LIVRE II
CHAHTRE PREMIER
L'ESCLAVAGE E.N AiSGLETERRE ET DAISS SES COLONIES JISQU'AU BILL ^EMANCIPATION DU 28 AOUT 1833.
L'histoire de Tesclavagese lie a Thistoire de FAngleterre par cinq dates memorables.
Ce que TAfrique est aujourd'hui, l'Angleterre le fut autrefois. Ce que les Anglais pensent aujourd'hui des Africains, les Romains le penserent autrefois des Anglais.
Cesar nous apprend que les Bretons sacrifiaient des vietimes humaines', Diodorede Sicileaffirme qu'ils mangeaient la chair huniaine2, Ciceron ecrit que le seul bu-
1 Caesar, Bell. Gall. L. VI, ch. 16.
2 Liv. V,ch.32.
7»52 AlinLlTlOX \)K I/KSOLWAf, K.
tin a rapporlor do cello lerro barbare, cofoiU dos enclaves abruuV, Slrabon racontc que ees esclaves etaient vcndus com me 1111 belail e! sou vent offerls sur les marches de Home4.
L'hisiorien Lingard, rapportant cos temoignages, pout ajouter : « Les sauvages do PAfrique vendent aux Europeans des negres pris a la guerre on a la chasse; plus barbares, les conqueranls de la Brelagne vendaientsans serupuleleurs compatriotesctmeme leurs propresenfants. »
A qui la Grande-Brelagne dut elle la disparition de cos abominablcs crimes? Au christianisne. A qui esl elle ivdevable desa conversion au christianisme?a un Pape et a des esclaves.
Au commencement du cinquieme siecle (405), un Irlandais nomme Cothraige, devenu esclave a seize ans, dans les Gaules, deux fois delivre, deux foisasservi, ful saint Patrick, I'apotre de Pfrlande. Un demi-siede apres (150), il frappait d'anatheme un petit roi de Brelagne, appele Carotic ou Caractacus, et ordonnait aux chretiens de ne plus boire ni manger avec un prince coupable d'avoir reduit en servitude des serviteurs et des servantes de Jesus-Christ a.
Le venerable Bede raconte4 qu'en 577, saint Gregoire
« Ad. ML I. IV, 16.
- Buxton, The slave trade. Introduction, p. 14, d'apres Henry, History of England, II, p. 225.
5 Ecclesiastical history of Ire' and, vol I, cli, \, \). M»r. England, Icllic VIII, 141.
4 Voy. le texte complet a YAppendice. V. aussi les Moines d' Occident, par le conite de Montalembert.
COi.OMKS A\(iLAISES. 555 le Grand, treizc ans avant d'etre pape, se promenait sur tin marche de Home. Au nombre des marchandises, il apergut des enfants a la peau blanche dont le gracieux visage etlcs cheveux blonds et boucles atlirerent ses regards. II demandade quel pays ilsvenaient: on lui apprit que leur patrie etait l'ile Brilannique. A une autre question sur leur religion, il fut reponduqu'ils ctaient pai'ens. « Quelle douleur ! s'ecria-t-iiensoupirant, de voir que le prince des tenebres domine sur des hommes au leint si lumineux, et qu'un front si gracieux couvre une a me entieremcnt privee de la grace ! — Quel est le nom de leur nation, dcmanda-t-il encore ? — lis sont Anglais, Angli. — C'est bien dit, car ils ressemblent a des anges, mif/eH, j'aimerais que les anges eussent au ciel de tels chretiens. Quel est le nom de leur province? — Deiri, — Cela signifie de ird eruti, arraches a la colere celeste, etappeles a la misericorde du Christ. Comment se nomme leur roi ? — Aella. — Alleluia, il faut que les louanges de Dieu soient chantees dans ces regions. » Au.ssilot apres cet ingenieux et charitable dialogue, Gregoire alia supplier le pape d'envoyer des missionnairesaux Angles, et il s'ot- 1'rit lui-meme pour leur porter la parole de Dieu. Le pontife le lui permit, mais les habitants de Rome ne voulurent pas le laisser entreprendre un voyage si lointain. Devenu pape en 580, il donna suite a son genereux projel, fit racheler de jeunesesclaves anglais qu'il placadans un monaslerc pour les preparer a devenir les missionnaires de leur patrie. Lours progres n'etaient pas assez rapides au gre de son impatience 11 envoya quarante missionnaires sous la conduite de saint Augustin. Arrives a
Aix en Provence, ce qu'ils entendirent raconler de la barbarie des rois de Pheptarehie les fit hesiler. lis cnvoyerent representee au pape les difficultes el Favortement probable d'une telle mission aupr6s d'un peuple feroce et dont ils n'entendaient meme pas la langue. II leur enjoignitdecontinuer, les recommanda aux eveques frangais, aux rois Theodoric et Theodebert. Quelques anneesaprfcs, Tile de Bretagne etait convertie1.
