‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 19 sur 35 · HONORÉ DE QUIQUERAN DE BEAUJEU · texte numérisé non relu

HONORÉ DE QUIQUERAN DE BEAUJEU

On lit dans le Registre des Changements^ emplois, états et exclusions de l'Oratoire, Archives Nat. MM. 584, commencé en 1680, Bahier, secret.:

Du 9 décembre 1680. « Les confrères Honoré de Beaujeu et René de Mortagne, clercs de notre collège de Saumur, se disposeront à recevoir le sous-diaconat.»

Du 19 novembre 1681. « Le confrère Honoré de Beaujeu d'Arles à Pézenas, pour y faire la préfecture. »

Du 3 décembre 1681. « Le confrère Honoré de Beaujeu se disposera à la prochaine ordination. »

Du 25 juin i683. « Le P. Honoré de Beaujeu d'Arles à Riom, pour y enseigner la théologie (i). »

Du 14 janvier 1686, « le P. Honoré de Beaujeu destiné pour prêcher i'avent de 1686 et le carême de 1687 à Marseille, comme il s'y est offert. »

Du i3 mai 1686, « le P. Honoré de Beaujeu destiné pour aller prêcher dans notre église de Lyon. »

Le 20 août 1687, un abbé de Quiqueran officia à Arles, au service du duc de Saint-Aignan. Ce n'est pas rOratorien. V. ci-dessus, p. 91.

Du 3o août 1688, « Permission au P. Honoré de Beaujeu de faire un voyage de Paris à Arles, pour ses affaires. »

Du i5 juin 1690. « L'on a eu avis que le P. de Beaujeu s'estoit retiré honnestement de^ la congrégation, dans le dessein de suivre à Rome Mgr le cardinal

(i) Nous n'avons pas trouvé « l'ordre » du P. de Beaujeu pour Arles (non plus que l'envoi de Du Port à cette maison) et le Journal de l'Oratoire d'Arles n'en dit rien, bien qu'il y ait des notes pour les années i68i-i682-i683. Il n'est même pas question de l'Oraison funèbre de la Reine Marie-Thérèse. V. t. II, p. 3 16.

de Janson. » Nous ignorons si ce projet re'ussit, mais dès avant 1700, il était chanoine de Nimes et vie. gén. de Fléchier. En 1693, il fut députe de la province d'Arles à l'assemblée du clergé, il était « recteur de la chapellerie du Saint-Sépulcre, dans l'église paroissiale de Saint-Martin. » En 1695, le député fut l'abbé de Saint- Andiol archidiacre. En 1700, M. Honoré de Beaujeu fut député de la Province d'Embrun, et il est qualifié « prieur de Saint-Clément de Barles, diocèse de Digne, chanoine de Nimes. »

De Paris, le 3i oct. 1705. « Le 25, l'abbé de Beaujeu fut sacré évêque de Castres dans l'église du noviciat des Jésuites par l'archevêque d'Alby. » Gazette du 3i oct. 1705 p. 533. V. sa nomination (i i avril) Mercure d'avril 1705 p. 234-237. Cette église, située près de la rue Cassette, n'existe plus. Le 25 août 1700, l'abbé de Beaujeu prononça le panégyrique de saint Louis devant l'Académie des sciences, dans l'église de l'Oratoire, rue Saint-Honoré. Mercure d'août 1700 p. 258-259. Sur sa mort, voir le Mercure de France juillet 1736 p. 1733- 1735, les Nouvelles Ecclésiastiques du i5 sept. 1736 p. 146-147, et Ultramontains et Gallicans, par M. Remacle p. 168-169.

L'Abbé Honoré de Verdier

Une pièce du Recueil de Bonnemant, Collège, Académie, nous donne quelques renseignements sur l'abbé de Verdier, qui portait le prénom d'Honoré et nom de Pierre, comme le dit Bouger el, Mss. de M. Arbaud.Elle est intitulée : « Factum pour l'Econome des RR. PP.

Jésuites du collège de la ville d'Arles, demandeur en évocation d'instance, et au principal deffendeur en requeste. Contre Messire Honoré Verdier, cy-devant Religieux de la Compagnie de Jésus, deffendeur et demandeur. Et noble Jean Verdier son frère demandeur en requeste pour estre reçeu partie intervenante. 14 p. in-4° s. 1. n. d., signé : Barrel fils. » Il s'agit d'une revendication par Honoré de Verdier d'un don de 5,000 1. fait au collège d'Arles, pour la construction de l'église. Honoré de Verdier entra dans la Compagnie de Jésus, en i653. Le i5 déc. i655, après deux ans de noviciat, au moment de faire profession et de prononcer ses premiers vœux, M. de Verdier disposa de tous ses biens, par testament signé de sa main, en présence de yi. de Laugier, son oncle et de sa mère N. de Langier. Il instituait sa mère héritière de sa fortune, consistant en 100,000 écus d'une part, et 25 à 3o,ooo livres de l'autre. Les PP. Jésuites du collège d'Arles construisaient alors leur église. « Messire Verdier par un pur mouvement de sa piété leur fit un légat de la somme de 5,000 livres, pour estre par eux employée à la construction de cette église. » La demoiselle de Laugier versa 2,000 1. aux PP. Jésuites, le 10 oct. i656, et 3, 000 1. le 4 janvier 1657. Cette somme Servit avec 12,000 léguées par François Vatitier, 3, 000 votées par la ville d'Arles et 1800 1. données par M. de Grille (le père de l'Académicien) à solder une partie de la dépense de l'église, qui coûta de 3o à 3 5, 000 livres.

Après sa profession, le P. de Verdier enseigna « toutes les basses classes, mesme l'humanité et la rhétorique dans cette ville d'Aix, avec estime et approbation, en conséquence de quoy on l'a fait étudier durant quatre années en théologie dans la ville de Lyon, si bien qu'il ne parut jamais ny aucune altération en sa santé, ny

aucune aliénation, dans son esprit, soit pour les études, soit pour la piété. »

« Mais enfin en 1666, Messire Verdier s'estant chargé dans la ville de Lyon de la conduite des sieurs Verdiers ses frères, et de l'administration de l'argent qu'ils recevoient pour leur entretien, en abondance, il a esté assez malheureux que de trouver un écueil funeste dans la distribution de cet argent qui fut sa pierre d'achopement et son amorce à la tentation. » Il songea dès lors à quitter la Compagnie, et, le 21 août 1666, il écrivait de Lyon au général des Jésuites, pour lui demander de le relever de ses vœux. Il invoquait la raison de santé et de caractère : « Quae me ad id petendum impulere, duo potissimum sunt : Alterum corporis valetudo, alterum indoles animi societatis institutis minime apta. » Le Général lui répondit, le 3o nov., en renvoyant l'instruction de l'affaire au Provincial (le P. Jean Platière rect. d'Arles 1 652-1 65 5). La solution se fit attendre, car les supérieurs du P. de Verdier trouvaient contestable la raison de santé et s'étonnaient que ce fût après 12 ans de profession, qu'il se fût aperçu de son peu de disposition pour la vie de Jésuite. Ils essayèrent de le faire revenir sur sa décision, mais le 14 sept. 1667, il écrivit une lettre pressante au Général, affirmant que depuis 14 ans qu'il était dans la société, il ne s'était jamais senti la vocation. Enfin, le 2j oct. de la même année, il renouvela sa demande, se plaignant des difficultés suscitées par le Provincial, en appelant au témoignage des médecins et en déclarant que la vie religieuse lui était intolérable. Le Général lui accorda enfin (28 août 1669) la permission de sortir de la Compagnie. Il rentra dans le clergé séculier : «En mesme temps Messire de Verdier a recouvré une plaine et entière santé : de sorte que d'un jésuite malade, l'on en a fait un abbé qui se porte

bien. En cet estât, Messire Verdier comblé de biens, orné de belles-lettres, enrichy des lumières des plus hautes sciences, guéry des maux de teste continuels ; bien loin de témoigner de la reconnoissance pour tant de bienfaits, parmy lesquels la seule guérison des maux de teste continuels, méritoit bien les 5,ooo 1. ou le légat dont il est question. Au contraire, Messire Verdier a donné requeste en restitution de ladite somme de 5,000 1. avec intérests par devant le lieutenant d'Arles, d'où la cause ayant esté évoquée à la cour par l'Econome, Messire Verdier a mandié l'intervention du sieur Verdier son frère. » Ces paroles sont bien vives ! ■ L'Econome présenta ses moyens de défense juridique, en insistant sur ce point que M. de Verdier quittait la Compagnie de son plein gré, et, après des « importunités extraordinaires, » et sans causes réellement valables. « L'on ne peut pas tirer à conséquence l'exemple de M" Flèche, congédié de la Compagnie après les vœux simples, auquel on a rendu que partie des 3,ooo livres qu'il avoit léguées; car il avoit laissé la disposition de son legs au choix de l'Econome qui pouvoit l'appliquer à l'Eglise ou au collège, et par dessus cela M'" Flèche n'ayant pas poursuivi son congé, comme M""" Verdier durant deux ou trois ans, l'on a voulu s'accorder avec luy par un seul principe de charité, d'autant mieux qu'il se présenta alors un amy du collège, qui fit luy-mesme la libéralité. » Ce M. Flèche ne peut être que l'académicien (i).

