‹ L'abolition de la misère par l'élévation des salairesChapitre 16 sur 25 · PECT POUR LA LIBERTÉ DES INDIVIDUS · texte numérisé non relu

PECT POUR LA LIBERTÉ DES INDIVIDUS

La première conséquence qu'il faut tirer de cet argument présenté sérieusement par vous, c'est qu'alors l'État attente à la liberté de tous les fonctionnaires et de tous les employés,^au nombre \le 67,000 [i], dont le traitement est passible d'une retenue obligatoire; nombre dans lequel ne sont pas compris les mvalides de la marine.

La deuxième conséquence, c'est qu'on doit abolir ces pensions de retraite par respect pour la liberté des individus.

La troisième conséquence, c'est que les dépôts de mendicité que vous proposez de multiplier sont une atteinte moins grave à la liberté que ne le seraient la retenue obligatoire et « le principe égoïste de la rente viagère. »

Contre la retenue obligatoire, vous avez encore une autre objection.

Vous dites :

« Si on suppose un versement de 30 francs par an pour les personnes des deux sexes de 20 à 56 ans, on aura un versement annuel de 450 millions, ce qui revient à l'obligation pour l'Etat d'un emprunt de 4.50 millions par an. A ee versement annuel, il faut ajouter les intérêts accumules des versemens antérieurs, lesquels produisent une somme énorme. Mais, l'opération pleinement réalisée, voici le capital accumulé dont i'Etat sera devenu dépositaire par les versemens successifs, tant des personnes de 20 à 56 ans qui versent sans toucher, que de celles de 56 ans et au delà qui, ayant versé leur capital entier, n'^iuront plus qu'à jouir. Il ne sera pas moins de 15 milliards pour les unes, de 15 milliards pour les autres, c'est-à-dire de 30 milliards, somme énorme, effrayante, el dont nous voudrions biçn savoir comment l'Etat pourrait se.-charger. »

Je pourrais discuter et contester votre cbiffre de 30 miliards; mais je ne veux ni le contester ni le discuter, car je tiens à ne point amoindrir et à ne point ébranler la base sur laquelle se dresse votre objection. Terrible objection, en effet!

Quel malheur pour l'État si l'argent des retenues affluait si abondamment dans les caisses du Trésor, qu'il pût : premièrement, offrir aux rentiers cette alternative : ou de les rembourser, ou de réduire successivement leur rente, dès qu'elle aurait atteint le pair, de 5 à 4 0/0, de 4 à 3 0/0, de 3 à 2 0,0, et peut-être encore au-dessous; deuxièmement , se décharger des 230 millions de fonds de cautionnemens, pour lesquels il sert un intérêt annuel de 7 millions ; troisièmement,

(1) Félix. Real. Rapport du projet de loi surjea pensions de retraite des fonetionnaires et *gens de l'ordre civil. 1847.

-^4D retirer de la circulation tous les bons du Trésor qui grossissait sa dette flottante !

Quel malheur pour la propriété foncière, qui plie sous le poids de sa double dette hypothécaire et chirographaire, si la dette hypothécaire exigible à ternie était consolidée et assimilée à la dette inscrite!

Quel malheur, enfin, si l'État et la propriété foncière n'avaient plus l'un et l'antre à servir qu'un intérêt de 2 ou de 3 0/0 de leur dette s'élevant ensemble aujourd'hui à plus de 20 milliards, et si, faute d'inscriptions à délivrer aux oisifs valides, privilégiés de la fortune, il n'y avait plus d'inscrits sur le grand-livre de la dette publique et foncière que les invalides du travail !

Mais ce malheur si grand n'éclaterait pas sur la France avec l'impétuosité de la foudre^ ce n'est pas dès le lendemain du jour où le principe de la retenue obligatoire serait adopté et universalisé, que le Trésor pubhc aurait dans ses caisses 30 milliards; car, d'après vos pro[>res calculs qu'il ne m'a pas paru nécessaire de vérifier, le Trésor, en 1886, c'est-à-dire dans 36 ans, n'aurait encore encaissé que 15,673,430,000 fr. pour compte de 44,208,393 personnes entre 20 et 56 ans, au capital moyen de 1,103 fr. 11' centimes.

Quinze milliards! Mais ce serait à peine la somme nécessaire pour opérer la réduction successive des rentes 5, 4 1/2, 4 et 3 0/0, et la conversion e« dette inscrite de la dette foncière selon que j'en ai indiqué ailleurs les faciles moyens d'exécution. Toute inquiétude doit donc être écartée de votre esprit. Vous excellez, j'en conviens, dans l'art de grou[>er les chiffres et de les envelopper de prestige; à votre tour, accordez-moi que je ne suis pas absolument étranger à l'habitude de les découiposer et d'en rétablir la sincérité. Mais de ce que je prends contre vous la défense de la retenue obligatoire que vous avez attaquée avec l'exagcralion de la passion, ne vous hâtez pas de conclure que j'en sois le [lartisdn : ce serait de ma part une inconséquence; je ne saurais vouloir la retenue obligatoire et l'impôt volontaire. L'assurance universalisée tro.nche k la fois les deux questions, car il suffit qu'elle soit incontestablement avantageuse, pour qu'elle demeure constamment libre.

Le 48 juin 4850, l'yV^emblée législative a voté la loi sur les caisses de retraites ou rentes viagères pour la vieillesse; cette loi est le triomphé complet de vos idées, car c'est le versement volontaire, pur et simple, et non influencé par le système de prime qu'avait proposé de créer le ministre de l'agriculture et du commerce. Eh bien ! il sera curieux de voir ce que celte caisse de retraite aura encaissé dans un an. Si je suis bien renseigné, la caisse des dépôts et consignations qui doit la gérer s'est hâtée lentement, car le 18 octobre l'organisation en était à peu près au même point que le 18 juin dernier, jour du vote de la loi.

41 - / Hospices.

« L'expérience tend chaque jour à démontrer que le système des hospices relâche, s'il ne les détruit pas, les liens de la famille; il déshabitue les enfans du devoir naturel de nour rir et de soigner leurs parens vieux ou infirmes; ces derniers eux-mêmes, dans la pensée d'enlever une chargea leurs enfans, finissent par considérer l'hofpice comme un asile où il est naturel d'aller terminer ses jours; ef souvent, même avant l'âge, l'individu apte encore au travail simule ou exagère des infirmités pour obtenir son admission.

« C'est là un fait d'autant plus 2;rave qu'il coïncide d'ailleurs avec une tendance que le ministère de l'intérieur a constatée, dans certaines localités, de la part de quelques administrations i hospitalières, d'augmenter le nombre de lits de vieillards et

d'infirmes, au préjudice des lits de malades, ou des secours qui pourraient être d»fctribués à domicile. »

RÉMOSAT, ministre de l'intérieur, Cireulaire atix préfets, 1840.

Votre rapport finit comme il avait commencé; telle base, tel faîte; il avait commencé en demandant le rétablissement des tours d'enfans trouvés, il finit en exprimant l'espérance de voir s'accroître les ressources consacrées aux hospices. Toutefois j'y trouve les restrictions suivantes., dont je m'empare parce qu'elles me serviront plus tard :

« L'hospice, sous Ift nom d'hôpital, inspire au peuple une sorte craversinn. Bien avant que de dangereuses excitations eussent cherché à soulever son OR- GUEIL contre la bienfaisance des ornes charitables qui s'occupent de le soulager, le peuple avait, pour ce qu'on appelle l'hôpital, une double répugnance; il s'y sentait humilié, et il s'y trouvait mal. Beaucoup de malheureux attendent, en effet, pour s'tj rendre, d'être réduits à la dernière extrémité, et quand ils s'y décident enfin, la séparation de la famille laissée dans le dénuement est une douleur de plus ajoutée à la maladie ou à la vieillesse. Des hommes éclairés ont pensé que, sans chercher à réduire les hospices existans, qui sont loin d'excédej- le besoin, on |)ourrait, au lieu de les étendre dans l'avenir, employer les nouvelles ressources dont on dispos<;rait à des secours distribués à domicile, quand il s'agirait d'infirmités temporaires, ou à de petites pensions de plus longue duréi; quand il s'agirait d'infirmités incurables. // se pourrait, dans ce cas, qu'un faible secours en argent fût plus utile à l'individu pauvre et à sa famille, qu'un lit dans l'hôpital le mieux administré. »

Dans ce peu de lignes, que d'enseignemens!

Quel enseignement que ce noble ^orgueil » du peuple, de ce peuple qui attend qu'il soit «à toute extrémité » avant de se laisser transporter et étendre sur le lit de l'hospice !

Vous fltétrissez cet orgueil; moi, je Ihonore.

J'honore la touchante douleur du peuple lorsqu'il est arraché aux soins de sa famille pour être livré à ceux de la charité. Vous n'apercevez rien dans la vivacité de cette douleur; moi, J'y découvre la puissance d'un levier.

Un faible secours en argent serait plus utile à l'individu secouru et à la famille qu'un lit dans l'hôpital le mieux administré. C'est vous qui le déclarez. De votre part,, quel explicite aveu! quelle implicite condamnation de tout le système qui a servi de trame à votre rapport, de ce système qui commence aux tours d'exposition pour finir au lit de l'hospice, qui se défie de la prévoyance, et lui préfère l'assistance.

L'assistance !

Quelquefois, il est vrai, il vous arrive de paraître vouloir la contenir, mais c'est afin de la rendre plus profonde, comme on rend plus profond le lit d'un fleuve dont on a regserré les deux rives. -

L'aveu qui vous est échappé est un aveu qui vous a été arraché par . la puissance de la vérité , vérité déjà constatée par votre ami M. de Rénuisat, alors qu'il était l'un des ministres du cabinet que vous présidiez en 1840, vérité attestée en ces termes par un administrateur dont on ne saurait contester l'expérience et ja compétence, M. Marbeau :

« La journée moyenne de riiospice est de 1 fr. 25 c.; lit journée de riiôpilal s'élève à 1 fc. 80 c. (loyer non compris); nous donnons à l'indigent sur la paille

UN sou FA,n JOUR ! ' .

« Quand je vois un malheureux vieillard quitter sa vieille compagne et toutes ses habitudes pour aller à un hospice, tandis qu'elle v^ dans un autre, je me dis : Si nous donnions seulement 240 francs à ce pauvre ménage, il serait moins malheureux, et il y aurait pour nous économie de 5 à 600 francs par an, et nous respecterions le lien conjugal.

« On a remarqué généralement que les vieillards qui reçoivent 40 ou 12 francs par mois refusent de s'enfermer à l'hospice, et si l'administration disait aux 5,000 vieilles qui s'ennuient à la Saipétrière : « Que celles qui préfèrent 150 fr. « chez elles donnent leurs noms! » plus de la moitié de ces malheureuses se feraient inscrire.

« Il faut des hôpitaux et des hospices, il en faut pour tout le territoire, mais il ne fau4 y admettre que les indigens non susceptibles d'être secourus à domicile.

«Quand le malheureux sort convalescent dç l'hôpital, sans asile, sans res-

sonsce, il faut le soutenir, ju.squ'à-ce qu'il ait trouvé des forces et du travail

autrement il reviendrait bientôt plus malade, ou mendierait, orf volerait, ou mourrait. »

Marbeau, du Paupérisme en France.

Enfin je touche à la dernière page de votre rapport, à celle que vous avez intitulée : Conclusion. C'est un véritable Hymne où la société est célébrée en ces termes :

« Ce qui est bon, incontestable, l'ancienne société, ins[tirée par son cœur et par la religion, l'avait imaginé ou dans les anciens temps ou dans les tpraps les plus récens. Pas un jour elle ne s'était arrêtée dans la voie du bien, car dernièrement encore elle inventait les crèches, les salles d'asile, les caisses d'épargne, les colonies pénitentijiires pour les j<^»nes détenus, les règlemcns pour le travail des enfans, et si elle renonçait aux tours, c'était par un désir d'amélioration, désir erroné à notre avis, mais dont il est facile de revenir. Ce<{ue la société ancienne ou contemporaine a laissé à faire est justement ce qui est douteux, problématique., contestable, et c'est par ce motif que cela reste à faire : car on a couru tout d'abord à ce qui était simple, naturel, incontestablement bon et utile. »

Si la société a fait tout ce qui était « incontestablement bon et utile, » comment donc expliquez-vous le progrès du paupérisme, comment donc e.vpliquez-vous l'impuissance de la charité ?

L' Impuissance de la charité.

« F-cs prolétaires, classe n&mbreuse, inaperçue dans les gouvernemens théocratioues, despotiques et aristocratiques, où ils vivent à l'abri d'une^es puissances qui possèdent le sol et ont leurs garanties d'existence au moins dans leur patronage; classe qui, aujourd'hui, livrée à elle-même par la suppression de leurs patrons et par l'individualisme, est dans une condition pke qu'elle n'a jamais été, a reconquis des droits stériles, sans avoir le nécessaire, et remuera la société jusqu'à ce que le • SOCIALISME ait succédé à l'odieux individualisme. »

LAMARTINE, Voyage en Orient, t. IV, page 311.

« Aujourd'hui, le but de tout gouvernement habile doit être . de tenore, par ses elTorts, à ce qu'on puisse dire bientôt : Le triomphe du christianisme a détruit l'esclavage; le triomphe

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