La quest foil des sueres depute 3 Emancipation jusqir a
la lot du S3 mat i860.
Apres que la Revolution, ^emancipation et le suffrage universel furent tombes a la fois sur « ce corps bicn souffrant, bien delieat, bien fragile » comme le disait M. Rossi des 1841, on demanda de nouveau a grands cris une indemnite et un degrevement immediats. C'etait justice, c'etait necessite,
Des 1850, le gouvernement avait propose une reforme hardie et radicale \ On semblait regarder comme a peu pres convenue et irremediable la defaite des colonies. Leur production, qui avait depasse 102 millions kilog. de sucreenl845,etaittombeea 63 en 1848, a 57 en 1849, 40 en 1850. Sans doute l'industrie indigene etait aussi tombee de 60 millions, en 1847, a 56 en 1848, 44 en 1849 , mais pourse relever, en 1850, a 64,644,994 kilog. La consommation avait suivi le meme declin, descendant de 1 32 millions kilog. en 1847 a 98 millions, en 1848, pour ne revenir qu'a 116 millions en 1849, a 121 millions en 1850, arretee par une hausse de 17 fr. 04 c. par kilog. LesrecettesduTresor, de 59 millions en 1847, n'etaient plus, en 1848, que de 46 millions, en 1849 de 58.
II etait clair que Tegalite de taxes correspondait a une extreme inegalite de conditions, il fallait les changer. Abaisser de 6 francs le droit sur les sucres coloniaux,
1 V. les deux si remarquables rappoiis deja cites dc MM. Bchic at Beugnot.
m ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.
augmenier la consommalion par im large degrevement, de 45 fr. a 25 fr., mais opere progressivement et par periodes, de manierea populariser l'usage d'un produit si salutaire, en rendant au Tresor ce qu'il abandonnait, laisser la porle un peu plus large a 1'introduction des sucres etrangers, dans le m&ne but, et aussi pour dedommager la marine de la diminution des transports eoloniaux, telle etait Teconomie du projet dont un ministre distingue, M. Buffet, eut {'initiative, et dont M. le comte Beugnot fut Intelligent, complet et impartial rapporteur.
Quelques esprits allaient plus loin, et MM. Levasseur etDesjobert proposaient de declarer rompu le pacte colonial, et de laisser aux colonies complete liberie* interieure et exterieure, en ne gardant que la souverainete nationale et le lien politique, proposition hardie, logique, mais prematuree, on le pensa du moins, dans iin moment ou la metropole et les colonies n'etaient guere en etatde supporter, apres tant de secousses, l'experience de theories economiques nouvelles.
La loi sur les sucres, remaniee, longuement discutee, enfinvotee le 13juin 1851, apres trois deliberations, par 450 voix contre 228, parut au Moniteur le 26 juin. Mais elle ne devait avoir effet qu'a partir du ler janvier 1 852.
Avant cette epoque, l'Assemblee n'exislait plus, et des le 27 mars 1852 un decret 1 revenait au vieux droit de 45 francs fixe en 1816 pour les sucres frangais, 57 francs pour les sucres etrangers, accordant pour quatre annees
1 Moniteur du 29 mars, p. 809.
COLONIES FRANQAISES. 205
une detaxe de 7 francs sur les sucres coloniaux. Continuee par la loi du 28 juin 1 856, mais reduite successivemerit a 3 francs, cette detaxe devait prendre fin le 50 juin 1861; la loi du 23 mai 1860 l'a prolongee jusqu'au 50 juin 1866.
Reprenant resolument la penseede 1851, en presence d'une consommation qui s'est elevee a 200 millions de kilog. en 1848, a 185 en 1849, eta verse au Tresor 99 millions nets en 1858,94 millions en 1859 l, cette loi risque une diminution brusque des quatreneuviemes (de49 a 25 fr.) qui eoutera pres de 50 millions au Tresor la premiere annee, com plant avec confiance que la consommation encourageeparlabaissedes prix, descendra jusqu'aux classes ouvrieres, etrendra au Tresor ce qu'il va hasarder. Confiance raisonnable, puisqu'en Angleterre la consommation est de 15 kilog. 1 2 par tete, en Suisse de 8, en Hollande de 7, en France de 3 kilog. seulement. En meme temps, les colonies seront degrevees d'un impot presque egal a la moitie de la valour du produit, et continueront a elre protegees contre le sucre indigene, comme celui-ci Tetaitjad is contre elles. Le sucre indigene, poursuivant ses progres apres avoir brave les droits, bravera, comme Fannon(;aitM. Dumas dans la discussion de 1851 , le sucre etranger qui sera plus librement introduit2. La marine, encore protegee, profitera d'un double element
1 Rapport de M. An cel.
2 La loi de I860 maintenait sur les sucres etrangers unc surtaxc de 5 Ir. par 100 kil. Elle est abolic par le dccret du 16 janvier 1861 , favorable ; iix ports, mais nuisible aux colonies.
