‹ L'abolition de l'esclavageChapitre 17 sur 42 · SUCRE BRUT 1MPORTE EN FRANCE · texte numérisé non relu

SUCRE BRUT 1MPORTE EN FRANCE

It K I'M ON

MAliTIMUlE

Gf'AIiFJ.Ol.TK

17,559,825 kil.

(Tableau dccennal des douanes 1847-1850, p. 58-68. — Tableau annuel 1857, 185SJ

Qu'importe, disent les planteurs, que nos terres produisent aulant, si leur valeur venale est abaissee, s) le revenu net est diminue par raugmenlation des salairesetpar la diminution des prix de vente.

UKUMON

!n47. . . 21,065,689 kil. ls!>7. . . 04,049,170

II est fort difficile d'obtenir sur ces points des documents precis.

Aux Antilles, les transactions ne sont pas assez nombreuses pour qu'il y ait un prix courant bien etabli sur les terres, prix variable selon les situations. Avant 1 848, ou vendait peu, et on s'endettait sans crainle d1 expropriation. Le prix d'une habitation dependait plus du prix des noirs et du revenu industriel que de la terre elle-meme ; il y en avait toujours plusqu'on n'en cultivait. Les negres ne pouvant pas posseder, c'etait danschaque colonie 70 ou 80,000 acquereurs ou vendeurs de moins. Comment comparer avec des elemenls si divers ?

Est-il possible de prendre pour certains les chiffres enonces dans les deux publications officielles du ministere des colonies, les deux Notices imprimees en 1840 et en 1858, et se rapportant, la premiere, a 1855, annee de grande prosperite, la seconde a 1855, sept ans seulementapres la Revolution et Emancipation? En 1855, on estimait a 796,405,641 francs le capital engage dans les colonies; mais en deduisant la valeur des esclaves estimes a 274,504,150 francs, soit environ 1,500 francs par tete, il restait 522,099,591 francs pour le capital des terres, habitations, materiel, bestiaux.

Or la notice de 1858 estime pour 1855 le meme capital a 574,175,405. Ce serait une difference de 147,926,186 francs, soit environ un quart.

Cette difference porterait tout entiere sur la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique, car a la Reunion le capital engage est estime au-dessus de ce qu'il valait, y compris les esclaves, avant l'emancipation.

xWais est-il possible d'admeltre les chiffres donnes par les Notices officielles? ne se refutent-elles pas ellesmemes? Car elles nous apprennent que le nombre des habitations est plus grand. Le chiffre des tetes de bestiaux est sensiblement le meme. Le nombre des travailleurs a tres-peu diminue, quoi qu'on en dise1. L'interet de 1'argent, on ne le nie pas, a baisse. Les banques sont florissantes, les prets sur recolte ont apporte a la propriete un notable soulagement 2. L'outillage a ete ameliore, et par consequent le capital engage fort ac-

1 1855. — ESCIAVES. TR.WAILLEURS. — 1855.

Martinique. . . . 5<>,5o0 48,970

Guaddoupp. . . . 55, no :>i,6oo

Guvanc 15,727 7,291

Reunion 50,059 7 1, 094

4 V la Guadeloupe, la Banquc, avec un capital de 3 millions, a vu ses operations s clever, de 7,176,547 francs en 1855-1854, a 21 ,962,212 francs en 1858-1859.

Les prets sur recolte, a i pour 100, ont atteint 2,861,897 francs.

Le benefice net est de 1 4 pour 100. (Rapport du 28 juillet 1859.)

A. la Martinique, la Banque, dans Texercice 1858-1859, a escompte pour 27 millions de valours, prele sur recolte 1,602,512 francs, au lieu de 154,000 francs, et distribue un dividende de 8,81 pour 100. (Rapport du 19 juillet 1859.)

A la Guyane, avec un capital de 500,000 francs, la Banque a escomple pour 1 ,852,622 francs d'effets; elle n"a pas prete sur recolte, « parce que les grands proprietaires n'ont pas besoin de credit, el que les autres n'offrent pas assez de garanties. .» EUe a realise un benefice net de 46,27 pour 100. { Rapport du 24 juillet 1859.)

A la Reunion, la Banque, avec un capital de 5 millions, a prete, des 1853- 1854, 12,554,612 francs; et ses operations, montees a 19,896,118 francs en 1854-1855, sont restees au meme chiffre pour 1858-1859. Les prets sur recolte ont atteint 1,945,694 francs, et tendaient a depasser 2,500,000 franc6. Le dividende a ete 9,57 pour 100. (Rapport du 20 juillet 1859.)

Je dois ces renseignements a l'obligcance de M. Lepelletier de Saint-Remy, a^ent central des Banques coloniales.

178 AUOLITlON I)E L' ESC LAV AGE.

cru. L'elablissement d'lix'nm centrales a augmente lcs profits en diminuant les frais. Enfin et surtout la propriete est consolidee; loujours suspecle et fragile, tant que rabolition do resclavage pcsait commc une menace, accablcc de dettes, la propriete a etc liquidee par rindemnke, regularisee par impropriation, rehabilitee par 1} emancipation. Plus sure et plus honnete, elle doit a Hirer da vantage les capitaux.

Si Ton consulte la situation des habitations domaniales, on constate qu'elles se louent pluscher qu'avant 1848, le double pour quclques-unes l.

Si Ton suit les ventes dans les journaux des Colonies, on voit que depnis quelques annces, aux Antilles les prix de vente out progresse notablement 2.

Si d'ailleurs lc capital represents par la propriete agricole s'etait augmente, la dette hypothecate et la dette commerciale s'etaienl accrues dans une proportion qui depassait la pins-value acquise, rendue illusoire par 1'impossibilite de la realiser 5.

