deutér., loc. dt.)

* De même k Rome, en Grèce, en Germanie, en Gaule. (V. GrotiuSf Dion, Tacite, César.)

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4** Une fille peut être vendue comme esclave par son père, à condition d'être épousée ; en ce cas, elle ne devient paslibre au Jubile, comme un homme, parce qu'elle ne doit pas être abandonnée avant d*être épousée. Que, si le maître manque à Tépouser ou à la marier à son fils et à la mettre ainsi en liberté^ il ne peut la vendre à aucun cl ranger ; si elle épouse le fils, elle est libre ; si elle est remplacée par une autre femme, elle a droit à la nourriture, aux vêtements, à de bons traitements ; ne les reçoit-elle pas, elle est libre sans rançon. (Exod., xxi, 7, 8,9,10,11.)

Ainsi, dans aucun cas, esclavage pei*pétuel et forcé d'Israélite à Israélite ; dans un seul cas, esclavage perpétuel, mais volontaire.

Il n'en était pas de même des étrangers. Ils pouvaient devenir esclaves perpétuels et héréditaires. (Lévit., xxv, 44, 45, 46.) Mais, même eh ce cas :

1° Contrairement à l'usage universel de tous les peuples, il était interdit aux Hébreux de réduire en esclavage les prisonniers de guerre. Moïse ne le dit pas expressément; cependant les versets du Lévitique que nous venons de citer parlent toujours d'esclaves étrangers achetés. En outre, on lit au deuxième livre des Paralipomènes, chap. xxvni, 8-15, que, dans une guerre contre le roi Achaz, les enfants d'Israël firent prisonniers deux cent mille de leurs frères, hommes, femmes et enfants, dont ils voulurent faire des esclaves et des servantes. Mais un prophète, Oded, leur représenta qu'ils ne le devaient point, que ce seradpécher contre le Seigneur^ que ce péché est grand, et que le Seigneur ferait tomber sa fureur

sur hraél. Et ils renvoyèrent les captifs, après les avoir vêtus, nourris, soignés.

Un étranger ne pouvait donc devenir esclave que par voie d*achat.

2** L'achat devait être de gré à gré. L'Exode (xxi, 16) punit de mort celui qui a vendu, volé, ou recelé un homme; ainsi pas de traite^ mais contrat que Tacheté n'acceptait assurément pas sans condition.

Il était défendu non-seulement d'acheter, mais même de convoiterXe^erviteuroxi IdiservanteAeson prochain. (Deut. , V, 21.) Une fois acheté, l'étranger ne peut être revendu.

3* Si l'étranger devenait Hébreu en se faisant circoncire (Esther, vm, 7), les règles et les bornes de l'esclavage entre Israélites lui devenaient applicables; s'il restait étranger, il devenait du moins libre à l'année du Juh\\é\ (Lev.,xxv, 10.)

4** L'esclave en fuite ne pouvait être poursuivi. (Deut., xxiii, 15, 16.)

Enfin, aussi bien en faveur des esclaves étrangers que des esclaves Israélites, de nombreuses règles tutélaires étaient écrites dans la loi :

1** L'esclave était libre, si le maître brisait sa dent ou blessait son œil . (Exod . , xxi , 2 6 , 2 7 . )

2'' Si un maître abuse de son esclave païenne, il sera fouetté, et il fera une pénitence publique. (Lévit., xix, 20.22,)

"S" L'esclave peut recourir à la loi pour toute injure; son témoignage est reçu; il peut posséder et se racheter;

' Ce point important, mais pourtant controversé, est attesté par plusieurs savants commentateurs israclites de la Bible. (V. Bames, p. 147.) n. 24

il est instruit ; ses droits sont respectés. S'il est tué, le maître est sévèrement puni ; si la survie de l'esclave prouve que Ib mai Ire a agi sans intention de tuer (ce qui était d'ailleurs perdre son argent), il n'est pas puni de la mémo façon. (Exod., xxi, 20, 21 *.)

4'' Il ne travaillera pas le jour du Sabbat (Exod., xx, 10, 17; Deutér., v, 14) et participera aux trois grandes fêtes annuelles, la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tabe^ nacles (Exod., xxxiv, 2, 3), et à toutes les fêtes de famille. (Exod., XII, 44; Deut., xii. H, 12.)

