‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 16 sur 35 · LES ARCHIVES ET LA BIBLIOTHEQUE DE L ACADEMIE · texte numérisé non relu

LES ARCHIVES ET LA BIBLIOTHEQUE DE L ACADEMIE

11 est très souvent question, dans le Registre de l'Académie, des Archives de la compagnie. Dès le mois de novembre 1666, M. de Grille, comprenant l'intérêt qu'il y avait à conserver les pièces soit des académiciens soit de leurs amis, dont l'Académie s'occupait, avait proposé de les réunir et avait demandé l'achat d'un meuble spécial (i). Cette acquisition avait été faite,

(i) Registre fol. 21. Le 29 novembre 1666, « M. de Robias proposa l'importance et nécessité de conserver les pièces académiques et le prouva par les raisons suivantes :

c( 1° Que ce seroit une fausseté de charger le registre des pièces qu'on ne pourroit pas montrer, que ce registre en ce cas seroit une pure illusion, qui indiqueront seulement l'apparence des choses,

« 2° Qu'on pourroit accuser MM. les Académiciens de ne travailler que pour la vanité et non pour une gloire solide,

« 3° Que ce seroit en vain qu'on auroit donné les meilleures heures de son loisir à la composition des ouvrages, si l'Académie n'avoit ses archives pour les conserver,

« 4° Que ce seroit se retrancher un profit sensible qu'on peut faire à la seconde veûe des pièces, et se priver de la satisfaction qu'on a de remarquer son propre advanceraent dans la difFérance des ouvrages, etc.

« Après ces raisons et quelques autres qui furent mises en avant par la Compagnie, il fut délibéré que l'on conserveroit les pièces après en avoir fait une juste et exacte censure, et que pour ce sujet on auroit un coffre ou telle autre chose pour les renfermer. »

Voir encore le Registre de l'Académie, fol. 49 bis. « Il fut parlé entre autres choses de faire faire une grande escritoire pour servir comme d'Archives aux escrits de l'Académie. » Dec. 1667.

Le 20 janvier 1667, ^ ^^ P.-Vinay remontra que nous pourrions mieux proffîter de nos censures et observations, si nous en tenions un fidelle mémoire, en forme de registre. » Fol. 36.

Le lundi, 6 décembre 1666, a M. de Cays fait un beau discours à

et l'on conserva avec soin tant la correspondance de l'Académie que les envois qu'elle recevait: madrigaux, sonnets, poésies de tout genre, dissertations, etc.

Dans cette «grande escritoire peinte en verd » (i) devaient se trouver nombre de lettres du duc de Saint- AigJian^ de Mercurin^ de Charpentier, de Conrart, de M. de Grille, de M. de Chdteaurenard, et des autres académiciens. Quelques-unes des plus importantes sont consignées au Registre, mais beaucoup d'autres sont à peine indiquées et analysées. Là aussi étaient conservés les originaux des lettres patentes d'institution de l'Académie (2), de celles qui augmentèrent le

l'Académie en prenant la place de directeur, selon son rang: il propose la question de la dernière séance touchant l'archive et qu'il fut de nouveau délibéré sur cela : on opine par rang et tous unanimement conclurrent à la nécessité d'en avoir une et que la clef en seroit à la disposition du directeur, soit pour la garder luy-mesme, soit pour la confier à un archivaire. » Reg. fol. 22.

Le 17 janvier 1667, e le sieur de Sabatier commença selon l'esprit de l'Académie et la remonstrance si souvent réitérée, de remettre quatre pièces de sa façon, pour les archives avec le jour et la datte qu'elles ont esté faictes. M'. Bouvet remit encore quelques stances qu'il avoit faites depuis longtemps. » Reg. fol. 37 verso.

