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était entré dans le corps des commissaires de la marine, quitta également le Levant (i).
M. Louis de Girardin de Vauvré, frère de l'ambassadeur, intendant général de la marine à Toulon, de 1680 à 1715, qui avait apprécié les services rendus par Guillaume Marcel, le choisit (2) pour aller à Alger négocier le traité de paix que les canons de Duquesne et du duc Estrées imposèrent au pacha de cette ville.
Dans l'acte authentique du traité, signé le 24 septembre 1689, à Aïgeï'j Guillaume Marcel est qualifié (f commissaire des armées navales, envoyé par Mgr le marquis de Seignelay, secrétaire d'Etat et des commandemens de Sa Majesté Impériale (3). »
(i) V. Archives des affaires étrangères, Constantinople, 1689, t. 22, passim, diverses lettres de M"" de Girardin et de l'abbé de Girardin à Seignelay , après la mort de l'ambassadeur.
(2) Archives de la Chambre de commerce de Marseille, AA., art. 469, lettre du consul Mercadier aux députés du commerce. « ...Monsieur de Vauvré, qui ne fait que des choix très judicieux, ayant choisi M. Marcel pour cette négociation y a réussi tout à fait bien. .. » Alger, 27 septembre 1689.
(3) Ce traité est publié dans le Corps universel diplomatique du droit des gens... par M. J. Du Mont... Amsterdam et La Haye, lySr, in-fol. t. vu, p. 239-240, il avait été imprimé dès 1689. Traité de paix entre l'empereur de France et le gouvernement de la ville et royaume d'Alger. A Toulon , chez Pierre-Louis Mallard, imprimeur du roy, de la ville, du collège et de la marine, 1689, Br. in-4'>, 14 p. (Archives de la Chambre de commerce de Marseille, A A, art. i25). Le texte original est aujourd'hui à la Bibl. municipale d'Alger. Il a été donné dans le n° 42 de la Revue africaine ; M. Albert Devoulx l'a reproduit p. 9-16, dans les Archives du consulat général de France à Alger, Alger, i865, i vol. in-8, i52p.
La Ga:^ette du 22 octobre 1689 annonça la conclusion de la paix, mais sms donner le nom du négociateur, p. 5 18,
Ce traité assurait, pour un temps du moins, la liberté du commerce, sans cesse entravé par les pirateries des Barbaresques , qui venaient enlever les bâtiments de transport jusque dans les eaux de Marseille. Guillaume Marcel, resta plusieurs mois à Alger, pour surveiller la loyale exécution du traité II remplaça le consul Mercadier (i) reconnu insuffisant, par René Lemaire(25 mars 1690), et dans les pièces officielles, il s'intitulait « conseiller du Roi, commissaire ordinaire de la marine, député pour l'exécution du traité de paix avec Sa Majesté et le gouvernement de la ville et le royaume d'Alger. »
Sa mission terminée avec succès, il s'embarqua pour la France , le 12 mai 1690, et le Roi , en récompense de ses services, le nomma peu après commissaire des classes à Arles (2). Il put reprendre ses études et
(i) Archives de la Chambre de commerce, A A, 470. Lettre de Lemaire aux échevins, Alger, 12 avril i6go.
(2) « Il y a trois départements des classes pour les matelots, à Arles, à Agde et à Toulouse. Dans chaque département, il y a un commissaire et deux écrivains, actuellement commis des classes. Dans le département d'Arles il y a le nombre de 846 matelots, dans le département d'Agde i635, dans le déparlement de Toulouse 699; total 3179. L'on ne peut douter que les matelots qui se forment en Provence, proche de la mer, ne soyent bons et plus habiles qu'en beaucoup d'autres endroits, parce qu'ils passent presque toute leur vie à la mer. » Mémoires concernant la Provence, par l'intendant et premier président Lebret, (copie de M. de Méjanes), Ms259de la Bibliothèque d'Aix, p. 253 (1699). Cet ouvrage se trouve à la Bibliothèque Mazarine v'Ms 271g, "^ vol. in-4») et ailleurs. « 11 y a à Arles un lieutenant de l'ami-
en étendre le cercle, grâce aux connaissances spéciales qu'il avait acquises sur les choses de la marine. Il avait mis à profit ses voyages, pour étudier les langues vivantes. Sa tournure d'esprit, ses goûts sérieux lui firent rechercher la société des hommes cultivés qui habitaient Arles II se lia avec les amateurs comme M. Rému^atj M. du Làurens , plus tard M. Amat de Graveson^ et l'Académie ne tarda pas sans doute à lui donner place. Il avait épousé Marie de Batel ou Batilly, fille de Charles de Batilly, commissaire de la marine et de Marie de Meyran.
Les fonctions de commissaire des classes n'étaient pas une sinécure, à une époque où la marine était l'objet de toutes les sollicitudes du pouvoir ; néanmoins, Marcel trouvait du temps, pour se livrer à des travaux d'archéologie et d'histoire locale. Le sol arlésien était une mine féconde, et les découvertes archéologiques étaient fréquentes. Pierre Véran affirme (Histoire d'Arles, t. III, p. 190-191), qu'on doit à Guillaume Marcel l'explication de plusieurs inscriptions antiques. Nous connaissons au moins l'explication
rauté (M. de Vaquières) qui a son lieutenant. Un commissaire de la marine (M. Perraud) ou des classes, qui a inspection sur les patrons, matelots, mariniers et le soin de faire embarquer ou débarquer les vivres, munitions, armes ou bois que le Roy envoit dans ses ports, et enfin qui pourvoit à tout ce qui regarde le service de Sa Majesté dans cette ville pour la marine. » Portefeuille du chevalier de Romieu,in-4°, 1726, Arles, 3/e5w/er, p. 58.
qu'il fournit, d'un attirail de sacrifice trouvé, avec une inscription, dans une urne de pierre, le 2 juin 1 693, au Mouleyrès.
