CHAPITRE III
Fêtes pour le rétablissement de la santé de Louis XIV. — Consulat et mort de M. Bertrand d'Ubaye. — Mort du duc de Saint- Aignan. — Son oraison funèbre. — Le nouveau protecteur, Philippe de Gourcillon, marquis de Dangeau.
Durant les années i685 et 1686, l'Académie d'Arles fil fort peu parler d'elle, et nous n'avons presque rien découvert la concernant, en dehors de ce que nous en apprennent les Recueils de Vertron. Elle accepta, en i685, la dédicace des Thèses que lui présenta, après son cours de philosophie, Arnaud Ejymin, le même qui lui avait dédié ses Thèses de rhétorique, en i683. Nous n'avons aucun détail sur ce qui se passa, en cette rencontre, mais il est probable que cette fête scolaire fut entourée de quelque éclat (i).
(i) Voir t. II, p. 468 et sqq., et pour plus amples renseignements, Une Thèse de Réthorique au collège des Jésuites d'Arles^ en i683, par A. J. Rance, Marseille, 1887, broch. in-8°. Sg p.
Les thèses d'Arnaud Eymin (i685) sont au fonds Nicolaï, carton i3i, pièce 108. C'est un placard in-folio, en très mauvais état, plié, et qui a été cloué sur un mur. L'encadrement du texte, imprimé en petits caractères romains, est formé de vignettes diverses que l'on retrouve dans les impressions des Mesnier, fleurs de lys et autres. La gravure qui se trouvait en tête a disparu, peut-être était-ce la planche de Roulet, utilisée en i683.
En tête, on lit cette dédicace : Academice Regiœ, puis suivent treize lignes en caractères italiques, qui débutent ainsi ;
Le I" juillet i685, l'Académie française avait reçu, pour la première fois, le même hommage, et le Mercure Galant nous apprend que l'usage de dédier des thèses aux diverses académies se généralisa (i).
A la fin de 1686, Louis XIV subit une opération chirurgicale qui mit sa vie en danger, mais qui eut un
« Quam meae fuit olim felicitatis, nobilissimi Académie!, vestrum ut opportune praesidium ambierim, dum tencbricosam scolarum exosa lucem, pulverisque inglorii non patiens, ausu certe insolite, prodire non erubuit primum, patentique luci, (l'aligne du texte) nobilis arenae nosira sene committere sustinuit rudior etiamnum facundia : tam hodie profecto videtur sapientia postulare ut non nisi vestris ausim auspiciis philosophicum hocinire certamen... Etenim quae occurrit in amplissimo Galliarum imperio non provincia dicam, sed civitas, tam aut disjuncta loco, aut usu parum nota, quae vestra omnium nomina non cum laude, non cum admiratione exceperit... »
Eymin loue ensuite les académiciens comme les patrons, les maîtres en Apollon, et termine :
« Arnaldus Eymin Arel. D. D. D. »
Suivent les thèses : Propositiones Ex universa philosophia selectae, et au bas on lit : Has Thèses, Deo ju vante, propugnabit Arnaldus Eymin, in Collegio Arelatensi Societatis Jesu, Die 3' Mensis Augusti, hora de meridie tertia, anno i685.
Arelate apud Claudium Mesnier, régis et urbis typographum i685, Prope palatium archiépiscopale.
CO Journal de Dangeau, i" juillet i685 : « M. l'abbé de Lorraine, fils de M. le Grand, vint à l'Académie présenter des thèses, cela ne s'étoit point encore fait par personne; l'abbé de Dangeau, qui étoit directeur, fit réponse à sa harangue. » Le Mercure de mai 1694, raconte le service célébré par les soins de Messieurs de l'Académie de Villefranche pour Mgr de Villeroy, archevêque de Lyon, leur protecteur, puis la soutenance de thèses de philosophie, au collège des Jésuites de Lyon, dédiées à l'Académie de Villefranche. A côté des thèses, on avait gravé les armes, noms et qualités des académiciens, p. i3i et sqq.
>lein succès (i). Cet événement fut célébré dans toute la France par des fêtes splendides.
L'Académie française, à l'exemple de tous les corps constitués, fit chanter une messe dans la chapelle du Louvre, le 27 janvier 1687. L'abbé Tallemant, le jeune, prononça ensuite le panégyrique du Roi (2). Les académies defProvince agirent de même. Dès le 8 décembre 1686, le duc de Saint-Aignan avait fait célébrer une messe d'actions de grâces, dans sa ville du Havre (3). Les académiciens d'Arles, peut-être à son instigation, tout au moins à son exemple, ne se contentèrent pas de prendre part aux diverses fêtes données, soit par la ville, soit par la sénéchaussée d'Arles,
(i) Le roi fut opéré le 18 novembre j686, à Versailles, et, six semaines après, il était guéri, malgré les craintes que l'on eut au commencent de décembre. Le Journal de Dangeau permet de suivre la marche de la guérison et le Journal de la Santé du Roy entre dans de grands détails. Ce qui est relatif à l'opération est imprimé au t. XXX de la collection Michaud, à la suite des Mémoires de l'abbé deChoisy. V. encore un excellent travail de M. Le Roi, dans le t. V, des Mémoires de la société des sciences naturelles de Seine-et-Oise: Récit de la grande opération faite ^au Roi Louis XIV, en 1686. Cfr. les Mémoires de Saint-Simon ^ lassim. Les Mémoires de Choisy (1747) p. 226-227, et les Mé- [moires du marquis de Sourches, t. II, p. 206 et suivantes.
(2) Voir la Galette de 1687, p. 73. Parmi les Académies, [n'oublions pas de citer celle d'Angers. Voir Mercure Galant de ;mars 1687, p. 83-90.
(3) Voir La Relation de cette fête imprimée au Havre chez Jacques Gruchet, in-4°, 1688. Cfr. le Mercure Galant de février 1687, p 73-98. Le duc de Saint-Aignan composa une ode « magnifique de verve et de jeunesse » qu'il récita à la fête célébrée par l'Académie française. Nouvelles de la République des Lettres, janvier 1688, p. 64.
dont M. Henri de Boche était alors sénéchal, et M. Terrin, conseiller (i), mais ils crurent de leur devoir d'organiser une fête spéciale, sur le modèle de ce qui s'était fait ailleurs.
Durant l'année 1687, le Mercure ^ comme la Ga:(ette, est rempli du récit de ces réjouissances. Nous en détachons le passage relatif à l'Académie d'Arles.
« Vous jugez bien, Madame, que dans une occasion où tous les corps ont fait des festes publiques, l'Académie royale d'Arles, toujours attentive et appliquée depuis son établissement à ce qui regarde la gloire du Roy, n'a pas manqué de faire éclater sa joye pour la guérison de ce grand Monarque. Ceux qui la composent s'estant assemblez extraordinairement chez M. le marquis de Robias, secrétaire perpétuel de la compagnie, on fit différentes propositions, pour rendre la solemnité que l'on avoit résolu de faire la plus éclatante qu'il seroit possible. On convint qu'elle se feroit le 8 de février, dans la chapelle des Pénitens-Gris, qui est l'endroit que ces Messieurs ont toujours choisi pour leurs assemblées publiques (2), comme le plus conve-
(i) Voir le Mercure Galant de mars 1687, p. 56-66, contenant la relation de la fùte de la Sénéchaussée d'Arles, d'après une relation un peu plus étendue composée par Terrin et conservée dans le volume de Bonnemant, Relations, pièce 18.
Cfr, dans le Mercure de mai 1687, les pages consacrées à la fête que M. Henri de Boche donna, en son particulier, p. 2o3-2o8
(2) Voir 1. 1, p. j65, et t. II, p. 410.
nable et le plus avantageux, par' sa naturelle disposition et par la magnificence de ses ornemens.
