‹ L'abolition de l'esclavageChapitre 2 sur 42 · XVII I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVII I INTRODUCTION

La France a-t-elle a se repentir de la loi de 1848? A~t~elle sacrifie a de vaines utopies d'humanite les derniers restes de sa grandeur coloniale, ou bien, au

Pour les documents historiques, les archives du ministere des colonies m'ontete ouvertes, avecune inepuisable liberalile, par M. Pierre Margry, celles da ministere des affaires etrangeres par M. Prosper Faugere, ceiles du serninaire du Saint-Esprit, qui sont si riches et si curieuses, par le R. P. Schwindenhammer et leR. P. Levavasseur, la bibliotheque de Flnstitut par M. de Landresse, celle de l'Arsenal par M. Paul Lacroix.

Les documents americains surabondent. Sans parler du grand livre deM.de Tocqueville, et des ouvrages celebres de nos ecrivains et de nos voyageurs, MM. de Beaumont, Michel Chevalier, Ampere, de Gasparin, Marmier, de Witte, etc., j'ai reuni un nombre considerable de livres tout a fait speciaux. J'ai ete guide dansle chok des meilleurs par M. le comte de Montalembert, illustre et obligeant ami qui sait, qui lit, qui apprend plus que personne, avec une curiosite passionnee; par M. Jules Carron, redacteur aux affaires etrangeres; par l'eloquent abolitionniste Charles Sumner, par le savant ecrivain Brownson, par un devoue missionnaire fran^ais du diocese des Natchez, M. Buteux, et j'ai pu puiser d'autres secours, grace a M. Bailly, dans la riche et trop peu connue collection de livres americains procures par M. Vattemare a la Bibliotheque de la ville de Paris.

L'ignorance de la langue espagnole et la rarete des publications officielles des gouvernements de Madrid, de Lisbonne et de Riom'ont gene et feront, je le crains, trouver, malgre l'obligeance de M. Fournier, premier secretaire d'ambassade a Madrid, un peu incomplets les renseignements que j'ai pu recueillir sur Tesclavage a Cuba, dans les possessions du Portugal et au Bresil.

Plus heureux. j'ai du a M. de Frezals, secretaire de la legation franchise en Hollande, a M. Lux, de la Haye, et a M. le professeur Ackersdyk, d'Utrecht, des documents abondants sur l'etat de la question dans les colonies neerlandaises.

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<;ontraire, a-t-elle ouvert a ces provinces exterieures de son empire, qui aspirent et touchent a la liberie commerciale, un avenir plus pur et plus heureux?

L'abolition de l'esclavage a-t-elle aneanti ou enrichi les petites possessions colonial es du Banemark, de la Suede et du Portugal 1 ?

2° D'un autre cote, ou en est la religion^ ou en est la politique, ou en est la morale, la justice, la litterature, la richesse meme, dans les contreesqui conservent l'esclavage?

Pendant vingt ans, la Revue coloniale a reuni tous ]es fails relatifs a la repression de la traite des esclaves et a l'exploration de l'Afrique. Cette precieuse collection, avcc les recits publies des grands voyages de L'wingstone, de Barth, etc., les resumes excellents de M. Malle-Brun, les Bulletins de la Societe de Geographies la c. . .spondance" adressec par les missionnaires catholiqu^s a la Societe de la Propagation de la Foi, les principaux ecrits des missionnaires protestants, voila les sources des pages trop courtes consacrees a cette deriiiere partie de l'enquete que j'ai entreprise.

Je dois enfin une profonde reconnaissance a l'academie des Sciences morales, qui a bien voulu entendre un fragment de mon travail, a son secretaire perpetuel, M. Mignet, qui m'a aide, conseillc, encourage; a son president, M. Giraud, qui \ bien voulu approuver publ!quement ce travail dans son savant Memoire sur Vesclavage des negres, 1 861 ; a M. Albert de Broglic, dont l'amilic m'a, des le debut, ele si secourable; a deuxmembres de l'Instilut, M. Cousin et M. Saint-Marc Girardin, qui m'ont, a plusieurs reprises aceorde leurs precieux avis.

