LA VIE INTELLECTUELLE A ARLES, AU XYIII** ET AU XIX° SIECLE
Le chevalier de Romieii, son affiliation à l'Académie de Marseille. — Le Porte-Feuille du chevalier de Romieu, — Académie de Musique. — Pierre de Morand. — Essais de reconstitution de l'Académie. — La Chambre Noire : l'Embrasure, les Associés du boulevard de Digne,, l'Académie des dames. — Décadence de la vie littéraire.
Lorsque les désastres causés par la peste de 1721 furent un peu réparés, la vie littéraire sembla se ranimer en Provence, en même temps que l'industrie et le commerce. Sous l'impulsion du duc de Vilîars, et grâce à l'activité de M. de La Visclède, une Académie s'organisa à Marseille, en 1726(1). Le succès de cette société fut rapide : Louis XIV lui accorda des lettres patentes en août 1726; elle reçut très bon accueil et le chevalier de Romieu, ami de M. de la Visclède, fut un des premiers membres associés. Le 23 avril 1727, à la première séance publique de l'Académie , tenue à
(1) Il en était question, dès 1716, et, à cette date, le chevalier de Romieu était peut-être à Marseille. V. Lettre écrite par M. de La Roque à M. Rigord, subdélégué de l'intendance de Provence à Marseille, sur le Projet d'établir en cette ville une Académie des sciences et des belles-lettres, où il est parlé de l'ancienne Académie de Marseille et des Marseillais qui se sont distingués dans les sciences et dans les beaux-arts, à Paris, le premier avril 171 6. Journal de Trévoux , janvier 1717^ p. i24-i54. Il n'y est pas question de Marc-Antoine Chalvet.
l'Hôtel de ville, le chevalier de Romieu fit son remerciement, ainsi que M. André de Chalamont de la Vîsclède^ procureur du Roi au siège d'Arles (i). M. de Robineaii leur répondit en quelques mots. Il lut particulièrement gracieux pour le chevalier.
Le discours de M. de Romieu est remarquable : il rappelle d'abord que M. de La Visclède a été couronné quatre fois par l'Académie française, puis il continue:
« L'on avoit sçu jusqu'à ce jour que notre climat produisoit des hommes d'un esprit vif et pénétrant, propres à l'éloquence, mais surtout remplis de ces heureuses saillies , de cette imagination hardie et féconde qui fait les poètes. Mais l'on n'avoit que trop souvent éprouvé que dans le même auteur et dans le même ouvrage, ce feu s'éteignant et se rallumant par reprises, après avoir fait admirer son éclat, faisoit désapprouver son inégalité,
« Contens de ce que la nature leur fournissoit, ces esprits paresseux négligeoient de s'instruire des règles de leur art , et encore plus de celles de la langue françoise ; ainsi, dans leurs plus brillantes pensées, il perdoient par l'e-pression et les termes toute la gloire qui étoit due à l'invention.
« Aujourdhuy, Messieurs, vos confrères viennent de montrer aux maîtres de cette langue, que dans une province des plus éloignées de la capitale, l'on peut par le travail acquérir cette perfection que les citoyens de cette heureuse ville reçoivent presque en naissant.»
Puis il insiste sur l'utilité des Académies, les qualités des académiciens et félicite Marseille d'inaugurer son Académie, sous les auspices du duc de Villars et dans des conditions qui garantissent le succès (2).
(1) On lit dans les Registres de Sainte-Anne : « André de Chalamont, procureur du roi au siège d'Arles et vieux garçon, mort le 18 août 1742, enterré le 19 dans l'église des Grands-Carmes. Issautie)', curé. » Archives d'Arles.
Pierre de Robineau, commissaire des guerres, mourut en i7(>4.
(2; Voir ce discours, p. :oi-io8, Recueil de plusieurs pièces de
M. de Robineau répondit, en ces termes, au chevalier de Romieu ;
a Monsieur, c'est avec un applaudissement général, et en se félicitant elle-même, que l'Académie vous a accordé la place d'associé, que vous luy avez démandée; mais la joye que nous ressentons, en cette occasion, ne laisse pas d'être mêlée de quelque amertume : on se ressouvient encore de vous avoir vu faire dans cette ville un séjour de plusieurs années; quel plaisir seroit le nôtre de vous compter aujourd'huy parmi nos confrères, plutôt que parmi nos associez; quel autre rempliroit cette place plus dignement que vous et à plus juste titre ? Ce qu'il a de très certain, Monsieur, c'est que ceux d'entre nous qui se sont appliquez à la poésie lirique, relisent encore tous les jours l'Ombre de Turenne (i) ; cette ode qui n'a pu vous être enlevée parce qu'elle étoit marquée à votre coin. Le discours que nous venons d'entendre servira de modèle à ceux qui voudront joindre le vray sublime au brillant et à la délicatesse des expressions (2). »
Malgré cet appel, le chevalier de Romieu continua à résider à Arles, où il était entouré du respect de tous, non pas tant peut-être à cause de son talent, qu'en raison de sa vaillante conduite, pendant la peste.
poésie présentées à l'Académie des Belles-Lettres de Marseille^ pour le prix de l'année MDCCXXVII, avec les discours prononcez et les ouvrages lus dans l'assemblée publique, tenue dans la salle de l'Hôtel de ville le 23 avril de la même année. A Marseille, chez Jean-Baptiste Boy, imprimeur du roy, de la ville et de l'Académie des Belles-Lettres. Avec permission. » s. d., in-8°, 120 p., plus 16 p. n. chiff. pour préface et lettres patentes de l'Académie. Elles sont du mois d'août 1726.
(1) Cette ode, faite pour le duc de Vendôme après la bataille de Ramillies (1706), se compose de 10 strophes de 10 vers. V. le Porte Feaille, 2« cahier, au fonds Bonnemant, Bibl. d'Arles.