(( Mais quoy que ce lieu parust si favorable au dessein qu'ils avoient pris, tant par sa vaste étendue, que par la richesse de ses peintures et de ses dorures qui l'embelissent depuis le haut de la voûte jusques au bas, Messieurs de l'Académie prirent encore un soin particulier de l'orner magnifiquement, et prièrent M. Giffon, l'un de leurs confrères, de se charger de cette conduite, et de travailler aussi à la composition de quelques paroles, en forme de cantique, à la gloire de Sa Majesté, et au sujet de cette feste, pour les faire mettre en musique par le sieur Aubert (i), maistre de chapelle de la Cathédrale d'Arles, l'un des plus célèbres compositeurs, et du meilleur goût qu'il y ait en France. On avoit orné l'autel de cette Eglise d'une si grande quantité d'argenterie que]^ tout le plat-fonds aussi bien que le Tabernacle, les Pilastres et les Gradins en étoient remplis, et d'une infinité de bougies qui en relevoient l'éclat, et faisoient une illumination réfléchie de tous costez, par l'opposition de quantité de miroirs et de lustres qui produisoient un effet admirable. Des vases de cristal et de porcelaine remplis de bougies occupoient les entre-deux des Pilastres et le haut des corniches, où l'on voyoit aussi quantité
(i) II avait succédé à Dominique Margaillan et à Campra.
de bougies aluméps. Le reste de cette Eglise cstoit environné de flambeaux dans des bras dorez. Un gra'^d portrait de Sa Majesté, de la main de M. Mignard, estoit au milieu de cette chapelle sous un Dais magnifique de velours bleu, tout parsemé de Fleurs de Lys d'or en relief. A l'opposite de ce portrait, on avoit disposé un bureau pour le directeur de l'Académie, qui devoit prononcer un discours sur cette cérémonie, et des deux costez estoient des fauteuils pour les académiciens.
« Il seroit difficile de représenter quel fut le concours de toutes les personnes de qualité, des sçavans de tous les ordres et de tous les curieux de la ville. M . le coadjuteur d'Arles, que l'Académie avoit invité à cette feste par une députation particulière, y vint en Camail et Rochet, accompagné de tout le corps de son chapitre. Messieurs les consuls, dont le premier est un des plus dignes membres de l'Académie royale (i), s'y rendirent aussi, avec une si grande affluence de noblesse, qu'il fut impossible d'empescher que la pluspart des gentilshommes les plus qualifiez ne demeurassent sans sièges, quelque soin qu'on eust pris d'en réserver. Toutes les dames du plus haut rang s'y montrèrent avec leurs plus riches parures. Si tost que chacun se
(i) M. Bertrand d'Ubaye, voir ci-après. Le 3o mars 1687, jour de Pâques, le coadjuteur d'Arles célébra la messe au château de Versailles en présence du Roi, Ga:{ette de 1687, p. 207.
fut posté selon que la née .ssité le permit, et que le silence eut succédé au tumulte, on commença par une symphonie dont les cœurs furent tellement touchez, que tous ceux qui composoient cette célèbre compagnie se sentirent excitez à pousser mille cris d'allégresse. Ce Prélude fut suivy du Motet ou Cantique dont je viens de vous parler. Les paroles de M. Giffon qui portoient en elles-mesmes une vive expression de leur sujet, avoient esté assorties par le sieur Aubert de toutes les beautez de la musique et du mélange de la symphonie. A ces plaisirs succéda celuy que fit goûter le sçavant discours que prononça M. l'abbé de Verdier (i), directeur de l'Académie. Il représenta
(i) Nous ignorons ce qu'est devenu le discours de l'abbé de Verdier. Il y a bien, au fonds Nicolaï, carton \ii, pièce Sg, un Eloge de f-ouis XIV, sur ces mots nec errât nec cessât, tirés des inscriptions de l'obHisque et proposés déjà pour le concours de 1682. (Voir t. II, p. 394-395). II est dit, dans ce discours, que Louis XIV est âgé de 48 ans, ce qui en fixe la date à 1686 ou 1687, le ro' étant né en septembre i638. A la fin, il y a un sonnet qui se termine ainsi :
« Affermir le commerce et punir le blasphème, " Détruire l'hérésie et se vaincre soy-mesme. Voilà du Grand-Louis l'image et les emplois. »
Mais faut-il l'at.ribuer à M. de Veidier ? Il y aum allusion au Parallèle de Louis-le-Grand, dès le début. « Messieurs, j'embrasse avec justice le sentiment de ces sçavans historiens qui nous disent qu'Alexandre et César sont les plus grands hommes des siècles passés, mais je ne crois pas avancer une proposition trop hardie, quand je dirai que Louis-le-Grand le sera sans doute de tous ceux qui sont à venir... Aussi, Messieurs, vous en avez agi si spirituellement que vous n'avez pas proposé d'en faire le parallèle avec aucun de ces fameux conquérans connoissant bien
avec autant de force que d'éloquence les obligations que tous les peuples avoient de rendre grâces à Dieu, et de s'applaudir de la parfaite guérison de Sa Majesté; et fondant les motifs de nostre gratitude et de nostre jaye sur l'idée des vertus de ce Monarque, il en fit un Panégyrique digne de la délicatesse de son esprit, et de la force de son érudition. Après ce discours qui luy attira l'admiration de tout le monde, on chanta le Te Deum, et le tout fut terminé par la Bénédiction que M. le coadjuteur donna à cette célèbre compagnie (i). »
Le lendemain, les consuls d'Arles assistèrent à un Te Deum, chanté à Saint-Trophime, par le coadjuteur d'Arles. Ils firent, le matin, des distributions d'aumônes aux pauvres, et le soir ils vinrent allumer le feu d'artifice dressé sur la place du Marché, magnifiquement décorée et illuminée, pour la circonstance (2).
que tout leur éclat devoit s'éclipser à la glorieuse approche de celuy qui est véritablement le soleil de la France. » Ce discours fut prononcé devant l'Académie d'Arles ou envoyé pour y être lu, c'est tout ce que nous pouvons affirmer. Il forme un cahier de Sa p, in-4°, de grosse écriture, avec quelques corrections.
(i) Mercure Galant de mars 1687, p. 66-76.
(2) a La communauté fait faire des réjouissances publiques pour le rétablissement de la santé du Roy Louis XIV, dont les frais montèrent à 847 1. 8 s. 6 d.. Art. Sgi du compte du trésorier, fol. i6g des conseils. » Bibl. Méjanes, Ms 806, Annales d'Arles, à l'année 1686. Voir le Mercure Galant de mars 1687, 2» partie, p. 356-36o. Les consuls de 1686, encore en charge jusqu'au 25 mars 1687, étaient: MM. Bertrand de Meyran d'Ubaye, François Gotel, avocat, Jean Chartroux, Guillaume Ripaud. Voir la Ga:^ette de 1687, n° i i, p. 134.
Parmi les consuls de cette année se trouvait M. Bertrand de Meyran d'Ubaye, ce qui explique la bonne harmonie que nous constatons.
A diverses reprises, l'Académie, dont beaucoup de membres siégeaient au conseil de la communauté, avait vu un des siens appelé aux honneurs du consulat. En 1667, Joseph de Cays ; en 1679, Jean de Sabatier avaient été félicités de leur élection (i). L'Académie était trop attachée à ses traditions, pour manquer à ce qu'elle considérait comme un devoir. Aussi, lorsque, au mois de mars 1687, le conseil de ville eut désigné comme premier consul, M.Bertrand d'Ubaye
(1) Voir t. I, p. 93, et t. II, p. 137. En 1673, M. Jacques de Grille fut premier consul, mais le Registre n'en parle pas.
Le lundi, 28 mars 1667, M. Vohhé dt Boche était directeur, « M. Giffon proposa sçavoir s'il seroit à propos de faire visitte en corps d'Académie à M. de Gais, le nouveau consul, sur quoy ayant pris les sentiments d'un chascun, M. le directeur trouva bon de s'assembler extraordinairement pour ce sujet, le landemain à midi dans sa maison, et la mesme M, de Robias dit que ce n'estoit pas simplement pour honorer le consulat qu'il estoit d'advis de faire cette visitte, mais encore pour l'Académie, dont M, le nouveau consul avoit l'honneur d'estre un membie,queles honneurs entre tous les autres biens avoient cette prérogative d'honorer ceux qui les randent quelques fois bien plus que ceux qui les reçoivent, et que puisque le ciel avoit tiré du sein de l'Académie un subjet pour mettre à la teste de toute une ville célèbre comme celle-cy, il estoit juste de révérer la qualité de consul en la personne d'un académicien.