La servitude nedisparut pas imm&iiatement, mais elle s'adoucit rapidement au souffle de TEvangile preche en tons lieux par d'ardents mission nai res. Les vaincus s'assimilerent aux vainqueurs. L'humanite tempera la rage des combats. La propriete devint. plus sure, laviehumaine plussaeree. L'amour de la fraternite, la preuve del'egalite, Fidee de la liberte entrerent dans les ames, pendant que Teau du bapteme en repandait sur tous les fronts le mysterieux symbole. L'enfant et le serviteur trouverent dans la loi une protection jusqu'alors inconnue2. D'etonnants exemples ebranlerent les ames en frappant les yeux. L'ev&jue Wilfrid regoit du roi de Sussex Tile de Selsey avec 250 esclaves ; il les baptise et les affrancliit. Lanfranc obtiendra de Guillaume le Conquerant Interdiction de la traite en Irlande. Ainsi que dans le reste de Tunivers, Tfiglise ne rompt pas brusquement le lien de la servitude, mais elle Fuse ; elle n'impose pasaumaitre une contrainte qu'il aurait violee; elle ne precipite pas Tesclave dans une independance dont il aurait abuse
1 England, Letter IX on domestic slavery. Blakey, Temporal Benefit of Christianity.
1 Lingard, Ant. Antjlo-Saxon. England, loc. < it.
COLOMES ANGLAISES. r„r.
etsouffert; elle dit la verite ; elle montre la voie, elle enfante k la vie. Toulefois* la durete du caraclere saxont les invasions etrang&res et lesdesordres qu'elles entrainent, prolongerent l'existence de la servitude en Angleterre deux siecles de plus qu'en France, en Italie et en Allemagne1. La vente des esclaves a l'etrangerest proscribe en 1009, par le concile d'Aenham, convoque par le roi Ethelred sur les instances des archeveques Elfeag deCantorbery et Ulstan, archeveque d'York. La vente des esclaves a Tinterieur est solennellement condamnee par le concile de 1 102 , convoque par Henri Ier a la priere de saint Anselme2, ettenu soussa presidence, dans cetteville
de Londresou, sept cents ans apres, le I'arlement hesitera
devantla meme prohibition.
Dansun troisieme concile, celui d' Armagh, tenu2 sous
1 Moehler. Abolition de Vesclavage par le Chrislianisme dans les quinze premiers siecles , traduction par l'abbe de LaTreiche, ch. ix, p. 289, 290. et notes f>5, 54.
Cone. Achamense, 1. I, c. 77. « Sapicntes decernunt ut nemo cbristianum etinsonlem prelio tradat extra patriam. »
Concil.Lond. Hard., t. VI, p. II, p. 1865, 1. I, c. xxvii « Nequis iliud nefarium negotium, quo hactenus in Anglia solebant homines sicul bruta animalia venumdari deinceps ullatenus praesumat. »
- Ibid. Girald Cambreus. liibern. Expug., c. xxvm. «Convocato apud Ardmachiani totius Hibernise clero, et super advenarum in insulam .udventu tractato diulius et deliberate, landem communis omnium in l ac sententia rescdit propter peccata silicet populi sui, eoque pracipue quod Anglos olim, tam amercatoribusquajn apraedonibus et pii*atis,emere passim et in servitutem redigere consueverant. divine censura vindietae hostis incomniotlutn, ut et ipsi quoque et eadein gente in scrvitulem vice reciproca jam redigantur... Decretum est itaque in pnedicto concilio et cum universalis consensu publico statu turn, ut Angli ubique per insulam, servitutis vinculo mancipati, in pristinam revocentur libcrlaleui. »
s Remusat, Saint Anselme, p. 165.
ABOLITION I)E L'E SCLAV AGE.
Henri I1T les eveques irlandais proclament haulemcnl quo toutes les inforlunes de leur patrie sont la juste punition du crime perpetue de 1'esclavage, et affranchissent tous les Anglais eaptifs dans File.
La servitude est a peu pros disparue de PAngleterre, vers la fin du onzieme siecle, a Pepoque de la conquete des Normands1. Cinq cents ans apres, cette nation, affranchiede Peselavage, convertio par d'aneiens esclaves, parvenue au plus hau'degre de la puissance, ne rougira pas de reduire a son tour des hommes en servitude. Sur cet immense continent de PAmerique du Nord, qu'elle regoit de la Providence comme un don magnifique autant qu'inattendu, gagne a la metropole par ceux qu'elle proscrit, PAnglelerre, au dix-septieme siecle, imposera Peselavage. Au dix-huitieme siecle elleemploiera ses vaisseaux a transporter des esclaves; elle fera du monopole de ce transport l'objet de ses convoitises, et au moment du traite d'Utrecht, Tune des condition de la paix de PEurope. Par une convention du 20 mai 1715, comme sous le nom de traite de V Amnio 2, negocie par Jean, eveque de Bristol, et par lord Strafford, Sa Majeste britannique regoitde Sa Majeste catholique, pour trente ans, Pignoble privilege de transporter dans PAmerique espagnole 144,000 piccoi d'lnde, moyennant 55 piastres 1/5 par tete, et d'aulres nombreux avantages. Les deux rois se reservent un inleret dans Paffaire.
Ainsi, la race qui fut la premiere en Europe a souffrir de Pesclavago, la derniere a en sortir, devait elre la
1 Yanoski, De V Abolition de 1'esclavage au moyen age, Paris, i860. - Tratados, eic. |>:ir Alcjandcr tic Catilillon, Madrid. (Archives des affaires elranyeres )
COLONIES AN (I LAISES. 557
premiere a 1'imposer a d'aulres races, mais eniin la premiere a se relever. Elle avail du son affranehissement au christianisme, elle lui dutson repentir. C'est, on le sait, a l'heroique perseverance d'une poignee de Chretiens que revient tout l'honneur de l'abolition de la Iraite, en 1807, puis de l'esclavage en 1854. Avant d'etudier les resultats et l'influence de ces mesures sur les possessions brilanniques, exposons rapidement l'imposant tableau de la grandeur colon iale de la premiere puissance maritime du monde.
On sait que l'immense developpement des colonies anglaises ne remonte pas au dela des deux derniers siecles, tcmoins de la decroissance parallele de la grandeur coloniale de l'Espagne, de la Hollande, et, il faut bien ajouter, de la France.
La reine Elisabeth avait autorise, en 1578, sir Humphry Gilbert a occuper et a decouvrir des terres lointaines peuplees d'idolatres. Sir Walter Raleigh avait forme, en 1584, un etablissement dans la Virginie. Mais c'estseulement de Jacques Ier, de Charles Ier, avant la guerre civile, puis de Cromwell et de Charles II que date I'essor naissant et bientot immense des fondations de l'Angleterre au dela des mers.
Au commencement dei'annee 1860, deux fils de la reine d'Angleterre partaient, Tun pour inaugurer un pont sur le Saint-Laurent au Canada, l'autre pour poser la premiere pierre d'une jetee au cap de Bonne-Esperance, et leur pere, le prince Albert, se felicitait, dans un discours public, de cette grandeur incomparable d'une nation maitresse a la fois du norJ de 1'Amerique et du
midi de l'MVique. Le meme drapeau est plante on terre anglaise dans les plus vastes regions de TAsie et de T0ceanie. Un Anglais ne peut connaitre le territoire de sa patrie sans deployer en entier la carte du monde.
EnAsje, lesmarchandsqui, sousle nom deCompagnie des Indes Orientates, avait etabli des comptoirs a Bnntam (1602), aSurate (1612), surlacotede Coromandel 1640) et sur THougly (1656), se montrent peu a peu, avec 1'assentiment dela mere patrie, belliqueux et envahissanls; les comptoirs se changent en forteresses; les possessions s'agrandissent en provinces ; des soldats soul armes, des rois sont detrones, des peuples soumis ouachetes; le Mogol estenvahi (1687); Bombay, Madras, le Bengale deviennent des presidences anglaises. La Compagnie recoil des diartes, et ses entreprises font present a l'An- %Jekrre, en moins de soixante-quinze ans, de plus de i 50 millions de sujels.
En 1796, le colonel Stuart prend Ceylan aux Hollan-
dais.
Un demi-siecle apres (1845), la Chine est forcee de ceder Hong-Kong, en I860, le territoire de Coolon. En
1857, l'Europe Jaisse envahir sur la mer Rouge l'ilotde Perim, oecupe pour y batir, dit-on, un phare, mais plutot pour y loger un gardien des portes bientot ouvertes de TistlimedeSuez.
De nouvelles conquetes amenent dans Tlnde de nouvelles annexions. Ce grand empire, trouble par une rebellion qui n est point completement domptee, passe, en
1 858, des mains de la Compagnie au gouvernement direct de rfitat.
A force d'energie ou d'astuce, par les annes ou par la politique, et dansdes conditions diverses de prosperity ou d'agilation, d'attachement fidele oude fragilite, FAngleterre possede en resume dans cetteparlie du mondeune population de cenl soixante et onze millions d'habitants , une armee de trois cent mille hommes, un revenu de (juatorze cents millions, un commerce dont les eehanges
depassent un milliard et occupent pres de trente mille navires.
En Afkique , la Compagnie des Indes s'empare (1651) de Sainte-Helene, abandonnee par les Hollandais ; ses rochers seront le tombeau vivant du grand capitaine dont les triomphes et les revers viendronl un jour detruire , puis agrandir la puissance coloniale de l'Angleterre.
La Gambie, souillee par un Irafic d'esclaveS dont l'Angleterre et l'Espagne se par tageaient le profit, tombe de bnnqueroute en banqueroute, des mains de la Compagnie qui se livrait depuis 1715 a ce commerce infame, an* mains de la Gouronne (1821), deja mise en possession de la Cote d'Or (1772) par un traite avec la France, et de Sierra- Leone par un iraite avec les rois indigenes (1787).
1 Hevue coloniale, 1858, p. 820. Revue col., 1847, 17, p. 86. Chiffres
officiels de 1855 :
Superlicie. . 1,367,193 milles carres \
Population. . 174,859,055 Lab.
Armee.. . . 281,910 hom.
Revenu. . . 1,406,672,300 fr.
Importations.!
p„„ . J 1 milliard.
Navigation. . 26,000 navires jangeant de 5 it i millions «'e lot>
ucaiix.
* Le mille carre angkis vau 1,000 met ics carrcs.
360 AP.OLITION DE L'ESCL AVAGE.
Prise (1797), rendue( 1 799), puis reprise surles Hollandais (1805), la colonic du cap deBonne-Esperancedevient une possession importante a laquelle la Couronne, par dc simples declarations, annexe en 1844 Natal, eten 1847 laCafrerie, qui re(joivent (1848-1854), des gouverneurs distincts.
La plus belle de toutes les colonies de 1'Afrique, Pile Maurice, possedee par la France dont elle porta le nom pendant un sieclc (1710-1810), nous est enlevee par le general Abercombrie, et le traite de Paris ratifie celie eonquete (1814).,
Moins importantes que les colonies de PAsie, les huit colonies africaines donnent a l'Angleterre pres de 1 million de sujets. Environ 3,000 navires serventa un commerce qui excede 160 millions de francs.
L'Amerique du Nord, presque toule entiere, appartint a PAngleterre avant des'appartenir a elle-meme. Si elle a perdu cet immense et magnifique domaine, PAngleterre 4a conserve ou acquis dans cette partie du monde vhujlcinq colonies. Elle les doi* aPaudace aventureusc de ses enfants, comme la Barbade(l 605), les trois cents petites lies qui ferment le groupe de Bermudes (1611), Saint- Christophc (1 62 5) , Nevis (1 62 8) , Montserrat (1652), — ou alamainmise intelligentedeses rois,commeAntigoa, donnee par Charles Ier an comtede Carlisle; lescinquanteiles Vierges (1648), donnees par Charles II a sir William Stapleton; la Barbade, donnee a la famille Codrington moyennant un certain nombre de torlu.es (1684); labaied'Hudson, concedee au prince Bupert et a une compagnie de marchands par Charles II (1668-1 715); Pile de Vancou-
COLONIES AKGLAISKS. 561
vcr, annexee par la rcine Victoria (1849); le Nouveau- Brunswick (1785), los iles Falkland (1S55); — ou bien a ties conquetes plus ou moins loyales stir les Espagnols, comme la precieuseile de la Jamaique (1655), Tune dcs quatre grandes Antilles, la baie d 'Honduras (1714), Bahama (4J83), la Trinile(l797);— sur la Hollande et sur la France, comme la Guyane (1805), la Nouvelle-Eeosse (anciennc Acadie) , et le cap Breton (1714-1758), la terre a jamais regrettable du Canada (1759), File du Prince-Edouard , la Dominique, Saint-Vincent, la Grenade (1705), Tabago (1794), Sainte-Lucie (1815).
Les 25 colonies americaines figurent dans les statistiques officielles pour une population de 2 millions et demi d'habitants, et pour un commerce qui emploie 15,000 navires et eehange ia valeur de 800 millions.
Prises et reprises, plusieurs de ces colonies reviennent a leur premier possesseur, mais pour eUre encore bientot perdues, et cbacun des trailes funestes qui terminent nos grandes guerres, le traite d'Utrecht (1 713), le traite d'Aix-la-Chapelle (1748), le traite de Paris (J 763), enfin les traites de 1814 et de 1815, laissent tomber nos colonies comme une sorte de monnaie et d' appoint dans la main de PAngleterre; ils lui apportent et ils nous ravissent, pour de longs siecles peut-etre, Fempire des mers et le sceptre du monde.
Le dix-neuvieme siecle etait destine a ouvrir a FAngleterre une nouvelle partie du monde, et a continuer Fetonnante dissemination de la race saxonne sur la surface de la terre.
C'est la France qui a decouverl PAustralie; c'est
2f.2 A!M)| ITION I)E I/ESfiLAVAGE.
le Hollandais Tasman qui a decouvert 1 ile de Van- Diemen ; cYsl lWngleterre qui occupe, pcuple et po»sede cos vastes regions. De 1788 a 1840, elle envoio sur la role oriontale do l'Australie 80,000 condamnes et fonde Sydney. A la memo epoque, e!le retranehe la Nouvelle-Zelande aux Nouvelles-Galles du Sud, mais n'venvoie des colons qu'en 1814. En 1805, elle deporte des condamnes dans la Tasmanie et fonde Hobart-Town ; Tile de Norfolk est annexee en 1854; l'Auslralie occidenlale est oceupee cinq ansauparavant (1829) etla villede Perth s'eleve. L'Australie meridionaleest declaree (1854) colonic anglaise. el recoil pour chef-lieu la ville d1 Adelaide.
En mains d un quart desieele, sur eette terrc plus vaste que l'Europe, des villes sont fondees; des eglises, des ecoles repandent la civilisation morale; des chemins de fer s'offrentaux relations; un empire sort comme la Rome antique d un repaire de bandits, et TAngleterrey corapte 700,000 sujets, un budget de 80 millions, un mouvement de 4,000 navires, un commerce de 400 millions.
Mentionnons, pouretrecomplets, les colonies d'EuROPE : les iles qui gardent nos cotes <h la Manche, Gibraltar, qui pose sur TEspagneet protege honteusementle Maroc, Malte, les iles loniemies, dont le nom, la langue, les esprits, les voeux apparliennenta laGrece, tous ces posies qui ne sont pas des colonies, toules ces terres qui sont plutot les captives de la politique anglaise que les filles de son genie civilisateur.
Dansun discoursduSfevrier 1850, lord John Russell enumeraitainsi lesacquisilionscolonialesdelAngleterre, par ordre chronologique : de 4600a 1700, La Nouvelle-
COLON IKS ANCLAISES. 7)0"
Ecosse, leNouveau-Bi unswick, les iles du lYhice-Kdouard, Terre-Neuve, les Bermudes, la Jamaique, Honduras, Bahama, la Barbade, Antigoa, Montserrat, Saint-Christophe, Nevis, les iles Vierges, la Gambie, Sainte-Helene, seize colonies. — De 1700 a 1795, le Canada, Saint-Vincent, la Grenade, Tabago, La Dominique, Gibraltar, Sierra- Leone, la Cote d'Or, la Nouvelle-Galles du Sud, dix colonies. — De 1795 a 1815 : Sainte-Lucie, la Guvane, la Trinite, Malte, le Cap, la terre de Van-Diemen, Maurice, Cevlan, huh colonies.
Si Ton ajoute l'Australie occidentale et meridionale et les iles Falkland, c'est, sans compter Tempire des Indes, et apres la perle del'AmeriqueduNord, un total de trentesept colonies, acquisesen deux cent cinquante ans. A les reprendre dans Tordre geographique, ce sont :
En Asie, trois presidences, qui embrassent 84 royaurnes ou provinces d'uneetendue de 1 ,567,195 milles carres, avec 171 ,859,055 habitants; une lie et un port sur le lerritoire de la Chine;
En Afrique, six colonies continentales et deux iles ;
En Amerique, six colonies continentales, 2,480,526 habitants, et dix neuf iles.
En Australie, trois vastes colonies continentales et deux iles.
En totalite, un quart du monde civilise, peuple par pres de 200 millions d'hommes, fournissant a Tindustrie de la mere patrie des debouches pour une valeur actuelle de 1 milliard 500 millions, et a son commerce des transactions dont le chiffre depasse 1,600 millions,
56i ABOLITION DE L'ESC LAVAGE.
ct correspond a la navigation sur los mors de pirns do 100,000 bailments de toutes les nations1.
L'ensemble de toutes les depenses des colonics anglaises, non coinpris l'lnde, est de 220,985,000 francs, savoir :
Depenses locales des colonies a legislature. . 69,705,000 Depenses locales des colonies de la Conronne. 62,520,000 Depenses d'Etat on de souverainete* 88,958,000 fr.
Total. . 220,985,000 Les recettes sont de 117,904,000 fr., savoir :
Pour 1'Etat » »
Pour les colonies a legislature. . . . 72,425,000 fi. Pour les colonies de la Conronne. . 45,481,000
Total. . 117,904,000
L'excedant des depenses sur les recettes est done de 105,079,000 francs.
Au point de vue de Tadministration, les colonies sont divisees en stations militaires el maritimes, etablissements et colonies, etablissements penitentiaires.
1 Statistical Tables relating to the colonial and other possessions of the united kingdom, 1856.
Revue col., 1857,85 ; 1858, 833. Colonial Constitutions, par M. Mills. Vovez aussi les Tableaux de M. Montgoinerv-Martin et de M. Porter, a la suite du rapport de M. Jules Lechevalier.
2 Depenses militaires : 75,085,000 fr.
Depenses civiles : 12,485,000 Depenses maritimes: 1,595,000
ChifY'res officiels do Texercice 1851-1852. Rev. col. 1854, 505.
COLONIES ANGLAISES. 36r>
A un point de vue plus special , elles sont divisees en colonies a legislature et colonies de la Couronne1.
Les colonies a legislature sont : Antigoa, Bahama, la Barbade, laGuyane, les Bermudes, le Canada, la Dominique, la Grenade, la Jamaique, Honduras, Montserrat, Nevis, Terre-Neuve, laNouvelle-Ecosse, leNouveau-Brunswick, la Nouvelle-Galles, Tile du Prince-Edouard,Saint- Christophe, Saint- Vincent , Tabago, les iles Vierges, Victoria.
1 On a (lit : ("est ledespotisme quiestnouveau.. la liberie est ancienue. Ce mot s'appliqueexaetement au regime des colonies anglaises. Nouveau dementi a eette theorie de Vhistoire qui cnnsidere la liberie comme un fruit lentement muri sur la forte tige du pouvoir absolu! Lorsque le roi d'Angleterre donna la Barbade au comte de Carlisle, en 1627, il Pautorisa ainsi que ses heritiers a rediger les loisquils jugeront utiles, avec le consentement, Tassentiment et Tapprobation des habitants libresde ladite province ou de la majoriie d'entre eux... « Nous voulons en outre, ajoutela patente, par une concession souveraine qui engagera nos heritiers et successeurs, que tous les habitants de ladite province, eux et leurs enfants m's ou a naitre, jouissent de la meme liberie que slls etaient nes en Anglctcrre; de telle faeon qu its puissent recevoir, prendre, garder, acheter, posseder, donner, vendre, Icgucr, selon leur bon plaisir, et aussi jouir hbnnient de toules les libertes, franchises e! privileges dout jouissent nos sujels en Angleterre sans empechement, molestation, vexation, dommages ou troubles de notre part et de Ja part de nos heritiers et successeurs. »
Qui assure ainsi la liberie a la Barbade? (Test Charles Ier. Cromwell avait <lonne un gouvernement militaire a la Jamaique; elle recut un gouverncment constilutionnel des mains de Charles 11, et cc furent les conseiliers du roi Jacques II qui s'opposerent a ce qu'aucune contribution y fut imposee sans le consentement des habitants ou sans un acte du Parlement. Les monies libertes furent assurees a la Grenade en 1763 *. Rois infortunes, que n'ont ils aime la liberte dans les iles Britanniques autant que dans les iles des Antilles!
Mais depuis lors, les colonies acquises conservcrent les institutions cspa gnoles, hoiiandaises ou francaises, par lesquelles elles etaient regies, et furent considerees comme relevant directement de la Couronne.
* Lord John Russell, discours cite.
r>N*> ABOLITION DE L'KSCL.WAGK.
Les colonies r/tf la Conromie »ont : le Cap, Ceylan, les lies Falkland, la Gamble, Gibraltar, la Cote-d'Qr, Hon- Kong, Labuan, Malte, Maurice, Natal, la Nouvelle-Zelande, Sainte-IIelene, Sainte-Lucie, Sierra-Leone, la Trinite, l'Australic meridionale et occidental, la lerre de Yan-Diemen.
Parmi ces possessions, les unes etaient des colonies mns esclaves, les autres des colonies d esclaves. Citons, pour ne plus etudier qu'elles seules, les colonies qui avaient des esclaves avant 1834.
Elles etaient au nombre de dix-neuf : Antigoa, la Barbade, Montserrat, Nevis, Saint-Christophe, Tortola, Anguille, Bahama, les Bermudes, colonies de fondation anglaise ;
Dominique, Grenade, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Tabago, Maurice, colonies conquises sur la France;
La Jamaique, la Trinite, Honduras, conquises sur I'Espagne ;
La Guyane et le cap de Bonne-Esperance, conquises sur la Hollande.
Treize1 etaient des colonies a legislature; six2 des colonies de la Couronne.
Toutes ces colonies possedaient, au commencement de ce siecle, pres de 800,000 esclaves5, possedes par
1 Antigoa, Bahama, Barhabe, Bermudes, Dominique, Grenade, Jamaique, Montserrat, Nevis, Saint-Christophe, Saint-Vincent, Tabago, iles Vierges, - Trinite, Cap, Ginane, Honduras, Maurice, Sainte-Lucie.
5 Jamaique. ........ 311,070
Trinite 20,757
Tabago 1 i ,589