(i) François Flèche^ fils de feu Aubert Flèche, le parrain du P. Albert Daugières, entra dans la Compagnie de Jésus, en i64i. Le 28 septembre 1641, il fit son testament, avant de prendre l'habit : il instituait ses héritiers Aubert et Antoine Flèche, ses neveu-x, fils d'Antoine Flèche^ son frère aîné, et de X. Daugières. Il léguait

En 1671, le Collège d'Arles était endetté de 40,000 livres, et la famille de M. de Verdier avait une jolie fortune : « On oppose, enfin, que Messire Verdier n'a pas de quoy vivre, mais c'est au sieur Verdier son frère, héritier de ses père et mère, qu'il doit avoir recours. On a justifié qu'une seule terre en Camargue, que l'on dit vulgairement mas, a esté affermée jusqu'à 8, 5 00 livres par an, sans les réserves. Que sa sœur aisnée a esté mariée avec le sieur de Varadier, sous une constitution de dot de 5o, 000 livres. Et que le feu sieur Verdier, son père, par son testament, a réglé les droits de légitime de ses enfants à 80,000 livres, par où l'on doit juger des forces de son héritage, puisqu'il faut tout au moins que l'hériter aye deux fois 80,000 livres pour

au noviciat d'Avignon, où il entrait, 600 1. et 3ooo 1. au collège d'Arles, dont quittance fut donnée en mars i643. Notaire Gaspard 'Briinet, témoin Ant. Pourquier, proc. au siège. Arles, Archives, Instruction publique G.G., t. III. Aux comptes de i656, nous trouvons le don d'un louis d'or, soit 11 1. au P. François Flèche, de là Compagnie de Jésus, pour le sermon de Saint-Marc. Il quitta la Compagnie à une date postérieure, et se fixa à Arles, où il se livra à la prédication. Il habitait sur la paroisse S. Martin : il contribua à la restauration du clocher de cette église, où l'on voit encore ses armes parlantes. Il entra aux Jésuites fort jeune, car son acte d'inhumation ne lui donne que 60 ans environ : « L'an 1691 et le i4 octobre, est mort messire François Flèche, prestre, âgé d'environ soixante ans, et a été enterré dans cette église, présents Messire Jacques Enaud, prestre, et Augustin Guis ecclésiastique. J. Henaud prQstre, Guis ceci. Beraud curé. » Registres de Saint- Martin 1690. L'église Saint-Martin appartient aujourd'hui à M. Mistral' Bernard de Saint-Rémy. Elle sert de grenier à blé. Les ossements ont été recueillis et transportés au cimetière, le 21 mars 1873. Les caveaux sont détruits. Les inscriptions ontété bouleversées. Le mss. 628, de la Bibl. d'Aix, Table des Ecrivains provençaux, signale un Albert Flèche, natif d'Arles, dominicain. Théologien, 1695. C'est sans doute un parent, peut-être un frère de l'académicien.

maintenir la maison dans le rang qu'elle tient en la ville d'Arles (i). D'ailleurs ce n'est pas à l'Econome de fournir à l'entretien de Messire Verdier, après une éducation de 14 années dans la Compagnie, qui vaut bien les 5, 000 livres léguées, quant au temporel, et qui luy a procuré les talents nécessaires pour gagner du pain. » L'Econome obtint gain de cause : le rapporteur, M. André de Maurel, seigneur du Chaffaud (conseiller depuis i65o), approuva les conclusions de l'avocat ^arrel fils, et l'arrêt fut rendu en conséquence.

« Par arrest du 24 février 1672, présidant M. de Regusse, la Cour ayant égard à la requeste en évocation de l'instance pendante par-devant le lieutenant d'Arles dudit Econome, et sur icelle faisant droict, sans s'arrester aux requestes d'Honoré et Jean Verdier,

(1) V. dans le mss. 81g, Bibl. d'Aix, Jugements de noblesse, p. 998-1000, le jugement rendu à Aix, le 18 janvier 1669, qui maintient dans leur noblesse Jean et Tierre de Verdier de La Carbonnière, frères d'Honoré. Parmi les pièces produites,figurent les Lettres octroyées par l'examinateur de Montpellier en faveur de Guillaume Verdier, portant qu'il a bien étudié et qu'il a la capacité pour être médecin, 28 sept, i^gi; autres lettres de bachelier en l'Université d'Avignon au même, 1691 ; lettres de doctorat au même, Montpellier, 28 janvier ibg3; (Guillaume Verdier fut directeur du collège d'Arles pendant près de 20 ans vers cette époque, et ce fut ce qui le fixa dans cette ville) ; Lettres de noblesse accordées à Pierre de Verdier, fils de Guillaume, en raison de ses services, eni623, enregistrées aux Comptes le 26 mai 1627; certificat du secrétaire de la ville, Remu^at, attestant que Guillaume Verdier fut conseiller noble de 1594 à 1627 ; Testament de Pierre Verdier en faveur de Jean et de ses autres enfants, par lequel il leur lègue 80,000 1., institue sa femme héritière avec substitution en faveur de Jean de Verdier, 14 nov. i653.

Ceci précise les indications données t. I, p. Z45-247, et les complète. V. encore aux Archives des Hospices d'Arles les papiers relatifs à la famille de Verdier qui leur légua de fortes sommes.

dont les a déboutez et déboute, a mis et met rEconome hors de Cour et de procez, despens compensez. »

Il existe au fonds Nicolaï, carton 62, pièce 3, la défense présentée au nom de M. de Verdier, qui avait été admis à l'Académie durant ce procès (9 févr. 1671). (( Factum pour Messire Honorée de Verdier, prêtre, docteur en théologie, contre l'économe du Collège des Jésuites d'Arles. Si les jésuites congédiés après leurs vœux simples rentrent dans les biens qu'ils avaient donné à leur société avant l'émission d'iceux, signé : Peyssonel fils, mss. 20 p. in-fol. »

Nous y voyons qu'Honoré de Verdier était fils de Pierre de Verdier et de N. de Laiigier ; qu'il entra au noviciat d'Avignon. Pendant son noviciat, son père mourut (i 65 5), et lui laissa i i.ooo livres. Honoré de Verdier, par testament fait le i 5 sept. i655, avant de prononcer ses vœux, légua 3ooo 1. au noviciat d'Avignon et 5ooo 1. aux Jésuites d'Arles, pour la construction de l'église dont le prix fait avait été donné dès avant la mort de son père. En août 1669, il obtint son congé du général, par l'intermédiaire du P. Paul de Suffren, provincial de Lyon. Il demanda la restitution des 5ooo livres à l'économe du Collège d'Arles, et, sur son refus, présenta requête au lieutenant principal. L'économe déclina cette juridiction, parce que M. de Verdier avait des parents au siège, et parce qu'il s'agissait d'une communauté. De Verdier accepta l'évocation au Parlement. Son avocat plaida la caducité du legs, invoqua diverses raisons de droit et divers précédents. Il contesta que les 5oool. aient été employées à la bâtisse de l'église, attendu qu'il ne restait plus que quelques menues dépenses à solder, lorsque la dame de Laugier acquitta le legs de son fils. Enfin il prétendait que les consti-

tutions des Jésuites les obligent à restituer à ceux qui sont congédiés tout ce qu'ils ont donné. En conséquence, il demandait que l'économe fût condamné à rembourser les 5ooo 1. avec intérêts, au moins du jour de la demande de remboursement. Ce mémoire est écrit dans un style beaucoup plus pondéré que le précédent, où M. de Verdier est traité fort durement.

L'abbé de Verdier fixa sa résidence à Arles; il prêcha avec succès, et les Oratoriens l'invitèrent, le 28 janvier 1689, à prêcher le sermon des Grandeurs de Jésus (i). Ils recherchaient, pour cette fête, les meilleurs orateurs. D'excellents rapports s'établirent entre l'Oratoire et M. de Verdier ; il fut un des amis du P. Bouret, professeur de théologie, puis supérieur, et les lettres de ce dernier à M. de Maïaugues nous édifient sur ce point. (V. Bibl. de Carpentras mss. 435). V. ci-dessus p. 247.

Nous savons fort peu de chose de la vie de M. de Verdier ; de ses œuvres, il ne nous reste que le résumé de son cours de rhétorique professé à Aix, en 1662, et recueilli par son élève M. Louis de Thomassin de Ma^augues, le savant bibliophile, qui conserva toujours pour lui un souvenir reconnaissant.

M. de Verdier mourut de la peste, vers le 20 juillet 1 72 1 . M. Perrinet écrivait, à cette date, à Mgr de Mailly une lettre, d'où nous détachons ce passage : « Tout est mort dans la maison de M. de Verdier, le mary, l'épouse, le vieux abbé et le fils unique qui avait épousé, si vous vous en souvenés, une demoiselle de Louis, sa parente ; ce qu'il y a de singulier c'est que ce Monsieur qui s'était retiré avec son épouse chez son cousin de Varadier^ dans l'archiprêtré, et qui n'avait pas été voir son père

(i) Journal de l'Oratoire d'Arles, 1689. L'année précédente, ce fut le P. Pierre Daverdy. recteur des Jésuites, qui donna ce sermon.

ni sa mère, est mort après eux de la peste, en deux ou trois jours. Il ne reste de toute cette famille qu'un seul oncle cadet, qui ayant été dans la maison des pestiférés a tout à craindre pour sa vie. » Bibl. d'Aix, mss. 745. D'autre part, nous lisons, dans le Journal de VOratoire, à la date de novembre 1722 : « M. Vabbé du Verdier, mort de la peste (i), nous a laissé vingt-six volumes. Il y en a de bons. Le catalogue est à la bibliothèque (2). » M. de Verdier habitait sur la paroisse Saint-Martin, comme l'abbé Flèche.

(i) L'abbé de Verdier était alors fort âgé, mais les vieillards étaient nombreux, dans le clergé d'Arles. Ainsi nous avons relevé, en 17 17, aux Registres de Saint-Martin, la sépulture de M. Pierre de Uoy, prêtre, mort le 18 fév., âgé de 88 ans, et le 6 mars, celle de M. Antoine Mandrin, prêtre, âgé de 80 ans, enterrés tous les deux dans le caveau des prêtres. Un neveu de l'abbé Verdier, Honoréy dont il avait été le parrain en 1677, mourut de la peste en 1721, et son portrait se trouve à l'hospice d'Arles, parmi ceux des bienfaiteurs. C'est une toile médiocre. Nous lisons au Registre de Saint-Martin; « Noble P/erre de Verdier de Ma:^argiies, écuyer, âgé d'environ 34 ans, fils de noble Jean de Verdier^ écuyer, et de dame Marguerite de Britest de Ste Chatte, est mort dans cette paroisse le dix neufvième jour du mois de juin de la présente année 1716 et le vingtième a été enterré dans l'église des révérends pères prêcheurs, présents à son testament les témoins susnommés, signés avec nous. Reynaud, pr'% Laiigier, Nègre, curé. » Il s'agit d'un neveu de l'abbé de Verdier.