(2) Recueil de l'Ac. de Marseille 1727, p. 109. Suit, p. iio-ii3, le discours de M. de Chalamont et la réponse de M. de Robineau.
Il est souvent cité dans les Registres de l'Académie de Marseille, et il est évident qu'il s'intéressait fort à la nouvelle société. Le 7 janvier 1728, il lut à la séance publique une ode intitulée : Marseille. Le 4 juin précédent, il avait envoyé une excellente relation des tremblements déterre arrivés à Arles en 1725 et 1727(1). Les dégâts avaient été considérables, et, selon un ancien usage, qui témoigne des bonnes relations entretenues par les deux villes voisines, les consuls de Nîmes vinrent à Arles, le i5 octobre 1727, pourexprimer aux Arlésiens leur sympathie. Ils furent reçus avec les mêmes honneurs qu'en 1649, 167861 1722, en des circonstances analogues. En 1730, le prince et la princesse de Conti, passant par Marseille , furent complimentés par le chevalier de La Fare, au nom de l'Académie. M. de la Visclède communiqua ce compliment à M. deRomieu, qui répondit par une lettre très spirituelle :
« Je vous remercie, mon très cher et très pénible ami, de la harangue à leurs altesses de Conti, que vous avez eu soin de me faire tenir, suivant la prière que je vous en avais faite. Sans vous, j'aurais ignoré cette noble et charmante pièce, qui fera honneur à mon cabinet. Vous m'apprenez qu'elle est du chevalier de La Fare, qui l'a prononcée et qui en a été justement gracieuse par leurs altesses. Je savais que ce mien camarade bien était capable d'oeuvre pareille, moult expérimenté, comme il est dans les cours, et, surtout dans celle de la maison de Condé : l'esprit et le beau dire sont du ressort et appartiennent naturellement à tout ce qui porte le nom de La Fare. Mais ce preux et disert chevalier, irrépréhen-
(i) Avec une lettre à M. de La Visclède, qui le remercia, au nom de TAcadémie. V. Fonds Bonnemant, vol. Relations^ pièce 28. — Voir sur ces tremblements de terre, le Journal de l'Oratoire ; les notes du sacristain Barbaroux, Sacristie livre B, p. 467 et 468 ; les Annales d'Arles, Bibl. d'Aix, mss. 806 et 788 et le Journal de Verdun, août 1727, p. 144.
sible dans tous ses dits, l'est grandement dans sa conduite, à l'égard de ses anciens amis. Si vous étiez encore notre directeur, je vous chargerais de la correction de cet ingrat confrère, qui n'a pas daigné me faire part de son ouvrage, quoiqu'il sache que je m'intéresse vivement à sa gloire.
u Vous me dites que cette pièce est dans le Mercure, chose assez inutile pour moi j depuis uiaintes années , je n'ai nul commerce avec ce Dieu des voleurs. Comme il ne me reste pas beaucoup de temps à vivre, je ne l'emploie qu'à la lecture des ouvrages qui sont quelque chose, et le Mercure est immédiatement au-dessous de rien ; au moins l'illustre M. de La Bruyère me l'apprend ainsi, et je me tiens à ses sentiments sur les caractères ; le mien est d'être grand amateur des lettres, grand barbouilleur de papier, incommodé et incommode, séparé de tout ce qui s'appelle grand et beau monde; moineau solitaire, sous mon toit, n'écrivant que faute d'occupation, avec trop de facilité, et trop peu de connaissance des règles, d'ailleurs sincère et fidèle ami , et votre très humble serviteur, etc. » Arles, 18 juillet 17I-Î0 (i).
En 173 I, l'Académie de Marseille admit au nombre de ses associés étrangers M. d'Hét^icourt, intendant des galères de France et M . de Beîmont, commissaire général des galères du roi, résidant à Paris.
M. de Romieu, « l'un des associés de l'Académie, qui s'intéressait le plus vivement à sa gloire, et qui brillait le plus par son esprit et son aimable gaîté, dit M. Lauiard, écrivait^ à ce propos, à M. de La Visclède :
'c Je vous remercie, mon cher confrère, des souhaits que vous faites pour ma santé, que vous établissez le premier des biens, et le fondement de tous les autres, ainsi l'ai-je cru longtemps, comme vous; mais soixante-cinq années et les infirmités qui les accompagnent, m'ont fait connaître qu'il y avait un plus grand
(i) Cité dans l'Histoire de l'Académie de Marseille, depuis sa fondation en 1726 jusqu'en 1826, par M. J.-B. Lautard, in-H", Marseille, Achard, 1826, t. I, p. 121-122.
bien que la santé, et qu'il était temps c|e songer aux moyens d'en faire l'acquisition : faisons la morale courte; je sais quç les iiiora» listes endorment.
« Parlons donc un peu académie. L'acquisition que vous m'appreneg avoir faite de nos deux nouveaux confrères, va marquer dans les fastes de la compagnie, l'année de leur réception, comme une dç ses plus glorieuses époques. Je suis un des anciens et fidèles témoins de tout le bien que vous me dites de M, le comte de Roannès. Esprit fin, délicat, poli, connaisseur des hommes et des bonnes choses, capable dan§ les belles-lettres, en parlant sans aftèctation, et qui iriontre bien que la naissance, la valeur, la capacité dans l'art militaire, ne sont pas incompatibles avec une noble éloquencç. Chez lui, l'âge avancé n'impose ni à la vivacité de l'esprit, ni à la santé du corps : c'est un de ces hommes que le ciel produit rarement, et seulement pour montrer qu'il peut y avoir de vieilles gens aimables; notre intendant M. d'Hévicouvt manquait à notre compagnie, son illustie oncle avait été l'un des ornemçns de l'Académie française. Le digne neveu de M. de Valincoiirt est un bien qui nous était dû. Il nous apporte avec tout le brillant des belles-lettres, une profonde érudition dans les langues, même les plus savantes, avec M. de Bellecourt, dont le mérite vous est aussi bien connu qu'à moi, vous avez infiniment augmenté le précieux dépôt des divers talens de nos confrères.
