CHAPITRE VI
L'Académie de 1700 à 1721. — Passage des ducs de Berri et de Bourgogne, — Terrin et le Journal de Trévoux. — L'abbé Bauldry et le P. Prost. — Ignace Amat de Graveson. — La Grappe. — Le chevalier de Romieu. — Mort des derniers académiciens. — Appel de l'abbé de Boche. — La guerre, le Jansénisme et la peste.
En 1701, les ducs de Berri et de Bourgogne escortant leur frère, le duc d'Anjou, nouveau roi d'Espagne, firent à travers la France un voyage que l'on entoura d'un grand apparat. Les villes recevaient les princes avec tous les honneurs royaux : on leur adressait des harangues, on leur préparait des arcs de triomphe.
A leur passage au Pont-Saint-Esprit, Gilles Roubin leur présenta des sonnets et un madrigal, qu'il fit ensuite imprimer à Avignon (i). Les princes étaient attendus à Arles : la ville dépensa 7463 l. 17 s. 4 d. pour les préparatifs et les décorations, dont Guillaume Marcel donna le plan. Mais la petite vérole éclata dans la ville et le maréchal de Noailles, averti, dit-on,
(i) Sonnets et madrigal présentez à Messeigneurs les princes de la maison royale, Mgr le duc de Bourgogne et Mgr le duc de Berry à leur passage du Pont-Saint-Esprit, par le sieur de Roubin, de l'Académie royale d'Arles. A Avignon, chez Joseph- Charles Chastenier, imprimeur et libraire proche le collège des RR.PP. Jésuites, MDCI, 6 p. in-4°.(Lelong et Fontette, n» 265o3),
par M. Simon, médecin arlésien, ne voulut pas exposer les princes, dont il avait la garde, à ce danger. Il fut décidé qu'on éviterait Arles, et qu'on se rendrait à Salon, par Tarascon, Fontvieille et Montpaon. « MM. de La Tour, de Bois-Verdun et Du Port, de l'état des nobles, MM. Restaurand , Charbonnier et Compan, de l'état des bourgeois, et MM. Giffon et Brunet, médecins, furent en la ville de Nîmes faire compliment à nosseigneurs les princes et leur représenter la consternation où étoit cette ville, sur la nouvelle qu'ils n'y passoient pas , attendu la petite vérolle (i). » La réclamation n'eut aucun succès et l'itinéraire fixé fut suivi par les princes.
« Ils partirent de Nismes le 3 de mars, à 9 heures du matin, après avoir entendu la messe aux jésuites. S'ils eussent suivi la route ordinaire , ils auroient été coucher à Arles, mais la petite vérole estoit en plusieurs endroits de cette ville et l'archevêque même en avoit esté attaqué, ce qui fut cause que M. le maréchal de Noailles ne jugea pas à propos de les y laisser passer. Les habitans s'estoient fait un si grand plaisir de les y recevoir, qu'ils n'avoient rien oublié de tout ce qu'il falloit faire, pour en donner d'éclatantes marques. Ils avoient fait dresser dans leur ville quantité de fort grands arcs de triomphe et
(i) Bibl. d'Aix, Ms 806, Annales d'Arles, année 1701.
depuis la porte de la ville jusqu'au lieu où messeigneurs les princes dévoient loger, on devoit passer au milieu d'une double haie d'orangers, entremêlée de bourgeois sous les armes. On trouva plus de 2,000 habitans sur la route, qui se plaignirent de ce qu'on n'avoit pas passé dans leur ville. On assure qu'ils avoient fait une dépense très considérable. Messeigneurs les princes allèrent coucher à Beaucaire, qui est une petite ville assez jolie et assez bien bâtie (i). » Nous voyons que, dans cette circonstance, la ville eut recours aux bons offices de deux académiciens. La relation des préparatifs qui furent faits a été écrite par Terrin et son manuscrit original est aujourd'hui à la Bibliothèque d'Arles (2). En voici le début : « Dans l'espérance 011 la ville étoit d'être honorée du passage de nosseigneurs les princes, dont elle fut privée par l'imprudence d'un médecin (M. Simon), MM. les consuls prièrent M. Marcel, comissaire de la marine dans le département, homme d'un grand
(i) Mercure Galant, avr'û 1701, première partie, p. i 14-116. I.c commencement de la relation est au Mercure de février et à celui de mars. A Salon, les princes logèrent dans la maison de l'archevêque d'Arles, au nom duquel l'abbé Roger de Bussy-Rabutin, vicaire général, leur donna un grand dîner (p. i23).
(2) Fonds Bonnemant, vol. Relations, pièce .:3, 14 p. in-8", Relation des préparatifs faits à Arles, en 1701, pour l'entrée de Nosseigneurs les princes. En voir une copie, .Ms 806, année 1701. En 1699, Terrin céda aux consuls, pour la somme de de 75 1., la carte générale de tout le terroir de la ville, qu'il avait dressée. Ms 806. Annales d'Arles.
goût et d'un grand discernement, de donner un dessein qui répondit à la grandeur du sujet ; il s'en acquitta d'une manière que ceux de la ville et les étrangers en parurent pleinement satisfaits, n'ayant rien trouvé dans les décorations qui ne fut digne du mérite de l'ancienne ville d'Arles, et de la sincérité du cœur de ses habitants qui ont fait toujours éclatter leur zèle dans les occasions qui se sont présentées, pour honorer leur prince. »
Cette année même (1701), Terrin échangea deux lettres avec M. Jean- Antoine de Barras de La Penne, au sujet des divers ordres de rames, dans les galères des anciens. Cette polémique n'a pas été publiée in-extenso : le P. Bougerel en a donné un résumé (i). Elle fut absolument courtoise. Plus tard , elle fut reprise entre le P. de la Maugeraye, S. J. , et M. de La Penne. Elle fut débattue dans divers numéros du Journal de Trévoux de 1728, 1729 et 1730(2).
(i) Hommes illustres de Provence, p. 317-327. Les lettres de Terrin sont du 5 août et du 28 oct. 1701 ; celles de M. de Barras du 9 sept, et du 8 novembre 1701. Le P. Bougerel se réfère aux Mém. Ms de* M. de Barras sur les divers ordres de rames des galères, t. VU, part. 10, p. gSg. V. encore dans le Mercure àt France de mai 1726, p. 871-880, Réponse géométrique du
IP. Castel, S. J., à M. de Barras, premier chef d'escadre. (2) V. Journal de Trévoux, mars 1728, p. 389; janvier 1729, p. 123; octobre 172g, p. 1900; mai i;3o, p. 921. M. de Barras mourut le 18 juillet 1730. Cfr. la Table Méthodique des Mémoires de Trévoux, par le P. Sommervogel, S. J., Paris, 1864-1865,
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Sous l'impulsion de Mgr de Mailly, le goût des études archéologiques se développait. On sait que les jésuites fondèrent à Trévoux une revue littéraire et savante, connue sous le nom de Journal ou Mémoires de Trévoux, dont le premier numéro parut en mars 1701, sous le patronage du duc du Maine. Ils cherchèrent des correspondants un peu partout. Les Jésuites d'Arles, Mgr de Mailly, le P. Daugières, le P. de Colonia attirèrent l'attention des journalistes sur Terrin, et lorsque, en 1702, M. Laurent Gravier (i) leur envoya l'explication d'un cachet antique d'Agathe orientale donnée par Terrin, ils la publièrent avec une notice
(i) Laurent Gravier, né à Marseille en 1657, fut un numismate très distingué et un grand collectionneur. 11 recherchait surtout les médailles et les objets égyptiens. Il avait été dans le commerce et conservait des relations suivies avec les Français établis en Egypte. Son parent. Gravier d'Ortières, qui explora ce pays en 1685-1687, par ordre de Louis XIV, lui rapporta de nombreuses médailles, des cachets antiques, des idoles rares. Le 18 mars lyoS, Laurent Gravier donna au Cabinet des médailles du roi, la médaille de Phorbœtus, préfet de la basse Egypte, frappée la seconde année du règne d'Adrien. Lié avec Oudinet, de La Bastie, Maureau de Mautour, il entretint avec eux une correspondance savante. Il avait écrit diverses dissertations qui n'ont jamais vu le jour: Terrin était de ses amis. II mourut le 8 janvier 1717. Son ^\% Jean-Félix, ini un des premiers membres de l'Académie de Marseille et a laissé la réputation d'un chrétien rigide et d'un savant laborieux. 11 avait pris le bonnet de docteur en droit à Orléans. Il mourut en 1747.
Sur Laurent Gravier, voir Journal de Trévoux, juin .'702, p. 3 1-34 ; Mémoires de littérature et d'histoire du P. Desmolets, t. IV. p. 167-169, une lettre du P. Bougerel, dont s'inspire le Dict. des Hommes illustres de Provence, I, !^8o-38i. Les dictionnaires biographiques le confondent parfois avec son fils,
très élogieuse sur l'auteur, qu'ils terminaient ainsi : « Il seroit à souhaiter que toutes les petites dissertations qu'il a faites à différentes occasions eussent été données au public, comme celle-cy. S'il vouloit les communiquer, on rendroit avec plaisir toute la justice qu'on doit à son mérite. ( r ) » Terrin ne semble pas avoir répondu à cet appel : c'est après sa mort seulement que nous rencontrons dans le Journal de Trévoux d'autres articles de lui. Néanmoins il y a dans un numéro de lyoS, une note sur la colonne Constantine attribuée au P. de Colon ia, mais qui pourrait bien être, en réalité, de Terrin , d'après un passage de Bougerel (2"^. Ce fut peut-être même à la suite de
(i) E^xplication d'un cachet antique d'agathe orientale, du cabinet de M. Gravier, de Marseille, par M. Terrin, conseiller du roy en la sénéchaussée d'Arles. Juin 1702, p. 24-31, avec planche, suit p. 3 1-34, une note sur Terrin et Gravier,d'où nous extrayons le passage ci-dessus.
(2) Découverte d'une colonne de Constantin-le-Grand, Journal de Trévoux, fév. 1703, p. 207-2 1 5, suit dissertation du même auteur, le P. deColonia — sur une colonne milliaire d'Arles,p. 2 15- 218, Il s'agit de la colonne du préfet Auxiliaris placée au milieu du Forum d'Arles et qui servait de borne « au bas des degrez de l'églisedu collège des Jésuites.» Elle est actuellement au Musée.