206 ABOLITION DE LESCLAVAGE.
de transport. Le consommateur qui a paye le sucre 11 francs le kilog. en 1810, 5 francs en 1816, le payera moins (Tun franc l.
Voila des reductions de tarif hardies, puisqu'elles ris* quent plus de 50 millions des ressources du Tresor, mais intelligentes et populaires. L'exemple de FAngleterre les encourage, comme nous le verrons. La science financiere les approuve, demontrant de plus en plus que les taxes reduites font le bon marche quand la reduction est assez notable et assez subite pour que son action insensible ne se perde pas en chemin dans les profits habiles des intermediates*, que le bon marche produit les gros impots et fait sortir les grosses sommes des petites poches. Imprudentes, steriles, lorsqu'elles s'adressent a des produits dont Tusage ne peut presque pas s'etendre, comme le vin, comme le sel, les reductions d'irnpots sont sages et profitables, lorsqu'elles laissent arriver dans toutes les mains des denrees que toutes les bouches desirent et ne consommcnt pas. L'hygiene approuve egalement. La politique ne peut se plaindre,puisque cette mesure n'est le resultat d^aucun engagement international. L'humanite se felicite en voyant le bien-etre descendre dans tous les rangs.
Quant aux colonies, elles ne pouvaient recevoir plus a propos un plus grand bienfait. Depuis douze ans, ou plutot depuis trente ans, elles demandent un large degrevement sur leurs denrees. On Tavait propose en 185f/f
1 Nous renvoyons a la lin du chapitre les dispositions de la loi de 4860, en ce qui concerne les cafes, cacaos, thes. * Lps intermediaires ici sont par malheur tres-puissants el peu nombreux
COLONIES FRANQAISES. 207
puis en 1850; elles Tobtiennent enfin. Si elles n'en profitent pas, ce n'est pas a Temancipation qu'elles devront s en prendre, mais aelles-memes; car il se trouve que ce degrevement arrive a Tepoque ou Emancipation a acheve son effet, ou le travail et la production ont atteint et depassc les chiffres de 1847. Qu'onne dise done point : Emancipation a fait tant de mal, qu'il a fallu degrever. Ce degrevement n'a ete obtenu pour la premiere foh qu'en 1852, quand il ne pouvait plus reparer les premiers desastres; et pour la seconde fois il est opere apres que ces desastres sont effaces.
Toutes les cultures secondaires ont ete sacrifices au sucre decanne, et ce sucre, protege a l'exees, a ete vaincu par le sucre indigene, que cette protection meme a fait naitre : voila la verite. Ce n'est pas la liberte qui a cause la situation, e'est la betterave!
Mais, en definitive, pourquoi, comment, le sucre colonial a-t-il ete vaincu par le sucre indigene, tellement qu'il faut aujourd'hui le proteger? II est interessant de serrer de plus pres la question et de faire ressortir la cause non pas unique, mais principale, de cette inferiorite qui date de loin.
On peut en tirer, si je ne me trompe, deux legons essentielles : Tune interesse la science economique, 1'autre louche specialement la question de l'esclavage.
[/extreme protection, la recherche d'une ponderation chimerique, Tegalite, l'interdiction, sont des formules a peu pres vaines; on ne peut a coup de tarif ni faire vivre une industrie malade ni faire mourir une industrie vivace; les ecluses ne font pas d'une eau dormante une
eau vive, Ics barrages n'empeehent pas le fleuve*de couler, dut-il se creuser un nouveau lit.
Or le sucre c'etait l'eau dormante, le sucre indigene etait Teau vive. Par line protection exageree on a tue les colonies, qui ont tout sacrifie a la culture de la canne a sucre, on a tue en meme temps la canne a sucre en lui creantun rival inattendu. Par des remaniements continuels on a gene grandement, mais inutilement, ce rival. Ni le tresor, ni le pays, ni les colonies, ni l'industrie, n'ont trouve leur compte a ces tatonnemeuts.