II n'est done pas temeraire d'affirmer que la situation de la propriete et sa valour venale ou locative sont ameliorees depuis Emancipation, non-seulcment a la Reunion, ma is aux Antilles.

Est-ce que le salairea beaucoup augmente?

II en a eteainsi dans la plupart des colonies anglaises,

1 Rapport du dircetour de riiiterieiir de la Martinique.

- M. Lepelleticr de Sainl-llomy, lcs Colonies frauQaiscs, 1850, cite a la (iuadeloupe une habitation adjuueo pour 20,000 francs en 1854, pour 17)1,000 francs en 1858.

r* M. de Clrazelles, 157, nnie.

COLONIES FIJAiXgAISKS. 170

et ce resultat semblait inevitable. Nos colonies frangaises en ont ele ccpendant remarquablement affranehies. Or, com me ledisait tres-bien M. Mestro en 1848, le travail des noirs c'est surtout une question de remuneration, et celle-ci n'esl elle-meme qu'une question de credit1.

Continuons a mettre de cole la Reunion, ou la hausse du salaire a du suivre les progres enormes de la production 2.

Aux Antilles, on calculail en 1842 qu'un esclave coutait en moycnne de 0,50 a 0,60 centimes par jour pour lanourriture (soitqu'il regiit l'ordinaire, soit qu'il pritle samedi, en remplacement de l'ordinaire) pour le vetement, soit pour les secours de maladie etles frais d'entretien des femmes, enfants et vieillards 5, non compris le logement.

D'apres un autre calcul fait en 1847, apres les lois qui ameliorerent le sort des esclaves, ils coutaient environ 400 francs par tete et par an 4, Si Ton regarde ces deux calculs comme extremes, on peut s'en tenir a une moyenne de 200 a 250 francs.

Or, le salaire moyen des ciillivateurs est a la Martinique de I fr. 25; a la Guadeloupe, de 1 franc, non com-

1 (Commission de 1848, p. 1)4.

- A In Reunion, ou rimniigration se fait sans rintervention financiere du goiivcrnement, les cessions dc central d'irnmigranl, qui se traitaient an debut sur le pied de 500 francs, ont attaint 800 francs, et 1,000 francs. Ainsi la l>uissance du travail libre se inullipliant par hii-meine, le plantain* s'cst trouveassez riche pour payer un lounge de cinq ans une somme l)ien superit lire a celle qu'il avail recue de TEtat pour la proprietc d'un eschve. (Lepollclior Sainl-Rcmy, p. 45.) r> liomptes joifits an rapport de M. de firoglic, p. 258, 259. :' 4 Article dc M. Gamier, Revue coloniale, 1847, t. Xlf, p. 1M .

pris la case et le jardin l. Mais il n'y a que 250 jours de travail environ, 300 au plus4, tandis que l'esclave coutait le meme prix tous les jours de l'annee. En outre, la charge des vieillards et des enfants ne retombe*plus sur le proprietaire. Or, on evaluait leur nombre a plus du quart de la population d'une habitation. Entre 250 a 300 francs avec ces charges, et 300 ou 375 francs sans ces charges, on voilque Tecart n'estpas enorme.

L'emigrant coute 12 fr. 50 par mois, plus la nourriture, soit de 60 a 80 cent, par jour.

En resume, l'ouvrier libre coute a peu pres le meme prix aux Antilles que coutait Fourier esclave.

Or, pour ajouter a son fonds de roulement la somme necessaire a l'augmentention du salaire, lf habitant a Favantage d'un credit plus facile et d'un prix de venle pluseleve, grace au degrevement de Timpot et a Taugmentation de la consommation.

En effet, la moyenne du prix reel de revient a Tentrepot5 de 100 kilog. de sucre etait :

. De 1840 u 1844 a. ... 64 f. 25 De 1845 a 1849 a. . . . 59 73

II s'est eleve :

De 1849 a 1854 5. ... 69 f. 10 De 1854 a 1859 5. . . . 77 58

En resume, par quelque chemin qu'on prenne, on rencontre toujours le meme resultat.

1 Lepcileticr Saint-Hcmy, 1859, p. 41 .

« Broglie, 239.

:> Vovez le tableau n° 5.

si

COLONIES FRANgAISES. 181

Dans les quatre colonies a esclaves, le mouvement general des affaires, importations et exportations reunies. est remonte au-dessus deschiffres anterieurs a 1848.

La somme des exportations, et par consequent la production, est plus eleveie qu'avant 1848, sauf a la Guyane, transformee en colonie penitentiaire. L'augmentation est peu considerable a la Guadeloupe, importante a la Martinique, extraordinaire a la Reunion.

La quantiti du sucre, produit principal, presque exclusif des colonies, longtemps inferieure a la moyenne qui a precede 1848, l'a atteint, puis depasse.

Le credit est plus facile, le salaire est a peine plus eleve, le prix de vente a hausse, meme avant le degrevement opere par la loi de 1860.

En 1847, les colonies frangaises occupaient 2,022 navires de toute provenance et de toute destination, a un mouvement total de 115,694,170 francs.

En 1857, les colonies occupaient 2,488 navires a un mouvement total de 166,057,692 francs.

En 1859, les colonies ont employe 3,342 navires jaugeant 593,929 tonneaux, et montes par 37,487 homines d'equipage, a un mouvement total de 172,555, 614 francs1.

Qu'on cesse done de repeter que les colonies ne tra-

1 Hevue coloniale, juillel 1860, p. 135.

Martinique. . . . 075 navires 711 1,180

Guadeloupe. ... 817 956 1,218

uyane 115 98 215

Reunion 589 723 7*29

vaillent plus, qu?elles ne produisent plus depuis 1'abolition de l'esclavage.

Est-ce a dire que leur situation soit prospere et que les colonies, malades imaginaires, se plaignent sans raison?

Nullement. La situation de la propriete coloniale n'est pas encore digne d'envie.

Mais ce chapitre etablit deja, et nous allons continuer a le prouver, anotre point de vue special, quecette situation n'est pas le resultat seulement de l'abolition de l'eselavage, et que cette grande mesure n'a pas exagere le salaire, n'a pas longtemps diminue la production; la propriete est plus solide et plus liquide ; la production aussi abondante, le inouvement du commerce plus florissant.

Pourquoi la culture de la canne et la fabrication du sucre sont-elles toujours en souffrance? A la Guadeloupe notamment, les cbiffres, apres avoir depassc ceux de 1847, ne se soutiennent pas. Est-ce la fautc de l'abolition de l'esclavage? Cette question des sucres, si compliquee, si debattue, merite un examen a part, qui sera l'objet du chapitre suivant.

.. \ QUESTION DfcS Sl.V.HES.

L'histoire d'un morceau de suc're est loute unelecon d'economie politique, de politique et aussi de morale.

Pour l'homme, le sucre n'est pas meme un besoin, ce n'est qu'tm agrement. Mais depuis que 1'homme, par son industrie, a extrait ce produit de la canne ou le Createur Ta depose en si grande abondance, puis de la betterave, il ne peut plus s'en passer. La production et l'eehange du sucre sont devenus 1'origine d'une masse incroyable dc travail, et d'une diversite infinie d'intcrets. J'essayerai d'en rappeler la nomenclature :

1° L'interetde la France a posseder des colonies, interet de puissance, parce qu'elles servent, en temps de guerre, de refuge a son pavilion ; en temps de paix de point

1 ConsuUer les rapports, exposes, discours de MM. de Saint-Cricq, Humann, Gauthier de Rumilly, d'Argout, Chegaray, Bugeaud, Charles Dupin, Dumon, Rossi, Benoist d'Azy, Beugnot, Behic, Dumas, Buffet, Ancel,Kolbr Bernard, Lavollee, etc.

184 ABOLITION DE I/E8GLAVAGE.

d'appui a son influence; interet de richesse, parce que Fimpot sur les produils coloniaux est nne.des ressources les plus productives du Tresor public, puisque le chiffre de cet impot a atteint en 1858 99 millions.

2° L'interet des colonies a jouir par privilege du commerce de la France, et a fournir la metropole d'un produit qui est leur principale richesse, car le sucre compte pour 68 millions dans les 72 millions qu'elles exportent; il occupe 250,000 habitants sur 575,000; il emploie 68,000 hectares sur 151,000 hectares de terres cultivates \

5° L'interet de la marine marchande, pepiniere de la marine de l'Etat : la houille est le principal transport de la marine anglaise; le coton, de la marine americaine ; le bois, de la marine suedoise; le sucre, de la notre. Nos colonies a sucre emploient 7 a 800 de nos plus beaux navires et environ 11,000 marins, elite de rinscription maritime.

4° L'interet du commerce dans les colonics, qui exportent, dans les ports qui construisent, arment, emmagasinent, commissionnent, et dans les villes ou le commerce importe, entrepose, reexporte, detaille, debite.

5° L'interet d'une foule d'industries secondaires dont la base est le sucre, les raffineries, distilleries, confiseries, liquoreries, drogueries, etc., etc.2.

1 Rapport de M. Behic an conseil cTEtat, 1850.

* A Paris settlement, la seule commune de la Villette, annexee a Paris par la loi du 24 juin 1859 , contenait alors 7 raffineries consommant par an 30 millions de kilog. de houille, et 100 distilleries empioyant 1,000 ouvriers et faisant pour 10,000,000 d'affaires. (Observations du Comeil municipal de la YiUelle, dans Vcnqaete de 1859.)

COLONIES FHANQ.USES. 185

6° L'interet de la science, qui perfectionne sans cesse les procedes de fabrication, invente les moyens de^eparer les matieres crista llisablesdes matieres incristallisables, de cuire dans le vide, de dessecher par les turbines, ameliore les appareils, accroit la quantite extraite4, utilise les residus, demontre de plus en plus la salubritedu sucre et du cafe par des analyses qui en revelent les elements 2.

7° L'interet des capitaux immenses engages dans toutes ces operations.

8° L'interet des ouvriers nombreux qu'elles occupent. Un navire ne part pas sans avoir donne du travail et des salaires a 6 ou 700 ouvriers charpentiers, menuisiers, calfats, forgerons, serruriers, voiliers, cordiers, tonneliers, peintres, cloutiers, ferbiantiers. Le iiombre est immense des ouvriers employes directementou indiretcement au service d'un morceau de sucre, depuis le negre qui plante la canne jusqu'au gargon epicier qui vend le pain, depuis leporteur qui le decharge jusqu'a la cuisiniere qui le rape.

9° Enfin l'interet desconsommateurs5 dont la demande va croissant, puisque la France se contentait, en 1810,

1 La canne contient 15 a 20 pour 400 de sucre; on n'en extrait encore que 5 a 6 pour 100; la betterave contient 80 pour 100 eau, 10 pour 100 pulpe, 10 pour 100 sucre; on extrait 5 a 6 pour 100.

2 Travaux de MM. Dumas, Payen, etc., etc., qui constatent l'analogie chimique du sucre avec le vin, la fecule, le beurre.

:' II resulte d'un tableau joint au tableau decennal des douanes, 185S, p. 47, qjiele sucre a pris une part a peine croyable au progresdela consommation et du revenu public depuis un demi-siecle. Si Ton additionne les quantites que la France a fabriquees avec celles qu'elle a recues, et si Ton

de 4 millions, en 1816, de 24,000,000 kilog., et qu'elle consomme maintenant au dela de 120,000,000 kilog., demandant toujours une quantiteplus grande, mais un prix plus bas, de fa^on a faire descendrej usque dans les classes pauvres 1' usage d'un produit salutaire.

Cette lisle est l'ineomplet tableau des effets produits ici-bas, parce qu'il a plu au divin Createur de cacher dans un obscur vegetal* relegue sous un coin brulant du •ci el, un jus savourcux qui plait a nos levres. On se laisse aller volontiers, a propos de ce petit objet du travail hu- , ain? a contempler ces belles lois, si bien exposees par les maitres de la philosophic morale et de l'economie politique, la gratuite des dons de Dieu, toutes les choses creees en vue d'une jouissance rendue legitime par un effort, la division feconde du travail, la solidarity etroile de tous les interets d'un bout a Tautre de la planete, la fraternite, meme commerciale, de tous les membres de la famille des homines, Tunion necessaire de Fintelligence,du capital et du travail. Oui! on admirerait sans reserve, si tant d'interets n'avaient pas pendant trois siecles repose sur deux conditions regardees comme necessaires, Tesclavage et la traite.

Ainsi pas de nation sans marine et sans commerce, pas de marine et de commerce sans colonies, pas de co-

en deduit celles qu'elle a exportees, il reste le ehiftre exact des quantites qu'elle a consommees.

Ces quantites etaient de . . . . 542,51 7 quintaux metriques en 1827. eiles s'clevaient dix ans apres a 1,128,999 » 1837.

La consommation a done plus que triple en trente ans.

lonies sans culture, pas de culture sans esclaves, pas d'esclaves sans traite : voila la serie odieuse de raisonnements passes a 1'etat d'axiomes politiques et substitues, pendant trois siecles, a ces belles harmonies trop ideales. La traite a ete eondamnee; est-ce que les colonies ont

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pen I

L'esclavage a etc aboli; est-ce que la production et le commerce sont aneantis? Nous avons demontre le contraire.

Est-il vrai du moins que la production speciale du sucre, la plus imporlante de beaucoup aux colonies, se fasse, depuis r abolition de l'esclavage, a des conditions ruineuses? Est-ce l'emancipalion qu'il faut rendre responsable de cette situation?

Oui, si elle n'a commence qu'apres 1848. Non, si elle etait deja critique avant 1848. Examinons separement 'histoire de ces deux periodes.

g ler. — La question des Sucres avant ! emancipation.

Le vrai noeud de la question, c'est, on le sait bieu, la concurrence du sncre de better are ^ auquel on ne pensait pas en 1820; qui produisait deja 10,000,000 kilog. en 1850, approcliait de 50,000,000 en 1840, et depassait 60,000,000 kilog. en 1847, precisement dans Fannee ou les deux sucres arrivaient, d'apres la loi, a 1'egalite d'impdt (leraout 1847), six mois avant la revolution de Fevrier.

L'hisloire de ce rival est une autre le§on d'economie politique extremement curieuse.

11 doit en partie sanaissance au blocus continental, ses progr&s aux exces de la protection obtenue par les colonies, son triomphe a leur imprevoyance. « Le sucre indigene est une creation de Pimpot, » a dit M. Rossi *.

Au moment du blocus, nos colonies etant perdues ou ruinees et privees de vend re a la metropole, aux amis, aux ennemis, auxneutres, le malheur, eomme toujours, fut inventif, et P obstacle servit au progres. (Test alors qu'on s'occupa d'extraire le sucre de la betterave; mais, malgre les circulaires ministerielles, les instructions de M. Par men tier et les encouragements amplement temperes par les licences d'importation, ce sucre resta longtemps un essai de laboratoire plutot qu'un produit de fabrique. Les procedes etaient imparfaits, le prix de revient trop eleve.

Pendant que les savants continuaient sur le sucre indigene leurs experiences, le sucre colonial subissait les tatonnements des financiers.

Depuis la loi du 1 5 mai 1 791 jusques et y compris le decret du ler novembre 1810, on compte dix-huitlois ou decrets qui remanient ou plutot qui tourmentent le tarif des sucres, portant le droit sur les sucres coloniaux de zero a 30, 45, 90 francs sur 100 kilog., et le droit sur les sucres etrangers de 36 fr. 22 c. a 7 fr. 34 c, puis a 30, 75, 100, 200 et 400 francs \

1 Rapport a la Chambre des pairs, 20 juin 1843. 8 Question du tarif des sucres, Conseil general du commerce, session de4850.

COLONIES FRANQAISES, 589

Le premier mouvement de la Restauration fut d'entrer dans une voie liberate, et une ordonnance de Monsieur, en date du 25 avril 1814, soumit les sucres frangais et les sucres etrangers au meme droit, mesure reclamee par la consommation a laquelle les colonies ne pouvaient suffire, mais qui excita tellement leurs reclamations, que des le 17 d^cembre de la meme annee une loi porta a 60 et 95 fr. les droits sur les sucres bruts ou terres de provenance etrangere, maintenant a 40 et 70 fr. les droits sur les sucres similaires frangais.

La loi du 28 avril 1816 eleva a 45 fr. les droits sur les sucres frangais, a 75 fr. les droits sur les sucres etrangers apportes par navires frangais, a 80 fr. sous pavilion etranger. La.surtaxe, qui etaitainsi de 30 f., futportee a 50 fr. par la loi du 22 juillet 1822 l. En 1826 on enleva toute faveur aux sucres provenant de nos possessions frangaises de Tlnde. On avait accorde une prime de sortie aux sucres raffines (7 juin 1820), et cette prime, supprimee pour faire place a un simple droit de drawback en 1822, fut retablie egalement en 1826.

On s'ecartait ainsi de plus en plus du point de depart, ne cessant de professer les doctrines de liberie commercial, et ne cessant de pratiquer, en exposant des necessity exceptionnelles, et en assurant quelks seraient provisoires, un sysleme progressif de protection, de faveur meme.

Sans doule, les colonies, si malades, entrerent en convalescence sous ce regime; elles produisirent en 1816

1 On avait des 1818 (21 avril), accorde une detaxe de 5 francs au sucrc de la Reunion, a cause de la distance.

100 ABOLITION DE L'ESGLAVAGE.

au dela de 17,000,000 kilog., pendant que la France consommait 24,000,000 kilog.; en 1818, 50,000,000k., pendant que la consommation atteignait 56,000,000 k., ne laissant ainsi a l'etranger que 6,000,000 kilog. a fournir. En 1822 la production, plus que triplee en six ans,futde 52,000,000 kilog.

Sansdoule aussi le Tresor Irouva son com pie a ceprogres non moins que la marine et le commerce.

Sans doule enfin les consommateurs virent les prix baisser de 90 et 95 francs les 50 kilog. k 74 fr. 50 c. en 1820, et memo a 65 fr. 85 c. en 1822. Mais les colons, auxquels ce prix laissait encore un prix remunerateur superieur a 20 francs par 50 kilog., se plaignirent et obtinrent les nouvelles faveurs (loi du 17 mai 1826), qui acheverent d'expulser le sucre etranger et de porter les prix a 85 francs et meme a 106 francs.

Le sucre etranger etait vaincu, les profits etaient enormes, les primes a 1'exportation des sucres raffines payees par le Tresor portees de 90 francs a 110 francs par la loi du 7 juin 1 820, s'etaient elevees de 500,000 fr. a 2, 128,000 francs des 1822; remplacees par de simples restitutions de droits (loi du 27 juillet 1822), mais relablies par la loi du 17 mai 1826, elles atteignaient 6,500,000 francs en 1828, pour depasser 19,110,000 francs en 1852 l.

Les colonies se flattaient de triompher par ces privileges exorbitant; mais on ne triomphe pas des lois de la

1 L'impossibilite de fixer la proportion exacte du rendement du sucre brut on sucre rnfiiue laissait un^t marge a des benefices enormes a la reexportation, et cela explique ce prodigieux accroissenicnt.

COLOXlfiS FRANgAlSES. UH

nature par les lois de la societe. Ces privileges eurent trois resultals funestes aux colonies :

1° Les hauls prix eloignerent leconsommaleur;

2° lis deeiderent les colons a planter la canne dan& des terrains peu propres a cette culture, et a sacrifier la production des denrees qui navaient pas de concurrents en France1, et les dispenserent du soin de chercher des procedes de fabrication moins coutenx et plus el'ficaces;

5° Us encouragerent les producteurs de sucre indigene, qui en peu de temps profiterent plus que les co- Ions des primes a l'exporlation.

Lorsque la loi du 26 avrii 1855, revenant au systeme <lu drawback pour l'exportation des sucres raffines, divisa les sucres bruts en deux classes, blancs et avtres que hlmm, reduisit le tarif sur chaque classe et abaissa la surtaxe sur les sucres et rangers, ce n'etait plusavcc ceuxci que le sucre colonial avail a lutter : la production du sucre indigene, qui en 1858 n'alteignail pas 5 millions de kilog., etait de 9 millions en 1851, de 12 en '1 852, de 19 en 1855; elle devait toucher a 50 millions en 1856.

1 Do 1816 a J 835, le nombre cVheclares de culture employes a la canne

sYlova a la Martinique de 5,49")

a la Guadeloupe de. 7/212

a la (in vane de 1 ,004

a la lieimion de ,14,550

Le nombre d'hectares consacrcs a !a culture du ea!e, du colon, du cacao, des opici's, diniinue de 1,525 a la Martinique, » 2,225 a la Guadeloupe, » 105 a la Guyane,

» 5,508 a la Reunion.

-Notices officielles, 1840, I, pages 55 et 145.

Trop de faveurs, en suscitant des rivaux, avaient prepare la mine des colonies.

Le sucre de betterave fut taxe a son tour, mais apres quatorze annees de franchise; les colonies trouvaient leur interet a ce qu'il fut frapped'une taxe, le Tresor trouvait le sien a ce qu'elle fut faible, pour que la matiere imposable se developpat. La taxe fut d'abord de 10 francs les 100 kilog. et devait etre portee, deuxans apres, a 15 francs (loi du 18 juillet 1857). Cette taxe insignifiante, et votee cependant a la majorite d'une voix seulement, n'empeeha pas les fabricants de jeter en 1858 50 millions de kilog.de sucre sur le marche, et la recolte ayant ete cette meme annee abondante aux colonies, la baisse fut excessive et la gene devint telle, que les gouverneurs des Antilles et le gouvernement prirent en 1859 sous leur responsabilite : les uns d'autoriser les colonies a vendre ailleurs qu'en France, l'autre de degrever de15fr. 50 c, par ordonnance, lessucres coloniaux.

Le sucre indigene fut frappe d'un droit de 25 francs par la loi du 5 juillet 1840, qui fixa a 45 francs le droit sur le sucre colonial. Cette reaction dans un autre sens frappa de mort un grand nombre de petites fabriques.

Malgre ce coup, malgre ces charges, tel elait le progres de la sucrerie indigene1 placee a portee de la science, des capitaux et des marches, que la production, d'abord baissee, reprit promptemeni une marche ascen-

1 Pour produirc 3,000,000 kilog. en 1828, la sucrerie indigene ernployait 3,000 hectares, elle fournissait 50 millions cn 1836 avec 1,700 hectares settlement, produisant ainsitG fo's plus avec 5 ibis l/2autant de terre seulcment.

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dante1, et Finquietude des colonies, partagee par le gouvernement, fut si vive que, le 10 Janvier 1843, un projet de loi proposa Interdiction absolue de la fabrication du sucre de betterave moyennant une prealable indemnite.

On eut compris peut-etre une interdiction prononcee aux debuts. L'Angleterre, en etablissant de prime abord sans management Pegalite des droits pour tous les sucres, a etouffe au berceau une industrie dont les developpements pouvaient compromettre ses interets maritimes,ses colonies et son revenu \ sans que Tagriculture eflt besoin de ce nouveau produit pour grandir. On aurait pu faire de raeme en France. Les bras et les capitaux n'y manquent pas demploi, tandis que la nouvelle industrie mena^ait nos colonies, notre marine et nos exportation autant que nos importations.

Mais au point ou les choses etaient arrivees, la situation elait bien plus compliquee et les deux causes avaient vu grandir Timportajice de leurs motifs et le nombre de leurs avocats. Aussi la lutte etait terrible.

D'un cote les colonies et la marine, de l'autre les fabricants et 1'agriculture, rangeaient en bataille leurs arguments.

Les colonies disaient :

Ou bien affranchissez-nous du pacle colonial et laissez-

* 1840 : 23 millions kil.

2 Rossi, p.' 13, Cette industrie a pris neanmoins depuis une assez grande importance.

i. io

nous vendre et acheter en tous lieux; ou bien, si vous conservez le monopole dc nos achats, garantisseznous le monopole de nos ventes; or, il n'y a qu'un moyen , c'est de supprimer absolument le sucre indigene. Quelle que soit la taxe, ou bien elle le supprimera indirectement et sans indemnite, ou bien elle le laissera \ivre; inique dans le premier cas, elle est insuffisanle dans le second. L'egalite de taxe n'entraine pas Fegalite de situation; or, nous n'avons pas les ressources du sucre indigene et nous supportons des frais de transport, de commission, de deehet, qu'il ne supporte pas.

Les ports ajoutaient : Menaces d'etre prives en partie de la navigation coliere par le prochain developpement des chemins de fer, nous perdons, par la concurrence du sucre indigene, le principal chargement de retour de noire navigation au long cours. Or l'affaiblissement de la marine marchande menace la marine de l'Etat et reduit a la misere plus d'ouvriers. que n'en emploie la culture de labetteraveet la fabrication indigene, culture et fabrication qui reduisent chaque annee la quantite de ble produite par le sol frangais.

Mais les agriculteurs repondaient que 50,000 hectares de betterave pourraient produire plus de sucre que la France n'en consomme, et qu'est-ce que trente mille hectares sur nos quarante millions d'heclares de terres productives? Or cette culture d'une plante pivotante sarclee etait excellente pour preparer la terre a la production du ble, et le ble enseme:ice apres une culture de betteraves produisait un dixieme de plus qu'a-

COLONIES FRANQAISES. 195

pres toute autre culture l. L'alliance de la culture et de l'industrie, le maintien de la population dans les campagnes, l'augmentation du salaire, l'accroissement du revenu et de la valeur venale des terres, Famelioration de la nourriture des animaux, la production des engrais, etaient favorises par cette innovation importante. Les fabricantsajoutaient que 100,000 kilog. de sucre produits correspondaient a 45,500 fr. de salaires repartis; qu'nne somme enorme avait ete employee a perfectionner les procedes et a transformer Toutillage; que si le sucre indigene etait affranchi de certains frais, la propriete supportaiten France des charges bien plus lourdes qu'aux colonies; que la production de ces colonies etait arrivee a son maximum; que les ports n'auraient pas a se plaindresi lesnavires recevaient une moindre valeur mais une plus grande masse. Enfin,et avant tout,le sucre indigene se presentait comme le bienfaiteur de la nation, puisqu'il avait enrichi le tresor, diminue les prix, augments la consommation, perfectionne i'agriculture.

Quelques personnes songeaient a une sorte d'echelle mobile qui eut egalise les situations, elevant ou abaissant les droits sur l'un ou l'autre sucre, selon que leur production comparee etait plus ou moins grande. Mais cette sorte de dynamique financiere, operant apres coup, a IV veugle, avait peu de partisans.

On entrevoyail bien aussi le systeme d'un degrevement a la foissur les deux sucresret de la liberte d'introduction

1 Analyse de la qrestion des sueres, par Louis-Napoleon Bonaparte. Fort de Ham, aout 1842.

des sucres etrangers l. La marine demandait celle liberie sans renoncer au privilege du pavilion. Les raffineurs* la demandaient aussi, se plaignant qu'on leur restituat les droits payes pour 100 kil. de sucre brut sur 70 pour 100 de sucre raffine, et pretendant que le rendement etait au-dessous de 60 pour 100, land is que les savants assuraient qu'il depassait 80 pour 100. Mais le Iresor, fort embarrasse entre ces diverses pretentions, puisque le sucre indigene lui avail fait perdre plus de 200 millions qu'il aurait per§us sur le sucre colonial, mais a son lour lui rapportait par an pres de 10 millions, le Iresor ne se fiait guere aux accroissements incertains

* Enjanvier 1837, un projet dont M. Duehatel cut Finitiative, ct dont M. Dumon fut le rapporteur, proposait un degrevcment de 20 francs. 11 fut repousse par la chambre des Deputes. '

2 Pour abregcr, nous ne commenconsrhistoire delalutte et de la defaite du sucre colonial qu'a la naissance du sucre indigene. Mais on n'ignore pas conibien il avait cte depuis longtcmps enlrave par findustrie du raffinage.

Le raffinage sur place diminuait la quantite de maticre exportable, mais en augriientait la vaieur, rcduisait les frais de transport et laissait au producteur le benefice du rhum et du tafia, produils par la distillation des basses maticres piovenant du sucre, industrie qu'on nonunait autrefois la guildiverie.

Mais cela ne faisait pas le compte des raffineries meiropolitaines ni lies ports. Ligucs, its obtinrent qu'il fut interdit aux colonies d'etablir de nouvelles raffineries par un arret du conseil du 21 janvier 1684, et un impot sur les raf finds coloniaux, qui fut eleve de 8 livres a 22 liwes 10 sols le quintal, puis enfin une probibition absolue (20 novembre 1698), renouvelee par la loi du 17 dccembre 1814.

A defaut du raffinage, les colonics adoptercnt le terrage, procede moins complet; mais le meme interet fit surtaxer des 1791 les sucres terres, et la surtaxe imposee par la loi du 28 avril 1816 futpresque prohibitive.

V. Ytitudesur lesysteme colonial, par M. de Chazclles, chap. II, p. 76 et suiv

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que l'cxtension de la consommation pouvait lui rapporter en eeharige d'une perte cerlaine ; on convenait que pour influer sur les habitudes le degrevement devait etre considerable; on l'evaluait a moitie, soit 25 millions sur 50 millions. Or on ne supposait pas que la population d'un pays riche en vins et en fruits allait tout d'un coup preferer le cafe a la biere, le the au cidre, la limonade au vin.

Ces deux systemes du degrevement et de Techelle mobile etant mis de cote, il ne restait plus en presence que le systeme de l'egalite des droits et celui de la suppression du sucre indigene avec indemnite. Le gouvernement avait resolument propose le second, les chambres prefererent le premier.

L'indemnite avait l'avantage de trancher a jamais la difficulty en desinteressant le concurrent sacrifie! Mais, en principe, comment comprendre que TElat paye line indemnite pour exercer son droit? en pratique, comment attribuer cette indemnite, sans tomber dans Farbitraire, aux fabricants et non aux ouvriers, aux proprielaires? Comment tuer une industrie vivace, inlelligente, utile, et sacrifier ses interets avec ceux du consommateur, aux interets mal satisfaits des colonies?

On prefera, et la loi du 2 juillet 1845 consacra un systeme d'egalite laissant seulement au sucre indigene quatre ans pour Tatteindre. A partir du ler aout 1847, le droit fut done de 45 fr. par 100 kilog. pour les sucres du premier type1, cohmiauxou indigenes, sauf une detaxe

s On cleve de un dixieme pour les types superieurs. Le type iTcst pas un modMe, e'est une limitc. Un premier type elant donne, ceux qui sont au-

de 7 fr. 50 cM a raison de la distance pour ceux de Bourbon, de 65 a 85 fr. pour les sucres etranget s autres que blancs, selon la provenance et le pavilion, de 80 a 105 fr. pour les memes sucres blancs.

Au lendemain de cette loi, on vit se fermer des usines qui s'etaient reouvertes ou avaient exagere leur production en vue d'une indemnite, mais T augmentation graduelle des droits 1 n'arreta pas les progres du sucre indigene.

Resumons par quelques traits l'elat ou on en etait arrive en 1847, a la veille de Emancipation.

Les deux sucres payaient des droits egaux. Le sucre colonial, protege un peu, puis beaucoup, puis trop, avait vu cette faveur lui susciter un dangereux rival. Cc rival inapereu, dedaigne, puis redoute, taxe de plus en plus, menace (Tune interdiction totale, avait conquis 1'egalite devant le fisc.

Mais c' etait entre les deux concurrents la seule egalite. La meme force d'impulsion ne reglait pas leur marche; Tun faisait des pas rapides, l'autre se remuait a peine.

SUCRES CONSOMMES OU RAFFINES EN FRANCE : Sucre t'lran^'iT. Sucre colonial. Sucre indigene. Chiffre total.

1827-1836... 13,985 q. in. 708,651 130,500 855,15iq.m. 1857-1846... 80,829 » 775,079 566,763 1,220,668 »

Tableau decennal des Douancs, 1858, p. 67.

dessous payent le droit, ceux qui sonl au-dessus payent davainage. Le dec-ret du 15 juin 1851 , applique seuleinent a la fin de 1852, substitua au sjsteme des types la taxation d'nprcsla richesse saccharine et le rendenient.

1 Tandis que la perception de l'impot sur le sucre exolique s'operait sans

COLONIES FRANQAISES. 199

Ainsi cn vingtans la quantite consommee ou rnffinec a augmente de plus d'un quart.

Dans cette sonime tolalc le sucre etranger figure pour une quantite sept fois plus forte, le sucre indigene a triple, le sucre colonial n'a pas meme augmente d'un septieme.

En 1827, le sucre colonial fournissait 595,755 q. m.

Le sucre etranger 9,444

Le sucre indigene 0

surune quantite totale de 605,177 q. m. sou mis aux droits, soit la presque totalite de la consommation.

En 1847, le sucre colonial n'en fournit plus meme la moitie :

Sucre colonial. Sucre etranger. Sucre indigene. Total.

878,2(31 90,2(51 525,705 1,498,225 q. in.

et le sucre indigene absorbe a lui seul la presque totalite de 1'augmentation survenue dans la consommation.

En meme temps le prix du sucre, qui etait de 75 f . 1 0 c. les 50 kilog. en 1820, est tombe a 55 fr. en 1847 l.

Baissee a 22,748,204 kilog. en 1840, sous 1'empire d'une loi qui ne laisserait plus faire du sucre indigene qu'a ceux qui en auraient la monomanie, s'ecriait le mareclial Bugeaud % la production indigene est remontee, en 1847, a 60,169,000 kil. 8. La betterave, qui n'occu-

difliculte, celle de Timpot sur le sucre indigene donna lieu a d'enormes i'raudes, etade nombreuses mesures legislatives. (V. les excellents rapporis de M. Dumon (29 avril 1842), et de M. Benoist d'Azy (16 juillet 1844, 12 avril et 16juin 1845).

4 V. le tableau n° 3.

2 Rapport de M. le comle Beugnot, 1851

3 En 1856, M. Crespel declarait dcvant la Commission de la Cbambre <ks

pait pas 20,000 hectares avant 1840, s'etend sur p res de 50,000 en 1847, et emploie plus de Irois cents fabriques.

En resume, en 1847\ la betterave a vaincu la canney la production qui pcut indefmiment s'etendre, celle a laquelle ne peuvent manquer ni les bras ni le solr dans une soeiete reguliere, a portee du marche, de la science, du credit, menace de plus en plus la production qui est limitee a la fois par les bornes du territoire, Tinsuffisance de la main-d'oeuvre, les defauts d'une societe exposee a une inevitable transformation*.

Aussi 1'etat du commerce et de la propriele, aux colonies, etait chaquc annee represents aux pouvoirs publics de la metropole comme en declin, et en peril de mort.

Pour se faire une idee de 1'etat de la propriete coloniale avant 1848, qu'on lise les rapports de M. Rossi, a la Chambre des pairs, et de M. Dalloz, a la Chambre des deputes, sur le projet de loi relalif aux hypotheques et a Impropriation forcee da^s les Antilles, et la discussion de la Chambre des pairs 3. Tous les temoignages s'accordaient a confirmer 1'evaluation donnee par un document officiel4 qui portait au quart ou au tiers de la valeur territoriale le montant de la dette hypothecaire

deputes quo l'etablissemcnt d'un droit aurait pour effet de detruire Findustrie indigene, qu'il fermerait toutes ses fabriques, et les transporterait a l'etranger. (Rapp. de M. Dumon.) 1 Rapport de M. Dumon, 1848.

- Expose des motifs de M. Guizot ii la chambre des Pairs, 19 mai 1847. 5 Moniteur de 1848, p. 106, 459, 471, 479, 481, 490. 4 Rapport de M. Lavollec, inspcctcur des finances.

COLONIES Fit AX RAISES. 201 dans les colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, soit 140 ou 150 millions pour une valeur de 500 millions, tandis que la detle hypothecate de la France n'excedait pas 2o pour 100 de son capital foncier. On assurait que les frais de justice civile a la Martinique atteignaient 1 ,700,000 fr. par an, apeupres le chiffre du credit inscrit au budget pour la colonic. L'absence du credit et la rarete du numeraire avaient cleve le taux de Tinteret, dans les colonies, a 12, 16, 24, 50 pour 100. Un de leurs defenseurs repoussait l'application de la loi d'expropriation, par crainte de ce qu'il appelait une misc unweneUe a Vencan, et de fait, cetleloi, ajournee, cxcepte a Bourbon, au moment de la promulgation du Code civil (1805), etudiee en 1822, 1859, proposee en 1840, puis retiree, presentee en 1842,discutee, voteepar la Chambre des pairs, rappor^e devant la Chambre des deputes, ajournee denouveau, puis reproduiteen 1847, ne devait pas preceder Tabolition de l esclavage. Les colons devaient perdre a la fois ce qu'un abolitioniste ardent 1 appelait le privilege de posseder des hommes et de ne pas payer leurs detles. Une autorite plus grave, M. Tamiral Roussin, avait, en 1842, resume la siluation par ces mots energiques :

« A la Martinique, a la Guadeloupe, a la Guyane, on pent dire avec certitude que,sauf de tres-rares exceptions, la propriete privee n'existe pas et n'est qu'un mot vide de sens. La, ceux qui possedent n'ont pas plus de credit que ceux qui n'onl rien, tant l'opinion est generate que

* M.Gatine, yroc.es-verbaux de la Commission de 1848. 11 y avai! un mot consacre, le blanchissage, pour se liqukler sans expropriation.

toutes les proprietes sont grevees de dettes superieures a la valeur du fonds. Je ne recherche pas ici la cause de cette situation, mais j'affirme le fait \ »

Le savant defenseur des colonies, M. Ch. Dupin, cherchait la cause, mais ne niait pas la situation, et semblait ne pas trouver <T expressions assez fortes pour caracteriser un lei excfo de misere} une telle immemite de wuffrances 8.

Des 1820,M. Portal avait constate les memesepreuves. En 1822, le ministre de la marine adressait au roi un rapport qui contenait ces paroles : « La souffrance de nos colonies est une veritable calamite publique 3. »

On sait par quels louables efforts la Restauration et la monarchic da Juillet combattirent et diminuerent ces souffrances. mais on voit qu'en 1847 elles etaient redevenues aussi cuisantes.

Les plaintes, aux colonies, egalaient et depassaient meme les souffrances. et Ton demandait tout d'une voix non-seulement Tegalite des taxes, mais un large degrevement en faveur des sucres colon iaux,

Voila quelle etait la situation en 1847. II imporlait de la caracteriser nettement, afin de ne point laisser imputer a l'abolition de Tesclavage la responsabilite des maux qui Tavaient precedee.

1 Chambre des Pairs, seance du 8 mars 1842, Moniteur, p. 47 1

2 Idem, p. 460.

5 M. de Chazelles, p. 102.

COLONIES FRANQAISES.

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