« Dieu soit loué : dans un arsenal, l'on trouve des généraux, des intendants de marine, avec les nourrissons des Muses, composant ensemble un corps littéraire. Je dirais volontiers qu'Apollon et Neptune se sont réunis une seconde fois, non plus pour devenir maçons, dans leur triste infortune; mais pour que les mêmes hommes qui travaillent à faire réussir les armes des princes, fussent également capables de célébrer ses victoires. Je félicite le dieu des flots et celui des sciences de se trouver enfin réunis dans le service d'un roi qui leur fait plus d'honneur que celui de leur premier maître, le roi Laomédon . . .
a Mais c'est assez pour une lettre, oia il n'était question que de vous remercier de votre complaisance à m'instruire des aflaires de notre Académie ; vous connaissez mes anciens sentimens, en reconnaissance de l'amitié que vous avez pour votre très humble serviteur, etc. » Arles, 8 janvier 173 i (i).
(i) Lautavd \, 126-128, d'après les Registres de l'Académie.
Au lendemain de la peste, le chevalier de Romieu avait eu avec Tarchevêque d'Arles une polémique très vive, à l'occasion de M. l'abbé de Boche. Cet abbé, mort sans avoir rétracté son appel, était très mal vu de l'archevêque, qui le considérait comme le chef du parti janséniste et qui obtint un arrêt lui permettant de rechercher dans ses papiers, et de détruire toutes les pièces compromettantes (i). L'exécution de cette mesure rigoureuse ne fut pas sans soulever de violentes réclamations, et l'official lui-même, M. P^rrmef, désapprouvait formellement la conduite de l'archevêque. Il en écrivit à Mgr de Beau jeu, le i8 novembre 1721 et celui-ci lui répondit, le 10 décembre 1721, par une longue lettre, dans laquelle il défend avec indignation la mémoire de M. de Boche (2). Le chevalier de Romieu fit imprimer une relation de la mort de M. de Boche et protesta hautement contre les procédés de Mgr de Janson, en cette circonstance (3). Cette relation fort habilement rédigée eut plusieurs éditions : elle fit tant de bruit, que Tarchevêque d'Arles crut devoir la condamner par mandement spécial, en date du i'' avril 1722 (4).
(1) Ses livres furentbrûlés par ordre de la cour, soit par crainte de la peste, soit pour autre motif. Il les avait promis aux Oratôriens d'Arles. Yo'ir Journal de l'Oratoire, mars 1720.
(2) Voir Fonds Nicolaï, carton 5g, pièce 46. Copie d'une lettre de Mgr TEvêque de Castres écrite à M. Perrinet, chanoine de l'église métropolitaine d'Arles, vicaire général et officiai. Le 10 décembre 1721, 4 p. in-fol. C'est une réponse.
(3) Lettre d'un bénificier de l'Eglise d'Arles à un de ses amis, sur la mort de M. l'abbé de Boche, sacristain de la mêine église. D'Arles, ce 25 août 1721,7 p. in-4°. Fonds Nicolaï, cart. 107, pièce 55. Bibl. Nat. Ld4, 1289.
(4) Mandement de Monseigneur l'Archevêque d'Arles portant
Après avoir dit qu'il a patienté longtemps, Mgr de Janson déclare qu'il est obligé de répondre aux reproches injustes des Jansénistes, et il continue: « Nous ne saurions donc sans une espèce de lâcheté dissimuler davantage l'intolérable hardiesse, avec laquelle les enfans de désobéissance ne cessent de nous décrier. Quelle irrégularité a ce été, par exemple, qu'un séculier, portant le signe d'un ordre militaire dont la devise j?ro fîde auroit dû lui donner plus d'éloignement de tout ce qui s'appelle nouveauté, ait prêté la facilité de sa plume aux ennemis de l'Eglise ? » Puis il discute chacun des griefs de la Relation et en interdit la lecture aux fidèles de son diocèse. L'allure de ce mandement est très vive et le chevalier de Romieu dut en éprouver un très grand mécontentement ; mais soit qu'il ait reconnu ses torts, soit tout autre motif, il se réconcilia absolument avec Mgr de Janson quelques années après (i). Il semble même qu'une union très intime s'était établie entre ces deux hommes d'esprit, car nous avons relevé, non sans une certaine surprise,
condamnation de quelques libelles diffamatoires, Bibl. Nat. Ld4, i3oi*.
(i) Sans se fâcher avec Mgr de Beaujeu, le chevalier de Romieu se sépara peu à peu du parti janséniste. Une épigramme provençale conservée par Bonnemant, vol. 45, Mélanges rassemblés à mes heures perdues, p. 298, indique le commencement de ce changement d'attitude. Elle le montre tenant la balance égale entre les deux partis personnifiés, à Arles, par les Oratoriens et les Jésuites.
« Vaoutres, pichots coulets, apelas, .lansenistes, Trata de pelagienslei Paires Jésuistes ; Entre lei dous partis, yeou tene lou mitan Car creou que lou piraou mascare la certan. »
C'est la seule pièce provençale du chevalier de Romieu que nous connaissions. En écrivit-il d'autres? Nous ne savons.
une citation des vers du chevalier de Romieu, faite par l'archevêque d'Arles, dans un de ses mandements (i). Ce fut à la suite de cette lettre pastorale que Mgr de Janson, dont la cour n'approuvait point l'attitude militante, fut exilé pour quelques mois à son abbaye de Saint-Valéry. Parti le 1 3 octobre 1732, il était de retour le i3 mai 1733. Le chevalier de Romieu, fort honoré de la place donnée à ses vers, prit la défense de Mgr de Janson, dans une lettre répandue dans le public et conservée par Bonnemant (2).