« L'an 170'^, M. Terrin avoit composé une dissertation sur une colonne consacrée par les habitants d'Arles à Constantin-le- Grand, qu'il dédia à M. de Mailly, archevêque d'Arles.... qui alloit à Paris, et qui se chargea de l'impression. Cet archevêque l'ayant communiquée à Lyon à une personne, celle-ci la fit imprimer sous son nom ; mais le public informé du vol, rendit à M. Terrin la justice qu'il méritoit et témoigna son indignation contre le plagiaire. » Bougerel, Hommes illustres, p. 32^-33o, Le résumé c^u'il donne du travail de Terrin indiquç
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cette publication que Terrin évita de rien communiquer au Journal de Trévoux.
Cette colonne Constantine, aujourd'hui au M usée, servait à amarrer les bateaux sur le quai de Trinquetaîlle. Le P. de Colonia la découvrit , la fit exhumer et en expliqua l'inscription, avec le concours de G. Marcel, commissaire des classes et de Mgr de Mailly.
Le P. de Colonia profita , paraît-il , souvent des travaux des autres, sans leur en faire honneur, mais il faut dire aussi que le P. Bougerel admet très facilement les assertions défavorables aux Jésuites. Il est vrai enfin que le Journal de Trévoux de février 171 i publia une longue analyse, avec des citations partielles, de la dissertation de Terrin sur la colonne Constantine. « Nous ne donnons point cette dissertation entière, disaient les rédacteurs, parce qu'elle est beaucoup plus longue que les pièces qui entrent dans nos mémoires. Le public seroit obligé à M. Ter-
qu'il était plus étendu que îa note du P. de Colonia, cependant nous pensons que c'est bien cette note — où n'est pas cité le nom de Terrin — que vise ici le P. Bougerel. Voir dans le Journal de Trévoux, janvier 1708, p. 147-154, Conjectures du P. de Colonia sur des tuyaux de plomb antiques trouvez dans le Rhône un peu au-dessus de la ville d'Arles, au mois d'avril, et de mai 1707, avec planche. Ils sont aujourd'hui au Musée d'Arles. En 1700, le P. de Colonia dédia à Mgr de IVlailly la seconde édition de ses Orationes latinœ, Lyon, in-12, 258 p. Il était lié avec;un frère de l'archevêque, mort en 1C99, et avait fait les honneurs des collections du grand collège à Mgr de Mailly, à son passage à Lyon, en 1698, V. cette dédicace, Bibl. d'Aix, C 891.
rin, s'il avoit bien voulu faire imprimer une pièce si remplie de reclierches savantes et curieuses. » Suit une analyse conforme à celle de Bougerel, et ils terminent ainsi : a Si nous n'étions point obligez de nous renfermer dans les bornes d'un extrait, nous n'omettrions rien d'une dissertation où M. Terrin fait paroître tant d'érudition et tant d'amour pour sa patrie (i). » Dans le numéro de mars 171 1, il y a une lettre de Terrin, intitulée : Dissertation sur une médaille des Macédoniens (iEsillas), par M. Terrin, conseiller du roy à la sénéchaussée d'Arles. A Mgr Lebret, premier président au Parlement d'Aix et intendant de justice, police et finances en Provence, p. 484-496. Cette médaille que Terrin avait vue dans le cabinet de M . Lebret, avait été déjà expliquée par Graverol. C'est après avoir reçu l'étude de ce savant que Terrin se détermina à la compléter et à la rectifier. Cette dissertation est donc de 1694 au plus tard, Graverol étant mort le 10 septembre de cette année (2).
Les journalistes de Trévoux paraissaient ignorer la mort de Terrin ; ils en parlent comme s'il vivait
(i) Journal de Trévoux, février 17 11, art. XXVI, p. Sog-Sig. Le Ms autographe de cette dissertation, datée de lyoS, forme 42 p. in-4° et est au fonds Bonnemant., vol. Antiquités.
(2) V. Mercure Galant de juin 1695, p. 53, et Ménard, Hist. de Nîmes, t. VI, p. 333-340. V. Dissertation sur une médaille des Tyriens à M. Le Bret, fils de M. Lebret, premier président au Parlement d'Aix et intendant de Provence , 1690 (par Graverol).
encore, et nous n'avons trouvé aucune notice nécrologique sur lui. Qui communiqua ces pièces au Journal de Trévoux ? Ce fut sans doute Gravier. Il en possédait d'autres, que lui ou son fils donnèrent au P. Bougerel qui les envoya au P. Desmolets, de l'Oratoire. Gravier avait fait hommage à M. Oudinet, garde du cabinet des médailles à Versailles, de trois médailles d'Hermonthès , de Mendès et de Jotapé. Oudinet rédigea un travail sur ces médailles , le soumit à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres (i), puis en fit tenir une copie à Gravier. Terrin en eut aussi connaissance et il écrivit à son ami de Marseille, le i8 mars 1703, pour ajouter quelques détails relatifs à la médaille de Jotapé, qui avaient échappé à Oudinet. Bougerel recueillit ces diverses pièces durant son séjour à Marseille et les fit reproduire dans le t. I,
(i) V. Mémoires de littérature et d'histoire du P. Desmolets, Paris, in-i2, 1749, t. IV, p. 170-198, Dissertation de M. Oudhiet (mort en 17 12), sur les trois médailles d'Hermonthès, de Mendès et de Jotapé, avec planche. Elle est dédiée à MxVl. de l'Académie des Inscriptions, et il y en a un résurpé dans l'Histoire de cette Académie, t. I, p. 2 58. Dans cette histoire, t. III, on voit l'éloge d'Oudinet par M. Bo:^e. L' « Addition à l'explication de la médaille de Jotapé donnée, le 18 mars 1708, par M. Terrin de l'Académie d'Arles à M. Gravier » commence par ces mots : « Vous m'avez fait. Monsieur, un très grand plaisir de m'envoyer les observations de M. Oudinet sur les médailles dont vous avez embelli le cabinet du roi. » Elle est dans les Mém. du P. Desmolets, t. IV, p. 190-192. V. Ibid., p. 167-1C9, une lettre de M*** (Bougerel), à M. G. en lui envoyant la Dissertation de M. Oudinet et les Additions de Terrin.
des Mémoires de littérature et d'histoire du P. Desmolets. Il y a dans ce même volume, une Dissertation bizarre et savante tout à la fois, sur un cachet antique du cabinet de Gravier , représentant le dieu égyptien Crépitus (i). D'après l'éditeur, Terrin l'aurait composée les derniers mois de sa vie.
Durant de longues années , le Mercure Galant ^ dirigé par Donneau de Vizé, l'ami de Vertron, avait parlé en maintes circonstances de TAcadémie d'Arles avec bienveillance. Vertron et Vizé vieillissaient ; Vizé, aveugle depuis 1706, mourut le 8 juillet 17 10, âgé de 70 ans, et le nouveau directeur du Mercure (2)
(i) Dissertation sur le dieu Pet divinisé par les Egyptiens par M. Claude Terrin, conseiller au siège d'Arles, et de l'Académie royale de cette même ville. A M. Gravier à Marseille (lettre en réponse aux demandes d'explications que lui adressait Gravier) Mémoires du P. Desmolets, t. I, pr. partie, p. 48-60, avec une planche, 1749. Elle est précédée d'une lettre de Bougerel, p. 45-48, qui dit que cette dissertation « estimable par le mérite de son auteur et de celui à qui elle est dédiée » est « remarquable par la bisarerie de son sujet. » Bougerel donne quelques détails sur Terrin et Gravier et fait allusion à la dissertation sur le cachet d'Agathe orientale. Dans le même volume, il y a divers écrits de Bougerel, en particulier le Projet d'une histoire des hommes illustres de Provence, dont le Ms est aujourd'hui si sévèrement caché à tous les regards. Bougerel était secondaire à Sainte-Anne d'Arles, en lyoq, plus tard il résida à Marseille. Il connut Terrin et Gravier. Dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence, notice sur Terrin, il a résumé ce qui est plus au long dans le P. Desmolets et le Dict. de Provence, art. Gravier, t. I, p. 38o-
138 1, résume encore ce résumé. Bougerel quitta Marseille vers 1726. (2) Le dernier Mercure rédigé par de Vizé est le numéro de
~ ?^4 — ne connaissait plus les académiciens d'Arles; d'ailleurs il semble avoir voulu apporter à la rédaction de ce Recueil des réformes qui ne furent pas toujours heu-
en vers au roi, pour obtenir le privilège," qui lui fut accordé, le 3 1 août 1710. Son premier numéro, juin-août 1 710, parut avec une longue préface développant le nouveau programme. Il ne satisfit pas tout le monde et il s'étaMit même un autre Mercure. On lit dans le Journal de Trévoux, mars lyir, p. 553-554:
« Il paroit deux Mercures, l'un s'imprime à Paris, M. Rivière du Freny connu par les amusemens sérieux et comiques, et par des comédies estimées, en est l'auteur. Son placet au roi pour in obtenir le privilège, qui exprime très délicatement la perfection de l'ouvrage qu'il entreprend, montre qu'il l'a connue et qu'il peut y atteindre. Les volumes qui ont déjà paru sont pleins de feu et de génie (.-' r ? )
a L'autre Mercure s'imprime à Trévoux, et il est dédié à Mgr le prince de Dombes. Trois auteurs qui ont du nom dans la belle littérature en partagent le travail : ils ont cru devoir suivre le plan de M. de Vizé à quelques défauts près qu'on ne doit pas attribuer, selon eux, au mauvais goût de M. de Vizé, mais à des qualitez plus précieuses que l'esprit, son bon cœur, sa politesse poussée jusqu'à l'excès. Ils lui rendent la justice d'assurer qu'il n'estimoit pas tout ce qu'il louoit. Les auteurs du Mercure de Trévoux éviteront cet écueil. Le public aime la critique, ils le serviront selon son goût. Ils ont débuté par une critique assez vive du Mercure de Paris, dont l'auteur ne manquera pas de prendre sa revanche. Le public gagnera beaucoup à cette querelle ; l'émulation donnera à ces ouvrages plus de vivacité et même plus de régularité. M. Du Frény avoit déclaré qu'il n'osoit toucher aux pièces de théâtre, les auteurs du Mercure de Trévoux en promettent des extraits fidelles et des critiques mesurées : ils peuvent aisément tenir parole, ils ont parmi eux un des maîtres de l'art.