(i) « Toutes les lettres qu'on reçoit, si elles ne sont de la dernière importance, se trouvent dans la petite archisve, c'est le nom qu'on a donné à la grande escritoire fermente, peinte en verd, qui sert de cofifret et de domicile à tous les originaux externes, qui concernent l'Académie royalle. » Reg. fol. 208, septembre 1681.

(2) Il est établi, par un passage du Registre, que les consuls ne leur ont pas donné « une place honorable dans les Archives de la ville » comme le demandait M. de Gageron, le i*'' juillet 1669 (voir plus haut, t. I. p. 17O) et que PAcadémie ne s'en dessaisit pas.

« M. de Giffon prie M. le secrétaire de le vouloir descharger des patentes d'augmentation qu'il lui avoit remises en partant pour la cour et des autres encore premières., à sçavoir de l'establissement de l'Académie, comme aussi du sceau et du registre, parce que son

nombre de ses membres. En résumé, il y avait dans ces archives, nombre de pièces fort curieuses et fort intéressantes.

Gomme l'Académie n'avait pas de local lui appartenant pour tenir ses réunions, les archives étaient entre les mains du secrétaire.

Le Registre avait sa place marquée aux archives et c'en était la pièce principale. Les discours de réception, les lettres de demande, la relation de M. de Châteaurenard sur son voyage à la cour, en 1669, et une foule d'autres manuscrits relatifs à l'Académie composaient le fonds des archives.

D'après l'article 6 des statuts de 1668, le secrétaire devait porter aux assemblées « une main de papier courante, pour y marquer les séances, commissions et autres choses que le directeur distribuera, qui ensuite seront mises dans le grand registre. » V. t. L p. i/S.

Cette main courante devait se trouver aux archives et fournirait peut-être d'utiles renseignements, car elle est certainement plus complète que le registre. Ainsi, d'octobre 1680 à mai 1681, il n'y a rien dans le registre, alors confié à Giffon. M. de Grille s'en plaignit et Giffon s'excusa en disant « qu'il a creu pour l'honneur du Registre qu'il ne falloit pas le bigarrer par divers caractères, et que c'est pour le mieux qu'il n'a rien mis dedans de sa manière. Il est vrai, adjouste-t-il, que

emploi et ses visites lui donnoient quelque scrupule de ne pouvoir pas vacquer exactement à l'enregistrement et mémoire hebdomadaire des choses qui concernent le corps.» Décembre 1679. Registre fol. 180 verso. « On est convenu cependant que durant l'absence de M. le secrétaire, M. Giffon (qui avoit autrefois eu le soing du registre) l'auroit encore, qu'il recevrait les lettres et fairoit les responses de la partde l'Académie. » Mai 1679, Registre fol. 179.

rAcadémie ne perd rien et que la postérité pourra voir la suite des affaires dans le mesme registre, lorsqu'il plaira à M. le secrétaire de les y mettre de sa propre main, et que pour cela il s'oblige de lui remettre les mémoires fidelles qu'il en a recueillis dans une main courante. (C'est un cayer à part où Ton escrit les assemblées pour les transcrire ensuite dans le Registre). » Registre fol. 196 verso, 8 mai 1681.

L'Académie avait aussi une bibliothèque, mais elle ne fut jamais très riche, ce semble (i). Il y avait les Lettres de M. de Grille durant son voyage d'Italie, achetées en 1676, la collection de la Gazette depuis 1668, le Mercure Galant, peut-être en entier, l'Art de penser de Port Royal, la Requête d'Arnaud d'Andilly, les œuvres de Séguin, de Santeuil, de Vaugelas, de Richelet^ de Charpentier, de Thotnassin, de Malherbe, de Corneille^

(1) L'Académie n'avait pas de ressources spéciales et ne pouvait compter que sur la générosité de ses membres. L'Académie de Nimes avait pris une mesure excellente, pour constituer sa bibliothèque. « Il a été délibéré de former une petite bibliothèque pour l'usage de la compagnie; et pour cet effet, que M, de Faure dressera un rôle des livres qu'il est nécessaire d'avoir : auquel on ajoutera ceux qu'on trouvera à propos, et que chacun des académiciens et tous ceux qui seront reçus à l'avenir en donneront un, et qu'outre cela tous les officiers qui entreront en charge en donneront un autre lorsqu'ils seront installés.» Registre de l'Académie de Nimes. Délibération du mercredi, 19 avril i684. Ménard, Histoire de Nimes, t, VI, preuves, p. 127.