M. de Romieu s'occupait de littérature et d'histoire : il a laissé de nombreux écrits de courte haleine, le plus considérable est son Portefeuille. Voici en quelles
(i) Il s'agit d'une épigramme sur les désordres de Paris par « M. le commandeur de Romieu » citée par Mgr de Janson dans un mandement du 5 septembre 1732, (5 p. in-fol. Mesnier 1732), dans lequel il critiquait vivement les ménagements que le cardinal de Fleury et la cour croyaient devoir garder vis-à-vis des Jansénistes... « La tolérance d'une religion nouvelle, aussi pernicieuse en toute manière que l'est le Jansénisme, ne pourroit manquer d'exciter, tôt ou tard, quelqu'affreux bouleversement dans l'Etat luy-même, de quoi nous avons actuellement sous les yeux de funestes préludes, qui percent le cœur à tous les bons françois et qu'un bel esprit de notre ville a merveilleusement dépeints dans les vers qui suivent :
(( Delà vertu, Paris, tu n'es plus un asyle.
Aujourd'huy trop superbe ville
Tes peuples sont sourds à la voix
Et des pontifes et des roys.
Thémis, j'implore ta vengeance
Contre ce rebelle troupeau,
N'en connois-tu pas l'arrogance ?
Mais non, je ne vois plus dans tes mains la balance, Pourquoy devant tes yeux gardes-tu ton bandeau ï »
(2) Vol. Archevêché, t. I, p. 4oo. Elle est de 1732.
circonstances fut publié ce petit volume. Le premier pre'sident et intendant Lebret envoya, au mois de février 1726, au subdélégué de l'intendant à Arles, M. Roy de Vacquières , lieutenant de l'amirauté , une sorte de questionnaire à remplir sur l'histoire d'Arles, ses habitants, son commerce, etc. Le tout était « pour servir à la perfection du livre intitulé : le Dictionnaire universel de la France, in-folio, 3 vol., qui se distribue à Paris chés les frères Saugrain et Prault libraires (i). » M. de Vacquières remit cette instruction à M. de Romieu, en le priant d'y répondre, ce qu'il fit au plus vite, car M. Lebret l'en remercia par lettres du 16 mars suivant. Au mois de juillet de la même année, M. de Faucher, ancien lieutenant aux soumissions, reçut le Dictionnaire et fut le seul. Les amis du chevalier lurent l'article sur Arles, et en furent si peu satisfaits qu'ils lui avouèrent avoir attendu mieux de lui. M. de Romieu collationna l'article, en leur présence, avec la copie de son mémoire, et il parut « si différemment rempli que Ton creut, dit-il, que mon mémoire n'était pas arrivé assez à temps à Paris pour être inséré dans le diction* naire quand on l'imprima. » Préface du Porte Feuille. Soit que cette conjecture fut vraie^ soit que l'article ait été écarté pour une cause ou pour l'autre, M. de Romieu crut devoir imprimer son mémoire , tout au moins pour se justifier. Il le retoucha, le développa, n'étant plus restreint dans les.limites d'un dictionnaire, et avant la fin de l'année Gaspard Mesnier donna au public le « Porte-Feuille du ch. de R., premier caïer.»
(i) Dictionnaire Universel de la France ancienne et moderne.. . et de la nouvelle France; ouvrage composé par Cl. Marin Saugrain et dirigé par l'abbé des Thuilleries, auteur de l'Introduction. Paris, Saugrain père, 1726. 3 vol. in-fol.
C'est un volume de 64 plus 10 pages iii-4% assez mal imprimé et où les fautes typographiques abondent. Mais c'est un ouvrage fort intéressant, dans lequel M. de Romieu a résumé rapidement l'histoire d'Arles et de ses monuments, en suivant l'ordre du questionnaire (i). Le second cahier, qui comprenait diverses pièces de poésie, ne lut pas imprimé et l'original est aujourd'hui conservé parmi les manuscrits de Bonnemant, à qui il a appartenu. Il forme un petit in-4° de 60 pages, tout prêt pour l'impression.
Le chevalier de Romieu était depuis de longues années en relations avec le premier président Cardin Lebret, qui était un esprit cultivé et avait formé un riche cabinet d'objets d'art, dont beaucoup provenaient d'Arles. Le i 5 août 1 729, il lui adressa une pièce mêlée de prose et de vers , intitulée : Prière à Dieu pour obtenir l'heureux accouchement de la Reine et la naissance d'un Dauphin. Lebret lui répondit par une lettre (( trop flatteuse à l'égard de celui qui l'a reçue, pour qu'il ose lui-même la publier. »
Lebret accepta vers le même temps le protectorat d'une nouvelle Académie de musique, dont le principal organisateur fut un jeune arlésien qui donnait de grandes espérances, Pierre de Morand (2J.
(i) « Le Porte-Feuille du chev. de R., premier caïer, de ce qu'il y a de remarquable à Arles... A Arles, chez Gaspard Mesnier, imprimeur du Roy, de Monseigneur l'Archevêque et de la ville, 1726. Approuvé, 5 octobre 1726, Chalamont^ proc. du Roy.» Nous en avons analysé ci-dessus la préface.
