CHAPITRE VII
\A FORCE MILITA1RE.
Le respect des lois est un sentiment qui appartient aux socieles civilisees, la crainle de la force est le seul frein des nations peu developpees. On congoit done que le gouvernement n'ait pas envoye aux nouveaux affranchis des lois qu'ils n'auraient pas comprises, mais on suppose qu'il leur a envoye des gendarmes. L'emancipation n'a pas exige des lois exceptionelles, mais peutetre a-t-elle demande Temploi de forces exceptionnellcs? peut-elre la securite n'est-elle que le resultat fragile d'une intimidation continue?
Dans ce rapport de 1840, auquel il faut toujours revenir, M. de Broglie examine quelles forces rcclamera le maintien de 1'ordre publie dans chaque eolonie, au moment ou Temancipation sera proclamee, apres unc lente preparation; il no doute pas que cc grand evene-
COLONIES FRA\gAISES. 129
ment n'ait pour condition une augmentation des garnisons. Qu'eut-il doncdemande s'il avaitpu prevoir qu'il serait la suite immediate d'une revolution?
Comparons 1'effectif des garnisons en 1840aveccelui qui figure au budget des colonies pour \ 861 *.
A la Martinique, i! y avait en 1840 3,026 hommes, savoir :
Troupe de ligne 2,512
Gendarmerie <I4S
Ai tillerie et ouvriers J. 366
Tt&KhJ .... 5,026
La commission demandait* :
500 gendarmes
500 chasseurs de montagne.
En 1860,1a garnison n'est que de 1,384 hommes, savoir :
8 compagnies d'infanterie a J to hom-
mes, et leur etat major, soit. . .
Gendarmes a cheval. . ■ .
Gendarmes a pied. . . | . . .
2 compagnies d'artillcrie, \' . . .
Ouvriers ...
Total. , . . .
1 Ges chiffres ne comprennent pas la garnison des places, le servic e dn sante et les milices.
8 Page 78.
5 Budget, p. 106.
A la Guadeloupe, il y avail, en 1840, 2,012 hommes,
savoir :
1 regiment d'infanterie 2,512
4 compagnie de gendarmerie. . . 148
2 compagnies, artillcrie et ouvriers. . 252
Totai 2,912
La commission1 demandait une compagnie de gendarmerie a pied et une 5e compagnie d'artillerie. Le budget de 1861 \ etablit l'effectif a 1 ,584 hommes,
comme a la Martinique, savoir :
Ligne 96-4
Gendarmes 1 66
Artillerie et ouvriers 254
Total 1,584
A quoi s'ajoutent 150 hommes de troupes indigenes. A la Guyane, il y avait en 1840 :
985 hommes, savoir : 4 bataillon d'infanterie et une compagnie noire. . 868 4/2 compagnie d'artillerie et ouvriers. 67 1/2 compagnie de gendarmerie. . . 50
La commission de 1840 trouvait cette garnison, recemment augmentec, suffisanfe.
En I8G0, la garnison, ycompris celle dupenitencier,
1 Rapport, p. 70.
- Budget, p. 111.
COLONIES FRANQAISES. 13!
qui renferme 4,000 condamnes, eslde 1,552 hommes, savoir :
Infunterie et mirs 808
Artilleiii 70
Gendarmerie , . . 1 77
Totai 1,5~>2
A la Reunion, la garnison, en 1840, etait de 1,719 hommes, savoir :
12 compagnics d'inf.intcric. . . . 1,412
1 compagnie et demie d'artilleiie, . 156
\ /2 compagnie d'ouvriers 51
1 compagniede gendarmerie a cheviil. 1 00 .
Total 1,719
La commission se eontentait aussi de cette garnison,
doublee dans les deux annees precedentes.
En 1860, elle se compose seulement de 691 hommes, savoir :
k compagnies d'infanterie. . . . 480
1 compagnie d'artillerie 71
1 detachement douvriers 34
Gendarmes. 106
Total 691
M. de Broglie, en evaluant a 5,526,000 francs la depense de premier etablissement necessaire a cette augmentation de la force armee, ajoutait ces paroles significatives1 :
1 Rapport, p. 79.
132 ABOLITION DE LESCLAVAGti.
c< Cette somme ne constitue pas une depense propre a l^emancipation; il faut augmenter !a force armee dans toutes les hypotheses; le maintien de Tesclavageexigerait desormais autant de precautions pour le moinsque letablissement de la liberte. »
II avait raison. 8,642 soldats ne suffisaient pas a garder 249,408 esclaves meles a 120,472 maitres ou affranchis. 4,791 soldats tiennent en paix 400,000 homines libres.