‹ L'absorption De L'alcool Perdu Pendant Les Fermentations Et Du Dosage Chimique De L'alcoolChapitre 8 sur 18 · DOSAGE DE L'ALCOOL · texte numérisé non relu

DOSAGE DE L'ALCOOL

L'alcool entrant chaque jour davantage comme matière première, dans l'alimentation d’abord, puis dans l’industrie, on a éprouvé le besoin de le doser, afin d’avoir des bases sûres sur lesquelles pussent s'appuyer les calculs de la science et les transactions commerciales.

Au début, la raison en est bien compréhensible, on a employé des moyens empiriques très grossiers : on a regardé si l'alcool faisait bien la perle, s'il s’enflammait facilement. On à ensuite cherché des méthodes plus précises ; et comme, dans cette course vers le progrès, les physiciens seuls sont entrés en lice, il en est résulté un fouillis de procédés s'appuyant presque tous — j'allais dire tous — sur les propriétés physiques de l’alcool.

Toutes ses constantes physiques y ont passé : densité, point d’ébullition, ascension dans un tube capillaire, indice de réfraction, etc. Mais, en France du moins, avant M. Nicloux, dont le procédé à paru l’année dernière, aucun auteur n’était sorti de ce chemin si souvent battu et n'avait cherché à s'appuyer sur les propriétés chimiques de l'alcool. Et, chose à signaler, tandis que les procédés physiques empiriques sont seuls employés malgré leur approximation, si variable dans ce cas, et par conséquent sont seuls décrits dans les traités classiques, les auteurs sérieux sont unanimes à les condamner tous, sauf un : la densité par la méthode du flacon.

En effet quelques critiques peuvent être adressées aux alcoomètres centésimaux, même étalonnés. On peut attaquer leur graduation, un peu trop conventionnelle, dans laquelle les dizaines de degrés seules sont déterminées par un procédé scientifique, discutable néanmoins ; car on y voit celte anomalie, répétée tout le long de la tige, que la distance séparant les degrés entre eux, constante pendant l'intervalle d’une dizaine, change brusquement de valeur quand on passe à la dizaine suivante.

Si l'on considère la malpropreté possible de la tige, les corrections de température à faire à l’aide de tables variables suivant les auteurs {table de Gay-Lussac, formule de Francœur, formule de Guilloz) (1), tables en majeure partie calculées et par conséquent sujettes à caution ; si l’on tient compte des causes d'erreur dues à Ja graduation, qui s’altère avec le temps dans des conditions difficiles à définir (2); si l’on ajoute enfin l'interpolation, qui vient jeter encore un peu d’àpeu près dans le calcul, on n’est jamais sûr de sa décimale, à peine l’est-on de ses unités.

IL est vrai que ces appareils ont pour eux, comme d’ailleurs la plupart des autres en usage pour l'alcool, un très grand avantage: leur rapidité. Quand on veut faire un dosage, il suffit de nettoyer avec une lessive alcaline faible la tige de l’'alcoomètre, de plonger celui-ci dans une éprouvette verticale renfermant le liquide à üitrer, d'attendre l'équilibre de température et de bre les indications de l’alcoomètre et du thermomètre. Puis on fait la correction de température, généralement à l’aide des tables de Gay-Lussac, bien qu'elles se rapportent aux degrés de l’alcoomètre Gay-Lussac et non à

1) Journal de pharmacie et de chimie, t. XXVII, p. 417.

(2) Pocillet. — Rapport de la Commission des alcoomètres. — Comptes rendus 1858,t. LIIT, p. 615.

op ceux du nouvel alcoomètre légal; enfin le résultat est complété par interpolation.

C’est d’une grande simplicité; mais si l’on pense aux causes d'erreur déjà citées, on verra qu’elles peuvent influer sur le résultat final. D'autant plus que si deux observateurs font la même détermination, l’un avec un alcoomètre étalonné marquant un dixième de degré en plus, l’autre un dixième de degré en moins (tolérances légales), ils pourront déjà avoir entre leurs deux évaluations une différence de 0°20. En outre, ce sont des instruments fragiles et encombrants, applicables seulement quand on à au moins 300-400 c. c. de liquide; que fera-t-on lorsqu'on ne disposera que d’un volume plus réduit : 200 ce. e., 50 c. ce. ? Si le liquide est très riche, on aura évidemment la ressource de le diluer ; mais ce n’est pas toujours possible; les indications de l’alcoomètre sont d’ailleurs moins précises dans le bas de la tige que vers le haut, et l'opérateur à plutôt avantage à concentrer ses liqueurs qu’à les diluer pour en prendre le titre.

