V.— Oxydation par le bichromate de potasse
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[.— MÉTHODE COLORIMÉTRIQUE DE MoRELz
Ce procédé, paru en Amérique en 1878 (1), a été reproduit dans le Journal de Pharmacie et de Chimie. Il est basé sur ce fait qu’une solution alcoolique de sulfocyanure d’ammonium se colore en bleu intense par addition d’un sel de cobalt; comme la teinte semble proportionnelle à la quantité d’alcoot employée, Morell en conclut qu’un simple examen au colorimètre donnerait instantanément le degré alcoolique. Cette couleur disparaît par addition d’eau, et la liqueur redevient rose comme les autres solutions des sels de cobalt.
Ce procédé m’a paru digne d’être étudié à cause de sa simplicité. Vu le mode de dosage employé, il doit être plutôt cité avec les procédés physiques; mais son principe étant évidemment basé sur une réaction chimique, il m’a semblé que je devais lui réserver ici quelques lignes, d'autant plus que je ne l’ai vu étudié nulle part.
La coloration bleue ci-dessus mentionnée n’est pas spécifique de l'alcool. Elle se produit avec une netteté au moins égale avec l’aldéhyde éthylique et l’éther (oxyde d’éthyle) privé d’alcool. L’aldéhyde formique, en solution à 40 o/o, et l'acide tartrique ne la produisent pas.
La couleur bleue n’apparaît qu'avec de l'alcool à titre assez élevé, 40° au moins ; c’est dire avec quelle facilité l’eau fait passer la liqueur au rouge. L’acide acétique joue le même rôle que l’eau, le chloroforme également. Avec l'éther à 65, il se produit ce phénomène, que la couche aqueuse inférieure renfermant le sulfocyanure et le nitrate de cobalt est beaucoup plus colorée que l'éther lui-même ; par addition d’eau,
(1) American Chemist, 18178, t. VI, p. 370.
c’est l’éther qui se décolore le premier ; il faut procéder à une nouvelle dilution pour changer la couleur de la couche inférieure .
Une solution bleue laissée à l’air devient rose à la longue; je ne sais si c’est par suite d'absorption de l'humidité de l'air, je crois plutôt que c'est par volatilisation de l'alcool.
Une liqueur à peine bleue, c'est-à-dire à demi-décolorée, devient nettement rose quand on la chauffe ; elle redevient bleue par le refroidissement.
Il semble découler de ces quelques faits qu'il se produit là une combinaison anhydre et peu énergique de sulfocyanure de cobalt et d'alcool, ayant la couleur bleue des sels de cobalt anhydres. Cette combinaison, facilement dissociable, serait décomposée par l’addition d’eau, de chloroforme, d'acide acétique, ou par l’action de la chaleur.
Cette couleur bleue caractéristique, étant aussi facilement détruite par la dilution, ne peut servir qu’à prendre le titre de liqueurs alcooliques très concentrées ; c’est un très grave inconvénient, qui doit évidemment restreindre beaucoup l'emploi de ce procédé. En outre, l'emploi du colorimètre n’est pas fait pour lui donner une bien grande précision.
On ne peut songer à mesurer la quantité d’eau nécessaire: pour amener le changement de teinte, car le passage est impossible à saisir. Quand la liqueur est additionnée d’eau goutte à goutte, elle passe par toutes les nuances du violet, en partant du violet bleu pour aller au violetrouge, sans présenter de point de repère net auquel on puisse s'arrêter pour. en faire un terme de comparaison.
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