A la séance du 11 juin 1668, l'Académie décida « de se servir du balottier pour la réception des académiciens qui sera nulle par le deffaut d'une seule balote, ce qu'on a juré de ne révoquer jamais. Le lundi, 1 8"" juin, M. de Robias porta un balottier qu'il avoit fait faire avec les armes de l'Académie, selon l'esprit et la délibération de l'assemblée précédente. » Reg. fol. 60 verso.

Le balotier était adopté pour l'élection des consuls d'Arles.

de l'abbé de Saint-Réal, de Desmarcts, de Boileau,du chevalier de Méré, de Vertron, de Nodot, de divers académiciens, le discours du P. Lucas : De monumentis publicis latine inscribendis, quelques ouvrages du P. Menestrier sur les devises, etc.

Cette bibliothèque ne fut organisée qu'en i683, et ce fut au mois de novembre de cette année, M. de Grille fit faire l'armoire nécessaire.

« Pour les livres, il a esté dict et ordonné que dans la chambre, cabinet ou appartement (quoi qu'il puisse estre) qu'on trouvera pour tenir les assemblées, on meixra \q Richelet (i), donné par M. de Melac, le Vaiigelas, par M. de N. . ., les deux tomes envoyés à M. le secrétaire par M. de Charpentier^ et les trois volumes du R. P. Thomassin^ les œuvres de Malherbe ou de Corneille si l'on peust les acquérir de quelque académicien zellé, parce que ces livres semblent devoir estre le bréviaire de l'Académie. M. N... a dict que M. de Giffon avait le Richelet donné par M. de Mélac, et M. le secrétaire a dict qu'il se chargeoit de faire faire une armoire à l'instar de celle qu'on void au deuxième appartement de l'Académie françoise, dans le Louvre, où l'on enferme les deux ou trois livres qui servent d'entretien aux premiers venus, le jour des assemblées. » Reg. de l'Académie fol. 229. Dec. i683.

La Bibliothèque, comme les Archives, semble être demeurée entre les mains du secrétaire.

Mais, hélas ! Bibliothèque et Archives ont disparu, sauf quelques pièces conservées dans le volume de Bonnemant, Collège, Académie. Le Registre, à la suite

(1) Richelet, né en i63i, mort en 1698, s'occupa principalement de philologie française.

de nous ne savons quelles pérégrinations, se retrouve aux Archives d'Arles. Et encore, il s'arrête au 21 mai 1684 (i). Il est de deux mains: jusqu'aui" juillet 1669, il est écrit par Giffon, fol. 69, verso ; à partir de cette date, M. de Grille, nommé secrétaire perpétuel par le duc de Saint-Aignan, (choix que ratifièrent de grand cœur ses collègues), écrit seul au Registre. Il y a même de lui quelques notes marginales aux délibérations antérieures.

Ce n'est pas une assertion gratuite: à la fin du registre il y a diverses pièces signées par MM. de Grille et Giffon qui permettent de reconnaître leur écriture. Celle de Giffon est ronde et très nette, celle de M. de Grille est moins correcte et plus pointue. Dans deux de ces pièces, datées l'une du 20 juillet 1670, l'autre du 9 novembre i685 et revêtues du grand sceau, Giffon prend le titre de substitut de secrétaire de V Académie.