(2) Un de ces volumes est aujourd'hui à la Bibl. d'Aix, n° 24089. a Illustrium scriptorum Socielatis Jesu catalogus, auctore P. Petro Ribadeneira, soc. ejusdem Theologo, Hac secunda editione auctus. Lugduni, apud Joan. Pillehotte, sub signe nominis Jesu 1609.» Le privilège est du 18 nov. 1607. 1 vol. in-8° d'environ 340 p. En haut du titre on lit : Gertosiiis J. C. Arelatensis, et au bas : Oratorii Arelatensis dono D. de Verdier. Au dos, il y a cette cote: Q. 143. Ce volume est donc un triple souvenir : l'Oratoire, De Verdier et Jean Gertous, l'avocat arlésien qui a écrit plusieurs ouvrages sur Arles. V. Bibl. d'Aix.

Vertron et i/Académie

Au sujet de Vertron, nous avons commis une erreur p. 45 à 56. Il y a confusion entre le Paralelle de Louis le Grand avec les princes qui ont été sur nommer grands... et le Paralelle poétique de Louis le Grand avec les princes surnonime'{ grands. Le premier est un discours en prose, paru en i685; le second est un recueil de sonnets « par les beaux esprits du siècle, à la gloire de Sa Majesté, » paru en 1686. La lecteur réparera facilement notre erreur. Nons n'avions pas alors rencontré \q Paralelle de Louis le Grand \ depuis, de nouvelles recherches nous en ont fait trouver trois exemplaires, dont un à la Bibl. de Saint-Louis des Français, à Rome (i ), que nous n'avons pu signaler à temps dans V Index Bibliographique.

On lit en léte du Paralelle de Louis le Grand..., ces lignes qui en expliquent l'origine :

« Avertissement au lecteur. Gomme député de lAcadémie royale, je devois prononcer ce discours dans TAcadémie françoise, mais la question qui s'éleva pour la statue dArles présentée à Sa Majesté, m'en Ht faire un autre, La dispute entre deux divinitez partageoit les cœurs et les esprits, à la cour, et dans l'empire des Lettres. On me choisit pour estre l'avocat de Diane, je plaiday avec chaleur pour la sœur du Soleil, qui perdit son procès contre la mère des Grâces : mais j'eus l'avantage dans la perte de cette cause, d'avoir esté

(i) A la Bibliothèque Casanatense de cette ville, se trouve un exemplaire très complet du Nouveau Panthéon, sans le permis d'imprimer. Z, XXI, ■>(). (Ancienne Bibl. des Dominicains).

jugé par le plus grand prince du monde : et l'on me fit l'honneur de me recevoir à la distribution des jettons. Au reste, mes amis qui s'intéressent à ma gloire et particulièrement mes illustres confrères, m'ont engagé à donner au public ce que j'avois destiné pour l'Académie françoise... »

Voici, d'autre part, un extrait à\i M e?^ cure galant \ « Ces jours passez Monsieur de Vertron, de l'Académie Royale d'Arles, se rendit à l'Académie Françoise, à laquelle iM. le duc de Saint-Aignan, protecteur de celle d'Arles, et l'un des quarante de l'Académie Françoise, avoit écrit pour la prier de permettre que Monsieur de Vertron fist un discours de la part de ses confrères. Il fut reçeu à la première porte par un des académiciens, et reconduit de la mesme sorte. Il leur fit un présent d'une Estampe d; la statue que Mess. d'Arles ont envoyée à Sa Majesté, et leur donna en mesme temps deux livres sur la dispute qu'a causé cette statue entre les sçavans, les uns souteiiant que c'est une Diane et les autres une Vénus. L'un de ces livres est du P. d'Augières jésuite, qui a écrit en faveur de Diane ; et l'autre, qui a esté composé le premier, est de M. Terrin, conseiller au Présidial d'Arles. Ce dernier prend le parti de Vénus. Monsieurde Vertron fit un beau discours en présentant le tableau de l'Estampe, et pria ces mes-, sieurs de vouloir bien se donner la peine de juger du diférent qui avoit fait écrire tant de sçavans. Comme la statue qui le causoit avait esté présentée au Roy, il ne luy fut pas difficile de faire un éloge de ce prince. Je ne vous dis point que ce fut avec succès; de moindres orateurs que luy en auroient toujours sur une si belle et si féconde matière. M. l'abbé de Lavau, directeur de l'Académie, luy répondit quelle recevait avec

plaisir les marques de considération et d^amitié que luy donnoit VAcadémie d'Arles; quelle ferait mettre le tableau dont elle luy faisait présent ^auprès de l'obélisque qu'elle avoit eu la bonté de luy envoyer il y a déjà quelques années ; quelle n'oubliroit pas à faire mention dans ses Registres de Vhonneur quelle en recevait et quau surplus on ferait réponse à M. le duc de Saint-Aignan. On fit ensuite l'honneur à Monsieur de Vertronde l'admettre à la distribution des jettons qui se donnent à chaque séance. On apprit, presque aussitost après cette députalion, que ce qui avoit causé tant de contestation parmy les sçavans avait esté décidé. )^ Suit le récit de la décision rendu par Louis XIV'.

Mercure galant d'août 1684, éd. de Lyon, p. 216- 221. Le numéro parut à Paris les premiers jours de septembre et à Lyon peu de jours après. Vertron a parlé de cette séance dans son Nouveau Panthéon, p. 63-66, et il déclare que s'il plaida en faveur de Diane, ce fut pour se conformer à l'opinion tie ses confrères d'Arles (i). V. ci-dessus, p. 353-368.

(i) « Je prononçoi dans l'illustre Académie Françoise un discours en forme de plaidoyé, j'y lis le personnage d'un avocat général, l'expliquay tous leurs moyens ( de Tervin et du P. Datt- ^ieres) et je conclus pour Diane ; mais enfin, mes conclusions ne fuient pas suivies; Vénus gagna son procès... J'avoue hautement icy que je n'ay soutenu le party de Diane que par un elV^l dj complaisance pour quelques favoris de l'Apollon du Parnasse { Saint-Aigan ) ; mais rApollon de la France a rendu le Panthéon (Versailles) un arrêt autant souverain qu'il est équitable en faveur de Vénus : cet auguste pacificateur de l'Europe est devenu aussi celui du sacré vallon... » Puis il affirme que l'Académie d'Arles n'a pas pris parti, en corps, et que lui-même a toujours cru iu petto que la statue représentait Vénus.

— 'lOb - Ignace Amat de Gravesqn

(V^ ci-dessus p. 236 et sulv.).

Cet académicien (i) laissa en mourant un très riche cabinet d'antiques, dont la majeure partie provenait du savant Claude Terrin. Le premier président et intendant de Provence Cardin Le Bret (2) en fit l'acquisi-

(i) Ignace Amat de Graveson épousa Françoise de Salvador ^ lille de Paul de Salvador, auditeur de la rote du palais apostolique d'Avignon et d'Elisabeth de Massilian. Le contrat fut reçu par Ange- Joseph Bellon, notaire public et apostolique d'Avignon, le 12 oct. 1690. Il fut enregistré à la sénéchaussée d'Arles, le 6 février 1692, ce qui peut servir à déterminer l'époque où M. de Graveson se fixa en celte ville. V. Archives des Bouches-du-Rhône, Insmuations de la sénéchaussée d'Ailes, 1679-1593, fol. 1709 verso à 1714. La mère de M. de Graveson était morte^ en 1690. Le père de la mariée siji^ne, mais sa mère « incommodée de la langue et de la main droite» ne peut signer. Le contrat stipule une dot de 27,0001. grosse monnoye, plus une pension annuelle de 192 1. et diverses donations réciproques. Au même registre de la sénéchaussée est insinuée, sous la date du v décembre 1692, une donation d'Anne- Elisabeth Amat de Graveson à son frère Ignace de Graveson, pour qu'il puisse soutenir l'éclat de Li ma'son. Antoine de Graveson, leur père, était mort dans rinteivalle de ces deux actes. Un parent de M. de Graveson, le comte de Grillon, d'Avignon, avait aussi un cabinet curieux. Peil/ie, Description des Alyscamps, p. 3, nous apprend qu'il conservait plusieurs « pièces rares et antiques tirées de ces Champs-Elysées. » 1724, mss. b^b, Bibl. d'Aix. Ignace de Graveson n'eut qu'une fille. Joseph-Antoine d'Amat de Voix, archidiacre d'Arles, était d'une autre branche de cette famille. Après avoir été vicaire général d'Arles, il fut sacré évcque de Senez, le 18 septembre 1757, par l'archevêque d'Arles, assisté des évéques de Marseille et de Nimes. Bibl. d'Aix, mss. 806, Annales d'Arles.

(2) Pierre Cardin Le Bret succéda à Marin en 1690 et mourut le 26 février 1710. Son fils Cardm Le Brer, intendant de Provence, en 1702, fut reçu premier président, le 10 juin 1710, et mourut à Marseille, le (4 octobre 1734, V. ci-dessus, p. 193, note 2.

- 4UG -

tion ; cependant certaines pièces en furent distraites. Nous ne parlerons que du Mithra^ cette énigmatique statue conservée aujourd'iiui au Musée d'Arles. Elle fut trouvée, en 1598, sur l'emplacement du cirque romain, au quartier de La Roquette. M. de Graveson l'acheta, vers 17 10, à un tailleur qui l'avait montée sur un pivot dans une niche, et à sa mort la communauté d'Arles la paya 27 1. 14 s. (Reg. du conseil). Par ordre des consuls, elle fut placée à Thôtel de ville, devant la porte du conseil, avec son pivot qui permettait de l'observer sur toutes ses faces. Le Mitlira est fort remarquable, au point de vue de l'art, et les savants ont longuement discuté pour déterminer quel dieu ce marbre représente. En 1723, on le nommait Panthéon ou Esculape, et c'est le nom que lui donnaient les consuls dans l'inscription qu'ils firent graver sur son piédestal.