S"" Enfin, partout Moïse répété aux Hébreux que les hommes sont frères, et il redit souvent : Respectez l'étranger comme vous-mêm^Sy car vous-mêmes vous avez été étrangers dans la terre (T Egypte. (Lév., xix, 34; Exod., xxï,21.)

Voilà Tesclavage israélite. Qu'il est loin sans doute de la liberté chrétienne ! Mais combien surtout il diffère de la servitude grecque ou romaine ! Combien il est supérieur à l'esclavage américain ! Pas de traite, pas de loi des fugitifs, nul esclavage entre nationaux, liberté jubilaire; la pureté de la femme, la faiblesse de l'enfant, les droits de l'homme, placés sous la protection prévoyante de la loi ; l'égalité professée, la fraternité prêchée. Que les partisans de l'esclavage moderne cessent de chercher là des arguments ; qu'ils y prennent plutôt des exemples. Le jour où la loi des Juifs deviendrait la loi d'un des États soi-disant chrétiens du sud de l'Union américaine, un progrès immense serait accompli, et les pauvres escla-

^ Ce texte semble dire qu'il ne Test pas du tout, mais les yersets 26, S7 28, 30, ne laissent pas douter du sens.

ves pourraient attendre et entrevoir Theure de la pleine liberté,

La manière dont on lit dans la Bible tout ce que Tin* térêt désire me remplit, d'étonnement, et je remercie Dieu une fois de plus de m'avoir fait naître au sein d'une Église qui n'abandonne pas les saints livres aux interprétations du caprice et de Tégoïsme. Quoi ! sept ou huit phrases extraites, rapprochées, retournées, en faveur de l'esclavage, font transformer l'Ancien Testament tout entier en une loi de servitude. Pour moi, toutes les pages de ce texte vénérable exhalent comme un parfum de liberté.

Je vois, aux premiers jours du monde, Dieu bénir l'homme et lui donner la domination sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et tous les animaux qui se meuvent sur la terre, les herbes, les arbres et les semences (Gen., 1,28, 29); je ne lis pas qu'il doive dominer sur d'autres êtres. Le déluge inonde la création ; c'est parce que les hommes avaient rempli toute la terrç (ï iniquité. {Ibid.^ vi, 13). Pourquoi la captivité de Juda, celled'Égypte, celle de Babylone ont-elles été infligées aux Hébreux? En châtiment de l'oppression de leurs frères. Toutes les malédictions, toutes les colères de Dieu, toutes les foudres du ciel tombent sur des oppresseurs, et Dieu montre ainsi aux plus forts qu'il est le plus fort.

Ouvrez les prophéties, prêtez l'oreille à ces étonnantes paroles qui retentissent encore après quatre mille ans comme les éclats du tonnerre. Le Seigneur dit : « Vous ne m'avez pas écouté pour donner la liberté chacun à son frère et à son prochain, mais moi, je vous déclare que je donne la liberté contre vous au glaive, à la famine

et à la peste, et que je vous reudrai errants et vagabonds

par tous les royaumes de la terre*. »

« Fouler aux pieds tous oeux qui, sur la terre, sont dans les liens, violer le droit de Thomme devant le Seigneur, condamner injustement un homme, le Seigneur n'approuve pas tous ces crimes*,

c< Vous avez vendu les enfants de Juda et de Jérusalem aux enfants des Grecs pour les transporter loin de leur pays. Mais je les retirerai du lieu où ils ontété transportés, et je ferai relomber sur votre tête le mal que vous leur avez faif*. »

Au moment même où je relisais ces grandes paroles, rÉglise catholique célébrait les solennités du temps qui précède la nativité du Seigneur. Comme un écho lointain qui devient peu à peu plus intense, comme une lumière qui de Taurore s'élève au midi, la merveilleuse liturgie nous reporte, à travers les siècles, aux impressions et aux paroles de l'Ancien Testament. A Tatlente du Messie va succéder sa venue, les jours s'abrègent, les réalités vont combler les promesses. Qu'attend l'humanité? qu'apporte le Sauveur? Écoutez :

a Seigneur, regardez-nous du ciel et jetez les yeux sur nous de votre demeure sainte; car vous êtes notre Père, notre Rédempteur... Puissiez-vous rompre le ciel et en descendre ! Où est votre zèle, où est votre force, où est la tendresse de vos entrailles et de vos miséricordes? Déployez votre puissance et venez pour nous sauvera »

* Jérémie, xxxiY, 17.