Elle fut rédigée sans retard , car dès le 8 juillet lôgSjMarcel l'envoya à l'Académie des inscriptions, qui la fit insérer dans le Journal des sçavanSy du lundi 8 février 1694 (p. 62-66). Sa lettre est naturellement en français , mais Marcel avait publié ses Divinationes ou conjectures, en latin (1). Il ne fait guère que les traduire ici, et il renvoie au cinquième chapitre de son Histoire des Gaules (qui se vend à Paris, chez Denys Thierry, imprimée en 1686), au sujet des sacrifices gaulois. La lettre de Marcel est accompagnée de figures, reproduites par le Journal des scavans. Nous ne voulons pas examiner la valeur , d'ailleurs très contestée, de ses explications , Notons seulement que tous ceux qui s'occupèrent de cette découverte furent d'avis qu'elle avait quelque rapport avec le culte de Diane , autrefois prédominant dans Arles.
MM. Rigord, de Marseille, François Rémuzat (2),
(i) P. G. M, In Tabellam marmoream Arelatensera inter cineres et sacrificialia nuper erutam divinationes, 4 p. in-fol. Arelate, ex officina Claudii Mesnier, 1693, Bibl. Méjanes, Ms b^b. V. Lelong, éd. Fontette, t. m, n" 38176. IJ y en a une copie Ms au Fonds Nicolaï, Archives des B.-du-R., carton 33, pièce 28 et dans le Ms 583 de la Bibl. de Carpentras.
(2) Mort le 17 avril 1703, Arles, Registres de Saint-Lucien.
Raybaud, Galland, Terrin et le P. Fabre, d'Arles j cherchèrent aussi à leur tour l'explication de cette inscription et publièrent leurs conjectures. Malgré les ordres de la Cour, qui prescrivaient aux consuls de recueillir tout ce qu'on trouverait de curieux dans les fouilles, cette inscription faillit demeurer la propriété d'un « arpenteur de cette ville », M. Gérard, qui l'acheta au paysan dont la pioche l'avait déterrée. Un amateur d'Arles, M. Du Laurens qui avait un cabinet fort considérable (t) voulut avoir cette curiosité, mais Gérard refusa de la lui vendre. Il le dénonça alors aux consuls, et M. Pierre de Afom^/a;î, l'académicien et premier consul, enjoignit à Gérard de porter le tout à l'Hôtel-de- Ville, a Trois célèbres antiquaires qui faisoient honneur à cette ville et morts depuis quelque temps, qui étaient MM. Terrin, Marcel et Rémuzat, » examinèrent la découverte, dit M. de Graveson auquel nous empruntons ces détails (2).
Leurs conjectures furent imprimées, ou du moins il en courut des copies, mais elles ne satisfirent pas les antiquaires, et plus tard (après 1712) M. Ignace Amat de Graveson tenta une nouvelle explication.
(i) V. Seguin, Antiquitez, première partie, p. 52.
(2) Dissertation sur une inscription trouvée à Arles, en lôgS, )ar M. Ignace d'Amat de Graveson. Copie de M. de Nicolaï, prise »ur une copie conservée dans le cabinet de M. Raybaud, Ms, 12 p. ln-4°. Archives des B.-du-R., Fonds Nicolaï,, carton 33, pièce 3o,
Voir cette dissertation, Ms 583 de la Bibl. de Garpentras.
L'inscription était alors en son pouvoir. La ville l'avait donnée au P. de Périer, provincial des Minimes, qui la lui avait demandée, comme récompense de ses services (il avait déchiffré de vieilles pièces des Archives, fort importantes, pour un procès que soutenait la ville). Ce religieux « très sçavant et très curieux dans l'antiquité » voulait en enrichir sa collection. Il confia provisoirement ce dépôt à son frère qui habitait Arles, dans l'espoir de l'emmener à Lyon, à la première occasion. Mais il mourut peu après, et M. De Périer prit peu de soin du dépôt, dont il n'appréciait pas la valeur. M. de Lincel ayant épousé une des filles de M. de Périer, devint possesseur de l'inscription et consentit à la céder à M. de Graveson (171 2). Peu de gens la savaient encore dans Arles. « L'an 1722, après la mort de M. de Graveson, cette pierre fut portée à Aix , où la singularité de son inscription luy procura son dépôt dans le cabinet de Mgr Lebret. L'estime que cet illustre protecteur de l'antiquité en fait aujourd'huy la rendra respectable à la postérité (i). » François Peilhe écrivait ceci en 1724, dans un discours où il donne comme la plus satisfaisante l'explication tentée par M. de Graveson. Elle parait aussi ridicule que celle de Marcel, affirme M. de Fontette, Bibl. Hist., t. IV, suppl. du
(i) Discour sur une inscription antique trouvée dans les Champs-Elizées... . par François Peilhe, 17.24, 3 p. in-4'-, p. 3.
t. III, p. 495 , n" 38 166. Le même auteur nous apprend que cette inscription se trouve dans le Recueil de celles que Fabretti a rassemblées, p. ySô, n' 623, et que le marquis de Caumont en a donné une explication non imprimée, dont M. Séguier, secrétaire de l'Académie de Nîmes , était en possession, puis il conclut: «Au reste les habiles antiquaires regardent ce monument comme supposé (i). » Ce jugement a été depuis plusieurs fois répété , mais est-il fondé? L'inscription est aujourd'hui perdue et son authenticité ne peut-être établie, sinon par les témoignages de savants de la valeur de ceux qui l'ont admise sans aucune difficulté (2).
Nous ne connaissons pas d'autres ouvrages imprimés de Marcel, mais il en avait composé beaucoup
(1) Bibl. Hist., Lelong et Fontette, t. III, n» 38176. Pierre Véran, dans son Histoire d'Arles, Ms des Archives d'Arles, t. III, p. 257, reproduit in extenso la note de Fontette, en substituant au mot supposé : très intéressant! De même il copie la note sur le discours de Peilhe (1724) en supprimant ces mots : et qui paroit aussi ridicule que celle de Marcel. » Nous croyons devoir signaler ces libertés singulières chez un érudit.
V. Mémoire sur une urne sépulcrale qui renfermait des lacrimatoires, des couteaux de sacrifice et une pelle avec une inscription (lôgS). Copie faite en septembre 1776 par M de Méjanes sur un Ms de Séguier. Ms 852, 5 p. in-fol. Ce mémoire fut com-, posé, vers 1726, par le marquis de Caumont, correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Bibl. d'Aix.
(2) V. explication de q.q. marbres antiques dont les originaux sont dans le cabinet de M*** (Cardin Le Bret, fils) , Cpar le président J. Bouhier), Aix, David, 5o p. in-4', avec figures, 1733.
qui sont aujourd'hui presque tous perdus. L'un d'eux cependant , ou du moins la copie de l'un d'eux est conservée à la Bibliothèque Méjanes (r).