« Le landemain, 29°» de mars, on s'assambla chez M. le sacristain de Boche, où il fut -résolu de visiter M. de Caïs, ce qui fut fait à l'heure mesme. » Registre de l'Académie, fol. 42 verso. M. Joseph de Cays était alors assez jeune. II fit partie du conseil de i65i à i6qo. Voir Ms S08, Consulat d'Arles.
de Vachères y elle se hâta de lui faire son compliment. MM. d'Arbaud, de Sabatier, Giffon et l'abbé de Verdier furent députés par la compagnie, et M. d'Arbaud porta la parole. Le lundi suivant, M. d'Ubaye, qui se trouvait être le directeur du mois, vint à l'assemblée ordinaire de l'Académie. Il fut reçu et introduit par le chevalier de Romieu et par Giffon. Dans un discours plein d'esprit, il trouva moyen de faire l'éloge de ses collègues et le panégyrique du Roi. M. de Grille lui répondit, en qualité de secrétaire, et une grande quantité de gentilshommes vinrent ce jour-là témoigner, par leur présence, leur sympathie aux académiciens. Le Mercure Galant parla de cette séance, qui fit grand bruit dans Arles (mai 1686).
M. d'Ubaye éta't un jeune homme plein d'avenir : ses talents et sa naissance lui assuraient un rang distingué. Malheureusement, une mort prématurée l'emporta, le i3 août 1687 (0- S^s confrères, selon l'usage touchant adopté par eux, firent célébrer un service funèbre, pour le repos de son âme, dans l'Eglise des
(i; Nous avons dit, t. lî, p. 176, en note, que les auteurs n'étaient pas d'accord sur la date de sa mort. Voici l'acte de sépulture de M. d'Ubaye, qui mettra fin au débat : « Le 14 aoust 1687, il a été enterré dans l'Eglise des RR. PP. Récolets, Monsieur noble Bertrand de Meyran du Baye, seigneur de Vachère, de Saincte-Croix, aagé d'environ trante ans, mort dans la paroisse après avoir reçeu les sacrements. Fait par moy soubsigné et les témoins : Delaplace, sup. ; Honoré Cauvet, Velin, curé. » Registrçs de Sainte-Anne, 1687-1700, p. 24.
Récollets, où il était enterré. Le chevalier de Romieu prononça son éloge funèbre en français, après quoi,^le P. Restaurand (i) de l'ordre des Grands Augustins, fit sur le même sujet, un discours latin « où la force de son génie ne brilla pas moins que son érudition. » Cette cérémonie eut lieu le 22 août 1687, et précéda de deux jours une cérémonie du même genre. La mort dQM.d'Ubaj^e était assurément une grande perte pour
(i) Le P. Restaurand, « docteur de Sorbonne, prédicateur ordinaire de M™" la duchesse de Toscane, et cy-devant provincial de l'ordre des Grands Augustins,» nous est presque inconnu. Il appartenait sans doute à la vieille famille arlésienne des Restaurand, souvent mentionnée dans les actes de la ville. Un Restauran, apothicaire, était troisième consul, en 1684.
Les Grands Augustins avaient à Arles un couvent qui existait déjà en 1293. (Voir Ms 808, p. 78-88, Ms 647, p. 202, Ms 784, fol. 7g). Leur Eglise est aujourd'hui l'église de Saint-Césaire.
Le P. Restaurand était à la cour de Toscane, à Florence, en 1669, et il rendit plusieurs services à M. de Grille, durant son voyage. Il lui procura une audience du grand duc. M. de Grille en parle dans ses Relations : « Nous avons reçeu beaucoup d'honneur dans la visite que nous avons faite à leurs Altesses ; et quoy que les mesures qu'il faut garder nécessairement en ce païs, fatiguent beaucoup l'humeur françoise, nous avons toute sorte de sujet de nous en louer. Le R. P. Restaurand est ici en grande considération. C'est son crédit, sans doute, qui nous a moyenne une audience honorable, dans une conjoncture assez difficile... Je ne doute pas que le R. P. n'eût parlé de nous fort avantageusement. » Le P. Restaurand se chargea de présenter à la grande duchesse et au grand duc un madrigal de M. de Grille. Ce fut encore le P. Restaurand, qu'on nommait à la cour II Padre Maestro, qui transmit à un ami de M. de Grille les saucissons et les confitures dont le grand duc lui fit présent. Voir les lettres X et XI des Relations de M. le marquis de ..., Paris, 1677, p. 47-66. Elles sont assez piquantes comme détails de mœurs.
l'Académie, mais elle venait d'en faire une plus considérable encore : le duc de Saint-Aignan était mort à Paris, lei6 juin 1687, âgé de 76 ans et quelques mois (i).
Cette nouvelle fut annoncée aux académiciens par le marquis de Châteaurenard, qui était alors à Paris et qui était très lié avec le défunt. A peine cette mort fût-elle connue, que l'Académie se réunit en hâte « pour régler tout ce qu'on auroit à faire en cette occasion, pour donner au public les marques les plus sensibles et les plus éclatantes de la douleur, de l'estime, de la gratitude et de la vénération qui sont dues à la mémoire de ce grand homme. »
(i) 11 est né en 1608, selon les uns, en]i6io, selon les autres • ce qui est certain c'est qu'il^ fut baptisé le 3o octobre 16 10. Le P. Anselme a donné la généalogie du duc de Saint-Aignan, t. IV, p. 719 et sqq. Nous y renvoyons le lecteur.
François de Beauvilliers, septième comte et premier duc de Saint-Aignan, était membre de l'Académie française, depuis i663, et de l'Académie de Padoue, depuis i685. « Il mourut à Paris, dit le P. Anselme, avec autant de réputation pour son amour des belles-lettres que pour sa valeur. Il avait pour devise : // viguore tuttonel cuore, par allusion aux merlettes de ses armes. » Le comté de Saint-Aignan fut érigé en duché Pairie, déc. i663 et les lettres patentes furent enregistrées au parlement le i3^décembre i663. François de Beauvilliers fut enterré le 7 août 1687, dans l'Eglise des Capucins de Saint-Aignan, établis par son père, en i6i6. François de Beauvilliers avait été nommé chevalier du Saint-Esprit, le 3i déc. 1661, le jour même où François de Grignan, archevêque d'Arles, reçut le cordon bleu de commandeur.
Le château de Saint-Aignan sur Cher (Cher) appartient aujourd'hui à M. Gabriel de Choiseul. Voir t. l, p. 7, en note, t. 11^ p. 169, en note, et p. 248, en note. Voir La. Ga:jette du 21 juin j686, et le Journal de Dangeau, 16 juin 1687.
Il fut décidé^ « que l'on iroit faire part à Monsieur l'archevesque de la triste nouvelle que l'Académie venoit de recevoir, et qu'on répondroit par cette marque de respect à toutes les bontez dont ce digne Prélat, aussi bien que Monsieur son coadjuteur l'ont toujours honorée ; après quoy, il fut résolu d'ordonner généralement des prières et des sacrifices pour le repos de l'âme du défunt, dans toutes les paroisses et communautez religieuses de la ville. »
Les recteurs de la confrérie des Pénitent s -Bleus vinrent offrir leur chapelle, pour la cérémonie funèbre. Leur offre fut agréée et les préparatifs commencèrent bientôt, mais ils ne furent terminés que vers le milieu d'août (i). La décoration de cet édifice fut somptueuse et imposante. Le P . Hyacinthe^ Récollet, rédigea des devises qui passèrent pour « le dernier effort de l'esprit humain », et qui furent placées audessus des armes de chaque académicien. . L'abbé Flèche, M. de Grille et son fils François d'Estoublon, en
(i) Roubin composa deux pièces pour la circonstance ; en particulier un madrigal que voici :
« Tout le Parnasse est invité A la triste solennité, Que font pour Saint-Aignan les filles de Mémoire. Apollon y présidera, Et c'est au temple de la gloire, Q.Lie le service se fera. »
Ms 1060, 2« partie, p. 28, et Œuvres Mêlées, p. io3. \.& Mercure d'octobre i 687 attribue cependant ce madrigal à M. dç Grille,
composèrent d'autres « d'une beauté, d'une recherche et d'une régularité presque inimitables. »
Nous renvoyons le lecteur à la relation de Gijffon qui fut insérée dans le Mercure d'octobre 1687, et à laquelle nous empruntons ces détails. Au milieu de la chapelle, se dressait le mausolée qu'entouraient quatre vestales en pleurs et en habits de deuil. « On prétendoit par là faire connoistre le deuil et la tristesse des quatre principales académies de France, qui ont paru si chères à cet illustre duc, et qui avoient lieu de le regarder ou comme membre, ou comme amy, ou comme protecteur et chef de leurs corps, telles que celles de Paris, à'ArleSy de Soissons, (ï Angers. »
A la place d'honneur, on avait disposé u le portrait au naturel de M. le duc de Saint-Aignan, qui est un chef d'œuvre de la plus sçavante peinture, et un glorieux présent dont M. Giffon, de l'Académie royale, se vit honoré à Paris, des propres mains de ce duc. » Rien n'avait été négligé, pour rehausser l'éclat delà cérémonie (i). Le mardi, 19 août 1687, toutes les cloches de la cathédrale sonnèrent pendant une partie de la nuit. De très bonne heure, le mercredi, les Pénitents-
(i) La. Ga:^ette en parla dans un entrefilet: « De Paris, le i 3 septembre 1687. Le 22 du mois dernier, l'Académie royale d'Arles fit faire un service solennel pour le feu duc de Saint-Aignan, son protecteur. Il y eut un magnifique Mausolée : la messe fut chantée en musique, et le sieur ManviUe prononça l'oraison funçbre en présencç des académies. » N» 40, p. 496.
