COSS. D. D. D. D. GASPARD DE GRILLE
DE GOUTERAT, d'iSNARD, d'aRTAUD
Le P. Daugières composa, en i683,une longue pièce de vers, publiée d'abord sous ce titre : Diana Areîatensis Regi^ puis après le don de la statue, sous ce
(i)V. aux Comptes de 1 683^ un mandat de 27 livres, daté du 23 mars i683, et délivré à Jean Laroche, pour gravure de deux inscriptions sur le piédestal de la Diane. Laroche çst Arlésien,
titre modifié: Diana Arelatensis régi donata. Ce petit poème fut traduit par plusieurs académiciens, en signe d'assentiment et de protestation (i). Quelques mois après, le même P. Daugières fit imprimer à Avignon un petit volume de ii6 p. in- 12 intitulé: Réflexions sur les sentimens de Callisthène touchant la Diane d'Arles (2). Il le dédia à ses collègues de l'Académie dont le sentiment avait été, disait-il, le principal motif qui le déterminait à soutenir que cette statue représentait Diane. Il défendait donc la tradition populaire et essayait de réfuter successivement tous les arguments de Terrin. Il n'est pas à propos de le suivre, dans cette discussion, disons seulement qu'un des points faibles du traité de Daugières est de ne pas admettre l'existence d'un théâtre romain. Le P. Daugières soutenait
(i) Diana Arelatensis Régi. Placard in-fol. s. 1. n. d. Fonds Nicolaï, carton 3 3, pièce 32. 37 vers signés A. D. S. J. La Diane d'Arles donnée au roi. Texte latin et traduction en 72 vers français 4 p. in-fol. dont une blanche. Bibl. d'Aix, Rec. mss. 545, s. 1. n. d. « Nous nous contenterons cependant pour ne rien oublier de mètre icy ce mémoire important pour l'honneur de l'Académie, que divers particuliers de ce noble corps se sont divertis à traduire le poëme latin du R. P. Daugières de la Compagnie de Jésus. Ce sçavanl a fait le poème de la Diane d'Arles au roy-f que tous les sçavans ont estimé. Ceux qui l'ont traduit ou imité sont assés contens de leur travail, mais ils n'ont pas prétendu qu'on enregistrât leurs traductions, n'ayant travaillé que pour leur divercissement particulier et non pas par ordre ny délibération de l'Académie. » Année i684, fol. 23o et dernière du Registre.
(2) « Réflexions sur les senti mens de Callisthène touchant la Diane d'Arles. A Avignon, chez Michel Mallard, avec permission des supérieurs, s. d. petit in-12 de 116 p. plus 2 p. n-. ch. pour le titre. Dédicace à Messieurs « de l'Académie roïale, signée Albert Daugières de la Compagnie de Jésus. » L'ouvrage parut en mai ou juin i684. Il fut mis en vente à Paris, sans grand succès.
une opinion qui perdait chaque jour du terrain, et le Journal des Scavans qui rendit compte de ce travail, après l'installation de la statue à Versailles, se contenta de l'analyser rapidement en déclarant qu'après le sentiment de la cour « il n'y avait plus à disputer là-dessus (i).» Tel n'était pas l'avis de Terrin, puisqu'il crut devoir répondre à Daugières, par un nouvel écrit: Letti^es de Musée à Callisthène sur les réflexions d'un censeur (2), dans lequel il maintint toutes ses conclusions. L'Académie, de son côté, défendait toujours Diane, et l'abbé Flèche publia, dans le Mercure de juillet 1684, une longue lettre à Vertron, qui contenait l'exposé des arguments de Daugières, dont il adoptait la conclusion (3).
En même temps que le P. Daugières, M. de Grille combattit le sentiment de Terrin. Nous n'avons pas sa dissertation, le Registre de l'Académie d'Arles n'en parle pas, mais le Registre de l'Académie d: Nimes nous révèle une petite intrigue qui fut déjouée par Graveroly ami de Terrin.
« Du mercredi 28 juin i684 (4). M. de Merez a fait voir à la Compagnie une dépêciie qu'il a reçue de M. le marquis de Roubias, secrétaire perpétuel de l'Académie royale d'Arles, dans laquelle il lui envoie une lettre imprimée, intitulée Lettre d'un Académicien
(1) Journal des Sçavans, 11 sept, i684, p.3i6. (2.) Ces deux lettres ont-elles été imprimées? En voir l'original, 23 p. in-i2, à la Bibl. d'Arles, Bonnemant, vol. Antiquités n° XL VIII.
(3) Mercure de juillet 1684, p. 256-273.
(4) Cité par Ménard, Hist.de Nimes, t. VI preuves p. 129. Nous n'avons rencontré nulle part la lettre en question, qui ne peut être la lettre de l'abbé Flèche, signée par lui et publiée un mois après. Graverol adressa, le 16 fév. i685, à l'abbé Décharnés, doyen du chapitre de Villeneuve-!es-Avignon, une a Dissertation sur la statue qui étoit autrefois à Arles et qui est à présent à Versailles,» dans
à un Académicien (i) qui est une critique de VEntretien de Musée et de Calisthène, composé par M. Terrin, conseiller au siège d'Arles, pour prouver que la statue trouvée en cette ville-là est une Vénus et non pas une Diane comme plusieurs l'avaient cru. Cette critique réfute l'opinion de M. Terrin, avec des termes de raillerie et d'aigreur et est faite au nom d'un académicien de Nismes. M. de Roubias, par sa lettre, prie M. de Merez de persuader à l'Académie d'avouer la critique comme venant de quelqu'un de son corps.
« Sur quoi la compagnie reconnaissant que par ses statuts elle ne peut se rendre juge des ouvrages de ceux qui ne sont point du corps, à moins que d'en être priée par les auteurs, et ne voulant point prendre parti dans un démêlé dont on ne lui a pas donné connaissance, et d'ailleurs n'approuvant point la manière dont cet écrit est conçu et composé, a chargé M. de Merez d'écrire ces raisons à M. de Roubias, et de lui faire sçavoir que ce qu'il souhaite est contre l'ordre et contre les intentions de la Compagnie. Et pour éviter que M. Terrin ne soit persuadé que cette critique imprimée vient effectivement de quelqu'un des académiciens, elle a chargé aussi M. Graverol,qui a commerce avec lui, de lui écrire que cette compagnie n'y a aucune part. »
La démarche de M. de Robias n'eut donc aucun résultat, et il y a lieu de douter qu'il ait été satisfait de la réponse de ces Messieurs de Nimes. Quant à Terrin, il répondit à Graverol qu'il n'avait jamais cru « que la critique imprimée contre son Entî^etie?! de Musée et de Callisthène fût l'ouvrage d'un académicien de Nimes. » Graverol en instruisit ses confrères, à la séance du
laquelle il adopte le sentiment de Terrin. Celte pièce fut imprimée s. 1. n. d. 7 p. in-4'>. En voir un exemplaire dans le Rec, mss. 545, Bibl. d'Aix, un autre dans le Recueil 28.255. Ibid.
(i) V. au fonds Bonnemant. vol. Antiquités, la pièce LVII : Conversation curieuse sur la Diane et sur la pyramide, 8 p. in-S", petits caractères, s. 1. n. d, et incomplète. Les deux interlocuteurs sont un abbé et Policarpe. C'est une critique de Terrin, mais autre que celle dont il s'agit. Le mss. io6o, p. 177, l'attribue à l'abbé Flèche, et dit qu'elle fut publiée dans un Mercure. C'est à tort.
5 juillet 1684. Cet incident témoigne assez hautement que la dispute était envenimée.
Terrin l'emporta et Louis XIV lui fit même envoyer (i) une réduction en marbre de la Vénus faite par Girardon, en récompense de ses recherches et de ses travaux . Cette œuvre du grand sculpteur est perdue.
L'Académie d'Arles chargea Vertron de présenter, en son nom, l'estampe de la statue à l'Académie française avec les deux ouvrages de Terrin et du P. Daugières, en la priant de juger le différend. Vertron fut admis aux honneurs de la séance, probablement le 25 août 1684. Il prononça un discours, et fut traité avec les honneurs dus au représentant d'une société affiliée. Il eut même part à la distribution des jetons, et le Mercure parla avec éloge de son discours (2). Après que Louis XIV eut tranché la question, l'Académie était trop fidèle aux lois delà bonne cour, pour s'obstiner dans une résistance inutile. Ce fut alors que Magnin composa le Triomphe de Vénus (3). Au cours même de la querelle, l'Académie ne voulut pas engager tout le corps, par un acte collectif: ses préférences étaient pour l'opinion de Rebatu, mais c'était en leur nom personnel que Daugières, Flèche, Varadier de Saint-Andiol, M. de Grille la défendaient; l'Académie se contentait de désigner toujours dans son Registre la statue sous le nom popu-
(1) D'après Bougerel, Hommes illustres de Provence, p. 314.
(2) V. Mercure galant d'août i684, p. 3i3-322; Bougerel^ Hommes illustres, p. 3i4; Vertron, Paralelle de Louis le Grand avec les princes qui ont esté surnommez grands... Paris, in- 12, i685. Avertissement au lecteur (Bibl. Nat. Lb37, 3857). Le Nouveau Panthéon, p. 63-66. Extrait du procès académique entre Vénus et Diane pour la statue d'Arles. Il y a quelques détails curieux.
(3) V. cette pièce de 170 vers,, Mercure d'avril i685, p. i5o-i62. Elle est reproduite dans le Mss. 1060, p. 86-95.
laire de Diane, laissant à ses membres leur entière liberté. C'était faire acte d'une sage réserve.
L'opinion que la statue, envoyée au roi, représentait Vénus obtint assez lentement droit de cité, dans Arles. Il en fut de même de l'existence du théâtre, malgré l'autorité de -S^'^wm, dans ses Antiquité^. En ijoS, le P. Alexandre^ capucin, originaire d'Arles, racontant l'établissement du monastère de la Miséricorde, disait encore que ce monastère se trouvait « justement en la même place qu'estoit anciennement le fameux théâtre avec son autel magnifique dédié à la déesse Diane ou à Vénus, comme le sieur Tlierrin a découvert (i). »
On voit le mélange des deux opinions, la tradition qui voulait que les deux colonnes fussent le vieil autel de Diane n'était pas abandonnée. Le même auteur se réjouit, en effet, de ce que la construction de la Miséricorde anéantit « les restes du temple de Diane dans Arles.»
En 1722, M. Peillie publia en 3 p. in-4° une Description d'un ancien théâtre que Von voit dans la ville d'Arles en Provence, d'après les mss. de M. Amat de Graveson, de M. Terrin, les Antiquités de Séguin et les 5o exemples méthodiques du sieur R. Pielat (2). En 1724, un anonyme, qu'on sait être le P. Joseph Loys^ religieux de l'ordre des Frères Prêcheurs, contesta ses conclusions, par un écrit intitulé: Entretien de Pamphile et d'Eubule (19 p. in-12, dédié aux consuls. Bibl. d'Arles, Fonds Bonnemant^ vol. Antiquités), où il attaquait l'antiquité attribuée à la ville d'Arles.
(i) Histoire de la fondation du monastère de la Miséricorde de la ville d'Arles, par le R. P. Alexayidre, d'Arles, prédicateur capucin, i vol. in- 12, à Aix, chez Jean Adibert, imprimeur du roy et de l'Université, 1705, p. 88.
(2) V. cette pièce à la Bibl. Méjanes, dans le Recueil mss. 645.
Peilhe lui réponditpar une dissertation de 14 p. in-4'' dédiée aussi aux consuls. Nous y lisons, à la page 8 :
« De là il passe sur les propres ruines d'un théâtre chimérique, dit-il, qui ne subsiste que dans l'imagination d'un certain Pejrtruet^ il n'y fait pas long séjour, aussi il n'y a pas des grands décombres à voir ; on les confond ordinairement avec les ruines d'un temple qui y étoit quasi uni et les étrangers, surtout pressés de partir, ne sont pas tenus de sçavoir les délicatesses de nos traditions (i). »
L'inscription composée par M. de Grille, en i683, resta sur le piédestal de la statue, au premier palier de l'hôtel de ville, jusqu'en 1723. Cette année-là, les consuls, à l'occasion de quelques réparations, la remplacèrent par une autre cette fois, en l'honneur de Vénus :