« Au reste quoiqu'à Paris, où les auteurs sont connus, personne ne nous attribue le Mercure de Trévoux, pour prévenir les soupçons qu'on formeroit dans des païs éloignez, nous déclarons, par le seul motif de ne point dérober la gloire d'autrui, qu'aucun de nous n'en est auteur. »
reuses. Le Mercure annonça, en 1704(1), la mort de l'abbé Boileau, comme il avait annoncé celle de M. de Grille (1693), de M. de Chateaurenard (1695), celle de M. Charpentier (2) (1702). Il parla souvent
(i) L'abbé Boileau était un des privilégiés du Mercure qui en parle sans cesse. A la dernière page du numéro de février 1G93, le Mercure promettait un article nécrologique sur l'abbé Boileau, dont on annonçait la mort. C'était un faux bruit, et dans le numéro de mars, on lit, p. 337 • « Au lieu de faire l'éloge de M. l'abbé Boileau, comme je m'y estois préparé, en vous écrivant sa mort le mois passé, j'ay la joye de vous apprendre que cet illustre abbé se porte fort bien. Si j'en disois davantage, je blesserois sa modestie. Il vit et ses doctes prédications vous feront souvent son éloge. » Le 8 septembre 1693, le roi donna à l'abbé Boileau le prieuré de La P'aye. « Il est si fameux par ses sermons, par son érudition et par sa piété exemplaire qu'il n'y a personne à qui il soit inconnu »., dit le Mercure de septembre, p. 248, en annonçant le fait. En 1Ô94, il prêcha le sermon du Jeudi-Saint devant le roi. A/ercwJV d'avril, p. 256. Le 27 septembre i6y8, il reçut l'abbé Genest, en qualité de directeur de l'Académie , A/erc«r<? d'octobre, p. 191-215. Il avait été lui même reçu à l'Académie, le 19 août 1694, Mercure d'août, p. 289-293. Le i«' novembre i6q3, il avait été pourvu de l'abbaye de Beaulieu, près de Loches « le roy voulant honorer par là le ministère de cet abbé. » Mercure de novembre, p. 73. Cfr. Ga:{ette do. 1693, p. 578. Le Mercure de va^à 1704, p. 261-268 fit un grand éloge de l'abbé Boileau, à sa mort. Il y a même dans le numéro de juin, p. 54-66, des Stances sur la mort de Bossuet, Bourdaloue et Boileau, arrivée la même année, où nous trouvons classés sur le même rang ces trois orateurs. V. dans le Mercure d'août 1704, p. 364-369, la réception de l'abbé Abeille qui fit grand éloge de son prédécesseur « avec lequel il étoit lié d'une amitié particulière, ce qui luy donna lieu de parler du caractère de son cœur et de son esprit, dont il avoit une parfaite connoissance. » Ce fut l'abbé Régnier des Marais qui répondit à l'abbé Abeille. Il parla en termes excellents de Bossuet et de l'abbé Boileau, avant défaire
l'éloge obligé du récipiendaire et du roi.V. t. II, p. 288 et suiv. (2) Avril 1G93, p. 247; juin 1695, p. 67; avril 1702, p. 385-387.
des œuvres diverses de Vertron et de sa promotion aux honneurs de chevalier de l'ordre du Mont- Carmel (i), dont le marquis de Dangeau était le grand maître , depuis 1698. Mais c'est à peine s'il y a
( I ) r.e Mercure mentionne plusieurs fois des réceptions de chevaliers du Mont-Garmel. Voir déc. 1702, p. 3o3-326.Mais nous n'avons pas trouvé le numéro qui annonce la nomination de Vertron. Cependant ce doit être un numéro de 1703. Nous lisons en effet, dans une lettre de M""" de Saliez à Vertron, publiée par le Mercure de janvier 1704, p. SS-ôg: « Vous voilà donc. Monsieur, chevalier de l'ordre royal de N.-D. du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Je sentis une joie qui tenoitdu transport, en lisant cette nouvelle dans les Mercures Galans. Cette joye n'a pas cessé... » Et elle lui demande d'y faire admettre les femmes, puisqu'il porte le titre de protecteur du beau sexe. Le Mercure parla souvent encore des pièces de Vertron à l'honneur des dames. A la mort de M"« de Scudéry, en 1701, on composa une foule d'éloges que le Mercure publia. Vertron, qui avait envoyé à l'Académie d'Arles l'éloge de Madame des Houlières en 1694 (Cfr, Pandore, tome I, pages 412-413), composa en vers le [Tombeau de l'illustre mademoiselle de Scudéry , de l'Académie des Ricovrati de Padoue ou Apothéose de Sapho, que le Mercure inséra (janvier 1702, p. 61-74), avec cette note : « Il y a déjà longtemps qu'on m'a envoyé la pièce que vous allez lire. Elle est de M. de Vertron, et contient un abrégé de la vie de M"« de Scudéry ; mais comme depuis la mort de cette admirable fille, j'ay eu quantité d'ouvrages faits à sa gloire, que j'ay répandus dans la plupart de mes lettres, j'ay réservé celui-cy pour en former son tombeau. » 11 y a des vers ou de la prose de Vertron dans nombre de Mercure de 1700 à 1709, et on ne manque pas^ depuis 1704, de l'appeler M. le chevalier. Un des derniers numéros publiés par de Vizé, donna encore le Portrait en vers d'un honnête homme, par M. le chevalier de Vertron, jan. 17 10 p. 82-S9. C'est la dernière communication que nous relevions. V. Mercure de juin 1 70 1, p. SS-go ; mars 1 700, p. 1 5o-i 56, Lettre sur la loterie ; juillet 1700, p. 207-210; mai 1701, p. 24-33; juillet 1708, p. I lo-i 17, et autres.
quelques lignes, en 1710, sur M. Donneau de Vizé(i), il n'est point parlé de la mort de Giffon (1712), ni de celle de Vertron (171 5) : une page très brève est consacrée à Dangeau, mort le 9 septembre 1720, et chose à noter, parmi ses titres ne figure pas celui de protecteur de l'Académie (septembre 1720, p. 164). C'est une source de renseignements qui nous fait défaut, et il n'en est pas d'autres oti nous puissions puiser, car l'Académie d'Arles ne tient dans les historiens provençaux qu'une très petite place. Bien plus, on rencontre, chez ces derniers, des erreurs sans nombre et leurs affirmations ont sans cesse besoin d'être contrôlées ou rectifiées.
Nous lisons dans la Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, t. I, p. 18 : « Bauldry (André), né à Villaine en Duesnois , curé de Saint-Thibault en Auxois , académicien d'Arles, mourut le 4 décembre 1717, à 76 ans. 11 a composé un grand nombre de vers français. On en trouve quelques-uns dans les calendriers que Ressayre a imprimés à Dijon. Il a aussi imprimé in-4'' un Poème héroïque sur ce que le roi a fait pour l'Eglise et sur l'Edit nouvellement
(i) « Non, je n'ai point d'éloges à vendre... La première violence que je vais me faire, ce sera celle de ne pas rendre à mon prédécesseur toute la justice qui luy est due. Je veux prouver, en m'abstenant d'un éloge si nécessaire, que je tiendrai au public tout ce que je luy promettray . . . » Programme de M. du Fresny.
rendu en faveur des curés. Cette pièce me parait fort bonne (i). »
A quelle date et à quel propos André Bauldry fut-il admis à l'Académie d'Arles? Nous ne pouvons le dire. Il y a dans le Mercure d'octobre 1681, des vers sur le sujet proposé pour les prix de l'Académie Française cette année-là.
« Je vous envoyé des vers qui ont esté faits pour le dernier prix de l'Académie Françoise, et qu'on croit n'avoir pas été donnez assez tôt pour le disputer. Ils sont de M. Bauldry, curé de Fresnes, proche Montbard, diocèse d'Autun. Leur lecture vous fera con~ noistre la beauté de son génie. Nous en pourrions espérer plusieurs agréables pièces, si l'état ecclésiastique qu'il a embrassé pouvoit permettre à sa Muse de sortir des bornes que ce caractère luy prescrit. C'est en quoy on ne sçauroit trop louer sa modestie (2).
S'agit-il de l'académicien d'Arles? Nous le croyons. En 1690, M, l'abbé Bauldry fut aussi reçu à l'Aca-
(i) Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, par feu M. l'abbé Papillon, chanoine de la Chapelle-au-Riche, de Dijon. A Dijon, chez Philippe Marteret, imprinoeur et libraire, place du Palais, 1742, avec app. et priv., 2 vol. in-fol. Philbert Papillon, né à Dijon, le i" mai 1666, mourut en cette ville le 23 février lySy,
Bougerel, Ms de M. Arbaud, notice XLVI, reproduit textuellement la note de Papillon, sans autres renseignements.
(2) Mercure Galant d'octobre 1681, p. 4-6, suit l'ode au roy « sur ce qu'on le voit toujours tranquille quoy que dans un perpétuel mouvement » p. 6-16. On sait que Marc-Antoine Chalvet présenta aussi une pièce au concours de 1 68 i.V. ci-dessus^ p. 10.
demie de Nimes (i) M. Bauldry avait publié un poème de 456 vers hex., sur l'édit du roi (29 janvier 1686) relatif à l'inamovibilité des curés, qui fut un événement considérable. Il l'avait dédié au duc de Saint-Aignan qui avait apprécié, dit-il, ses premiers ouvrages , au sujet desquels nous ne savons rien (2). Il était déjà peut-être membre de l'Académie d'Arles à cette date.
(i) V. ci-dessus, p. i 36. La Granche remporta en 1695 le prix de poésie à l'Académie Française, Mercure de sept., p. 176-180. Il aurait été reçu à l'Académie de Nimes, le 26 octobre 1689, selon le Mercure de novembre 1689, p. 325.
