‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 5 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Vertron et rAcadémie, de 1684 à 1687. — Le Parallèle Poétique. — Le Nouveau Panthéon. — Les Epitres de Sabatier. — Les Véritez de la Religion, par l'abbé Petit.

Depuis plusieurs années, Vertron et le duc deSaint- Aignan entretenaient les rapports les plus sympathiques. Il y avait entre ces deux hommes de nombreux points de contact : ils étaient unis parle même amour pour les exercices académiques, et plus encore par le même culte pour Louis XIV, qu'ils ne cessaient de célébrer, dans leurs vers. Leur ami commun Donneau de Vi:{é nous en fournit les preuves les plus convaincantes, dans le Mercure, où nous trouvons sans cesse leurs deux noms accolés. L'Académie d'Arles bénéficiait de ces bonnes relations qui lui assuraient, entre autres avantages, la publicité bienveillante du Mercure Galant, très critiqué déjà, mais encore très répandu dans le monde des lettres (i).

^ Nous avons dit (t. II, p. 284) que Vertron fut délégué par ses confrères d'Arles, en 1684, pour présenter

(1) En 1689, la Bruyère devait le placer « immédiatement audessous de rien v, mais il faut noter qut le Mercure était l'orjane de la coterie puissante hostile au moraliste.

au roi et à l'Académie française, l'Estampe de la Vénus, offerte au roi et installée dans la grande galerie de Versailles. Il avait conçu le dessein de publier un récit détaillé de la querelle delà Vénus (i), mais d'autres travaux l'absorbèrent, sans parler de l'histoire de Louis XIV en latin, dont il s'occupait (2).

Au commencement de l'année i685, Vertron avait présenté à Louis XIV des vers de sa façon, sur le parallèle du roi avec tous les grands princes de l'anti-

(i) « Dans quelque temps, à la sollicitation de mes amis, Je donneray au public les raisons qui ont causé tant d'agréables contestations parmi les sçavans, et je mettray au jour les pièces galantes et sérieuses qui m'ont esté addressées pour et contre, soit en prose, soit en vers sur ce sujet ; cependant, pour satisfaire mon lecteur, je diray que le R. P. d'Ogier, jésuite, fut l'avocat de Diane, et que M. Terrin, conseiller au présidial d'Arles, fut celuy de Vénus. Je prononçai dans l'illustre Académie françoise un discours en forme de plaidoyé, j'y fis le personnage d'un avocat général, j'expliquay tous leurs moyens, et je conclus pour Diane ; mais enfin mes conclusions ne furent pas' suivies ; Vénus gagna son procès. » Le Nouveau Panthéon, p. 63, 2» partie.

(2) Racine et Boileau, nommés historiographes du Roi, en 1677, renoncèrent à écrire l'histoire de Louis XIV, convaincus que c'était une œuvre impossible « à moins que de vouloir ne donner que de fades extraits de Gazettes, comme ont fait les misérables écrivains qui ont voulu se mêler de faire cette histoire. » Lettre de M. de Valincour, citée dans l'Histoire de l'Académie française, in-12, 1730, t. II, p. 371. Peut être y a-t-il là une allusion à Vittorio Siri, (i6o8-i685), le bénédictin de Parme qui avait l'emploi d'écrire l'Histoire du Roi en italien, et qui en avait imprimé plusieurs volumes sous le nom de Mercurio, lorsqu'il mourut à Paris, le 6 octobre i6S3. Voir le Journal de Dangeau, 7 octobre i685.

quité (i). Louis XIV avait reçu ce Parallèle avec reconnaissance, l'avait lu et en avait félicité l'auteur, en ajoutant : « Je pourrais vous louer davantage, si vous ne m'aviez pas tant loué » Vertron, racontant ces détails dans une lettre à M"*^ de Scudéry, manifeste toute sa satisfaction, puis il continue : « L'accueil favorable que le roi a fait à son parallèle, que j'ai eu l'honneur de lui présenter, et les nouvelles grâces que cet ouvrage m'a attirées de Sa Majesté, m'ont excité, pour lui en marquer ma joie et ma reconnaissance, à proposer son portrait pour prix à celui ou celle qui feroit le plus beau sonnet à sa gloire, soit en le comparant avec tous les princes surnommés grands, ou bien avec quelqu'un d'eux en particulier (2), »

Les concours académiques passionnaient les esprits, au XV li® siècle. Nous en avons déjà dit un mot plus haut, et il nous faut revenir sur ce sujet cher au duc de Saint-Aignan, qui trouvait ainsi le moyen de flatter Louis XIV et d'exercer son goût pour la poésie. Vertron ne pouvait manquer de le suivre dans cette voie

(i) Vertron fit imprimer ces vers sous le titre de Parallèle de

-ouis-le-Grand avec les princes surnommez grands. Par M. de

'Vertron, historiographe du Roy et de l'Académie d'Arles. A Paris,

fchez Jacques Le Fèvre, au Palais, i685, in- 12. Il est signalé dans

la République des Lettres de septembre i685, et BayJe assure,

ins le compte-rendu, que ce n'est pas la première preuve que Vertron ait donnée de son éloquence et de son esprit.

(2) Nouvelle Pandore, t. II, p. 269-71.

et de prendre part, à ces luttes poétiques, dont le duc de Saint-Aignan avait été le promoteur.

Le sujet qu'il indiquait, déjà traité dans le Mercure, dès 1681, était fait pour tenter les versificateurs du temps, qui étaient en nombre incalculable. Il vint des sonnets de tous les coins de la France (i).

Sonnets et bouts rimes étaient très à la mode et le furent longtemps encore. Dans le Mercure Galant de septembre 1694, p. 246, nous lisons une requête (en vers) des sonnets contre les bouts rimes, par Vertron. C'était une réponse à un Rondeau contre les Bouts rimes qui lui avait été adressé. V. Mercure d'août 1694, p. 200 et sqq. Dans ce même numéro du Mercure^ à propos des bouts rimes des Lanternistes de Toulouse,

(i) « L'excellence du sujet a exercé les plus célèbres académiciens du royaume et même l'envie de mériter votre portrait. Sire, a excité les plus beaux esprits du royaume à employer leur veine et leur génie.» disait Vertron dans sa Dédicace. Parallèle Poéti" que, 1686. « Après la lecture des pièces composées sur le Parallèle de Sa Majesté.., pour surcroît de plaisir, je te donne un recueil de sonnets en bouts rimes, c'est à dire de ceux qui ont remporté les prix, ceux qui les ont disputés et même ceux qui y aspirent, parce que tous les prix ne sont pas encore distribués vu la grande quantité de sonnets... Il est bon de te faire souvenir que Mgr le duc de Saint-Aignan, à qui la gloire de Sa Majesté est chère...., a le premier excité les beaux esprits du royaume à excercer leurs veines poétiques à la louange de notre auguste monarque. » L'imprimeur au lecteur, en léte du Recueil de Sonnets en bouts rimez, 4» pièce du Recueil B. L., 8932, Arsenal. L'imprimeur, c'est à dire Vertron, qui le fait parler, annonce que Vertron distribuera un nouveau prix le 25 août 1 686, et que le duc de Saint- Aignan sera hors concours. Voir t. II, le chap. X en entier.

il est dit que « les ouvrages de cette nature ne sont pas plutôt proposés que l'on en est inondé », p. 283, et qu'il en reste plus de cent, sur les Bouts des Lanternistes, mais que le public commence à s'en lasser (i).