Amat de Graveson, partageant les préjugés de son temps, voulait le faire compléter, en y ajoutant une tête et des pieds. Terrin, consulté par lui, l'y encourageait (i). Il n'eut pas le temps d'exécuter ce projet.

L'inscription trouvée à Arles, au Mouleyrés, le 2 juin 1693, et qui fut expliquée par MM. Rigord, Terrin, Gallaud, Marcel, Remuzat, etc., faisait aussi partie du cabinet de M. de Graveson, qui l'acheta de M. de Croze- Lincel, gendre de M. Périer, frère du P. Périer, minime, à qui la ville en avait fait cadeau. On cite encore une médaille rarissime, en or, de l'empereur ^vî7z/5, frappée à Arles, en 455, dont M. de Graveson donna l'explication et qui passa également entre les mains de ^L Le Bret. Le mss. 583, de la Bibl. de

(i) V. le mss. 583 de la Bibl. de Carpenlras. où se trouvent les observai ions de M. Terrin, sur une statue de marbre antique p. 299-3o3. Il s'agit du Mitlira.

Carpentras, dont nous avons déjà parlé ci-dessus, p. 243, dop.ne d'amples renseignements sur le cabinet de M. de Graveson. Ce volume appartient au fonds légué par Mgr Malachie d'Inguimbert, archevêque de Carpentras. V. le catalogue dressé par M. Lambert^ avec un soin très louable. Ce volume a sans doute appartenu à M. Le Bret, puis à M. Henri Joseph de Thomassin de Mazaugues (1684-1743), fils de Louis de Mazaugues, conseiller au Parlement (1647-1712), Après la mort de Henri-Joseph de Mazaugues, Mgr d'Inguimbert acheta tous ses livres, ses papiers et ses collections et les lit transporter à Carpentras. V. la notice de M. Lambert, en tête du catalogue.

Le cabinet de M. Le Bret avait été dispersé, et il n'est pas douteux que les Mazaugues, collectionneurs intelligents et dignes héritiers de Peiresc, n'en aient recueilli des débris.

Le p. Albert Daugières

{V. ci -dessus p. 27 et sqq.)

Dans le cours de mes recherches, j'ai rencontré le Livre de raison de la famille Daugières, 1566-1706. Il est aux Archives des Hospices d'Arles, V. H. 2, et forme un gros volume relie en parchemin. Il me permet de compléter les. renseignements sur le P. Daugières. Troisième iils de Jacques Daugières (i) et d'Anne de Borel, il naquit le 22 sept. 1634. « En l'année 1634,

(1) Mes déductions p. 28 en note sont justes. Jacques Daugières, né le 27 cet. 1607, e'tait fils de Nicolas Daugières avocat et d'Alix de Nicolay. 11 mourut le 2j> pept. 1675, et fut enterré dans sa sépulture de famille aux Cordeliers. Sa femme y fut également déposée le ki ou le 20 nov. i684. Livre de Raison, passim.

et le 22 septembre sur les 9 à lo heures du matin, ma femme s'est accouchée d'un autre hls et a esté baptisé à l'Esglise et parroisse Sainte-Anne, le 24 dudit mois, son parrain le sieur Albert Flèche, sa marraine D'"' Honorade de Nicolay ma tante. A passé clerc ledict jour et an, 26 mars 1647. -^ P^^^ l'habit des RR. PP. Jésuittes en Avignon, le 7 octobre i653. A passé profés à Chaalon-sur-Sosne le 8 octob. i655. Il dict sa première messe le jour de Pasques i665 à Lyon, a faict ses derniers vœux à Vienne le jour de la puritication 1668. Il est décédé le 7 février 1709 au grand collège de Lyon dont il estoit recteur. » Notes de Jacques Daugières, de son fils aîné Nicolas et de Jacques son dernier fils. Un frère du P. Daugières, nommé Boniface, né le i3 déc. i636, fut reçu docteur en droit à Aix, puis entra dans la Compagnie de Jésus, en octobre i65i, fit profession deux ans après et mourut à Grenoble, le 3o déc. 1684, six semaines après sa mère. Un autre de ses frères, Louis Daugières, né le 25 septembre 1641, entra à l'Oratoire d'Arles, le 7 déc. 1668, (Journal de l'Oratoire fol. 3 verso) et fut ordonné prêtre le 1 9 juin 1 666, à Arles. Sa santé l'obligea à quitter l'Oratoire. « Il est décédé à la maison le i3 sept. 1670, un peu avant 4 h. du m;itin. Çà esté un très bon enfant et un très bon prestre, sa mort ayant esté fort douce et très chrestienne. Il a esté ensevely suivant son désir et celuy des RR. Pères de l'Oratoire à Sarnte-Anne dans la sépulture desd. Pères ledit jour i3 septembre. Dieu luy fasse miséricorde. » Notes de Jacques Daugières, Cfr. Le Journal de l'Oratoire fol. 17, sept. 1670. Le P. Daugières résida successivement à Nîmes, Avignon, Châlon, Toulon, enfin à Lyon où il séjourna de longues années. V. pour plus de détails la notice sur sa vie et ses œuvres que je publierai incessamment.

— 'iOO — Pierre d'Arbaud, sa conversion

(V. t. l, p. 240 et t. III, p. 73),

Lorsque l'Académie admit M. dArbaud, il habitait Nimes, mais ce gentilhomme était originaire d'Arles. Sa famille était une des rares familles arlésiennes qui avait embrassé la Réforme, et elle avait dû s'expatrier.

Pierre d'Arbaud fut baptisé le 4 mai i63i; il était hls de Tristan dArbaud, sieur de Blonzac et de Françoise de Blanc (contrat du 23 février 1628). Plusieurs Arbaud furent consuls, capitaines ou estimateurs de l'Etat des nobles de 1472 à i535. Louis d'Arbaud fut gentilhomme servant et écuyer de Henri IV. Il prêta serment, le 24 mars i585, et ht son testament, le 6 mars 1597, en faveur de Tristan d'Arbaud, fils de Louis d'Arbaud sieur du Baron lès-Arles, de Marguerite de Bruis. Louis d'Arbaud fut le premier membre de cette famille qui se fit protestant, vers i585.

Pierre d'Arbaud fut pourvu de la charge de capitaine d'une compagnie d'infanterie au régiment de Montpézat, par brevet délivré le 1 5 juin i65i. Peu après, il obtint du marquis de Montpézat un congé de trois mois pour se faire soigner, à cause de sa maladie. Ces détails nous sont fournis par le mss. 819, de la Bib. d'Aix, p. 217-269. Jugements de Noblesse. Tristan d'Arbaud fut confirmé dans sa noblesse, par arrêt du 5 novembre 1667, rendu à Aix. Pierre d'Arbaud, retiré du service, résidait à Nimes ; il revint se fixer à Arles, après sa conversion au catholicisme, en 1684. Il représentait alors seul sa famille, ayant perdu son frère aîné à l'armée d'Italie. Il était très lié avec Mgr François de Grignan, qui commença à ébranler ses convictions; enfin, malgré les efforts des pasteurs protestants de Nimes, Pierre d'Arbaud fit son abjuration, dont le

— /iio —

Mercure raconta les péripéties. L'éveque de Mirepoix, le duc de Noailles, gouverneur du Languedoc, le cardinal de Bon^j/y travaillèrent ainsi que les évêques de Nimes et d'Uzès. M. d'Arbaud vint à Arles peu après. Il y reçut les félicitations de ses collègues et de tous les corps constitués de la ville. M. de Sabatier lui adressa une longue épiire en vers. Il est probable que les prolestants attribuèrent des motifs intéressés à la conversion de M. d'Arbaud, car, à l'exemple de plusieurs autres, il fut amené à publier une lettre expliquant pourquoi il était rentré dans le sein de l'Eglise catholique. Cette lettre est perdue, mais son existence est hors de doute. La femme de M. d'Arbaud, zélée prolestante, l'abandonna avec sept ou six de ses enfants, ne lui laissant que sa tille aînée, dont l'attachement au calvinisme était très grand. M. d'Arbaud employa une année entière à vaincre les résistances de sa fille ; enfin, sur les instances de M""' Angélique Rose, abbesse de Saint-Césaire (V. ci-dessus p. 241 en note), elle consentit à entrer en conférence avec le Père Théophile, Ce religieux, ancien provincial des Carmes déchaussés d'Arles, était un habile théologien et un prédicateur renommé (V. ci-dessus p. 178). Il instruisit M"" d'Arbaud, et la décida à faire son abjuration, qui fut reçue, la veille de la Toussaint i685, par l'archevêque d'Arles, dans la chapelle de son palais. Le Mercure en parla longuement, dans le numéro de novembre i685, p. 285 et sqq., comme il avait parlé de M. d'Arbaud, janvier i685, p. 220-237, en reproduisant à la suite l'épitre de M. de Sabatier, p. 2^7-243 .

Nous ignorons à quelle date mourut M. d'Arbaud.

Voir Histoire des prolestants de Provence, du Comtat Venaissin cl de la piincipauté d'Orang^e, par E. Arnaud, pasteur. Paris, 2 vol. in-S", i884, passim, au suet des conversions.

to

— ni -

Gaspard de Varadier de Saint-Andiol

(V. t. ir, p. 183-196.)

On lit au Registre de l'Académie^ fol. io3, à la date de décembre 1671 : « M. de Sabbatier, directeur de ce moys, monstre un sonnet de sa manière sur la société de trois illustres de la ville d'Arles qu'il compare aux sages de l'ancienne Grèce ; on donne la pièce pour esirc examinée à MM. d'Estoublon et Bouvet. » Il s'agit d'une réunion littéraire qui se tenait chez l'abbé de Varadier, et dont M. Joseph d'Arlatan de Beaumont était membre. Le troisième était sans doute le marquis de Beynes (Pierre de Castillon), auquel plusieurs pièces des Jiivenilia sont adressées. Que M. de Beaumont en ait été, le fait est hors de doute (i). Une pièce des Juvenilia, p. 195, nous apprend qu'il excellait à expliquer Tacite, l'auteur qu'on y lisait de préférence :

« Jamque tacet Tacitus nullo tuus ore tacendus ; Hujus nani sine te gratia nulla micat... Difficiles aditus docto sermone recludis Et veros sensus sedulitate paris. . . »

^i) « M. de B. cependant tasche de son costé de parcstre académicien, lorsque les acade'miciens se reposent. 11 travaille en vers et en prose et resveille les esprits par une agre'able émulation. On voist certains volatilles dans les ruelles (au roy), etc., qui ne sentent guère l'air du Parnasse et ces MMrs ayment mieux estre accusés de leur oysifveté naturelle que d'estre les autheurs de pareilles bagatelles. » Reg. fol. g5 verso, j-uin 1671. Ceci prouve que dans Arles, on rimait en dehors de l'Académie. Joseph de Beaumont, né en 1012, était fils de F obert d'Arlatan (mort avant juin 1667), et de Hortense de Mazargucs. Il avait épousé Yolande de Constantin, le i5 avril i634. Il fut confirmé dans sa noblesse, le 28 juin ]G6j. Bibl. d'Aix, mss. 819. Cfr. Archives des B.-du-Rh.,B. i337. Joseph de Beaumont fut reçu docteur en droit, à Avignon, en ihbz.

En son absence, MiM. de Varadier et de Beynes n'arrivaient pas à comprendre entièrement l'auteur latin, dont on sait la profondeur :

« Quid quereris nostrum levitatis amore remissum

Fœdas amicitiae ? Fallcre, flamma viget. . .

lllam nec noslra tollent oblivia mente,

Fervidus hanc rénovât Castilionis amor.

Non bene per totam Tacitum pervolvimus horam

Sed tacet in multis saepius ille locis.

Te veros absente negat recludere sensus

Jpse redux rectas perge docere vias. » Juvenilia, p. 196-1(37.

Nous ne savons combien d'années dura cette réunion , mais elle existait certainement en \6y6. Y. Juvenilia, p. 21 et ci-dessus t. II, p. 193, en note. M. de Varadier était l'ami intime de M. de Beaumont et le cousin germain du Marquis de Beynes. Les nombreuses pièces adressées à ces deux personnages, surtout au premier, témoignent que Varadier les tenait en singulière estime. Il loue spécialement les vers français de M. de Beaumont :

« Gallica me rapiunt tua carmina, scribere semper Te decet, et facili nectere verba modo. « — Juvenilia p. if)fî. « Sanguine clarus eques,, clarus quoque carminé vates, Non aliis poteras clarior esse metris. » — Juvenilia p. 24(j.

11 traduisit en vers latins ses Stances chrétiennes, dont il faisait le plus grand cas. Juvenilia p. 250-259. Il y a dans les Juvenilia, 2°'" partie, p. i2-i3, des vers adressés à M. de Beaumont, le 24déc. 1680. V. les pièces à M. de Beynes, Juvenilia p. 137-140.

Le r-" mai 1620, Gabriel de Varadier (le même qui fut député aux Etats Généraux de 1614, avec Pierre Daugières), succéda à larchidiacre François de Ciaret. Il fut remplacé en 1621 ou 1622, par son cousin Gaspard de Varadier, (V. les délib. du chap. d'Arles, Archives des B -du-Rh.), mort le i" juin 1644, âgé de 33 ans. Sacristie Livre A,

fol. 107 verso. François de Varadier le remplaça et racadémicien Gaspard II, de Varadier, son cousin, lui succéda à une date que nous ne pouvons préciser. Un autre Varadier, François, était mort U 7 mai ibgo, archidiacre d'Arles. Sacristie Livre A, fol. 271 verso. Par son testament du 21 juil. i587, '^ légua 12,000 ccus d'or à Thôpilal d'Arles. Cartularium Arelatense, pièce 10, mss. 73o, de la Bibl. d'Aix. Jérôme de Varadier, docteur de Sorbonne, mourut le 3o déc. i3q5. Cfr. Bonnemant. Nobiliaire d'Arles.

Henri de Boche

( V. t. I, p. 27, 49 et 424).

« Boche. . . est une des plus anciennes d'Arles, Originaire d'Italie, elle est établie depuis plus de 35o ans en Provence. Cette noble et ancienne maison est en danger d'être éteinte, Henri de Boche, le dernier de cette famille, n'ayant point d'enfants. Il a toujours été au service du Roy, dans les armées de Sa Majesté. » Mémoires de l'intendant Le Bret. Bibl. d'Aix, mss. 259, p. 3 i5. Henri de Boche n'eut pas de postérité : il mourut le 2 octobre 1709, et fut enterré le lendemain. « Le 3 octobre 170Q, nous avons enterré dans l'Eglise métropolitaine de Saint-Trophime, M' Henri de Boche^ grand sénéchal d'Arles, âgé de 69 ans, mort dans la paroisse après avoir reçu tous les sacrements. Fait par moy soussigné : Le Blanc, prêtre de l'Oratoire. » Registre de Sainte-Anne, 1701-1714, p. 291. Cfr., Sacristie, livre A, fol. 180. Il était devenu aveugle à la fin de ses jours. Sa cousine, M"' de i^oc/z^/o;-/(i), lui avait donné la charge de sénéchal qu'elle tenait de M. de Grille. V. Une Grande Dame dans son ménage au temps de Louis XIV, d'après le journal de la comtesse de Rocheiort (1689) par Charles de Ribbe^ Paris, Palmé, in- 12,

(1) Madeleine de Porcelet d'Ubaye mariée, en iG83, à André de Brancas, comte de Rochefort.

1889. M. de Boche tit ses preuves et tut contirmédanssa noblesse, à Aix, le 4 juin 1667. Bibl. d'Aix, mss. 819, p. 92-95, Arch. des B.-du-Rh., B. i356. Son frère Louis, chevalier de Malte depuis le 3 mai i655 (en cette année i655, il était élève au collège d'Arles), mourut en 1679, et son autre frère, dernier du nom, le 24 août 1721. La chapelle de la Transfiguration à Saint-Trophime appartenait à la famille de Boche: c'est là que fut enterré Henri de Boche ; mais l'abbé de Boche, mort de la peste, fut enterré au Mouleyrès, dans la chapelle de Saint-Bertulphe, aujourd'hui disparue.

L'abbé du Tremblay

L'abbé du Tremblay était aumônier du duc de Saint- Aignan, ou frère de cet aumônier. Il ne faut pas le confondre avec le philologue Frain du Tremblay, de l'Académie d'Angers. Il ne paraît pas être venu jamais à Arles. Il mourut dans un âge très avancé. Le Mercure galant d'août 1704 raconte le mariage de M. le marquis de Circe\ grand sénéchal en Poitou, avec M'" Aiibert, fille de feu M. Aubert, introducteur des ambassadeurs près du duc d'Orléans, puis il continue : « M. l'abbé du Tremblay , grand oncle de M. de Circé, a fait à Saint-Eustache la cérémonie de ce mariage, et un discours plein d'onction et de piété et d'une vivacité peu commune à l'âge de quatre-vingtonze ans, se trouvant le seul bénéficier du royaume de la nomination du feu roy Louis XIII, qui l'avoit honoré de l'abbaïe de Mondaye et de celle de Beaulieu, en Bretagne.» p. 241 . Il nous apprend ensuite (p. 243-244J

que l'abbé du Tremblay était fils de Charles Le Clerc, marquis du Tremblay en Sologne (Voir P. Anselme VII, 63 B, II, 428), ambassadeur en Angleterre, gouverneur de la Bastille et frère puiné du P. Joseph, qui avait renoncé à ses droits, en sa faveur. Il était chanoine de Notre-Dame, dès i635.

L'abbé du Tremblay mourut en août 1704, et nous lisons dans le Mercure de septembre 1704, p. 257-258 :

« M. l'abhé du Tremblay, prestre, conseiller, aumosnier du Roy, ancien chanoine de l'e'glise de Nostre-Dame de Paris, abbé commendataire de Mondaye et de Beaulieu en Bretagne, et le seul béne'iicierqui restoitdans le royaume de la nomination de Louis XIII, mourut au commencement du mois dernier, âgé de quatre-vingtonze ans. Il esioit frère de M. du Tremblay, maître des requestes et de feue dame Marie Le Clerc du Tremblay, épouse de Louis d'Angennes (depuis le 12 février i64o, morte en janvier 1702) marquis de Maintenon, grand bailli de Chartres et du pays Chartrain, et mère de M""' la marquise de Circé dont le fils vient d'épouser M"'= Âubert et dont je vous parlay le mois passé. MM. du Tremblay et M'"" la marquise de Maintenon étoieni fils de feu M. le marquis du Tremblay, gouverneur de la Bastille et auparavant ambassadeur pour le roy Louis XIII en Angleterre et neveu ou frère du fameux Père Joseph de Paris. » Suit, p. 258 260, une note sur le P. Joseph, fils de M. Le Clerc, président du Parlement de Paris et de Françoise d'AUenas, sa première femme. Cfr. une notice sur le P. Joseph, publiée par M. Gastonnet Desfosses.

M. DE Barras

Au mois de mars 1668, l'Académie admit « M. le lieutenant de Barras » qui signa au Registre et dont il n'est plus guère question par la suite ( i ). V. Reg. fol. 5 1

(1) Sauf cependant au mois de novembre 1G69. V. t. I, p. 200.

et 52 bis. M. de Barras voyagea pendant vingt ans et vint ensuite reprendre le poste de lieutenant particulier au siège d'Arles, i5 mais 1688. Evidemment ce personnage ne doit pas être identifié avec Jean- Antoine de Barras^ chef d'escadre, mort à Marseille, en ijSo, à l'âge de 80 ans. C'est peut-être son frère. Les Barras étaient fort nombreux. Au registre des Insinuations du sénéchal d'Arles, 1670- 1678, fol. 1442 verso, arch. des B.-du-Rh., on relève, sous la date du 3i août 1675, le mariage d'Etienne de Barras de la Penne, écuyer, fils de Charles de Barras, écuyer, maréchal de camp des armées du Roy et capitaine d'une de ses galères, et d'Anne de Combet, d'Arles, avec Marie de BoucJiet, fille de Louis de Bouchet, écuyer, et d'Anne de Grifeuille, d'Arles. Not. Jacques Briançon, Simon Brunet. Insinuation signée Faucher^ lient, part. En 1643, Jean de Barras était lieutenant des soumissions. Il ne s'agit pas non plus de l'académicien. En décembre 1678, M. de BarraSf lieutenant de galère, transmit à GifFon une lettre dont nous avons parlé, t. II, p. 89 et 432-433. Il était alors sur la galère la Forte-Neu/ve, du port de Marseille. Ce Barras est sans doute Jean- Antoine de Barras. Quant à l'académicien, nous ignorons absolument la date de sa mort'. Jean-Antoine de Barras fut-il jamais membre de l'Académie d'Arles ? Nous avons tout lieu d'en douter, après un sérieux examen, et la note de la page i23 du t. I est à rectifier.

Michel Bouvet

Ha été impossible de trouver aucun détail sur I2. vie de cet académicien. Il s'agit peut-être de lui dans le pas-

sage ci-dessous du Livre de raison des Daugières : « Par contract receu par M'^ Bourdin, notaire, le i3 juillet 1696, demoiselle Anne Lafont, ma belle-sœur, a repayé à Jean Bouvet, de cette ville, la partie de maison qu'elle avoit acquise de feu Jean Saquier, vivant tailleur d'habits de cette ville,etluy a compté 1 12 1. 10 s. dont l'employ est spécifié dans ledict acte.» F. 89 verso.

Bouvet était lié avec M. Le Pays, directeur général des gabelles du Dauphiné et de Provence, qu'il proposa à l'Académie d'Arles. V. une lettre de Le Pays à Bouvet, Œuvres Nouvelles, 1671, t. II, 154-156, Grenoble, le 12 mai 1668. Suit la lettre de demande à l'Académie, 12 mai 1668, p. i57-i5g, citée dans le Registre fol. 56 avec quelques variantes, enfin le Remerciement à l'Académie, p. 160- 161, Grenoble, 12 juin 1668. Il en fut question à la séance du 18 juin 1668: « On lit la lettre de remerciement à l'Académie que M. Le Pays envoya pour sa réception, avec l'Invantaire de la noblesse des Muses qu'il a composé, et le tout remis dans l'Archive. » Registre fol. 61 .

Au mois de mai 1671, Bouvet fut chargé avec M. de Sabatier d'examiner la traduction de Part poétique d'Horace, par Corbinelli. Reg. fol. gb. iM. de Grille lui fut substitué peu après.

Le 21 juin 1Ô66, M. Bouvet fit voir une traduction de Propeice, en

vers français. Reg. fol. 4 verso. Le 3 juillet 1666, M. Bouvet montra

des stances qu'il avait fait pour se déterminer ou à l'étude ou à

l'amour, fol. 5 verso. Le ij janvier 1667, «M. Bouvet remit encore

quelques stances qu'il avoit faites depuis longtemps. » Reg. fol. 3j

verso. Le 16 décembre 1670^ Bouvet présenta à l'Académie une

épitaphe en français et une autre en latin de M. de Grille. Reg.

fol. 91. Ce sont sans doute les 12 vers latins inscrits au Reg. en

(juillet 1671, fol. 96. « Le lundy i3 (juin 1667) M. Bouvet leut la

louvelle qu'il avoit commencée de Madame de Ganges.» Reg. fol. 47

rerso. En déce nbre 1670 « M. Bouvet montre 14 vers de Properce

[u'il a traduits en autant devers françois. » Reg. fol. 91 . « M. Bou-

ret mo.ntre cinq ou six sonnets de Pétrarque qu'il a traduits mot

mot de l'Italien, le premier qui commence :

Era'l giorno ch'al sol si scoloiaro Per la pieta del suo fattore, i rai Quando fui preso : et non me ne guardai, etc.

La Compagnie les approuve, et le prie de continuer « cet honeste travail qui s^ns doubte ne sera pas ingrat au traducteur, et luy donnera bien de l'honneur, autant qu'il en promet à l'Académie. » Reg. fol. 102, octobre 1671. Il n'en reste rien. En avril 1672, Bouvet lit une traduction de vers de M. d'Abeille Sol et Rance. ({ On l'admire » porte le Registre, fol. 107.

Claude Delaistre

(V. t. Il, p. 285-288)

Nous ignorons la date de la naissance et de la mort de ce « célèbre avocat au Parlement. » Il appartenait à une famille de robe, dont le nom se retrouve souvent au bas des arrêts et des pièces de procédure.

Il vivait encore, croyons-nous, en 1701. En i6gi, il gagna « une montre à boëte d'or » à la loterie. V. Mercure de mai i69i,p. 3o8, les noms de ceux qui ont gagné des lots à la loterie de M. Turet, Le Mercure d'oct. 1699, contient la note suivante: « Mort... de Messire Pierre de Laistre, ancien chanoine de Téglise cathédrale de Tours, âgé de 78 ans. Il estoit frère de Joseph de Laistre, secrétaire du roy et du conseil royal de Sa Majesté, tous deux fils de défunt M. de Laistre, conseiller, secrétaire du roy et greffier en chef de la Cour des Aides, » p. \5b-i5j.

Recueil de l'Académie projeté

Au lendemain de la promulgation solennelle des lettres patentes (i'' juil. 1669), les diverses pièces composées, en cette circonstance, furent envoyées au

protecteur. D'autres pièces avaient déjà couru à la cour et obtenu un certain succès. Les amis de l'Académie étaient d'avis qu'il convenait de les faire iiiiprimer. Cette idée, suggérée par le duc de Saint-Aignan, ne provoqua pas, à Arles, grand enthousiasme.

« On s'entretient de l'observation regulliére des statuts et en quoy consiste cette régularité, on dict qu'elle se debvoit prendre à proportion de tout le reste sur l'exemple de l'exactitude qu'observe l'Académie fiançoise, qu'en cela comme en toute autre chose ce seroit estre téméraire de vouloir mieux faire que ce qu'elle faict. — On dict que l'Académie francese ne faisoit rien imprimer en son nom ou fort peu de chose, qu'on n'avoit presque rien veu de s:d manière despuis trante seinq ans, que les Observations sur le Cid, etc. Mais que pour de pièces des Académiciens, on en avoist veu quantité, et que ce seroit une tirannie à laquelle aucun particuliier, quelque promesse qu'il en fist, ne se soubmettroit jamais de vouloir luy deffendre d'exposer ses caprices, et qu'il estoit mesme honnorable pour l'Académie d'Arles que tout le monde fust persuadé qu'elle ne sçavoit rien et n'approuvoit rien de tout cela parce qu'enfin quelque heureux que soit l'autheur, il y a tousjours plus d'infortune à essuyer dans la publication d'un ouvrage, que d'applaudissemens à prétendre. On alegue pour tesmoins de cetle vérité, tant de petits ouvrages qui ont couru, grands jours, chansonnetes et autres petis jeux d'esprit, dont l'Académie, quoy que mère commune des autheurs, n'est nullement responsable, >> Sept. i66g. Registre, fol. 72 verso. V. ci-dessus t. I p. 2o4, en note.

Cependant le 9 du même mois, on exposa à la séance « que toute la cour avoit pris goust aux petits ouvrages de l'Accadémie d^Arles, que M. le duc de Saint- Aignan, et tous les amys pressoient encore d'en envoyer, et de mètre quelque chose en lumière. On s'entretient des pièces des particuUiers du corps qu'on avoit veues et examinées depuis plus de trois mois, et l'on conclud de faire imprimer quelque chose. » Reg. fol. 73. En marge, M. de Grille a ajouté: « Ce qui n'a point esté faict. » Les Académiciens ne se hâtèrent

pas, et, au mois de décembre 1670, « Monsieur de Cays directeur de ce mois se pleint de quoy nous n'avions point envoyé à Paris le recueil des pièces que l'Académie avoit examiné despuis plus d'un an, et qu'elle avoir jugé dignes de l'impression. » Registre fol. 91. Le voyage de M. de Grille en Italie, à la fin de 1669; la négociation de l'affiliation avec l'Académie française ; la mort du père de M. de Grille ; un refroidissement passager des relations du secrétaire avec Giffon, dont ses lettres portent la trace (éd. de 1676 p. i i-i5), firent ajourner le projet. Le Recueil était encore à Arles, en 1674, et le 24 févr., le secrétaire, alors à Paris, demandait qu'on voulût bien le lui adresser, pour le joindre à un autre recueil envoyé au protecteur l'année précédente, et que celui-ci avait donné à Barbin^ pour être imprimé. V. cette lettre t. I p. 268-269, en note. Après en avoir pris connaissance, « M. de Gageron, directeur de ce moys, trouve à propos de conserver cette lettre dans le registre, et après avoir examiné la chose il ne fust rien délibéré la des'sus de cette séance, mais seulement qu'on advizeroit entre icy et la première de ce qu'il falloii respondre, pour s'acquit^r envers Mrs les nouveaus alliez de l'Académie francese et comment résoudre la question de l'imprimé affin de tirer de pêne M'' le protecteur et les autres qui prennoient quelque interest en cette affaire. » Reg. fol. 118. A la séance suivante, la décision fut prise.

« M. le directeur de ce moys mande rassemblée extraordi nai rement ce jeudi vingtiesme du courant (mars 1674), et c'est au lieu ordinaire aux Cordelliers. Il prie ces Mss. au nombre de 10 assemblés, de voulloir résoudre la response qu'on doibt à cette lettre, à cause du despart du courrier de samedi. Le s"" Giffon est chargé de respondre à M. le secrétaire^ et le prier de la part de la Compagnie de continuer son zelle paur la gloire de l'Académie, qu'on laissoità

sa prudence le soing de cette impression, qu'au reste les trois conditions qu'il avoit apportées avoint paru très judicieuses à l'assemblée, et que si elles estoint régullièrement observées, tout le monde auroit subjet d'estre contant. On prie encore M. Giffon d'escrire à M. Charpentier de la part du corps, pour le prier de vouloir examiner ces ouvrages et les honnorer de sa fraternelle critique, et cependant qu'on recueilleroit tous les petits vers, prose, historiettes, dissertations des particulliers, pour les envoyer à Paris, le sieur Giflbn se charge de ce soin-là. » Reg. fol. ii8.

L'affaire en resta là : l'Académie ne fit rien imprimer ; mais, en 1 6j6j parurent chez Barbin les Lettres de Monsieur le Marquis de ***, escrites pendant son voyage dLtalie en i669. A la suite du volume, sont insérées plusieurs pièces de Fauteur, M. de Grille, et de ses collègues d'Arles. Il y en eut une édition en 1677, et le nombre des pièces y est plus considérable. Ce volume est intéressant, non-seulement parce que M. de Grille y donne, dans ses lettres, nombre de détails curieux sur Rome et sur Florence, mais encore parce qu'il a conservé plusieurs des productions de l'Académie d'Arles. C'est bien de ce volume qu'il s'agit dans la lettre du 24 février 1674, citée t. I, p. 268-269, en note. Dans sa lettre au duc de Saint-Aignan, en tête du volume, Barbin s'excuse d'avoir ravi ce manuscrit au duc et il ajoute : « Il n'eust pas été juste que vous « eussiez gardé ce petit thrésor aussi soigneusement « que les plans qui vous sont confiés. » M. de Grille relève précisément ces mots : Petit thrésor .

A la fin, oalit ceci : u U Imprimeur an Lecteur. J'ay encore entre les mains plusieurs excellentes poésies du mesme autheur ; mais comme elles ne pourroient pas entrer toutes dans ce volume, et que je n'ay pas osé en faire le choix, j'ay jugé à propos de finir icy cette première édition, en attendant que j'aye rcceu quelques nouvelles pièces, qui avec celles que j'ay déjà, pourront faire un troisiesme volume que j'auroy soin de vous donner le plustôt qu'il me sera

possible. » L'éd. de 1677 est un peu augmentée, mais comme celle de 1676, elle ne comprend que deux parties en un même tome. Le 3° vol. ne parut jamais. M. de Grille dans sa lettre déjà citée rappelle qu'il avait envoyé son ouvrage au duc de Saint-Aignan, par les ordres de l'Académie. Or, en juillet 1677, ce volume fut déposé aux archives de l'Académie, qui semble d'après le Registre, rédigé il est vrai par M. de Grillle, n'en pas connaître l'auteur. V. t. I, p. 202.

Santeuil et l'Académie d'Arles

Au mois d'avril 1676, Charpentier envoya à TAcadémie dArles, par l'entremise du marquis de Châteaurenard, son livre de la Défense de la langue française, avec cette dédicace de sa main :

« Pour l'Académie royalle, par son très humble serviteur. — Charpentier. »

En même temps, TAcadémie reçut l'Elégie latine de Santeuil (i) sur cet ouvrage. Elle fit déposer le tout

(i) Jean de Santeuil ou Santeul, naquit à Paris, fit ses études à Sainte-Barbe, puis à Louis-le-Grand, entra à 20 ans chez les chanoines réguliers de Saint-Victor, reçut le sous-diaconat et s'en tinta ce premier pas. Ses oeuvres poétiques sont assez connues et ont été publiées en 1624. (V. Journal des Sçavans du 29 mars i6g4, p. 145, en i69B,et en 1729). Il mourut le 5 août 1697, à Dijon ; ses restes furent ramenés à l'abbaye de Saint-Victor, d'où ils furent transportés à Saint-Nicolas du Chardonnet en 1818. (V. L'Ami de la Religion, t. i5, p. 27. V. sur Santeuil, deux articles de Sainte- Beuve dans l'Athenœum français, i'"'' et 8 septembre i855 ; les Etudes sur la vie et les écrits de Santeuil, par l'abbé Bonnetty (Annales de Philosophie chrétienne, i854); Santeul ou la poésie latine sous Louis XIV, par M. Montalent-Boiigleux , Paris, Dentu, i855 ; Vissac, la Poésie latine en F'rance, au siècle de Louis XIV, Durand, Paris 1862, in-8°; G<3{/^r, Etude sur Santeul ; Santeuillana ou les Bons mots de M. de Santeuil avec un abrégé de sa vie. La Haye, Joseph Crispin, 1708, in-12).

dans ses archives, en spécifiant que le livre de Charpentier ne pourrair être prêté qu'aux académiciens. Elle remercia Charpentier de cet envoi gracieux, et ce fut M, d'Abeille « nouveau venu et ancien maistre en l'art d'écrire » qui rédigea la lettre.

On lut deux ou trois chapitres de ce livre, « ce qu'il faut pour le comprendre » le lo d'avril, et le 24 on admira de nouveau « le dessein et le courage de ce digne autheur, l'élégie de M. Saincteuil est encore digne d'admiracion, soit pour la douceur et la beauté du vers, soit parce qu'il comprend dans 60 vers latins, ou peu davantage, toutes les pensées, les preuves et l'intention dudict livre.» Registre de l'Académie, fol. 144.

On est étonné de voir Santeuil, le premier des poètes latins modernes, applaudir aux attaques de Charpentier contre la langue latine, et l'auteur de tant d'inscriptions latines gravées sur les monuments de Paris se déclarer si nettement en faveur du français ; aussi n'était-ce qu'une feinte. L'ode dédiée à Charpentier n'était d'un .bout à l'autre qu'une ironie, ironia tam elegans ut adversarius ea deceptiisfuerit. Charpentier s'y laissa prendre et mit ce compliment en tête de son livre. M. de Bellièvre, dans une lettre à Santeuil, détrompa le trop confiant Charpentier et lui décocha quelques vers assez caustiques.

L'Académie d'Arles, au premier moment, ne découvrit pas la plaisanterie, et M. de Grille traduisit même l'ode de Santeuil en vers français, pour le remercier de ses éloges à Charpentier, et inséra cette traduction dans son volume de Lettres {1677, P- ^Si-Sgo) (i).

(1) L'ode ou l'élégie en question, avec la traduction de M. de Grille, la lettre et les 8 distiques latins de M. de Bellièvre se trouvent dans les œuvres de Santeuil : Joannis Baptistœ Santolii

L'Académie finit sans doute par reconnaître son erreur, aussi fut-elle sévère pour Santeuil, lorsque celui-ci lui envoya, de l'abbaye de Saint-Victor, une ode latine, au mois de novembre 1682.

« On lict une ode qu'envoyoit à l'Académie royalle le sieur Santeuil, chanoine reguUier de Saint-Augustin, et M. le secrétaire lit la lettre du dict, qu'on a trouvé bon de mètre dans le registre, pour faire voir l'estime quç faict du jugement des Académiciens, le premier ou le meilleur de tous nos poètes latins.

a Messieurs, je vous envoie une ode qui m'a esté commendée par la cour, le roi a donné ordre à la plus belle plume de l'Académie françoise de la traduire pour l'envoyer à toutes les provinces. J'ai creu, Messieurs, estre obligé de vous le présenter, comme à des personnes bien connessantes, je ne sçay pas si je seray bien receu, parce que W de Périer, de vostre province, a consigné 3o louis qu'il effacera cette pièce par un plus belle. L'argent est consigné de par et d'autre. Voicy une guerre qui va donner de divertissement au Parnasse, nous attendons l'accouchement de Tode rival le jour de l'an. Je suis, Mrs, vostre très humble serv.

De Santeuil chan. reg. de Saint-Augustin.

« On rit un peu de celte manière négligée dont ce grand et fameux autheur se sert dans son stille épistolaire. On ne comprend point s'il fait ode fémenin ou masculin, car tantost il dict une, et ensuite un ode rival. La nouvelle de M' de Périer qu'il donne est une ga^eterie dont on n'avoit que faire, s'il n'eust eu le dessein de faire comprendre qu'il estoit en estât de faire des jaloux et des envieux, et cette lettre quoyque d'un stille fort commun peust instruire le lecteur de cette histoire Académique de plusieurs choses,

victorini OY'evum omnium editio tertia in qua reliqua opéra nondum conjunctim édita reperiuiitur, Parisiis, apud Spiritum Billiot, via Citharea, vu1go de la Harpe, ad insigne civilatis Parisiensis 1729, cum privilégie régis, in- 12, t. II, p. i43 i5i. L'ode est intitulée: Libro F. Francisci Carpentarii vit academici de arcii tt^iumphali gallice inscribendo applaudit Santolius Victorinus. Ironia tam elegans ut adversavius ea deceptus fuerit. Elle comprend 38 distiques. La traduction de M. de Grille a 102 vers.

entre autres que les grands autheurs ne le sont pas généralement pour tout et que M. de Santueil n'auroit pas tant de réputation qu'il en a s'il faisoit ses vers aussi rampants que sa prose. On lit l'odJe latine qu'il desdie au s'' Pellisson et la traduction de cette odde en bon françois, par un excellant homme qu'on croit estre M. Charpentier. On demeure d'accord du mérite de l'un et de l'autre de ses ouvrages, mais on ne doubte point que la copie Françoise ne l'emporte sur le latin original pour le tour de la phraze, que le traducteur accommode si juste aux manières du temps, et pour tout le reste, il a esté délibéré de mètre et de garder cet imprimé dans la petite archifve. » Registre, fol. 218, verso. Nov. 1682.

Il n'en est plus question. Les Académiciens d'Arles semblent n'avoir pas compris la Ga{ete?'ie de Santeuil. Le pari en question fut réellement fait, et les deux rivaux Santeuil et du Périer consignèrent 10 pistoles entre les mains de Ménage, qui devait les donner à celui des deux qui ferait la plus belle ode. Ménage se prononça en faveur de du Périer et composa un Epicediim badin sur cette dispute, inséré dans les œuvres de Santeuil, éd. de 1729. Les poètes mécontents en appelèrent au jugement du P. Rapin. Celui-ci les renvoya dos à dos, en leur déclarant que leurs vers ne valaient rien et qu'il était honteux de montrer tant de vanité. Puis il jeta l'argent de leur pari dans le tronc des pauvres. Ce n'était, en effet, que pure vanité : Charles du Périer venu jeune à Paris s'était lié avec Santeuil et ensemble ils avaient cultivé la poésie latine. La jalousie de métier se glissa entre eux et ils se reprochèrent mutuellement leurs services. Du Périer prétendait avoir appris à Santeuil les règles de la poésie, et ajoutait : « Pœnitet me fecisse hominem. » Santeuil de son côté prétendait ne devoir rien qu'à luimême et déclara un jour (vers la fin de 1682), en dînant chez Ménage, que les vers de du Périer ne valaient rien. Du Périer s'emporta et provoqua son rival à une

sorte de duel poétique. V. La Mejiagiana^ éd. de lôgS, p. 14, 66^ 86 et 110. Cfr. Journal des Sçavans, 8 mars i683, p. 60. Du Périer, comme Santeuil, avait un réel talent. Il remporta le prix de poésie à l'Académie française, en 1681, mais il était d'une vanité excessive, et c'est de lui que parle Boileau dans le chant IV de l'art poétique :

a Gardez-vous d'imiter ce rimeur furieux,

Qui de ses vains écrits, lecteur harmonieux,

Aborde, en récitant, quiconque le salue

Et poursuit de ses vers les passants dans la rue. »

Les œuvres de du Périer n'ont jamais paru en volume. Il mourut pauvre, à Paris, le 28 nov. 1692. V. Goujet Bibl. Franc, t. XVIII, p. 3io-3ii. Cfr. cidessus t. III, p. 10, note I.

M. DE Chateaurenard

(V. t. I, p. io3 et sqq.)

Nous avons relevé son acte de baptême, dans le Registre des baptêmes de Saint-Sauveur d'Aix, 1621-1Ô37. Il est placé entre le 25 et le 27 avril 1627, mais en marge du 10 mars, on lit : « Nota que au feuillet neufviesme cy-après est le baptesme de François-Félix d'Aimar du X mars. » Le voici : « Notta. François- Félix^ fils à M. François d'Aymar cons. du Roy et président de la cour des comptes et à d" Anne de Brés, été baptisé le 10 mars de l'an 1627, le par. M. Jean François d'Aymar, la mar. D. Marguerite d'Audibert. Jaiilet, curé. »

Il mourut probablement à Avignon. « L'Académie royale d'Arles, qu'on peut dire la sœur de l'Académie

Françoise, et qui jouit des mêmes honneurs et des mêmes privilèges, vient de perdre M. le marquis de Chasteaurenard, ancien capitaine au régiment royal, qui s'est distingué par sa valeur dans plusieurs campagnes, comme dans les Académies par son esprit et par ses harangues également éloquentes et agréables. » Mercia^e Galant de juin 1695, p. 57.

Il rendit bien des services à l'Académie d'Arles : nous avons eu occasion d'en parler, dans le cours du récit. Le 8 mai 1675, il fut admis avec Giffon aux honneurs de la séance de l'Académie française, (v. t. I p. 292-293). M. de Sabatier composa un madrigal à cette occasion (Reg. fol. i32). Le 28 mai 1675, l'Académie d'Arles écrivit à l'Académie française, pour la remercier (Reg. fol. i3o verso). M. de Grille la fit tenir à M. de Châteaurenard, qui la remit à destination, et le 5 août, on lut à la séance la réponse de Conrart, que nous citons t. I, p. 294-295, avec la lettre de M. de Châteaurenard qui l'accompagnait.

Les deux pièces furent déposées aux Archives et transcrites au Registre. Voici la « lettre de M. le marquis de Chasteau-Renard à Mrs de l'Académie Royalle à Arles, » que nous n'avions pas reproduite :

« Messieurs. M. le M'' de Robias m'ayant adressé une lettre de vostre part pour Mrs de l'Académie françoise, en remerciment de la grâce que cet illustre corps venoit de faire au nostre, je croirois manquer à mon devoir si je ne vous faisois pas connestre tout ce que j'ay faict pour obehir à vos ordres et respondre à la passion et lu zelle qne j'ay pour les iniérests de nostre Compagnie. La res- )onse exacte et obligente que ces Mrs. vous font et que vous recerrés par ce courrier vous marque assés Testime que cette fameuse issemblée a pour la nostre, et le plaisir qu'elle prend à nous obliger et à nous combler lous les jours de nouvelles faveurs. Je ne rous parle point de l'honneur que M. Giffon et moy reçeumes de :es Mrs et qui couvre nostre corps naissant d'une gloire immor-

telle, croyant bien que nostre cher confrère vous en aura faict un fidelle récit, avec plus d'éloquence que je ne saurois faire, mais comme sa modestie ne luy aura pas peut-estre permis de vous parler de ce qui le regarde, je ne puis vous taire sans trahir la vérité ce que j'en ay vku et ouy moy-mesme. Le sieur de Giff'on s'acquist une si grande estime parmi tous ces Messieurs, le jour que nous fumes admis et luy et moy dans leurs séances et il y parla sy juste et sy à propos, enfin il pieu si fort à toute l'assemblée qu'ils ne peuvent se lasser présentement de m'en parler et de me dire que si tous les subjets de nostre Académie sont à peu près de sa force, nous fairons dans peu un grand bruit dans le monde. Mrs de Corneille entre autres et M"' de Charpentier en font grand cas, ce dernier luy envoie par ce mesme courrier quelques pièces, par où il prétend de commencer d'establir avec vous, et avec luy, un commerce réguUier. Je suis obligé encore de vous dire avec quel empressement, le dict sieur de Charpantier a faict valloir le nostre auprès de cet illustre corps, et le soing qu'il s'est voulu donner de rendre lui-mesme voslre letre. Il escrit à M. le M'-' de Robias l'applaudissement qu'elle cust dans l'assemblée et la manière prompte et obligente avec laquelle elle en ordonna sur le champ la response. Il l'a sollicitée despuis avec chaleur, et comme j'ay tousjours esté avec luy, je ne puis vous desguizer son zelle, ny les obligations que nous luy avons. Vous connoistrez le mien dans toutes les occasions où vous voudrés m'honnorer de vos commendements. Cependant, faictes moy la justice de vouloir estre persuadés que je suis avec une extrême passion, Messieurs, vostre très humble et très obéissant serviteur et confrère. »

« d'Aymar Chasteau-Renard. »

Elle est datée de Paris 1 5 juillet 1675. Reg. fol. 134 verso et i35.

Au mois de nov. 1676, on lut une nouvelle lettre de M. de Châteaurenard qui était à Paris et revenait de l'armée ; elle est relative aux inscriptions de l'obélisque et simplement analysée au Registre, fol. i53.Le 18 mars 1677, il était devant Valenciennes, et envoyait à ses collègues une relation du siège de cette ville. En voir l'analyse au Registre, fol, i56 verso, citée ci-dessus, t. ï, p. 336 en note. En se rendant en Flandre, il était passé par la Normandie et, à la date du 16 février

1677» il ^st parlé d'une lettre fort curieuse qu'il écrivait à ses collègues :

« Le 23 febvrier (1677) jour de lundi dans la sale ordinaire de l'Académie on faict lecture de la lelre de Mr le marquis de Châteaurenard. M. M. d'Esloublon secrétaire dict qu'il a esté prié par ce cher confrère de témoigner à l'assemblée l'amour et le zelle de cet absent qui ne se démentira jamais. Cette lettre fait mention des honnêtetés que le dict Chasteau Renard a receu dans Caen en Normandie, en qualité d'académicien de la Royalle d'Arles, entre autre choses que M"" de Segrais, qui s'y trouva avoit dict que cette accadémie avoit l'avantage sur toutescelles du royaume d'estre l'unique et véritable sœur de celle de Paris, que les autres n'avoient point une alliance aussi prochaine et ne pouvoient point se qualiffier comme elle la sœur de l'Académie fiançoise. » Reg. fol, i55. L'Académie de Caen est une des plus anciennes.

En mai 1677, on lit une lettre de M. de Châteaurenard, racontant la bataille de Cassel, où il s'était trouvé. On la déposa aux Archives^ ne pouvant la transcrire à cause de sa longueur.

« Cette lettre faict un destail sçavant de la deffaite des troupes ennemies, de la conduite de nos généraux, de la discipline de nos françois, et parle d'un stille à faire connestre son autheur pour un brave qui a payé de sa personne et a veu et faict une partie des actions qu'il raconte. » Reg. fol. iSq.

Esprit de Modène

Né le 19 oct. 1608, il mourut le i" décembre 1673, et fut enterré dans l'église de Modène (Vaucluse), où l'on voit encore son inscription, rétablie en 1881 (i).

Il nous semble bon de citer ici le fameux sonnet de cet académicien sur la Passion, dont il y a une traduc-

(i) Histoire de Modène par M. l'abbé Prompsault, in-8°, p. 36. 5. Cfr. M. de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart, par Henri Chardon, Paris, in-S", 1886, p. 260 et sqq.

tion dans les Juvenilia de Gaspard de Saint-Andiol. Il lui était peut-être adressé et, en tous les cas, il fut le premier à le publier, sans donner toutefois le nom de l'auteur (1679). Juvenilia, p. 264-265. Texte et traduction. On sait que les divers écrivains qui l'ont reproduit, prétendent qu'il fut publié, pour la première fois, i5 ans après.

Page 1