(2) Le mss. 1060, 2" partie, p. 62, dit que le succès des pièces de Pierre de Morand « mettent ce sçavant au niveau des premiers poètes tragiques », mais il y a là beaucoup d'exagération. Dès le mois de février 1732, le Mercure parlait d'un prologue de M. de Morand, récité à Nimes; puis, dans les années qui suivirent, il fut
Elle allait tenir sa première réunion (8 sept.), lorsque parvint à Arles la nouvelle de la naissance du Dauphin (né le 4 septembre, à Versailles). Immédiatement il fut décidé qu'une nouvelle séance publique serait tenue dans l'église des Cordeliers, et qu'on célébrerait, le 7 et le90ctobre,une feteen l'honneurdu Dauphin. Le succès répondit aux efforts des organisateurs et la fête fut magnifique, si nous en croyons la relation insérée au Mercure: « Le corps de ville, prié d'y assister, se mit en marche vers les 9 heures du matin, précédé des trompettes, des tambours, des violons et des haut-bois, et d'une compagnie bourgeoise, sous les armes, et accompagné de tous les académiciens. En arrivant à l'église des Cordeliers, les consuls furent salués par une
souvent question de lui. Il fut admis dans la petite cour de la duchesse du Maine. En 1734, le 21 de février, il présenta un prologue à la duchesse du Maine et le 7 avril suivant ce prologue fut joué dans la salle de l'Arsenal, où l'on donnait des pièces de société. V. ]e Mercure de février i/S^, p. 370-379. Il avait alors 33 ans, étant né en 1701; d'autres cependant le font naître seulement en 1710. En 1735, sa tragédie Téglis fut représentée «par les comédiens ordinaires du Roy.» Childéric es.tâe 1736; VEsprit du divorce de 1738 (Morand était alors séparé de sa femme); Mégare est de 1748. 11 y a des vers à Madame de Pompadour datés de 1751 . Des vers de lui furent mis en musique, dès 1732, pour une fête préparée par le comte de Clermont. M. de Morand était parent des Barrême, dont plusieurs furent de l'Académie ; il avait reçu une éducation soignée, mais il aimait le jeu et les plaisirs : il fut gâté par des succès trop rapides et ne produisit pas un chef-d'œuvre, au milieu d'œuvres trop facilement écrites. II avait cependant l'esprit juste et des idées saines sur le théâtre. 11 mourut pauvre, sur la paroisse Saint-Sulpice, à Paris, et fut enterré dans cette église, le 4 août 1767. En 1 756 il avait fondé, avec Rousseau de Toulouse et l'abbé Prévost, le Journal encyclopédique. Reçu avocat au Parlement de Paris en 1739, il cessa de figurer au tableau en 1755. V. les dict. Michaud et Didot, et le dict. des Hommes illustres de Prov., I, 543-545.
décharge de trente boëtes et par la mousqueterie de la milice. La grand'messe chantée par la musique commença aussitôt (i). » L'après-midi, à 5 h., il y eut concert à l'Hôtel de ville, distributions au peuple, puis, la nuit venue, un feu d'artifice sur le Rhône, suivi d'un banquet (2). Les inscriptions, les devises et les emblèmes qui décoraient l'église des Cordeliers, l'Hôtel de ville, les fontaines de vin et le feu d'artifice, étaient de la composition du chevalier de Romieu. Il publia peu après une relation des fêtes qui furent données à Arles, du 5 au 9 octobre, par le consulat et tous les corps religieux et séculiers : rien ne fut omis pour leur donner tout l'éclat possible (3).
(i) V. une copie par Bonnemant de l'article du Mercure de déc. 1729, vol. Relations, 7 p. in-fol. Le passage rapporté ici est à la p. I. Cet article était de M. de Morand ; il est au t. III de ses œuvres, p. 295-31 3, avec plus d'étendue, Paris, 3 vol. in-12, 1751.
(2) a Les académiciens se retirèrent dans leur salle où six tables de 3o couverts chacune étoient préparées; elles furent également servies; il y en eut une septième, dans une autre salie pour les musiciens et symphonistes de l'Académie. On but les santés du Roi, de la Reine et du Dauphin, qui furent marquées par une décharge de 60 boêtes. Enfin, un bal qui dura jusqu'au jour, et où furent distribuées des liqueurs, des eaux glacées et des confitures en abondance, finit cette fête, qui assurément est une des plus belles qui se soyent données en Province.» Fin de l'article du Mercure de décembre 1 729. Théâtre et œuvres diverses de M. de Morand. Paris, 3 vol. in-12, 1751,111. 3i3, avec quelques variantes.
(3) Relation de ce qui s'est passé à Arles à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin, 28 p. in-4''. A Arles, de l'imprimerie de Gaspard Mesnier, 1729. Elle n'est pas signée, mais l'auteur rapporte, p. 7, sa lettre à Cardin Lebret et ses diverses pièces relatives à la naissance du Dauphin. A la p. 10-11, M. de Romieu rend justice à Monseigneur de Janson qui ordonna d'abord, par un mandement, des prières publiques t pour obtenir la naissance du prince si désiré, si nécessaire à la tranquillité de l'Eglise et de l'Etat ; »
Le Mercure recueillait le récit des fêtes célébrées dans tout le royaume. Dans le numéro de décembre 1729, on peut lire un très long récit des « fêtes données par l'Académie de musique d'Arles, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin. » M. de Morand prononça un discours, le 8 septembre, à la première séance, « sur les avantages de la musique, sur ses agréments et son utilité, remarquant que la ville d'Arles est la première qui ait donné l'exemple d'un pareil établissement. » Il se félicita de ce que l'Académie pouvait commencer ses séances sous d'aussi favorables auspices, en faisant retentir le nom « de ce cher Dauphin, de cet illustre appui, de ce digne rejeton du plus beau sang du monde, dont tous les peuples attendent leur félicité, et la France, sa gloire et son repos (i). »
puis par un autre mandement, des actions de grâces durant neuf jours. Monseigneur de Janson ofTicia au Te Deion chanté le 6 oct. à Saint-Trophime et « le prélat qui rend si bien à Dieu ce qui est à Dieu, en cette occasion comme en tout autre, n'a pas clé moins attentif à rendre à César ce qui est à César. » On voit que toute brouille avait cessé entre l'archevêque et le chevalier. Celui-ci ne communiqua pas sa relation au Mercure^ dont il faisait peu de cas. (i) V. Mercure de France, décembre 1729, 1*' vol. p. 2837. Ce récit est l'œuvre de lA.de Morand. Il ne parle que des fêtes données par l'Académie, mais voici son début : « Les réjouissances faites à Arles en Provence ont été des plus magnifiques. Cette ville n'a rien oublié pour donner des preuves éclatantes de l'amour respectueux qu'elle a toujours eu pour son roi. Feux d'artifice, illuminations, fontaines de vin, compagnies bourgeoises sous les armes, décharges et salves d'artillerie, concerts, bals, festins, etc., tout a été employé. Le chevalier de R... (Romieu) avoit pris soin d'orner le feu d'artifice, la maison de ville, les fontaines de vin, d'inscriptions, d'emblèmes et devises. La nouvelle de l'heureuse naissance du Dauphin arriva à Arles deux heures avant la première assemblée de l'Académie de musique, qui vient d'y être rétablie... » Théâtre et Œuvres, t. III, p. 295.