Le premier registre fut suivi d'un second, mais

(i) « Voici le registre achevé (peu s'en fault) avec l'année i683. Il nous reste a mètre pour l'honneur de l'Académie royalle, érigée en 1666 par lettres patantes de S. M. qu'elle a toujours été fidelle et reconnessante à ses grâces, elle a eu cette fidélité et cette reconnessance selon son estât, dans toute Testendue des esprits académiques, chascun a faict de son mieux durant l'espace de dix et huict ans pour la gloire du monarque. » Mémoires de décembre i683. Reg. fol. 229 verso.

« On s'entretient des obligations que toute la compagnie avoit à M. le secrétaire que parmi tant d'occasions et d'exemples de relaschement, il se soit toujours faict une espèce de religion des affaires de l'Académie, qu'il ait eusoing de remarquer les moindres petites choses et d'en charger le Registre, sans qu'on peust lui reproscher d'avoir oublié un seul jour ni une seule action qui appartienne de près où de loing à l'honneur de l'Académie^ ou des académiciens. Il se deffend avec plus d'honnesteté que de justice de toutes les louanges de ces MM. » Septembre 1677. Reg. fol. 162 verso.

Pierre Véran, malgré toutes ses recherches, ne put le découvrir (i), non plus que les archives.

Nous avons donc perdu quantité de documents, que rien ne peut remplacer. Nous voudrions croire qu'ils sont seulement égarés, dans les papiers de quelque famille arlésienne, et qu'un chercheur plus heureux les y retrouvera un jour. Mais nous n'osons nous arrêter à cette espérance, qui atténuerait cependant singulièrement nos regrets.

Le 10 avril 1649, le P. Pierre Labbéy recteur des Jésuites, dûment autorisé par la ville, vendit à Nauphari Brun, bénéficier de Saint-Trophime, et à son frère François, deux classes du vieux collège, avec la cour où sont les deux grandes colonnes, et tout près de

(0 « Ici finit le 1" registre des délibérations de l'Académie d'Arles qui est dans les Archives de l'hôtel de ville. Malgré les recherches que j'ai faites, je n'ai pu trouver le second registre, ni aucun des mémoires qui étoient renfermés dans un cofl're ; avec les lettres patentes de Louis XIV.

« J'ai lu quelque part que M. le duc de Saint-Aignan, protecteur de l'Académie royale d'Arles, étant mort en 1687, M. Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, commandeur des ordres du roy et un des4o de l'Académie française, fut nommé à sa place. Celui-ci mourut en 1720, » *

Sommaire des délibérations prises dans le Registre de l'Académie royale d'Arles par Pierre Véran, i petit vol. in-fol. Mss. aux Archives d'Arles. A la fin. Voir le petit recueil mss. dont Véran cite des extraits à la fin de son Sommaire. Il est aux Archives d'Arles, et de la main de Giffon. (II, 4i).

la maison de Fi'ancois Saxi et du chanoine Giles. Ce sont les indications de l'acte (i). Le vieux collège était situé sur l'emplacement actuellement déblayé du Théâtre Romain, et les deux colonnes en question sont celles qu'on y voit encore, réunies par une frise.

Le 5 ou 6 juin i65i, des ouvriers, occupés à creuser une citerne au pied de ces colonnes, découvrirent une tête de femme en marbre blanc, d'une merveilleuse beauté. La suite des fouilles, poursuivies par ordre des consuls, amena la découverte du corps de la statue, à laquelle manquait le bras droit, qu'on n'a jamais pu retrouver(2). Cette statue représente une jeune femme, nue jusqu'à mi-corps : le buste est légèrement infléchi et se développe selon des lignes d'une pureté parfaite. La tête et la coiffure, retenue par une bandelette, sont irréprochables. Un spinther entoure le bras gauche : la draperie, dont un pan est relevé sur le bras gauche, s'enroule autour des cuisses et des hanches. La statue mesure i mètre 963°". Les consuls en firent l'acquisition, pour le prix de six pistoles, soit 6 1 livres 1 6 sols, qu'ils donnèrent à Nauphari Brun « pour toutes les prétentions qu'il pouvoit avoir sur la dite statue (3). » La statue fut transportée à l'hôtel de ville, restaurée

(i) V. cet acte aux Archives d'Arles, G. G. t. III, vol. Instruction publique, relatif au collège.