4 On pourrait rattacher a cette partie de l'enqu&e l'abolition du scrvage en Russie. Mais les resultats de cette memorable mesurc, qui s' execute sans trouble, ne peuvent pas encore etre apprecies, et un si vaht;' snjet ne saurait etre incidemmenl traite.

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Par quels degres la republique des Etats-Unis estelle descendue a la situation qui la menace? Comment en est-on venu, moins d'un siecle apres cette revolution qui ne fut si feconde que parce qu'elle fut si honnete, a trembler que cette grande oeuvre n'echoue, et qu'une jeune, vigoureuse et puissante societe, ne soit prete a sortir de la civilisation? Comment, selon la parole de l'eloquent William Seward, comment trente millions d'hommes, Europeens par Torigine, Chretiens par la croyance, n'ont-ils pas su, dans cette question perturbatrice de l'esclavage, combiner la prudence avec l'humanite, de maniere a sauverleurs admirables institutions, etaenjouir dans l'harmonie et dans la paix?

Au sein de la florissante monarchic catholique de I'Amerique du Sud, au Bresil, quels sont les resultats de l'esclavage? Quelle est la portee du mouvement abolitionniste qui se manifeste? Les Latins de l'Ameriquedu Sud auront-ils 1'honneur de donner Texemple aux Saxons de I'Amerique du Nord?

Quelle est la situation economique des possessions espagnoles de Cuba, doublement privilegiee, comblee des dons du ciel; et encore enrichie par toutes les epreuves des colonies voisines ; de Porto-Rico, terre presque en'ierement cultivee, malgre le climat, par une race blanche et libre?

Par quels moyens la Hollande a-t-elle pu eviter d'etablir l'esclavage dans ses magnifiques posses-

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sions des Indes? par quel les experiences ee peuple intelligent et prudent est-il amene en ce moment meme a le supprimer dans ses colonies de la Guyane et des Antilles?

Je ne ferai pas entrer, dans une enquete deja si chargee, l'esclavage dans les pays musulmans ou paiens. Les Chretiens pourraient y chercher plus d'un exemple. La, du moins, l'esclavage est a sa place parmi d'autres fleaux, puisque ces nations n'ont pas regu FEvangile. Sur la carte du monde, le progres a ses frontieres naturelles ; il grandit ou luit le flambeau du christianisme ; la barbarie etend ses ombres epaisses sur le reste de riiumanite.

5° line nouvelle serie de questions se rattache a la repression du commerce des esclaves. Qu'ont prodixit les memorables efforts de FEurope pour l'abolition de la traite?

Quel est 1'etatde 1'Afrique? Que nous apprennent sur son avenir les missionnaires et les voyageurs, Liwingstone, Baikie, Burton ? Owerweg, Barth, Raffenel, Faidherbe, tous les grands explorateurs, les grands bienfaiteurs de ce malheureux continent?

En resume, 1'esclavage est-il un systeme economique indispensable? Est-il un instrument d'edtication utile? L'emancipation a-t-elle ramene les esclaves a la barbarie en conduisant les colonies a la mine? La race africaine est-elle reellement incapable [de travail sans contrainte? est-elle vouec a

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une irremediable inferiority? Ce qui est moralemen t mauvais peut-il etre materiellement necessaire?

Je me suis efforce de recueillir quelques-uns des faits qui pen vent aider a preparer la reponse a ces questions.

On me reprochera de n'awir pas observe ces faits par moi-meme, et je ne me dissimule point que c'est la une imperfection de mon travail. Je n'ai fait le tour du monde que dans les livres. Mais, a peine de ne point traiter un pareil sujet dans son ensemble, il faut bien se resigner a voir par les yeux de ceux qui ont vu, et si Ton m'accuse de n'avoir visite ni T ombouctou, ni Cayenne, ni meme le Senegal ou le Mississipi? je puis repondre que les ecrivains qui ecrivent 1'histoii e du treizieme siecle n'y ont apparemment point vecu, que tons les jours les hommes s'en rapportent, pour les plus graves interets, adesjuges donU'opinion repose sur l'impartiale confrontation des temoignages d'autrui. J'ose dire an moins que je n'ai rien neglige pour recueillir, verifier et comparer les renseignements les plus abondants et les documents les plus authentiques.

Vous connaissez mai: tenant, monsieur le due, le programme de mon travail et ses instruments. Quels en sont les resullats generaux?

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