‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 4 sur 35 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'Académie d'Arles de 1684 à 1687. — Norices sur MM. Marc- Antoine Chalvet, Antoine Magnin, Claude Terrin, le P. Albert Daugières. .

Au mois de mai 1681, après une longue absence de M. de Grille, durant laquelle la rédaction des comptes rendus avait été absolument négligée, M. d'Arbaud s'en plaignit vivement. « M. d'Arbaud a dict que quand ce ne seroit que pour faciliter l'ordre historique à quelqu'un de la compagnie que le ciel inspirera d'escrire l'histoire de l'Académie Royalle, il semble absolument nécessaire de continuer les mesmoires de chacque mois et de charger le Registre, aussi bien de ce qui s'est faict en son absance de la ville, à l'esgard des assemblées, que de tout ce qui s'est passé à la cour durant huict mois, peu s'en fault, que les affaires l'ont arresté au dehors (i). » M. de Grille fut prié de prendre le soin « d'illustrer le Registre des Mémoires qui ont

(1) Registre de l'Académie, fol. 195, verso. Siir l'importance du Registre, voir t. I, p. 341, et t. U, p SyS, en note.

(Quelque relacion avec T Académie. » Il se conforma aux vœux de ses collègues, mais le Registre que nous possédons s'arrête au mois de ma' 1684, et nous le déplorons d'autant plus que nous y avons fait plus d'emprunts. Désormais, il nous faut glaner les renseignements de côté et d'autre, et la moisson ne sera pas abondante. Nous recueillerons quelques faits isolés el ce sera tout : ^a trame de l'histoire est brisée et, malgré nos recherches, nous n'avons pu réussir à la reconstituer. Durant les années i 683-t 686, divers académiciens prirent successivement part à la querelle relative à l'attribution véritable de la statue de femme en marbre blanc, trouvée en i65i, dans les ruines du Théâtre romain d'Arles (i). Le Registre est très sobre de détails sur ce point, car la principale préoccupation de l'Académie d'Arles était l'alliance avec l'Académie de Nîmes enfin heureusement conclue, en mai 1684, au moment même où se termine le Registre (2).

Avant d'aller plus loin, il ne sera pas inutile de se rendre un compte exact de la situation de l'Académie. Elle se composait, en mai 1684, ^'^^ moins quarante membres, tant académiciens qu externes. Notons de suite que les externes étaient presque aussi nombreux que les académiciens proprement dits.

( I ) V. la note i de la page 5o, 1. 1, et, à la fin de ce volume, les pièces justificatives, où nous consacrons à cette querelle une étude spéciale, d'après les documents.

(2) Voir t II, le chapitre IX en entier.

M. l'abbé de Beaujeu avait quitté Arles, en i683 ; M. l'abbé de Barréme était fixé à Aix, depuis 1677, par sa charge de conseiller au Parlement ; M. de Roubin habitait ordinairement le Pont Saint-Esprit ; M. de Châteaurenard, retiré du service, était fixé à Avignon, mais faisait de longs séjours à Paris; M. de Beaumont, âgé, malade et veuf, passait de longs mois à sa campagne ; M. de l'Estang résidait à Aix ; M. de Venel à Aix ou à Paris ; M. de Castillon avait au moins un pied à terre à Aix, puisqu'il fut, en 1680, consul de cette ville et procureur du pays de Provence ; M. d'Arbaud ne fuisait à Arles que des apparitions; il en était de même de M. de Montcalm, de Ferrier établi à Paris depuis 1675, de M. l'abbé de Chambonas, évéque de Lodève, depuis 1670, de M. l'abbé Abeille qui ne quittait guère la Normandie, etc.

Le PVinay était au couventd' Avignon, depuis 1673, et peut être même était-il mort, depuis 1679 ; nous ne savons rien du P. Rupé M. de Modène était mort le i^f décembre 1673. Parmi les académiciens qui faisaient à Arles leur séjour habituel, les abbés Flèche, du Port, de Boche, Verdier, Sabatier, étaient souvent absorbés par leurs fonctions ecclésiastiques ; Giffon était pris par sa famille et sa clientèle ; MM de Varadier, de Barras, de Boche, de Vachères, les deux Barréme, MM. de Bouvet, de Cays, de Romieu, de Gageron, de Sabatier étaient, pour la plupart, plus libres de

leur temps et les séances de l'Académie les trouvaient peut-être plus assidus. D'autre part, M. de Beaumont et le groupe de ses amis dissidents avaient fini par oublier leurs griefs, et les divisions que nous avons constatées, en 1682, avaient cessé (i).

M.Jacques de Grille qui avait résigné, en mars 1674, les fonctions de viguier (2) ei pris celles de sénéchal, s'absentait quelquefois, mais il restait l'âme du'« petit corps ». A vrai dire, la situation de l'Académie n'était pas mauvaise. Les membres fondateurs étaient encore en vie, et avaient à cœur de ne pas laisser périr leur œuvre. Ils avaient triomphé des obstacles et des résistances (3). Les adhésions étaient venues nombreuses et

(i) Registre de l'Académie, fol. 212 verso. Cfr. t. II, p. 383.

(2) En faveur d'Etienne de Meyran. Voir i. II, p. 173. en note. Cfr. Ms 807, année 1674. M. de Grille était sénéchal, en 1676.

(3) « M. N. adict que ce ne seroit pas sans pêne qu'on se defferoit de l'envie en cette conjoncteure (la question de l'obélisque) que les anciens amis de l'Académie se destachoient depuis peu, pour quelque vil intérest, et que les déserteurs faisoient à peu près autant de mal à cet illustre corps que les renégats faisoient aux chrétiens et les moines relaps à la religion catholique, mais qu'il falloit s'unir pour la justice de cette cause avec d'autant plus d'ardeur que l'envie tesmoignoit de haine et malice. » Séance du 6 août 1676. Registre de l'Académie, fol. i 5 i verso.

Le i5 mai i6S3, la séance se tenait chez GifFon et iM. d'Arbaud, directeur, prit la parole : « Il loue les exercices académiques, il soustient le renouveau de l'Académie, si l'on peust ainsi nommer la résipiscence de tant d'honnestes gens qui marquent par leur retour Sii repentir des esloignemens esfroyables qu'ils ont eu pour un ouvrage si beau, si honneste, si chrétien, si estimé du monarque, sans parler de tous les honnestes gens du royaume. » Registre, fol. 224 verso, V. t. Il, p. 3ii. Il y a dans

importantes ; l'Académie était consacrée par \S années d'existence, et son avenir semblait assuré. Le duc de Saint-Aignan vieillissait, mais son activité n'était pas diminuée, et ses encouragements soutenaient le zèle des académiciens d'Arles.

De 1684 à 1687, ceux-ci s'adjoignirent plusieurs nouveaux collègues, sur lesquels nous devons donner quelques détails.

Marc-Antoine Chalvet, originaire de Riez, était un avocat de grand talent. Il s'établit à Marseille, où il se maria, et se fit un nom dans le barreau.

Nous ignorons la date de sa naissance aussi bien que celle de sa mort, mais dès 1676, il était assesseur de la ville de Marseille, et remplissait avec éclat cette importante fonction (i). « Aucun Marseillois n'a peut

ces paroles une allusion aux préventions qui accueillirent l'Académie, et aussi à M. de Beaumont et à ses amis, traités de déserteurs, le 23 mai 1682. V. t. II, p. 383, Registre, fol. 212, verso.

(i) Marc-Antoine Chalvet fut assesseur en 1676 et i685. L'assesseur devait être choisi parmi les docteurs et les avocats. Il était chargé spécialement des affaires contentieuses de la communauté. Il prenait rang immédiatement après les consuls. « Q.uant à l'assesseur, dit le règlement de la maison commune du 6 oct. i5S5, il pourra être fils de famille, de l'âge de 25 ans et retourner en même charge de cinq en cinq ans, pour la nécessité et petit nombre de docteurs et avocats qui est en ladite ville. » Il avait 5o écus de gage, et portait la robe écarlate avec le chaperon.

11 était nommé, comme tous les officiers municipaux, le jour de Saint-Simon et Saint-Jude, 28 octobre.

D'après le règlement du|i8 décembre i65i, l'assesseur devait être âgé de ?o ans, originaire de Marseille ou marié avec une

être réuni tant de talens ensemble que celui-ci ; sçavant jurisconsulte, excellent avocat, orateur pathétique, poëte naturel, bon critique, écrivain poli et sçachant manier clignement toute sorte de sujets. C'est dommage que les grandes et presque continuelles occupations de sa profession ou sa modestie ne lui ayent pas permis de publier les différents fruits de son amour pour la belle littérature. Quelques recherches que j'aie pu faire, je ne sçaurois parler ici que de l'éloge du feu Roi qu'il prononça dans l' hôtel-de-ville de Marseille, le 2 décembre i685, à l'occasion de la statue équestre de ce grand prince, que la ville avoit projette de lui ériger et que le fameux P. Puget, devoit jetter en Bronze. Son discours fut imprimé à Marseille ch^z Pierre Mesnier, presqu'en même temps ; mais il est aujourd'hui fort rare : en voici le titre : « Eloge du Roi Louis XIV ou discours sur la proposition d'ériger une statue équestre à S. M. dans Marseille, prononcé dans la grande salle de l' hôtel-de-ville par M. Marc Antoine Chalvet, avocat au Parlement, de l'Académie Royale d'Arles, et assesseur de Marseille. La lettre que

Marseillaise. II ne pouvait être réélu que six ans après sa sortie de charge. Il devait être pris du corps des avocats de la ville. L'assesseur se rendant à Aix pour les procès et affaires de la ville recevait cinq livres par jour « pour le remboursement de sa dépense et vacati'ons. » Voir les différents règlements municipaux cités dans l'Histoire des actes et Délibérations de la municipalité de Marseille, par MM. Méry et Guindon, t. V, p. 455-5og.

les échevins écrivirent au roi sur ce sujet est imprimée à la fin de ce discours, on sent bien qu'elle est de la même main : l'un et l'autre mérite de passer à la postérité (i ). »

On dressait, dans les grandes comme dans les petites villes, des statues ou des bustes à Louis XIV, et Vertron a conservé dans son Recueil, Ludovicus magnusy vir immortalis (Arsenal B. L., 3567 bis), le souvenir de cet enthousiasme général. Sur la proposition de J. B. de Grignan, coadjuteur d'Arles, les Etats de Provence assemblés à Lambesc, en i685, avaient décidé l'érection d'une statue à Louis XIV, dans la ville d'Aix. Ce dessein ne fut jamais mis à exécution (2).

(O Marseille sçavante, ancienne et moderne, lettre écrite par

M. D. L. R. à M. R., dans laquelle, à l'occasion de la nouvelle

Académie, il est parlé de l'ancienne Académie de Marseille et des

Marseillois qui se sont distingués dans les sciences et dans les

beaux arts. Mercure de France, décembre 1728, p. 2809-2846.

