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Cafeier ...
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Cotonnicr. . ...
Cacaover
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Nombre d'habitntions. . . .
Nombre d'ouvriers . . . . .
Nombre de machines. . . .
Moutons
1 En se reportant au tableau tie la population (p. 12), on constate que ee chiffre de 65,22$, comprend les femmes, vieillards et enfants, t;mdis que le chiffre de 43,791 est celui des travailleurs effectifs. Le meme tableau etablit que le nombre des enfant* aurdessus de 6 ans excede un tiers. Sans parler des femmes, si Ton relranche un tiers de Co, 228, soit 21,742, il reste 43,000 esclaves seulenient, e'est-a-dire exactement le chiffre de 1846.
2 Pour la Guadeloupe, la deduction a ete faite; or les deux chiffrcs de 1846 et 1856 sorrt precisement les meines. lien resulte une veritable difliculte a admettre le ehilfre iudiqu»r, pour les cultures; comment 23,000 hectares emploieraient-ils autant d'ouvriers que 41,000? l.'erreur est confirmee par le chiffre des produits. Les 22,000 hectares planle* en canne auraient, en 1846, produit seulenient en sucre brut et terre, sirop, melasses, tafia, 31,892,050 francs; el les 11,000 hectares de 1856 auraient produit 33,912,780 francs? Or les prix ayant gentralement baissc, on n.e pourrait atlri))ucr cette liausse a kur variation,
* A la suite de i'excellcnt rapport de M. Jules Duval au no:n du jury special des Colours tt de l'Algerie a l'exposition generate d'agricullure en 1800 {Rev. Col. Dec. 18G0.
COLONIES FIUNQAISES. 237
Je lis dans line d6peche de M. le vice-amiral Fourichon, gouverneur de la Guyane, 1853 :
a [/habitant qui etait obere avant remancipation, et qui a generalement sacrifie son indemnite pour obtenir quittance de ses creanciers, a ete contraint, faule de capitaux pour fournir les salaires, de laisser partir les aneiens travailleurs. De la chomage, decroissement des usines, des canaux, des digues. »
2° On manque de bras a la Reunion, ou on produit plus, comme a la Guyane, ou on produit moins; le meme cffet peut done tenir a deux causes opposees, la diminution des travailleurs el raugmentation du travail.
3* Ce n'est pas seulement aux colonies, e'est partout que, sous l'empire d'un mouvement plus facile a comprendre qu'a entraver, les populations ouvrieres quitlent les champs pour les villes. On manque de bras aux environs de Paris comme aux environs de Cayenne; le travail des champs semble delaisse, la so mine de travail esl la meme; le travail n'est pas detruit, il est deplace. Les petites industries urbaines et la peche re^oiveiU ainsi quantity d'anciens esclaves degoutes du rude travail des champs. On sait que de tout temps les mulatres et les hommes de couleur, libres ou affranchis, ont prefere Tindustrie a la culture, et leur exemple a dft influer sur lesnouveaux affranchis. Aux raisons generates, Tattrait
p. 8oo), on trouve un resume des documents stalistiqucs sur les Colonies pour i857, 1^17, 18">7, qui est ploin d'inteivt. Mais, quoique puise aux sources oflicielles, il con- Uent, (l'auteur prend soin d'en avertir), plus d'une hypothesc et d'une inexactitude, ot notammcnt plusieurs ch iff res impossibles a coucilier soit entrc eux, soil avoc lci> tableaux de 1856 et les notices qui nous servent de. guide. Cos disaccords sont fachrd*, wais irremediables, a cause de Vimperfection des slatistiques envoyes par les Colonies.
On peut consulter encore la StalUsthftte de la France, publiee en 1860 par M. .Maurice Block, tome 11% chap. AX
d'un plus fort salaire, le gout du changement, le desir de 1'inconnu, l'appat d'une vie moins monotone, se joignent, aux colonies, la raison speciale deja donnee, Fhorreur de Fancienne condition, la peur d'y retomber et surtout d'y voir relomber leurs femmes, que les noirs, on Ta remarque partout, se sont empresses de soustraire au travail de la terre; puis enfin la facilite de posseder une petite propriete et de se suflire avec ses produits.
Car il s'opere un double mouvement, Tun vers les centres habites, r autre vers les espaces inoccupes. La, seul ou avec sa famille, le noir vit de peu sur une terre» que le soleil feconde, etmesure son travail a ses besoins, qui sont presque nuls, eta ses jouissances? qui sontprecisement 1'oisivete et la vie errante. Mais c'est Tadmirable niecanisme moral de la liberie que ses devoirs se soutiennent et s'enchainent; parce qu'il a une famille, l'homme souhaite une propriete : pour 1'acquerir il se livre au travail; s'il fuit le travail, la privation l'y contraint; pour que ce travail soit plus avantageux, il travaille au service d'autrui, et il est ainsi ramene par le desir de son bien personnel a contribuer aubien com^
JL
mun.