« Dans ce long tableau, a dit excellemment M. Benoist d'Azy', dans ce long tableau des variations successives ou plus tot alternatives des opinions et des decisions, on doit voir avec un profond regret combien ces oscillations contumelies ont du etre penibles pour toutes les industries qui se ratlachent a ces grandes questions, et il y a lieu de sVionner que le mal ne soit pas plus grand encore. Qui a pu etre assezhardi pour immobiliser des capitaux dans des colonies lointaines, pour changer tous les procedes de fabrication, construire des navires, appliqucrson intelligence au grand commerce, a la grande navigation, y destiner sa fortune et ses enfan ts, ou tenter meme avec assez de suite, sur le sol national, de grandes et dispendieuses entreprises dans lesquelles se reunissent l'agricullure et Tindustrie , en presence de celle espece de fievre intermittente qui a remis chaque annee en question Texistence de ceux qui pouvaient se livrer a des operations de ce genre? Nous
* Rapport du 16 juillet 1844.
COLONIES FRANQAISES. 209
cherchons souvent la cause des souffrances ou de la faiblesse comparative de quelques-imes de nos industries : elle est pour beaucoup dans l'eternelle inconstance de nos doctrines sur la protection qui leur est due. »
« L'incertitude dans la direction commerciale et industrielle du pays est cent fois pire qu'un mauvais systeme, parce que rien ne s'oppose plus a tout esprit d'entreprise ou de progres, a tous les efforts genereux et utiles. »
II viendra un moment ou, fatigue de celte longue incertitude, de ces barrieres qui n'arretent rien et de ces faveurs qui ne developpent rien, tous lesinterets seront a peu pres d'accord pour demander a la liberie de produire la formule que toutes les combinaisons fmancieres n'ont pas su trouver1.
Mais il est un enseignement plus dircctcment applicable au sujet qui nous occupe.
Entre les deux terres qui produisent le sucre, de quel cote la nature a~t-elle mis Tavantage?
Evidemment du cot^ des colonies ; le sol est plus fecond, le soleil plus chaud, les saisons plus regulieres, la canne deux fois plus riche, plus facile a traiter que la betterave.
Qu'est-ce qui a done manque aux colonies?
Ce n'est pas le temps, car pendant deux siecles elles ont eu le monopole. Ce n'est pas la faveur, car avant la premiere Revolution les colonies ne payaient que 5 francs par 100 kilog.2. Apres la premiere abolition, elles ne
1 C'est ce que demandait M. Passy des 1832, (rapp. de M. Behic, 1830, p. D), et M. Humana des 1826. (Moniteur, p. 298.)
2 Lettres patentes de 1777.
payaient plus aucune taxe1; depuis la Restauration ellcs ont eu quinze ans de monopole et treize ans de protection. Ce n'estpas la main-d'oeuvre, car jusqu'en 1850 elles onteu latraite, jusqu'en 1848 l'esclavage. Cen'est pas la riehesse2, car elles ont longtemps vendu lesucre a des prix eleves, non-seulement 1,100 francs les 100 kil. pendant leblocus, epoqueou lacontrebandeprofitait plus de ces prix que les colonies, mais pendant la Restauration 88 fr., 91 fr., 99 fr. et jusqu'a 116 fr. les 100 kilog.; enfin, meme apres la concurrence du sucre indigene, bien souvent a unprix superieur au prix de revient, un prix greve sans doute de transports que ne supportait pas ce rival, mais obtenu avec des ouvriers qui ne reclamaient pas de salaire, sur des biens proteges contre Impropriation.
Pendant cette longue duree de faveur et de prosperity, qui done empechait les colons de perfectionner leurs precedes, de faire venir des mecaniciens etdes ouvriers d'elite, de tirer de Tadrnirable plante placee par le Createur entre leurs mains un produit plus abondant et moins couteux, en un mot, de faire avant par interet ce quTis ont fait courageusement aprh par necessite?
« Avec le capital fixe, inutilement prodigue dans les colonies, disait M. Rossi3, on aurait produit plus de sucre que les cinq parties du monde n'en consomment. Les deux tiers du sucre de la canne cchap-
* Loide 1793.