(2) Louis XIV ordonna en vain des fouilles, en i684 : en ne trouva rien. La découverte eut lieu le 5 juin et les jours suivants. D'aucuns disent le 6 juin : c'est le jour où les consuls en furent avertis et se'transportèrent sur les lieux, pour voir la statue.

(3) « La communauté donna à M. Brun, prêtre bénéficier, propriétaire de ladite maison, six pistoles valant 61 1. 16 s., pour toutes prétentions qu'il pouvoit avoir sur ladite statue : elle fut ensuite réparée et mise en place, dans une niche, en un des cabinets de l'hôtel de ville. ï Bibl. d'Aix, mss. 810, Chaos d'Arles, année i65i,

sommairement et placée dans un cabinet, sous la tour de l'Horloge, qui servait de bureau de police (i). Elle y resta jusqu'en 1666, où elle fut transporte'e dans la maison remplaçant provisoirement l'hôtel de ville (2), pendant qu'on reconstruisait l'édifice actuel, terminé vers 1675. Cette année-là, on la rapporta dans l'hôtel de ville et on la plaça dans « le même cabinet » sur un chapiteau antique trouvé dans le Rhône, à Trinquetaille (3), et on fit graver sur le piédestal une inscription composée par l'abbé de Verdier. C'était une des

p. 257. Les consuls de i65i étaient Trophime de Qiiiqiieran, Ventabren, François de Biord, Antoine Romani et Pierre Chevalier. Voir le Registre des Conventions, aux Archives d'Arles.

(i) « A esté encores représanté par Mrs les consuls qu'ils ont faict restaurer par un maistre architecte qui s'est trouvé en cette ville, la statue appellée Dianne^ qui fut trouvée l'année dernière au pied des coUonnes du vieux collège et icelle faict mettre et placer dans une niche es un des cabinets bas de l'hostel de ville, et pour cela ils ont payé 100 livres aux maçons et 20 livres aux plattriers, pour la fasson de ladite niche, laquelle dépance ils requièrent estre approuvée si le conseil l'a pour agréable. » Conseil du vendredi, dernier mai i652. Reg. IBB. 3o, f. 22 verso. Aux Comptes de i665, figure l'achat d'une tapisserie de cuir doré, contenant 94 peaux à 26 sols la peau, et d'un tapis cuir de grisaille, pour le bureau de police où se trouve la statue de Diane.

(2) Aux Comptes de 1666, nous relevons les frais de transport de la statue de Diane dans la maison servant d'hôtel de ville. On commença cette année à démolir le vieil édifice, sauf la Tour de l'Horloge qui fut conservée, comme elle le méritait.

(3) V. aux Comptes, les frais du transport de Trinquetaille où il était dans l'eau, à l'hôtel de ville, d'un chapiteau antique devant servir de piédestal à la Diane, et le prix de la restauration et de la gravure sur marbre de l'inscription. Cfr. Registre fol. iSy. Séance du 16 septembre 167b. L'abbé de Verdier a composéaussi l'inscription que l'on voit encore sur la porte du midi de l'hôtel de ville, à l'intérieur. Celle du nord, rédigée parle P. Fatoud, a disparu.

