L.-X. BONAfAUTK, Extinction du pauvérttme
Un océan nous sépare.
Vous croyez encore au vieux monde.
Je crois au monde nouveau.
Vous regardez la Société, création de l'Homme.
Je regarde l'Humanité, création de Dieu.
Vous éludiez le passé.
J'étudie l'avenir.
Vous invoquez la fatalité.
J'invoque la science.
Vous concevez l'ordre par l'autorité.
Je conçois l'ordre par la liberté.
Vet
Vous avez foi dans la compression : l'erreur vous effraie.
J'ai foi dans rexi)ansion : la vérité me rassure.
Vous provoquez les révolutions en repoussant les réformes.
Je provoque les réformes afin de prévenir les révolutions.
Vous érigez en Lorne le progrès accompli.
Je n'assigne aucune limite au progrès continu.
Vous voyez recueil où je vois le port.
Je vois le port où vous voyez l'écueil.
Vous placez le travail au faîte et la propriété à la base.
Je place le travail h la base et la propriété au faîte.
Vous appelez faussement la Minorité : Majorité, et la Majorité : Minorité.
J'appelle exactement la Minorité : Minorité, et la Majorité : Majorité.
Vous faites passer le riche avant le pauvre.
Je fais passer le pauvre avaat le riche.
Vous considérez « la misère comme la condition inévitable de l'homme j^ dans le plan général des choses. »
, Je considère la misère comme la dernière convulsion d'une société dont le génie de l'homme a marqué le terme prochain.
Vous proclamez qu'il doit y avoir une bienfaisance publique comnrw il y a une bienfaisance privée.
Je proclame que le temps approche où il n'y aura plus ni bienfaisance privée, ni bienfaisance publique.
Vous vantez l'assistance, vous punissez la mendicité.
Je vante Tassurance, et j'étends la mutualité.
Vous confondez l'aumône avec la j)révoyance.
Je ne confonds pas la prévoyance avec l'aumône.
Vous passez à côté des principes pour vous arrêter à des exjiédiens.
Je passe à côté des expédiens pour m'arrêter à des principes.
Vous donnez le nom d'impo3sible*à ce que je trouve simple, et ce qui vous paraît possible, à vous, me paraît, à moi, chimérique. Aussi n'est-il aucun point sur lequel nous tombions d'accord.
Tout votre rapport, permettez-moi de vous le dire, est une longue
païenne déification de l'Impuissance.
Votre conclusion est im autel élevé à l'Optimisme.
« Après avoir, — ce sont vos expressions, — passé en revue l'orga- « nisation sociale tout enhère, après avoir parcouru la longue et dou- « loureuse chaîne des misères humaines, pour chercher les moyens « légitimes et efficaces de secourir le peuple et d'améliorer son sort, « après avoir entrepris de tracer partout la limite entre le vrai et le 0 faux, le possible et l'impossible; » — que proposez-vous?
En bloc, vous proposez de maintenir l'organisation sociale telle qu'elle existe, et les motifs sur lesquels vous vous fondez sont les suivans : a Heureusement pour l'humanité, mais malheureusement pour notre
a orgueil, entre toutes les créations imaginables, les plus importantes « ont devancé l'âge présent. Ce qui est bon, incontestable, l'ancienne « société inspirée par son cœur et par la religion l'avait iranginé, ou « dans les anciens temps, ou dans les temps les plus récens. Pas un « jour elle ne s'était arrêtée. Ce que la société ancienne ou contempo- « raine a laissé à faire, est justement ce qui est douteux, problémati(iue, « contestable, el c'est par ce motif que cela reste à faire; car on a couru « fout d'abord à ce qui était simple, naturel, incontestablement bon et « utile. »
En détail vous proposez :
POUR l'enfance et I,' adolescence :
« De rétablir les tours, que, dans une bonne intention, on avait voulu supprimer;
« D'apporter quelques améliorations aux salles d'asile;
« Do faire exécuter la loi qui défend d'abuser des forces des cnfaus dans les manufactures;
« De réformer le système de l'emprisonnement pour les jeunes détenus;
« De s'occuper de l'apprentissage;
POUR l'âge mur :
« De distribuer autrement les travaux de l'État, de les ralentir pendant que l'industrie prospère pour les développer quand elle chôme;
« D'encourager la colonisation, particulièrement au point de vue du soulagement des classes pauvres et souffrantes;
« De s'occuper de créer partout des établissemeus dans lesquels le mendiant volontaire ou forcé puisse trouver un emploi pour ses bras, un asile pour ses infirmités;
« D'aniéliorier les logemens, soit par de nouvelles dispositions de police qui obligent les |iropriétairesde logemens d'ouvriers à des mesures d'assainissement indispensables et peu coûteuses, soit par la reconstruction de certains quartiers populeux dans les villes; •
« De régler par une nouvelle loi le régime des sociétés de secours mutuels;