* A entendre les anciens colons de Saint-Domingue, il n'y en avail pas un qui ne se plaignit d'avoir perdu 50,000 ou 100,000 livres de rente.
3 Rapp. 1845, p. 49.
pent aux procedes d'une industrie dans l'enfance. »
« Tel est l'etatde Fagriculture, disaitM. de Broglie1, qu'a l'aide de reformes faciles les colons pourraient sans aecroissement de depense obtenir une augmentation d'un tiers, peut-etre meme de moitie sur leurs produits actuels. Les procedes de fabrication sont restes ce qu'ils etaient il y a cent cinquante ans... On s'etonne qu'il soit possible d'obtenirdusucreen travaillantainsi.»
Voyez, au contraire, l'industrie du sucre indigene. A la faveur des hauts prix , cette belle industrie sort des mains de la science et passe du laboratoire dans la fabrique. L'impot, quand il la frappe, supprime les usines mal nees, mais il stimule celles qui sont viables; favorisee. l'industrie grandit ; genee, elle se transforme, change d'appareils2, change de debouches, et tel est le progres, que 283 fabriques, en 1848, produisent T>6 millions de kilog. , tandis que 586, en 1841, ne produisaient que 26 millions; le meme nombre d'hectares ensemences aux deux epoques donne, dans la seconde, un produit superieur du double : la meme quantity, 100 kilog., exigent 14 fr. 80 c. de depenses dans la premiere et 5 francs seulement dans la seconde3. Enfin le meme produit qui resistait en 1857 a 5 fr. 50 c, d'impot par 100 kilog, supportait 54 francs en 1 859 4.
1 ttapp. p. 01).
2 Procedes Rousseau, Melsens, Dubrunfaut, etc., etc. Pemarquons toutefois que, si la substitution des grandes usines aux retites ~ogres pour la fabrication, ce n'est pas un changement heureux au poif.t de vue agricole.
3 Rapp. de M. Rehic, p. 28.
4 V. le tableau D.
Qui done, encore une fois, a empeche le colon, avant celte recloutable concurrence, de realiser tous ces progres?
Un temoin competent et bien informe ecrivait en 1847 a la Martinique des paroles qui peuventetre appliquees a toutes les colonies a esclaves et sont la meilleure reponse a cette question1.
« I/agriculture est ici a un etat presque sauvage, qui demande aussi son emancipation. Avec une incroyable exuberance de bras, le tiers a peine des terres est en valeur. Des terres en rapport sont abandonnees chaque jour pour des defrichementsnouveaux; resclaves'ereinte a tenter les cultures les plus barbares avec des instruments impossibles, et, les procedesde fabrication aidant, on obtient du sol le quart a peine de son rendement... Que peut importer une amelioration agricole a des homines dont la condition semble ne devoir jamais etre amelioree? Et comment ne pas comprendre le degoutdes colons devant Tinsucces des epreuves? I/esclave deteste le sol, l'homme de couleur et l'affranchi le meprisent, et le blanc l'exploite a la hate, comme une mine qu'on fouille avidement, avec la pensee d'un prochain abandon... »
Des 1845, l'illustre M. Rossi resumait les traits de ce tableau par ces mots :
« Ce que le colon doit redouter, ce sont ses habitudes2, »
1 M. Gamier, employe a la direction de Tinterieur a la Martinique. Rev. col,\i. 138, 1847, t. XII.
2 V. aussi les exeellentes pages 18, id, 22 du rapport de M. Benoist d\\zy.
COLONIES FRAN RAISES. 213
Lc colon est indolent, le Frangais est actif ; lc colon suit la routine, le Frangais est en quete de progres ; le colon s'amuse et s'endette, !e Frangais specule et entreprend; pour Tun Foisivete est le signe de la richesse, pour l'autre le travail en est la condition- Le premier conduit des esclaves, le second emploie des machines; •Fun cote est le travail servile, et la societe ereole, son uiiivre; de l'autre est le travail libre, et la societe Iran- §aise, sa fille.
Qu'on ne vienne done pas repeter que l'abolition de t'esclavage a tue les colonies, tant de preuves etablissent qu'elles elaienl deja longtemps auparavant mourantes (Tune maladie qui etait precisement 1'esclavage.
Si jamais les economistes cherchent une preuve de la superiorite du travail libre sur le travail servile, de la societe qui travail le sur la societe qui fait travailler , qu'ils etudient cette curieuse histoire de la lutle entre la canne et la betterave; la demonstration est frappante, et elle vaut la peine que se donne Fesprit pour penetrer au travers de ces details rebutants el confus.
