‹ L'abolition de la misère par l'élévation des salairesChapitre 10 sur 25 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

« Sur 1,717 lemmes visitées, on compte 996 célibataires et 451 leraracs mariées; les autres sont des veuves ou des filles qui vivent maritalement; celles des deux dernières catégories sont au nombre 4^ 132.

« Parmi les en {ans, il y en a 483 légitimes, î,137 naturels.

« Sur 1,040 enfans, 621 ont étc mis en nourrice, tandis que 419 seulement ont été nourris pav leurs mères.

« On n'a pu obtenir de renseignements sur 577 autres, dont les mères ont quitté Paris uu ont changé furtivement de demeure.

« 11 n'a été réellement trouvé à domicile que 874 femmes, mais il a été recueilli des renseignemens sur 1,040.

t( On n'a donc [iu établir, pour la mortalité des enfans, de proportion que sur 1,040 d'entre eux.

« Le nombre des décès ayant été del98,ctstnK>insdel sur51i4Xl9sur 100).

« Ce résultat est satisfaisant; il permet d'espérer que les femmes qui ont

gardé leurs enfans ou qui en prennent soin, obtiendront des chances de conservation plus favorables pour Tavenlr, que nos nourrices de campagne auxquelles les enfans de Thospice sont confiés.

« Si la mortalité est considérable à rhospii;e, elle est plus forte encore à la campagne.

« D'après les états annexés à ce rapport, 112,625 enfans ont été apportés à 'hospice, depuis 1816 jusqu'en 1837, c'est-à-dire pendant vingt-deux ans.

(( Sur ce nombre,

30,055 sont morts dans l'hospice, 55,631 sont morts à la campagne.

« La.conservation n'a donc été que de 26,939, et la mort a frappé plus des trois quarts dos enfans (76 sur 100). b^s tables de la mortalité en France foÏÏt connrulie que sur 100 enfans, 46 succombent avant l'âge de 12 ans. La nioitalité de nos enfins trouvés est donc jilus forte de 30 pour 100 que colle des enfans de toute la France. » [Rapport du conseil général des hospices.)

HEMACLE, inspecteur général honoraire des établïssemens de bienfaisance : « Des relevés parliciiiiers, malheureusement encore trop rares , mais qui se généraliseront, prouvent que les enfans pauvres qui auraient été mis au tour, s'il avait été ouvert, et que leurs mères ont gardés avec les secours que la charité publique ne refuse à aucune misère, o.^it trouvé auprès de leurs mères des chances de vie supérieures de moitié à celles que l'hospice leur eût laissées.

« Contrairement à l'opinion comminie, si le nurabre des infanticides s'est accru de 1825 à 1844 dans une proportion affligeante, sans doutfe, mais qui, après tout, n'est que celle des autres crimes contre les personnes, ce ne sont pas les départcmens dans lesquels les tours ont été supprimés qui ont le plus con • tribué à ce résultat, ce sont les autres. » [Rapport au ministre de l'intérieur.)

DE GÉiîANDO : « Les motifs qui poussent une mère à commettre le crime d'infanticide sont des motifs d'une nature toute spéciale, sur laquelle l'existence ou la non existPiice des tours destinés aux enfans trouvés ne peuvent exercer aucune influence. »

cuREL, préfet des Hautes-Alpes : « Quand les enfans ne meurent pas dans les premiers jours de leur arrivée à l'hospice, il faut les envoyer en nourrice, et le plus tôt est le meilleur. Mais où trouver des nourrices pour un si grand nombre, quand les familles riches sont souvent embarrassées pour en trouver une seule'? On est obligé de recourir à des meneurs, espèces de courtiers qui parcourent les campagnes, dem;indent aux plus pauvres des jeunes femmes si elles veulent prendre à leur charge un enfant trouvé, moyennant la faible rétribution que l'hospice donne. S'il était permis d'être rigoureux, les trois quarts de

celles qui viennent se faire visiter devraient être refusées Mais il n'y a pas

à opter : on prend celles qui se présentent, parce qu'il n'y en a pas d'autres. Et vous vous étonnez que les trnis cinquièmes des enfans meurent dans la première année de len'r vie! S'il fallait s'étonner de quelque chose, c'est du nombre de ceux qui survivent.