Vertron qui avait été juge d'un concours ouvert en 1682, par le duc de Saint- Aignan, (voir t. II, p. 389), pria ce dernier de lui rendre le même service. Le duc accepta avec reconnaissance, tout confus, dit-il, des bontés de Vertron, qui avait l'intention de lui adjoindre, comme juge, le duc de Nevers. Saint-Aignan offrit à Vertron de le venir prendre, le jeudi 23 août i685, pour aller chez le duc, vers les 9 heures du matin, après quoi il assisterait, le soir vers 3 h , à la séance de l'Académie française. Il lui disait, en même temps, qu'il avait parcouru tous les sonnets et que son choix était presque arrêté sur le sonnet du P. Mourgues, S. J., ou celui de M. Morel, maître de musique du roi (2).

Ce fut le P. Mourgues qui remporta le prix, et M™e de Saliez obtint un accessit. Le résultat du concours fut publié le 25 août, jour où l'Académie fran-

(i) Les dix Lanternistes de Toulouse décernaient un prix au ^meilleur sonnet en bouts rimes, depuis lôqS, et, durant plus de dix ans, le Mercure parla chaque année fie ce concours. Voir dans le Mer cuf^e de juin 1694, p. 121-145, une note sur les réunions littéraires de Toulouse, et dans le Mercure d'avril 1694, p. 1 14- 123, une autre note spéciale sur les Lanternistes.

(2) Parallèle Poétique..., 1686, in-8, pièce I, au commence-* ment, pièces liminaires. Les sonnets du P. Mourgues et de M"" de Saliez sont p. 3 et 5, celui de Morel, p. 23-24. .Arsenal B. L. 8932.

caise décernait ses prix, et le A/ercwreen rendit compte : a M. de Vertron, de l'Académie royale d'Arles, dont je vous ay parlé plusieurs fois, ayant fait un livre intitulé: Parallèle de Louis- le-Grand avec les princes qui ont esté surnomme^ grands, a proposé le portrait de Sa Majesté, pour prix du plus beau sonnet qui seroit fait sur cette mesme matière. M. le duc de Saint-Aignan et M. le duc de Nevers, qui ont esté nommez juges, ont donné le prix à un inconnu, qu'on a sceu depuis estre le P. Morgues, jésuite. Il passe pour un habile orateur et pour un grand mathématicien, et a fait imprimer, depuis quelques mois, un livre très estimé touchant les règles delà poésie françoise. Voici son sonnet :

« Grands par un ample amas de glorieux exploits, Grands par tant de bienfaits, grands par tant de sagesse, Grands par une puissance assujetie aux loix. Grands par mille revers soutenus sans faiblesse,

Vertron, ces grands héros ont rampé quelquefois, Tu trouves à chacun quelque endroit qui l'abaisse, Il n'est qu'un seul mortel grand par tous ces endroits, Devant Louis-le-Grand, tout le reste est bassesse.

Tu leur ostes pourtant moins que tu ne leur rends. Comparez à Louis, ils se trouvent plus grands, Céder ne peut icy tirer à conséquence.

Leurs titres de grandeur n'en seront pas plus vains.

On peust estre au-dessous du héros de la France,

Et beaucoup au-dessus du reste des humains. » [P. 242).

M™« de Saliez, viguière d'Alby, dont je vous ay envoyé plusieurs ouvrages, a fait le sonnet suivant :

« Grand roy, qu'on est heureux de vivre sous les loys... Vous paroissez, grand roy, grand aux yeux de Dieu mesme(0.i»

Vertron réunit sans retard les meilleures pièces, pour en former comme un «bouquet composé des- plus belles fleurs du Parnasse», et il supplia le roi d'accepter ce Parallèle Poétique comme un témoignage de sa reconnaissance, « en attendant que le vainqueur vienne mettre aux pieds de Vostre Majesté les fruits de sa victoire (2). «

Le P. Michel Mourgues avait été professeur au collège d'Arles (1667), ^^ enseignait alors la rhétorique à Toulouse. Vertron ne le connaissait encore que de réputation, mais il le vit à Paris peu après, et se déclara fort satisfait (3).

(i) Mercure de septembre i685. p. 240-244. Dans le Mercure de février 1686, 2» partie, p. 3i i-3i8, il y a diverses poésies françaises et latines à l'honneur du Roy, sur la destruction de l'Hérésie et les conversions présentes, par Vertron, le P. Mourgues et M'"^ de Saliez.

(2; Dédicace au roi. Vertron, dans la lettre déjà cité à M"« de Scudéry, lui envoyait le sonnet du P. Mourgues. Il lui annonçait qu'il faisait imprimer le recueil des meilleures pièces présentées pour l'offrir au roi, sous les auspices deson Mécène et qu'il lui en adressera un exemplaire. Cette lettre doit être antérieure au mois de septembre 1C86. Elle ne porte pas de date dans la Pandore. Le sonnet du P. Mourgues est encore cité dans \& Parallèle Poétique, p. 3-4, et dans la Pandore, t. II, p. 272-273. Vertron adressa au P. Mourgues une épigramme placée à la fin du Pa^2^/^eo^^ ; « Dicta probas, loqueris dum Phœbo digna, quid autem Phœbo digna i Imo Principe digna canis. »

(3) Nouvelle Pandore, t. II, p. 295-298. Lettre à M'"« de Saliez à qui il annonce que le P. Mourgues est venu le voir, et a répondu à ridée qu'il en avait.

Parmi les concurrents il faut citer M. Maf^nin, de l'Académie d'Arles, et M. Delaistre, avocat au Parlement, qui est probablement celui dont nous avons signalé l'admission, en 1682, (t. II, p. 285), M. Maltrait, de l'Académie de Nîmes, MM. Mignot et de La Barmondière, de l'Académie de Villefranche. Il y a aussi des sonnets de divers membres « de la petite . assemblée du Havre » désignés par leur pseudonyme. Cette assemblée était une sorte d'Académie organisée par le duc de Saint-Aignan. Les membres étaient au nombre de douze et avaient adopté un nom de guerre, Alcidor. Gygès, Sylvie^ la Belle Nourriture, etc., aussi la désignait-on sous le x.\Xvq dJ Académie des Anonymes ( i). Il y a souvent des pièces émanées de cette réunion dans les Extraordinaires du Mercure, et on en rencontre dans les divers recueils de Vertron

Antoine Magnin composa lui aussi un Parallèle de Louis XIV, sur les mêmes données que Vertron : son œuvre tut imprimée la même année et jointe au même

(i) Nous ne savons à quelle date précise cette société remonte mais il en est question en 1682, et voici ce qu'en dit Vertron :

« La petite Académie des Anonymes est composée de personnes choisies de l'un et de l'autre sexe, qui changent souvent de nom et qui donnent au public des pièces sérieuses et galantes, sans vouloir être connues, pour en sçavoir le jugement afin d'en profiter ; le nombre est de douze : et comme leur principal employ est de louer notre incomparable Monarque, le corps de leur devise sont les douze signes du zodiaque avec ce mot : ^qualis gub sole labor. » L'imprimeur au lecteur, en tête de la pièce 4» du Recueil B. L. 8982 de l'Arsenal. V. Nouvelle Pandore, t. I, p. 3 16.