§ 3. — Le Cafe, le Cacao, le The.
Ce n'est pas l'cmancipation qu'il faut accuser d'avoir (liminue les cafeieres de nos colonics; nous l'avons deja vu, l'exageration du droit protecteur sur les sucres a fait sacrifier le cafe, l'indigo, le coton, a la plantation de la canne et aux gros revenus qu'elle prometlait. « Les avertisscments n'ont pas manque, disait M, Benoist d'Azy en i. U*
1 844. On a sou vent dit aux colonies qu'il serail pour elles plus prudent de revenir aux cultures tie cafe, de colon, d'indigo, qui ne trouvent pas de concurrence sur le sol meme de la France, et qui peut-elre se preleraient mieux a l'etat a venir de leur population. Ces conseils n'ont pas ele suivis. » Resullal bien facheux, surlout en ce qui concerne le cafe, car on sait que la culture de ce petit arbuste, transported de Perse ou d' Arabic, a la fin du dixseptieme siecle, a Java, puis a Surinam et dans les Antilles, exige moins de bras, moins de capital, un inoins bon sol , que la culture de la canne; qu'une fois en plein rapport, apres trois ou quatre ans, le cafeier, s'il n'est victime d'aucun insecte , dure quinze ans et plus, et rapporle en abondance cetle cerise qui nous arrive, debarrassee de son parchemin, se garde, s'ameliore en vicil lissant, et nous donne une boisson exquise, et en meme temps salulaire, s'il faut en croire la cbimie, qui aflirme qu'un litre, forme de parlies egales de lait et de cafe, represente cinq fois plus de substance solide et trois fois plus de substances azotees que le bouillon l.
On sait aussi que la consommation du cafe a pris une extension enorme. L'Angleterre en consomme quarante fois plus qu'au commencement de ce siecle. Le Bresil, ou le cafe ne fut introduit qu'en 1774, en produit maintenant 173 millions de kilog. sur 558 millions qui represented la production totale du globe. La consommation est, en Belgique et en Hollande, de4 kilog. par tete; aux Etals-Unis, 2 kilog. 445 gr.; dansle Zollverein, 1 kilog.
1 Revue coloniole de 1855, article Iraduit du Tropical Agriculturist, p. 410, 447.
COLONIES FRANCISES. 2*5
COO gr., en Angleterre 6 kilog. 40 gr.; en Fra^ n'est que de 750 gr. par tete.
Sur 55,415,000 kilog. importes en 1847, nos colonies ne nous ont fourni que 1,274,000 kilg., tandis que le Bresil nous en envoyait 10,125,000 "kilog., Haiii 7,108,000, Cuba et Porto-Rico 5,057,000, etc., etc. Le chiffre est tombe a 728,000 kilog. en 1848. II est rernonte a pres de 1 million de kilog. en 1857 pour les trois colonies de la Reunion, la Guadeloupe et la Martinique, non compris la Guyane1.
Le cafe n'est pas et ne peut pas avoir de rival indigene comme le sucre2. Aussi s'en est-on fort peu oecupe, et le droit qui le greve n'a pas ete une seule fois derange dans les colonnes du tarif oii il fut inscrit en 1816. A celte epoque, le cafe valait 500 francs les 100 kilogrammes, aujourd'huiil vaut 60 francs environ. Le droit n'en est pas moins reste de 60 francs sur les cafes coloniaux, de 95 francs sur les cafes etrangers importes par navires frangais; egal a la valeur de la denree, il ne stimule pas les colonies; superieur a celle des cafes etrangers , il n'en empeche pas 1'importation ; il met seulement obstacle a la baisse plus forte des prix et pir suite a Fextension de la consommation. La loi de 1860 reduit le droit de moitie, de 60 francs a 50 francs, de 59 francs a 42 francs; les colonies et l'etranger produi-
1 Autrefois Saint-Dorningue seul exportait 37 millions de kilog, de cafe.
- « On ne peut faire cethonneur a la chicoree, bien qu'on pretende qu'il le vend de 4 a 5 millions de kilog. de cafe de chicoree, melange de cafe, de chicoree, de racines briilees, de pulpe de bettcrave et souvent de terre et d'argile. » Happ. de M. Beugnot, 1845.