• Jér., Lament., m, 34, 35, 36.

» Joël,iii,6,7.V.encoreJérémie,xxii,13.— Amos,vii,7-17.Proi'.,xiv,5I. ^ I*' dimanche de TÂyent, procession; Isaïe, uni.

« Levez la lêle et regnrdez, car votre rédemption est proche*. »

« Le Seigneur m'a envoyé pour prêcher l* Évangile aux captifs^ pour annoncer aux captifs la liberté^. »

« Cieux, envoyez votre rosée et que les nuées donnent passage au Juste, que la terre s'ouvre et qu'elle germe le Sauveur, et la justice naîtra en même temps '. »

« Dites à ceux qui ont le cœur abattu : prenez courage et ne craignez pas; Dieu lui-même va venir, et il vous sauvera \ »

« Je ne vous affligerai plus, eije vais rompre vos chaînes; voilà sur les montagnes les pieds de Celui qui apporte la bonne nouvelle et qui annonce la paix *. »

ce Ne crains plus, ô Jacob , mon serviteur, n'aies pas peur, ô Israël, voilà que je viens te sauver*. »

« Le Seigneur relève ceux qui sont brisés, et il renverse les desseins des <méchants\ »

« Gardez mes jugements et pratiquez la justice; car le salut est proche et ma justice va se manifester ^

a Je briserai votre captivité , réjouissez-vous, je suis avec vous, et je vous sauverai.

« Seigneur, brisez notre captivité '. »

* I*' dimanche de TA vent, évang. selon S. Luc, xxi.

* U* dimanche de TAvent, à Tierce ; S. Luc, iv.

* Ibid,, procession; Isaïe, xxxv.

* ni* dimanche, Communion ; Isaïe, xly.

* Mercredi des Qualre-Tenips, Introït; Nahnm, i,

' Vendredi des Quatre-Temps, Communion; Jérémie, ni. ^ Samedi des Quatre-Temps, Graduel; Ps. cxlv.

* IV* dimanche, Inlr.; Isaïe, lvi.

^ Ibid., aux Vêpres.

c( Seigneur, que faut-il faire? N'écraser personne^ ne pas calomnier et se contenter de son salaire ^ »

« 0 def de DaYid, ouvrez au captif la porte de sa prisoni Soleil de justice, venez! venez pour que l'iniquité soit anéantie et que la justice règne' ! »

c( J'effacerai l'iniquité de la terre*. »

c< Le Seigneur a dit : Vous êtes mon fils. Je vous ai engendré aujourd'hui.

c< Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

a Car le Fils de Dieu a pris la nature humain^pour In réconcilier avec son auteur. Celui qui a la nature de Dieu s'est anéanti lui-même, prenant la forme d'un esdoA^e^ et se rendant semblable aux hommes \ x>

C'est par ce portique merveilleux, au souvenir de ces prédictions antiques, au son de ces chants sublimes, entre les strophes douces à Tâme de ce dialogue des prophètes et des apôtres, à travers ces promesses solennelles d'affranchissement et de salut, que l'Ancien Testament nous prépare au Nouveau, que l'Église nous conduit au berceau de Jésus-Christ.

Il est temps d'ouvrir l'Évangile, afin d'assister au triomphe de la paix, de la justice et de la liberté, et de montrer une fois de plus que les esclaves comme les bergers ont reçu la bonne nouvelle annoncée par les Anges.

' Lundi après le iv* diin. de rÂTent; S. Luc^ m.

• Grandes antiennes, le 18, le 19, le 20. » Veille de Noël, off. ; Zach., m.

* Jour de Noël, messe de la nuit, Intr.; Ps. ii. — Évang. selon S.Luc, ii. — Sermon de S. Léon. — Grad.; S. Paul aux Philip., n.

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