Les autres méthodes physiques en usage (1) sont bien plus sujettes à caution et ne méritent qu’une chose: l’oubli. Avec ces appareils, quels qu’ils soient, on n’est jamais sûr de sa décimale dans l'évaluation du dosage alcoolique ; on ne peut aller plus loin que les unités. Avec beaucoup d’entre eux même on n’est pas sûr de ses unités; et lorsque, pour un vin titrant 10°, on commet une erreur de 1°, cela fait du 10 0/0. On m’accordera que ce résultat est loin d’être scientifique.

Il est cependant un appareil qui est généralement regardé comme un peu plus précis que les autres, c’est le Réfractomètre Amagat. J'ai eu en main cet appareil, qui donne très rapidement la teneur en alcool des liquides observés. II jouit.

(1) La plupart de ces méthodes sont décrites, quelques-unes étudiées, dans la thèse de M. Cros sur l’alcoométrie et les alcoomètres. (Montpellier, 1896).

d'une réputation assez grande, et M. Cros en fait l'éloge dans sa thèse. Cet éloge s'appuie sur les résultats comparatifs de déterminations faites simultanément avec le Réfractomètre Amagat et avec l’alcoomètre centésimal; mais, en recommencçant pour mon compte la comparaison des mêmes résultats, j'ai constaté des divergences telles que ma conclusion a été diamétralement opposée à celle de M. Cros.

Nous voyons qu'il a obtenu (p. 134, échantillon 15) pour un vin marquant 7% à l’alcoomètre contrôlé, après distillation à l’aide de l’alambic Salleron, 7°8 au Réfractomètre Amagat : soit 0°3 de différence pour un vin de 7%, ce qui représente du 4 0/0.

Plus loin (p. 135), un vin marquant 12°1 à l’alcoomètre lui a donné 125 au Réfractomètre; différence 0°4, soit du 3,3 0/0.

(Page 136, échantillon 4), un vin marquant 10°4 à l’alcoomètre marquait 10°9 à l'appareil Amagat. C’est une différence de 05 qui constitue bien près du 5 0/0.

On voit quel désarroi peut résulter dans les transactions de l'emploi d'appareils dont jes indications sont susceptibles d'autant s’écarter de celles de l’alcoomètre centésimal. Que serait-ce donc au point de vue scientifique ?

Reste la détermination de la densité par la méthode du flacon. Les auteurs sont unanimes à constater qu’elle est la meilleure de toutes les méthodes physiques. Elle est employée dans les laboratoires, quand on veut avoir la teneur exacte en alcool d’un liquide donné, et on lui accorde une plus grande confiance qu’à l’alcoomètre Elle à d’ailleurs sur celui-ci l’avantage très grand de pouvoir être utilisée quand on n’a que quelques centimètres cubes de liquide, ou un liquide ne renfermant qu’une faible proportion d'alcool. Pour avoir la richesse en alcool il suffit, une fois la densité exacte obtenue, de se revorter à des tables : l’une, dressée pour son alcoomètre

“par Gay-Lussac et publiée par Vacher-Collardeau en 1862 (1);

l’autre, dressée par le bureau national des poids et mesures et parue en 1884 (2), correspond à l’alcoomètre légal. Cette dernière donne les densités par dixièmes de degré, et la Commission du Codex l’a reproduite en tête du Supplément de 1895. Quant au fragment de table {de 7° à 16° par dixièmes de degré) publié par M. Cros en 1896 (3), il ne me paraît pas mériter grande confiance. En le comparant à la table de Gay- Lussac, on constate que les coefficients obtenus par M. Cros pour les degrés ne diffèrent de ceux de Gay-Lussac que par la présence d’une décimale en plus, il est vrai que cette décimale est un zéro. Les densités données par Gay-Lussac ne correspondant plus aux degrés du nouvel alcoomètre légal, les coefficients de M. Cros doivent être rejetés en bloc. Je dois ajouter qu’à la page suivante de sa thèse M. Cros semble reconnaître son erreur.

