‹ L'abolition de la misère par l'élévation des salairesChapitre 9 sur 25 · BENJAMIN DELESSERT · texte numérisé non relu

BENJAMIN DELESSERT

« La taxe des pauvres crée des pauvres en Angleterre^ les ho pices de France multiplient les enlans trouvés. » > , DucHATEL, lie la charité légale.

« La réduction du nombre des tours d'exposition est une «ae SUTC utile qui n'a produit aucun accident fâcheux. »

DE v\TjE\ii-\.s., inspecteur général, 1849.

« Plus est grande la facilité donnée aux parens pour le délaissement de leurs enfans, plus le nombre des abandonné» se multiplie, tandis que la moindre entrave le réduit sensiblement. » VALDRUCHE, iiapport au conseil général d€$ hospices.

(I Le lour vient en aide à la nécessité. Une seule Temme exposa sept enfans; sans le tour, peut-être se fùl-elle arrêt ;e au premier... Plus de palliatifs; les palliatifs ne guérisseat pas. » marbeac.

« Qu'est-ce qu'un tour? C'est un avis donné au public, une affiche apposée dans la rue et portant :

" Quiconque veut se ciébarrr.sser du toin d'élever son enfant, « pour en donner ta charge d la société est invité à le dépoter, << et sera dispense de toute justificaiten. »

(( U importe, au contraire, qu'on dise au public :

« Toxbte personne gui est réellement hors d'état d'élever ton « enfant' peu h entrer ici, justifier de la nécessité où elle se « trouve, en se confiant dans l'équité et la discrétion de l'admi- « nistration hospitalière. » de giîi'.ando.

« Une loi sévère prévoit et punit la suppression d'étal, ce vo audacieux qui s'attaque à ce qu'il y a de plus intime dans l'homme, "^ et chaque lamille trouve, dans l'arrondissement qu'elle habite, ce

que j'appellerai une machine à suppression d'étal. » rémacle.

Rétablissement des tours, que, dans une bonne intention, on avait voulu supprimer : — voilà par où vous commencez ! voilà ce que vous propo-

~ 10 sez ! Voilà avec quelle légèreté vous effleurez la question sociale la plus , grave et la plus délicate que je connaisse; car celle tics libérés, si délicate et si grave, ne vient qu'après la question des enfans trouvés. Ces deux questions sont les deux pôles de cette société dont ta misère est l'axe, de cette société dont le mouvement vous ])araît, à vous, régulier et conforme aux grandes lois de l'humanité, de cette société que je ne croirai sérieusement en voie de progrès que lorsqu'elle ne renfermera plus dans son sein ni enfans trouvés ni libérés.

L'établissement des Enfans-Trouvés date de 787.

Les enfaus trouvés sont ceux qui, nés de père et mère inconnus, on été trouvés exposés dans un lieu quelconque, ou portés dans les hospices destinés à les recevoir.

Les enfans abandonnés sont ceux qui, nés de père et mère connus et d'abord élevés par eux ou par d'autres personnes à leur décharge, sont ensuite délaissés sans qu'on sache ce que les père et mère sont devenus, ou sans qu'on puisse recourir à eux. « Depuis la création des Enfans-Trouvés, — dit M. de Wattevilie, l'écrivain le plus compétent sur cette matière, — le nombre de ces infortunés s'est accru d'année en année, dans les établissemens hospitaliers chargés de les recevoir... Depuis huit ans environ, le nombre des abandons ou expositions d' enfans est resté à peu près stationnaire, après avoir subi une assez forte réduction, par suite, soit de la fci^meture d'un grand nombre de tours, soit d'exécution de la mesure du déplacemeut, soit enfin par une plus grande sévérité apportée dansV admission de ces enfans par les diverses autorités qui surveillent et dirigent cette partie de l'administration publique.»

En 178i, d'après M. Necker, le nombre des enfans trouvés était en France de 40,000.

Le nombre des enfans trouvés âgés de moins de 12,ans, était,

En 1819, de. 99,346

En 1825, de 117,305

En 1830, de 118,073

En 1833, de 129,699

Le gouvernement, effrayé de la rapidité de celte augmentation continue, invita hi- i>réfetset les conseils généraux à prendre des mesures l>our arrêter cet accroissement de dépenses. Ce fut alors, en^ 1834, qu'on opéra le déplacement des enfœns successivement dans 60 départemens, et 185 hospices dépositaires avec tours furent supprimés dans l'espace de cinq ans. Ces mesures eurent pour résultat de réduire le nombre des enfans trouvés, qui, en i838, ne s'élevait plus qu'à 95,624, chiffre inférieur à celui de 1819, quoique la population se fût considérablement accrue pendimt cet intervalle.

Les dép.irtemens où il va le moins d'enfans trouvés sont ceux où il n'y a jamais eu He tours. De ce nombre, sont : la Haute-Saône,

- i\ — les Vosges, Seine-et-Marne, Senie-et-Oise, Haut-Rliin, Menrlhe, et Moselle. C'est là un fait contre lequel tous les discours de M. de Lamartine, si éloquens qu'ils fussent, sont venus échouer.

Que proposez-vous donc, vous, qui d'ordinaire avez pour les faits un culte qui tient presque de la superstition? En réalité, ce que vous proposez, c'est de renverser !a digue qui, de 1833 à 1838, en cinq ans. a non seulement arrêté court la progression des enfans trouvés, mais encore en a fait tomijer le chiffre de 129,000 à 95,000; c'est de rétablir les tours qui ont été fermés.

En 1833, la proportion était d'un eiifant trouvé sur 248 habitans; en 1845, elle n'était plus que de 1 enfant sur 353 individus. La différence de chiffre entre ces deux années est de plus de 30,000, malgré une augmentation de près de deux millions d'inbitans.

Augmenter de 30,000 le nombre des enfans trouvés, voilà donc le remède (jue vous avez trouvé et que vous conseillez, vous, un ancien président du conseil des ministres, vous, l'un d(!S chefs de la Majorité, et le rapporteur de la Commission de l'assistance et de la prévoyance publique !

S'il ne s'agissait que d'une dépense plus large et d'un crédit moins limité à ouvrir au budget de l'État, peut-être auriez-vous sur moi l'avantage des apparences de la générosité; mais la question des enfans trouvés n'est pas aussi simple que; pourrait le croire celui qui ne s'est pas rendu exactement coinpte du rapport qui existe entre le nombre des naissances et le chiffre des décès.

La vie moyenne des enfans trouvés esc de quatre ans.

En comparant les décès des enfans trouves, toil avec leur nombre total, soit avec celui des expositions, on constate ce résultat qu'il en meurt 5 1/2 sur 7 de 1 jour à 12 ans, ou 78 0/0 environ, et que la mortalité de ces enfans est de 50 0/0 dans 1 1 [iremière année de leur existence, tandis que d'après la loi de la mortalité en France, publiée par ie Bureau des longitudes, il meurt -J4 enfans sur 100 dans la |)reniiôrc année de la naissance.

La mortalité étant de 50 0/0 dans la première année, augmenter de 30,000 le nombre des enfans trouv'S, c'est donc aiigmenter indlrectemenl le nombre des décès de toute ia ditférence qui ejiste entre le chiffre de la mortalité des enfans légitimes et le chiffre de la mortalité des enfans trouvés, c'est-à-dire do plus de 15,000, «juand il est prouvé par tous les documens les plu? irrécusables que ia suppression des tours et des iiospices dépositaires est sans influence appréciable sur l'accroissement du nombre des infanticides. Votre humanité est donc de l'humanité à contresens, [)uisqu'elle a ce double eflét :

Premièrement, d'accroître considérablement le nombre des enfans trouvés j

Deuxièmeiiient, d'augmenter dans une proportion lion moins considérable le chiffre de la mortalité relative. •

Comment cette mortalité relative ne serait-elle pas considérablement augmentée, lorsque ces malheureux enfans trouvés, qui, pour réparer les souffrances et les privations qu'ils ont endurées, pour la plupart, dans le sein de leur mère, auraient, k leur naissance, besoin de tant de soins, en reçoivent si peu ! C'est la triste vérité qui résulte des témoignages qui vont suivre:

BENJAMIN DELESSERT : « Oïl a (3u 611 vuc, dit-oii, dc sauvep avant tout la vie des enfans; on s'est étrangement trompé, car le résultat a été diamétralement opposé à ce but. On parle de sauver la vie de ces enfans, et c'est précisément sous ce rapport que le système actuel est déplorable. Il est prouvé que la mortalité des enfans trouvés est deux fois plus forte que cette des autres enfans; sur 33,000 enfans abandonnés chaque année, le tiers au moiiis meurt avant la première année, et un autre tiers avant l'âge 'le douze ans : voilà donc 10,000 enfans qui, cliaque année, trouvent la mort parce qu'on les a abandonnés, et qui auraient été sauvés si l'on n'en avait pas favorisé et lacilité l'abandon.

« Depuis le funeste décret de 18 H, qui a ordonné la création d<! tours dans chaque arrondissement, le nombre des enfans trouvés a augmenté d'une manière effrayante. On en comptait, en 1809. 09,000 âgés de moins de douze ans et a la charge de l'Etat; actuellement (1837), il y en a 130,000. L'accroissement se trouve presque du double, tandis que la population ne s'est accrue que d'un huitième. H existe en ce inoinent en France près d'un million d'enfans trouvés, et, si l'on ne se hâte de prendre des mesures pour arrêter le mal, on peut prévoir l'époque où leur nombre excédiTa la moitié de la population : et quels dangers ne présentent pas pour la société des êtres qui n'ont ni famille, ni propriété, ni ét<at civil !

« On a depuis longtemps reconnu, dans les pays voisins, les inconvéniens d'hospices ainsi ouverts aux enfans trouvés. Ces etablissemens, qui excitent à l'abandon des enfans, augmentent la corruption des mœurs et causent la mort de tant d'infortunées créatures! En Allemagne, en Suisse, en Hollande, en Angleterre, il n'en existe pas. A Londres, sur 1,000 naissances, on ne compte que 26 enfans naturels.

« A Paris, sur i ,000 naissances, t7 y a 316 enfans naturels. H y en a donc douze fois plus à Paris qu'à Londres.

« 3,000 enfans sont abandonnés chaque année à Paris, et 1,000 seulement à Londres; et cependant, en France, malgré nos hospices d'enfans trouvés, le nombre des infanticides est dehx fois plus grand qu'en Angleterre. »

(Chambre des députés, 31 Uîai 1838.)

A. DE WATTEviLLE : « En général, les administrations d'hospices dépositaires exécutent fort mal le décret de 1811, relatif à la l'ourniture des layettes et des vètiires. Plus de bi moitié de ces administrations ne donnent aucun vêtement à leurs malheureux pupilles. Les quinze seizièmes de la seconde moitié donnent une layette et deux ou trois vèlures très-incomplètes. Il n'y en a guère qu'un seizième qui pourvoie un peu convenablement aux besoi7is des enfans confiés à leurs soins, car l'administration des hos( ices de Pari«, qui, sous ce rap|)ort, est la plus généreuse, ne donne qu'une layette et sept vètures, ce qui est très-insuf- (isant pour douze mois. »

« Il faut le dire, le manque de soins dans leur enfance, soit à l'hospice, soit en nourrice, contribue beaucoup encore à les rendre chétifs et débiles. Aussi, très-peu parmi les garçons peuvent avoir V honneur de servir leur pays, lorsque ■ l'âge les appelle sous les drapeaux. »

«U résulte des rapports des préfets et des rapports des inspecteurs généraux des etablissemens de bienfaisance qui ont visité tous les départemens, et ce h plusieurs reprises, que la tutelle des enfans trouvés confiée aux commissions

administratives des hospices dépositoires^Qu verta de la loi du 15 pluviôse an XUI,

e^t généiakment très-négligée. t

« Cette tutell»; est bien exercée dans 20 départements 20 \

« Elle y est à moitié exercée dans 5 \

« Complètement abandonnée <(!ins 61 ]

« On ignore, en général, ce que deviennent les trois quarts des enfans trouvés une fois qu'ils ont atteint leur treizième année, c'est-à-dire au moment où les departemens ces.seiit de payer la faible allocation allouée aux patrons qui les ont élevés jusqu'à cet âge.

« Très-pen d'enfans trouvés savent lire, encore moins écrire.

« On remarque que ceux qui se livrent aux arts industriels tournent généralement assez mal et finissent par devenir de très-mauvais sujets.

« Les fdles sont plus difficiles à placer que lus garçons, la grande majorité d'entre elles se livrent à la prostitution. J'ai pu constater, dans soixante villes de ^'rance,^villes situées sur les divers points du territoire, que le nombre des filles, enfans trouvés, placées dans les maison'^ de prostitution, est toujours égal au cinquième du chiffre des malheureuses qui composent ce triste personnel. »

C'est toujours la misère qui donne le plus grand nombre d'enfans trouvés. *

{Rapport à M. le ministre de l'intérieur sur la situation administraliv, morale et financière du service des enfans Prouvés en France. 1849.

VALDRUCHE : « Lorsqu'cu mars dernier, j'ai eu f honneur, messieurs, de vous) rt'Utire compte des résultats obtenus pendant les mois qui ont suivi les changeniens apportés dans les admissions, e'est-à-dire de novembre 1837 au 1*' mars 1838, je vous ai fait connaître que la mortalité qui était, aîinée moyenne, à l'Hospice des En fans-Trouvés, de plus de 1 sur 5, n'avait été, pour les enfans conservés \ ou mis en nourrice par leurs mères que de 1 sur 14.

m. Pour compléter ces rcnseignemens et obtenir des observations plus certaines, en opérant s^r un plus grand nombre d'individus, j'ai fait visiter à domicile toutes les femmes accouchées du 1"'' novembre au l''"' août 1838, que l'administration avait aidées à conserver leurs enfans eu leur accordant des secours, et il a été constaté, par cette investigation , que, parmi ces enfans, il n'y avait qu'un décès sur 3 1\4.

« Le rapprochement est frappant : à l'hospice, plus de 1 décès sur 3 enfans; en dehors de l'hospice, 1 sur 5 li4 pour les enfans conservés par leurs mères; cette dernière proportion est à peu près celle de la mortalité des enfans dans la ville, et même dans toute la France, pour la première année de la vie.

« Les visiteur s ont remarqué que presque tous les enfans nourris par Imr mère se portent très-bien. La misère ou au moins la gène de la famille ne paraît pas avoir exercé de fâcheuses influences sur la santé de ces enfans. Je serais heureux de pouvoir en dire autant de nos enfans de l'hospice placés à la campagne ; j'en ai trouvé quelques-uns en bon état; mais, il faut l'avouer, c'est le plus petit

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