curiosités de la ville d'Arles, et tous les amateurs venaient l'admirer. En i683, Louvois fut nommé surintendant des bâtiments de Sa Majesté (i). On cherchait alors des objets d'art pour orner la grande galerie de Versailles. La statue d'Arles fut signalée à l'attention du surintendant, et, un jour, Louis XIV manifesta le désir de l'avoir au coadjuteur d'Arles, qui prêchait alors à la Cour. Le désir du roi, transmis aux consuls, fut considéré comme un ordre. Ils assemblèrent le conseil, et, le 17 novembre i683, il fut décidé que M. Gaspard de Grille, premier consul, irait à Versailles offrir la statue àt Diane à Louis XIV, ce qui fut tait. Louis XIV, charmé de ce présent vraiment royal (2J, fit au gentilhomme arlésien l'accueil le plus gracieux; il lui remit une chaîne d'or avec une médaille, de la valeur de 17g louis d'or, selon les uns, de 200 louis d'or, selon les autres, et lui dit, en propres termes: « Monsieur, vous pouvez assurer MM. d'Arles que j'ai été très touché de la joie et de l'empressement qu'ils ont témoigné, pour me faire plaisir, en me donnant leur

(1) Colbert était mort le 6 septembre i683. Le 11 septembre, le roi nomma Louvois surintendant des bâtiments. Gazette de i683, p. 5i6. Il faut noter que la ville d'Arles était en procès avec Ik Domaine, au sujet de la Directe, et que le don de la Vénus était destiné à bien disposer le roi et ses ministres, en faveur de la ville, qui perdit cependant son procès peu de temps après.

(2) V. les Registres du conseil. Aux Comptes de i684, figure, sous la date du 21 nov. i683, un mandat de 44o L à compte sur les frais de voyage de Gaspard de Grille, chargé par délibération du conseil du 17 nov. iG83 d'offrir la Diane au roi. Au même conseil du ry nov., Jean Péru fut chargé de mouler la statue, au prix de 462 livres. 11 donna reçu de i32 1., le 10 décembre i683, et des 33o autres, le 24 mars i684. Ibidem.

Cfr. Annales d'Arles mss. 806 à l'année i683 et le mss., 1060 p. 177, 181-182, à la Bibl. d'Aix.

statue. Vous pouvez leur dire, de ma part, que je leur en sais très bon gré, que je m'en souviendrai avec plaisir, et que je ferai tout ce que je pourrai dans toutes les occasions qui se présenteront (i). » Avant de se séparer de la Diane, les consuls chargèrent le sculpteur avignonais, Jean Pé?^u, d'en faire le moulage en plâtre. Cet artiste en fit trois modèles, pour la somme de 462 1.: l'un fut placé sur c( le même piédestal que l'original, qui est dans le cabinet bas de la tour, » l'autre sur le premier palier du grand escalier et le troisième fut donné au coadjuteur. M. de Lenfant^ commissaire des guerres en Provence, vint à Arles, dans le mois de décembre, accompagné du sculpteur /^a/2 Dedieu, avec ordre du roi « pour voir, visiter et recevoir la Dianne. » Dedieu la fit soigneusement emballer et, vers la fin de mai, elle arriva à Paris (2).

Déposé d'abord au palais Brion, affecté au logement

(i) Citée dans le Mss. 1060, p. i3o (par Pierre Véran).

(2) V. les Annales des Minimes du P. Fabre, mss. 547, année i683. Le Journal des Sçavans du 5 juin i684, p. 192, annonce que la statue a été apportée à Paris « depuis peu de jours. »

« A la fin de cette année le sieur Lenfant, commissaire des guerres et agent pour l'intérest du roy, sous les ordres de M. de Louvois, arrive avec un célèbre sculpteur originaire de la ville d'Arles, nommé Dedieu. Ils portent lettres et ordres de Sa Majesté pour voir, visiter et recevoir la Dianne, cette fameuse statue de Dianne, qui occupoit la curiosité de tous les estrangers et de tous les sçavans.