Marcel fut admis à l'Académie à une date que nous n'avons trouvé nulle part indiquée ; mais ce fut probablement vers 1692 ou 1693, peut-être après la mort de M. Jacques de Grille d'Estoubon. Plusieurs vides venaient de se produire dans les rangs de l'Académie : l'abbé Flèche était mort le 14 octobre 1691, René Le Pays, le 3o avril 1690; Gilles Du Port, le 23 décembre 1691 (2) ; Nicolas Chorier, le 14 août 1692. La disparition du secrétaire perpétuel, qui avait été la cheville ouvrière de l'œuvre, durant 25 ans, porta surtout à l'Académie un coup terrible. Il fut remplacé dans ses fonctions, par M. Joseph de Beaumont, mais ce dernier, vieux et malade, ne pouvait apporter à l'accomplissement de cette tache, l'activité qu'il eût fallu pour entretenir un peu de vie dans l'Académie ( 3 ). Il a cependant marqué son passage. En 1694, l'Académie fut consultée sur une question
(i) Bibl. Méjanes, Ms 378. V. Catalogue raisonné des manuscrits concernant la ville d'Arles, déposés à la Bibl. d'Aix, dite de Méjanes, par J. L. G. Mouan, Aix, 1847, in-8% p. i.
(2) Et non le 21 comme il est dit -partout. V. son testament dont M. le baron Du Roure nous a communiqué une copie.
(3) Le Mercure de juillet 1694, cité plus haut, p. i53, en note, donne à Giffon le titre de secrétaire de l'Académie, qu'il partageait sans doute avec M. de Beaumont.
littéraire, soumise également à d'autres Académies de province par François Nodot.
On sait que nous ne possédons qu'une partie des œuvres de Pétrone. En i663, M. Petit découvrit à Trau, en Dalmatie, dans la bibliothèque de M. Nicolas Gippins, un fragment de ce poète qu'il publia. Les savants, d'abord très divisés sur l'authenticité de ce morceau, finirent cependant par l'admettre (i). Vingtcinq ans plus tard, un officier français prétendit avoir trouvé, durant son séjour à Belgrade, en 1688, un long fragment inédit de Pétrone. Nodot en fit l'acquisition et le publia comme l'œuvre du satirique latin, sous ce titre : Titi Petronii Arbitri equitis Romani Satyricorij cum fragmentis Albœ Grœcœ recupbratis (sic) anno 1688, tune demum integrum, Parisiis Vend, apud Thomam Moete. Cum privilégia Régis M DC LXXXXIII , in-i2, 296 pages non compris 3o pages n. chif. (2). Ce fut le point de départ d'une longue discussion entre les érudits, les uns soutenant, les autres attaquant l'authenticité de ces fragments. Le Journal des Se av ans et le Mereure Galant accueillirent les arguments pour et contre, et V Histoire littéraire de la France a résumé ce procès
(i) V. le Journal des Sçavans, du 22 avril 1666.
(2) « Achevé d'imprimer pour la première fois, le premier may 1693. » Le privilège accordé pour six ans est daté du 27 octobre 1692. Il y en a un exempl. à la Bibl. d'Aix, C. 38x6.
curieux (i). Les savants bénédictins concluaient que la bonne foi de Nodot avait été surprise. Nodot défendit énergiquement sa découverte, par plusieurs écrits. Les académiciens d'Arles avaient lu dans le Mercure Galant d'octobre 1693, le passage suivant: a Les sçavans de vostre province auront sans doute appris avec joye que ce qui manquait au fameux Pétrone a esté enfin recouvré pendant ces dernières guerres de Hongrie, par les soins de M. Naudot et qu'il a esté imprimé entier depuis quelques mois. Ceux qui iront au Palais acheter ce livre apprendront par une lettre à M. Charpentier, doyen de l'Académie Françoise, qu'ils y liront au commencement, de quelle manière on a trouvé les fragments qui remplissent les endroits qui étaient défectueux dans cet ouvrage. On peut dire que c'est un trésor qui vient d'enrichir les belles lettres, et qu'il n'y a point de curieux qui n'y doive prendre part. » p. 24-25. Ce fut d'après cet article , et d'après l'autorité de leur ami M. Charpentier (2), qu'ils se formèrent une
(i) Histoire littéraire de la PVance, in-4», Paris, 1733, t. I, première partie, p. 186-208 : Pétrone poète. Voir spécialement le parag. IV. Cfr, l'article Nodot, dans les dictionnaires biographiques. Attaché à l'administration militaire, Nodot cultiva cependant la littérature et la philologie. Né vers i65o, il vivait encore en 1706, D'Artigny le vit alors et en fait un portrait peu flatteur.
(2) Goujet dit que les fragments de Belgrade « reçurent des lettres de légitimation des Académies de Nîmes et d'Arles et de beaucoup d'autres personnes qui, selon M. Burman, se laissèrent
opinion, n'ayant peut-être encore pas eu connaissance des objections dont le Journal des Scavans se fit l'écho, dès le lo avril 1694, p. 169.
Nodot était reconnaissant à Charpentier de son approbation, et ne doutait pas que l'Académie d'Arles ne se rangeât à son avis. Il habitait alors Grenoble et se trouvait en relations, nous ne savons comment, avec Guillaume Marcel, qui devait lui-même connaître M. Charpentier. Ce fut donc Marcel qui fut prié de présenter l'édition latine de Pétrone à l'Académie, pour en avoir son sentiment. Il parla en même temps à ses collègues de la traduction que préparait
trop grossièrement séduire. » Le 12 octobre 1690, Nodot écrivit de Strasbourg une longue lettre à Charpentier, alors directeur de l'Académie française, pour lui exposer les incidents de sa découverte. Charpentier, n'en contesta pas la réalité et dans une lettre, datée de Paris, 9 nov. 1690, il félicita chaleureusement Nodot du beau présent qu'il faisaità la Républiquedes lettres.V.ces deux lettres, en tête de l'édition de i6g3 , Charpentier fut-il encore une fois victime de sa trop grande naïveté ? L'abbé d'^Vrtigny n'hésite pas à le dire, dans sa charge à fond contre Nodot: « Le beau présent, pour me servir des termes de M. Charpentier, le beau présent que M. Nodot a fait à la République des lettres! ! J'admire, avec le directeur de l'Académie, la fatalité des choses, et qu'il ait fallu que M. Nodot ait été employé dans l'armée du roi en Allemagne, pour lui faire naître l'occasion d'une découverte si précieuse ; quand notre campagne sur le Rhin, de 1690» n'aurait point produit d'autre bonheur, n'y aurait-il pas lieu d'en être content r » t. I, p. Syr. Ce sont les termes mêmes de la lettre de Charpentier que d'Artigny tourne en ridicule. En tête de l'édition de 1693, on lit une épigramme de 5 vers latins de 5<atn?ewi7 et d'autres vers de deux inconnus: De Caen, médecin de Paris, et J. Olivier, à la gloire de Nodot et de sa découverte.