Bleus psalmodièrent l'office des morts et, vers 8 heures, l'Académie en habit de deuil se rendit à la chapelle, où prirent place les consuls, en habit noir et en chaperon , ainsi que de nombreux représentants de la noblesse arlésienne. La messe fut chantée par M. l'abbé de Quiqueran, qui donna ensuite l'absoute « avec des cérémonies proportionnées au rang du défunt, et pendant ce temps, la musique et les instruments ne cessèrent de faire retentir les airs les plus lugubres. »
Le soir, à 4 heures, il y eut une séance publique, dans la même chapelle. Le concours fut encore plus grand que le matin, et l'on eut beaucoup de peine à maintenir un peu d'ordre. La séance fut ouverte par le chevalier de Romieu, directeur de l'Académie, qui donna ensuite la parole à M. Charles de Barrême de Manville, avocat du roi au siège d'Arles.
Il passait pour un orateur disert et éloquent. « L'attention de l'auditoire fut si grande, dit le Mercure, qu'on demeura également suspendu par le récit des merveilles de nostre héros et par la force des expressions avec lesquelles M. de Manville les dépeignit. » Pendant qu'il parlait, il s'éleva un violent orage : la foudre tomba sur la coupole de la chapelle, et vint frapper un jeune homme, qui était à côté de la tribune où l'on avait placé la musique. Ce tragique accident jeta quelque désarroi dans l'assemblée, néanmoins
l'orateur put achever son discours. Le Mercure en fait grand éloge, et véritablement il renferme plus d'une page excellente (i).
« Qui pourra soulager nôtre douleur, Messieurs, qui pourra réparer nôtre perte, nos grâces sont perdues, nos lumières sont éteintes, nôtre gloire est ensevelie, le grand Saint-Aignan n'est plus, cet ange tutélaire de nôtre Académie, qui avoit présidé à sa naissance, qui l'avoit soutenue dans sa réputation ; cet homme vaillant, honnête, sçavant, magnifique, l'amour des peuples, l'ornement de la cour, les délices du Prince, ce héros dans les armées, cet illustre dans les sciences ne vit plus que dans nos cœurs et toutes ses qualitez sont réduites à une pompe funèbre. » Après cet exorde, M. de Manville annonce qu'il va montrer
(i) Ce discours fut'impriiné sous ce titre ; Eloge funèbre de Monsieur le duc de Saint-Aignan, par Monsieur de Manville, de l'Académie royale d'Arles, A Lyon, chez PVançois Comba, rue Mercière, aux Trois Vertus, 1690, avec permission, 18 p. in-4». En voir un exemplaire à la Bibliothèque d'Aix, Recueil C. 3296 et Bibliothèque d'Arles, fonds Bonnemant 14, Discours Arlésiens- C'est celui que nous citons. Il a été reproduit dans le volume intitulé : Quelques discours plaidoyés et ouvertures de palais de Monsieur de Barréme, seigneur de Manville, juge en chef de la ville d'Arles. A Avignon, chez Michel Chastel, imprimeur de La Sainteté, avec permission des supérieurs, 1698, i vol. in-12, de 274-178 p. Il se trouve, première partie, p. 79-117, avec ce titre : Eloge funèbre de Monsieur le duc de Saint-Aignan, protecteur de l'Académie royale d'Arles, pron()ncé par Monsieur de Barrême, seigneur de yiAxwWXe., pour lors directeur de cette Açadçmie. » C'est une erreur, le directeur était M. dç Romieu.
en M. de Saint- Aignan « un héros dans les armées, un illustre dans les lettres et dans la vie de la Cour, un homme orné des vertus les plus pures et les plus rares. » 11 retrace rapidement la brillante carrière militaire du duc qui débuta, à 17 ans, à la tête d'une compagnie de cavalerie, et signala sa valeur dans maints combats.
Dans la seconde partie, il rappelle le goût éclairé du duc de Saint-Aignan pour les lettres et le soin avec lequel il protégeait les littérateurs, surtout ceux dont le talent était gêné par la pauvreté. Il aurait pu citer entre autres Racine. Il insiste sur la généreuse protection qu'il accordait à l'Académie d'Arles, et il prend à témoin le secrétaire de cette Académie, qui conservait précieusement les nombreuses lettres du duc, témoignages irrécusables de sa sollicitude.
Enfin, dans la troisième partie, il célèbre les vertus patriotiques et chrétiennes du duc, son attachement à la cause du roi, et surtout sa fidélité aux pratiques de la religion, où il puisait la force dans toutes ses épreuves. En terminant, il nous le représente voyant venir la mort de pied ferme « sans affliction d'esprit, sans douleur, sans inquiétude et sans aucun de ces retours vers la vie qui font la peine des mourans et le supplice de ceux qui les voient mourir. » Sa péroraison est un pressant appel à la confiance dans l'avenir (i).
(i) a Je n'ai plus qu'à finir, mais non pas par où j'ai commencé : Non, Messieurs, je ne vous dirai plus que nos grâces sont
On a dit que M de Manville, dans son Eloge funèbre du duc de Saint-Aignan, avait sonné le glas de l'Académie. (Dict. de Provence, t. III, p. 56). Nous n'y avons rien trouvé de semblable, et c'est, au contraire, l'impression opposée qui se dégage de ces lignes.
La mort du duc de Saint-Aignan surprit ses amis, malgré son grand âge. Il était d'un tempérament robuste et il avait conservé jusque dans la vieillesse « toute la vigueur des jeunes gens. » Le 4 juin i685, il dirigea encore, à Versailles, le carrousel du Dauphin (i), et fut « juge du camp à cause de sa grande
perdues, que nos lumières sont éteintes que nôtre gloire est ensevelie. Cette sainte mort me donne d'autres idées et j'entrevois déjà que les grâces, que les lumières et que la gloire que nôtre illustre protecteur a reçu du ciel, vont purifier par de saints et salutaires écoulemens celles que nous pouvons souhaiter sur la terre. Emploïons d'oresnavant tout ce qu'elles nous peuvent donner de vigueur et d'adresse pour immortaliser ses vertus, ne jettons plus de ciprés sur son tombeau, couvrons-le de fleurs et de lauriers, n'épargnons pour cet homme illustre, pour cette âme bienheureuse, ni nos couronnes, ni nos encens, que sa mémoire soit éternellement vénérable à nôtre compagnie, que son nom soit imprimé dans nos cœurs et gravé dans nos monumens ; qu'il soit toujours nôtre ange tutélaire, le modelle de nos grâces, le principe de nôtre gloire, et la source de nos lumières. » P. 17- 18, fin du discours.
(i) Le duc de Saint-Aignan était maréchal de camp général, et il avait sous ses ordres le marquis de Dangeau, chef d'une des troupes de cavaliers. Voir le Journal de Dangeau, juin i685 ; les Mémoires du marquis de Sourches, t. I, p. lag-ryô, et surtout la Relation du Carrousel de Monseigneur le Dauphin, Paris, i685, in-4'>, avec fig., Bibl. Nat. Lb 37^ 3^5^ x. Vertron avait composé une devise pour le duc de Saint-Aignan. Le corps était un diamant, l'âme ces mots : D'ogni parte fiama Eggio. En
expérience en ces sortes de combats )\ dit l'abbé de Choisy, dans ses Mémoires
A la fin de cette année (5 décembre) son fils le duc de Beauvilliers, âgé de 38 ans à peine, fut nommé président du conseil des finances, après la mort du maréchal de Villeroy . Sa faveur était grande et n'était pas sans faire des jaloux, à la cour. « Le comte de Grammont, qui ne valoit rien , le rencontrant une heure après, lui fit compliment de ce que le roi ne
voir la planche en tête du Parallèle, mis en vers par Magnin, Arsenal B. L., Recueil 8932, et cfr. Pandore, t. II, p. 224 : « A la Cour, au Parnasse et dans le Champ de Mars, Ce guerrier intrépide agit toujours de même. Son esprit, sa vigueur et sa valeur extrême, Comme le diamant, brillent de toutes parts. » Vertron.