Combien dura cette Académie de musique ? Nous ne savons, mais ce n'était pas là que se bornaient les désirs de M. de Romieu. C'était d'une académie de belleslettres qu'il voulait doter sa patrie. Dans sa solitude studieuse, il n'oubliait pas ce projet qui lui tenait fort à cœur et il y consacra les dernières années de sa vie. Il avait assisté à la ruine de l'Académie royale (i): il voulut tenter de la reconstituer. D'une part, le succès croissant de l'Académie de Marseille excitait son patriotisme ; de l'autre il déplorait qu'une ville comme Arles n'eût plusy pour ainsi dire, de centre intellectuel et qu'au lieu d'une société littéraire, on n'y vît plus que des sociétés de buveurs, comme l'Ordre de la Grappe ou la Chambre noire. La Grappe n'avait pas survécu à la peste, mais la Chambre noire existait et venait même d'affirmer son existence (1727) par une publication bizarre, intitulée : Les Archives de la Chambre
(i) Voici l'étrange note du chevalier de Romieu, où des erreurs flagrantes nous étonnent : « L'an 1667, le roy Louis XIV érigea dans cette ville une académie royale de belles-lettres, et les lettres patentes que Sa Majesté en accorda furent registrées au Parlement, les places de cette compagnie dévoient être remplies par autant de gentilshommes originaires d'Arles, elle avoit son directeur renouvelle tous les trois mois, ses sceaux, son secrétaire perpétuel (feu M. de Grille-Robiac, marquis d'Estoublon) suivant l'usage de l'Académie Françoise, à laquelle elle eut l'honneur d'être alliée. Le Roy avoit nommé M. le duc de Saint-Aignan pour en être le protecteur, et après la mort de ce duc, M. le marquis de Dangeau. Mais les guerres, sous ce règne, ayant distrait et occupé au service du Roy la plus grande partie de la noblesse d'Arles, ces assemblées littéraires qui s'estoient soutenues durant longtemps furent insensiblement négligées et Ton peut dire que cette compagnie n'est plus en état aujourd'huy. » Porte-Feuille, p, 3i.
Les erreurs sont encore bien plus nombreuses dans V Abrégé chronologique... de La Laii:^ière, in-4°, Arles, 1808.
Noire (i). Dans l'avant- propos de cet éciit, M. de Romieu est qualifié « un des plus illustres citoyens de cette antique et célèbre ville. » On s'occupait de musique à la Chamby^e noire, et à la Chambre blanche^ association rivale. L'Académie de musique ne serait-elle pas née, en 1729, da la fusion de ces deux sociétés et
(i) Les Archives de la chambre Noire, à Arles, chez Gaspard Mesnier, imprimeur du Roy et de la ville, 1727, ig p. in-4'». Fonds Bonnemant, vol. Collège, Académie, et Bibl. d'Aix, Rec, 3 1 .687. Sur le titre, il y a les armes de la Chambre : les quatre cartes et une tête avec une pipe à la bouche, surmontée de quatre couronnes dont les fleurons sont formés pour chacune d'une des quatre cartes, avec divers attributs, parmi lesquels une bourse et en exergue ces mots : Gaiidium post laborem. Dans l'avant-propos, Tauteur approuve le chevalier de Romieu d'avoir relevé les erreurs du Dictionnaire Universel, mais dans le « Portefeuille inestimable, » dans 1' « ouvrage immortel consacré à l'immortalité de la patrie, » M. de Homieu, « ce noble écrivain encore plus distingué par son mérite et sa politesse que par sa naissance et son état, » a parlé de tout sauf de la Chambre noire, et pourtant « ce nom seul remplit toute la bouche. » Aussi l'auteur y suppléera, et il demande l'indulgence du lecteur. Il parle d'abord de l'institution de la Chambre noire, des personnes qui la composent et qui livrent à la tristesse « tous les soirs quelques petits combats à coups de pipes, » des plaisirs de la Chambre noire. On y jouait, on y faisait de bons dîners assaisonnés de Bourgogne et de Champagne, on y donnait des concerts, et c'est par les vers mis en musique par Clavis, maître de chapelle de Saint-Victor de Marseille et t qui servirent dernièrement à célébrer l'année séculaire de la chambre » que la pièce se termine. De qui sont ces vers? De qui est la Relation elle-même? De la même main inconnue, peut-être de Pierre de Morand, alors très jeune, mais nous n'osons les attribuer au chevalier de Romieu : ce n'est pas dans sa note. 11 y a, p. 8, une critique très fine contre la noblesse, imbue de préjugés de caste, et contre ceux qui font consister tout leur mérite dans celui de leurs aïeux, ou veulent paraître ce qu'ils ne sont pas, et l'on sait qu'à Arles ces deux catégories de gens étaient nombreuses. On s'y moque des oisifs
d'autres réunions similaires, ménagée par les soins du chevalier de Romieu ? C'est une hypothèse que nous hasardons et qui nous semble admissible.