Nodot, et dont il avait eu quelques passages sous les yeux. Nodot savait qu'on se disposait à contester sa découverte ; aussi il attendait avec impatience , disait-il, le jugement d'une « Académie aussi judicieuse et aussi éclairée » que celle d'Arles. Les académiciens, après avoir consacré plusieurs conférences à l'examen du livre, se prononcèrent unanimement en faveur de Nodot. En outre, comme Marcel leur avait, sans doute, fait grand éloge de la traduction en préparation, ils prièrent Nodot de vouloir bien la leur envoyer.
Il se garda bien d'y manquer ; la traduction parut en 1694. Elle est très contestée, cependant les académiciens d'Arles en firent leurs compliments les plus chaleureux au traducteur. Il y eut, à cette occasion, un échange de lettres que nous reproduirons aux Pièces justificatives, car elles ne manquent pas d'intérêt (i). Bien que ne portant pas de date,
(i) Toutes les pièces sur la querelle relative aux fragments découverts en i6b3 sont dans la seconde partie de l'édition de Pétrone donnée par Pierre Burmann, XJtrecht, in-4'», 1709. Pour la querelle de Nodot, nous renvoyons à la France littéraire^ t. 1, Pétrone poète, p. 186-208; à Goujet, Bibl. Franc, t. VI. Traductions de Pétrone, p. 196-232 ; à à^Artigny, Nouveaux Mémoires d'histoire, de critique et de littérature, t. I, p. 246-376, critique des prétendus fragments de Pétrone publiés par Nodot; à l'introduction de M. Héguin de Guérie, en tête de sa traduction de Pétrone, Paris, Garnier, in-12, 1862, etc., etc. Les fragments de Nodot étaient connus dès 1692, car Basnage, dans l'Histoire des ouvrages des sçavans, de novembre 1692, faisait déjà des réserves sur leur authenticité. La traduction de Pétrone que
elles doivent être [de 1694 ou de la fin de 1693. Vers le même temps, Nodot voulut avoir l'avis de l'Académie de Nîmes. Il lui envoya donc un exemplaire des fragments contestés, en la priant de les examiner et de se prononcer sur leur authenticité. L'Académie lui répondit, pour le remercier et l'assurer du plaisir qu'elle avait eu à lire son ouvrage. « Cet auteur, continuait Graverol, secrétaire du corps, qui depuis si longtemps s'en alloit, si j'ose le dire, en lambeaux, doit à vos soins et à l'amour que vous avez pour les lettres, cet état de perfection dans lequel on a le plaisir de le lire à présent. Vous avez par là trouvé le véritable moyen d'immortaliser son nom et le vôtre. » L'Académie ne donnait pas assez nettement son avis sur le fonds de la question, du moins ce fut l'opinion
Nodot publia, en 1694, était accompagnée du texte en regard, de notes historiques et grammaticales, d'une vie de l'auteur et d'une clef des principaux personnages cités. Nodot habitait Grenoble et c'est là qu'il fit imprimer son travail sous ce titre : Traduction entière de Pétrone suivant le nouveau manuscrit trouvé à Belgrade, en 1688, à Cologne (Grenoble), chez Pierre Groth, 1694, in-i2, 2 vol. Goujet blâme l'auteur d'avoir osé traduire les infamies de Pétrone, et d'Artigny lui reproche de n'avoir même pas su comprendre le texte latin. Tandis que Goujet (t. VI, p. 206) dit que « l'arrêt de partage sur la vérité de ces fragments subsiste encore, et subsistera peut-être jusqu'à la fin des siècles » ; d'Artigny (t. I, p. SyS) traite Nodot de faussaire et demande qu'on lui donne une place honorable dans le traité de Menken , de la Charlatannerie des sçavans. Il y eut une seconde édition de la traduction vers 1700 et une troisièniç en 1713, s.l.n.d., 2 vol. in-12.
de Nodot. 11 insista et, le 6 mars 1694, Graverol, au nom de ses collègues, lui écrivait : ci Votre ouvrage se soutient si bien de lui-même, par l'uniformité du style que nous trouvons entre l'ancien Pétrone et celui que vous avez publié , qu'il me semble fort inutile d'examiner si les nouveaux fragments sont les enfans légitimes de cet auteur. La chose parle d'elle-même ; et la critique qu'on a fait imprimer à Paris, ne mérite pas que vous preniez le soin d'y répondre. » Cette fois, l'affirmation est catégorique : aussi Nodot qui venait de publier la traduction entière de Pétrone en fit tenir sans retard un exemplaire à l'Académie, avec une lettre, adressée à Graverol, dans laquelle il se faisait grand honneur du jugement de l'Académie. Celle-ci examina la traduction, s'en déclara satisfaite et le fit savoir à Nodot (i). Ce fut
(i) Ménard, Hist. de Nîmes, t. VI, p. 332-333. « On voit par cette lettre que l'Acadcmie de Nîmes ne tit point de difficultés de reconnaître ces fragments pour le véritable ouvrage de Pétrone. Mais je nedois pas dissimuler que le plus grand nombre des sçavans n'en a pas jugé si favorablement. Ils y remarquent des gallicismes et quantité d'expressions barbares, qui sont fort éloignées de la pureté et de l'élégance du style de cet excellent auteur. » Ibid, p. 333. Pétrone ne mérite pas cet éloge.
Graverol mourut le 10 sept. 1694. Il était né le 11 sept. i636. Le Journal des Sçavans publiait, le 6 sept. 1694, une longue lettre de lui, datée de Nîmes et contenant diverses nouvelles littéraires, en particulier l'annonce de l'Histoire de Provence, de Gaufridy, qui parut en effet cette année. Sa bibliothèque fut vendue en iyo5: en voir le catalogue Bibl. de Carpentras, Ms 606.
une des dernières questions dont s'occupa Graverol, qui mourut peu après.
Il V avait au XVII™® siècle, des amateurs forcenés qui déclaraient le Satyricon de Pétrone la merveille des merveilles: Saint-Evremont et Bussi-Rabutin , le grand Condé lui-même, assure-t-on, étaient de ce nombre. On a peine à s'expliquer cette perversion de goût. Pétrone, courtisan de Claude et de Néron, composa les 3oo vers du poëme de la guerre civile pour montrer que Lucain n'avait pas fait un chefd'œuvre en composant la Pharsale , qui traite du mém.e sujet. Ces vers sont peut-être la meilleure partie de l'œuvre de Pétrone. Ils forment une épisode du Satyricon, ce livre étrange mêlé de prose et de vers, où l'auteur semble avoir rassemblé toutes ses compositions d'un ton très inégal. L'analyse du Satyricon est impossible ; il y a là un mélange de cette crudité romaine que rien ne rebute , et de cette élégante corruption grecque qui jette des fleurs sur la boue. C'est un ramassis d'ordures , de récits de mauvais lieux, et Pétrone s'est livré, en le rédigeant, à une abominable débauche d'esprit.
Nous aimons à croire que ce fut pour d'autres motifs qu'une admiration des horreurs dans lesquelles s'attarde le talent de Pétrone, que les académiciens d'Arles, tirent à Nodot, qui osa les rendre en français,
- -^02 — un accueil aussi bienveillant (i). Ce fait peut s'expliquer de bien des manières , mais il sera bon de rappeler que Pétrone est né aux environs de Marseille, et que vingt ans avant Nodot, Marc-Antoine Chalvet en avait entrepris la traduction. -
Il existe à la Bibliothèque Nationale, nouvelles acquisitions françaises, n° 333, un vol. in-fol., qui renferme en i6 p. (après 38 1 p. de prose et vers), une traduction d'une partie de la Pharsale de Pétrone , comprenant près de 458 vers. En marge, on lit : cette traduction est de M. l'avocat Chalvet, de Marseille. Ce volume a été acheté, à Aix, en 1860, chez Gognardy marchand d'antiquités, cours Mirabeau, 65, pour 4fr., par M. Herbert, qui en a fait don à la Bibl. Nationale, non sans en avoir tiré la matière d'une brochure indigeste et fort mal écrite , mais où nous trouvons quelques détails à glaner (2).
(i) Par leurs lettres, ils louaient en Pétrone la pureté du style et félicitaient Nodot d'avoir rendu le latin dans un français très pur. L'assertion est doublement contestable.
(2) De la guerre civile, poème de Pétrone, traduit en vers par Marc-Antoine Chalvet, avocat et assesseur de Marseille, au XVII"" siècle, suivi d'une Etude sur le traducteur et l'examen d'une autre version de Pétrone composée vers 1670, par François Galaup de Ghasteuil, d'Aix, édité par M. Herbert, professeur au lycée de Napoléon-Vendée , Marseille , Victor Boy , libraire, boulevard Dugommier, 25, 1864 (la couverture porte i865), gr. in-8% 5o p.; 4 p. pour le titre et le faux titre, puis p. 5-6 lettre à M, de C; p. 7-20, poème de la guerre civile de Pétrone traduit par Marc-Antoine Chalvet ; p. 21-26. Etude sur J'avQcat Chalvçt ; p. 37-34, Lettre dç M. dç Crozet à M. Herbert;
Le Ms 333 est une copie d'une belle écriture longue, mais faite par un ignorant qui multiplie les fautes et dont le texte nécessite une recension sérieuse. Les vers de Chalvet ont de la facilité, de l'éclat et de la sonorité. « Certes M. l'avocat Chalvet , de Marseille, s'il eût vécu à Paris, s'il se fût livré sérieusement à la poésie, aurait, même au XVII"® siècle, fait parler de lui. Et actuellement, dans la décadence des beaux arts, c'est bien quelque chose pour nous que le plaisir d'entendre cette voix sonore, peu connue par ses contemporains. Ah ! quelle époque que celle qui pouvait impunément dédaigner de tels talents ! Nous autres, qui n'avons pas le droit d'être si difficiles , recueillons et étudions les petits poètes du grand siècle, et soyons, envers une telle œuvre rétrospective, respectueux (i). » Il y a bien un peu d'exagération dans ces lignes. Chalvet a de bons vers, il s'occupe assez peu de suivre littéralement le texte latin, il paraphrase plus qu'il ne traduit, mais ce qu'il perd en fidélité, il le gagne en aisance et son texte ne seilt pas la traduction. Mais faut-il le mettre au-dessus de tous les autres traducteurs de Pétrone, comme le fait M. Herbert (2)? La question est pour
p. 33-42. Harangue de Chalvet (2 déc. i685j; p. 43-5o, examen d'une tra luction française de Pétrone composée vers 1670, par François Galaup de Chasteuil.
(i) Herbert, op. cit. Etude sur l'avocat Chalvet, p. 23.
(2) Il met en regard des vers de Chalvet, des vers de Nodot, de Bouhier, dç Guçrlç et dç I9 çollççtion Nisard, reproduisant
nous douteuse , bien que M. de Crozet partage presque entièrement Topinion de M. Herbert, qui s'adressait à lui, pour savoir quel était ce Monsieur l'avocat Chalvet, de Marseille. « Chalvet, dit-il, a plus que beaucoup d'autres le sentiment poétique ; son sujet le domine, l'entraîne et ne lui permet guère d'aviser aux vulgaires bienséances de la traduction. Il imite plutôt qu'il ne traduit, et bien souvent il improvise plutôt qu'il n'imite. Les vers heureux abondent chez lui, leur caractère est grandiose, hardi et parfois sublime. » Op. cit. p. 27.
Nous n'avons pas à insister sur les détails biographiques que M. de Crozet donne sur Chalvet : ils sont très incomplets ; il nous apprend cependant qu'il fut enterré à l'Observance. Ajoutons que l'année de sa mort est 1702, et qu'il demeurait rue des Radeaux (i). M. de Crozet ne semble pas avoir compris
le même passage, puis il conclut : « J'ai pris au hasard et de bonne foi, je vous assure, ces divers extraits ; mais croyez-vous que M. Vavocat Chalvet, de Marseille, perd à la comparaison ? Je révère, sans doute, le profond savoir, les vastes connaissances du président Bouhier; je suis loin de dédaigner l'ingénieur Nodot; de Guérie est savant et homme d'esprit; l'anonyme a son mérite ; où trouvez-vous, toutefois, dans ces traducteurs la moindre étincelle du feu sacré? L'ombre de l'enthousiasme? Ils bégaient, en vérité, la langue d'Apollon, et martellent des lignes rimées. Tandis que votre vieux disciple de Corneille embouche la trompette, se rit du latin et foule le texte aux pieds, pour s'élever à des hauteurs où n'atteint point la faiblesse de ses rivaux. » Op. cit., p. 25-20.
(i) D'après une lettre de son fils, du 7 avril 1702, écrite peu
à quel ouvrage l'Almanach de Marseille de 1774, p. 2o5 , fait allusion, lorsqu'il dit que le discours prononcé par Chalvet, le 2 décembre i685, fut imprimé v( dans un Recueil des Harangues, dans le genre démonstratif. » Nous avons dit que ce fut dans le Recueil de Vaumorière, publié en 1087. ^^ est p. 654-658 (1). M. Herbert le cite d'après une copie à lui envoyée par M. de Crozet et prise sur le Registre des Délibérations du conseil. « S'il y avait quelque sûreté .dans mon appréciation, dit M. de Crozet, op. cit., p. 3i, je reconnaîtrais aussi facilement dans ce discours le poète, qu'en lisant le poème je devinerais le rhéteur. En vers comme en prose, c'est le même style, la même phrase aux larges proportions , ce sont les mêmes expressions solennelles
après sa mort, en renvoyant à M. de Mazaugues une lettre italienne recherchée dans les papiers du défunt. Lettres des savants, 1669-1712, Bibl. de Garpentras, Ms 435, t. 1, f. 143. Cette rue porte aujourd'hui le nom de rue Radeau : elle aboutit au quai du vieux port, à l'ouest de l'Hôtel de Ville.
(i) L'édition de 1687 est en i vol. in-4°, de 720 pages. Les deux autres éditions sont en 4 volumes in-i 2, notre indication de la note I, p. g, ci-dessus est donc doublement à rectifier. Chalvet fut-il reçu docteur en droit à Aix, en 1671, comme il est dit dans la brochure de M. Herbert, p. 28 i Nous n'avons pas retrouvé son nom, à celte date, dans la liste des docteurs. Sur Chalvet, voir une note de 6 lignes dans l'Almanach de Grosson, Marseille, 1774, p. 204-205. Ses armoiries furent jointes à l'Armoriai de Marseille, dessiné par Patac, en 1778: d'azur à la fasce d'or, accompagnée en pointe d'une colombe d'argent, tenant de sa patte dextre un rameau d'or, et la patte senestre appuyée sur une boule d'or, et en chef de trois étoiles d'or.
et quelque peu emphatiques, la même élévation souvent exagérée dans les idées. On devine, dans ce discours comme dans le poème, les formes et le caractère antiques; Ghalvetjenl'un comme en l'autre, est maître de sa langue et semble , ainsi que vous le dites , inspiré par le génie de Corneille. »
Il faut retenir de ces éloges excessifs que Chalvet écrivait très correctement la langue française, ce qui attestait avec elle une longue familiarité.
Chose singulière, à la même époque, le Satyricon de Pétrone était traduit, à Aix, par François Galaup de Chasteuil. Ce travail était perdu, mais on en connaissait l'existence (i). M. Herbert croit le retrouver, dans le Ms dont les vers de Marc-Antoine
(i) François Galaup de Chasteuil, fils de Jean Galaup, procureur général à la Cour des Comptes, avait traduit les Petits Prophètes et quelques livres de la Thébaïde de Stace. On a aussi de lui quelques pièces de poésies françaises et provençales. Il mourut à Verceil, âgé de 52 ans, en 1678. V. Dict. des Hommes illustres de Provence, t. I, p. 322-323.
On lit, en tête des œuvres complètes de Pétrone, traduites par Héguin de Guérie, Paris, Garnier, 1862, in'2, Recherches sceptiques sur Pétrone, p. XLIII. «On prétend, ajoute Goujet, que François Galaup de Chasteuil, provençal, homme de beaucoup d'esprit, mort en 1678, avoit traduit tout ce qui nous reste de Pétrone ; et Gui Patin parle dans ses lettres d'un savant qui, après avoir rempli les lacunes du Satyricon, ne put obtenir la permission d'en publier une édition latine et française. » Le passage est dans le t. VI de la Bibl. Françoise de Goujet, Traductions de Pétrone, p. 228. « Etait-ce en vers ou en prose? Je ne le sais pas, continue Goujet. Sa traduction est demeurée manuscrite. » Elle l'est encore aujourd'hui.
Chalvet occupent les i6 dernières pages. Ses raisons nous paraissent plausibles : Ghasteuil avait complété le texte de Pétrone et essayé d'en combler les lacunes avant Nodot. Ce travail n'a pas de valeur : il ne fait honneur ni au talent ni au sens moral de Ghasteuil : le style est trivial et incorrect, et le texte de telle nature qu'on ne peut en citer une seule ligne (i).
D'après une note citée plus haut (p. 12) Chalvet aurait encore traduit des fragments de Pétrone sur l'éloquence, et le conte de la Matrone d'Ephèse en vers burlesques. Ces deux traductions, dont la dernière était dédiée au marquis de Vardes , sont perdues. Le marquis de Vardes, exilé durant vingt ans, dans le gouvernement d'Aigues-Mortes , était lié avec Chalvet , et dans les Lettres des savants de M. de Mazaugues, conservées à Carpentras, il y a une lettre de Vardes, où il est question de Chalvet, qui l'avait prié de rendre un service à Mazaugues. Elle est datée de Montpellier, le 9 mars 1677 (2).