Ayant encore cherché la densité de quelques mélanges hydroalcooliques par la méthode du flacon, il a obtenu des coefficients différant légèrement de ceux de son premier tableau, mais se rapprochant singulièrement de ceux de la table officielle, ainsi qu’on peut le constater :

Degrés T'able officielle Table Cros 5 992,77 0,9927 10 986,52 0,98652 15 981,00 0,981

20 SN eT) 0,9759

En consultant la table officielle, on voit que cette méthode perd de sa sensibilité tardis que le degré augmente à partir

(4) Cros, page 15.

(2) Décret du 27 septembre 1881.

(3) Cros, p. 127.

D ee

de 09, le minimum de sensibilité étant compris environ entre- 16 et 26 degrés ; la sensibilité va ensuite en croissant jusqu’à 100°.

Malheureusement cette méthode, très sûre, a un défaut encore: pour l’employer sans introduire de notables causes d'erreur, ilfaut en avoir une extrême habitude, les fautes pouvant être commises avec la plus grande facilité.

Un chimiste allemand, M. Bruno Rôse (1), dans une communication issue du laboratoire de Schmitt à Wiesbaden, après avoir critiqué en bloc toutes les méthodes physiques de dosage de l’alcool, s’en prend à la méthode du flacon ellemême. Il fait remarquer qu’entre 5 et 15 degrés Gay-Lussae, une différence d’une unité dans la troisième décimale du coefficient de densité correspond à une différence de 0°7 à 1 degré, ce qui oblige l'opérateur à trouver la quatrième décimale avec la plus grande approximation possible, s’il veut être sûr de ses dixièmes de degré. Ceci est absolument vrai. Il signale encore l'erreur due aux petites variations de température qui se produisent pendant les déterminations, variations auxquelles d’ailleurs correspond une table de correction, et 1l fait remarquer que pendant la distillation, destinée à isoler l’alcool des substances non volatiles en contact avec lui, il se produit des pertes par volatilisation, dues à ce que le distiliatum est reçu dans un vase ouvert. L'importance de ces pertes dépend d’ailleurs de facteurs divers, tels que: durée de la distillation, température de l’eau réfrigérante et du distillatum, etc. M. Rôüse conclut ensuite qu’il y à une partie de l’alcool déjà perdue avant qu’on puisse en général le doser par une méthode physique.

Il est impossible de s'associer entièrement à ces critiques. Il faut reconnaître que si parfois la distillation peut être

(1) Bruno Rôse.— Ein neues Verfahren zur Bestimmung des Alkohols (Zeitschrift für angewandte Chemie, 1888, n° 2, p. 31).

SLNE te,

-évitée dans le dosage chimique de l'alcool, on sera nécessairementobligé d'y recourir dans la plupart des cas, qu'il s'agisse de vins, de bières ou d’autres liqueurs, naturelles ou artificielles.

Cette cause d'erreur sera généralement à envisager, quel que soit le procédé auquel on s'adresse. Elle pourra d’ailleurs être notablement diminuée, presque annulée, en conduisant par un long tube de verre l'alcool recueilli dans un peu d'eau distillée, celle-ci étant dans un récipient entouré de glace et en contact par la plus petite ouverture possible avec l’air extérieur.

Il n'en résulte pas moins que les dosages d’alcool par la méthode du fiacon ne satisfont pas absolument au vieil adage des médecins, que les chimistes doivent chercher à s’approprier le plus possible : cito, tuto et jucundè.

Aussi, comme dans les recherches scientifiques on a souvent à doser des traces d’alcool dissous dans l’eau, il est bon de chercher siles procédés chimiques ne donneraient pas de meilleurs résultats.

Quelques-uns ont été proposés. Ce sont ceux de Reischauer (1866), Morell (1878), Rüse (1888), Nicloux (1896), ce dernier légèrement modifié par MM. Bordas et Raczkowski (1896). Au lieu de suivre l’ordre chronologique pour étudier ces divers procédés ou d’autres méthodes que j’ai été sur le point d'essayer, mais qui étaient évidemment inapplicables, je pré- -fère employer l’ordre suivant qui me paraît mieux convenir:

Page 1