recueil. Elle est dédiée au duc de Saint- Aignan, comme un essai de ses exercices académiques. « J'aurais bien dû craindre, dit-il, Monseigneur, que l'essay que je fais icy ne fit trop distinguer ma témérité, mais le titre d'académicien royal dont vous m'avez voulu honorer m'imposant une espèce d'obligation de vous donner une marque de ma reconnaissance, j'ay cru que la dignité du sujet serviroit d'excuse à ma faiblesse. » Suit un sonnet à Vertron. A la fin de ce Parallèle, il y a des « devises sur le parallèle, composées par M. de Graver oies, de F Académie royale de N ismes » , p . 42 -48 . Ces devises avaient été approuvées par l'Académie de Nîmes, à sa séance du i" août i685, en même temps qu'un sonnet et une devise de M. Maltrait (r). Le Parallèle Poétique fut traduit, en partie, en strophes latines par M . de Sainte-Croix Charpy et offert au Dauphin. Cette traduction fut imprimée au Havre, en 1686, en même temps que le Parallèle (2). Dès

(i) «M. Graverol a lu dix-neuf devises qu'il a faites sur le parallèle de Louis-le-Grand avec dix-neuf princes qui ont été surnommés grands. M, Maltrait a apporté un sonnet qu'il a composé à la louange du roi, pour expliquer une devise, dont le corps est un grand cèdre, entouré de plusieurs pins, et qui s'élève au dessus d'eux ; et l'âme, non œque ad sydera : et comme il doit envoyer ce sonnet à M. de Vertron, il a prié la compagnie de lui en dire son avis, et d'y faire les corrections qu'elle trouvera à propos. La compagnie après avoir examiné ce sonnet, l'a approuvé ei a délibéré qu'il seroit mis dans le Registre. » Ménard, Hist. de Nîmes, 1755, t. VI, preuves, p. i3-2.

(2) Traduction du Parallèle de Louis-le-Grand, ou l'abrégé des grands, dédiée à Mgr le Dauphin, par M. de Sainte-Croix-Charpy,

i685, il avait couru le public, peut-être en manuscrit, après avoir été offert à Louis XIV. Une lettre de Vertron à Graverai nous apprend que le recueil parut vers la fin du mois d'août 1686, en même temps que le Nouveau Panthéon, « expliqué par des inscriptions qui peuvent servir à l'histoire de Sa Majesté (i). »

Ce dernier ouvrage (2) est dédié au roi, à qui Ver-

au Havre de Grâce, chez Jacques Gruchet, imp. et libr. de Mgr le duc de Saint-Aignan et de la ville, 1686, in-8<',i4 pages.

(i) Ces deux ouvrages sont parfaitement distincts, quoi qu'en disent les notices sur Vertron. Le témoignage contemporain des Registres de l'Acad, de Nîmes ne permet pas le moindre doute.

« Délibération de l'Académie royale de Nismes. Du 1 1 septembre I 686... On a encore lu une lettre, par laquelle M. de Vertron, historiographe du roi, prie M. Graverol, à qui cette lettre est écrite, d'apprendre à la compagnie l'heureux succès qu'ont eu deux livres qu'il a fait imprimer depuis quelques jours à Paris, l'un sous le titre de Nouveau Panthéon, l'autre sous celui de Parallèle Poétique. » Ménard, Histoire de Nîmes, t. VI, preuves, p. 143. Voir plus haut, t. H, p. 284 en note.

(2) En voici le litre exact : Le Nouveau Panthéon, o\i le rapport des divinitez du paganisme, des héros de l'Antiquité et des princes surnommez grands, aux vertus et aux actions de Louis-le- Grand, avec des inscriptions latines et françoises en vers et en prose, pour l'histoire du Roy, pour les revers de ses médailles, pour les monuments publics érigez à sa gloire et pour les principales statues du palais de Versailles. Par M. de Vertron, de l'Académie royale, Historiographe de Sa Majesté. A Paris, chez Jacques Morel, au deuxième pillier de la grande salie du palais, au palais, au grand César, et Henry Charpentier au mesme pillier, du costé de la Chapelle, au bon Charpentier, m.dc.lxxxvi. Avec permission, i vol. in-12. Il y a cinq gravures de Jean Sauvé. Ce volume n'offre pas une paginaison continue ; il y a d'abord 18 pages non numérotées, puis la notation commence par la page 27 (y aurgit-il une lacune dans l'exemplaire de la Bibliothèque

~ 55 — tron parle en ces termes : « Sire, pendant qu'on érige à la gloire de Votre Majesté, dans les principales villes de son royaume des statues, des obélisques, des arcs de triomphe et d'autres monumens publics, qui sont autant de témoignages de l'amour de ses fidelles sujets; j'ay cru luy devoir donner à mon tour des marques de ma reconnaissance, en luy élevant un temple magnifique... Mais, Sire, je ne me contente pas de vous élever descolomneSjde vous dresser des statues, de vous ériger des pyramides, et de vous bâtir un temple, j'accompagne encore ces monuments publics d'inscriptions différentes, et toutes à la gloire de votre auguste Majesté. J'en ay fait aussi pour servir à des revers de ses médailles ; et j'ose espérer que si elle a la bonté, et le temps de les lire, elle y verra l'abrégé de son Histoire... Je confesse néanmoins, que dans le Parallèle de Votre Majesté, dans mes autres ouvrages, comme dans celuycy (i), je n'ay pu faire qu'un portraict ébauché de

d'Aix ? nous ne le croyons pas), entre les p. 46 et 47, deux feuillets non numérotés ; après la p. 69, deux feuillets non numérotés, puis commence une autre paginaison, 97 p., et au bas le permis d'imprimer, 18 avril 1686. Enfin, il y a 22 p. non numérotées qui terminent le volume.

{i) Le Nouveau Panthéon est une sorte de développement du Parallèle Poétique . Vertron écrivait à Régnier Desmarais : « Marquons en particulier par des inscriptions latines les vérités que j'ai fait voir en général dans le Parallèle de Sa Majesté: disons donc en un langage qui soit universel et immortel, que Louis-Ie-Grand est plus généreux qu'Alexandre, plus prudent c]u'AntioLUs, plus estimé que Pompée, plus pieux que Constantin,

cette grandeur suprême qui est au dessus de tout ce qu'on peut imaginer. »

Vertron met Louis XIV au dessus de tous les Dieux, puis de tous les liéros, enfin il nous donne une série d'inscriptions latines et françaises t. qui comprennent toute l'histoire de Louis-le-Grandet qui peuvent servir à des revers de médailles et à l'explication des tableaux des principales actions de sa vie et des plus beaux événemens de son règne »