Le i5 mai i685, le doge de Venise était venu présenter ses hommages à Louis XIV, qui reçut, le 3 juin i 685, une ambassade solennelle des Moscovites. Le Roi donna à Saint-Aignan un sabre ;arni de diamants offert par ces derniers, en disant qu'il ne pouvait « le remettre en de meilleures mains ». Voir le Mercure de mai i685, p. 289-373, et juin i685,p. 32 i.
Le duc de Saint-Aignan « gentilhomme de la Chambre en .nnée » remplit avec son zèle ordinaire les fonctions de sa charge, en i685. Voir le Journal de Dangeau. On lit dans le Registre de l'Académie, fol. 192, verso, à la date d'août i 680. « M. le secrétaire a monstre une devise pour M. le duc de Saint-Aignan 'que ledit de Vertron soubmet au jugement de l'assemblée, c'est ^une fleur que l'italien appelle semperviva, l'espagnol sempreviva, le français l'immortelle. Cette fleur sert de figure à la devise qu'il a faicte pour ce duc et pair, qui dans son aage semble estre encore aussi frais qu'à 25 ans, et qui a veu mourir ses cadets, aussi bien que ses aînés dans la cour et dans l'armée : Le mot ou l'âme de cette devise dict : A Vespreuve des temps, avec le sixein au bout. »
prenoit de chefs que chez lui : celui du carrousel, le père ; celui du conseil le fils (i). »
Le duc de Saint-Aignan sut conserver jusqu'au bout la faveur royale, mais il avait des titres plus sérieux que celui de courtisan et d'admirateur du roi. Il était serviable pour tous et surtout pour les gens de lettres : son abord était facile et il ne se laissa jamais griser par sa situation enviée (2), bien qu'on puisse lui reprocher une vanité, parfois excessive, et une complaisance exagérée pour tous les caprices du roi, dont il avait été le compagnon de jeunesse.
Sa mort provoqua un concert unanime de regrets : depuis M"« de Sévigné, Bussy Rabutin et Corbinelli,
(1) Journal de Dangeau, 6 déc. i685, après le récit de la nomination du duc de Beauvilliers, Additions de Saint-Simon.
(2) C'est ce qu'exprime fort bien le sonnet suivant cité sans nom d'auteur, dans le Ms 1060, 2" partie, p. 29 :
« Saint-Aignan a quitté sa dépouille mortelle, Si ses jours furent longs, ils furent glorieux, Il soutint noblement l'éclat de ses aieux. Et dans un digne fils son nom se renouvelle.
Des sages courtisans il fut le vrai modèle, Son esprit était doux, accort, officieux ; Il fut cher à son roi, qu'il suivit en tous lieux, Et qui par ses bienfaits récompensa son zèle.
Brillant dans la carrière et fier dans les combats, Par plus d'une victoire, il signala son bras, Il aima les savants, il prit part à leur gloire.
Et l'on voit ce héros ceint d'un double laurier,
Assis aux premiers rangs au temple de Mémoire,
Et comme un grand poète et comme un grand guerrier. »
jusqu'à M"® des Houlières, Magnin, Mi'« de Razilly, tous les beaux esprits du temps, chantèrent ses louanges (i), que le Mercure a longuement enregistrées. M™^ de Sévigné qui l'appelait le paladin par excellence, un grand original sans copie, signalait en même temps combien il a été fidèle dans ses amitiés.
Elle écrivait de Paris, le 17 juin 1687, à Bussy Rabutin : « ... Je veux commencer par vous dire avec douleur que vous avez perdu votre bon et fidèle ami le duc de Saint-Aignan. Sept ou huit jours de fièvre l'ont emporté, et l'on peut dire qu'il est mort bien jeune, quoiqu'il eût, à ce qu'on dit, quatre-vingts ans. Il n'a senti ni dans Tesprit, ni dans l'humeur, ni dans le corps, les tristes incommodités de la vieillesse. Il a ^toujours servi le roi à genoux, avec cette disposition que les gens de quatre-vingts ans n'ont jamais. Il a eu itdes enfants depuis deux ans. Enfin, tout a été prodige ten lui. Dieu veuille le récompenser de ce qu'il a fait pour l'honneur et pour la gloire du monde ! J'ai senti vivement cette mort, par rapport à vous. Il vous a jaimé fidèlement. Vous étiez son frère d'armes et la chevalerie vous unissoit. Il vous a rendu des services que nul autre courtisan n'auroit osé ni voulu vous
( i) Sa mort fut « un deuil public sur le Parnasse » disait d'Olivet, Histoire de l'Académie française, lySo, t. I,p. 249. V. toute la notice qui lui est consacrée, p. 244-249. Voir t. I, p. 7, en note. Cfr. Titon du Tillet, le Parnasse François, 1732, Notice CXLIV. Baiîîet, les Jugemens des Sçavans, les Dict. Biographiques
rendre. Il avoit un air et une manière qui paroit la cour. Quand la mode viendroit de faire des parallèles dans les oraisons funèbres, je n'en souffrirais jamais dans la sienne ; car il étoit assurément unique en son espèce, et un grand original sans copie (i). »
Le Mercure de juin donna le détail de ses derniers moments. « Je vous ay parlé depuis dix ans de M . le duc de Saint-Aignan, dans la pluspart de mes lettres, et je l'ay toujours fait avec plaisir (2). Son esprit, sa galanterie et les marques de zèle qu'il donnoit pour nostre auguste monarque, en toutes sortes d'occasions, me fournissoient fort souvent quelque agréable sujet de vous en entretenir. Jugez, Madame, avec combien de douleur je vous apprens aujourd'huy sa mort, arrivée le 16 de ce mois. Une fièvre de cinq jours l'a emporté dans sa 79® année, lorsque sa force, son agilité et son adresse dans les exercices les plus fatigans, pouvoient donner lieu de croire qu'il estoit encore dans son plus bel âge. Il avoit un attachement inébranlable pour le service du roy, et on ne l'a jamais veu dans aucun party contraire à ce qu'il devoit à son souverain. Il
(i) Lettres de M"» de Sévigné, édit. des Grands Ecrivains de France, t. VIII, p. 02-3. Voir encore les lettres qui suivent.
(2) Dès le mois de mars 1672, le Mercure parlait des « illustres galanteries, des vers enjouez et des hauts faits d'armes du duc. » Le Mercure de mai 1677 parut avec une longue épitre dédicatoire au duc de Saint-Aignan, dont l'éloge se trouve ensuite p. 224-236. Le duc fut un de ceux dont l'appui ne manqua jamais à Donneau de Vizé.
-^ 99 estoil de T Académie françoise et de celle de Padoue et protecteur de l'Académie royale d'Arles ; ce qui fait connoistre combien il s'estoit acquis d'estime par son esprit. Il aimoit et favorisoit les gens de lettres et quoy qu'il en fust souvent accablé, non seulement il les recevoit d'une manière agréable, mais il tachoit de leur procurer du bien. S'il ne faisoit pas tout ce qu'il auroit voulu, pour servir ceux qui avoient recours à luy, il avoit pour eux des honnestetez qui les consoloient sans peine du mauvais succès de leurs espérances. Les preuves de valeur qu'il a données en diverses occasions sont connues de tout le monde ( i ) . . . » Le duc de Saint-Aignan avait une grande facilité pour écrire des vers : ce fut lui qui, de concert avec Dangeau, enseigna cet art à Louis XIV. Il a rempli les Recueils littéraires du temps de ses vers et de sa prose, mais ces pièces détachées n'ont jamais été réunies en volume, ce qui, au rapport de Goujet et d'Artignjy,
(i) Suivent de longs détails biographiques et généalogiques. Voir le Mercure de juin 1687, t. I, p. 270-281. On y lit, p. 334, que le gouvernement du Havre fut donné au fils du duc de Beauvilliers et celui de Loches à M. le marquis de Livry son gendre. « M. de Saint-Aignan avoit aussi les provisions d'une charge de grand arpenteur de France, dont il n'avoit pas encore jouy, et le roy les a fait expédier en faveur de M. le duc de Beauvilliers. » P. 335. Le gouvernement du Havre resta dans la famille comme une charge héréditaire, jusqu'en 1776, date de la mort d'Hippolyte de Beauvilliers (né en 1684) fils du protecteur de l'Académie d'Arles.
serait facile et utile au public (i). Cette curieuse figure de courtisan est aujourd'hui très effacée. « Le duc François de Saint-Aignan a rempli les fonctions de gouverneur du Havre, de 1664 à 1687, à l'époque la plus brillante du règne du grand roi, il a joui, comme courtisan et comme poète, d'une réputation dont la postérité a fait trop sévèrement justice ; ce n'est pas une des physionomies les moins remarquables d'une époque fertile en curieuses individualités ; et cependant aujourd'hui il est presque complètement oublié (2). »
(i) Nouveaux Mémoires d'Histoire, de Critique et de Littérature, par l'abbé d'Artigny, in-12, Paris, lySS, t. VI, p. Sog-Sio.