La notice sur Chalvet est p. 2839-2840 , et commence par ces

mots: « Marc Antoine Chalvet, avocat, assesseur de Marseille en

1676 et 1688, de l'Académie Royale d'Arles. Aucun Marseillois, etc.. »

(2) Voir Lettre écrite au roy par M. le coadjuteur d'Arles au nom de l'assemblée du pais de Provence, pour suplier Sa Majesté d'agréer que la Province fasse ériger sa statue dans la ville d'Aix, comme la capitale de ladite province. A Lambesc, ce 2 i novembre i685. 4 p.,in-4. Bibl. Méjanes, Recueil de Pièces de Provence, 2797Ô, pièce 37. Cfr. une lettre du même, dans \q Mercure Galant de ']a.n\'\er 1686, p. là II, Ed. de Paris. (Lambesc, 20 novembre iC85). Dans la dédicace de ses Antiquité^, Séguin déclare que Mgr J.-B. de Grignan fut « le premier mobile du grand dessein qu'on a d'ériger dans la capitale de cette province la statue équestre du plus aymablede tous les maîtres et du plus grand

La ville de Marseille venait de faire reconstruire son Hôtel de ville, devenu insuffisant. Les consuls avaient fait graver dans la grande salle une pompeuse inscription, à la louange de Louis XIV, et fait frapper une médaille en son honneur. Non contents de cette marque de leur zèle, les Marseillais projetèrent d'élever une statue équestre à Louis XIV. Pierre Puget avait déjà travaillé beaucoup à l'embellissement de la ville. En i685, le conseil le chargea de tracer le plan d'une place royale, au centre de laquelle serait érigée la statue du roi en bronze. Puget se mit à l'œuvre. D'après ses vues, la place devait être aménagée au sommet du Cours, mais des dissentiments se produisirent au sein du conseil et le projet fut abandonné. La statue ne fut jamais fondue, et en 1760 seulement, on établit la Place Royale, actuellement Place de la Bourse (i). On peut

de tous les roys. » Séguin rédigea même une fort belle inscription latine pour cette statue. Elle se trouve p. 48 et dernière, 2" partie des Antiquitez d'Arles, 1687.

(i) Cfr. Histoire de Marseille par Augustin Fabre, 2 vol. in-8, 1829, t. II, p. 3i4 et sqq. L'hôtel de ville fut élevé de 1416 à 1557, sur l'emplacement actuel. En j653, fut posée la première pierre de l'édifice qur subsiste encore et qui fut achevé en 1657. Les Archives de Marseille possèdent tous les actes concernant l'achat du sol et les différentes constructions de l'hôtel de ville depuis 1415. MM. Aiéry et Guindon les ont analysés, dans leur Histoire de la commune de Marseille, t. V, p. 394-40^. Puget travailla au plan de cette construction, mais on ne suivit pas toutes sés'idées, par suite des dépenses que leur réalisation aurait çntraînées. Le grand artiste s'en plaignit vivement.

regretter que le plan de Puget n'ait, pas été réalisé, et que le beau zèle du conseil de i685 se soit vite refroidi. Le discours de Chalvet est inséré au Mercure Galant de février t686, 2*^ partie, p. 49 à 74 II est donné comme modèle, dans les Harangues de Vaumorière (i). L'édition de Pierre Mesnier est aujourd'hui presque introuvable. Il y en a cependant un exemplaire incomplet à la Bibliothèque Méjanes (2).

(i) Pierre d'Ortigiies, sieur de Vaumorière, naquit à Apt, d'une vieille famille de cette ville. De bonne heure, il vint à Paris oîi il se fit une brillante réputation. M"* de Scudéry composa son éloge, publié en tête des lettres de Vaumorière, Edit. de 169g. Esprit fécond et primesautier, il réussit dans tous les genres. Il fut vice-directeur de l'assemblée, dont l'abbé d'Aubignac était le directeur, et Gabriel Guéret le secrétaire. On assure qu'une partie des Harangues sur toutes sortes de sujets, avec l'art de les composer, Paris, in-4, 1687, est le résultat des travaux de cette assemblée. Il y en eut deux autres éditions successivement augmentées, Paris, in-4, ^^gS et lyiS. M. d'Ortigues mourut en lôgS, et le Mercure mentionne sa mort. Il connaissait, sans doute, Chalvet, puisqu'il publia son discours, au t. IV, p. 283 et sqq., de son recueil, avec ce titre : « Harangue d'un magistrat de police, pour proposer, dans un hôtel de ville, de supplier très humblement le roi de permettre qu'on élève sa statue dans une place de la même ville. » Et en marge, il est dit que c'est M, Chalvet, assesseur de la ville de Marseille, de l'Académie d'Arles, qui a fait cette harangue, qu'il était de Riez, qu'il s'appelait Marc-Antoine^ et qu'elle fut prononcée en i685. Voir Dict. des Hommes Illustres de Provence, t. II, p. 28-3o, Gouget, Bibliothèque Françoise, t. II, p. 439-441 . Vaumorière avait composé quelques-unes des Harangues de ce Recueil, qui lui fait honneur.

(2) Eloge du Roy Louis XIV, etc., à Marseille chez Pierre Mesnier, imprimeur de Monseigneur de Vendôme et de la ville et marchand-libraire, à la Loge, i685, in-8. Auteurs Provençaux, Recueil 7^8 bis, R. D. Il n'y a que le titre et quelques pages,

Le P. Bougerel assure que Chalvet fut reçu à l'Académie d'Arles, en i685, et il est constant qu'à la fin de cette année, il faisait partie de cette société. Il avait plus d'un titre à cette distinction et Bougerel, mieux renseigné que le correspondant Marseillais du Mercure, nous a laissé une liste des productions de Chalvet, dont la première imprimée remonte à 1677. Poète à ses heures et versificateur élégant , Chalvet concourut en 1681, pour le prix de poésie de l'Académie Française. Son heureux concurrent fut le provençal Du Périer (i), mais la pièce de Chalvet fut cependant

(i) « De Paris, le 3o aoust i68r. Le 2^, fesie de Saint-Louis, Roy de France, l'Académie Françoise la célébra dans la chapelle du (Château du Louvre, et l'abbé Anselnne prononça le Panégyrique du Saint, avec l'applaudissement de la compagnie. Le mesme jour, elle distribua les prix d'éloquence et de poésie: Le premier fut donné au sieur de Toureil, fils du feu procureur général du Parlement de Tholose ; et le second au sieur Du Perier, gentilhomme provençal, si connu par ses vers latins et françois. » Gazette de France, n° 79.

« Du Périer. C'est un jeune homme qui fait bien des vers latins. Il esi gentilhomme provençal et neveu de ce M. Du Périer à qui Malherbe a adressé ces belles stances :

Ta douleur. Du Périer, sera donc éternelle. »

Mémoire des gens de lettres par M. Cosîar, cité dans les Mém. de lit. et d'Hist. par le P. Desmolets, t. II, partie première, p. 327. (Paris, Nyon, in-12, 1749).

Charles Du Périer, mourut à Paris, en 1692, selon le Dict. des Hommes Illustres de Provence, t. II, p. 69-70. Il était cousin de Scipion Du Périer ( 1 588-1667), le savant jurisconsulte (ils de François Du Périer, l'ami et le prolecteur de Malherbe, mort vers 1623. Charles Du Périer faisait partie de la Pléiade latine, vers I 684, avec Santeuil, Ménage, Petit, Rapin, Commire, La Rue.

publiée dans le Recueil des pièces présentées pour les prix, et la lecture n'en est pas sans agrément.

Chalvet était lié avec le marquis de Wardes , avec Jeaii. Rouillé, intendant de Provence, avec le premier président Marin , et avec le rédacteur du Mercure, Donneau de Vizé.

C'était donc une excellente recrue pour l'Académie d'Arles, et cette dernière fut très flattée du compliment que Chalvet lui adressa à sa réception. Malheureusement, Chalvet était, avant tout, un homme d'affaires qui ne pouvait consacrer aux lettres que de rares loisirs. En i685, il était assesseur, de Marseille, sa patrie d'adoption, et plus tard il fut subdélégué en chef de l'intendant de Provence. Il mourutvraisemblablement dans les dernières années du XVI I*' siècle (i). En i685, il avait une quarantaine d'années, au moins.

(i) Les renseignements sur Chalvet sont rares. Dubreuil, Ms 732, ne fait qu'abréger la notice du Mercure, à laquelle il se réfère. Bougerel ajoute quelques déiails, dans la not'ce que nous citons telle quelle, et qui est la ^3" du Ms de M. Arbaud.

«Marc-Antoine Chalvet de Riez, avocat, s'étant établi à Marseille postula longtemps dans le barreau avec distinction. 11 étoit assesseur, lorsqu'il prononça dans l'hôtel de ville, l'an 16:^6, (2 déc. 1 685) l'éloge de Louis XIV ou discours sur la proposition d'ériger une statue équestre à S. M. dans Marseille. Celte pièce fut imprimée cette année même dans cette ville chez Meinier, elle l'a été aussi parmy les Harangues de Vaumorière L'année in85, il avoit été reçu à l'Académie Royale d'Arles. Il a traduit plusieurs sonnets de Pétrarque de l'Italien en vers françois, on en trouve trois dans le Mercure du mois de juillet 1678.

11 a composé de tr^s humbles remontrances au Roy au nom de la ville de Marseille, au sujet du Franc Alleu, chez Gtirci«, i6y7,

Antoine Magnin fut reçu à l'Académie d'Arles la même année que Chalvet, en i685 (i). Il était étranger à la Provence, mais la part active qu'il prit à la querelle de la Vénus d'Arles, ses relations avec Vertron et avec le duc de Saint-Aignan expliquent assez son admission. Les Mercure sont remplis de pièces de vers de Magnin, qui était surtout fort habile à composer des devises, un genre alors fort en vogue (2). Né à

traduction en vers François de plusieurs satyres de Juvénal dédiées à Messieurs de l'Académie Françoise, elles sont encore Mss. Traduction de la Pharsale de Pétrone en vers François, Ms ; Traduction des Fragments du même auteur sur l'éloquence, Ms. Traduction de la Matrone d'Ephèse en vers burlesques dédie'e à M. le marquis de Vardes, Ms ; Traduction sur les Instituts de l'Empereur Justinien, dédiée à M. Rouillé, comte de Meslay, intendant de Provence; Recueil de ses playdoyers, dédiés à M Marin, premier président au Parlement de Provence; Remerciement prononcé à l'Académie Royale d'Arles à sa réception ; Poëme sur le sujet donné par l'Académie Françoise, l'an 1681, il Fut imprimé dans le Recueil, c'est la quatrième pièce qui commence ainsi : Illustres concurrents que l'amour de la gloire, etc.

Il Fut deux Fois assesseur de Marseille, l'an 1676 et 1686, (i 685) et subdélégué en chef de l'Intendant de Provence. »

(i) Le Ms robo (p. 164 et 2" partie, p. 212), et le Ms de M. Arbaud reportent l'admission de Magnin au mois d'octobre et de janvier 1682, mais à tort.

(2) Le savant Jésuite Lyonnais, le P. Cl. F ranç. Ménestrier a publié les deux ouvrages suivants :

La Devise du Roy justifiée, ^vqc un recueil de cinq cens devises Faites pour S. M. et toute la maison rcyale. 1679, '"-4-

La Science et l'Q/irt des Devises. 1686, in-8. Front, gr.