C'est la partie la plus considérable du Recueil (97 pages). On y remarque les inscriptions pour la statue de la^place des Victoires, pour les palais et les jardins royaux, pour diverses statues du roi, les unes en latin les autres en français. C'est un inextricable fouillis : Louis XIV est un Dieu, le soleil de la France, l'Apollon, le Jupiter, l'Hercule français. Jamais la flatterie ne s'est étalée avec une semblable affectation, et l'on a peine à s'expliquer comment Louis XIV put agréer la dédicace d'un semblable ouvrage. Il est vrai que le permis d'imprimer, signé De la Reynie, est daté du 18 avril 1686, et que trois semaines auparavant Louis XI V, retenu à Versailles par la maladie, avait envoyé le Dauphin présider à l'inauguration de la statue

plus modéré que Théodose, plus constant qu'Othon. Ajoutons à tout cela que notre incomparable prince a plus de zèle pour la religion que Clovis, plus d'amour pour les belles-lettres que Charlemagne, et même plus a'humanité qu'Henri IV, en un mot que l'Empereur des François est le grand des grands. » Nouveau Panthéon, 2" partie, p. 22,

de la Place des Victoires, (28 mars 1686), cette scandaleuse apothéose, imaginée par le duc de La Feuil^ lade. Les inscriptions gravées sur le piédestal de la statue furent rédigées en latin et en français, par l'abbé Régnier Desmarais , secrétaire perpétuel de l'Académie française (r). Vertron y avait travaillé, mais on lui préféra Régnier ; c'est ce qu'il nous apprend dans une lettre à cet académicien, auquel il communiqua son projet d'inscription ; le tout inséré dans le Nouveau Panthéon (2).

Vertron n'avait, en composant son Panthéon, que le désir de louer Louis XIV. « Je n'ai pas prétendu,

(i) Voir dans l'Histoire de Louis-le-Grand par les médailles, e'tc, du P. Ménestrier (in-fol., Paris, 1700), avant la page 79 une gravure in-fol. de J. B. Nolin (1687) représentant la place des Victoires, Le Roi est debout sur un socle élevé et la Victoire l'pose une couronne sur sa tête. Le piédestal est orné de trophées, de Médailles, de bas reliefs et d'inscriptions sur les actions glorieuses du roi, en vers latins et en français. Aux pieds du Roi, iur le piédestal, on lisait ces mots : Viro immortali, qui servirent de thème à tant d'audacieuses flatteries.

(2) « J'ay lu avec beaucoup de plaisir vos inscriptions. Je vous envoyé les miennes, qui n'ont pas la beauté des vôtres ; mais n'importe, c'est un hommage qu'on doit rendre à son vainqueur : J'avoue sans honte ma défaite, et sans peine je vous Prends les armes. Ainsi, Monsieur, loin de m'affliger de vôtre vic- ^toire, je m'en réjouis avec vous ; et vos plus cbers amis, comme vos illustres rivaux confessent avec moi, que vous avez remporté^le prix sur eux, non point par la brigue, ni par la cabale ; mais par justice. Pour moi qui ne me pique pas d'être poète, et qui regarde la poésie comme un divertissement, je n'ai fait des vers que pour obéir aux ordres de Sa Majçsté. » Nouveau Panthéon, y>. i5-i6, 2» partiç.

dit-il, dans sa préface, m'ériger en Réformateur des Inscriptions qui ont déjà esté faites pour les monumens publics, ny en surintendant de celles qui sont à faire : Je sçay par expérience, que la capitale et les principales villes du royaume, où l'on élève tous les jours des statues à la gloire du Roy, et où l'on frappe des médailles de Sa Majesté, abondent en beaux esprits, plus capables que moy d'exprimer noblement les vertus éclatantes de notre auguste monarque , ses fameux exploits, et les plus considérables événements de son règne, également heureux et glorieux. Mon dessein a esté uniquement de plaire à Sa Majesté, qui a eu la bonté d'agréer mes essais académiques, sur cette vaste et riche matière qu'on ne sçauroit assez souvent, ny trop délicatement traiter. »

A cette date de 1686, à la veille de la publication du Siècle de Louis XIV de Perrault, la question de la langue qu'il convenait d'employer danslesinscriptions était encore pendante, bien que la grande galerie de Versailles eut reçu les pompeuses inscriptions françaises de Charpentier, qu'on dut remplacer plus tard. Vertron, en sa qualité àliist or io graphe latin, devait préférer le latin, et de fait, il félicite Régnier Desmarais d'avoir adopté cette langue, mais pas plus que lui il ne repousse le français, pour louer Louis XIV : « Unissons nos voix, dit-il à Régnier, unissons nos voix et nos plumes : mêlons sans scrupule le profane avec Iç

sacré : comparons sans flatterie la fable avec l'histoire : joignons sans chagrin ces deux ennemis reconciliez, la langue latine avec la françoise : travaillons sans relâche pour la gloire de notre sage monarque, cherchons sans intérêt l'utilité du public, et chantons sans cesse des vers à la louange de Louis-le-Grand. >> Souvent Vertron donne la même inscription en latin et en français,, et il déclare, dans sa préface, que « M. de La Granche, avocat en parlement, qui est aussi bon poète qu'orateur », lui a servi « d'interprète dans les occasions les plus importantes. »

Ix Nouveau Panthéon, œuvre fort médiocre et toute d'imagination, renfermait cependant une idée : celle de composer l'histoire de Louis XIV, d'après les inscriptions et autres monuments en son honneur. En i663, avait pris naissance l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (voir t. I, p. 3i3), qui publia, en 1702, le résultat de ses travaux, sous le titre At Médailles sur les principaux événements du règne de Louis-le- Grand, avec des explications historiques, par l'Académie royale des Médailles et des Inscriptions. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-lol. et in-40 (i). La préface en est fort instructive, et nous apprend que ce recueil fut commencé, dans sa forme définitive, en 1694. L'Académie prend soin de déclarer qu'elle ne reconnaît, pour son œuvre, que les Médailles de ce recueil, et non

(1) V. rÊ:dit. in-4°, Bibl. d'Aix, Nouveau Classement, D. 3868,

toutes celles que publia le P. Ménestrier . L'idée est ingénieuse et nous aimerions à en reporter l'honneur à Vertron, mais c'est peut-être difficile, car, en 1679, le P. Ménestrier avait publié, à Paris, et dédié à l'Académie française, la Devise du Roy justifiée. . . avec un recueil de cinq cens devises faites pour S. M. et toute la maison royale. Ce volume de 202 p. in-4", ne contenait pas toutes les devises faites pour le Roi, et, vers la fin, le P. Ménestrier nous avertit qu'il en a négligé volontairement un grand nombre, parce qu'il se proposait de u donner un jour toute la vie du Roy en devises .. Et de fait, son Histoire de Louis XIV par les Médailles (i) n'est que la réalisation de ce projet, dont la Devise Royale était l'ébauche.

Vertron en avait eu très probablement connaissance lorsqu'il rédigea son Panthéon.

Il plaça son œuvre sous le patronage du duc de Saint- Aignan, par un madrigal qui débutait ainsi :

«. Pour chanter un héros, pour peindre le soleil,

Prestes-moy tes vives lumières.