(2) Poème héroïque sur ce que le roy a fait pour l'Eglise et sur redit nouvellement rendu en faveur des curez, par le sieur Bauîdry. A Praris, chez André Cramoisy, rue de la Harpe, au Sacrifice d'Abraham, 1687, avec permission, io p. in-4°, signés : A. Bauîdry. Voici le début de la dédicace au « protecteur de l'Académie royale d'Arles. » « Monseigneur, comme mes premiers ouvrages ont eu le bonheur de vous plaire, j'ose me flatter que celuy-ci aura le mesme succès, avec d'autant plus de raison qu'il regarde uniquement notre incomparable monarque. Je ne m'attache point à déerire ses conquestes ; mais mon dessein, conforme à mon caractère et à la profession que je fais, est de présenter à S. M., sous vos favorables auspices, les productions d'une Muse respectueuse, et de marquer, au nom de tous mes confrères, la reconnoissance qu'ils luy doivent des faveurs qu'elle leur a nouvellement accordées »
Il y a dans les premiers vers une allusion à la révocation de l'édit de Nantes et, dans la suite, aux services rendus par les rois de France à l'Eglise. Au sujet de l'Edit du 29 janvier 1686, voici ce qu'écrit M. de Saint-Vincens dans ses Notes sur Aix. Bibl. Méjanes, Ms 1014, p. 964 :
« C'est proprement le cardinal Grimaldy qui a été le principal auteur de l'inamovibilité des curés dans tout le diocèse. En 1 675 , il fit une ordonnance cjui fut enregistrée au grand conseil, et
En i683, le professeur de rhétorique du collège, le P. Prost fit dédier une thèse à l'Académie et à son protecteur qui l'en remercia (i). Le chevalier de
contre laquelle le Chapitre se pourvut sans effet, portant que dans trois mois toutes les cures de son diocèses, même celle de Saint-Sauveur sont déclarées inamovibles et perpétuelles, et injonction â ceux qui ont à y nommer de faire choix, aussi dans les trois mois, de curés perpétuels, autrement permis à luy de les nommer et établir. Ce ne fut que le 22 juillet 1679 que le Chapitre se résolut à nommer quelques curés inamovibles, encore fallut-il bien des arrêts du conseil, et il le fit sous protestations. Le Chapitre n'ayant pas voulu nommer de curé à Saint-Sauveur, Mgr le cardinal Grimaldy nomma M. Blegier qui a été le premier curé inamovible de cette paroisse : ce fut inutilement que le Chapitre nomma le sieur Bicheiron à cette cure.
« La déclaration du 29 janvier 1686 rit ensuite un règlement général pour tout le royaume relativement à l'établissement des curés perpétuels. » Cfr. Ibid., Ms ioi5, pièce 4. Vies des archevêques d'Aix, par le même auteur. Notice sur Mgr de Grimaldy,
Le Mercure d'avril 1690, p. 122 et suiv , parle de la réception de M. Bauldry à l'Académie de Nimes et du choix qu'elle fit de P'iéchier pour son protecteur. Nous avons dit un mot ci-dessus, p. i?i-i32, du discours qu'il composa vers 1690 et qui est dans la Nouvelle Pandore, t. II, p. 1-17, sous ce titre : « Premier discours académique, défense du sexe masculin, contre l'excélence prétendue du sexe masculin. A Messieurs de l'Académie roïale d'Arles. » Il est inutile d'y revenir. •
On pourrait penser qu'il fut admis à l'Académie après ce discours, mais nous n'avons rien de précis sur ce point. Voir dans la Nouvelle Pandore, t. I, p. 298, un sonnet de Vertron à l'abbé Bauldry,dans lequel il évite l'emploi de Vy, dont il se dit l'ennemi.
(i) « Ce lundi 20 décembre (iô83, M. le secrétaire a monstre le pacquet qu'il vient de recevoir de la part de M. le duc de Saint-Aignan, la lettre qu'il reçoit en son particulier, pour les remerciemens que faict ce duc à l'Académie royalle touschant les honneurs qu'elle luy rendit en l'acte du sieur Aymin, Ce protecteur escript encore au P. Prost, au sieur Aymin et remercie à sa mï^nière toute obligeante M' le chr de Romieu , etc., de tout ce
— 23i — Romieu, directeur, promit une place dans le « petit corps » au soutenant, et le P. Bougerel pense que le P. Prost fut égalenaent reçu académicien (i), Arnaud Eymin se fit jésuite peu après et quitta la ville. Quant au P. Prost, nous le trouvons au collège de Chambéry, dès 1684. Il prononça cette année-là, le panégyrique du duc Victor-Amédée II, le fit imprimer et en envoya un exemplaire au P. Jean Lagaste, recteur du collège d'Arles (2). Le P. Prost revint plus tard en Provence, et mourut à Aix, le 10 décembre 1720. En 1688, lorsqu'il fut reçu à l'Académie, Charles-
qui s'est passé en ces thèses à son honneur. N - qu'on a rendu ce mesrae jour toutes ces lettres aux Jésuistes et autres à qui elles s'adresssoient. » Registre de l'Académie, fol. 229. Cfr, Une thèse de rhétorique au collège d'Arles (26 août i683), par A. J. Rance, br. in-8», 1887, Sg p. Le P. Lagaste fut recteur en 1 683-1 685.
(i) Ms de M. Arbaud, notice L. Cfr. Pandore, t. I, p. i52.
(2) Panegyricus Victori '^medeo II, Sabandiae duci, régi Cypri Subalpinorum principi, etc., dictus in amplissimo utriusque senatus et rationum curiœ concessu, ab Antonio Leopoldo Prost, e societale Jesu, Camberii, Typis L. Du Four et J. Gorrin, regiae suœ celsit. Typograph. et Bibliop. M DC LXXXIV, in-4<>, 55 p., au bas note Ms, pour le R. P. Lagaste, recteur du coll.... de Jésus. Rogné court. C'est la pièce 4 du Recueil 28372, Bibl. d'Aix. Sur le titre de la première pièce on lit : Collegii Arelatensis Sscietatis Jesu. Le Panégyrique du P. Prost a pour sujet le mariage du duc avec Anne-Marie d'Orléans. Il ne faut pas confondre le P. Antoine-Léopold Prost avec le P. Jacques Prost, son confrère et son contemporain, qui publia diverses œuvres de Cicéron et d'autres auteurs latins, dans la collection ad usum Delphini. V. la Bibl. des écrivains de la Compagnie de Jésus. Ne serait-ce pas du P. Jacques Prost qu'il est question dans les oçuvres de Vertron .'' V. çi-dessus, t. II, p. 469, note i.
— '232 — Joseph de Romieu portait le petit collet d'abbé. Il ne tarda pas à le quitter, pour entrer dans l'ordre des chevaliers de Malte. Le 12 novembre 1692, requête fut présentée au Chapitre de la langue de Provence a de la part de noble Charles Joseph de Romieu, fils légitime et naturel de messire Paul- Antoine de Romieu et de dame Renée de Guillen de Salle de Montjustin. » Le commandeur à'Alein et le chevalier Doria furent commis pour examiner ses preuves , mais M. d'Alein se récusa comme parent et fut remplacé par le commandeur de Meyrargues (i).
(i) V. Archives des B.-du-Rh., Archives ecclésiastiques, série H, Malte, XVI, Chapitres de 1687 à 1700, fol. 197 et 208.
L'absence des preuves ne nous pei met pas d'indiquer, avec précision, l'époque de la naissance de Charles-Joseph de Romieu. Son acte de décès, 29 décembre 1734, porte qu'il est âgé de 68 ans, ce qui fixe sa naissance à l'année 1666. Or nous n'avons pas trouvé son baptistaire, aux Registres de Sainte-Anne, la paroisse de ses parents, où nous avons recueilli les baptistaires de ses frères et sœurs. Paul-Antoine de Romieu avait épousé le 7 novembre 1662 (not. Michel Gombert h Manosque) Renée de Guillen de Monjustin de Salla. Ils eurent de nombreux enfants : i» Marguerite, baptisée à Sainte-Anne, le 7 février 1667, parrain, Gilles de Romieu, chevalier; marraine Marguerite de Grille; Fr. Agneau, curé ; 2" Marie-Gabrielle, baptisée à Sainte-Anne, le 29 avril 1668, morte le 14 décembre i668 ; 3° Trophime-El:{éary baptisé le 20 mai 1669 ; 4° Paul-Antoine, baptisé le i" avril 1671, inort le 16 octobre 1671; 5^ Jean-Charles, baptisé le 27 juillet 1672; 6° Paul-Antoine, baptisé le 3 août 1674, parrain Charles de Romieu, son frère dont il s'agit ici probablement, marraine Françoise-Hélène de Monjustin, sa cousine germaine.
Charles-Joseph est l'aîné de tous. Paul-Antoine de Romieu, son père, mourut le 17 décembre 1717 et fut enterré le j8 aux Cordeliçrs^ âgé de 89 ans. II était fils de Charles de Romieu çl
Les preuves de Charles-Joseph de Romieu ne se trouvent pas aux Archives, par suite d'une lacune dans les dossiers, mais il fut admis au commencement de 1693. Un peu après, un de ses frères, Paul- Antoine, présenta ses preuves, et le 6 juillet 1693, on désigna pour les examiner André de Clemas de Castelety économe , et Charles d'Ajrguières , chevalier. Ces diverses pièces existent aux Archives, et nous y voyons que Paul-Antoine de Romieu était né en 1674 et avait été baptisé le 3 août de cette année, à l'église de N.-D. La Principale (i), par François Agneau.