Dans un rapport sur la Guyane anglaise, en 1840, je lis que le nombre des noirs proprietaires, y compris les membres de leurs families, etait deja de 15,906 individus, ayant construit sur leurs terrcs, a leurs frais, 5,522 maisons. Le rapport ajoule : « Lorsque le paysan de la Guyane s'eleve d*un degre dans Tecbelle sociale et devient proprietaire d'une petite etendue de terre fertile, il est peu de conditions aussi dignes d'cnvie que la
COLONIES FRANQAISES. 23d
sienne, peu de contrees aussi heureusement partagees. A l'aspect de cetle prosperite des laboureurs delaGuyane anglaise, on est tente de dire, de la partie cultivee de la eolonie ce que Goldsmith disait de la vieille Angleterre et de ses produits : « Chaque morceau de terre nourrit son homme. »
Je ne pretends assurement pas que ce tableau, ecrit six ans apres I'emancipation, soit le portrait de nos colonies. Ne nous hatons pas, du moins, de croire que remancipation a transforme en vagabonds tous les esclaves qui n'ont pas voulu cultiver la canne; un grand nombre fait autre chose, s'occupe dans les villes, ou se suffit sur un coin de lerre. Je le repete, le travail est deplace plutot que detruit.
Les chiffres de la douane transforment cette hypo these en un fait reel. A la Martinique, a la Guadeloupe, pendant que le chiffre du sucre importe en France, produit de la grande culture, diminue apres 1848, presque tous les autres produits industriels ou agricoles augmentent. A la Martinique, le rhum, le cacao, la casse, les peaux, les hois et les articles divers. A la Guadeloupe, le rhum., le rocou, les bois, ie cuivrv, les peaux, le colon et les articles divers.
Un autre renseignement atteste le meme fait. Ou son! les pauvres? ou sont les mendiants? L'emancipation a pousse une partie des anciens esclaves vers les villes, une autre vers les terres inoccupees, tres-peu vers les prisons et les hospices; elle a fait des artisans etdespetits proprietaires, quelques vagabonds, peu de mendiants, peu de criminels.
La grarde culture a souffert sans que la soeiete tout entiere eut a souffrir. Mais comme il est possible que la desertion des cultures, moins considerable qu'on ne Ta dit, s'elargisse encore et que la rarete des bras augmentc les salaires, comment relever les grandes cultures? comment, sans augmenter les salaires, triompher detant de causes de desertion des travaiileurs ? On repond d'une commune voix : par V immigration.
Oui, Pimmigration est necessaire provuoirement pour developper la production et diminuer ses frais. Elle est un moyen de faire baisser les salaires par la concurrence des bras et de diminuer les frais de fabrication en fabriquant davantage.
C'est la le vraibut, la vraie raison : rendre le travail des anciens eseiaves moins co&teux, diminuer le prix de revient.
Repetons-le, on demande des bras moins pour rernplacer les anciens ouvriers que pour les stimuler, diminuer les salaires, developper les cultures; on ne cherche pas des remplagants, mais des concurrents.
J'admets une si evidente necessite; elle explique toutes les demandes des colons, tous les efforts du gouvernenement frangais afin d'obtenir des travailleurs nouveaux.
HI. On sait que le gouvernement n'a autorise qu'en 1852 le recrutement sur la cote d'Afrique, et qu'il a regie minutieusement toutes les conditions de l'immigration par les deux decrets des 15 et 27 mars 1852
* L'immigrant s'engage devant un agent du gouvernement et pour cinq ans seulerncnt. On s'assure qu'il est libre et qu'il a conscience du contrat
COLONIES FRAN RAISES. U\
Un premier traite avait ete passe eatre le minislre de la marine et deux armateurs de Granville en 1854 et 1855. D'autres moins important* Font suivi. Un traite plus recent a ele conclu le 14 mars 1857, enlre l'amiral Hamelin et la maison tres-renommee de MM. Regis, de Marseille, quia des comploirs sur loutela coted'Afrique, Voici le texte meme des premiers articles de ce traite curieux :
Art. ler. M. Regis aine s'oblige a inlroduire a la Martinique et a la Guadeloupe 20,000 engages africains propres a ragr-icullure.
Art. 2. L'introduction commenccra en 1857. La tolalite des20,000 devra etre introduite an ler janvier 1863.
Art. 5. Le contingent pour chaque colonie devra comprendre des i'emmes de douze a vingt-cinq ans dans une proportion qui, dans 1'ensemble de Y introduction *de l'annee, ne devra pas etre nioindre du ciuquicme ni exceder la moitie.