Avec un tel secoufs je deviendrai pareil,

Aux intelligences premières... »

(i) La meilleure édition est celle qui porte la date de 1700: Histoire du Règne de Louis-le-Grand, par les Médailles, emblèmes, devises, jettons, inscription et autres monumens publics, recueillis et expliquez par le Père Claude François Ménestrier, àt la compagnie de Jésus. Edition nouvelle, corrigée et augmentée d'un discours sur la vie du Roy, de plusieurs médailles et figures. A Paris, chez J. B. Nolin, graveur du Roy, sur le Quay de l'Horloge du Palais, vers le Pont-Neuf, à l'enseigne de la place

-Bill convient de signaler les inscriptions « pour le roy accompagné des trois célèbres Académies françoises, Paris, Arles et Nîmes», ainsi que les inscriptions pour « les Académies protégées et fondées par Sa Majesté, » parmi lesquelles figure celle d'Arles.

Notons encore des Inscriptions pour la Vénus et des vers sur l'obélisque d'Arles.

Après avoir formé ce Recueil, Vertron le communiqua à ses amis et à diverses Académies du Royaume qu'il avait pris soin, du reste, d'informer de ses projets (i). Il reçut des réponses flatteuses que l'on trouve

des Victoires, et à Lyon, chez J. B. et Nicolas de Ville, père et fils, rue Mercière, à la science, M.D.CC. Avec privilège du Roy, (pour 12 ans, et daté de 1689;, în-fol., 80 p., et nombreuses planches. En tête, il y a le portrait du P. Ménestrier, Simon, pinx. ; J. B. Nolin, delin. et sculp., 1688. Bibl. d'Aix D. 3780.

U Histoire du Règne de Louis XIV par les Médailles, parut, à Paris, chez Nolin, en 1689 ; il y en eut une seconde édition, en 1691, et une troisième (malgré le titre qui porte 2» Edit.), en 1693 Histoire de Louis-le-Grand par les Médailles, devises, inscriptions et armoiries, recueillies et expliqués parle P. Ménestrier, 1 Edit, ,augmentée de plusieurs figures et corrigée, Paris, Rob. Pépie 1693, in-fol. « Il y a, dit Brunet, des exemplaires de l'édition de 1693 avec un nouveau titre commençant ainsi : Histoire durègne \de Louis-le-Grand par les Médailles, et sous la date de 1700 i(voir ci-dessus). Il faut lire dans les recherches de M. Allut, p. p. 176 et suiv., le récit des difficultés suscitées par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres au P, Ménestrier, à l'occasion de cet ouvrage, dont la circulation fut momentanément arrêtée. »

(i) « Je n'ay pu si bien faire dans la structure de ce bel ouvrage, que quelques coups de marteau n'ayent fait du bruit ; la renommée qui a cent oreilles, l'a entendu de cent différens endroits; et cette déesse qui ne peut se taire, en a publié la nouvelle à au. tant de nations : au deffaut de ses ailes dont elle se sert unique-

réunies à la tin du volume, sous ce titre : Recueil d'Epigrammes, de sonnets, de madrigaux et d'autres pièces envoyées à M. de Vertron, historiographe de Sa Majesté, de l'Académie royale, sur le Nouveau Panthéon avec ses réponses aux plus illustres Muses latines et françoises (i). Il y a des vers de M . de La Granche^ de M. Lecoq, de Magnin, de Graverol, de Bauldrjy, de l'abbé du Faur de Pibrac^ de M"^ de Salie:[ (2), etc. Suivent des vers de Vertron à tous

ment pour Votre Majesté, aussi bien que de sa trompette, Mercure, ce fidelle messager des Dieux m'a enlevé sur les siennes jusqu'au Parnasse. » Kpitre au roy. Faut-il rappeler les rapports sympathiques de Vertron avec M. de Vizé, l'auteur du Mercure? Il lui adressait à la fin de son Panthéon, l'Epigramme suivante, assez durement versifiée du reste ;

« Qui fuit egregio Divum olim nuntius ore Mercurius, divi est nuncius ille viri. »

(i) C'est le cas d'appliquer la remarque que Vahhé d'Artigny faisait, dans ses Nouveaux Mémoires d'Histoire de Critique et de Littérature, Paris, Debure, in-12, lyôS, t. VI, p. 848, à propos du Recueil de sonnets composés par les plus habiles poètes du royaume sur les bouts rimes proposés par M. Mignon, en i683, et dont nous avons parlé t. II, p. 482 : « Le titre de ce recueil n'est qu'une pure charlatanerie . On trouve ici beaucoup de sonnets anonymes, et parmi le grand nombre d auteurs qui sont nommés il n'y en a pas un seul qu'on puisse mettre au nombre des plus habiles poètes du royaume. » De même, les plus illustres muses de Vertron sont des muses de second ordre, les muses oubliées du XVII« siècle, dont la réputation ne s'est point soutenue.

{2) « Je vous félicite, écrivait M*»" de Saliez à Vertron, de votre Nouveau Panthéon et vous remercie. J'en ai expliqué par écrit le dessein à nos amis les connoisseurs de mon voismage, et leur ai marqué que voussçaviez taire voir Louis-le-Grand,

Plus grand que tous les rois, plus grand que tous les Dieux. » Nouvelle Pandore, t. II, p. 290 (Probablement fin de ;6S3).

Voir encore la Nouvelle Pandore, t. II, p. 282-3, un sonnet de M"» de Saliez à Vertron, sur son Nouveau Panthéon.

ceux qui ont travaillé à la gloire de Louis XIV. Enfin le volume se termine par une pièce latine, « l'Adieu aux Muses addressé à M. Patin, très illustre académicien de Ricovrati à Padoue. » Vertron se flatte que son livre sera immortel, grâce au nom du roi, qui y est si souvent répété :

« Hoc opus exegi, magno quod nomine et aima, Régis adumbratum lauro florebit, inanes, ^vi despiciens morsus et fulminis iras (i)... »

Désormais, il déclare renoncer à la poésie qui n'était pour lui qu'un divertissement, pour se consacrer à l'Histoire du Roi en prose latine, dont il parle si souvent, avec une évidente satisfaction. C'était un serment de poète qu'il se garda bien de tenir. Cependant M"«de Chance, de l'Académie des dom^e Anonymes, crut devoir prier d'Arles de le faire revenir sur cette décision :

« De Vertron les Muses charmées, Sont extrêmement alarmées, 11 les menace chaque jour.

De quitter leur cour, Euterpc aux bords de l'Hipocrène Soupire avecque Melpomène, Clion dans se^ vives douleurs Arrose l'Hélicon de pleurs ; L'incomparable Polimnie, Q.ui chérit ce rare génie,

(i) C'est la pensée que M"" des Houlières exprimait dans la 1 Préface de ses poésies, publiées en 1687 :

« Du temps qui détruit tout je crains peu les outrages. Le grand nom de Louis mêlé à mes ouvrages, Les conduira sans doute à l'immortalité. »

N'a plus que de tristes accens,

Sd lire chante ses tourmens...

Docte et roïale Académie,

Qui fut de tout temps notre amie,

Nous te demandons ta faveur

Auprès de ton cher protecteur,

Afin que ce grand duc commande

De ne pas quitter notre bande

A cet académicien,

Et ce faisant vous ferés bien (i). »

Cette « requeste du secrétaire des dames, présentée à r Académie roïale d'Arles » est un témoignage des bons rapports qui existaient entre le protecteur d'une part et les deux Académies d'Arles et du Havre, de l'autre. Le II mai i685, le duc de Saint- Aignan écrivait à Vertron : « Je suis confus de vous rendre aussi peu de service que je fais et de vous estre chaque jour si redevable. » Il n'eut qu'à dire un mot au poëte courtisan pour lui faire oublier ses serments.