« Messieurs les consuls de cette année ont faict assembler le conseil sur la lettre de Monseigneur le Coadjuteur d'Arles, et chascun a oppiné d'abbord qu'on députeroit incessemment à Sa Majesté, pour la remercier d'avoir désiré cette antique, et le prier de la recevoir en pur don de sa ville fidelle. M. de Grille, premier consul, est choisi pour cette députation, que la nouveauté du cas rend célèbre. Le roy l'accepte avec plaisir et traicte d'em-

de l'Académie de peinture et de sculpture, le précieux marbre provoqua l'admiration de tous les amateurs. Girardon fut chargé de le restaurer : il ajouta des bras à la statue, lui donna les attributs de Vénus, et, lorsqu'elle futplacée dans la galerie de Versailles, LouisXIV l'appela, devant toute la cour : La Vénus d'Arles. Ces mots furent gravés sur le piédestal, et l'opinion du roi, conforme, du reste, à celle des artistes, trancha définitivement une longue discussion.

La statue représentait-elle Diane ou Vénus? Tel est le problème que l'on se posait. Dès i65i, le conseiller F?'ançois de Rebatu se prononça en faveur de Diane, et cette opinion fut la plus répandue, dans Arles, malgré certaines oppositions. On croyait retrouver l'ancienne statue de Diane, dont le culte, très populaire à Marseille et dans toutes les colonies grecques du littoral méditerranéen, était particulièrement en honneur dans Arles. Diane y avait eu un temple ; la tradition populaire voulait même que les deux colonnes, encore debout, aux pieds desquelles on avait trouvé la statue, en fussent des restes. Rebatu se fit le champion de Diane et publia, en i656, une dissertation en ce sens, qui fut réimprimée, en lôSg (i),

bassadeur (peut s'en fault) ledict s, de Grille, il fait encore plus, il lui donne sa médaille au bout d'une chaisne d'or à quatre chesnons du poids de deux cent louis d'or. » Dec. i683. Registre de l'Académie, fol. 2^.9 verso.

(1) La Diane et le Jupiter d'Arles se donnans à cognoistre aux esprits curieux. Par noble François de Rebatu, conseiller du roy au siège d'Arles. A Arles, par François Mesnier, imprimeur du roy et de ladite ville i656. ig-iô p. petit in-S". Dédié à Mgr François de Grignan. A Arles, ce 25 juillet i636. (Bibl. d'Aix, Rec. mss. 345, avec l'estampe de Testeblanque, s. d.).

Le Portraict de la Diane d'Arles retouché par noble François de

L'opinion favorable à Diane s'accrédita si bien que, dei65i à 1678, la statue n'est pas désignée sous un autre nom, dans les actes officiels et dans les écrits du temps. Lesacadémiciensadoptèrentl'opinionpopulaire, et dans son discours du 3i janvier 1667 (voir ci-dessus t. I, p. 92 et 355) M. de Grille, qui avait été très lié avec Rebatu (mort en 1662), ne faisait aucune difficulté de désigner la statue antique sous le nom de Diane, avec l'assentiment de ses collègues.

Les fouilles et les recherches opérées, en 1678, par Jacques Peytret et Terrin sur l'emplacement du vieux collège, transformé en maison religieuse, pour les Dames de la Miséricorde (depuis 1666), amenèrent ces deux érudits à se demander si c'était bien là l'ancien temple de Diane. Ils démontrèrent que c'était, au contraire, le vieux théâtre romain, dont la mémoire était absolument perdue, et que les deux colonnes, appelées les Fourches de i^o/(3«ûf, faisaient partie de la scène. En 1679, de nouvelles fouilles eurent lieu sur l'prdre du consul Jean de Sabatiet% l'académicien, et confirmèrent les données de Peytret, qui dressa un plan du théâtre, d'après un

Rebatu, conseiller du roy, et doyen au siège de ladite ville. Seconde édition, faicte meilleure par l'autheur. A Arles, par François Mesnier, imprimeur du roy et de ladite ville, s. d. 27 p. in-8°, plus 4 p. n. chif. pour titre et dédicace à Mgr François de Grignan. Arles, le 7 juillet 1659. Avec une gravure de la statue : Denys Testeblanque fecit à Arles. Testeblanque est un graveur arlésien assez médiocre. (Le mss. autog. de ce Portraict i4 p. in-foL, commencé le 23 avril lôSg, achevé d'imprimer le 23 juin 1659, est à la Bibl. d'Aixmss. 545, avec cette signature ". Rebatu fecit^ anno œtatis 72, Deo gratias 1659, précédé de la lettre à Mg de Grignan, Arles, 7 juillet 1659 et accompagné de la liste des 119 personnes à qui Rebatu a donné ce volume, dans Arles et au dehors.

Ces deux opuscules sont également dans les Rec. 27.148 et 31 .687 de la Bibl. d'Aix. Ils sont rares. Lelong-Fontette les signale.

sérieux examen des ruines. De son côté, Terrin rédigea une note sur la découverte d'un théâtre dans la ville d'Arles, la communiqua au Journal des sçavans et à Louvois, en 1684(1). Quatre ans auparavant, il avait repris l'étude de la question de la statue, et comprenant que la découverte du théâtre renversait le principal argument de Rebatu, il avait soutenu hardiment que la statue était une Vénus et non une Diane. Son Entj'etien de Musée et Callisthène sur la prétendue Diane d'Arles, paru en 1680 (2) fut beaucoup mieux accueilli au dehors que dans sa patrie.

L'opinion traditionnelle trouva des défenseurs dans le sein de l'Académie. Le P. Daugières fut du nombre. Il semble que la discussion fut d'abord assez courtoise : le coadjuteur d'Arles avait accepté la dédicace de l'œuvre de Terrin et son adhésion entraîna celle de plusieurs hommes éclairés: Séguin, Joseph de Beaumont, le médecin J.-L. Brunet. Il y eut bientôt une scission, à ce sujet; au sein de l'Académie, et M. de Beaumont cessa, à partir du mois de novembre 1680, d'assister aux séances, ce qui dura quelques années. V. le Reg. fol. 2 1 2 verso, à la date du 27 mai 1682.

La discussion, mi-partie sérieuse, mi-partie plaisante dura encore quatre ans: les uns, comme Vertron,

(i) Mémoire sur le Théâtre d'Arles, signé Terrin, 2 p. 1/2 in-4<', mss. Fonds Bonnemant, vol. Antiquités, n° XXXI. Cfr. Journal des Sçavans, du 28 août i684, p. 297-300. (Analyse et deux planches gravées) .

(2) V. p. 1-92 dans Topuscule intitulé : e La Vénus et l'obélisque d'Arles. Par Monsieur Terrin, conseiller du roy au siège de cette ville. A Arles, chez Jaques Gaudion, MDCLXXX, in-12, 176 p. plus 24 p. n. ch. pour titre, dédicace et pièces lim. » L'œuvre est dédiée à Mgr J.-B. de Grignan. Le mss. de V Entretien est slu fonds Bonnemant, vol. Antiquités n° XL VI.

Bouvet^ Magnin^ Roubin, y trouvèrent le prétexte de diverses pièces badines, d'autres comme Terrin, Daugières, de Grille^ Varadier de Saint-Andiol, Graverol, Flèche^ y apportèrent plus d'érudition que de bel esprit. Nombre d'écrits furent publiés.

Le Journal des Scavans fut en général favorable à Terrin ; le Mercure galant, avec sa tendance habituelle à ménager tout le monde, tint la balance à peu près égale, jusqu'au jour où Louis XIV ayant parlé, il ne se crut plus permis d'avoir une autre manière de voir que le grand roi.

Les consuls de i683, MM. Gaspard de Grille^Jean Coûterai^ Antoine Isnard, Antoine Af^taud^ prièrent l'Académie de composer une inscription pour la statue, placée dans le grand escalier. M. de Grille la rédigea. Elle fut agréée et gravée par Jean Laroche (i):

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