En 1727, M. Clavis^ maître de chapelle de Saint- Victor, dirige les concerts de la Chambre noire ; en 172g et en 1730, nous le trouvons maître de musique de l'Académie d'Arles et de la métropole , à la fête du mois d'octobre et à la soutenance de la fameuse thèse des Récollets, (18 septembre i73o), en présence de l'assemblée extraordinaire de leur province à Arles.
Le récit de cette thèse dédiée à la Reine, et qui donna lieu à une fête très réussie , a été écrit par Pierre de Morand. L'Académie prêta sesmusiciensetM.de Morand rédigea les paroles d'un concert, qui fut mis en musique par M. Clavis. L'archevêque, les consuls, toute la noblesse d'Arles assistèrent à cette thèse soutenue, dans l'église magnifiquement décorée , par le P. Eiisèbe Didier d'Avignon, professeur de théologie, le même qui prononça plus tard le panégyrique de saint Agricol et soutint, à ce propos, une longue polémique avec le marquis de Cambis Velleron (i). Le P. Didier fit Fouie qui consument leur vie à n'être bons à rien > et de Vembrasure « ce moderne aréopage de critique, ce redoutable bureau de peinture, où tout se pèse, où tout se calcule, où l'on n'épargne jamais les couleurs. » Les mernbres de la chambre étaient occupés dans la robe, le commerce ou le ménage, comme on dit à Arles.
M. de Crozet avait, paraît-il, des fragments des Archives de la Chambre Noire, avec la date de 1728, d'après M. Reboul, dont nous n'avons pu contrôler le témoignage. (Journal Le Var).
(1) Relation de ce qui s'est passé à la thèse de théologie dédiée à la reine, soutenue dans l'église des RR, PP. Récollets de la ville d'Arles, le 18 septembre lySo, 25 p. in-4°. A la fin on lit : Celte relation est du même auteur que les paroles du concert et a été imprimée par ordre de Messieurs les consuls. A Arles, chez Gaspard
verture par un discours latin, à Thonneur de la Reine, puis on distribua les thèses imprimées avec une gravure de la Reine, et la musique se fit entendre. Après le concert, M. Francony^ vicaire ge'néral, prit la parole pour saluer la Reine, avant de proposer des objections au P. Didier, et un représentant de chaque ordre religieux fit de même. M. de Morand lut une ode à la Reine; le chevalier de Romieu prononça, à son tour, un panégyrique de la Reine et, après avoir répondu à tous, le P. Didier termina la séance en remerciant la Reine de la protection qu'elle accordait à son ordre, et tous les assistants de leur présence et de leurs applaudissements.
M. de Morand et le chevalier de Romieu avaient un égal désir de rétablir l'Académie. M. de Morand, dans son discours du 8 septembre 1729, à la première séance de l'Académie de musique à l'Hôtel de ville, exprimait l'espoir que la ville d'Arles ne se laisserait pas dépasser par Marseille. Après avoir rappelé qu'Arles honora toujours les beaux-arts, et qu'elle devança Marseille en établissant, en 171 5, une Académie de musique, que le
Mesnier, imprimeur du roy, de Monseigneur l'archevêque, du clergé et de la ville (Fonds Bonnemant, vol. Relations etBibl. d'Aix, recueil C. 32g5) . Les paroles du concert citées p. i r-i6 sont reproduites dans le tome III des Œuvres complètes de M. de Morand, Paris, 1751, p. 239-245. L'ode à la reine citée p. 17-22, est reproduite, Ibid. t. II, p. 33 1-334, mais on a supprimé les deux premières strophes et la dernière. 11 n'y en a que 10 au lieu de i3. V. Bibl. d'Aix, recueil 5-3 1 758, Panégyrique de saint Agricol, cvêque d'Avignon, prononcé par le P. Eusèbe Didier, récollet, dans l'église Saint-Agricoi, le 8 septembre 1754, avec des notes sur les actes du saint et l'histoire d'Avignon. Avignon, Joseph-Simon Tournel, imp. lib., proche les Célestins, 1755, 80 p. in-4". Suivent divers écrits sur la polémique provoquée par ce discours.
malheur des temps a détruite, il fait un chaleureux appel au patriotisme des Arlésiens :
« Quel nouveau motif doit donc nous engager ? Quel nouveau zèle doit donc nous animer? Quoi, auteurs d'un si digne établissement, en céderions (nous) à d'autres et la gloire et les avantages ? Souffririons nous que l'on dit que nous ne sommes pas en état de le soutenir .'' Avouerions-nous, à notre honte, que Marseille en est plus digne qu'Arles ? Au nom seul de Marseille, Messieurs, ne sentez-vous pas renaître votre émulation ? Ne vous sentez-vous pas presser des mêmes éguillons qui excitoient anciennement vos ancêtres? Arles et Marseille ont toujours été deux riva'es jalouses, qui non seulement ont disputé d'ancienneté, mais qui se sont encore empressées à l'envi de faire fleurir dans leur sein les sciences et les arts. Arles sembloit l'avoir emporté dans ces derniers temps, mais enfin par un changement imprévu, elle a malheureusement succombé. Osons dire cependant, pour sa gloire et pour notre consolation, que Marseille s'est enrichie de nos pertes (i) et que la savante société qui vient de s'y établir, n'eût jamais été fondée, si, par notre négligence, nous n'eussions laissé échouer celle qu'un de nos plus grands rois avoit fondée parmi nous (2).