Vertron était, à la date de 1686 , occupé à la rédaction des singuliers discours académiques sur la préférence des sexes, qui furent l'origine de son principal recueil : La Nouvelle Pandore.

Le premier discours, Du Mérite des Femmes^ fut composé en 1686 ou au plus tard en 1687, puisqu'il fut présenté en manuscrit au duc de Saint-Aignan et à la Dauphine. L'occasion de cette querelle académique fut une promenade, dans les jardins de Versailles, où l'on vint à parler de l'excellence du beau sexe, en pré- Ci) Nouvelle Pandore, t. I, p. 458-460.

-essence de plusieurs dames. Vertron le raconte dans la préface de la Nouvelle Pandore. Il saisit avidement cette occasion, et, en galant chevalier, il se fit le défenseur des dames, dont la cause était facile à gagner à la cour de Louis XIV. On engagea Vertron à mettre par écrit lentretien et le duc de Saint-Aignan ne manqua pas de l'encourager (i). 11 prit un vif intérêt à cette discussion que Vertron porta devant l'Académie d'Arles, après en avoir fait part au public des courtisans et des gens de lettres. Vertron composa encore plusieurs discours dans le même genre, mais ils sont postérieurs à la mort du duc. Les gentilhommes de l'Académie d'Arles, (la Galette ne dit-elle pas quelque part les gentilhommes de l'Académie française ?) furent trop heureux de prendre leur part à ce dém.élé littéraire et galant, dont la cour de Versailles avait été le premier théâtre.

M. Bertrand d'Ubaye, esprit très ouvert, et qui avait été l'un des juges du concours poétique organisé, en

i) (( Après avoir fait voir à feu M. le duc de Saint-Aignan, ieigneur aussi habile que galant et brave, le premier discours du térite des Dames, j'eus l'honneur de le présenter en manuscrit sous ses auspices favorables à feue M"" la Dauphine qui le reçut [le plus agréablement du monde. » Ces lignes de la préface de la ^andore n'indiquent-elles pas que ce discours fut composé durant l'année i685, pendant laquelle Saint-Aignan était de service là la cour .'' Il s'écoula quelque temps avant que l'Académie d'Ar- ]les fût consultée et M. d'Ubaye est mort en août 1 687. La date de i686 serait toutefois rigoureusement suffisante. Nous ne pouvons :rien affirmer, à ce sujet ; la Pandore donne rarement des dates..

i682, par le duc de Saint -Aignan, fut des premiers à répondre à Vertron. Il lui adressa une élégie fort bien tournée et un discours dans lequel il fait ressortir, avec beaucoup de modération dans la forme, les nombreux défauts des femmes. Il prétend établir par des preuves tirées de la fable, de l'histoire sacrée et profane « que les douceurs des femmes, par la passion qu'elles inspirent, ont toujours été plus cruelles que le venin du serpent. « Sa conclusion est celle-ci : « ou le serpent n'a point de venin ou la beauté, les douceurs et les complaisances des femmes ont toujours été pires que le venin des serpents. » Tout ce discours (22 p. in- 12) est écrit dans un style clair, élégant même, et témoigne chez M. d'Ubaye d'un réel talent d'observation. Nous voulons bien le croire, lorsqu'il dit de l'amour : € Je n'en puis véritablement parler, grâces à mon destin, qu'instruit par les plaintes d'dutrui, n'aïant jamais porté de chaînes qui n'aient fait souspirer un moment : peu sensible au plaisir et à la gloire de faire] des jaloux de ma bonne fortune, je l'ai toute bornée aux douceurs de l'indifférence, et soit un effet de mon naturel un peu fier, soit par un fruit de mes réflexions, je n'aimai jamais ailleurs qu'au Parnasse, où l'on sait que les beautés sont un peu trop surannées pour débaucher un cœur. Tout cela pourtant ne peut me faire tort, puisque je ne parle qu'après ceux qui sont plus sçavans dans ces mistères. » Marié fort jeune, et

occupé à des travaux sérieux, M . d'Ubaye fut-il aussi insensible qu'il le dit ? On en douterait un peu, en retrouvant dans son discours des accents aussi vrais et aussi personnels, mais n'oublions pas que tout ceci n'était que jeu d'esprit. Vertron lui-même, au dire de M. d'Ubaye, cherchait tout simplement à faire paraître son talent si varié et si souple. Son jeune contradicteur se permet de douter de sa bonne foi^ pour lui mieux témoigner l'estime de sa sagesse et de son bon sens, car il ne serait pas si bienveillant pour les femmes « si la galanterie ne s'en mêloit. »

Vertron entretenait ainsi cette correspondance académique, à laquelle il attachait une extrême importance. Mais laissons un peu de côté cette querelle subtile dont nous aurons à parler encore. Pendant qu'il encensait à la fois Louis XIV et les femmes, Vertron était assuré d'obtenir l'assentiment de l'Académie d'Arles, comme celui de son protecteur (i).

Il était, d'ailleurs, fort gracieux pour ses collègues, comme le prouve, une fois de plus, la correspondance qu'il échangea avec M. de Sabatier, en i685 et 1686.

(i) ft On peut dire de cette'noble Académie, écrivait Vertron,

ILudovicus magnus vir immortaîis, p. i 27, qu'elle est composée de personnes choisies de Provence, de Paris et de différents endroits du royaume. On y travaille sans envie et sans intérêt ; on n'y remarque que de grandes âmes et de beaux esprits ; les cœurs, les plumes et les langues y sont entièrement occupés des merveilles de notre incomparable monarque, et toujours d'accord pour sa gloire. » Arsenal B. L , Recueil 3567 bis.

Ce dernier songeait à publier ses Epitres morales et académiques, et Vertron lui servit probablement d'intermédiaire pour obtenir le privilège qui lui fut accordé, pour six ans, le 6 juillet 1686.

Sabatier avait terminé ses Epitres, vers i685. A ce moment, il les revoyait et les corrigeait. Il les soumit au jugement de Vertron et de Charpentier, qui était peut-être encore « reviseur des livres nouveaux par ordre de Sa Majesté, » comme en 1679 (i), mais qui était surtout, pour ses confrères d'Arles, un conseiller souvent consulté. Sabatier lui adressa une Epitre, où il lui demandait de relire et de corriger ses vers :

« ... Ma muse te va voir pour connoître ses fautes. Par grâce, de son chant dis-moi les fausses notes, D'un charitable soin examine les vers, Qu'elle vient d'étaler sur des sujets divers... Sans façon. Charpentier, éface, il t'est permis. Tous mes vers qui pourroient ennuïer mes amis... Nôtre esprit en ces lieux éloignez de la Cour, Dans ses doutes obscurs en vain cherche du jour : On ne peut le trouver qu'en ta troupe savante. Qui répand à Paris sa lumière éclatante... Parle-moi franchement et ne me flate pas... (2). »

Il envoya aussi la copie de quelques unes de ces Epitres à la marquise d'Armencay, femme d'esprit qui se disait sa parente et dont il avait fait la connaissance, durant sa légation à Paris, en 1680 (3). Des deux

(i) Voir t. II, p. 78, en note, et Registre, fol. 177, verso.

(2) Cette Epitre est la XXIV du Recueil, p. 73-74.

(3) Voir ses Mémoires, Musée, série III, p. 255.

côtés, il reçut des encouragements, et il se décida à publier ses vers, lorsque, après tant d'autres, le coadjuteur d'Arles et la comtesse de Grignan lui eurent affirmé « que le public en tirera du profit et de l'utilité. » Il annonça sa résolution^-à M"»® d'Armencay, en lui envoyant l'épitre au Roi, qu'il se proposait de mettre en tête du volume, avec « les sujets de morale touchés en chaque Epistre. » Cette dame n'était pas à Paris et ne répondit pas de suite à Sabatier. Il pria donc Vertron de s'informer du motif de ce retard, et d'examiner cette Epitre et ces sommaires. Il l'avisait en ^même temps que toutes les Epitres étaient du caractère de celle qu'il l'avait chargé de remettre au duc de Saint- Aignan, quelques mois auparavant. Il n'attendait plus que son approbation, pour les envoyer à l'impression, car, « au premier jour elles seront toutes reveues, polies et corrigées. »

Vertron se mit à la disposition de Sabatier « en zélé confrère et véritable ami. » Il fut ravi d'entrer en relations avec M"^ d'Armencay, qu'ilfsemble n'avoir connue jusqu'alors que de nom, et lui aussi il pressa Sabatier de publier ses Epitres.

Elles furent imprimées à Lyon, dans les derniers mois de 1686, et le 10 janvier 1687 l'impression était terminée. Sabatier conserva, en tête du volume « les sujets de morale touchés en chaque Epitre », mais il renonça à dédier son œuvre à Louis XIV. La première

Epitre adressée à Monseigneur le duc de Saint-Aignan, pair]de France, protecteur de l'Académie royale d'Arles^peut passer pour une dédicace. La troisième est adressée à la marquise d'Armençay, les autres sont dédiées soit à ses collègues, soit à ses amis d'Arles, soit enfin à Boileau et à M^'® de Scudéry, Nous aurions été surpris si Sabatier n'avait pas chanté Yillustre Sapho (i), comme on disait alors, dans le clan des poètes. Il n'y manqua pas et il reçut d'elle une réponse élogieuse, que Vertron a conservée dans sa Nouvelle Pandore, où il cite également l' Epitre de Sabatier.

« Les louanges que vous me donnés, Monsieur, sont si agréables et si délicates, qu'il est difficile de les refuser ; mais elles sont d'ailleurs si grandes et si noblement exprimées qu'il faudroit avoir beaucoup d'audace pour s'en croire digne, et pour les accepter, de sorte. Monsieur, que le parti le plus juste que je puisse prendre, c'est de louer la beauté de votre ouvrage, sans m'en faire l'application. Un portrait flatté ne laisse pas

(i) Voici le début de cette Epitre qui est la XXI» du Recueil : « Le croiras-tu, Sapho, l'on veut que je m'engage, A t'écrire une Epitre, en ai-je le courage ? Ai-je quelque parterre où je trouve des fleurs, Qui soient peintes pour toi d'assez vives couleurs? En ces lieux reculez près de la barbarie, Puis-je écrire des vers dignes de ton génie ? En vain mon esprit rêve à quelques traits nouveaux, Aux bords d'une fontaine, au murmure des eaux... ... Les eaux que répand cette claire fontaine, Ne se vont pas mêler aux ondes de la Seine.. » (P. 63-65).

d'être quelquefois admirablement bien peint, sansestre fort ressemblant... Cependant pour vous empêcher de vous repentir de l'honneur que vous m'avés fait, je vous apprens que mon cœur vaut mieux que mon esprit, que je suis une amie fidelle, sincère et désintéressée et que si j'avois l'avantage d'estre connue de vous, par vous même de ce costé-là, j'en pourrois estre louée sans flatterie, et que je pourrois aussi recevoir vos louanges sans confusion. » Puis elle envoie à Sabatier un madrigal, « un misérable impromptu, » il n'est pas beau, dit-elle, il n'est que sincère :

« Ne vous y trompés pas, vostre aimable fontaine,

C'est la véritable Hipocrène, Vostre chant me surprend, il est charmant et doux.

Et tous les cygnes de la Seine, Ne peuvent mieux chanter que vous (i). »

D'après les lettres que nous avons analysées rapidement (2), il ne devait y avoir que 42 Epi très dans le Recueil de Sabatier, mais il en ajouta 12 autres, ce qui en porte le nombre à 54. Nous avons déjà dit un mot de ces Epitres (t. I, p. 16-17). Ce Recueil eut un certain succès : il se vendit à Paris chez l'éditeur du Mercure, et figura longtemps sur son catalogue (3).

(i) Nouvelle Pandore, t. II, p. 216-218. Suivent plusieurs lettres de Vertron avec les réponses de M"» de Scudéry.

(2) Vertron les a conservées dans sa Nouvelle Pandore, (t. II, p. 211-218 et 1. 1, p. 248-254). V. aux Pièces Justificatives de ce volume.

(3) A la fin du Mercure de juin 1687, i" vol., dans le « catalogue des livres qui se débitent chez le sieur Guerout, court neuv

Le Journal des Scavans du i6 février 1688, en rendit compte avec une extrême bienveillance, mais l'abbé Goujet, dans ^2i Bibliothèque Françoise, t. XVIII, p. 236, fut un peu moins indulgent : « Les sujets en sont intéressans en eux-mêmes ; mais comme l'auteur ne fait, pour ainsi dire, que courir sur chacun, il laisse son lecteur vuide d'instruction... La poésie de ces Epitres est dans le style familier, mais sans bassesse (i). » Titan du Tillet n'a pas donné place à Sabatier sur son Parnasse, où il a placé tant d'obscurs versificateurs ; Baillet nen parle pas non plus dans ses Jugemens des Scavans, et pourtant Sabatier n'est pas sans mérite.

Sa versification est élégante et facile : on reconnaît le langage d'un homme de bonne éducation et d'un esprit pondéré. Ge n'est pas, assurément, un poëte au souffle puissant, mais c'est un amateur éclairé, et ses vers ne sentent pas trop leur province, comme il le dit modestement en plusieurs endroits. L'Epitre à « Monsieur . Des Préaux Boileau » indique qu'il consulta ce maître autorisé. Elle est la dernière du Recueil, p. 162-165 :

du Palais » figurent les Epitres en vers de M. Sabatier, de l'Académie royale d'Arles, vol. in-i2,une livre. Gu^rout était l'éditeur du Mercure après la mort de Blageart et de sa veuve, depuis mars 1687. Au mois de mai 1692, Michel Brunet, déjà associé de la veuve Guérout, fut éditeur du Mercure, après la mort de cette dernière, avec G. de Luynes et Th. Girard. A la fin du numéro de juin 1692, les Epitres de Sabatier sont encore annoncées* (i) Voir plus haut, t. 1, p. 17, où nous avons cité ce passage un peu dénaturé par le Dictionnaire des Hommes Illustres de Provence, t. II, p. 180.