Vertron, grand amateur des devises, adressa le distique suivant à M. Magnin, de l'Académie Royale :

Symbola dum, Magnine, legis centena, tôt alto Soli raptas radios lucidus unde micat.

f-A-iigrammes è la fin du Nouveau Panthéon, Paris, 1^)86, in-i.;.

~ J3 — Bourg en Bresse, en i636, Magnin fut conseiller au présidial de Mâcon, jusque vers 1686, et subdélégué de l'intendant de Bourgogne. De bonne heure, il se consacra aux belles lettres. Le nombre de ses productions est assez considérable et l'on peut dire que Magnin était un des nombreux versificateurs à la mode, dont le Mercure avait consacré la réputation. Au mois de mai 1689, le Mercure disait de Magnin, en publiant une Eglogue de lui, adressée à Fontenelle : « Son nom vous est si connu par tous les ouvrages que vous avez vus jusqu'icy de sa façon, qu'il est impossible qu'il ne vous dise beaucoup à l'avantage de celuy-ci. » p. 5j .

Le Mercure de février i685 avait publié tout au long « le discours de M. Magnin à Messieurs de l'Académie Royale d'Arles » et l'avait fait précéder de ces lignes très flatteuses : <i Messieurs de l'Académie Royale d'Arles ont fait depuis peu une acquisition très considérable, en recevant M. Magnin dans leur corps. Son mérite vous est connu par tant d'ouvrages que je vous ay envoyés de luy, qu'il me seroit inutile de vous en parler (i). » Nous regrettons, pour notre part, que le Mercure ne nous donne pas quelques renseignements sur cette personnalité assez en vue alors, mais bien oubliée aujourd'hui.

Dans son remerciement, Magnin fit à la fois l'éloge du Roi, de la ville d'Arles, des académiciens et de

(1) Mercure àc fév. i685, p, 92.SuitleRemerciement,p. gS-i 12.

leur protecteur, le duc de Saint- Aignan. Il fit allusion à a cette belle et fameuse statue que Diane et Vénus ont disputée si longtemps, et d'une manière si fine, si spirituelle et qui enfin, sous le nom de Vénus, doit estre placée avec tant d'autres qui sont venues de tous les endroits du Monde, pour rendre hommage à Louis-le- Grand, dans la galerie de Versailles. » Il se félicitait, en terminant, de trouver dans ses nouveaux collègues des maîtres et des modèles, qui lui apprendront à corriger les défauts qui le rendaient indigne de l'honneur qu'il recevait en ce jour.

Deux mois après, le Mercure insérait le Triomphe de Vénus, curieux dialogue de 170 vers, dans lequel Magnin exposait comment le roi avait tranché la question de la Vénus (i). Le Mercure avait, on le sait, recueilli avec soin toutes les pièces de ce procès.

Magnin, un des auteurs favoris du Mercure, obtint plusieurs succès dans les concours académiques, alors fort en honneur. En 1687, (il était déjà conseiller honoraire), puis, en 1689, il remporta le prix de poésie distribué par l'Académie Rovale d'Angers, et en 1688, il fut couronné par l'Académie de Villefranche (2).

[i) Mercure Galant d'avril i685, p. 149-162.

(2) L'Académie d'Angers, établie par lettres patentes de juin i685, distribua ]z 14 mai 1687, un prix d'éloquence et de poésie, dans une séance solennelle tenue à l'hôtel de ville d'Angers : « Le premier fut remporté par M. l'abbé d'Arnoye, connu par le talent qu'il a pour la chaire, et l'autre par M. Magnin, ancien

- io - Magnin tiendrait sans doute honorablement son rang parmi les poètes du second ordre dont le Mercure était la tribune ((), mais ses œuvres n'ont jamais été réu-

conseiller au présidial de Mascon , tous deux de l'Académie Royale d'Arles. » Voir le Mercure Galant de juin 1687, t. I, p. 284-288 En 1688, ce furent l'abbé de Maumenet et M, de La Grange, président auprésidial deCréquy, en Valois, qui furent couronnés. (Mercure de juin 1688, p. 299-300).

En 1689, M. Magnin remporta le prix d'éloquence, et M. de Maumenet celui de poésie. (Mercure de juin 1689, p. 22-24).

En 1688, M. Magnin, ae l'Académie d'Arles, et M. de Livonnière, conseiller au présidial d'Angers, remportèrent le prix de l'Académie de Villefranche(v. t. Il, p. 401, en note) qui consistait en une médaille d'or à l'effigie du roi, avec la devise de l'Académie au revers, une rose de diamants avec ces mots : Mutuo clarescimus igné. (Mercure de septembre 1688, p. 237-246, et décembre 1688, p. i54-i55. »

(1) Nous avons relevé d^x\s\Q Mercure Galant bien des pièces fugitives de M. Magnin, et beaucoup ont pu nous échapper :

Afercwre d'avril 1684, p. 33-36, un sonnet et une devise expliquée par un madrigal, le tout à l'honneur du roi; Mercure de janvier i685, p. 8-JO, un sonnet et un madrigal à Louis XIV, p. 11-12, un sonnet au duc de Saint-Aignan ; Mercure de mars i685, p, 20-22, deux devises en l'honneur du roi ; Mercure dQ juin i685, p. 69-7;, une nouvelle devise; Mercure de novembre i685, une ode sur le Chancelier Le Tellier,qui venait de mourir . Mercure de février 1686, 2« partie, p. 161-172, Cantique pour le Roi ; Mercure d'août 1686, Sonnet sur l'Hérésie abattue, p. 24-25, puis p. 26-3 I , un petit poëme intitulé : Louis-le-Grand ; Mercure de novembre 1C86, p. 29-33, trois devises et un sonnet sur le roi ; Mercure de décembre 1686, p. 2q8-3oo, un sonnet sur la mort de Condé, et p. 47, une devise sur le roi ; Mercure de mai 1687, p. 21-23, deux autres devises sur l'Hérésie abattue ; Mercure de mai 1689, Eglogue à Fontenelle, p. 57-79; Mercure dQ janvier 1690, p. 8-3o, un poëme : Clovis à Louis-le-Grand ; mai 1690, une autre Eglogue, p. 34-36 ; juillet 1696, p. 49, autre devise; novembre 1697, p. 63-75, poëme sur la paix. Le Mercure exalte à la fois l'heureux talent de Magnin pour la poésie et son ardeur

nies en volume, bien que quelques-unes aient été publiées à part (i).

En tête du second volume de la Nouvelle Pandore de Vertron, se trouve un discours académique, de l'esgalité des sexes contre celuy de M. de Vertron^ au beau sexe (2). Ce discours est le quatrième de ceux qui furent adressés à Messieurs de l'Académie Royale d'Arles, pour réponse à ceux de M. de Vertron, sur la préférence des sexes . Ce sujet galant est souvent traité

à louer Louis XIV. « M, Magnin, toujours remply d'admiration pour les grandes choses que fait le roy, continue à marquer son zèle par ses ouvrages. » Nov. i 686, p. 29. « Son zèle ne doit point vous étonner. Vous sçavez qu'il n'a point trouvé d'occasion de donner au roy les éloges qu'il mérite, sans faire voir qu'il n'y eut jamais sujet plus touché que luy de la gloire de son souverain . » Janvier 1690^ p. 8.

(i) Citons seulement une des plus importantes, qui est la troisième pièce du Recueil de Vertron, Bibl. de l'Arsenal, B. L.8932. Elle est intitulée : Le Parallèle de Louis-le-Grand avec les princes surnommez grands, mis en vers et accompagné de devises par M. Magnin, conseiller au présidial de Mâcon, de l'Académie Royale d'Arles.

Au Havre de grâce, chez Jacques Gruchet, imprimeur et libraire de Mgr le duc de Saint-\ignan et de la ville 1686, in-8, 48 pages, non compris l'Epitre dédicatoire, vers et prose, au duc de Saint-Aignan, 17 pages. Le permis d'imprimer est daté du Havre, le 7 mai 1686. Magnin signe l'Epitre : Ancien conseiller.

(2) La Nouvelle Pandore etc., t. II, p. 55-iio. Ces discours sont dans le volume deConnemant: Collège, Académie. Le premier est l'œuvre de M. Bauldry, de l'Académie de Nîmes, le second de M. d'Ubaye, le troisième de M. de Momblanc, tous les deux membres de l'Académie d'Arles. Voir Ibid., les lettres de MM. Bauldry et de Momblanc, et l'Elégie de M. d'Ubaye qui accompagnent ces discours.

dans le Mercure et l'on sait que Vertron fut surnommé le protecteur du beau sexe.

Magnin fit précéder son discours d'un madrigal à M. de Vertron. Ce discours mêlé de prose et de vers comprend 55 pages. C'est un curieux échantillon de la littérature que le Mercure servait à ses'lecteurs.

Comme le Mercure, les Recueils de Vertron renferment nombre de pièces de vers par Magnin (i).

Ce versificateur fécond ne vint sans doute jamais à Arles, mais il eut occasion de rencontrer à Paris plusieurs de ses collègues. Il mourut le 7 juillet 1708, âgé de 72 ans, à Mâcon, et il fut enterré dans l'Eglise collégiale de Saint- Pierre.

Il laissa plusieurs ouvrages en manuscrit, entre autres un Etat historique de la Bourgogne, dont nous n'avons pu retrouver la trace.

Les sources de renseignements sur Magnin sont peu nombreuses. Le Ms 1060, p. 42, 2« partie, ne fait guère qu'abréger la notice du P. Bougerel, que nous reproduisons (2), à moins que les deux auteurs ne se soient

(i) Voir en particulier, Nouvelle Pandore, t. I, p. 179, t. II, p. 172,173, 175-6, 191 et 192. Voir encore dans le Recueil de Vertron : Parallèle poétique de Louis-le-Grand, etc., 1686, in- 8, Arsenal, B. L. 8982, passim. Le Recueil : Ludovicus magnus, vir immortalis, 1697. Arsenal, B. L. 3567 bis, p. 55, a conservé une lettre de Magnin à Vertron, avec la réponse.

(2) « Antoine Magnin, natif de Bourg en Bresse, fut conseiller honoraire au Bailliage de Mâcon, et subdclégué de l'intendant de

inspirés à la même source. Titon du Tillet, dans son Parnasse, ne mentionne pas Magnin, non plus que l'abbé Papillon, dans sa Bibliothèque des auteurs de Bourgogne (Dijon, 1742), ce qui est plus étonnant.