Faudra-t-il donc que celte fière rivale nous surpasse en tout aujourd'hui, et qu'au bruit de sa gloire, la nôtre soit entièrement dissipée ? Verrons-nous sans envie toutes les muses retirées chez elle? N'en rappellerons-nous aucune vers nous? Ah! Messieurs, faisons un digne effort, et si nous ne pouvons atteindre à la gloire de Marseille, tâchons du moins d'en ramasser quelque étincelle, qui achève de rallumer dans nos cœurs ce noble feu dont elle est embrazée. Commençons, commençons par la musique, en attendant qu'une plus belle émulation nous fasse porter plus haut notre essor (3). »
(i) Monsieur le chevalier de Romieu, et Messieurs de Chalamont et de Nicolay de l'Académie de Marseille, qui sont d'Arles. — Selon M. Lautard, M. de Nicolay n'aurait été reçu qu'en 1735.
(2) L'Académie royale d'Arles fondée par Louis-le-Grand,
(3) Descriptions des réjouissances faites par l'Académie de Musique d'Arles. Théâtre et œuvres diverses de M. de Morand (t. III, p. 295-31 3), p. 298-299), avec les notes qui y sont jointes.
Voilà de nobles et fières paroles. L'orateur remerciait ensuite les consuls d'avoir prêté une salle à l'Académie et conjurait ses collègues de ne pas écouter « ces malins esprits qui font tout leur plaisir de troubler celui des autres, » mais de rester toujours unis et d'observer les règlements d'où dépendaient « le rétablissement et l'accroissement » d'un établissement qui devait leur procurer « autant de plaisir qu'il va faire d'honneur à cette ville. » Ce discours est tout un programme.
Beaucoup d'hommes à Arles, parmi ceux que l'on appelait les embrasiiristes^ c'est-à-dire les gens de loisir qui venaient l'après-midi conférer ensemble à l'Hôtel de ville, dans l'embrasure des fenêtres de la salle du rez-de-chaussée, qui sert de passage, ne demandaient pas mieux que de s'occuper utilement des choses de l'esprit. Du moins, le chevalier de Romieu le pensait, et il essaya de les grouper autour de lui, afin de donner un but à leurs travaux. Les gens cultivés et les hommes de mérite ne manquaient pas : M. de Romieu s'adressa à MM. Joseph d'Arquier deBarbegal, Guillaume d'Avignon, de Cays, Jean Francony, chanoine, de Morand, de Meyran de Nans et de Lagoy, Guillaume Joachim de Nicolay, Du Port, chanoine et primicier, Reybaud, avocat et agent de Malte, Royer, juge puis lieutenant général, Denys de Villèle, avocat (r). Il y avait là des
(i) Nous donnons ces noms d'après le P. Fabre, Panégyrique d'Arles. Remarques historiques, p. 122. «M. le chevalier de Romieu, dernier reçu de cette académie, et ensuite membre de celle de Marseille, (et dont, outre beaucoup de poésies et de mémoires, il nous reste un ouvrage sur \es Antiquités d'Arles), s'eftorça, il y a quelques années, de la relever, et il s'était associé quelques personnes d'un mérite distingué de cette ville et extrêmement propres à faire réussir cet œuvre ; mais les contradictions inc-
éléments sérieux : le succès parut d'abord répondre aux efforts du chevalier. Le Mercure^ qu'il dédaignait
vitables dans une telle entreprise, et une modestie assurément mal placée, de la part des nouveaux académiciens, la déconcertèrent. » Et il cite en note les noms rapportés par nous. Les Remarques du P. Fabre fourmillent d'erreurs, aussi nous ne nous y référons qu'avec réserve. P. Véran, Essai sur la statistique d'Arles, 2' part., p. 283, cite les mêmes noms. Voici, d'autre part, la note du mss. 1060, 1" partie, p. 215-217, qui ne nous inspire pas non plus une entière confiance : Liste des derniers académiciens reçus sans connaissance de leur réception. Jacques Ambroise d^ Avignon, marquis d'Andi3ze, fut grand sénéchal en ce siège, le 2"^ octobre ij3g. Il mourut le 28 mai 1773. Marc- Antoine Royer fut installé juge royal le 6 mars 1733. Il fut ensuite lieutenant général en cette sénéchaussée. Jean de Meyran, M'» de Lagoy, seigneur de Nans, fut i<=f procureur du pays l'an 168 j. Etienne de Giraud. Jean-François Francony, chanoine métropolitain, grand vicaire, fit le 23 décembre 1733, la profanation de l'église paroissiale de Saint- Isidore, près la porte de la Cavalerie. Le 14 janvier 173g, ce savant prononça l'oraison funèbre de Marie de Grille y marquise de Roquemariine, dans l'église de La Major, en présence de l'archevêque Forbin-Janson, du Chapitre des consuls, des recteurs de la Providence et de la famille de Grille.
Joseph de Mont/ort, abbé, prononça le 2 5 avril, jour de la fête de saint Marc, un beau panégyrique de la ville, dans l'église de La Major, en présence des consuls et d'un brillant et nombreux cortège. Cet habile prédicateur a laissé 4 volumes de sermons imprimésà Avignon. (Le Panégyrique est de 1742 et imprimé à part).
Charles de Cays, chevalier. Joseph d'Arquier de Barbegal. Denis de Villèle, avocat.
Jean Raybaud, avocat, a laissé divers manuscrits très intéressants pour la ville. Ce savant mourut le 17 avril 1752. Il avait un catalogue intéressant des évêques de cette vil!e, composé du temps du cardinal Pierre de Foix, vers l'an i46o, actuellement au pouvoir de M. Antoine Raybaud, avocat, son petit-fils. Il a laissé plusieurs bons manuscrits sur l'histoire de Malte et sur la noblesse, ainsi que d'excellentes notes relatives à la patrie. (Voir son Histoire du Grand Prieuré de Saint-Gilles, 2 vol. in-fol. mss. 858-859, Bibl. d'Aix).
tant (i), l'encouragea et publia une longue pièce de vers signée d'un nom aujourd'hui oublié, et intitulée: