A HO LIT ION )>L L'KSGLAVAGK
cede I'umancipation et de* cinq ans qui Font suivie :
MOV KN SK Ql 1 NQUKN NAJ.K .
Martinique. . . 59,2-20,505 fr 56,670,505 IV.
Guadeloupe. . . 59,228,912 28,401,619
Guyanc. . . . 4,081,799 4,427,460
Reunion. . . . 55,074,648 54,708,672
115,609,862 fr. 104,274,286 IV.
Difference. . . 11,555,576 fr.
Si I 'on va plus loin, si Ton compare la periode 1843- 1847, avec la periode 1855-1857, alors l'avantage est tout entier du cote de la liberie :
MOYENM-: Ql'INQUEKNALE (1855-1857).
Martinique 51 ,546,959 fr.
Guadeloupe 59,904,671
Guyanc 7,954,576
Reunion . 72,524,705
Total. . 171,754,701 fr.
Moyenne (1845-1 847) ..11 5,609,862
Augmentation. . . . 56,124,859 fr.
Ainsi, cinq ans apres Emancipation, la diminution n'est que de 11 millions ; elle porte presque tout entiere sur une seule coionie, la Guadeloupe; dix ans apres, l'augmentation estdeoG millions; dans les quatre colonies, les chiffres sont depasses, a la Martinique de plus d'un tiers, a la Reunion de plus du double1.
1 Nous joignons aussi (tableau C, Appendicc) le tableau de la douane fmncaise, ou les chiffres sont encore bien plus significatifs. Pour la Reu-
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II. Disiinguons ma in tenant les importation* des exportation*, au lieu de presenter rcunis les chiffros qui les ex pi i;nen L
On remarque que presque toulc laugmentation porte sur les importations, mais que le chiffre des exportation* reste constainment d'une part au-dessous des chiffres anterieurs a Emancipation, d'nutre part audessous du chiffre des importations; en d'aulres lermes, les colonies produisent moins qu'elles ne produisaient, el elles recoivent plus qu'elles ne produisent, double perte.
11 convicnt de distingucr, en outre, les colonies les unes des autres, car la variation ne suit pas dans toutes la meme marche. Or le tableau general des douanes, (pages 58-60), constate que la moyenne decennale 1857- 1 846 des exportations est superieure a !a moyenne decennale 1847-1856, savoir :
A la Martinique. -15,158,394 I'r. 14,027,765 fr. A la Guadeloupe. 1 8,575,225 1 2,685,654
AlaGuyane. . 1,850,606 861,570
11 n'y a que la Reunion ou la moyenne s'eleve de 18,712,281 francs a 2J,577,5oJ francs.
Voici la reponse a ces objections :
II y a une colonic dont le mouvement commercial total a augmente, mais dont le chiffre des exportations a tellement diminue qu'on peut dire qu'elle cesse de figurer
nio», ils sc sont cloves, de 23,711,051 Jr. en 1848, a 99,584,150 IV. <mi 1857. [Revue colonial^ 1858, \\ 898.)
dans les colonies qui approvisionnent la metropole; c'est la Guyane1. Est-eea direqu'elle soitaneantie? Non; elle a change de caractere. Dejatres-peu productrice, abandonnanl ou reprenant la culture de la canne, selon la baisse ou la hausse du prix du sucre, produisant plus de rocou que de sucre, elle est devenue une colonie penitentiaire, consommant, sauf ses bois, presque lout cequ'elle produit, notamment les bestiaux, dont l'exportation a ete d'ailleurs plusieurs fois defendue; mais, apres tout, employant a peu pres autant d'ouvriers, faisant autant d'affaires, qu'avant !e jour ou, par suite de la loi du 50 inai 1854, elle a regu 4,000 condamnes, puis 5,000 (1858), 6,000 (1859), 7,000 (1860).
Pour la Reunion, on ne nie pas que lous les chiffres anterieurs, non-seulernent a 1856-1847, mais aussi a 1826-1857, ne soient largement depasses.
Quant a la Martinique et a la Guadeloupe, on oublie que la decadence etait anlerieure a 1848, car la moyenne decennale des exportations 1856-1847 etait deja audessous de la moyenne 1826-1857, savoir :
Martinique (1826-1857) 16,015,171 fr.
Guadeloupe ( 1 826-1 857) 20.451 ,685
II n'est pas juste, en outre, de prendre en bloc la
moyenne 1847-1856, qui comprend les annees desas-
» Importations, , . . 2,878,628 6,420,789
Exportations. . . . 1,622,919 961,272
COLONIES F1JANQA1SES. 169
treuses 1848, 1849, 1850, 1851. Ce qu'il faut faire, c'est de constater par les chiffres des dernieres annees de la periode a quelle epoque le niveau entre les annees qui precedent J'emancipation -at eelles qui la suivent a ete retabli. Or ce niveau a ete atteint a la Reunion apres cinq ans, puis double apres huit ans, triple apres dix ans; a la Martinique atteint apres sept ans, puis depasse d'un tiers apres neuf; a la Guadeloupe atteint apres dix ans, quoique diminue depuis.
EXPORTATION^1
Brunion. . . . 12,620,602 f. 9,407,307 13,939,052 28,881,895 58,423,609
Martinique. . . 18,523,921 f. 9,212,554 18,636,070 24,850,093
Guadeloupe. . 20,420,522 f. 8,873,559 23,319,277
Ainsi done, il n'estpas exact que le chiffredese#/>ortations soit, depuis Temancipation, demeure inferieur a ce qu'il etait avant.
Mais on remarque avec raison qu'il reste constamment inferieur a celui des importations. On en conclut que la balance etant au detriment des colonies, elles sont en voie de ruine.
II y a deux reponses a faire, Tune generate, 1'autre speciale.
1° « La balance du commerce n'est pour les petits pays, comme pour les grands Etats, qu'un document a consulter. Les donnees en sont trop incompletes, les
1 Tous les chiffres donnes par le Tableau des douanes, sont bien plus eleves encore. (Appendicet tableau C.)
170 ABOLITION DE L'KSCLAVAGR.
■valeurs qui l'etablissent ont trop d'inceriitude, sont soumises a Irop de variations, pour qu'elles puissent elre produites en preuve de la pauvrete ou de la richesse des societes1. »
Ces observations d'un colon experimente sont parfaitement justes, et il y a longtemps que la science ne s'en rapporte plus a la theorie, autrefois populaire, de la balance da commerce. C'est un renseignement utile, ce n'est pas un argument infaillible. Elle fonde en effet des affirmations sur des valeurs variables; elle ne dit Tien de l'originc, de la nature, du but des depenses et des recettes; elle tient compte de ce qui entre et de ce qui sort, non de ce qui se consomme sur place, non de ce qui est une source de puissance sans se traduire par des chiffres. Un pays qui exporte beaucoup sembletres-riche. 11 ne 1'estpas, s'ilfait argent de tout pour payer des dettes. On a une preuve tres-sensible de cette assertion dans Texamen du commerce total de la France apres 1848.
Pendant que les importations tombent a 1 milliard 543 millions en 1847, a 862 millions en 1848, pour ne se relever qu'en 1852 au-dessus du chiffre de 1847; au contraire, les exportations ne baissent qu'en 1848, et des 1849 elles s'elevent, et sans s'arreter, au-dessus du chiffre de 1847; Tequilibre entre les importations et les exportations n'est atteint qu'en 1856. Qu'est-ee a dire? La France est-elle plus riche en 1849 qu'en 1847? Nullement; elle achete peu, elle vend tout ce qu'elle peut, vide ses approvisionnements et ne les refait pas.
1 La Question commerciale a la Guadeloupe, par M. le comto de Cliazelles.
En sens contraire, un pays qui importe plus qu'il n'exporte semble pauvre; il ne Test pas s'il importe des machines, des engrais, des ouvriers qui augmenteront son capital, ou s'il a assez de richesse pour consommer beaucoup; un riche importe chez lui plus qu'il n'exporte. Les raisonnements fondes sur la balance du commerce sont done fragiles. Plus juste, quoique soumise a de nombreuses exceptions, est la formule universellement aceeptee : Les produits ne s'ecltangent qu'm ec des produits. Si on achete, e'est qu'on paye; si on paye, e'est qu'on a produit.
2° Mais on oublie, avant tout, la situation speciale des colonies.
I/exces continue! des importations sur les exportations est l'etat normal au sein des petites societes qui ne produisent que certaines denrees speciales et regoivent du dehors tout le reste, et ou les fortunes, une fois faites, emigrent presque toutes. Cela est si vrai que, lorsqu'en J 857 le chiffre des exportations de la Martinique depassa celui des importations, il fallut remonter jusqu'en J 828 pour rencontrer le meme phenomene1.
La meme cause est Implication principale des crises monetaires, si frequcntes et si penibles aux colonies, et et dont on se plaint depuis quelques annees surtout.
Des ecrivains bien informes voient Torigine de la derniere crise monetaire, les uns dans Tetablissement des banques) fort utiles pour abaisser le taux de l'interet etpreter a ragriculturc, mais qu'on accuse d'avoir rem-
1 f\evuc coloniale, 1858, p. 682.
j place la monnaie dans la circulation locale par un papier qu'on ne pent exporter et dont on est arrive a ne pouvoirplus exigerleremboursement; les autrcs, dans les mesures prises pour exclure le numeraire etranger, les doublons et piastres espagnols, les aigles et dollars americains1. Mais la cause originelle, c'est qu'il se fait entre les colons et la metropole des echanges en nature plutot que des ventes; ['importation excedant Importation, les colonies out a payer un solde en especes. Ne produisant pas en quantite suffisante les aliments de leur population, ellespayent encore un solde aux contrees voisines. « L'argent envoye de France aux Antilles pour prix du sucre, disaitj devant la commission de 1848, M. Reiset2, ne fait qu'y passer au profit de Porto-Rico et de TAmerique, d'ou nos colons tirent les bestiaux, les betes de somme, lesboisde construction, etc., etc., sans pouvoir payer en sucre. » Ajoutez que les fortunes, une fois faites aux colonies, emigrent avec leurs possesseurs, empresses d'aller en jouir en France. Qu'on se rappelle le chiffre des dettes en vers les ports, Phabitude de speculer sur les changes; voila bien des causes qui s'ajoutent a la necessite de payer en especes les salaires pour expliquer la frequence des crises monetaires. On peut dire qu'elles sont presque Tetat normal, comme 1'excedant des importations sur les exportations.
Mais cet excedant cst-il done une preuve d'appauvris-
1 Voyez les ecrits de MM. de Chazelles, Lepelletier de Saint-Remy, de Crisenoy, Basiege, 1859. 1860. — Voyez aussi YAvenir de la Guadeloupe, 29 novembre 1859, et les articles de MM. Courceile Seneuil, Jules Duval, dans le Journal des Economises.
* Proces-verbaux, p. 18.
sement? Oui, si Ton s'endette. Comment s'en assurer? Au taux de l'interet. Or il est notoire que le taux de l'interet est aujourd'hui beaucoup plus bas qu'avant remancipation. Encore une fois, ce qu'on importe on le paye, et pour payer il faut avoir, pour avoir il faut produire ou avoir produit. Est cequ'il y aurait dans les colonies des capitaux dans d'autres mains que celles des exportateurs? est-ee que les importations seraient en partie deslinees a d'autres qu'eux, et les matieres exportables employees en partie a autre chose que Importation? II en est ainsi en effet.
Si la grande culture a souffert, la petite culture a augmente* Si les ateliers des champs ont etc desertes, les industries des villes ont ete recrutees; la classe qui faisait de gros profits a diminue, la classe qui n'e faisait aucunen a fait de pelits, Timportation a marche plus vite que fexportation, parce que la consommation a augmente, parce que le bien-etre des anciens esclaves a augmente.
Ces explications me semblent demontrer suffisamment que Texc&s des importations sur les exporlations n'est pas une preuve de misere, mais plutot une preuve de 1'augmentation de la consommation locale, et par suite du bien-etre.
Mais quoiqu'il en soit d'arguments fondes, j'en conviens, a defaut de renseignemenls suffisants, sur des inductions plutot que sur des certitudes, il est du moins incontestable : 1° Que cette balance etait deja l'etat normal des colonies avant Emancipation ;
2° Que la valeur des exporlations a augmente depuis
cette epoque; qu'elles n'atteignaient pas 55 millions en 1847, el qu'elles depassent 82 millions en 1857.
III. On convient d'ailleurs que « les exportation* constateespar la douane, non dansleurs valenrs, mais dans leurs quantites, ne sont susceptibles d'aucune contestation1. »
Laissons done les valews, consultons les qvantith, et puisqu'on pretend que la perte a pese surtout sur le principal produit colonial, lesucre, indiquons les quantites de sucre.
Les tableaux compares des quantites de' sucre apporle a la France par ses colonies presentent les resultats suivants :
Moyenne quinqiicunalc (1843-1847) \ . 80,570,800 kit. — (1848-1853). . 58,946,850
La diminution est de plus d'un quart,
Mais 1855 atleint dejn 05,682,080 kil .
1854 selcvea , . 82,211,428
1859. 112,701,158' kil.
En sorte que des 1854 le chiffre moyen de la production
1 M. de Chazelles, memo cciit.
2 Comprennnt des annees exccplionnclles, commc 1 845, 102 millions do kilogrammes; 1847, 99 millions de kilogrammes, tandis qu'anctme des annees de 1825 a 1844 n'avait alteint an dela d'un maximum de 89 millions, realise deux fois seulement en vingt ans.
s Revue Coloniale, avril et octobre I860.
anterieure a 1 848 est depasse, meme pour le sucre.
fl est vrai que le progres s'accomplit plus ou moins lentement pour chaque colonie , comma le prouvent soit les Tableaux de commerce publies par le ministere de la marine et des colonies, soit le Tableau officiel den douanes, publie par le ministere des finances. Mais, apres dix ans, les chiffres tres-eleves de 1847 ont ete depasses aux Antilles aussi bien qu'a la Reunion, savoir :
>itre fari.ique : #
MAliTlNIQUE GI.'AIM LOUI E
1817. . . 29,518,175 kil. 18*7. . . 58,007,807 kit.
(tier. col. dc deoembre 1860, p. 945.}