La vie et les œuvres de Claude Terrin ont été soigneusement étudiés parle P. Bougerel, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. La notice consacrée à Terrin par le savant oratorien, qui avait été quelque temps secondaire à Sainte-Anne d'Arles, (il y était en 1709),

Bourgogne. Il fut reçu à l'Académie d'Arles, en i685, et il mourut à Màcon, au mois de juillet i 708, âgé de plus de 70 ans. Il remporta, en i68g, le prix d'éloquence au jugement de l'Académie d'Angers, et son discours fut imprimé la même année, à Mâcon. Deux ans auparavant, il avoit composé, pour le prix de l'Académie, deux pièces l'une en prose, l'autre en vers. Le sujet de la première étoit le triomphe de Louis-le-Grand sur l'hérésie. Le sujet de la deuxième étoit le Nouveau Canal de la rivière d'Eure. Elles ont été imprimées la même année, à Mâcon. Ses autres pièces sont : la gloire de Louis-le-Grand, poëme in-4 ; le Portrait de Louis-le-Grand, poème, {Mercure d'août 1686, p. 26-3 i). Henri-)e-Grand au peuple François sur la déclaration de guerre de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Anglerre et de la Hollande contre la France, en i68g, en vers ; Epitre en vers au duc de Saint-Aignan, avec des devises, in-4; Eloge de M. Colbert, ministre d'Etat, poëme ; devises pour M™» de Maintenon ; Ode à M. Boucherat, chancelier de France avec des devises in-fol. Grand nombre de pièces de vers et de devises dans la Nouvelle Pandore-, Discours qu'il prononça à l'Académie à sa réception, il est imprimé dans le Mercure d'avril i685, (ou plutôt février i685, p. 92-112). Il composa un autre ouvrage intitulé : Le triomphe de Vénus, sur la décision de Sa Majesté. Cet ouvrage est fait en forme de dialogue et composé de 170 vers. Il a laissé plusieurs ouvrages Mss, entre autres un Etat Historique de la Bourgogne. » (Notice XLV-, Ms de M. Arbaud).

est composée sur des mémoires communiqués par Jean Ray baud, avocat, (i) et d'autres écrits du temps Nous n'avons pas Tintention de refaire cette notice, nous l'analyserons seulement rapidement, en y renvoyant le lecteur, qui devra cependant se mettre en garde contre certaines assertions que nous rectifierons (2). Claude Terrin, fils de Calixte Terrin, avocat, et de Leone de Génin, naquit en 1626 ou 1625, sur la paroisse de la Major (3). La famille Terrin est assez peu connue. On cite un Etienne Terrin, dédier en 1524;

(i) « M. Jean Raybaud avait beaucoup de goût pour la littérature et l'antiquité ; il avait un amas précieux de bons livres et de riches manuscrits ; ses enfants l'ont dissipé, pillé, vendu. Ledit M. Raybaud est mort le 17 avril 1762 ; il avait épousé Marianne de Noyer, morte le 29 septembre 1758, laissant plusieurs filles. » Bonnemant, Ms, Archevêché, t. II, p. 240 II était déjà membre du conseil de ville, en 1715.

(2) Les sources de renseignements sur Terrin sont nombreuses ; il faut citer, en première ligne, une lettre du P. Bougerel au P. Desmolets, datée de Marseille, i" mai 1724, et publiée sur le brouillon qui appartenait à feu M. le marquis de Clapiers, par le P. Ingold, dans le P. Joseph Bougerel, d'après des documents inédits, in-i8, Paris, 1882, p. bj. Cette lettre est déjà dans les Mémoires de littérature du P. Desmolets (t. I, p. 45-47, 1749). Bougerel n'a fait que la compléter dans ses Mémoires, p. 3o8- 338. En 1786, l'abbé deCapris de BeauveP[er rédigea une notice sur Terrin, pour le Dictionnaire des Hommes Illustres de Provence, t. II, p. 25 1-53, et M. Fassin l'a reproduite, avec des notes rectificativ-es, dans le Musée, sériel, p. 20i-2o3. Voir encore Papon, Histoire de Provence, t. IV, p. 809 ; Séguin, Antiquitez, i"*' partie, p. 45 ; Bibl. Méjanes, Ms 1060, 2« partie, p. 44-5o, enfin le Mercure Galant d'avril 1684.

(3) Il est impossible de fixer la date exacte, en l'absence des Registres paroissiaux, qui remontent seulement à i63o.

— ?0 — en i582, on rencontre le ncni de Calixte Terrin, puis à partir de iSçi, le nom de Calixte Terrin figure parmi les conseillers bourgeois de la ville d'Arles, jusqu'en 1621, époque à laquelle il mourut (i). Ce Calixte qui fut consul en 1600 et 16 10, est le grandpère de Claude Terrin. Son père, également appelé Calixte, ne figure pas parmi les conseillers dont nous avons pu relever les noms, jusqu'en 1649 (2). Néanmoins,on le trouve mentionné comme avocat, dès 1 636. Le seul membre de cette famille qui soit réellement marquant est Claude Terrin. Il obtint, dès avant 1657 (3), les fonctions honorables de conseiller au siège

(i) On lit dans les Annales des Minimes, Ms 547, année 1622, p. 83. « Le quatrième jour du mois de février, honneste femme Marie Martine, veuve à feu Calixte Terrin, bourgeois de cette ville, fit une fondation d'une messe basse de mort, une fois la semaine, à tel jour qu'il décèderoit, et au cas que ce fut un dimanche ou autre feste, ladite messe seroit célébrée au premier jour vacant, et elle donna au couvent trois cents livres qu'elle voulut que ses héritiers payassent dans une seule fois et dans l'année de son ddcez, afîin qu'elles fussent employées au bâtiment du couvent. L'acte fut reçeu par M" Arfeuille, N" d'Arles. Nos pères reçurent ces trois cent livres le 25 du mois d'avril de cette année. Voyez le livre rouge, fol. 53 verso. » Arfeuille Elzias, notaire de 1 595 à I 624. Ses papiers sont en l'étude de M. J. Martin .

(2) Le Ms 806, Annales d'Arles, à la Bibliothèque d'Aix, donne la liste des conseillers jusqu'en 1649, ^^ P^s plus loin. Nous avons utilisé quelques indicatFons consignées par M. Robolly sur le titre de l'exemplaire de la Vénus et de l'obélisque d'Arles par Terrin, conservé aux Archives d'Arles, broché et en mauvais état.

(3) François de Rebatu, dans son Chaos, Ms 559 ^^ '^ Bibliothèque d'Aix, a transcrit, p. 1 173-1 172, un jugement de la séné-

de la Sénéchaussée d'Arles (i), et il se renferma dans l'exercice de ses fonctions, sans briguer aucune des charges municipales, auxquelles il aurait pu prétendre. Sa modestie se conciliait fort bien avec un goût passionné pour l'étude, et il trouvait dans son collègue François de Rebatu^ un modèle du magistrat ami des choses de l'esprit et « qui a joint, dit Bouche (Hist. de Provence, 1664, t. I, p. 3ii)-, à la jurisprudence insipide et sans goût, les délices du Parnasse. »

La famille de Terrin avait conquis peu à peu une aisance relative et, en i663, Claude Terrin, pût épouser Sibylle ^e Pe/wc/, fille d'Antoine de Peinct, lieutenant criminel, depuis i655, et allié à la riche famille des Mandon (2). Ce mariage apparentait Terrin avec

chaussée d'Arles, en date du 12 sept. 1661, et signé : Faucher^ lieut. princ. rap. ; conseillers : Rebatu, Terrin, Peyron, proc. Cet arrêt est relatifà la succession de Jacques de Barrême, époux d'Anne de Privât (contrat du i^"" mars i636).

D'autre part, en tête du Mercatus Arelatensis, de Rebatu, imprimé par François Mesnier, en avril lOSy, et dédié aux magistrats de la Sénéchaussée d'Arles, il y a des vers français, signés : Terrin, conseiller du Roy au même siège. Voir ce poème latin forrds Nicolaï, i 33, pièce 7 1 (34 p., in-4°). Le Ms 56 1 de la Méjanes, p. I 79 et sqq., contient l'original de la main de Rebatu.

Terrin n'avait alors que 3o ans environ, mais nous ne croyons pas qu'il s'agisse de son père. Il fut conseiller jusqu'après 1687. (i ; Le siège d'Arles fut créé en i535, sous François I*"". (2) Voiries notes généalogiques de M. Gautier Descottes ^\.n la famille Peinct, dont il analyse le livre de raison, dans le Musée, b" série, p. 60 et sqq. Le nom de Calixte Terrin se trouve souvent dans les papiers de la Major, sa paroisse, et dans les Archives hospitalières.

d'anciennes familles de la ville, les Monfort, les Saxy, les Gleize, etc.

Son père avait, du reste, tenu fort brillamment sa place, au barreau d'Arles, s'il faut en juger d'après une pièce fort rare et fort curieuse qui nous a été conservée (i).

« Voicy, dit l'imprimeur au lecteur, la harangue qui a fait tant de bruit' dans la ville d'Arles ; qui a donné de l'admiration à tous ceux qui l'ont ouye réciter et qui en donnera sans doute à ceux qui prendront la peine de la lire. EU'est dans toutes les règles que la politesse demande et que l'Académie a establi. Les paroles dont ell'est remplie sont dans toute la pureté françoise. Il n'y a point de mot qui soit rude ny

(î) Harangue prononcée au siège de la ville d'Arles, par M» Caliste Terrin, advocat, le vendredy, igaoust 1644, l'audiance tenant, sur la présentation de M" Jacques Grifveille.

En Avignon, de l'imprimerie deJaquts Bramereau, imprimeur de Sa Saincteté, de la ville et université, 1644, avec permission, 20 p., in-4, plus 6 p., titre, préface et pièces liminaires, Bibl. Mcjanes, Recueil 31687, pièce 5. En voir un exemplaire mieux conservé. Recueil C, 3295. La famille Grifeuille est une des bonnes familles bourgeoises d'Arles ; Jacques vivait encore en 1678.

Notons une fois encore que l'orthographe des noms est très variable: ainsi ftous trouvons tantôt Caliste, X2Ln\.6l Calixte, tantôt Callixte Terrin. La mère de Claude appartenait à la famille Gé- »/M,qui a fourni plusieurs consuls et qui est souvent ciiée, dans les Registres de la ville.

Deux beaux-frères de Claude Terrin, Jean Antoine de Peinct, mort en 1704, Jacques de Peinct (iG3g-'i'jo3) étaient avocats ; une de ses belles-sœurs visitnntine à Arles, dès 1645, mourut en 1692, une autre était visitantine à Tarascon, en 1643.

subjet à interprète, mais tous ont de l'élégance et de la clarté. Les périodes y sont fort bien arrondies ; elles y

coulent toutes selon les loix de l'art. Le style en est excellent et les pensées éloignées de la bassesse populaire. Partout il y a de la pointe et de l'invention. »

Claude Terrin mit les mêmes quantités d'écrivain au service d'une érudition de fort bon aloi.

Il fit vraisemblablement ses études classiques au Collège d'Arles, sous les PP. Jésuites qui venaient d'en prendre la direction (i636). Très versé dans les Belles- Lettres, il connaissait à fond l'histoire Grecque et Romaine, enfin il joignait à tous ces avantages un esprit critique remarquable et une grande sûreté de jugement (i) Il s'appliqua spécialement à l'étude de l'archéologie et de la numismatique. Il acquit des connaissances fort étendues auxquelles les Spon, les Vaillant, les Patin, les Spanheim, rendaient hommage. Le P. Bougerel donne, p. 334-338, la liste des ouvrages de Terrin : beaucoup ont été insérés en diverses revues, comme le Mercure, le Journal des Scavans^ le Jour-

(i) Où fut-il reçu docteur en droit? Nous n'avons pas rencontré son nom dans la liste des docteurs d'Aix, et tout porte à croire qu'il étudia à l'Université d'Avignon, comme Jacques Grifleuiile. Dans la Harangue de Caliste Terrin citée plus haut, cette université est louée en termes pompeux, p. i 8 et 1 9.

En 161 5, Pierre de Fauchier, plus tard lieutenant particulier au siège d'Arles (1637), puis lieutenant des soumissions, en 1643, mort en 1660, fut reçu docteur en droit à l'Université de Valence. Archives des B.-du-R., Registre B., i 357, fol* 2826 et sqq.

nalde Trévoux, d'autres n'ont jamais été imprimés. Ils embrassent une foule de sujets, car Terrin associait à l'érudition l'amour de la poésie et même de l'astronomie, qu'il cultiva avec succès (i). En 1697, il écrivait au conseiller Thomassin de Mazaugues que ses diverses productions pouvaient former deux volumes in-i2, et qu'il se proposait de les réunir sous le titre à' Œuvres Mêlées. Il n'exécuta pas ce projet car les dernières années de sa vie furent très malheureuses. Il perdit toute sa fortune et il en fut réduit, paraît-il, à vendre la bibliothèque choisie qu'il avait formée (2),

( i) V. Lettre de Monsieur Terrin, conseiller du roy au siège d'Arles, à M. de P., sur la Comète, i3 p., in-4, sans nom d'imprimeur et sans titre, mais avec un bois des Mesnier. Cette pièce commence ainsi : « Quand je serais seul dans Arles amoureux de l'astronomie... », et est datée d'Arles, le i»"" mars 1681. Elle se trouve à la Bibl. Méjanes, Recueil de philosophie et de mathématiques, 31098, pièce 24, et au fonds Nicolaï, j32, pièce 38.

(2) Le Ms 1060, dit que « Terrin a laissé plusieurs ouvrages excellents, une bibliothèque très estimée et un cabinet des plus curieux en médailles de toute espèce, en statues antiques, en tableaux et en gravures des meilleurs artistes. » Le cabinet de Terrin était renommé. Séguin son ami en parle, en ces termes : « Il ne faut point passer de l'amphithéâtre au quartier du Saint- Esprit, sans voir le cabinet de M. le conseiller Terrin. Il suffit pour vous en faire valoir le prix de vous rapporter à ce qu'en dit M. Patin, si célèbre dans la connaissance des Antiques : Arelatem Regni olim metropoUm Terrenus Cimeliarcho suo nobilitat,e\âe vous faire remarquer ce que l'autheur du Mercure Galant du mois d'avril "i 684, dit du-cabinet et du maître. » Antiquitez, i'» partie, p. 45. Le passage de Patin est pris dans l'Introduction à l'Histoireldes Médailles, dit Séguin. Il y en eut une édition, fort rare, en i|663, in-12, « de l'impression d'Elzévier, selon Brunet, et se

ainsi que la curieuse collection de médailles, de gravures, d'objets d'art qu'il avait réunie. Il mourut dans une situation voisine de la misère, le 3i décembre 17 ro, âgé de 85 ans environ, sur la paroisse de la Major(i). Terrin entretenait un commerce de lettres avec les hommes les plus distingués de son temps, et sa réputation dépassait de beaucoup les limites de la Provence. Néanmoins, il n'est pas absolument établi pour nous qu'il ait été admis à l'Académie, et il y a de fortes présomptions contre l'opinion de Bougerel, ordinaire-

Iment bien renseigné sur l'histoire de Provence. « Terrin, dit Bougerel, a été un des principaux membres de l'Académie royale d'Arles, -< p. 334, Le Msioôo, le Dictionnaire de Provence, La Lauzière l'ont répété après lui. Il est vrai que Terrin méritait bien cet honneur, qu'il était lié avec M. de Sabatier (2), M. de Beaumont et M. de Boche, et pourtant sa conduite visà-vis l'Académie eût été bien étrange, s'il en eut fait partie. Nous avons lu, dans le fonds Bonnemant (vol.

vend à Paris. » La plus connue est celle d'Amsterdam : Histoire des Médailles, ou introduction à la connaissance de cette science, in-i2, 1695. Nous n'avons pu nous procurer ni l'une ni l'autre.

Le cabinet de Terrin fut, parait-il, dispersé de son vivant, le bibliophile de Loinville, son petit-fils, ne put en recueillir que des débris dispersés aussi plus tard.

(i; Archives d'Arles, Registre des naissances, mariages et décès de 1697 à 17 1 3, paroisse delà Major. Iltut enterré le i*"" janv. 171 1.

{2) Sabatier lui adressa (en i685) une Epitre sur l'Utilité des Médailles. Elle est 1347» du Recueil et fort élogieuse pour Terrin, sans allusion aucune à sa qualité d'académicien, (p. 14.1-1^.3)»

Antiquités) une série de lettres qu'il écrivait, en 1676, à M. Brunet, avocat à Paris, et dans lesquelles l'Académie est fort maltraitée. (Voir t. I, p. 328). Il lui fait un reproche d'avoir envoyé l'estampe de l'obélisque à Colbert, alors que les consuls se réservaient ce droit, et les termes qu'il emploie ne sont rien moins que gracieux. L'attitude qu'il prit dans la querelle sur \t Vénus n'était pas de nature à lui concilier la bienveillance de l'Académie, dont il combattait le sentiment. D'ailleurs, le Registre ne parle nulle part de son admission et s'il fut reçu à l'Académie, ce ne dût être que lorsque l'effervescence causée par certains de ses écrits fut calmée (r). Nous ne pouvons rien affirmer. En 1681, Séguin appelait Terrin « l'illustre auteur delà Vénus et de l'obélisque d'Arles (2), » mais l'Aca-

■ (r) Vertron, dans son Nouveau Panthéon, p. 63 et sqq., ne qualifie pas expressément Terrin d'académicien. «M. Terrin, conseiller au présidial d'Arles, a fait un volume entier pour prouver que c'est une Vénus, et son sentiment a presque été général. Il y a pourtant trois académiciens de l'Académie d'Arles qui n'en sont pas, non plus que le P. Daugiers, jésuite, qui a fait un livre' intitulé : Réflexions sur les sentiments de Callisthène touchant la Diane d^ Arles. M. de Vertron, historiographe du Roy, et qui fait l'Histoire de Sa Majesté, en prose latine, pour l'utilité des étrangers, est l'un des trois académiciens d'Arles qui soutiennent que celte statue est une Diane. » Mercure Galant, juin 1684, Edit. de Lyon, p. 83. En rendant compte de l'ouvrage de Terrin (avril I 684), le Mercure ne lui donne pas le titre d'académicien, qu'il lui donne ailleurs. On n'en peut donc rien conclure.

(2) La Fontaine Minérale d'Arles, par M. J. S. D. E. D.,

Arles, Claude et Jacques Mesnier, i 681 , br. in-4, p. 22. Bibl. Méianesj Recueil 31687, pièce 6.

demie n'était pas aussi bien disposée à son égard, et peut être se priva-t-elle des lumières du savant conseiller. C'eût été de sa part un grand tort.

Claude Terrin est une des gloires littéraires de la ville d'Arles, et la municipalité de 1868 a fait acte de patriotisme éclairé^ en donnant le nom de Terrin a une rue comprise entre la rue du Rempart et la rue de la Cavalerie. C'est dans ce quartier que se trouvait la maison paternelle des Terrin. Claude n'eut que deux filles, Jeanne et Blanche. Cette dernière fut mariée à Honoré de Loinville, et le nom de Terrin n'eut plus de représentants (i).

Albert Daugières appartenait à une famille de vieille bourgeoisie qui a fourni plusieurs notaires, plusieurs officiers municipaux et plusieurs consuls. Il naquit à Arles, le 12 septembre 1634(2). Après avoir achevé

(i ) Les souvenirs de cette famille sont peu nombreux. Un mas de Camargue porte le nom de Terrin, Quant aux œuvres de Claude Terrin, elles sont ignore'es en dehors d'Arles, et, dans Arles même, peu de personnes les apprécient et les connaissent.

« On ne doute pas que sans ses malheurs domestiques, dit Bougerel, op. cit., il n'eut composé l'histoire de sa patrie à la gloire de laquelle il avoit presque toujours travaillé. » Nous regrettons que le savant Arlésien n'ait pu exécuter ce projet.

La derniùre des Loinville, iVW^ Esménard, est morte à Arles, il y a quelques années. Le savant Cordelier, le P. Loys, mort à Nîmes, le 3 déc. 1744, où il travaillait à classer les Archives de l'évéché, était de celte famille. V. les Ms deBouquier àlaMéjanes.

(2) Un de ses ancêtres, Pierre Daugières (mort avant J628) fut assesseur d'Arles, et député avec Gabriel de Varadier, aux Etats généraux de 16 14. Il eut en 1616-1618, de longs démêlés avec les

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ses études d'humanités et son cours de philosophie au Collège des Jésuites d'Arles, il entra dans leur Compagnie, le 7 octobre i653, la même année que l'abbé de Verdier. Son noviciat achevé, il fut appliqué, pendant cinq ans, à l'enseignement des humanités. Il professa ensuite la philosophie et la théologie durant sept ans, le tout selon l'usage ordinaire des Jésuites.

consuls. Ce fui lui surtout qui encouragea Pierre Saxi à écrire son Pontificium /Arelatense. Voir Ibid., p. 404.

Nous ignorons le nom de la mère et le prénom du père d'Albert Daugières. Ce fut peut-être Jacques Daugières, avocat et assesseur, député à la cour, en 1649, ^^ ^^^ contribua à apaiser les troubles dit des Basalois. Voir Musée, i""® série, p. 241 et sqq. ; 1" série, p. 209 et sqq. ; et les Mémoires de J. de Parades de l'Estang. Musée, 2® série, p. 97 et sqq. Plusieurs Daugières furent secrétaires de la communauté, l'un d'eux fut destitué, en 1644, et remplacé par Gaspar Brunet, l'auteur d'un curieux Ms sur l'Histoire communaled'Arles. (Fonds Nicolaï, 141). V. t. I, p. 426.

Le 2 juin 1667, Jacques Daugières fut reçu docteur en droit à Aix, et nous le trouvons consul, en 1671. Nicolas Daugières fut consul, en 1687 et 1691. De 1498 à i652, il y eut quatre notaires du nom de Daugières : leurs registres sont en l'étude de W Robert, à Arles. Cette famille, dont le nom se rencontre à chaque page de l'histoire d'Arles, s'éteignit pendant la peste de 1721.

« Le même jour (9 août i 721) sur les six heures du soir, mourut encore M. d'Augière, jeune homme d'environ 18 à 20 ans, et fils unique de M. d'Augière, avocat, et dernier de sa famille, laissant au moins vingt mille écus de bien à deux srcurs. » Notes à la fin de la lettre de M. Perrinet. Bibl. Méjanes, Ms 746.

Il était peut être fils de Jacques Daugières, conseiller, en 1702. Dans les listes des conseillers, les Daugières figurent simultanément parmi les bourgeois et parmi les nobles, sans doute en raison de leurs fonctions, car nous ne sachons pas qu'aucun d'eux ait obtenu des lettres de noblesse. Leur nom s'écrit indifféremment Daugières ou d'Augières, même dans les Documents contemporains, quoi que nous ayons dit t. 1, p. 418,

Il est à croire qu'il se distingua dans ces diverses fonctions, car il fut nommé très jeune encore recteur du collège florissant, que la Compagnie dirigeait, à Avignon. Il fit dans cette ville un assez long séjour, et c'est là qu'il fit imprimer, en 1684, sa dissertation sur la statue d'Arles (i). (Diane ou Vénus) .

(i) Il nous est impossible, en l'absence de documents, d'indiquer d'une façon précise les diverses résidences du P. Daugières, et les recherches très longues auxquelles il faudrait se livrer, pour y parvenir, ne seraient peut-être pas couronnées de succès. Nous avançons, sous la responsabilité du Dictionnaire des Hommes Illustres de Provence, qu'il enseigna les humanités pendant 5 ans, puis la philosophie et la théologie durant 7 ans. Mais ce n'est pas là un fait avéré, et nous sommes portés à croire que son enseignement dura bien plus longtemps. En 1664, il était professeur à Lyon; en 1 678-74, il était à Avignon ; en 1678, il était à Lyon ; en 1686, il était supérieur du Séminaire de la Marine à Toulon ; en 1702, il était recteur de la maison de Saint-Joseph de Lyon {Mercure de juin, p. 6); en 1708, il était recteur du collège de la Trinité à Lyon, ce dernier point est attesté par l'approbation de ses Carmina. En dehors de ces dates, fixées d'une manière authentique, nous n'avons plus que le résultat de conjectures plus ou moins plausibles. D'après une étude attentive des Carmina, éd. de 1708, nous constatons qu'en 1664 il professait probablement la rhétorique (p. i64etsqq.) à Lyon. En 1679, '^ ^^^'^ ^" collège de Chalon-sur-Saône, où il rédigea la pièce suivante : Duœ nymphœ, altéra Sequanœ, altéra Araris de duce Enguiennensi certant, cum princeps Colle gium Cabilonense Societatis Jesu, sua prœsentia cohonestasset, anno 1679 (p. 146-149). Il fit ses adieux à cette ville dans une pièce de 107 vers hexamètres : Discessus Cabilone, Sylva, publiée en feuille volante, 4 p., in-4, et signée : Albertus Daugières, E. Societ. Jesu, feriatus in prœdio Rosenœo, pridie nonas oct. an. 1679. Bibliothèque Méjanes, Recueil de Poésies, éloges et devises, 27148, t. III, pièce i5, provenant de la Bibliothèque des Jésuites d'Avignon. Ces vers sont dans l'Edition de 1708, p. 77-81. Une pièce de vers sur le P. Jean Chalot, mort à Avignon, en

Il est vrai cependant qu'une édition de ses poésies avait paru à Lyon, en 1678, ce qui permet de supposer qu'il passa quelque temps dans cette ville, peutêtre un qualité de professeur au grand collège de la Trinité (i). Le P. Daugières, en effet, était avant tout un professeur, et un lettré, dont la Compagnie ne négligeait pas d'utiliser les aptitudes.

En 1686, il fut mis à la tête du Séminaire des Aumôniers de la flotte que Louis XIV, de concert avec M. Armand Louis Bonnin de Chalucet^ évêque de Toulon, organisa et confia aux Jésuites.

Cette importante fondation ne pouvait que prospérer sous la direction habile du P. Daugières, et d'ailleurs Louis XIV avait doté royalement le nouvel établissement. Les Jésuites y enseignaient la Théologie et les mathématiques, et l'établissement prit le nom de Collège ou Séminaire Royal de la Marine (2).

1679, prouverait-elle qu'il revint cette année à Avignon, (p. 218- 221) .'' Il composa une inscription de deux distiques, pour la maison de campagne du collège d'Avignon, appelée Saint-Gabriel (p. 237). D'autres vers relatifs au collège de Dôle (p. 267) ; d'autres adressés à Claude Pellot, maître des requêtes, en mission en Aquitaine (p. 26g) seraient-ils la preuve d'un séjour du P- Daugières en ces pays ? Nous ne savons. Le Recueil est fait sans ordre chronologique, et il est impossible de fixer la date de certaines pièces. Celles qui durent être écrites à Lyon nous semblent les plus nombreuses et nous ne pouvons même les indiquer.

(i) Une des Prolusiones, p. 382-386, adressée à Ferdinand, coadjuteur de Munster, est datée de Lyon, i" mars 1678.

(2) Armand de Chalucet fut évêque de Toulon du 1684 à 1712' et s'illustra par son héroïsme, durant le siège de 1707. « Arman-

Le Séminaire de Toulon fut le premier établissement de ce genre, pour les aumôniers de la flotte.

« La fondation est pour douze Jésuites et pour vingt prêtres séculiers, parmy lesquels on choisira les aumôniers des vaisseaux, qui seront nommez par le supérieur du Séminaire. Outre la théologie que l'on montrera aux aumôniers et aux externes, il y a un professeur de mathématique pour les gardes de la marine. On a déjà commencé toutes ces fonctions, et on les fera avec plus de régularité, quand le bastiment que l'on vient de commencer sera achevé, et que les Sémi-

dus Ludovicus Bonnin de Chalucet, ex illustri familia Britanniae minoris ortus, Ecclesiam Telonensem moribus admirandis illustravit, nominatus a rege christianissimo, 1684, quo curam spiritualis regiminis regiae classis Ludovicus magnus patribus Societatis Jesu concesoit, illisque magnificas aedes construi jussit. » Gallia Christiana, t. I, p. 577. Voir son portrait, Bibl. Méjanes, Portraits de Provence, t. I, p. 148. Il est in-fol., sans date, Francquin, pinxit, J. Coelemans sculpsit. Armand de Chalucet s'occupa beaucoup du relèvement des éludes ecclésiastiques. Les Jésuites furent princièrement logés. « Le Séminaire que les Jésuites ont à Toulon, est sans contredit la plus grande et la plus belle maison qu'il y ait dans le Quartier-Neuf, dit Piganiol de la Force, Description de la France, 1753, t. V, p. 298. Il a été fondé par Louis XIV, le premier de septembre i685, mais l'acte de cet établissement ne fut signé que le 1 1 de septembre i 686. Il est destiné pour les aumôniers de la flotte. Les Jésuites y enseignent la théologie et les mathématiques, et ils sont obligés d'y entretenir six pères de leur société, trois frères lais et dix aumôniers pour la marine. » La Collégiale de Pignans (Var) dont la prévôté valait plus de i5,oool., fut unie au Séminaire, puis retirée définitivement, malgré les résistances des Jésuites, par arrêt du Parlement d'Aix, du 14 janvier 1717. Le marquis de Seignelay, (mort le 3 nov. 1690, à Versailles, à 39 ans. Galette

naristes y pourront vivre en communauté. La première pierre en (ut posée le 26 de juin, par M. de Vauvré, intendant de la marine à Toulon, et cette cérémonie se fit au bruit des boëtes et des acclamations du peuple (i;. » Le P. Daugières assista au développement de cette institution. Il a composé une longue pièce de vers (Carmina, p. So-S;), intitulée : Seminarium marinum Telonense Societatis Jesu, a Ludovico magnofundatum. Il nous apprend que l'cdit de Nantes venait d'être révoqué, Gênes, Palerme, Alger, Tripoli, bombardées par les vaisseaux du roi, et il loue avec enthou-

de 1690, p. 584), et M. de Vauvré, intendant de la marine, soutinrent énergiquement le nouveau Séminaire, et s'il faut en croire le P. Daugières (Carmina, p. 5b), trois cents jeunes gens venaient y suivre les leçons des Jésuites. L'Etat de la France, par l'abbé L. Trabouillet, 171S, t. II, p. 571, parle des Séminaires de la marine : « Pour fournir d'aumônier sur les vaisseaux du roy. Sa Majesté a établi une communauté ou Séminaire de prêtres séculiers à Brest, Rochefort un pareil Séminaire de Missionnaires. Autre Séminaire à Toulon, établi sur la fin de 1686, pour l'instruction de vingt prêtres séculiers, destinez pour servir d'aumôniers sur les vaisseaux. » Les Jésuites conservèrent la direction du Séminaire jusqu'à leur suppression. « Dans la rue Royale et auprès de la place de l'Intendance, est un bâtiment vaste et élégamment bâti avec une église terminée par un dôme. Les Jésuites y avoient été placés en 1686... Aujourd'hui c'est un hôpital pour les troupes de la marine, 1786. » Dict. Géogr. de la Provence, t. II, p. 5o2. L'Eglise est aujourd'hui l'Eglise paroissiale Saint-Louis. M.. Paul Terris, alors vicaire général de Fréjus, a retracé a grands traits l'histoire du Séminaire de la marine, dans un discours prononcé, en i883, à la distribution des prix de l'Externat Saint-Joseph de Toulon. Voirdans les Annales de Provence, t. II, p. 296, un extrait de ce discours. (i) V. Tarlicle détaillé du Mercure Galant d'août 1687, p. i à 7.

siasme le projet de Louis XIV. Il fait ensuite une description charmante de Toulon, et se réjouit de voir 3oo jeunes gens, futurs marins, affluer dans cette maison, où ils se formeront aux vertus de leur état.

La nouvelle maison faisait une concurrence sérieuse au Collège des Oratoriens de Toulon, qui n'avaient pas voulu se charger de Taumônerie et qui craignirent un moment d'être supplantés par les Jésuites (i).

(i) On lit dans les Registres de l'Oratoire, à la date du 28 mai i685 : « L'on a eu pareillement avis que les Pères Jésuites de Toulon ayant sollicité et fait solliciter M. l'évesque pour l'établissement d'une théologie, laquelle ce prélat n'ayant pas jugé trop nécessaire, l'on a encore reçu un second de Nîmes par le P. Gombert, visiteur, que lesdits PP. Jésuites travailloient à

[nous faire oster le collège de Toulon. Sur quoi il esté résolu que

ll'on escriroit à ce père de veiller sur cette affaire et d'examiner très soigneusement les clauses et conditions de notre traité et contrat avec Messieurs de la ville de Toulon, pour l'établissement des prestres de l'Oratoire dans leur collège. Sainte-Marthe. » Les Oratoriens dirigeaient le collège depuis i 625. L'établissement

ifut réparé et reconstruit de 1686 à 1710, et la dépense fut payée

[mi-partie par la ville et par l'Oratoire.

Les Registres de cette congrégation mentionnent souvent les négociations entretenues avec les consuls, en particulier à la date

|du 18 avril 1686, du i3 janvier, du 3 mars et du 29 mai 1687.

[V. Piganiûl de la Force, Description delà France, in-12, i753,

ft. V, p. 293-296. Toulon n'avait qu'une paroisse ; la seconde fut

Couverte seulement le 24 août 1708, sous le vocable de Saint-Louis. Depuis de longues années Louis XIV faisait construire le Q.uar-

ftier neuf, et, dès i683, il était question de la nouvelle paroisse.

rLes Oratoriens essayèrent 'de l'obtenir, tout en refusant, l'aumôneric de la flotte. A la séance du 29 juin i683, on lut au conseil de l'Oratoire, une lettre du P. Bertrand qui laissait entre-

jvoirla possibilité d'obtenir ladite paroisse. « Ledit Père a proposé

— 'M — A peine le V. Daugières avait li accepté ses nouvelles fonctions, que M. de Sabatier l'en félicita, en assurant « que les princes doivent toujours se promettre un succès heureux, lorsque ceux qui les servent ont de la piété. »

« Ne veux-tu donc pas d'un tour noble et difficile, Faire encore de beaux vers comme Horace et Virgile....' Mais des soins plus pressants apellent ton génie,

A servir en ce jour ta sainte compagnie :

Louis le conquérant, qu'un ardent zèle anime, Munit d'un nouveau fort la côte maritime. Tu formes en ce lieu ceux qui doivent prêcher. Les solides vertus au pilote, au nocher (i). «

Il nous reste peu de traces précises du passage du P. Daugières à Toulon, et avec les vers sur le Séminaire, dont nous venons de parler, nous ne pouvons glaner dans ses œuvres qu'un discours latin, prononcé à l'ouverture d'une thèse de philosophie, soutenue par M. N de Nans de La Tour, élève des Minimes, et

aussi de demander l'aumônerie générale des vaisseaux pour recevoir et instruire, et mettre en retraite les aumôniers particuliers, et qu'il y avoit pour cela un fonds de 800 1. de revenu. 11 a été résolu que l'on feroit agir et solliciter sous main pour ladite paroisse et particulièrement pour obtenir le paieir^ent de la somme due par le roy et cédée par la ville à l'Oratoire, sur l'emplacement qu'on demanderoit dans l'agrandissement de ladite ville, et pour l'aumônerie générale, l'on a répondu qu'elle ne nous convenoit pas. » Registres de l'Oratoire, aux Archives nationales. M. M. 583. Délibérations de 1680 à 1690.

(i) Epitres morales et académiques de M. de Sabatier, Epitre XLVIIl", (52 vers), p. 144-146.

dédiée à M. Louis Girardin de Vauvré, intendant de la marine, à Toulon (i).

Le P. Daugières fut appelé à la direction du collège de la Trinité à Lyon {2). Ce collège, dont le lycée actuel occupe les bâtiments, était un des établissements d'éducation les plus importants, parmi ceux que dirigeaient les Jésuites. C'était donc un poste de choix que l'on confiait au P. Daugières. Il fut à la hauteur de sa tâche. Administrateur bienveillant, il savait faire aimer son autorité, et l'on vantait à la fois sa fermeté, sa modéra-

(i) Ce discours, De Immortalitate animce est p. 'iSy-Sgo, «ans date. M. de Vauvré, déjà intendant en 1083, l'était encore en 1707, lors du siège. Il nous est impossible de fixer la durée du rectorat du P. Daugières. Il y a parmi les Prolusiones des discours prononcés à l'ouverture de thèses de Théologie, (aut-il le» rapporter au rectorat du P. Daugières à Toulon t Nous l'ignorons,

(2) Dès le mois de juin 1702, le P. Daugières était à Lyon, qu'il ne nous semble plus avoir quitté depuis cette date. Son nom est cité dans le Mercure, à propos de la statue élevée au roi, à Bellecour. « Le P. Daugières, jésuite et recteur de la maison de Saint-Joseph a fait de fort beaux vers latins sur cette statue, et je vous en envoie la traduction, Klleest d'un homme d'un mérite distingué, et qu'on peut appeler avec raison favory des muses. » Suit une autre traduction. Mercure da ]u'ïn 1702, p. 6-8. V. Carmina, ijoH, ces vers latins, p. i52, et leur traduction en vers français, p. 164 et 261. Une de ces traductions est de l'abbé Cémani, prieur de Moutiers, près Moulins, de l'ordre de Cluny, prédicateur et poCie. Le Mercure de mars 1705, p. 146i3o, annonce sa mort et fait son éloge : a II a traduit plusieurs pièces de poésie latine du P. Daugicres, jésuite, qui ont été trouvées aussi bonnes que leurs originaux. » Il appartenait à une famille italienne, établie à Lyon ; un de ses frères était sacristain de Saint-Paul, de I^yon, et curé de Saint-Laurent. M. Guintrandy d'Aix a aussi traduit des vers du P. Daugières.

tion, sa droiture, sa vie régulière, son esprit religieux et ses manières affables. 11 mourut à Lyon, le 7 février 1709, âgé de 74 ans (i).

Le P. Daugières est une personnalité très sympathique. Ses rapports avec l'Académie d'Arles furent nombreux. Il avait une certaine réputation d'éloquence, mais il était surtout remarquable par la facilité avec laquelle il écrivait en latin. Comme beaucoup de ses confrères, il était excellent humaniste et poète à ses heures. Il a composé des vers sur toute espèce de sujets, même sur des sujets théologiques.

Il cultiva surtout la poésie latine, très en honneur dans la compagnie de Jésus (2), et dans ses œuvres nous trouvons fort peu de vers français de sa façon. II y en a cependant, et nous devons signaler la pièce intitulée : Dunkerque délivrée par le Roy de la domination des Anglois, en l'année 1662.

Elle fut composée, en 1664, P^'^'" ^^ ^^^ annuelle du

(0 Sur le P. Daugières, nous avons consulté Bougerel, Mémoires sur les Hommes Illustres de Provence, notice surTerrin ; le Ms de Bougerel appartenant à M. Arbaud, notice XLII» ; le M$ io6o, 2« partie, p. 48; Papon, Histoire de Provence, t. IV, p. 807 ; enfin et surtout le Dictionnaire des Hommes Illustres de Provence, t. l, p. 43, dont l'article est reproduit dans le iMusée, t. I, p. 181-182. Nous avons aussi analysé avec grand soin les œuvres du savant jésuite, et contrôlé scrupuleusement nos diverses autorités, qui ne sont pas toujours d'accord,

(2) V. sur ce point, la Poésie Latine en France au siècle de Louis XIV, par l'abbé Vissac, Paris, 1862, in-8, passim, et les Jugemens des Savans, par Baillet, Edit. de 1732, t. IV et V., le Parnasse François de Titon du Tillet.

collège de la Trinité de Lyon, et elle établit que le P. Daugières, quoique fort jeune, y enseignait déjà la rhétorique, car c'était ordinairement le professeur de cette classe qui était le poète des solennités classiques (i).

Ce fut principalement avant d'être appelé aux fonctions absorbantes de recteur, que le P. Daugières donna cours à son goût poétique. Néanmoins nous avons de lui des poésies, qui s'échelonnent depuis 1661 jusqu'à 1707, et même lorsqu'il enseignait la théologie, il ne négligeait pas entièrement les Muses latines (2). Il sui-

(i) Cette pièce de 172 vers se trouve, Carmina, p. 165-172 Elle est précédée de cette note : Quamvis patrii sermonis Musas parum coluerim ; ne omnino tamen neglectae vîdeantur a me, subjicio carmina gallica quas anno 1664, venerunt in partem litterariae festivitatis recurrentis quotanis die festo Sanctissiraae Trinitatis in majore collegio Lugdunensi Societatis Jesu. »

En 1701, les ducs de Bourgogne et de Berry passèrent par Lyon. Les PP. Jésuites leur présentèrent leurs hommages, comme tous les corps constitués de la ville. Ils composèrent, en leur honneur, plusieurs pièces de poésie qui furent publiées sous ce titre: Recueil de quelques pièces de poésie françoises et latines à rhonneur de Monseigneur le duc de Bourgogne et de Monseigneur le duc de Berry, présentées à Lyon à Monseigneur le duc de Bourgogne, par le collège de la Compagnie de Jésus. A Lyon, de l'imprimerie de Marcellin Sibert, rue Confort, à l'épée royale avec permission, in-4. (Bibl. Méjanes, Recueil 481 6). Les pièces sont signées par de simples initiales : Aucune n'est du P. Daugières, qui était peut-ôirc encore à Toulon. Il avait composé vers la même époque, sur l'élection du duc d'Aujou au trône d'Espagne, une pièce de vers latins traduite en français par M. Guintrandy d'Aix. — Carmina, p. i56-i63.

(2) Voir trois distiques : In Musas quod me interpellent docendae Theologiae Munere occupatum. Carmina, p. 254. Cfr., les pièces sur des sujets théologiques ou philosophiques, p. -231-232- 241-246-247-299-302-312, etc.

vait volontiers les conseils de ses amis qui l'exhortaient à ne pas abandonner la poésie (i).

Parmi la série nombreuse des poètes latins du siècle de Louis XIV, le P. Daugières,sans briller au premier rang, tient honorablement sa place (2). Dans Arles, il

(i) « Cur pater optasti Clarium deponere Phœbum, Qui modo deraeritus signifer hujus eris ?... Ut semel aonio repleveris intima potu, Non licet a sacris abstinuisse modis...

Diceris urbishonos, nostri quoque fama Leonis, Te rugiet, lacera sit licet ille jubâ.

Miles avarus opum vellus detraxit opimum, Restai et irabellis vellus et ungue carens. Tu reparas vires, armos, unguesque ccmamque, Oppositos hostes fte modulante) feret, Scribere ne cesses, iterata volumina conde; Est tibi Pieridum dedita nempe cohors, Non his invideat divina scientia Patrura. Divinœ vates semina mentis habent... Ovid... » Juvenilia, p. 143-144, Ad. R. Patrem Albertum Daugerum, Soc. Jesu Responsura. (Probablement en 1679).

Varadier de Saint-Andiol.

(2) L'abbé Vissac, op. cit., le mentionne avec éloge avec le P. Ant. Millieu (J575-1646), et le P. Fellon, (1672-1759), tous les deux professeurs au collège de la Trinité de Lyon. Titon de Tillety à la fin de la table du Parnasse, Edit. de 1732, in-fol., cite les noms « de quelques françois qui ont donné des poésies letines sur lesquelles on peut consulter Baillet dans son livre des Jugemens des Savans, t. IV et V. » Il y a beaucoup de Jésuites et entre autres le P. Daugières. Il ajoute qu'on trouve de ses vers dans un Recueil intitulé : Ars Metrica. Nous avons consulté l'édition de Baillet, donnée, en 1732, par M. de la Monnoye, mais nous n'avons pu rencontrer la notice sur le P. Daugières, tandis que nous avons vu celles de ses confrères. Varadier de Saint-Andiol n'est cité non plus, qu'à l'occasion de sa traduction delà vie de Jésus-Christ, par Robert Arnaud d'Andilly. V. Parnasse François, p. 845, et Baillet, notice, n° ibzS.

Les œuvres du P. Daugières sont aujourd'hui fort rares et fort peu lues, bien qu'elles ne manquent pas d'agrément.

était regardé comme une illustration, non sans quelque raison. Terrin lui-même osait le comparer à Virgile et à Horace. Il avait été le condisciple et il était resté l'ami de plusieurs académiciens avec lesquels il conservait les relations les plus cordiales.