« L'expérience et tous les docuraens que l'on peut consulter ont mis aujourd'hui entièrement iiors de doutf cette vérité importante que la suppression des tours est sans influence sur les infanticides. J'im fournirai également une preuve éclatante jtour le deparlfiment des Hautes-Alpes.

« L'empire que i'npinion exerce dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, est une usurpation en même temps qu'un mal; c'est un pouvoir difticile à restreindre, j'en coliviens, mais il faut cependant s'attacher à l'affaiblir. Le progrès dans le bien ne s'obtient pas sans lutte; et si l'on ne peut parvenir à le rendre sensible, on empêche au moins le mal de s'aggraver, ce qui est déjà un bien. » [Question des enfans trouvés.)

MARBEAU, ancien adjoint au maire du l" arrondissement : a Un enfant est exposé; deux ou trois jours après, il part avec sa nourrice, qui le porte à trente ou

quarante lieues. 11 est soigné de telle manière que, dès la première année, il en meurt 42, 50 et parfois 60 sur 100 Ceiui qui survit est confié, après le sevrage, à de pauvres g'Mis, moyennant 4, o ou 6 francs par mois. On trafique sur lui, on Texploite, on lui fait produire le plus possible. Au lieu de l'envoyer à Tccole, où il ne gagnerait pas un ccKtime, on le dresse à mendier, à marauder; les enfans de son âge le méprisent, le maltraitent; sans parens, sans affection, sans éducation, n'ayant appris qu'à mépriser les hommes, qu'à détester la société, que peul-il être à douze ans? A cet âge, lorsqu'il est en état de gagner de quoi • embourser à la société les avances qu'elle a dû faire pour lui, nous l'abandonnons.

« Un manufacturier philanthrope de Melun voulut employer dans sa filature une centaine d'enfans abandonnés; ils brisaient tout, et ne faisaient que du mal; ceux qui vont à l'armée, à la imM-, sont généralement de mauvais soldats et de mauvais matelots. Un gendarme disait : « Sur trois vauriens que j'arrête, il y a presquertoujours un enfant trouvé. » Bordeaux se réjouissait d'avoir passé quelques dnuées sans exécution capitale; un .pjur, le terrible appareil est dressé, pour qui? pour un enfant trouvé. Le bagne a 15 enfans abandonnés sur lOf forçats; il ne devrait en avoir que 2 ou o, mais la chance du crime est sextuple pour eux. Sur 4 abandonnés, 3 meurent avant l'âge de douze ans, et le quatrième semble voué au mal. Et nous dépensons, chaque année, plus de 10 millions pour a-boutir à un tel résultat!

« Ajoutez ce que 600,000 individus prélèvent sur nous, en aumônes, en rapines, en frais de ju-stice criminelle ; ajoutez ce qu'ils font dépenser, et dans les prisons, ("t dans les bagnes; ajoutez le mal qu'ils font par leur contact; vods comprendrez combien il importe au bonheur social, 1° d,'en diminutc le nombre; 2" de les mieux élever; 3° de rnie-ux lirar parti de leur tcrce et de leur intelligence. » {Mémoire sur les enfans abandonnés, lu à l'Académie des Sciences morales et politiques.)

A. DE MELUN : «^n vai'H les hospices, dans leur détresse, s'adressent-ils aux communes, au département, à l'État, chacun repousse la responsabilité et l'obligation de la dette, et les hospices sont quelquefois forcés de vendre des rentes 'lU des terres pour faire honneur à leurs engagemens. Les conséquences d'un pareil système retombent sur la santé des pauvres enfans, victimes de Vextrême pénurie des hospices, qui sort forcés de désobéir aux prescriptions des ordonnances et d'économiser sur les langes et les plus indispensables uêtemens. »

{Rapport et projet de loi sur les enfans trouvés, abandonnés et orphelins, présenté au nom de la Commission d'assistance publique. 22 mars 1 850.)

Prime indirecte donnée à l'abandon des enfans et aux suppressions d'état par l'inslitution et la nuiltipHcation des tours;

Par suite de cette prime, ^ 3,000 enfans voués à une mort certaine dans les dotize [iremiers mois de ieur naissance, pour en sauver \ ou 2dHm péril imaginaire: l'infanticide en sus de la proportion moyenne constatée ;

Manque presque absolu de soins suffisans, soit de la part des liospices, soit de la part des nourrices;

Plus de 1 décès à l'hospice sur 3 enfans trouvés, lorsque la proportion n'est que de 1 sur 5 1/4 pour les mêmes enfans conservés par leurs mères ;

Mortalité des enfans trouvés plus forte de 30 0/0 que celle des enfans de toute la France;

Moyenne de la vie des enfans trouvés ne dépassant pab quatre années ;

Constitution des enfans trouvés si débile etsicliétiveque peu de gar-

— leçons sont en état de satisfaire aux conditions exigées par la loi du recrutement;

Tutelle complètement abandonnée dans 61 départements sur 86;

La grande majorité des filles sans mères vouées à la prostitution;

Sur 400 forçats, i5 enfans trouvés, lorsque la proportioii ne devrait pas dépasser 3 ;

Sur 50 individus, 1 enfant trouvé, proportion qui s'élèverait à 4 sur 30, si la mortalité était égale entre les enfans recueillis par les hospices et les enfans gardés par leurs parens;

Tels sont "les faits significatifs qui résultent des divers témoignage? qui {)récèdent, et qui me donnent le droit de vous dire : La preuve évidente que vous ne les avez pas même interrogés, c'est votre con-, clusion condamnée par l'expérience, conclusion qui n'est pas même la vôtre, car vous l'avez empruntée à M. de Lamartine, sans autre garantie qu'une contre-enquête (mai 1839) eniièren^icnt dénuée de renseignemcns précis et d'autorités suffisantes.

Rétablir les tours qui ont été supprimés, voilà lout ce que vous avez aperçu et trouvé au fond de la question qui, dans l'ordre de votre rapport, s'est présentée la première, parce qu'en effet elle est fondamentale.

Quelle question cependant était plus grave, plus délicate, méritait un examen plus approfondi, et commandait des recherches plus laborieuses en remontant de l'effet à la cause! A quel examen vous êtesvous livré? Quelles recherches avez- vous faites?

Vous êles-vous demandé si le mariage, tel que la loi civile l'a réglé, en France, était ce qu'il devait être?

Avez-vous pesé s'il valait mieux que la recherche de la paternité continuât d'être interdite en France, ou qu'elle y fût permise, ainsi qu'elle l'est en Angleterre, en Allemagne, en Suisse?

Avez-vous médité sur ces chiffres que tout homme qui aspire à gouverner la France doit avoir constamment sous les yeux : — sur 13 enfans qui naissent, 42 passant \)ourJégitmes , 4 réputé naturel; sut 50 individus, 4 enfant trouvé?

Devant Dieu et devant la Nature, il n'existe point de différence entre l'enfant dit légitime, et l'enfant dit naturel; vous êtes-vous recueilli pour savoir s'il était juste, nécessaire, utile qu'il en existât une, arbitrairement créée devant la Loi et devant la Société?

Êtes-vous remonté dçs effets de la prostitution à ses causes, pour les combattre et les détruire, ainsi que Jenner est parvenu, parla vaccine, à combattre et détruire la variole qui frappait de laideur ceux qu'elle ne frappait pas de mort? *

Avez-vous étudié la Commune telle qu'elle existe, pour savoir s'il ne serait pas possible de la réorganiser de telle sorte que ce fût elle qui

— Î7 — servît à arrêter d'abord, et à tarir enfin le cours de la misère, de la prostitution et des en fans trouvés?

Non, vous ne vous êtes posé aucune de ces questions!

Malthus sans audace, et Vincent de Paul sans foi, vous vous êtes arrêté au bord de l'abîme; vous avez détourné les yeux pour n'en -pas voir la profondeur; vous avez craint que le vertige ne vous prît; vous vous êtes rejeté en arrière de quinze ans, et vous avez dit : — « Il faut « rétablir les tours que dans une bonne intention on a voulu suppri- « mer. »

Homme qui avez la prétention d'être pratique, vous avez renié l'expérience !

J'ai dit ce que vous proposiez; quand j'aurai terminé l'examen de votre rapport, je dirai comment je comprends que les tours doivent être tous fermés, non par l'effet d'une loi spéciale qui les supprime, mais par l'effet d'une loi générale qui les rende désormais absolument inutiles.

Des Crèches et des Salles d'asile.

u Les crèches rentrent dans la catégorie de ces institutions de charité que ïextrême misère rend indispensables, mais ■^ qu'accorapagneiU toujours des inconvéniens moraux. Les crè-

ches permettent à la mère ue famille d'aller gagner un salaire nécessaire; mais, en facilitant son travail hors de la maison, elles portent atteinte à la vie intérieure. Les salles d'asile elles-mêmes ne sont pas complètement exemptes de ce reproche. Il faut veiller sur ces inléressans établissemens; il faut les améliorer, mais les maintenir strictement dans les limites de la nécessité. Ils sont, par leur nature, destinés à se restreindre en même temps que s'augmente le bieu-élre général. Plus il sera permis à la mère d'être chez elle, moins l'État devra la sup- ■ piéer par des soins étrangers. »

CARNOT, ministre de t'inslruetion publique. Mai 1848.

J'ai 'dit que vos conclusions aboutissaient, pour l'enfance, au communisme; c'est ce qui résulte des éloges entliousiastes que , dans votre rapport, vous prodiguez aux Crèches et aux Salles d'asile.

Des crèches, vous dites : >

« Dans ces dernières années, une invention des plus ingénieuses et des plus touchantes, sous le titre de crèches et de salles d'asile, a institué des lieux pour y recueillir l'enfance, depuis Tàge le plus tendre jusqu'à Tàge de Técole, et suppléer ai«isi aux soins jo la mère, obligée d'aller travailler loin de son enfant, pour gagner la vie de cet enfant et la sienne. C'était, la seule institution peutêtre que l'humanité et la religion des temps antérieurs n'eussent pas encore s&ngè d créer. Jusque-là, l'enfant, vivant dans les rues des villages et des villes, quelquefois suspendu dans ses langes au tnilieu de la ferme abandonnée, était exposé à la corruption, au vagabondage, souvent même aux animaux malfaisans.

Que parlez-vous de services rendus par les crèches à l'enfant exposé

— 18' — aux animaux malfaisans, dans « les fermes abandonnées] » Où donc avezvous vu qu'il existât des crèches dans les campagnes? Il est évident que vous îie vous êtes pas rendu compte de la difficulté des distances, quand il faut porter le matin un enfant à la crèche, et aller l'y reprendre le soir, difficulté si grande et presque insurmontable même dans les villes.

Les éloges que vous prodiguez aux crèches ne sont pas d'accord avec s les conclusions du rapport déposé le 27 décembre 1849, par M. Lepel- ' letier-d'Aulnay, au nom du Conseil de surveillance de l'administration générale de l'assistance publique, chargé, à la demande de M. le ministre de l'intérieur, par M. le préfet de la Seine, d'émettre son avis sur la nécessité de reconnaître la Société des crèches du département de la Seine comme institution d'utilité publique.

Voici, après six mois d'études et de réflexions, les conclusions de ce conseil, qui avait nommé pour commissaires : MM, Monod, Riancey et Lepelletier-d'Aulnay, ce dernier rapporteur :

« Il n'y a pas lieu, quant à présent, de reconnaître la Société des Crèches comme établissement d'utilité publiaue, par les raisons suivantes :

« 1" Les locaux des crèches sont mal choisis et malsains;

« 2° Les soins donnés aux enfans sont insulfisans ;

«. 3" La mortalité y nst plus grande qu'à domicile ;

<c 4° La croche materialis3 le sentiment maternel;

« 5° L'éloignement des crèches est un obstacle ;

« 6" La crèche dégage ia mère légitime du premier de ses devoirs ;

« 7° La crèche tend a faire naître dans l'esprit de la classe pauvre cette pensée aride que l'aumône est une humiliation pour celui qui la reçoit;

« 8° Il faudrait 15 millions pour élever soixante mille enfans ;

u 9" Les secours à domicile aux mères nourrices sont plus désirables, plus efficaces et plus rationnels;

« 10° Une institution qui touche si directement à la conservation de l'espèce humaine ne peut rester indépendante, en dehors de l'autorité municipale;

« 11° Enfin, la Société des Crèches, étant reconnue établissement d'utilité publique, deviendrait une nouvelle branche indépendante et rivale de l'assistance offieieilc. »

L'institution des crèches ne mérite ni vos éloges, peut-être exagérés, ni les critiques, certainement excessives, de M. Lepellelier-d'Aidnay, La vérité, sur elles, ne me paraît avoir été dite, dans une juste mesure, que par M. Carnot; c'est pourquoi j'ai choisi de préférence ses paroles pour me servir d'épigraphe. M. Carnot a raison, deux fois raison. D'abord il est incontestable que « les crèches portent atteinte à la vie intérieure; » ensuite, il n'est pas moins incontestable « que plus il sera permis à la mère d'être chez elle, moins l'Etat devra la suppléer par des soins étrangers. »

Plus d'un lecteur, assurément, se'ra tenté de m'accuser de méprise et croira que j'ai attribué à M. Thiers, membre de la Majorité, l'opinion de M. Carnot, membre de l'Opposition, et à M. Carnot l'opinion de M. Thiers. De la part du lecteur, je me h^e de l'en prévenir, ce juge-

ment serait un jugement téméraire. D" abord j'affirme qu'il n'y a pas d'erreur dans mes deux citatioiis; puis j'ajoute que Finconséquence n'est qu'apparente de votre part.

'Dès que.vous admettez et proclamez que « la misère est la condition « 'inévitable de Vhomme dans le plafi général des choses, » sous peine de révolution terrible, force vous est de reconnaître et de déclarer « qu'il ndoit y avoir une bienfaisance publique comme il y a une bienfaisance , il privée, car, vous le dites, ce n'est pas trop^des deux pour soulager la \ «misère, tant particulière que générale, existant inévitablement dans j « toute société même riche et civilisée. »

Mais où conduit votre affirmation si tranchante? Elle conduit, on le voit, à développer le germe du communisme de la manière la plus dangereuse, en perpétuant l'antagonisme entre deux classes inégales en force : celle composée des enfans qui naissent comblés des dons de la fortune, et celle coniposée des enfans qui naissent condamnés aux • privations de la misère, et en leur inoculant dès le berceau cet esprit d'antagonisme. Cependant, au point de vue de la pacification gociale, quels sont les enfans qui auraient le plus besoin d'être étroitement et de bonne heure rattachés à la société par les liens de la famille? — Ne sont-ce pas ceux de la classe la plus nombreuse? ne sont-ce pas ceux que la crèche et la salle d'asile accoutument, dès le premier cri de souffrance qu'ils jettent, à se passer de mère et à vivre des journées tout entières éloignés du foyer domestique? Au contraire, quels ïont les enfans qui, de préférence, auraient besoin d'apprendre, dès letu' plus jeune âge, le rude apprentissage de la vie commune? Ne sont-ce pas ceux de la classe la moins nonibreuse, ne sont-ce pas ceux précisément qui n'entreront jamais ni dans la crèche ni dans la salle d'asile, pas même po#' les visiter? Ainsi, par cette éducation de naturt^opposée, s'élargit encore chaque jour de plus en plus, au lieu de se rétrécir, l'abîme entre les deux classes, l'une que tout concourt à rendre compacte, rude et brave, l'autre que tout concourt h entretenir dans l'isolement, la mollesse et la peur. Il faut opter : — ou pour tous également l'éducation de la famille, ou pour tous également l'éducation de la vie commune. Vous habituez l'enfant du-pauvre, dès qu'il est né, à ne connaître de l'existence que la vie commune, et puis vous vous récriez contre le progrès que font, dans l'esprit de la classe nom- î breuse, laborieuse et souffrante, les tendances et les idées commu- ' nistes! Est-ce raisonnable? Comment pourrait-il en être autrement? Qui sème du seigle ne saurait s'attendre à récolter du froment.

Ces observations, qui s'appliquent aux crèches, s'appliquent également aux salles d'asile, car ces deux institutions dérivent du même ordre de choses. De toutes les institutions que vous louez et que vous récapitulez si complaisanimenten ces termes : Enfans trouvés. Sociétés

de Charité maternelle. Bureaux de nourrices, Crèches, Salles d'asile. Fixation des heures de travail pour les enfans. Sociétés de patronage. Colonies pénitentiaires et agricoles. Hospice des Sourds- A/uets et des Jeunes-Aveugles, et qui ont l'enfance et l'adolescence pour objet; les seules qui, dans ma pensée, doivent être conservées, et, s'il est possible, étendues, perfectionnées, ce sont les établissemens spéciaux destinés, les uns aux aveugles, et les autres aux sourds-muets.

Après avoir dit :

« Tous cps genres de prévoyance anciens ou récens embrassent dans leur ensemble fenfance tout entière. Nous sommes donc fondés à dire que pour cet âge le zèle des particuliers et de l'État n'avait rien laissé à inventer. »

Vous ajoutez avec satisfaction, en terminant le paragraphe consacré à l'enfance et à l'adolescence :

tt Si on ne sort pas des vrais principes sociaux, on ne pourra imaginer d'autres manières d<i venir au secours de l'enfance que celles que nous avons indiquées. »

Amère dérision !

On a, vu, en effet, combien étaient efficaces ces manières de venir au secours de l'enfance!

On a vu ce qu'elle produisaient :

1 enfant trouvé sur 50 individus.

De 50 à 66 enfans-trouvés, mourant faute de soins suffisans, dans la première année de leur naissance.

Sur iOO forçats, 15 enfans trouvés.

Le plus grand nombre des filles nées sans parens vouées à la plus hideuse prostitution.

Deux éducations rivales opérant l'une et l'autre à contre-sens : celle-ci donnée aux riches dans le sein de la famille, et celle-là donnée aux pauvi^s dans la crèche et dans la salle d'asile.

Des Bureaux de nourrices.

« On se plaint généralement, dans l'intérêt des familles el dans celui de l'Etat, qu'un service aussi important ne soit l'objet d'aucune surveillance, et que les enfans soient pour ainsi dire livrés sans défense, sans protection, à des femmes qui, trup souvent, ne sont pour eux que des mercenaires sans

pitié. » DE WATTEVILLE, 4848.

Quels éloges méritent et quelles garanties présentent les bureaux de nourrices ? — A cette question, c'est un administrateur qui n'est pas suspect, c'est iM. Marbeau qui va répondre:

« Il naît en France un million d'enfans; on ne peut évaluer à moins de cent mille ceux qui sont mis en nourrice loin de leurs parens. 11 y a des nourrices honnêtes, dévouées à leurs devoirs; mais il en est qui ne voient dans leur élève qu'un instrument de gain. Aucune n'est surveillée ; on ne les soumet pas même au livret. Cette incurie cause la mort de vingt ou vingt-cinq mille enfans par année. Les plus malheureux sont ceux qui, fautj de soins, reviennent estropiés, infirmes, rachiliques ou idiots. »

C'est M. Boissel, run des maires de Paris et rapporteur, qui donne à la tribune de la chambre des députés, dans la séance du 27 juillet 1847, les détails suivans :

« Les nourrices s'attachent rarement aux enfans qu'elles élèvent; c'est une spéculatiofi qui doit leur rapporter le plus de profit et leur causer le moins de "dépense possible; aussi les enfans abandonnés à ces soins mercenaires sont mal soignés et n'échappent que par miracle, pour ainsi dire, aux mille chances de \ mort qui les environnent.

« Souvent ces femmes se chargent à la fois de plusieurs erjfans, et lorsque arrive un décès, quelquefois l'acte de naissance qu'on présente au maire est ^elui ^

DE l'enfant qui PAIE LE MOI>S OU LE MOINS BIEN.

« Heureux encore quand la cupidité ne les condamne pas à un crime plus grave! On a vu une nourrice être condamnée à mort et exécutée après avoir em- \ poisonné successivement cinq nourrissons. »

Continuez donc de vanter les bureaux de nourrices !

L'Apprentissage.

« Un sujet aussi grave que l'apprentissage mérite donc «J« fixer l'attention du législateur, et cependant les dispositions de la toi sont restées jusqu'à ce jour fort ipsufâsantes. »

510LL0T, le Contrat a apprentissage.

L'apprentissage esl-il mieux surveillé? — C'est encore M. Boissel, maire de Paris et député, qui va répondre :

« Qui d'entre vous, messieurs, à l'aspect de la dégradation physique de la classe pauvre dans toutes vos grandes villes industrielles, qui de vous n'a plaint la destinée de ces pauvres enfans, maigres, pâles, décharnés et si épuisés déjà qu'on doute presque, en les voyant, qu'ils puissent vivrf jusqu'à l'âge d'homme? En effet, beaucoup de c:s êtres étiolés m^'urent vers l'époque de la puberté; quant à ceux qui vivent jusqu'à la conscription, lorsqu'ils arrivent au conseil de révision, ce sont eux qui forment cette foule de jeunes soldats réformés. Plus tard, hommes faits, ils augmenteront cette population étiolée, maladive, qui semble une race d'hommes à part, et qui portent sur la figure le cachet d'une misère incurable et d'une vieillesse anticipée.

« // serait temps, messieurs, de remédier aux vices de l'apprentissage qui dégrade la population de nos grandes villes, et qui est une des lèpres de notre ia- ' dustrie. Il serait temps que l'apprenti cessât d'être vendu corps et ame au maître qui l'exploite, et ne s'applique qu'à lui faire produir^ le plus tôt possible quant^à présent, sans s'occuper de ce qu'il pourra devenir plus tard... »

Ce qu'on vient de lire se disait le 27 juillet 1847 à la tribune de la

chambre des députés et n'était pas contredit. Depuis trois ans, qu'a-t-on

fait pour remédier aux abus et aux vices de l'apprentissage? — Un projet

de loi inscrit sous le n° 844, sur lequel délibère encore une commission.

Les Heures de travail pour les enfans.

« L'esclavage des enfans, voilà le caractère des sociétés qui reposent sur Vinduslrie; ce fait caractéristique est surtout frappant dans la Grande-Bretagne, en raison airecte des développemens que l'industrie y a reçus.' « ... Dans les sociétés les plus avancées, l'on opprime et l'on / dégrade l'enfant. Il y a là de quoi bumilier profondément l'es-

prit humain et de quoi faire douter du progrés. »

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