(i) V. op. cit., p. 43-5o. Examen d'une traduction française de Pétrone, composée vers 1670, par François Galaup de Ghasteuil. Elle occupe les 38i premières pages du Ms 333, sans titre et sans nom d'auteur. Elle est en prose mêlée de vers.
(2) Bibl. de Carpentras, Ms 435, t. 2, f. l. Sur la mort de Vardeb, V. Galette de 1688, p. i52, édit. de Lyon et le Mercure de septembre 1688, p. 293-301 qui contient une notice sur sa famille. Il avait épousé Catherine Nicolaï, fille d'Antoine Nicolaï, présidente la Cour des Comptes. On sait que les Nicolaï d'Arles prétendaient se rattacher à cette famille. V. Additions au Journal de Dangeau, 3 sept. 1688 et Journal de Dangeau, 9 août i685. Vardes était très lié avec J.-B. de Grignan, coadjuteur d'Arles, et MM. de Boche et de Sabatier qui avaient servi sous ses ordres.
Les diverses traductions de Pétrone , par Chalvet , furent vraisemblablement communiquées à l'Académie.
Un autre académicien employait plus utilement son temps : J,-B. de Barrême, frère aîné de l'abbé de Barréme , juge royal après la mort de son père (4 déc. 1695), publia, en 1698, un recueil de ses discours judiciaires, sous ce titre : « Quelques discours, plaidoyés et ouvertures de Palais de Monsieur de Barrêmey seigneur de Manvillc, juge en chef de la ville d'Arles. A Avignon, chez Michel Chastel, imprimeur de Sa Sainteté, avec permission des supérieurs, 1698. Il forme un petit vol. in- 12, divisé en deux parties, de 274-178 p., non compris la table, 10 p. n. chif.
Assurément ces discours ne sont pas des chefsd'œuvre, mais ils se rapportent tous à Arles, et, à ce titre, ne manquent pas d'un certain intérêt.
En 1698, l'abbé Charles Boileau, qui avait été reçu à l'Académie Française, en 1694, était directeur de cette Académie et répondit, en cette qualité, au discours de M. l'abbé Genesty reçu au mois d'octobre. Le Mercure, en rendant compte de cette séance, analyse son discours, et en cite même une partie, sans oublier de dire que l'abbé Boileau est « très connu par ses doctes prédications (i). »
(1) V. Mercure Galant, d'ociohvQ 1698, p. 191-214, Cfr. Mercure d'août 1694, p. 289-292 et Mercure dQ se detrabre i6y4,
A l'occasion de Nodot et de Pétrone, nous constatons que les deux sociétés littéraires des deux villes voisines, Arles et Nîmes, étaient d'accord et conservaient entre elles d'excellents rapports. Mais tandis que l'Académie de Nimes prospérait, celle d'Arles était condamnée à une irrémédiable déchéance. La France soutenait la longue guerre de la Ligue d'Augsbourg, qui absorbait toutes les forces vives de la nation. Selon l'expression énergique de Voltaire « on périssait au bruit des Te Deum », et la paix de Ryswik, conclue en 1697, ne devait donner que trois années de répit au pays, épuisé par cette lutte inégale bien que glorieuse. La Provence subissait une lourde crise agricole , plus sensible dans le pays d'Arles que partout ailleurs : les années mauvaises se succédaient, la jeune noblesse était à l'armée (i), ne pouvant songer aux choses de l'esprit, les membres de l'Académie disparaissaient peu à peu, sans être remplacés. La mort enleva M™^ des Houiières, en 1 694 (2) . Le cha-
p. 222-2^7, sur la réception de l'abbé Boileau « dont l'éloquence a paru avec éclat, depuis tant d'années, dans les meilleures chaires de Paris. » Cfr. Mercure d'avril 1686, p. 335-336.
(i) En 1690 et 1692, le comte de Grignan convoqua l'arrière ban de la noblesse pour défendre la frontière du Var menacée par le duc de Savoie. V. Annales d'Arles, Ms 806.
{2) Fut-elle remplacée par sa fille? Le fait est douteux pour nous. V. plus haut, p. 160, en note. Le Ms 1060,2'"" partie, p. 47, l'affirme cependant, ainsi que divers auteurs.
Dès le mois de septembre 1682, M. de Grille exprimait la crainte que le recrutement de l'Académie ne fut trop négligé
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noine Jean-Honoré de Sabatier mourait le 19 septembre 1696 ; Charles de Barréme, le 4 décembre 1695 ; son fils , le chanoine René de Barréme, le 8 décembre 1697 ; le marquis de Chàteaurenard était mort, probablement à Avignon, en mai ou juin 1695. le secrétaire Joseph de Beaumont avait été enseveli Jiins l'église des Carmes, le 3 juin 1697, et quelques mois après, m.ourait Mgr Jean-Baptiste Adhémar de Monteil de Grignan, archevêque d'Arles, et grand ami de l'Académie (1).
Le 25 décembre 1697, '^ ^^^ nomma à l'archevêché d'Arles M. l'abbé François de Mailly {2), un de
« M. le secrétaire monstre diverses pièces des confrères externes entre autres de M. d'Abbés, de Narbonne, qui répondent à la réputation de ce personnage, et dict que les dehors de l'Académie sont importans et considérables, mais qu'ils sont en petit nombre, et que ceux du dedans ne multipliant point leur nombre, au contraire se diminuant tous les jours, il faudroit éviter qu'un si digne ouvrage qu'est l'Académie ne fust destruit, faute de subjets. » Registre de l'Académie, fol. 216.
(i) V. Mercure Galant de novembre 1697, p. 269-272. Ses obsèques eurent lieu à Arles, le 22 janvier i6gS. V. \e Journal de l'Oratoire et les notes de l'abbé de Boche, Sacristie, livre B, p. 398-401. Il fut enterré près de son oncle, dans la chapelle Saint-Genez, où ils s'étaient préparé une sépulture.
Au mois d'octobre 1675, M. l'abbé de Boche fit voir à ses collègues le discours prononcé par le coadjuteur en présence du roi, au nom du clergé de France, le 23 août 1675. Reg. fol. i38, verso. Mgr de Grignan était un orateur distingué.
(2) François de Mailly fut transféré à Reims en 1710, etcréé cardinal en 1719. Il mourut à l'abbaye de Saint-Rémy de Reims, le i3 septembre 172 i. 11 était très aimé à Arles, où il fit beaucoup de bien par une administration pacifique et paternelle. Sa famille était originaire de Picardie. Son frère Victor-Augustin de Mailly, fut évêque de Lavaur de 1687 à 1712.
^ 211 — ses aumôniers. Le nouveau titulaire, sacré à Paris par le cardinal de Forbin-Janson, le ii mai 1698, prit possession de l'archevêché par procuration , le 10 juin, et en personne le 8 octobre suivant (i).
Il était étranger à la Provence : l'Académie ne lui inspirait que fort peu d'intérêt, et il ne paraît pas qu'il s'en soit occupé. Néanmoins il semble avoir favorisé les travaux archéologiques, au moins autant que les Grignan. Les savants jésuites, les PP. Dominique de Colonia (i 675-1741) et Claude-François Ménestrier (i63i-i7o5) (2) étaient en relation avec lui, et vinrent plusieurs fois lui rendre visite.
(i) Sacristie, livre B, p. 403-404. Notes de J. de Boche.
(2) V. Recherches sur la vie et sur les œuvres du P. Claude- François Ménestrier... (par Paul AUut), Lyon, 1867, gr. in-8» de XXX-375 p. L'arlésien Joseph Séguin écrivait, vers 1690, à propos des moulages de la Vénus, conservés à Arles chez Terrin, Rému^at, J.-B. de Grignan et Louis-Aube de Roquemartine^ évêque de Saint-Paul-T rois-Châteaux. « On voit encore une de ces statues dans la sale de M. le marquis de Robias, seigneur d'Estoublon. C'est dans cette sale que tant d'hommes choisis par leurs belles connoissances ont tenu si souvent leur assemblée, sous le nom d'Académie royalle d'Arles, dont ce marquis incomparable est directeur perpétuel, par lettres patentes de S. M. Le R. P. Ménestrier, jésuite, dont la plume féconde et délicate est aujourd'hui si fameuse dans le monde, nous prépare un ouvrage de sa façon sur l'établissement et les progrès de cette illustre compagnie, aussi je n'en dis pas davantage, je reviens à mes antiquités. » Dissertation sur l'ancienne métropole des Gaules et sur le lieu de la naissance de saint Ambroise, contre la critique historique et chronologique du révérend ipère Pagi, docteur en théologie , de l'ordre des Conventuels de Saint- François, sur les Annales de Baronius par M.Séguin, fol. 77,
Il était à peine arrivé dans cette ville, que Guillaume Marcel lui dédia son Promptuarium ecclesiasticum et civile metropolitanœ Galliarum, id est AreLites (i). Cet ouvrage n'est, selon M. de Cambis, que l'ébauche d'une histoire de l'Eglise d'Arles que Marcel se proposait d'écrire, pour compléter Saxi et Du Port. Le
verso. Archives d'Arles, cahier de gyjfol. reliés en veau, Cfr. le même ouvrage à la Bibl. d'Aix, M. 549, 106 p. rel. en parchemin.
L'ouvrage annoncé du P. Ménestrier fut-il rédigé l Où se trouve-t-il i Nous l'ignorons. Allut n'en parle point.
(i) En voici le titre complet : Willielmi Marcelli Tolosani promptuarium ecclesiasticum et civile metropolitanœ Galliarum, id est ArelateSy juxtafilem archivorum et perpetuam P. Saxii canonici et cartophilacis sanctœ Ecclesiœ Arelat. auctoritatem, ad illustrissimum ac reverendiss. principem Franc, de Mailli sanctœ sedis Arel. archiep., anno 1698, petit in-4", de 364 p. Ms 378, Bibl. d'Aix, copie de M, Du Molin, d'Arles. L'original était; au pouvoir du marquis de Velleron (mort en 1774), qui en a donné la description dans le Catalogue raisonné des principaux manuscrits du cabinet de M. Joseph-Louis-Dominique de Cambis marquis de Velleron. Avignon, Louis Chambeau, 1770, in-4'', 776 p. plus 10 p. pour avertissement et table, y compris le supplément achevé d'imprimer le 3o juillet 1771, et qui manque à beaucoup d'exemplaires, qui n'ont que 519 p. C'est précisément dans le supplément, qui contient la description des Ms acquis depuis 1770, .qu'il est question du Promptuarium. C'était un in-fol. de i52 p. V. Ibid. p. 669-671. Qu'est-il devenu ? V. ce cat. à la Bibl. d'Aix, n° i6536, très complet. Comme Saxi, Du Port et le Gallia , Marcel admet l'apostolicité de l'Eglise d'Arles, et affirme que saint Trophime est disciple de saint Paul. L'opinion contraire n'avait pas alors de'partisans à Arles. M, Fassin nous a communiqué quelques notes sur Marcel. Il y est dit, à propos du Promptuarium : « Cet ouvrage qui estoit fini n'a pourtant vu le jour qu'après sa mort, à cause 'd'un mécontentement que l'auteur avoit reçu des consuls, ce n'est véritablement qu'un abrégé, où il y a beaucoup de fautes. »
Promptuarium est écrit avec le même esprit de méthode et de scrupuleuse érudition que les autres ouvrages de Marcel, aussi il est regrettable qu'il n'ait pu y mettre la dernière main. Ce n'est le plus souvent qu'une analyse de Saxi et du Gallia Christiana. L'histoire des archevêques d'Arles, était poussée jusqu'en 1649. ^' ^^ motif qui engagea Marcel d'entreprendre cette histoire, dit M. de Cambis, fut que celle de Saxi, chanoine de l'église métropolitaine de Saint-Trophime, était devenue si rare que plusieurs sçavans croyoient qu'elle n'existait plus ( i).» Le Pontificium de Saxi est coté comme rare, mais on en trouve pourtant des exemplaires en assez gran i nombre, et il passe de temps en temps dans les ventes.
(i) Catalogue raisonné Avignon, 1770, p. 670. Nous avons
renconiré près de 20 exemplaires de Saxi à Aix, à Arles, à Paris, à Reims, à Rouen, à Montpellier et ailleurs. C'est donc à tort que Vogt, dans son Catalogus librorum rariorum... Hamburgi, 1753, in-8°, p. 604-605, désigne le Pontificium, comme « Liber inter impressos rarissimus. »