de Pierre de Grille, mariés le 29 octobre t625 ( Not. Simon Véran). Sa femme Renée de Guillen lui survécut probablement. Trophime Elzéar de Romieu entra à Malte en i685 iW. Arch. des B.-du-Rh., Malte, dossier 383). Jean-Charles y entra également en 1687 (Ibid., dossier 384). Enfin deux autres frères Romieu, Charles-Joseph et son filleul Paul-Antoine y entrèrent en 1693, comme nous voyons. Aux Registres de Sainte-Anne, nous trouvons la sépulture — aux Cordeliers — de Charles de Romieu, âgé de 28 ans, fils d'Antoine-Paul de Romieu, 5 janvier 1692. Serait-ce le premier enfant du lieutenant particulier? Ou ne serait-ce pas Jean-Charles, baptisé en 1672? Il y aurait, en ce cas, erreur de transcription sur le Registre, ce qui peut arriver, (i) V. Archives des B.-du-Rh., chapitres de 1687 à 1700, Malte, XVI, fol. 210, et série H, Malte,, dossier 385. Duplicata des preuves de noble Paul- Antoine de Romieu, pour être remis aux archives à Arles Liasse X, n° 6, remis à l'assemblée de novembre 1693, Raybaud. La commission fut nommée le 6 juillet 1693. Elle entendit Jacques d'Arlatan de Beaumont de Malijay, âgé d'environ 5o ans ; Marc-Antoine de Laurens, baron de
IBeaujeu ; Jacques d'Anthonelle ; François d'Icard ; le curé de N.-D. La Principale, qui montra le baplistaire du postulant. Son père, Paul-Antoine de Romieu est qualifié: conseiller du roy,
Après son admission, Charles-Joseph de Romieu fut envoyé sur les galères de l'ordre, oîi il remplit l'office de lieutenant. Il résida quelques années à Marseille, vers 17 lo, puis, selon Bougerel, quitta les galères, reprit l'état ecclésiastique et se fit recevoir parmi les chevaliers diacots, dans l'espoir d'obtenir le prieuré de Saint-Jean d'Aix, mais son projet ayant échoué, il reprit l'épée, fut fait commandeur, puis revint à Arles. Nous n'avons pourtant pas relevé son nom dans la liste des chevaliers diacots (i); aussi conservons-nous quelques doutes. Il ne fit jamais profession. Il .reste acquis que Charles- Joseph de Romieu fut souvent éloigné d'Arles, durant la période de 1693 à 1720. Jeune, actif et entreprenant, il courut le monde, puis avec les années il éprouva le besoin du repos, qu'il vint demander à sa patrie (2). Sans doute, ses goûts littéraires se développèrent avec l'âge, mais l'Académie d'Arles ne pouvait guère compter
missaire des inventaires de la ville de Tarascon en sa viguerie, dans son contrat de mariage (166-:), dont extrait fut produit. Il avait épousé d'abord Marguerite de Vincens de Causans, 9 septembre 1657. Il avait été reçu docteur en droit à Avignon, en i655. Jean de Sabatier lui dédia la nouvelle, envers et prose, intitulée : Le songe de l'amitié galante. Œuvres diverses, Ms de M. Arbaud, p. i-io. V. ci-dessus, t. I, p. 58, en note.
(i) Bougerel, Ms de M. Arbau-l, notice XLVIl (bis), Cfr. Inventaire sommaire des Archives des B.-du-Rh., série H, Introduction par M. le comte de Grasset, in-4°, 1869.
(2) Il fut commandeur et prenait parfois ce titre, mais le plus souvent celui de chevalier, sous lequel il est uniquement connu.
que sur son concours intermittent. D'ailleurs, où en était cette association, au début du XVIII"^ siècle? On peut se demander si elle existait encore, si elle tenait de loin en loin quelques réunions, de plus en plus espacées et désertées. Il restait bien encore quelques académiciens : Jean de Sabatier mourut le 22 août 1702, âgé de 72 ans; Ant. Magnin, le 7 juillet 1708 ; le P. Albert Daugières, le 7 février 1709 ; Guillaume Marcel, le 28 décembre 1708; Pierre de Castillon de Beynes, le 22 juillet 1706 ; Claude Terrin, le 3 1 décembre 17 10; l'abbé Charles Boileau, le 4 mai 1704 ; Guillaume de l'Estang , le 20 décembre 17 12 ; M. de Chambonas, évéque de Lodève, le.... février I7i3; Gaspard de Saint-Andiol, le 5 décembre 171 2 ; Henri de Boche, devenu aveugle, le 2 octobre 1709 ; Guyonnet de Vertron, le 3o novembre 1715 ; Gilles Roubin,en 1713 ou 1714; l'abbé Gaspard Abeille, le 22 mai 171 8 ; J.-B. de Barréme,le 6 juin 17 19; l'abbé Louis de Valavoire, en 171 5 ; Pierre de Momblan, vers 1700 ; Jean Giffon, le 21 jan. 17 12. Ce dernier, toujours actif malgré les années, essayait de grouper les membres de l'Académie, dans sa maison transformée en musée (i) , et ce fut chez lui que durent se tenir les dernières séances.
(i) La maison Giffonne ou Chiffonne (au XVII"» siècle on écrivait parfois Chiffon) était près des ruines du théâtre romain, dans la ruç du Cloître, derrière le couvent de la Misçricorde. La
Vers 1698, Ignace Am.it de Graveson se fixa à Arles, et il y organisa une société bacchique qui avait son grand maître, ses officiers et son conseil de l'ordre , absolument comme l'ordre de Malte, dont elle semble une contrefaçon plaisante. Elle prit le nom d'Ordre de la Grappe (i). Il en existe, paraît-il, des statuts imprimés à Arles en 1697, in-T2. La Grappe publia une gazette intitulée : Nouvelles de La Grappe, avec privilège du grand maître. Il en existe un numéro conservé par Bonnemant, avec la date du jeudi 1 1 janvier ijoS, 4 p. in-4° (Arles, Mesnier), chez Fr. Belle-Trogne, imprimeur et libraire de La Grappe, au bon pressoir. L'intention de ridiculiser les procédures suivies à Malte est évidente. Il y a, sous la date de Salon le 21 décembre 1702, le
terrasse donnait sur la Lice et le mur qui la soutenait avait été bâti avec les débris du théâtre. Cette terrasse était à l'angle ouest et presque au niveau des arcades actuellement existantes du théâtre. Gifton y avait disposé de nombreux fragments de sculpture. Dans son cabinet, il avait plusieurs toiles de Mignard» des urnes funéraires et divers objets d'art. V. Seguin, Antiquitez, II, 9. En 1789, la maison Chiffonne servait de lieu de réunion aux royalistes qu'on appelait pour ce motif les C/n'^OMniers. Dans la Tour de Rolland, se réunissait le cercle de la Dominante. Depuis, la maison Giffonne a été démolie et, sur son emplacement, on a réuni les fragments de sculpture provenant des fouilles du théâtre déblayé. V. Jacquemin, Théâtre antique d'Arles (2 vol. grd in-S», i863), t. II, p. 352.
(i) C'est d'après M. Robert Reboul, ordinairement bien au courant des choses provençales, que nous attribuons cette fonfiation à M. de Graveson. V. Variétés bibliographiques. Le Var (}u i5 janvier 1880.
récit burlesque de la prétendue réception de Nostrâdamus dans l'Ordre. Au bas de cette feuille bizarre, on lit : « Avis aux frères. Ces dipnosophistes donneront de 3 en 3 mois un journal de table. )•> Le collège des dipnosophistes devait être fondé, à Arles, avec l'argent retiré de la vente de pierreries rapportées d'un voyage fantastique dans les Indes. En 1705, parut « le Journal des Dipjtosophistes de la Grappe Avec des notes pour l'intelligence des termes et des passages que la nouveauté de la matière peut rendre obscurs. Par Fr. Athénée de la S. M. des D. A Thé Une {i)^ chez Fr. Belle-Trogne, imprimeur et libraire ordinaire du Grand Maître et de la Société Magistrale des Dipnosophistes. M DCC V. » Malgré ce titre et après avoir lu ce factum de 8 p. in-fol., daté du i5 janvier lyoS, nous avouons n'y avoir rien compris et n'avoir vu, dans ces pages, qu'une longue mystification.
Un décret du grand maître de la Grappe (2) imprimé en tête, et « donné à Arles le 3 des Ides de décembre, l'an de la Grappe IV, » institue « en titre d'office de la Grappe, un compilateur général de matières scientifiques, pour en cette qualité recueillir et ramasser
( 1 ) On sait que c'est un des anciens noms d'Arles.
{2) « Nous, grand maître de la Grappe, dipnarque général et perpétuel des tables de la joyeuse union , chef des dipnosophistes, à tous ceux qui ces présentes verront, salut et joye. Nos amez et féaux conseillers du sang froid, les exarques et les éphores des langues d'oc et d'oïl )>
dans un journal qui sera publié de trois en trois mois, les titres et extraits des livres composés par les écrivains de notre ordre : Voulons et ordonnons que ledit compilateur soit admis sans autre titre que les présentes, dans la société magistrale de nos amez et féaux compagnons les dipnosophistes ; et même qu'il y serve d'Evangeliste, lorsque lesdits livres y seront rapportez et critiquez. Mandons à nos amez et féaux conseillers du sang froid, les Exarques et les Ephores desdites langues de tenir la main à la publication et exécution des présentes, en ce qui concerne ledit Journal qu'il nous plaît être intitulé du nom des Dipnosophistes de la Grappe. Car tel est notre Décret Magistral. Je Gr. Maître. y>
Les ouvrages supposés dont il est parlé, sont tous des ouvrages bacchiques, tantôt par F. Plantureux de la Société Magistrale des Dipnosophistes, à Théline, chez Barracan, rue du Grand-Arrosoir, 4 t. in-fol., 1704, tantôt par F. Gymnaste, Ecuyer Cavalcadour du Grand Maître, à Théline, de l'Imprimerie Magistrale, 2 vol. in-fol. A la page 6, il y a les armes de Tordre : un caducée, deux ailes et deux verres, dans un cartouche surmonté du chapeau magistral, d'où pendent deux grappes de raisin, l'une blanche, l'autre rouge. Tout cela est un jeu d'esprit, dont nous ne saisissons plus tout le piquant. A la page 7, il est fait mention des « sœurs « admises aux banquets, car
nous sommes ici en présence d'une sorte de maçonnerie androgyne, et la grappe n'est , en définitive, qu'un de ces grades prétendus maçonniques, inventés par des esprits inquiets et avides de nouveauté (i), et dont s'amusait une société superficielle.
M. de Graveson sut se créer d'autres occupations plus relevées. Il se mit à collectionner des antiques et des médailles. De là des relations suivies avec les amateurs de la ville, et sans doute avec les académiciens. Ignace Amat de Graveson était fils d'Antoine Amat, chevalier, conseiller du roi, trésorier de l'extraordinaire des guerres en Dauphiné (1659) et de Marguerite de Berton, fille de Louis de Berton, marquis de Grillon, originaire d'Avignon (contrat du 14 février i652). Si les académiciens d'Arles tenaient encore absolument
(i) Tuileur général de la Franc-Maçonnerie ou Manuel de l'initié contenant l'origine identique de l'Ecossisme et de Misraïn:i, les nomenclatures de 75 maçonneries, 52 rites, 84 ordres dits maçonniques, 26 ordres androgynes, 6 académies maçonniques, etc., et de plus de 1,400 grades, par J. M. Ragon, ancien vénérable, fondateur des trois ateliers des Trinosophes, à Paris. Paris, Collignon, 3i, rue Serpente, s. d. — La Grappe est citée, p. 36 1. A la p. Syg, l'auteur juge sévèrement ces grades imaginés le plus souvent « par d'adroits spéculateurs » qui exploitent la vanité humaine. Les pièces que nous venons d'analyser se trouvent au Fonds Bonnemant, vol. Collège-Académie, et sont peutêtre uniques. Si nous y ajoutons deux diplômes de réception Idans l'ordre de la Grappe,d'une rédaction dilférente,et imprimées sur parchemin de deux formats (les noms en blanc), conservés dans le même volume, nous aurons signalé tout ce que nous connaissons de « La Joyeuse Union de la Grappe. »
aux titres nobiliaires, Ignace Amat pouvait remplir
les conditions exigées. Sa famille, originaire du Dau-
phiné , était de bonne noblesse et qualifiée noble
dès le XIII'"'' siècle. Antoine Amat avait obtenu des
lettres patentes de don de lods de la moitié de la terre
de Graveson, le 26 juillet 1659, vérifiées à la Chambre
des Comptes d'Aix, le 21 juin suivant; puis, le 24
août 1660, de nouvelles lettres lui donnant l'autre
moitié, vérifiées le 27 septembre 1660 (i). Il prêta
hommage au roi pour cette terre, le 24 juin i663.
Le 28 juillet 1667, un arrêt de l'intendant de
Dauphiné déclara nobles ses deux frères, Jacques et
•Claude Amat, restés dans leur pays d'origine.
* Antoine Amat, seigneur de Graveson, alors encore
trésorier de l'extraordinaire des guerres en Dauphiné,
fut confirmé dans sa noblesse (2), par jugement de
la commission royale, rendu à Aix, le 22 oct. 1667.
Une de ses filles fut abbesse de Saint-Césaire d'Arles (3).
(i) Archives des B.-du-Rh , B. io5 f. 35 et suiv. Cfr. Arteleuil, I, 35-37. Robert de Briançon, I, 282-283.
{2) Recherches de noblesse, Bibl. d Aix, Ms 819, p. 243-245.
(3 ) Le Mercure de mars 1 70 1 , p. 1 88, annonce la mort d'Henry de Graveson « brigadier des armées du roy, chevalier de l'ordre de Saint-Louis et lieutenant-colonel du régiment royal delà marine » décédé sans alliance. Il était de la famille d'Ignace. Le 5 avril 1709, Louis XIV nomma abbesse de Saint-Césaire d'Arles Marguerite Amat de Graveson, religieuse de cette abbaye, et sœur d'Ignace de Graveson. Le Mercure d'avril 1709, annonçant cette nomination, dit qu'elle est fille de feu M. Amol, seigneur de Graveizon, intéressé dans les affaires du roi et de dame N. de
Antoine Amat eut au moins deux tiis : l'un entra dans l'Ordre de Saint-Dominique et se fit un nom com-
Crillon, sœur de l'évêque de Vence. « Elle a, continue-t-il, un frère connu sous le nom de Graveizon et qui demeure à Arles où il est fort considéré. L'abbaye de Saint-Gésaire estoit vacante par la mort de M"'" Roses, sœur de M. l'abbé Roses, abbé de Saint- Pierre de Vienne, et issue de feu M. le président Roses (7 1701), secrétaire du cabinet et président en la Gour des Gomptes. Elle avoit esté auparavant prieure de Sainte-Golombe à Vienne, et M. l'abbé Roses, son frère, Tavoit nommée à ce bénéfice, dont il est collateur, et elle le permuta ensuite, avec l'agrément de S. M., avec M"« des Halles^ alors abbessc de Saint-Gésaire, et aujourd'hui prieure de Sainte-Golombe » p. 262-263. V. le Gallia Christiana, t. I, col. 624, Abbesses de Saint-Gésaire : « Marguerita IV Amat deOravaison, nominatur a rege die 5 avril 1709, possessionem adipiscitur 25 martii 1710. Hanc seriem cruimus ex manuscripta historia monasterii Sancii Caesarii a R. P. Melchiore Fabri, antiquo provincial! ordinis Miniraorum adornata, quam emendavimus ad iidem instrumentorum monasterii quasdiligenter lustrasimus. » V. aux Archives d'Arles, la Ghronologie du monastère royal de Saint-Gésaife, par le P. Melchiov Fabre, ancien correcteur du couvent d'Arles et provincial de l'ordre des Minimes, 1699, 76 ff., 35o sur 23o millim. La Bibl. d'Aix en possède une copie plus complète, mss. 547, continuée jusqu'à la mort du P. Fabre. V. cidessus, t, II, p. 473. une note sur ce religieux.
Voici le brevet de Marguerite de Graveson, copié sur l'original par le P. Fabre. Ghronologie de Saint-Gésaire, mss. 547, p. 53.
« Brevet du roy. Aujourd'huy cinquième du mois d'avril mil sept
cent neuf, le roy étant à Versailles bien informé des bonnes
vies, mœurs, suffisance, capacité et autres vertueuses, pieuses et
louables qualités qui sont en la personne de sœur Marguerite
Amat de Graveson, religieuse de Pabbaye de Saint-Gésaire de la
ville d'Arles, Ordre de Saint-Benoît, et voulant pour ces consi-
^, dérations la gratifier et traiter favorablement, Sa Majesté luy a
Wt accordé et fait don de ladite abbaye, qui vaqUe à présent par le
^F decez de dame Angélique Rose, dernière titulaire qui a possédé
^K paisiblement ladite abbaye, m'ayant à cet efïect Sa Majesté com-
^B mandé d'expédier à ladite sœur Amat de Graveson toutes lettres
me théologien et comme historien (i). L'autre, dont il s'agit ici, épousa, le 12 oct. 1690, Françoise de Salvador, d'Avignon, et n'eut qu'une fille, Marie-Françoise, qui épousa un Forbin Sainte-Croix, résidant à Avignon. Ignace Amat fit l'acquisition du cabinet d'antiques, formé par les soins de Claude Terrin, qui avait recueilli, durant de longues années, les objets précieux que l'on découvrait journellement dans Arles, soit que ce savant ait été obligé de s'en défaire, par suite de revers de fortune, soit qu'après sa mort ses héritiers
et dépêches nécessaires en cour de Rome, pour l'obtention des bulles et provisions apostoliques de ladite abbaye, et cependant, pour assurance de sa volonté, le présent brevet qu'Elle a signé de sa main et fait contresigner par moy, conseiller-secrétaire d'Etat et de ses commendemens et finances. — Louis. — Phelypeaux . »
(i) Ignace Hyacinthe Amat de Graveson, né vers 1670, fit profession au couvent d'Arles, en 1686, fut reçu docteur en Sorbonne et fut appelé à Rome, par le général de son ordre. Il fut un des théologiens du concile de Latran, en 1725. Il revint à Arles, où il mourut en 1733. Ses œuvres publiées d'abord à Rome furent ensuite réimprimées à Venise en 1740 et à Augsbourg en 1727, puis en 1751-1756. On a de lui la vie du fameux Grillon, dont il descendait par sa mère. Elle parut à Rome, en 1724, in-ia. Dubreuil la cite t. II, p. 188, et 1. 1, p. 281 verso, il signale lesœuvres complètes de Graveson, 7 vol. in-4°, 1740.
Voir le Dictionnaire des Hommes illustres de Provence qui lui consacre une notice, t. I , p. 38o-38r, et ne parle pas de son frère.
Les Amat portent de gueule, à un bras armé, mouvant d'une nuée d'argent, du côté sénestre de l'ccu, et tenant une épée nue haute, aussi d'argent, la garde et la poignée d'or. Une branche des Amat acquit la terre du Poet et continua la descendance. Il y a des alliances avec les Valavoire et les Forbin Solicrs ; l'abbé du Poet, archidiacre d'Arles au XVIII» siècle, est de cette famille.
aient cherché à en tirer profit. M. de Graveson, de son côté, y ajouta quelques médailles et quelques autres curiosités. Collectionneur intelligent, il étudiait les objets qu'il avait en son pouvoir, en véritable érudit, et rassemblait les différents écrits, composés par les savants avec lesquels il était en relation. Lui-même a rédigé quelques dissertations qui n'ont pas été imprimées, mais que Ton retrouve dans divers dépôts publics, en particulier à la Bibl. de Carpentras. Il y a, dans cette bibliothèque, un très gros vol. in-fol. de 489 p., intitulé: Dissertations sur plusieurs choses antiques du cabinet de M. Aînat de Graveson, avec des remarques sur ses médailles, Arles, 1714(1). Mss. 583.
Mgr Jacques de Forbin Janson était lui aussi un amateur passionné d'antiquités (2) : il en ramassa beaucoup dans son palais, et il semble que l'on rivalisait de zèle, à cet égard, dans Arles. Un écrivain assez médiocre, François Peilhe(3), antiquaire, contribua à
(i) V. la description fort exacte qu'en donne M, Lambert, dans son Catalogue des Manuscrits de Carpentras, 1862, t. I, p. 3g5- 397. Malheureusement, il confond Ignace de Graveson avec son frère le Dominicain, qui a presque les mêmes prénoms.
{2) V. sa notice par Dom Béreiigier.ll fat nommé à Pâques 1711, sacré le 2 août suivant, il prit possession par procuration le g septembre 1711, arriva à Arles le i4 mars 1712. Il mourut dans cette ville le i4 janvier 1741, âgé de 68 ans.
(3) François Pcilhe a laissé de nombreux opuscules, sortes de guides de la ville d'Arles. Commissaire de la paroisse Saint- Lucien, durant la peste, il survécut et mourut le 26 juin 1726.
répandre le goût des antiques, par ses écrits, publiés en feuille volante, et dans lesquels il condensait, à l'usage du gros public, les renseignements puisés dans Romieii^ Du Port, Terrifî, Saxy^ Bovis, Marcel^ le P. Guis, Séguin, Rému^at et Graveson. Cependant l'Accdémie n'était déjà presque plus qu'un souvenir, à la fin du règne de Louis XIV, et avec Jean Giffon, mort en 17 12,' au moment où le chevalier de Romieu n'était plus à Arles, disparut le dernier homme capable de la maintenir. Jusqu'à la fin, il resta sur la brèche, mais lorsqu'il descendit dans la tombe, on peut dire que l'Académie cessa d'exister. La fine fleur de la noblesse était sous les drapeaux, répondant à l'appel du grand roi,qui luttait désespérément contre l'Europe, et voulait mourirdans un dernier rayon de gloire. Selon certains auteurs, 70 officiers d'Arles (i) combattirent à Denain
(i) Sous Louis XIV, Arles donna plus de 20Ô officiers. Voit" Séguin Antiquité:^, II, p. 27 et l'Almariach d'Arles 1823, p. l'ii
Le P. Fabre, après avoir constaté que les hommes de valeur ne manquaient pas dans Arles, ce qui permettait d'espérer que l'Académie durerait longtemps, poursuit: « Elle mourut pourtant avec son protecteur, et le même éloge funèbre consacra la mémoire de tous les deux. M. le marquis de Dangeau fut nommé protecteur à la place de M. le duc de Saint-Aignan; mais les guerres qui occupèrent dans ce temps-là toute la France, enlevèrent à l'Académie la plus grande partie de la noblesse qui la composoit. Les assemblées devinrent désertes, et peu à peu si absolument négligées qu'elles cessèrent à la fin. » Remarques historiques, p. 122. Voir ci-dessus, p. g4. La Statistique des Bouches-du-Rhône ; le Dictionnaire de Provence et M. Galle s'inspirent de ce passage^ dont l'exactitude n'est pas absolue.
(24 juillet 171 2), sous les ordres du duc de Villars (i), qui sauva la France en battant le prince Eugène et en forçant ainsi les alliés à conclure les traités d'Utrecht (171 3) et de Rastadt (1714). « Malheureusement ce qui sembloit devoir assurer une longue existence à l'Académie, sa composition en grande partie de gens qui, par leur position de fortune, avaient tous les loisirs désirables pour s'adonner aux lettres, amena précisément sa décadence. On sait comment finit le règne qu'avaient si brillamment inauguré les victoires de Rocroy, de Fribourg, de Nordlingen et de Lens. La guerre de la succession d'Espagne, la seule guerre juste peut-être que Louis XIV ait entreprise, commença pour nous l'heure des revers. La noblesse d'Arles dut quitter ses paisibles occupations, pour aller prouver une fois de plus, au roi et à la France, qu'elle savait aussi hitn manier Vépée que la plume y qX les muses furent dispersées (2). »
La docte et noble compagnie ne pouvait mieuxfinir: il faut toutefois reconnaître que sa décadence et sa disparition eurent des causes multiples et complexes.
La ville d'Arles fut toujours le théâtre de rivalités |K profondes, entre la bourgeoisie et la noblesse, entre la
(i) Il fut gouverneur de Provence de 1714 à i7-'^4, date de sa mort.
(2) Discours de M. Galle, i3 août i863, p. 20.
vieille et la nouvelle noblesse (i). Au XVIP siècle, il se forma deux camps, celui des Forbin et celui des Grignan. L'Académie avait été soutenue par les Grignan et leurs amis: lorsqu'un Forbin devint archevêque d'Arles, l'Académie agonisait. Il n'était pas de caractère à la relever ni à lui tendre la main. Pieux et zélé, Mgr de Forbin-Janson, manquait de mesure, dans les paroles et dans les actes. Très hostile aux idées janséniennes, il exaspéra les partisans qu'elles avaient rencontré, dans le clergé et les gens éclairés du diocèse d'Arles. On étaità l'époque des luttes les plus ardentes, pour ou contre la Constitution Unigenitiis. Il se trouva que plusieurs académiciens se déclarèrent plus
(i) Voir à ce sujet les Mémoires de M. de Parades de TEstang déjà cités. En i684, Henri de Boche reçut en présent la charge de sénéchal de sa cousine germaine, M""» la comtesse de Rochefort, tille de M. le marquis d'Ubaye, à qui M. de Grille l'avait vendue depuis environ deux ans. Il s'entendit d'abord très bien avec les consuls, pour les questions de cérémonial, mais, en 1687, une rupture éclata à l'occasion d'une place d'honneur que le sénéchal réclamait à Saint-Throphime, durant la semaine sainte. De là plainte des consuls à l'archevêque, intervention du sacristain de Boche, enfin, malgré les eftorts de l'archevêque et du coadjuteur, l'affaire fut portée devant le Parlement, puis évoquée au conseil royal, sur les instances des consuls qui se défiaient du Parlement. L'aft'aire ne fut pas sans provoquer bien des mécontentements. J.-B. de Grignan obtint gain de cause pour les consuls, en décembre 1689. Henri de Boche fut très froissé et ses rapports avec l'archevêque devinrent très aigres. V. Bonnemant, vol. 58. Relation du différend entre les consuls et le sénéchal d'Arles. Nous pouirions citer plusieurs faits analogues.
ou moins ouvertement jansénistes (i). L'un d^eux, Honoré de Quiqueran de Beaujeu, chanoine de Nimes, puis évêque de Castres (i 705-1736), eut avec l'archevêque d'Arles des discussions retentissantes et des
(i) Il y a dans les deux volumes de correspondance de M. de Mazaugues, mss. 4'J5 de la Bibliothèque de Carpentras, des lettres de l'abbé de Verdier, de l'abbé de Boche^ de Terrin et du P.Bouret, de l'Oratoire, Franc-Comtois, professeur de théologie, puis supérieur d'Arles, qui présentent un très vif intérêt. Il existait entre ces hommes, réunis par la communauté de goûts et de sentiments, des relations quotidiennes. « Il n'est pas nécessaire de géminer vos lettres pour cela, écrivait le P. Bouret, 3o janvier 1699, il suffit que vous écriviez ou à M. le Sacristain ou à M. l'abbé de Verdier ou à votre serviteur. Nous fesons un triumvirat fort uni, et ce que l'un voit les autres le voient. » Il est souvent question de Terrin. En 1703, il proposait à Mazaugues de lui vendre l'Histoire de la maison de Courtenay, qu'il avait en double. En 1706, le P. Bouret écrivait: « MM. le Sacristain, l'abbé de Verdier et Terrin vous offrent leurs respects. Ce dernier a depuis plus d'un mois et demi des accès de fièvres qui n'ont pas bien du respect pour lui. Cela, joint à son âge déjà avancé, pourroit bien lui faire fausser la compagnie au monde. Je le trouve furieusement abattu, sur son pied pourtant dès que son ennemie lui donne le moindre relâche. » L'abbé Gaspard de Varadier faisait partie de ce petit groupe d'amis, auquel venait se joindre l'abbé de Beaujeu, et, dans ces réunions^ on ne se gênait pas pour critiquer les docteurs « ultramontains » qui « consument leur temps et leur vie à se remplir des sottises de leurs casuistes et croient avoir rendu de merveilleux services à l'Eglise quand ils l'ont honnie des ordures d'une morale dont de bons livres seraient souvent scandalisés. » Lettre du P. Bouret, 3o janvier 1699. Le P. Bouret et ses amis étaient très bien vus par Mgr de Mailly, qui les invitait souvent à sa table. Le 12 juillet 1710, Mgr de Mailly fut transféré à Reims, et le P. Bouret, compromis par ses opinions, et n'ayant plus l'appui de ce prélat, dut quitter Arles, où il résidait depuis 1681 au moins, et il devint supérieur du séminaire de Montpellier. Ce départ affligea fort l'abbé de Boche. V. sa lettre du 26 décembre 1710, qu'il termine en
polémiques prolongées. Arlésien et lié d'amitié avec presque toute la noblesse d'Arles, Mgr de Beaujeu eut souvent l'avantage, dans cette guerre, du moins dans l'esprit de ses concitoyens, au grand mécontentement de Mgr de Forbin-Janson.
Après la mort de Louis XIV, dont Mgr de Beaujeu eut l'honneur de prononcer l'oraison funèbre, le jansénisme devint moins timide. En 1716 ou en 1717, l'abbé Jacques de Boche, que son aménité de caractère et sa grande piété faisaient aimer et apprécier de tous, et dont la science égalait la vertu, se déc lara appelant et fit signifier cet appel au promoteur du diocèse (i). Le
priant M. de Mazaugues de lui envoyer quelques nouvelles littéraires, car il est «dans un pays éloigné de toute sorte de secours et comme dans un exil. » Le 20 février 171 1, le P. Bouret écrit de Montpellier, et parmi les autres nouvelles, il y a celle-ci: «. Vous savez que le pauvre M. Terrin a cessé d'être mortel. » C'est todt. (1) Nous ne savons la date précise de cet appel, auquel Mgr de Forbin fait allusion dans son mandement du i<"" avril 1722. (Bibl. d'Aix, Rcc. 28255; Bibl. Nationale, Ld*, i3oi+ . « Vous savés aussi, mes très chers frères, combien fut vive notre douleur quand, pendant le cours de nos visites pastorales, nous aprîmes raftîigcante nouvelle que plusieurs de nos coopérateurs tant séculiers que réguliers s'ennuyant malheureusement de la sainte doctrine que l'Eglise leur avoit enseignée jusqu'alors par mon ministère, abandonnèrent tout à coup la vérité qu'ils avoient professée, et voulurent en informer le public par les actes qu'ifs firent signifier à notre promoteur en notre absence. » V. Acte d'appel au futur concile, du 5 juin .'717, par MM. Jean-Baptiste d'Isnard, chanoine sacristain de l'église collégiale de Salon, diocèse d'Arles, etc. François Marguerit, prêtre du diocèse d'Ai:., S. L. 1717, in-12, pièce in-S», 8 p. 1. 1. Bibl. Nationale, Ld*, 970. L'abbé
33 février 171 6, M. Etienne de Giraud ^ ancien premier consul, ayant dit, devant témoins, que ni la Constitution, ni le mandement de l'archevêque qui la promulgait ne faisaient' sur lui d'impression, fut sommé (16 juin 1716) par Mgr de Forbin d'avoir à se rétracter. Il refusa. De là, lettre au duc d'Orléans et au cardinal de Noailles, enfin autorisation donnée par le conseil de conscience de poursuivre l'appel comme d'abus, devant le Parlement d'Aix (i). L'affaire fit grand bruit, le Parlement rendit un arrêt qui déclara qu'il y avait eu abus dans la citation du 16 juin 1716 et condamna l'archevêque aux dépens (7 mars 171 7). Ce
d'Icard, chanoine d'Arles, appela également. Mgr de Beaujcu avait d'abord accepté la bulle UnigenituSyQn 1714, mais depuis il changea d'avis et, le 3i juillet 1717, il eut avec Mgr de Janson une explication orageuse, dont il a conservé la relation ; enfin, le 8 janvier 1719, il rétracta, pour ainsi dire, son adhésion par une lettre pastorale qui le classa parmi les opposants et accentua sa rivalité avec l'archevêque d'Arles. L'abbé de Boche, son parent et son ami, fut le plus considérable des adversaires de la Bulle, dans le diocèse d'Arles, et Mgr de Beaujeu le soutint jusqu'à la fin. V. Ultramontains et Gallicans au XVIII' siècle. Honore de Quiqucran de Beaujeu, évêque de Castres, et Jacques de Forbin-Janson^ archevêque d'Arles. Episode de l'histoire du jansénisme par Louis Remacle, Marseille, 1872, in-8° de 187 p.
(i) V. Relation de ce qui s'est passé sur le différend de Monseigneur l'Archevêque d'Arles et de M. de Giraud, gentilhomme de la ville d'Arles, ancien premier consul de ladite ville, avec quelques pièces qui y ont rapport, et l'arrêt rendu en conséquence au parlement d'Aix, le 7 mars 1717. Br. s. 1. n. d. de 23 p., petit in-S". Elle est fort piquante et peut être l'œuvre du chevalier de Romieu. Elle est au fonds Bonnemant, vol. 58, Relations, pièce 26.
fut, dès lors, dans la ville d'Arles une guerre déclarée, entre les amis de Mgr de Beaujeu et ceux de Mgr de Forbin. Le chevalier de Romieu se jeta dans la mêlée, il y eut de part et d'autre des écrits, virulents et Mgr de Janson fut en butte à mille épigrammes.
On sait l'âpreté qui caractérise, en général, les discussions religieuses, au XVI II' siècle. Dans une ville comme Arles, où l'esprit est vif, le caractère bouillant, on ne se maintint pas longtemps dans les calmes régions d'une polémique doctrinale. On y descendit à des procédés, qui méritent une sévère critique et qui accentuèrent de plus en plus les divisions. C'en était fait de l'Académie, dont les amis et plusieurs membres étaient suspects de jansénisme. Ses ennemis — car elle en avait toujours, malgré sa modestie — triomphèrent ; son protecteur mourut, et au milieu de cette effervescence, dont nous nous rendons à peine compte aujourd'hui, elle disparut, sans presque laisser trace. Moins de trente ans après, les historiens qui en parlèrent accumulèrent erreur sur erreur (i), si bien qu'il est difficile, à l'heure actuelle, de préciser quoi que ce soit sur les derniers temps de son existence,
La peste de 1721 emporta les derniers membres de l'Académie : l'abbé de Verdier mourut en juillet 1721 ; l'abbé de Boche, qui en faisait partie depuis i6u6, le
(1) Le P. Fabre, l'abbé de Montfort, Panég-yriquc d'Arles, 174;^.
24 août 1721 ; Ignace de Graveson fut créé consul après Honoré de Sabatier, et périt le 20 juillet 1721 (i) victime de son dévouement. Le chevalier de Romieu se prodigua comme commissaire de santé, mais il ne fut pas atteint par le fléau.
Arles comme Marseille fut très éprouvée, a Les ravages de la peste avaient été épouvantables. La ville avait été abandonnée, dès le commencement de l'épidémie, par la moitié de ses habitants. Sur les i2,5oo qui étaient demeurés dans ses murs, il en périt 8,572 ; 1,638 personnes moururent, en outre, dans la campagne. Au nombre des victimes, on compte le commandant de la ville pour le roi (M. Jacques de Beaumont mort le 17 juillet 1721), quatre consuls, trente-cinq conseillers de ville, soixante-douze ecclésiastiques, trente-cinq médecins et soixante-quinze membres des commissions sanitaires (2). »
Pendant cette terrible épidémie, l'archevêque d'Arles fut héroïque et Mgr de Beaujeu, retenu loin d'Arles par le cordon sanitaire, publia un mandement admirable, en faveur de ses compatriotes et leur envoya une somme importante. Mgr de Mailly fit de môme, et se fut un
(i) Il s'occupait des mendiants confinés à Trinquetaille, en qualité de commissaire de Saint-Martin.
(2) Remacle, Ultramontains et Gallicans,^. i24. «Cette ville a perdu par la dernière contagion la moitié de ses habitants, » Portefeuille du chr. de Romieu, p. 63. Il y est rendu hommage à Mgr de Beaujeu et à sa générosité.
de ses derniers actes, car il mourut l'année même (i3 sept. 1721), à l'abbaye de Saint-Rémi-lès-Reims.
Le chevalier de Romieu fut prié de rédiger l'inscription que l'on grava sur la pyramide érigée (1722), en souvenir des membres du bureau de santé, et dont Louis Guibert, un des commissaires, fournit le plan (i).
(i) « L'assemblée du Bureau de santé qui fut établie au commencement du mal, étoit composée de plus de 60 gentilshommes ou bourgeois, desquels il ne resta que 8 (*), c'est-à-dire, en comptant ceux qui n'ont pas discontinué leur service depuis le commencement du mal, jusqu'à l'entière désinfection ; j'a}- eu le bonheur d'être de ce petit nombre, et la contagion étant finie, je fus prié par ceux qui restoient de notre assemblée de faire une inscription, pour l'espèce de Piramide de pierre commune, que nous fîmes élever dans le fameux cimetière d'Aliscamp, à la mémoire de nos collègues m.orts dans ce lugubre employ, à l'endroit où nous avions à la hâte fait cacher leurs corps, dans la terre et dans la chaux vive. — a D. O. M. — Peste Arelatem dévastante — ad patriam liberandam « — armati lorica charitatis — se hune in abyssum — lubenti anime (v dejecerunt — praefectus — nob. Jacobus d'Arlatan de Beaumont — « consules — nob. Jacobus Glcise de Fourchon — Joan. Grossi « J. U. D. — nob. Honoratusde Sabatier - nob. Ignatius de Gra- « vezon — et alii civitatis primarii. — Sic suos habet Curtios — « Gallica Roma Arelas — Anno MDCCXXI. — Hic etiam jacent — a piae mémorise presbyteri, Arelatenses parrochi — pastores boni — « qui videntes venienteni lupum — sicut mercenarii, non fugerunt « sed ut peste languentes oves — verbo et pane aeternae vitae con- « fortarent — pro ovibus suis — suas dederunt animas (Joan., « cap. X) — Eorum nomina haec sunt : D. D. Elz. Maurin — Daniel « Leblanc, Math. Richaud, Ant. Roman — Joseph Charbonier, Ludo-
(♦) M. de Gais, de l'ancienne maison des comtes de Gais de Nice, qui prit la peste dans ses nobles travaux et qui en guérit, et dont le IVèreaîné mourut travaillant avec lui : M. le marquis de Piquet (Guillaume); M. l'abbé Pazery, chan. de la Métropole; M. d'Olivier, M. de r^eint, le chr. de Romieu, les sieurs Michel, bourgeois et le sieur Guibert, ingénieur (qui donna le plan de la pyramide ; ce plan est au fonds Bonnemant, vol. Antiquités).
Une autre inscription fut placée, en 1726, dans le cloître des Minimes qui avait servi d'infirmerie, pour rappeler le dévouement de Mgr de Janson et du clergé séculier ou régulier (i).
Cette inscription a disparu avec le couvent des Minimes: la pyramide élevée près de la chapelle ruinée de Saint-Bertulphe, a été changée de place, lors des travaux du chemin de fer ; elle se trouve aujourd'hui dans l'unique allée qui reste des Alyscamps. La sépulture des victimes de la peste a été violée et leurs cendres ont été dispersées (2).
« vicus Michel. » — « D. O. M. — Invalescente lue — A rege fuere « consules désignai! — Nob. Guillelmus de Piquet — Joannes « Franciscus Francony, J. U. D. — Guillelmus Granier — Carolus « Honorât — qui ante et per consulatum — indefesso labore — c( publicis curis dediii — peste percussi et a Dec sanati — Hoc moa niimentum — Praedecessorum suorum memoria erexerunt -^ « Anno MDCCXXII — In sociorum gloriam — haec scripsit — Nob. « Carolus Jos. eques de Romieu — qui hisinfaustis temporibus — « patriœ periculis — se etiam lubens devoverat. » — Porte-feuille du chr. de Romieu, p. 63-64.
(i) Elle est ciice par M. Trlchaud, Histoire de l'Eglise d'vVrle.s, IV, 203, d'après Bonnemant.
(2) On sait que la colline du Mouleyrès a servi de carrière et n'existe plus. Les Alyscamps n'ont pas été respectés, et les bouleversements opérés, dans celte enceinte vénérable, sont de nature à provoquer d'éternels regrets. Arles a laissé détruire presque toute la nécropole. — La peste de 1720-1721 est un épisode assez connu pour que nous n'insistions pas, et que nous ne citions pas les innombrables documents sur ce sujet. Disons seulement que le viguier d'Arles était, depuis 1718, François de Grille d'Estoublon, fils aîné de Jacques de Grille, dont nous avons parlé, t. II, p. 176, en note. Voirie Merc«7'e de janvier 1681, p. 2^9 et suiv., qui annonce sa nomination aux pages, et cite une pièce de vers de lui.