Art. 4. Les emigrants ne pourront etre embarqr.es sur lesnavires de M. Regis qu'en etat de liberie. ..
qiTon lui propose. II a droit aux frais de retour de lui, sa femme et scs enfants, s'il veut se rapatrier, ou'a une prime egale a ces frais, s'il prelere se reengager.
Pendant la traversee, tout est regie, son lit, sa nourriturc, la place a laquelie il a droit, son vetement, son traitement s'il est malade.
Une croisiere est entretenue a grands frais sur les cotes d'Afriquc, et le commandant veille avec une extreme sollicitude sur les fraudes, les infractions, les invasions de la negligence ou de la cupidite dans ces operatioi s compliquees.
Au point de debarquemcnt, Timmigrant est place sous la protection d'un nouvel agent du gouvcrnement, son salaire, sa prime, son rapatriemert, sont garantis par celte protection. II est vaccine, soigne, nourri, vetu, dans les termes prevus par les reglements. Des peHes graves menacent ceux qui nianqueraicnt aux engagements pris envers lui.
!your entreprendre le transport des emigrants, une autorisation est ntcessaire.
* (let agent est en general un chirurgien de la marine, choisi precisemcnt comme plus edaire sur les details de salubrite et d'hyyiene.
m ABOLITION 1)E L'ESCLAVAGE.
Ce traite est en pleine execution. Les colons en attendent les rneilleurs resultats.
Mais quoi ! n'est-ce pas un fait tres-remarquable au point de vue qui nous occupe? C'est a la race africaine qu'on emprunte des travailleurs destines a remplacer d'autres Africains, qu'on accuse de n'aimer que la pa~ resse?
On a successivement essaye les Europeens, les Indiens, lesChinois, les Africains.
En 1845, nousl'avons vu, le gouvernemcnt frangais voulait encourager Immigration europeenne. Mesure sage et prevoyante, car les colons manquaient surtout d'ouvriers d'elite, de mecaniciens, de contre-maitres, de chefs de culture pour perfectionner leur outillage et conduire ou former des ouvriers moins intelligents. On a beaucoup dit que cet essai n'avait pas reussi, parce qu'il est impossible aux Europeejis de travailler sous le soleil des tropiques, et on en donne souvent pour preuve I'insucces des anciens engages blancs, qui furent les premiers ouvriers des colonies. Mais on oublie que ces engages out pourtafft travaille pendant 148 ans, depuis 1 626 jusqu'a 1 7 7-4 1 . On oublie surtout que, choisis au hasardpar les capitaines, transports sans qu'on caleulat pour ces Frangais, comme on lefait pourun Indien, la hauteur du pont dunavire, laquantite d'air respirable et d'eau potable, traitespendantlesdix-huitmoisoudeuxans deleur engagement comme devraisesclaves, mal nourris et peut-etre sans salaire, ces engages n'en sont pas moins
1 Revue colon tide, 1847, p. 217. Mst. du travail aux colonies, par M. Maurcl.
COLONIES FRAN RAISES. 243
(levenus la souche d'un grand nombre de families, qui habitant encore les colonies, lis n'etaient pas destines a travailler, mais a peupler, et Tarrete de 1774 arrefce rimmigration, parce que le but est atteint, que la population blanche est suffisamment augmentee. Ainsi les engages ont fini non parce qu'il ont echoue, mais parce qu'ils ont reussi. En tous cas, rien de comparable entre les deux epoques, si ce n'est le climat, qui est reste le meme. Or on a vu les blancs travailler meme a la Guyane; il y en a beaucoup a Porto-Rico; ce sont des blancs qui ontconstruit, en 4 845, le chemin de fer de Kingstown a Spanishtown, a la Jama'ique, sans qu'il en soit mort un seul1. Sans doute, les blancs ont plus de peine que les noirs a s'acelimater; mais, apres tout, si I'immigration irangaise et europeennese porte peu aux colonies, c'est moins parce que les Frangais ne peuvent vivre aux colonies que parce qu'ils aiment mieux vivre en France. Oa sail que, pour des raisons diverses, le Frangais est le moins emigrant des peuples1. En outre, ils sont habitues a un salaire eta une nourriturequi rendent leur emploi fort couteux. Mais il ne fautpas renoncera introduire, meme a grands frais, de bons ouvriers europeens aux colonies; dans ces ateliers, les tetes manquent plus que les bras.
Los races liabituees a Immigration et propres au travail sous le ciel des tropiques sont, en x\sie, les Chinois et
1 Rev. col. f 1845,7/216.
2 Sur 400,000 personnes qui quittent annuclluiucnt TEurope, l'Angletcrrc conipte pour plus de 240,000; rAUemagne pour 100,000 ; la France pour 17 a 18,000. (Rapport de M. Hubert Delisleau se'rmt snr la loi relative a ^immigration, 10 juillet 1800.)
244 ABOLITION 1>E I/ESCLAY AGE.
les Indiens; en Afrique, les noirs des deux coles, les habitants de Madere ei des Azores, les Malgaches.
LMndien est sobre, plus intelligent que le noir, moins vigoureux; tres-mal traite dans sa pa trie, il emigre volontiers, mais avee l'intention d'y revenir.
L' emigration des travailleurs indiens, connus sous le nom de coolies, etait facile a TAngleierre, puisqu'elle les trouvait chez elle; plus de 150,000 ont ete engages et conduits dans ses colonies.
La France a ete naturellement lentee d'imiter cet exemple, Un premier convoi fut organise en 1852, par le Louis-Napoleon, avec infiniment de precautions pour la sante, la liberie, la reunion en famille des coolies engages. Plusieurs convois suivirent; le succes fut satisfaisant : 12,000 Indiens environ furent ainsi expedies a nos colonies, et principalement a la Reunion. Les Indiens partaient de nos comptoirs de Pondiehery et de Karikal, mais le territoire de ces debris de notre puissance est fort petit, et les coolies venaient presque tons de l'interieur et etaient originaires des vasles possessions britanniques.
Or, qu'a resolu TAngleterre? Elle a constamment refuse de consacrer legalement eetle emigration, et nos agents de recrutement ont ete plus d'ime fois, meme au moment de la guerre de Crimee, poursuivis. frappes d'amende, emprisonnes. Elle nous demande de renoncer aux Africains et nous refuse les Indiens : depuis plusieurs annees on en est la. II a fallu l'habile energie d'un delegiie de la Reunion, M. Imhaus, pour oblenir du gouvernemenl anglais en I860 un traite qui assure a eetle colonic 0,000 coolies.
COLONIES FIVANCAISES. Ub
La Chine ne nous donna pas ce qui nous etait refuse dans I'lnde. Plus eloignee de nos possessions, fermee, malgre des traitestoujours violes, aux relationsavecl'Europe , elle ne nous offrit que des ressources insuffisanles. L'Anglelerre avait beaucoup comple sup les Chinois1, et, des 1851, M. Georges Barkly ecrivait aucomte Grey : « Nous Irouverons en Chine des ouvriers plus capables de supporter le climat que les Maderiens, plus cnergiques que les Indiens, plus traitables que les Kroumens (Africains libres de la colede Krou). »
Un autre agent, M. White, ecrivait a la meme epoque <le Macao :
« La population chinoise du Sud est surabondante. Ses moyens d'existence ne sont pas en proportion avec son accroissement journalier; il luifaut un effort surhumain pour se procurer les premieres necessites de la vie. En depit des reglements qui prohibent strictement Temigration, les Chinois desirent quitter leur pays et sont prets a aller partout ou ils ont chance de gagner leur vie. Des milliers partent de Singapore chaque annee et de la se repandent dans les iles voisines... Ii y en a plusieurs centaines demille a Java, lis fourmillent a Manille. On les trouve par masses en Australie et en Californie... »
Le climat du sud de la Chine est d'ailleurs le merne que celui des Antilles. Pres d'Amoy on voit des sucreries et des cannes bien cultivees. A Singapore, a Penang, sous la meme latitude que celle de la Guyane, les Chinois ont def'riche des bois, plantes des epices, etc.
• Parliamentary papers. Rapports auComitc d'cmigration. 18M.
m ABOLITION DE L'KSC LAVAGE.
En outre, ils sont vigoureux et laborieux en general. Malgre ces avantages, tandis que les Chinois s acclimataientbien a Cuba, acceptaient du Perou le travail repugnant de rembarquement du guano, et achevaient sous le soleil des tropiques le cbemin de fer de Panama, il parait qu'ils n'ont pas entierement reussi dans les colonies anglaises, si ce n'est h la Guyane et a la Trinite, ni dans les possessions franchises, soit parce que la longueur de la traversee rendait le prix eleve, la mortality effrayante1, soit parce que l'obligation de recruter seulement aux ports ouverts creait trop de difflculteV, soit enfin parce que le danger des revokes a bord, tresfrequentes, engagea les arinateurs a clever 1c prix du fret tres-haut ou a refuser leurs navires.
Les abus etaient d'ailleurs nombreux; ils furent 1'origine de troubles serieux a Amoy : les papiers anglais contiennent d'abon enables details sur rembarquement illicite de petiles filles sous pavilion portugais, et sur les sevices dont les Chinois transporter sous pavilion anglais aux iles Chincha furent vietimes, au point de sesuicider pour echapper a leur sort5.
Mais les principaux obstacles a Immigration des Chinois, comme des Indiens, tiennent a cette cause dominante en toute question de race, cause sur laquelle la religion agit seule : les moeurs. L'Indieri, arrive dans les
* 24 navires ont embarque 7,556 Chinois pour le Perou, ct n'en ont dcbarque que 4,754.
* Le glorieux iraitc signe a Pekin le 25 octobre I860, love ces difficultes; l'emigration et le recrutement sont libres.
5 Correspondance de lord Clarendon et de sir John Bowring. 1854.
COLONIES FRANQAISES. 247
colonies, rctenu par ses prejuges de caste, ne vein pas se marier, il ne fait pas souche, el, comme on ne peut amener aulant de femmes que d'hommes, il en resulle une immoralite degoutante1. Le Chinois n'a pas les memes scrupules : on voit a Borneo et aux Philippines des metis chinois tres-nombreux. Mais, dans nos colonies, on est peu dispose a epouser des Chinois, et la condition des femmes en Chine rend impossible leur emigration. Les correspondances anglaises sont pleines a cet egard des plus curieux renseignements, parfailement conformes aux dires denos missionnaires. Le Chinois tient a avoir des ancetres, et par suite a laisser des enfants; mais la parente feminine n'est rien a ses yeux; 1'infanticide des petites fiJes est tres-commun, leur vente pour la prostitution n'a rien qui choque; les femmes s'achetent et le mariage n'est qu'un marche : un grand nombre est esclave. Aucun autre moyen, au temoignage de M. White, pour en procurer aux colonies que d'en acheter. Mais on comprend que sir John Bowringse soil oppose energiquement a ce trafic, on comprend aussi quelle immoralile entraine ('emigration des Chinois sans famille; on applaudit done de bon caur a ce langage de sir George Bonham : « Si on ne trouve aucun raoyen d'obtenir une emigration des femmes, celle des homrnes doit cesser aussitot . la morale
1 La maiproprete des Indiens n'est pas moins repoussante. Jc lis dans un rapport plein d'interet de M. Leclerc, chirurgien delegue du gouvcrnement qui accompagna 429 emigrants, partis dcPondichery le 2 aout 1859 pour la (iuadeloupe sur \eSiarn (Rev. col., mars \ SCO.)
« La gale est une affection tres-communc et tres-difficile a detruire ehez les Indiens, qui la considerent comme une ernonction tres-utiie et ncoossaire a la sante. n
m ABOLITION DE L'ESG LAVAGE.
et les devoirs quelle impose nous le commandent; » el a ces paroles du due de Newcastle, ecrivant auxgouverneurs des colonies : « Si la proportion des sexes ne peut etre retablie, il faut qu'un terme soil mis a Immigration, quelque regrettable que puisse etre cette necessite1. » Cette immoralite desChinois et des Indiens, etces usages inveteres, une seule puissance pourraitles vaincre. Mais ce sont precisement les races les plus difficiles a convevtir au christianisme. A la Reunion, une chapelle speciale pour les Indiens, ornee dans le gout de leur pays, a eta elevee par les soins de 1'eveque; deux inissionnaires jesuites et un cure qui parlent le malabar se vouent a la penible tacbe d'instruire plus de 30,000 Indiens. Mais leur apostolat ne s'etend qu'au plus petit nombre et finit avec la duree du sejour. Le plus grand nombre vit paien et en paien.
En Afrique, les iles de Madere et des Azores ont fourni aux Anglais, en 1847 et 1848, 15,000 individus, quelques cenlaines a nos colonies, mais ce n'est pas evidemment une source slifflsante.
La Reunion pourrail avoir re^ours auxMalgaches et les engager sur les cotes de la grande ile de Madagascar; ils sont nes libres et regardes comme des travailleurs vigoureux etintelligents, mais la tribu des Hovas les tient sous le joug, et tant que cette oppression durera, le recrutement sera toujours impossible ou precaire.
Le vaste continent africain etait la, faisant face, par sa cote orientale, a nos possessions d^merique, par sa cote
1 Correspondanccs du gouvernemcnt anglais, 1854, p. k22-25.
COLONIES FitANiJAISES. 249
occidentalc, a I'ilede la Reunion el a nos etablissemenls des Comores. En outre, le noir etait deja familier a nos colons, plus soumis que 1'lndien, plus moral que le Chinois, plus ouvert aux influences religieuses que Tun et 1'autre, plus aisement etabli et mele au sein de la population.
Cette race a ete et est encore universellement preferee.
N'est-il pas curieux, au point de vue qui nous occupe, tie voir les. colons revenir de preference a la race africaine?
A la fin d an memoire ecrit en 1844 sur les avantages de ritnmigration chinoise et indienne \ je lis ces paroles :
« On verrase produire le fait que la marche providentielle des evenements reserve pcut-etre aux races humaines.
a La population noire, poussee et refoulee de tous cotes par d'autres families placees a un degre plus eleve dans le developpement de Tespece humaine, disparailra des contrees soumises a la souverainete des blancs. . . v>
Le contraire se realise. Ces families, plus elevees, se plient moins au travail et s'ouvrent moins au christia * nisme que cetle race toujours dedaignee, et apres avoir bien cherche comment on remplacerait les negres affranchis, on a du conclure que ce serait par d'autres negres affranchis.
Cette immigration, qui semble le remede a tous ies maux des colonies, ne les menace-t-elle pas de maux tres-
i Par M. de Challaye, ancien consul en Chine, fiev. col., 1844, 5,
AUOLlllON UK LMSCLAVAiiK,
graves, qui dureront plus longiemps que les services qu'ellc peut rendre passagerement?
Les maux qu'entraiue rimmigration out ete signales, puis realises depuis le jour ou elle a ete aecomplie. Elle est funeste aux affranchis, aux eoions, aux colonies, aux engages.
L'immigralion pese sur le salaire des affranchis el, destinee a suppleer ceux qui ne travaillent pas, elle fait concurrence a ceL:% qui travaillent; bien loin d'encourager parmi eux 1' travail, elle aeheve de le decourager,
Elle impose aux colons des depenses 1 qui seraient plus utilement employees a perfectionner leur oulillage, et a mieux payer les affranchis ; elle habitue a demeurer dans la vieille routine de mauvaise administration.
Dans son rapport sur r administration de la Jamaique en 1845, le gouverneur, lord Elgin, declarait n'avoir qu'une eonfiance mediocre dans les effets de Introduction d'emigrants, envisagee, disait-il. « com me un moyen de ne pas admettre les perfectionnements commandes par rexperience, ou encore de faire baisser le prix du travail par la creation d'une concurrence factice a. »
Le gouverneur de la Reunion; M. Darricau, s'ecriait, en 1858, avec une louable franchise : « On me demande partout des bras, et partout je ne vois qu'abus de bras...
1 UAvcnir, dela Guadeloupe, du 2 deeembre 1859, exposait que la colonic avait dejhregu 5,773 Indiens, 188 Maderiens et 5,205 Africains, en tout 9,166 emigrants depuis 1854, mais que la eaisse des immigrations manquant de ressources, il convenait de s'en procurer, parlie par les engagistes, partie par un iinpot de capitation. N'est-il pas inique de faire peser cet impot sur ceux auxquels on vient faire concurrence ?
2 Revue coloniale, 1847,11, p. 325.
COLOMKS FltANCAISES. 2M
Oil se rappelle bien qu'on a un rival dans le sucre indigene quand il faut regler les droits differentiels, rnais on nes'cu souvientplus guere .quand il faut regler 1'eeonomie induslrielle de la production sucriere1. »
Funeste aux affranchis, mauvaise conseillere pour les colons, rimmigration cree surtout un danger permanent pour l'etat social et moral des colonies. En pensanl a ees petits coins du globe ou se melent et s'entassent, avec un petitnombre de blancs, des masses de noirs, d'Indiens, de Chinois, de Malais, on fremit pour la race, menacce de melanges deplorables, pour la morale et le bon ordre, affiiges par cette invasion d un paganisme que la religion chrelienne n'a pas le temps d'entamer. DeTaveti de tous 2, ces populations nouvelles sont scandaleuses ; c'est a leur presence que les magistrats atlribuentles progres de la criminalite, et comment en serait-il aulrement ? Sur 25,458 lndiens introduits a Maurice par I'industrie privee de 1854 a 1859, il y avait 500 femmes; sur 46,000 introduits en 1 845, 6,000 femmes. Pas de pretres de leur langue, pas de chefs, pas d'ecoles, pas d'exemples, parmi ces travailleurs, les derniers de leur pays, que les pretres essayent d'evangeliser avec des peines infinies. Maurice a deja recju plus de 107,000 lndiens, chiffre
superieur a celui de la population totale; la Reunion plus de 50,000. Si ces hommes se rapatrient, leur trans-
1 Journal desDdbats, 18 seplembre 1859.
2 A aucutie epoque, meme dans les plus mauvais temp^ de Fesclavage, ie pays rfeut a gemir de forfaits si nombreux et si divers que depuis rimmigration indienne. (Jules Duval, la Reunion, Hev. des Deux-Mondes, 15 avri! 1800, p. 868.)
port couteux ruine les budgets1; leurs salaires, qu'ils emportent, absorbent les capitaux; lour rapide passage n'inlroduit aucun progres, l'instruction agricole ou morale est toujours a recommencer pour ceux qui arrivent, comme la theorie pour les consents; s'ils demeurent, ils finirontpar etre les plus forts et peuvenl tout dominer, apres avoir tout corrompu, a moins que la mortalite, enorme pendant le trajet 2, enorme apres l'arrivee, n<? serve de remede.
Ce dernier danger menace, non plus les affranchis, ni ies colons, ni les colonies, mais les engages eux-memes. Ils sont exposes, en Afrique ou dans Tlnde, a bien d'autres malheurs, s'il est vrai que Tappat du placement assure de la marchandise humaineressuscite la traite et la chasse aux esclaves ou le racolement des Indiens. Ce point de vue sera examine ailleurs.
En considerant ici exclusivement Tinleret colonial et la question del'emancipation des esclaves, on aboutit, en resume, a ces conclusions :
11 n'est pas exact que le desir d'introduire aux colonies des travailleurs nouveaux soit ne seulement le lendemain et par suite de "abolition de Tesclavage; il a ete conQU, exprime, realise, bien longtemps auparavant.
II n'est pas exact que Emancipation aitsupprime entitlement le travail et rendu cetle immigration absolu-
- En 1845, rimmigration de Maurice avail coute a la colonic 9,500,000 fr., au gouvernement 8,116,300 fr. La colonic devait encore a la metropole 7,119,550 fr. et avait 1,250,000 fr. par an a depenser pour de nouvclles introductions. Rev. col., 1846, p. 511.
1 Rev. col. 1844, p. 57.
merit necessaire. Le travail a etc ralenti autant a cause de la situation gencrale des affaires et de la situation speciale des propriety's eoloniales, qu'a cause du premier elan qui a pousse les affranchisa fuir le travail agricole, qui etait pour eux le signe de la servitude, et les habitations, qui en etaient le theatre.
11 n'est pas exact que ce ralenlissement de travail ait dure beaucoup plus que dans la metropole, ni qu'il augmenlc de plus en plus; car le chiffre des travailleurs et celui de la production prouventque le plus grand nombre des anciens ouvriers prend part au travail.
Mais il est vrai que le travail s'est deplace, que les metiers, la petite culture et enfin le vagabondage ont enleve beaucoup de bras a )a grande culture, que les af« franchis se sont defies du livret, des engagements, et de mesures qui leur rappelaient kur passe.
II est vrai que les salaires ont unpen augmente, qu'une plus grande augmentation est a craindre, que le prix des produits, particulierement du sucre, augmente d'abord, a«baisse ensuite; que la demande des consommateurs s'est beaucoup accrue; que les colonies ont eu besoin de bras nouveaux, sur quelques points, pour sauver les cultures, sur d'autres, pour les developper, sur tous pour diminuer, par la concurrence, le prix de revient. Ce besoin dure encore, et juslifie les mesures prises pour faciliter I'immigration.
Mais il est demontre que cet expedient, difficile, coiiteux, equivoque, est dangereux pour 1'avenir des societes eoloniales, et s'il n 'etait strictement limitc a la proportion necessaire pour retablir 1'equilibre entre la popu-
m ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.
lation et les eapitaux, il ferait des colonies ties Babels inhabitables, reunions de tons les sangs, de tous les cultes, de paganisme et de christianisme, de Cafres et de Chinois, d'Indiens et de Malgaches, vastes fabriques ou maitres et ouvriers n'auraient rien de plus presse que de s'exploiier reciproquement et de se fuir. Je ne puis supposer que d'ici a cent ans le nombre des Chinois, des indiens, ait centuple dans nos colonies, sans croire que le nombre des Europeens ait diminue d'autant. Se figure- t-on un Saint-Domingue peuple de coolies!
11 est encore demontreque Jcs meilleurs immigrants, ce sont les Africains.
Si les Africains sont la race qui s'assimile le mieux nos mo3urs et nos croyances, si c'est a cette race vigoureuse et soumise qu'apres beaucoup de tatonnements on en revient toujours, pourquoi done aller chercher bien loin des Africains plus brutaux et plus ignorants que les anciens esclaves? parce qu'on obtient des nouveaux arrives des engagements, un livret, des services forces, en un mot ce qu'on peut appeler un esclavage provisoire. Ne vaudrait-il pas mieux tenter aupres des affranchis, et surtout aupres de leurs enfants, qui n'ont pas les memos raisons de defiance, des demarches plus serieuses, les attirer et les retenir par de plus larges sacrifices et par de meilleurs procedes? On dit que le prejuge du noir affranchi c'est que la liberie est le droit a la paresse; n'est-ce pas aussi le prejuge, le parti pris des anciens maitres? A part d'intelligentes exceptions, qu'ont-ils fait pour diminuer dans la pratique la distance que la loi venait d'effacer entre les classes?
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Cela est certain, on a ete Lien plus preoceupe de remplacer les anciens esclaves que de chercher a les relenir* On a nomme des fonctionnaires pour proteger les immigrants et les surveiller; ces fonctionnaires font des rapports minutieux sur la vie, la nourriture, le travail, le bien-etre cleces nouveaux venus ; on est surpris qu'aucun patronage analogue n'ait ete organise pour les affranchis. Et pourtant on a ete de tout temps persuade que le negro creole etait bien superieur au negre africain \
« Les 24 millions de francs, dit tres-bien M. Duval, que la Reunion a depenses en huit ans pour faire venir des coolies de l'lnde, appliques en primes au travail et en elevation de gages, n'auraient certainement pas ete steriles... 11 conviendrait aussi de moaifier les moeurs locales, s'il en reste quelque vestige blessant pour la fieri e d'hommes qui, sans bien apprecier les conditions de la liberie, se savent fort bien ecbappes a Fesclavage. Dut-il en couter un sacrifice d'argent ou d'amour-propre, l'immense avantage de constituer une sociele homogene el de retenir dans le pays le montant des salaires vaut bien quelque peine. »
11 est un autre moyen de remplacer les bras, c'est de perfectionner reconomie et le materiel des cultures el des usines coloniales, d'emprunter aux fabricants de sucre indigene leurs procedes, et de diminuer les frais generaux par retablissement d1 usines centrales. L'usine centrale est a la plantation de cannes ce que le moulin est au champ de ble : un moulin sert a cent cultivateurs ;
1 Voir liotamnicnt les declarations des delegues des col-mies devant la ^oinniission de 1850, p. 109.
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jusqu'aux dernieres annees, ebaque planteur avait son usine. Le pcrfectionnement ties usines a fail la fortune de la Reunion. La Guadeloupe et la Martinique possedent des usines centrales dont les resultats sont admirables ; dapres les derniers comptes rendus1, on a porte le rendement de la canne de 5 a Jo pour 100, et on espere oblenir davantage. Les proprietaires qui ne font plus de sucre et vendent leurs eannes, nesont plus endettes, les fermiers des usines payent des loyers eleves et font de beaux benefices. En meine temps le nombre des machines et mecaniques importees, figure au tableau des douanes, chaque annee, pour un chiffre plus eleve2. A l'exposition de 1860, les sucres de la Reunion elaienlaussi beaux que les sucres raffines; ses cafes, va~ nines, tabaes, girofles, les cafes de la Guadeloupe et les colons de la Dcsirade, les eacaos, les rhums et tafias de la Martinique; prouvaient que les grandes et les petiles cultures elaient en progres5, etdes medailles accordees a d'anciens affranchis ont demontre que plusieurs n'avaient besoinque dela liberie pouregaler leurs maitres.
Attirer les anciens ouvriers en meme temps qu'on en recrute de nouveaux, revenir aux anciennes cultures, adopter les procedes nouveaux, et (nous allons le voir) elargir le marche, c'est l'avenir des colonies.
Appeler sans prudence des populations inferieures,
1 Hcvue ahjerienne et coloniale, septcmbrc 1800, p. 550.
- A la Martinique, on 1856, sur 542 habitations, G2 settlement possedaient des moulins a vapeur, landis qu'a la Reunion, 115 usines sur 118 eiiiient mucs par desappareils a vapeur ; la Reunion recevait pour 550,000 (r. de machines, la Martinique pour 40,000 fr., la Guadeloupe, pour- 50,000 fr.
* M. Jules Duval, journal des Debuts du Ojmllct 1800.
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s'cnteter a sacrifier an sucre des produits qui n'ont pas de rivaux en France, s'acharner a des tenlatives plus ou moins maladroites pour ressusciter un passe maudil, retomber dans les anciennes habitudes, chercher dans une traite deguisee, suivie d'une servitude provisoire, la meilleure organisation du travail, ce serait une voie pleine de honte, de deception, de peril.
A l'honneur des colons, il est jusle de dire que la plupart n hesitent pas entre les deux partis. « I/emancipation des esclaves, » dit un ternoin eclaire, « qui a porte momentanement aux colonies un coup si rude, doit elre pour elles, dans Tavenir, une source de resultats feconds et salutaires, en for^ant les habitants a sorlir de 1'apathie dans laquelle les entretenaient la facilite de la production et son faible prix de revient1. »
1 Etude sur la situation e'eonomique des Antilles frangaises, par J. de Crisonoy, 1860, p. 45.