« Me faut-il suivre enfin le dessein qu'on m'inspire, Puis-je, sans me flater faire entendre ma lire? Boileau, dont les conseils doivent être suivis, Connoisseur éclairé donne moi ton avis, Mais plutôt par le rang que tu tiens au Parnasse, Ordonne-moi, Boileau, ce qu'il faut que je fasse.. » P. 162.

Nous ignorons si Boileau répondit à Sabatier, et s'il joignit ses encouragements à ceux de Charpentier, de Scudéry, de Saint- Aignan et de Vertron, mais il ne dut pas se montrer sévère, pour une poésie sans prétention et où le bon goût et la mesure sont unis à un style net et coulant.

« ... On dit que mes vers près du Rône vantez. Peuvent même à Paris n'être pas rebutez. »

L'espoir de Sabatier n'était pas trop présomptueux (i).

Au rapport du Journal des Sçavans, l'Epitre adressée à M. d'Arbaud surpasse toutes les autres. Elle avait étéjpubliée dans le Mercure Galant de janvier i685, (p. 237-243). Elle fut composée à propos de la conversion de M. d'Arbaud au catholicisme. Cet académicien, dont la famille était originaire d'Arles, avait

(1) Le Mercure Galant annonça le^Recueil sans commentaires, jugeant en avoir assez dit sur le mérite de l'auteur, dans les divers numéros où il avait cité des^fragraents de ses œuvres. Au mois de mars 1688, il publia « une épitre en vers écrite à M. le marquis de Dangeau, protecteur de l'Académie royale d'Arles, par un'illustre de ce corps. C'est M. Sabatier, qui a fait les Epitres morales que débite le sieur^ Guérout, et dont vous avez veu un très bel éloge dans le Journal des Sçavans. » P. 168. Si \q Mercure avait donné lui-même un compte-rendu, il n'eût pas manqué, croyons-nous, d'y renvoyer son lecteur.

abjuré le protestantisme entre les mains de l'évêque à'U:^ès (i), dans la chapelle des Pénitens-Blancs, à Montpellier, en 1684.

Les conversions de protestants de marque étaient nombreuses , durant les années qui précédèrent la Révocation de l'Edit de Nantes, et le Mercure les enregistrait avec soin. Il consacra à M. d'Arbaud de longues pages, et cita, avec éloge, l'Epitre de « M. de Sabatier gentilhomme d'un mérite singulier, et qui n'est pas un des moindres ornemens de l'Académie royale d'Arles (2). »

On sait avec quel zèle, parfois inconsidéré, l'on travaillait alors à la conversion des protestants, et comment peu à peu l'opinion publique en arriva à considérer la destruction du protestantisme comme une entreprise aussi facile que nécessaire. (Voir le Journal de Dangeau). L'Académie d'Arles, qui applaudissait au retour de M. d'Arbaud dans le sein de l'union catholique, chargea un de ses membres, M. l'abbé Petit y de rédiger un traité à l'usage des nouveaux convertis. C'est du moins ce que nous apprend cet auteur, dans son ouvrage intitulé : Les Vérité:^ de la Religion prouvées et défendues contre les anciennes

(i) Michel Poncet de La Rivière, doct'îur de Sorbonne, évêque d'Uzès, de 1678 à 1728. En 1684, il renversa le temple protestant d'Uzès, en^vertu d'un arrêt du parlement de Toulouse. V. Gallia Christiana, t. VI, col. 647.

(2) Voir le Mercure Galant de janvier i685, p. 220-243. L'Epitre à M. d'Arbaud est la XXXII», p. 96-98.

hérésies par la vérité de l'Eucharistie^ ou traité pour confirmer les nouveaux convertis dans la foi de l'Eglise catholique. A Paris, chez Jacques Morel, au deuxième pillier de la grand'salle du palais, au Grand César, 1686, in- 12, avec privilège et approbation (i). En tête de ce volume, il y a une lettre au Roi^ signée: Petite de l'Académie d'Arles, qui commence ainsi : « Sire, l'Académie d'Arles qui s'est emploïée de tout son pouvoir à la conversion des Calvinistes, selon les grands dessems de Vostre Majesté, m'a fait l'honneur ; de me choisir pour travailler à un ouvrage qui pût confirmer les nouveaux convertis dans la foi de l'église. Je l'ay entrepris avec zèle ; afin de leur faire voir combien ils doivent respecter la main favorable de Vostre

(i) Cet ouvrage forme un petit volume, in-12, de 224 p., plus la préface et la table non paginées. Le privilège est accordé pour six ans, à Paris, le 21 février 1686, registre sur le livre des libraires, le 23 février 1686. Après la préface, on lit l'approbation de Jean d'Estrées (1628-1714), évéque de Laon puis cardinal, en date du I" février 1686. Il déclare avoir encouragé l'abbé Petit à travailler à cet ouvrage. « Il a exécuté, continue-t-il, ce grand dessein d'une manière noble, élevée et convaincante... » (Voir plus haut, t. II, p. 196-199). Les docteurs, dans leur approbation (9 février 1686) disent que « cet ouvrage si curieux, si sçavantet en même temps si utile, mérite d'être mis entre les mains des nouveaux convertis, parce qu'il les confirmera parfaitement dans la foi de l'église catholique, » et qu'il sera utile aux fidèles, aux missionnaires, etc.

Nous avons consulté ce volume, assez rare, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, où il est coté D, 4727, et porte un ex-libris indiquant qu'il provientde la Bibliothèque de 16,000 vol., léguée à l'abbaye de Sainte-Geneviève par Maurice Le Tellier, cardinal archevêque de Reims.

Majesté] qui les a si heureusement retirez de leurs erreurs. »

Nous devons reconnaître dans la conduite del' Académie, l'heureuse influence des deux prélats qui gouvernaient alors l'Eglise d'Arles (i), mais aussi le désir ardent de plaire au Roi, car il faut bien l'avouer, nos académiciens imitaient volontiers le duc de Saint-Aignan et Vertron dans leur culte pour 1' « incomparable Monarque, » et s'intéresser à la conversion des protestants était une manière de faire sa cour à Louis XIV,

(i) Il y avait peu de protestants dans le diocèse d'Arles, mais on n'ignore pas qu'ils étaient nombreux dans les diocèses de Nîmes, Montpellier, Uzès, Lodève, dans tout le Languedoc et les Cévennes. Ce fut là que se porta le plus grand effort des missionnaires catholiques et, s'il y eut quelques excès regrettables, au point de vue politique et religieux, il faut avouer aussi qu'on a singulièrement exagéré le rôle des dragons. Dangeau raconte, jour par jour, la chronique des conversions et son récit calme, circonstancié, témoigne souvent de la facilité avec laquelle les protestants, ministres et consistoire en tête, revenaient à l'Eglise catholique. Voir en particulier la conversion des protestants Lyonnais, i6 octobre i685. « On apprit que tous les huguenots de la ville de Lyon s'étoient convertis par une délibération prise à la maison de ville, les ministres et tout le consistoire y étant ; les dragons n'y étoient point encore arrivés. » En tous les cas, la conduite de l'Episcopat Languedocien et des missionnaires ne donne guère prise à une critique impartiale. Voir sur la Révocation de l'Edit de Nantes, un curieux passage des Mémoires de l'abbé dQChoisy, Utrecht, 1742, in-12, p. 213-217 ^^ P- ^*^*

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