CHAPITRE IV
Il nous paraît maintenant utile d'ajouter à notre étude, un résumé des principaux inconvénients auxquels donne souvent lieu l’application du forceps, surtout, ainsi qu'il arrive trop fréquemment, quand elle est faite par des mains inhabiles.
Nous ne voudrions cependant pas oublier les services qu'il rend chaque jour, permettantévidemment une terminaison plus rapide dans les cas d’éclampsie, d’hémorrhagie grave, de rupture utérine en particulier.
C’est d’autres fois une cardiaque avec cœur forcé, avec menace d’asystolie aiguë qu’il convient de secourir au plus vite, son état général ne permettant aucune perte de temps.
Certaines emphysémateuses ou tuberculeuses réclament l'intervention au même titre.
En présence d’une hernie volumineuse aucune hésitation ne sera de même autorisée.
La même indication se trouvera dans tous les cas où le fœtus commence à souffrir, que le liquide am-
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niotique rendu vendâtre par le rejet du méconium s'écoule pendant l’expulsion, ou que le cœur subitementsourd, mal frappé, ralenti ou accéléré dans l’intervalle des contractions, viennent donner l'éveil.
Dans tous ces cas, le forceps sera d’un grand secours pour faciliter l'accouchement, de même s’il y a trop grand retard, et nous l’avons vu dans les différents cas signalés au chapitre II, s’il y a trop grand retard par suite d’un excès de volume total ou partiel du fœtus, par suite au contraire d’un trop faible volume permettant à la tête de se défléchir et de mal subir les contractions utérines, que celles-ci soient trop faibles, ou qu'elles s’exercent ainsi qu’il arrive fréquemment dans les postérieures sur un fœtus en position peu favorable, ou qu'il y ait enfin véritable dystocie des parties molles, résistance exagérée, véritable barrure du plancher musculaire.
Indépendamment de son rôle ocytocique supplémentaire, d’ailleurs fort discuté, il faut donc être reconnaissant au forceps de tout le bien qu’il fait pour ne critiquer son emploi que dans les cas inutiles, les seuls que nous ayons étudiés.
Le praticien pourrait évidemment invoquer, non sans apparence deraison, que dans beaucoup de ces cas ily a doute, qu'il est fort délicat d’affirmer après trois heures d’attente que l’heure suivante ou les heures suivantes verront l'issue naturelle et heureuse d’un problème dont la solution ne s’est pas annoncée jusque-là, bien qu’elle en ait eu largement le temps, et que, dans ce doute, l’abstention est d’une efficacité
problématique, étant donné surtout l’innocuité relaüve de l'intervention.
Mais précisément, malheureusement aussi, l’innocuité du forceps n’est que relative. Si dans les mains les plus expérimentées, appliqué par les spécialistes les plus compétents, il a pu donner lieu à quelques accidents, rares d’ailleurs, et de peu de gravité la plupart du temps, il faut savoir combien souvent en d’autres lieux et d’autres circonstances il y a eu de pages noires dans son histoire.
La mère et l'enfant peuvent en souffrir.
Les différentes variétés de déchirures du périnée (médiane, latérale, ete.) ont été observées fréquemment, non pas toujours limitées, et ne nécessitant que quelques points de suture, mais parfois étendues, complètes, intéressant le rectum, et le chiffre des périnéorrhaphies faites dans les services spéciaux est élevé.
Les déchirures du vagin au tiers inférieur, moyen, ou dans sa totalité (r),s’observent parfois, ces derniéres moins souvent. Et cependant « la rupture dans le cul-de-sac vaginal peut aller au point de séparer presque en entier l’utérus du vagin ». M. le professeur Budin a rencontré deux fois cette circonstance, et dans les deux cas elle avait été produite par de violentes manœuvres de forceps (2).
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1. Cadiergues. Contribution à l'étude des déchirures obstétricales du col.
2. Budin. Lésions chez la femme dans les accouchements artificiels. Thèse d’agrégation 1878.
Le professeur Pajot cite également un cas de rupture totale du vagin dans les mêmes circonstances et à la suite d’une application maladroite de for- Ceps (1).
Sans aller jusqu’à un semblable degré de gravité d’autres lésions du vagin ont été observées dans un certain nombre de cas, entraînant après elles douleurs, fatigues continues ou infirmités. On peut citer parmi celles-ci des eschares à siége variable (2), des inflammations du tissu cellulaire périvaginal, avec suppurations prolongées suivies même dans certains oas de brides fibreuses cicatricielles ayant eu plusieurs fois pour résultat de véritables oblitérations : du canal vaginal, ce qui constitue bien une déplorable infirmité.
L’utérus, lui aussi, a été souvent intéressé, surtout dans sa portion vaginale où des déchirures ont été observées résultant d’un pincement latéral par le forceps. Velpeau s’exprime ainsi à ce sujet: « Appliqué sur la tête qu’il semble coiffer, le col est facilement pincé par le forceps et détaché de sa circonférence externe, soit d’un côté seulement, soit avec les deux cuillers en même temps. Ilen résulte alors une ou plusieurs boutonnières, de larges brides ou des lambeaux qui se rétractent considérablement après
1. Pajot. De l'abus du forceps dans les accouchements laborieux. Gazelte des hôpitaux, 1867.
2. Velpeau. Traité de l'art des accouchements. Art. I, p. 195.
la délivrance » (1). L'auteur en a vu trois exemples, Dans l’un, « l’extrémité des quatre doigts pouvait
pénétrer dans la bride et les parois utéro-vagi-
nales ».
On a plusieurs fois noté également des lésions d'organes et de tissus situés dans le voisinage du canal génital, ce qui montre jusqu'où peuvent s'étendre les méfaits de mauvaises applications.
Les organes urinaires ont été lésés et des fistules observées, le plus souvent vésico-vaginales, d’autres uréthro-vaginales seulement, ces dernières moins génantes, l'urine ne s’écoulant en ce cas que pendant la miction. On a mentionné également des variétés fistulaires : vésico-utérines, uretéro-utérines et uretéro-vaginales.
Plus fréquemment peut-être le rectum a été ouvert par des déchirures recto-vaginales, soit par le mécanisme de l'éclatement pendant l'intervention, soit dans la suite par eschare.
L’intestin grêle rarement, différents vaisseaux plus souvent, figurent aussi parmi les organes blessés.
Bianchi et Lefebvre (Thèse de Paris, 1867 et 1876) citent de plus parmi les lésions nerveuses observées des paralysies traumatiques des membres inférieurs chez les nouvelles accouchées.
Nous n'insisterons pas sur les lésions osseuses beaucoup plus rares parmi lesquelles la disjonction