Saint-Aignan, « ... Si l'on prenoit la peine de ramasser les lettres et toutes les petites pièces que l'on a de sa façon, imprimées dans les Mercures Galans et ailleurs, on en formeroit un assez gros volume in-dou^^e. On pourroit l'intituler ; Œuvres diverses de M. le duc de Saint- A ignan ; et ce recueil, précédé de l'éloge historique de l'auteur, auroit infailliblement l'approbation du public. Je suis même surpris qu'un projet semblable et d'ailleurs si facile, ne soit pas encore exécuté. On doit cette espèce d'hommage et ce tribut de reconnoissance à un seigneur, qui honora les beaux-arts, et qui répandit ses bienfaits et ses largesses sur tous les poètes de son temps. » Puis il cite deux lettres de lui à Louis XIV, sur la prise de Valenciennes et de Cambrai, en 1677.
Ce passage est reproduit presque textuellement par Goujet, Bibliothèque françoise, t XVIII, p. 227-8. Il ajoute seulement que les pièces de Saint-Aignan sont « imprimées dans les volumes du Mercure, da.n& les œuvres de Scarron, dans celles de M'"^ des Houlières, dans le Recueil des pièces académiques de Vertron et peut être ailleurs. » Il renvoie, du reste, à l'abbé d'Artigny.
(2) Notices Biographiques sur les ducs de Saint-Aignan CFrançois et Hippolyte) gouverneurs du Havre, par^. Guislain Lemale, le Havre, 1860. Ce petit vol. in-8° tiré à peu d'exemplaires, renferme une assez curieuse notice sur François de Beauvilliers. L'auteur malheureusement n'est pas suHisamment bien renseigné
La place que le duc de Saiiit-Aignan laissait vacante à l'Académie française fut donnée à l'abbé de Choisjr, que son ambassade à Siam venait démettre en relief. Il prit rang le 25 août, et ce fut Bergeret qui lui souhaita la bienvenue (i). Les deux orateurs firent l'éloge du duc. Le malicieux abbé dût sourire en s'entendant
sur les œuvres du duc et donne peu de détails sur ses rapports avec l'Académie d'Arles et l'Académie des douze Anonymes du Havre. Voir Bibliothèque Nationale. Ln 27^ 18208, Réserve.
Titon du Tillet donne rang au duc de Saint-Aignan sur son Parnasse François. « Ce seigneur s'est distingué par son espn't, par son courage et par sa politesse... Le duc de Saint-Aignan n'eut pas moins de passion pour les beaux-arts qui ornent l'esprit que pour la guerre : il a donné toute sa vie des marques de son amour pour les beaux-arts et de ses talens heureux pour les faire briller. Toutes les académies où il fut reçu, et celle dont il fut le protecteur, sont des preuves bien convaincantes de son mérite, de même que le commerce où il étoit avec les plus beaux esprits et les plus polis du royaume... » Notice CXLIV, p. 421. ( I ) Les Nouvelles de la République des Lettres, (Amsterdam, chez Henry Desbordes, dans le Kalver Straat. in-12) numéro de janvier I 688, analysent le Recueil de pièces présentées à l'Académie française pour les prix de i 687, et citent le discours de l'abbé de Choisy, reçu le 25 août i 687, avec la réponse de Bergeret, p. 48- 72. Voici un passage de Bergeret, p. 63. « Non seulement M. le duc de Saint-Aignan étoit le protecteur d'une célèbre Académie, par un titre particulier ; on peut dire qu'il l'étoit généralement de tous les gens de lettres par une générosité qui n'exceptoit per- ;^onne. Le mérite, quelque étranger qu'il fût, de quelque part •qu'il pût venir, étoit sûr de trouver en luy de l'appuy et de la protection. Il recevoit avec des témoignages d'amitié tous ceux qui avoient quelque talent d'esprit et ne leur faisoit sentir son rang et sa dignité que par les bons offices qu'il se plaisoit à leur rendre. Il aimoit aussi tous nos exercices, et y venoit bien plus souvent qu'on n'eût osé l'espérer d'une personne qui ne pouvoit y venir sans quitter tous les agrémens de la cour. »
- Jl»2 louei lui-même par Bergerct, mais il ne put s'empêcher de rendre un juste hommage à son prédécesseur (i).
Le duc de Saint- Aignan avait pour l'Académie d'Arles une affection paternelle, qui ne s'était jamais démentie. Le Registre en fait foi. Il considérait cette association littéraire comme son œuvre et s'en faisait gloire. Les académiciens d'Arles perdaient en lui un
(i) François Timoléon de Choisy, né à Paris, le 16 août 1644, mort dans cette ville, le 20 octobre 1724, doyen de l'Académie française, était un homme de beaucoup d'esprit, dont l'existence fut très orageuse, [/abbé d'Olivet a publié sa vie avec le catalogue de ses œuvres, i vol. in-8°, Lausanne, 1748. Il était très lie avec l'abbé de Dangeau, dont il fréquenta assidûment les réunions littéraires. Il fit partie de l'ambassade envoyée par Louis XIV au roi de Siam et il donna à son retour le Journal du Voyage de Siam, fait, en i685 et 1686, par M. L. D. C, 1Ô87, in-4°. Il avait déjà à son actif quatre dialogues sur l'Immortalité de TAme, la Providence, l'Existence de Dieu et la Religion, Paris, in-12, 1684. Voir Journal des Sçavans de 1684, p. 281-2. Tels étaient ses titres à l'Académie française. La liste de ses productions postérieures est fort longue, et ses Mémoires pour servir à V Histoire de Louis XIV, par feu M. l'abbé de Clioisy, de l'Académie française, à Utrecht, chezWande Vater, 1747, ; vol. in-12, (5i5 p.) sont fort curieux. (Bibl. d'Aix D. 4619). Il y raconte que le duc de Saint- Aignan « s'étoit acquis les bonnes grâces du Roi par sçi gayeté naturelle et quelques petits services fort secrets. » L'allusion est transparente, et la chronique scandaleuse de la cour est fort explicite. Voir les Recueils Maurepas. Quant à Bergeret, qui était son t ancien ami », il l'accuse de niaiserie, d'incapacité et de vanité tout à la fois. « J'ai moi-même été trompé comme les autres, jusqu'au jour, qu'à la honte de notre siècle, l'Académie françoise le préféra à M. Ménage, (1684). \lors il me consulta sur une harangue que M. d'Harcourt, son ami, lui avoit faite, et je connus son incapacité par les manières innocentes et niaises dont il re^ut mes corrections, dont il n'entendoit pas la moitié. » P. 429.
ami de la première iieure, un protecteur très bien vu à la cour et en mesure de donner à leur corps un lustre sérieux et un appui efficace. Il fallut songer à le remplacer et jeter les yeux sur un personnage qui fut agréé par le roi. Ce fut le marquis- de Dangeau (i). Le Mercure a raconté avec trop de couleur locale comment les choses se passèrent, pour que nous ne lui empruntions pas son récit, en entier (2).
a Messieurs de l'Académie royale d'Arles ont fait faire un service pour le repos de l'âme de feu M. le duc de Saint-Aignan leur protecteur. Ce service ayant esté accompagné de tout l'éclat qui peut donner de la pompe à ces sortes de cérémonies, le détail en est si long, et je l'ay reçu si tard que je suis obligé de le remettre au mois prochain ; (voir le numéro d'octobre, p. 142- 206) ; cependant M. le marquis de Dangeau ayant
(i) « Le 24 de ce mois (juillet 1687) l'Académie françoise élut l'abbé de Choisy pour remplir une des quarante places vacante par le décès du duc de Saint-Aignan. » Ga:{ette, n» 82, p. 40. L'abbé de Choisy prit séance le 25 août, et ce futBergeret, secrétaire du cabinet du roi et directeur, qui lui répondit. V. Causette, p. 4G0. Un peu après, la Galette annonça l'élection de Dangeau : « De Paris, le 6 septembre 1687. L'Académie d'Arles a éleu le marquis de Dangeau, gouverneur de Touraine et chevalier d'honneur de M-"* la Dauphine, pour son protecteur, à la place du feu duc de Saint-Aignan. » Galette du 6 septembre, n° 3g, p. 484. On voit qu'il n'y eut pas de temps de perdu.
(2) Le P. Bougerel, Ms de M. Arbaud, notice sur M. de Dangeau, non numérotée, après la XLVII™*, reproduit presque mot pour mot le Mercure GalçLnt.
esté nommé par le roy protecteur de l'Académie d'Arles, il faut dire comment cela s'est passé.
a Ces illustres académiciens, qui comme vous sçavez, sont tous gentilshommes, ayant rendu les devoirs funèbres à leur défunt protecteur, ne songèrent plus qu'à faire remplir sa place et ils députèrent M. le marquis de Chasteau- Renard qui se trouvoit alors à la cour, pour agir en leur nom auprès du roy. Gomme M. de Croissy, ministre et secrétaire d'état, a le département de leur province, ils écrivirent à ce ministre pour le supplier de demander à Sa Majesté qu'il luy plust nommer un protecteur pour leur compagnie. M. de Chasteau-Renard rendit la lettre à M. de Croissy qui le reçeut avec beaucoup d'honnesteté, et luy dit le lendemain qu'il avoit parlé au roy et que Sa Majesté seroit bien aise de le voir. Il ajouta que le roy luy avoit fait paroistre qu'il eut bien voulu que l'Académie d'Arles prist un protecteur dans l'Académie françoise (i), puisque feu M. de S. A. en estoit et qu'il lui avoit paru que l'inclination de Sa Majesté tournoit vers M. le marquis de Dangeau. Le jour suivant, M. le marquis de Chasteau-Renard s'étant rendu au lever du Roy, Sa Majesté eut la bonté de luy dire si tost qu'elle l'eut aperçu, qu'elle sçavoit bien de quoy il luy vouloit parler, et que c'estoit pour luy demander un protecteur. Ainsi,
(i) Cette obligation avait été imposée, en particulier, à l'Académie de Soissons (1674), et fut depuis la règle.
- Ks5 - M. de Chasteau- Renard ayant esté prévenu, ne trouva pas lieu de faire le compliment qu'il avoit préparé. Il se contenta de dire à Sa Majesté ce que M . de Croissy luy avoit dit de sa part^ et le Roy lui répondit en propres termes : Vqye:{ qui vous accommodera le mieux dans l'Académie francoise y ce qui donna lieu à Af. de Chasteau- Renard de dire, suivant ce qu'il avoit sçeu de M. de Croissy : Sire, puisque Vostre Majesté nous le permet, nous ne voyons pas que nous puissions mieux choisir que M. le marquis de Dangeau. Sur quoy le roy répéta deux fois, Je le veux bien, et il s'en fit alors une nouvelle à Versailles. M. de Chasteau-Renard crut qu'il devoit rendre compte à l'Académie françoise de ce qui s'estoit passé, et comme il a eu plusieurs fois l'honneur d'y entrer (i), et d'y prendre place, il demanda la mesme grâce. Elle luy fut accordée, et on luy députa deux de Messieurs de l'Académie, qui l'introduisirent dans l'assemblée, qui se trouva ce jour-là fort nombreuse. Il y prit séance à l'ordinaire et parla avec une justesse et une éloquence que tout le monde admira. Je ne puis mieux vous marquer les applaudissemens qu'il reçeut, qu'en vous disant qu'on le pria de donner son discours par écrit, pour l'insérer dans les registres [ de cette compagnie. M Doujaty doyen, et directeur en l'absence des deux premiers officiers, répondit à M. de Chasteau-Renard quij fut reconduit avec les mesmes
(i) V. t. I et II, passim. Il y fut admis en 1670 et lôyS.
cérémonies. L'Académie d'Arles doit regarder comme une bonne fortune, le choix qui a esté fait de M. le marquis de Dangeau pour son protecteur. Il est d'une naissance distinguée, illustre par ses emplois, gouverneur de province et chevalier d'honneur de M™^ la Dauphine. Le Roy le voit agréablement et tout le monde convient qu'il est honnête, civil, bienfaisant, sçavant et fort zélé pour les belles lettres (i) ».
(i) Mercure Galant de septembre 1687, p, 337-342.
Il n'entrj pas dans notre plan de raconter, même en abrégé, la carrière de Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau. Disons seulement qu'il naquit le 2; septembre i638, et qu'il était par sa mère, arrière petit fils de Duplessis-Mornay, Il se convertit de bonne heure et fut imiti en cela par son frère, Louis de Courcillon, le futur abbé de Dangeau (né en 164'^) Il fil ses premières armes sous les ordres de Turenne, pu"s servit en Espagne et revint en F'rance prendre le commandement du Régiment du Roi. Il plut aux deux reines par son adresse au reversi. Elles l'admirent dans leur jeu. Plus tard, il passa au jeu du Roi et réalisa des gains énormes, tout en jouant fort loyalement. Depuis lors' il ne quitta plus la cour. Sur Dangeau, voir les Mémoires de Saint- Simon, de Choisy, de Sourches ; les lettres de M"» de Sévigné ; le Mercure ; l'Eloge de Dangeau lu à l'Académie des sciences, îe 23 mai 172 1, par Fontenelle ; les préfaces des diverses éditions de son Journal et surtout la remarquable Noticç sur la vie de Dangeau et sa famille, en tête de l'édition de son journal donnée en 1854 (Paris, Didot), par MM. E. Soulié, Dussieux, de Chennevières, Mantz et de Montaiglon. Les conclusions de ce travail (XCVI pages), peut-rtre trop él -gieuses, ne seront pas admises sans quelques réserves. « 11 (Dangeau) était de la grande génération de 1660, ami de Turenne et de Condé, et aussi de Ninon, de La Vallière, de Montespan, de Boileau, de Sévigné et de Maintenon. Dans une cour où les plaisirs, les magnificences et les jeux tinrent une place au moins égale à celle des affaires, Dangeau, le plus beau joueur de la table du Roi, le colonel de son régiment, son envoyé extraordinaire, Dangeau, poète aimable, adroit cava-
Les académiciens d'Arles se déclarèrent fort satisfaits du choix de Louis XIV. « Comme les membres de ce fameux corps ont de la naissance, de la vertu et du sçavoir, Sa Majesté leur donna d'abord pour chef feu M. le duc de Saint-Aignan, dont le rare génie, la valeur extraordinaire et la fidélité inviolable le ren- ■ dront recommandable à la postérité. .. La perte de ce grand homme nous eut rendus inconsolables, si Sa Majesté ne l'eût réparée, en nous donnant à sa place M. le marquis de Dangeaii qui sçait parfaitement accorder les exercices d'Apollon avec ceux des Muses, qui brille également à l'Académie françoise et à la cour(i)... « M, de Sabatier adressa à Dangeau une longue épitre de 74 vers, et M. de Roubin le félicita, au nom de ses collègues, par le madrigal suivant :
(i Muses, il n'est plus temps de garder silence,
C'est assez pleuré nos malheurs.
Enfin cet heureux jour de nos justes douleurs, Doit terminer la violence.
D'Angeau nous est donné par le plus grand des Rois, Pour chef de notre troupe, et cet illustre choix. Nous doit faire revivre au temple de Mémoire, Dans ce don précieux qu'un monarque nous fait, On ne sait qui des deux nous acquiert plus de gloire. Le bienfaiteur ou le bienfait (2). »
lier des carrousels de Monseigneur et aide de camp du roi dans les campagnes de Flandre, Dangeau fut un véritable et très important personnage ; c'est le type du courtisan dans son sens le plus intelligent, le plus généreux. »
(i) Fer/ro)7, Ludovicus Magnus vir immortalis, 1687, 2* partie du Recueil (Arsenal B. L., 3567 bis), p. 128-129.
(2) Ce madrigal est cité Ms 1060, p, 210. Voir Œuvres Mêlées, p. 53. L'Epitre de Sabatier est dans le Mercure de mars i688.
C'est fort bien dit, et l'éloge du Roi est fort bien tourné, mais il faut en rabattre et appliquer une fois encore la méthode des atténuations.
Dangeau est un personnage d'une valeur très contestée : Il avait alors près de 5o ans, il venait d'épouser M''" de Lœvenstein. Il occupait à la cour une haute situation, il avait ses entrées et un logement à Versailles. En 1680, il avait été nommé menin du Dauphin, et, en 1 685, il avait été attaché au service de laDauphine. Le Mercure de février 1 685, avait annoncé sa nomination en ces termes : « M. le marquis de Dangeau a esté pourvu de la charge de chevalier d'honneur de M"® la Dauphine, par la démission volontaire de M. le duc de Richelieu. Ce marquis est connu par tant d'excellentes qualitez qui le distinguent et je vous ay si souvent parlé de lui que vous faire son éloge ce ne seroit que vous dire ce que vous sçavez déjà. » P. 3 1 1 .
Le i^"" décembre 1664, M™« de Sévigné écrivait : « Le Roi se mêle depuis peu de faire des vers; MM. de Saint-Aignan et Dangeau lui apprennent comment il faut s'y prendre. >; Voici ce qu'il faut ajouter: Dangeau composa, pendant quelque temps, les lettres en vers de Louis XIV à W^^ de la Vallière et les réponses de celle-ci, s'il faut en croire l'abbé de Choisy (i).
(i) a II fit sa cour aux maîtresses du roi... ; elles le traitèrent avec familiarité et lui procurèrent celle du roi... » Saint-Simon , Mémoires, t. I, p. SgS.
Il avait, paraît-il, le don de la rime « il faisait des vers parfois assez bien w, et la qualité de poète intime du roi assura de bonne heure son crédit. Dès ï665, Boileau, âgé de 29 ans, dédia à Dangeau sa satire sur la Noblesse. A ce propos, Fontenelle remarque que « le héros étoit bien choisi, et par sa naissance, et par sa réputation de se connoître en vers, et par son inclination à favoriser le mérite. » Dangeau engagea Boileau à y ajouter quelques vers h la louange du roi, pour que la pièce fût mieux reçue à la cour, où il se chargea de la présenter. Cette confiance de Boileau honore singulièrement Dangeau, qui s'en montra . digne, en y répondant de son mieux (i).
« La jenommée littéraire de Dangeau, maître de versification du roi, ne pouvait manquer de lui ouvrir de bonne heure les portes de l'Académie française. Lorsque mourut le fameux Georges de Scudéry, Dangeau fut appelé à lui succéder à l'Académie. Voici comment la Galette annonce sa réception, dans le numéro du 14 avril 1668. « Le marquis d'Anjau, mestre
(i) « Avant que cette satire fut imprimée, M. de Dangeau la lut à quelques seigneurs dans une salle où le roi étoit à jouer. Le Roi qui le remarqua, voulut savoir ce que c'étoit, et quitta le jeu pour se la faire lire. C'est la première pièce de l'auteur qui ait uparu devant Sa Majesté : quelque temps après, on lui lut le Discours au Roi, qui étoit déjà composé. » Brossette, Commentaire sur les œuvres de Boileau. Peu.de vers de Dangeau ont été imprimés. On en découvre quelques-uns dans les Recueils de Mauj^repas. Voir la vie de Dangeau déjà citée p. XXXV.
de camp du régiment royal, et gouverneur de Touraine, a esté reçeu en l'Accadémie Françoise ; y ayant fait un beau discours, auquel le président Salomon, qui en est directeur, répondit aussi fort disertement, en présence du chancelier de France , des ducs de Saint-Aignan, de Coaslin, de Chevreuse, et d'autres personnes de qualité qui composent cette sçavante compagnie (i). »
Dangeau exerçait volontiers un patronage littéraire sur les gens d'esprit, qu'il aimait à grouper autour de lui, dans son hôtel de la place Royale, et plus tard dans celui qu'il se fit construire au faubourg Saint-Germain. Son frère, l'abbé Dangeau, était l'àme de ces réunions, auxquelles assista plusieurs fois le* marquis de Grille (2). Il y avait dans Paris plusieurs conférences semblables, où se préparaient en quelque sorte les candidatures à l'Académie française.
Le grand défaut de Dangeau fut une vanité qui augmenta avec son crédit, au point de le rendre absolument ridicule, au témoignage même de M™« de Sévigné, qui cependant est toujours assez bienveillante à
(i) Vie de Dangeau déjà citée, p. XXXVI-XXXVII.
(2) Voir t. II, p. 177 et 44g. On lit dans le Livre Commi de d'\braham de Pradel (1692, p. 41) que « les mardis, de relevée, on tient une conférence curieuse, chez M. le marquis d'Angeau, chevalier des ordres du Roi, place Royale.» En 1680, le jour était un jeudi, il paraît que les réunions se tinrent aussi le mardi et même le mercredi. Ctr. Niceron, t. XV.
son égard (i). Par contre, Saint-Simon en a tracé un portrait, un peu chargé peut-être, mais assurément des plus étincelants de verve et d'un merveilleux colo-
( 1 ) La spirituelle marquise rapporte de plaisants détails sur la mésaventure de Dangeau, à l'occasion de son mariage avec Marie Sophie de Bavière, comtesse de Lœwenstein, fiJle d'honneur de la Dauphine. L'acte de mariage (célébré, le 3i mars 1686, dans la chapelle de Versailles, par Kléchier) était signé Sophie de Bavière, ce qui mécontenta si fort la Dauphine (Anne Marie Christine Victoire de Bavière) qu'elle tit déchirer l'acte, dans les registres dé la paroisse de Versailles. Fléchier venait d'être nommé évêque de Lavaur.
« L'endroit le plus sensible, écrivait M""' de Sévigné au président de Mouiceau, le 3 avril 1686, éioit de jouir du nom de Bavière, d'être cousin de M">« la Dauphine, de porter tous les deuils de l't^urope par parenté... Vous m'avouerez qu'à un homme glonflé de cette vision c'est une chose plaisante que dès le premier pas retourner en arrière. Vous pouvez penser comme les courtisans charitables sont touchés de cette aventure ; pour moi j'avoue que tous ces maux qui viennent par vanité me font un malin plaisir. » Cette mésaventure n'ébranla pas le crédit de Dangeau, qui fut nommé chevalier du Saint-Esprit, le 3 i décembre 1688, et continua à jouir de I2 sympathie de Louis XIV. Voir la Vie de Dangeau, déjà citée ; le Recueil Maurepas, t. VI^ p. 49- 54 ; les Mémoires de Choi^y, 1747, p. 237-240 ; la Baumelle, Mémoires pour servir à l'Histoire de M"" de Mainteno'n, t. III, p. iio; les Mémoires du marquis de Sourches ; La Bruyère, édition des Grands Ecrivains de France, t. I, p. 54g-552 ; les Lettres de M""* Sévigné, t. VII, p. 492 et sqq., mêm-î édition ; les Mémoires de Saint-Simon, Edition de 1829, in-8'>, Paris, passim, Dangeau avait épousé, en 1670, Françoise Morin, fille d'un riche partisan. Cette première femme mourut le 21 mars 1682. Il avait 5o ans lorsqu'il se remaria avec Sophie de Lowenstein, âgée à peine de 20 ans Elle rendit son mari heureux, dit M""» de Sévigné, et « il n'auroit tenu qu'à elle de le rendre bien ridicule. » Tous les contemporains exaltent sa beauté et ses vertus. Elle survécut de longues années à Dangeau. A l'occasion de son mariage, celui-ci fit insérer dans le Mercure d'avril 1686 (p. 187-199) une notice généalogique qui rattachait sa famille à Hugues Capet.
ris. « Philippe de Courcillon, dit le marquis de Dangeau,. . . fut une espèce de personnage en détrempe. . . Sa noblesse était fort courte, du pays Chartrain, et sa famille était huguenote. Il se fit catholique de bonne heure, et s'occupa fort de percer, et de faire fortune (i). » Les éditeurs du Journal de Dang-eau (iSS^) essaient d'atténuer le jugement sévère de Saint-Simon. Ils re-
(i) Saint-Simon, Mémoires, t. XVIII, p. 260-262, puis il continue : « C'était un grand homme, fort bien fait, devenu gros avec Tàge, ayant toujours le visage agréable, mais qui promettait ce qu'il tenait, une fadeur à faire vomir. