‹ L'absorption De L'alcool Perdu Pendant Les Fermentations Et Du Dosage Chimique De L'alcoolChapitre 7 sur 18 · ABSORPTION PAR L'EAU · texte numérisé non relu

ABSORPTION PAR L'EAU

Cette méthode s'appuie sur l’affinité assez énergique de l’eau pour l'alcool, et sur la faible tension des vapeurs du mélange d’eau et d’alcool à basse température.

Pasteur est, je crois, le premier qui l’ait employée. Il mettait, pour arrêler l'alcool, un ou deux flacons laveurs renfermant de l’eau distillée et maintenus dans un courant d’eau très froide (1). Pour doser l’alcool total, il ajoutait cette eau à la liqueur fermentée avant de la distiller.

J'ai examiné si cette méthode est réellement exacte. I] fallait voir à la fois s’il est suffisant d'employer un flacon, s'il en faut deux ou plusieurs, si le courant d’eau très froide est obligatoire.

Expérience X

Je fais passer dans 400 c. c. d'alcool à 4° centésimaux un courant, assez vif par moments, d'acide carbonique lavé. Cet acide est produit par l’action de l'acide chlorhydrique sur du marbre. Le courant est continué pendant trois heures et demie. Le gaz, en sortant de l'alcool, passe dans trois flacons renfermant chacun 30-50 c. c. d’eau distillée, tout l’appareil étant à la température du laboratoire. A la fin de l'expérience, la réaction de Muntz est positive pour les trois flacons laveurs ; l'iodoforme est neltement perceptible à l’odorat et caractéristique au microscope. J'ai essayé alors le courant d’eau froide.

(1) Duclaux. — Chimie biologique, page 373.

Expérience X1

400 c. c. d'alcool à 17°33 sont mis dans une éluve chauffée à 37°; à a suite quatre laveurs, renfermant chacun 50c.c. d'eau distillée, sont “placés dans un cristallisoir dans lequel circule un courant d’eau. Bulle à bulle passent 12 litres d'air.

Une fois l'expérience finie, les contenus du dernier et de l’avantdernier laveur sont additionnés de bicarbonale de soude et d’iode Le dernier présente, après refroidissement, une odeur très nelte -d'iodoforme, et laisse voir au microscope quelques lamelles hexagonales caractéristiques. Il va sans dire que ces caractères étaient plus -accentués pour l’avant-dernier laveur.

Nous avons donc encore ici de l'alcool dans le quatrième flacon, peut-être un cinquième en aurait-il eu encore, et cependant j'ai employé le courant d’eau prescrit par Pasteur; seulement cette eau ne répondait pas à la condition exigée d’être très froide. Pendant cette expérience, qui avait été à dessein prolongée pendant plusieurs jours, la température de l’eau a oscillé entre + 10° et L 15°; cette température de +- 10° correspond à un jour où un mistral glacé soufflait en tempête. Cela se passait en février ; nous n’avons pas eu cette année un hiver rigoureux ; néanmoins, 1l semble impossible de compter souvent dans notre Midi sur de plus heureuses conditions d'expériences, et puisque, en hiver, mon quatrième flacon renfermait encore de l'alcool, je ne sais combien il m'aurait fallu en ajouter dans la saison chaude pour mettre à la raison ces vapeurs alcooliques si réfractaires. Il ne me res- 4ait plus que l’emploi de la glace, et j'y ai eu recours.

Expérience XII

Je mets encore à l’étuve, à 37°, 400 c. c. d’alcoo! à 16°6 environ. De-là l’air va se laver dans quatre fioles renfermant chacune 50 c. c. d'eau distillée et placées dans un mélange de glace et de sciure renouvelé au fur et à mesure du besoin.

Je fais encore passer 12 litres d’air ; puis la réaction de Muntz est. essayée sur le contenu des quatre laveurs.

Le premier a une odeur forte d'iodoforme ; à l'œil nu, après refroidissement très lent, on voit un dépôt de houppes jaunes qui, au microscope, se résolvent en un lacis de très belles étoiles ramifiées.

Le deuxième a une odeur beaucoup plus faible, nette encore cependant. Au microscope, quelques branches d'étoiles ramifiées d’iodoforme.

Le troisième présente une odeur à peine sensible, douteuse. Le microscope y accuse de très rares lamelles mal formées, à angles peu nets, que je ne puis affirmer être de l’iodoforme. La présence de l'alcool était donc douteuse.

Le quatrième ne montre absolument rien.

Cette expérience semble concluante. Il faut tenir compte pourtant que l'installation employée étant assez défectueuse pour ne pas me permettre de garder longtemps la glace à l’état solide, j'avais été obligé de réduire à deux jours la durée de cette expérience et, comme il n'existe pas de fermentation qui se termine dans un laps de temps aussi court, je me suis imposé une observation plus longue. Cela a bien son importance.

En effet, si l’on active trop le renouvellement de l'atmosphère du matras dans lequel on opère, il est à craindre qu’on ne provoque le départ d’un gaz incomplètement saturé de vapeurs; en outre, en vertu du principe bien connu de Watt ou de la paroi froide, il y a, pendant toute la durée de l'expérience, un appel de vapeurs alcooliques vers la région la plus froide,

Si -c'est-à-dire vers les flacons situés dans la glace, et cette nou-

velle perte s'ajoute à celle qui résulte du départ des gaz. Aussi ai-je institué une expérience d’une semaine.

Expérience XITI

Les quatre flacons laveurs, renfermant chacun 50 c. c. d’eau distillée, avaient leurs bouchons et leurs goulots soigneusement paraffinés et élaient renfermés dans une cage métallique pleine de glace en fragments; cette cage était elle-même entourée de sciure et placée dans une cloche de verre renversée et percée dans le bas. Au-dessus se trouvait un sac de sciure pour éviter le contact de l’atmosphère. L'espèce de glacière ainsi aménagée conservait très bien la glace, ce qui permettait de maintenir toujours les flacons laveurs à très basse température.

Le premier jour, je fis passer 2 litres d’air, le deuxième 2? litres, le troisième 3, le quatrième 2, puis 1 les jours suivants; au total 12 litres. L'expérience dura juste sept jours pleins.

Le contenu de chacun des läveurs fut alors mis avec du carbonate de soude et de l’iode, et chauffé jusqu’à dissolution totale de l'iode. Une fois le refroidissement presque complet, les liqueurs ainsi obtenues furent traitées pendant dix minutes dans un appareil à centrifugation, pour tâcher de ne rien perdre des cristaux d’iodoforme qui avaient pu se former.

J’oblins ainsi :

Flacon 1. — Odeur très netle d’iodoforme. Lamelles hexagonales agglomérées.

Flacon IT. — Odeur très nette. Lamelles hexagonales agglomérées.

Flacon III. — Odeur douteuse. Une seule lamelle caractéristique -esl trouvée.

Flacon IV. — Odeur nulle. Examen microscopique négatif,

Le résultat est exactement le même que dans l’expérience XII, et je crois pouvoir en conclure que trois laveurs doivent

EDR pe suffire, dans la plupart des cas, à arrêter tout l'alcool, mais qu'ils. sont absolument nécessaires.

[Il en découle par conséquent que le procédé proposé par Pasteur doit être modifié légèrement ainsi qu'il suit :

Pour absorber totalement les vapeurs alcooliques entraïînées. par l'acide carbonique produit pendant les fermentations, il faut faire passer le gaz dans au moins trois flacons laveurs, renfermant de l’eau distillée et entourés de glace.

Il estprobable qu’une eau très froide de 1° à 2°, par exemple, pourrait également suffire, à condition que sa température ne s’élevât à aucun moment ; mais les circonstances sont bien rares dans lesquelles on pourra utiliser une eau à pareille tem-pérature, et, dans l'immense majorité des cas, c’est à la glace qu’on devra avoir recours.

Avouerai-je combien j'ai été étonné en constatant avec quelle facilité les vapeurs d’alcool traversent les diverses barrières liquides qu'on essaie de leur opposer ? Ce résultat ne surprend guère de la part de l’acide sulfurique dilué. On sait avec quelle facilité l’eau saponifie les éthers. Toutefois il semblait que l’acide sulfurique concentré dût être un agent d'arrêt. parfaitement efficace, l'alcool se combinant à luiavecun notable dégagement de chaleur. Il se forme pendant cette combinaison une quantité d’eau trop faible pour jouer un rôle dissociant envers l'acide éthylsulfurique. Malgré cela, l’acide sulfurique laisse passer de l'alcool. L’acide chromique lui-même en laisse passer également. Quand on sait avec quelle facilité l'acide chromique oxyde l'alcool ; quand on sait que cet acide en cristaux l’enflamme, en produisant parfois des explosions dont. il faut se garer, n’a-t-on pas le droit de s'étonner qu’une solution saturée de ce même acide ne brûle pas entièrement les moindres traces des vapeurs alcooliques qui essaient de la

traverser ?

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