Il ne cessa donc de s'intéresser à l'Académie, et il était tout indiqué pour en faire partie. Néanmoins, quoique son admission dans « le petit corps » ne fasse pas de doute, il nous est impossible d'en préciser la date. On se rappelle qu'il avait été décidé dans la séance du 3i octobre 1666, (t. I, p. 55), de ne plus recevoir à l'avenir aucun religieux, même comme externe, durant la vie du P. Vinay. Or, ce dernier est un des rares académiciens dont nous ignorons la date de la mort, mais il vivait encore en lôyS. A cette date, le P. Daugières habitait Avignon, il faisait partie du petit groupe de lettrés avignonais,dont parle le Registre, et qui correspondaient avec l'Académie. Le Registre les appelle même académiciens externes (i).

Bien plus, lorsque Ferrier sollicita son admission à l'Académie d'Arles, le 3 octobre 1673, il se prévalut de la recommandation du P. Daugières. Il faut donc conclure que ce dernier, s'il n'était pas encore de l'Académie , y avait de nombreux amis. D'ailleurs,

(i) Voir t. I, p. 262-263, Registre, fol. 1 12 verso. Mémoires de juin, juillet, août 1673. Voir, quatre distiques latins adressés par le P. Daugières à l'Académie d'Arles, Carmina, p. 255.

ses travaux poétiques avaient été appréciés, l'Académie en avait reçu l'hommage avec plaisir (i), des académiciens les avaient traduits, et, en avril 1674, M. l'abbé de Barréme proposa de joindre la traduction de Maestricht rendu au Recueil des pièces qu'on devait envoyer au protecteur (2).

Le P. Daugières s'associait aux travaux de l'Académie : Il composa un poëme latin sur l'obélisque consacré au Roi, et le fit présenter à l'Académie, le 24 avril 1676 (3). Ce poëme fut imprimé sur une feuille

(i) « Le R. P. Daugières natif de cette ville d' Arles, compose un poëme latin à l'honneur du roy. Le R. P. Vinay, minime, et le sieur de Ferrier (en marge : deux académiciens de la royalle Académie), en font une traduction en vers françois et l'envoyent à ces Messieurs. Ils les trouvent justes, et Tune et l'autre, et louent avec beaucoub de complaisance les soins de leurs confrères ». Mémoires de juin, juillet,août 1673, Regist., fol. 1 12, verso. Ce poème de ig5 vers hexamètres est reproduit dans les Carmina, p. 19--7, sous ce titre : Ludovico magno post expugnatum Trajectum ad Mosam, anno lôyS.

(2) Voir t. I, p. 262-263-280. c( [.e Révérend Père Vinay et M, Ferrier l'un et l'autre académicien de la Royalle, envoyent d'Avignon un imprimé à la compagnie, qui porte pour titre ; Maestricht rendu. C'est une traduction en vers héroicques du poème latin qu'a composé le R. P. d'Augières à l'honneur du Roy. Ces deux accademiciens sont loués non seulement de l'esprit et de l'éloquance poétique dont leur traduction est toute pleine, mais encore du zelle pour la gloire de Sa Majesté qu'ils font parestre. M. l'abbé de Barréme, directeur, propose d'envoyer cette pièce à Paris, avec le recueil de celles qu'on avoit desjea résolu d'envoyer. » Avril 1684, Registre, fol. i 18, verso.

(3 ) Dans l'Kdition de i 708, ce poëme porte la date de 1 675. Registre, fol. 146 verso. « L'assemblée se faict chez M. labbé de Boches, à cause de l'embarras que le chapitre des Cordelliers

volante et répandu dans le public. C'était alors l'usage et plusieurs des poésies du P. Daugières parurent ainsi isolément. Il est très difficile de les indiquer, car ces feuilles volantes sont rares et ne se retrouvent guère que dans quelques recueils de bibliophiles (i).

D'après le Ms 1060, le P. Daugières aurait été admis à l'Académie d'Arles, le i5 mars 1671. Ce jour-là,

apporte dans leur couvent. On faict voir un poëme latin sur Tobélisque d'Arles, composé par le R. P. Daugières, jésuiste. On en faict la lecture et l'on admire l'art et l'œconomie de cet ouvrage, M. Bouvet se charge d'en faire une traduction françoise. » Cfr. t. I^ p. Sog. Voir cette pièce de 148 hexamètres, intitulée : Obeliscus Arelatensis régi consecratus, carmen A, D. S. J., in-4", 6p.,Ms 545, et Recueil C.3295,Bibl. Méj., Edit.de 1708, p. 48-49.

(i) Voir au fonda Nicolaï, carton 33, pièce 82, et dans le Ms 545, les 87 hexamètres : Diana Arelatensis régi, (i6S3), reproduits dans TEdit. de 1708, p. io3. Il y en a une traduction, en 72 vers, dans le même Ms 546, 2 p. in-4, s. 1. n. d., mais avec une vignette des Mesnier. Ferrier fit imprimer aussi sa traduction de Maestricht rendu.

« M, d'Estoublon expose à ces Messieurs assemblés le désir de M. Ferrier et la traduction qu'il a faicte du poëme du R. P. Daugières, jésuisie ; on le lict, on Texamine, on le loue sans flatterie aux endroits qui sont dignes de louange,on y remarque peu de faiiltes et Ton prie M. le secrétaire d'en donner advis audict Ferrier, tout cela se faict avec diligence et grande sincérité de la part de l'Académie, mais le poëme estoit imprimé lorsque le sentiment de ces Messieurs fust envoyé en Avignon, c'est pour cela qu'on peust dire qu'il n'a pas eu autant d'estime et d'approbation qu'il en méritoit ». En marge : « M. le duc de Saint-Aignan monstre la traduction du sieur Ferrier à l'Académie françoise. C'estoitle P. Daugières qui l'avoit pansé et composé en latin, en vers héroïques, Epinicium, ou chant de victoire, l'appelloit-il, sur les victoires du Roy, etc., 1675. v Mémoires de mars 1675, Registre, fol. 128, verso.

il y eut, en effet, une séance qui se tint chez M. de Boche, mais le Registre est muet sur l'admission du P. Daugières. Il n'en est parlé nulle part ailleurs; cependant l'abbé Flèche, dans sa lettre relative à la Vénus, datée d'Arles, le 12 juillet 1684, et insérée dans le Mercure de juillet, (p. 256-273), appeHe le P. Daugières « l'un des principaux ornemens de cette florissante compagnie. y> Le doute n'est donc pas permis. On sait que le P. Daugières fut le principal champion de Diane, contre Terrin. En dehors des écrits qu'il publia à ce propos, son œuvre capitale est un recueil de poésies latines et françaises, et de harangues classiques, où l'on remarque une grande pureté de style, un esprit brillant et solide, une imagination féconde, toutes les qualités d'un humaniste et d'un professeur de grand mérite.

L'archidiacre de S*- Andiol, poète lui aussi, engageait fort le P. Daugières à ne pas abandonner la poésie latine, et lorsque le volume parut, il répondit à l'hommage que lui en fit le P. Daugières, par une pièce de vers, qui nous semblerait beaucoup trop élogieuse, si nous perdions de vue que c'est un poète qui loue un autre poète :

« Discite Pieridum vos qui juga sacra tenetis, Antiquis vatem nos habuisse parem.

Non hcroa suum melius Maro carminé scripsit, Hicquam Gallorum principis acta dédit.

Neve pudorato Nasonem carminé vinci Te pudeat ; puro nam sacer iste Deo est. Nomina clara tuis numeris Daugerius auges ; His Arelatensis tu decus urbis eris (i). »

Ce Recueil eut l'honneur de trois éditions successives. Il parut d'abord sous ce titre : Carminum libri quatuor cum duabus prolusionibus Academicis, Lugduni, Anisson, i vol. in-12, 1678. Il fut réimprimé en 1694(2) ; enfin, quelques mois avant la mort de l'auteur, une troisième édition fut publiée à Lyon, avec de notables additions, comme l'atteste le titre : Alberti Daugières E societate Jesu Carmina et proliisionês Academicœ. Editio tertia média prope parte àuctior , Lugduni, Sumptibus Ludovic! Declaustre, ante iEdes Magni CoUegii MDCCVIÏI, Cum privilegio régis (3).

(i) Juvenilia, p. 145 : Pro libro excusso.Œpigramma. Joignons-y ce distique, également p. 145 :

Nos eadem genuit diverso patria fato ; Omni nam careo lumine, tuque scates.

(2) Carminum libri III, cum aliquot prolusionibus, Editio se- .cunJa auctior. Lugduni, 1694, petit in-S.

(3) Ce volume, in-8, comprend 409 p., plus i5 p. pour les titre, préface, approbations, privilège et tables. Il est divisé en quatre livres: Heroica, Elegiaca, Lyrica, de Prolusionibus Academicis. La première pièce est un poème sur la naissance du Dauphin, en i66ï. Puis suivent d'autres pièces sans ordre ni classement. Il y a de nombreuses poésies sur les victoires de Louis XIV, et, dans la préface, le P. Daugières explique que si la victoire a abandonné pour un temps le drapeau français, il n'en est pas moins vrai que la série des triomphes de Louis XIV est inouie dans l'histoire.

^Notons les pièces sur l'Obélisque d'Arles, sur l'amphithéâtre^de Nîmes, la traduction d'un sonnet de M. de Sabatier, la Prise de Maestricht, la Prise de Namur, la Diane d'Arles donnée au roi, une série d'élégies religieuses, une élégie sur la mort de Tu-

Le volume se termine par le compliment adressé aux prévôt et échevins de la ville de Lyon, le 3 juin 1708, à l'occasion de l'anniversaire de la fondation du Collège (1608) que l'on fêtait tous les ans, le jour de la Trinité. C'est là vraisemblablement la dernière œuvre du P. Daugières.

L'édition de 1708 n'est dédiée à personne : nous n'avons pas eu sous les yeux celles de 1678 et de 1694, mais cette dernière fut dédiée à M.Jean Louis dePonat de Combes de Garcin, conseiller à la cour des comptes du Dauphiné. V. p. 201-204 de l'édition de 1708, les vers qu'il lui adressait « cum illi dicaretur iste liber editus anno 1694, média fere parte minor. )^ Il résidait alors à Toulon :

Acclivis locus est (finxit provincia nomen), Ruris ubi aprici mollior aura tepet, Hic ficus venit et soboles felicis olivae, Et casia et nitidis aurea mala comis...

Avait-il connu M. de Garcin à Grenoble durant un séjour dans cette ville ? Nous ne savons.

Le P. Daugières ne pouvait entretenir qu'un commerce de lettres avec l'Académie, ses fonctions le retenant loin d'Arles, mais il était un des « externes » dont celle-ci pouvait s'enorgueillir.

renne, une épigramme contre le duc de Savoie, en 1707, une autre sur le cardinal Bona, une épitaphe de Bourdaloue, diverses pièces sur les querelles de la grâce, une ode à J.-B. de Grignan, archevêque d'Arles, etc. Les Prolusiones de la 4* partie sont intéressantes à étudier.

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