210 ABOLITION DE LESCLAVAGE.
ront davantage; la marine, qui emploie deja 54,000 tonneaux au service du cafe etranger, principale ressource, apres le sucre, de noire navigation loiritaine, verra augnienter ses transports; le Tresor recuperera ses sacrifices (moitie sur 28 millions de francs pergus en 1858), si, comme cela est probable, un si brusque abaissement, diminuant instantanement de 52 centimes le prix de la livre de cafe, popularise cet excellent produit, deja fort repandu par les habitudes de nos soldats de Crimee et d'ltalic. Cette reduction se combine avec la diminution du prix du sucre; Tun et Tautre se pretent concours, car 1 kilogramme de cafe consomme fait consommer de 6 a 7 kilogrammes de sucre.
La meme loi diminue de moitie les droits sur le cacao, qui s'elevaient a plus de 50 pour 100 de la valeur de la denree1. Elle aide encore a la consommation du sucre, puisque, dans la fabrication du chocolat, il se melange par parties a peu pres egales au cacao. Elle se prete a un desir incontestable de la consommation, puisque, malgre les droits eleves, Timportation du cacao en France, qui ne depassait pas 2,008,000 kilog. en 1830, a atteint 4,091,000 en 1859. On peut esperer que ce large degrevement rendra dans nos colonies faveur a cette culture, actuellement sans importance, sacrifice comme celle du cafe a la production du sucre. Sans doute le cacao des Antilles n'a pas la repi tation de celui de Ca-
! Colonies.. . . 20 fr* les 100 kilo^.
Ailleurs. ... 25 »
Entrepots. . . 55 »>
Piu^mmres etrangere. 40 »
COLONIES FllANQAISES. 217
racas ou de Maracaraibo. Sans doute aussi la preparation d'une cacaoyere fait altendre 6 ou 8 ans; mais elle dure apres ce premier labeur plus de 50 ans sur la cole, 50 ans dans i'interieur : le proprietaire se promene sous ses arbres, analogues a nos cerisiers, sans avoir d'autre peine que de les faire arroser. La culture en est tres-facile, puisque les Mexicains cultivaient sans peine le cacaoyer, abandonne au moment de la conquete des Espagnols,en meme temps qu'ils se servaient comme monnaie des graines contenues dans la cabosse, tandis que les tribus sauvages de 1'Amerique, si Ton en croit M. de Humboldt, les rejettent pour sucer la pulpe acide qui les entoure. Cette culture a surlout Tavantage de demander peu de bras et aussi de convenir aux petites families. Un seul hommesuffit poursoigner 1,000 arbres, qui peuvent donner 1,520 livres de cacao, annee moyenne1.
Ce n'est pas directement que les colonies profiteront du droit sur les thes, reduit par la loi du 25 mai 1860 de 120 francs pour les thes importes de la Chine ou de Manilie, et de 150 francs pour tous aulres, a un taux uniforme de 75 francs, sauf le maintien d'une surlaxe decroissante de provenance et de pavilion , jusqu'en 1866. Quand meme le terrain conviendrait a la culture de Tarbre a the, comment la disputer a ce vaste empire de la Chine, qui en consomme une si grande quantite, qu'en supprimant toute la consommation du reste du monde, le prix, dit-on, ne baisserait pas en Chine, et qui
1 Annalesde la Societe d'agriculture de la Martinique, t, II, p; 474, cites p^r la Revue coloniale, 1853, p. 98.
))aye 5 ou 6 sous par jour ses malheureux ouvriers. Mais la production du sucreaux colonies profitera dece degrevement, carlaconsommationde cette feuilled'une sorte de petit oranger, inconnu en Europe il y a deux cents ans, s'y popularise deja d'une fagon a peine croyable. En Angleterre,elle amonte de 15,601 ,109 kilog. en 1851, a pius de25 millions de kilog. en 1859, et ellene rapporte pas moins de 140 millions au Tresor. Les Fran^ais montrent la meme lenteur a prendre aux Anglais leur the qu'aux Hollandais leur cafe, aux Espagnols leur chocolat; nous preferons decidement notre vin. Cependant l'importalion du the s'est elevee de 92,500 kilog. en 1850, a 285,570 kilog. en 1859. C'est encore une denree de luxe, comme le cacao; mais le sucre n'etait-il pasaussi une denree de uxe il y a cinquante ans?
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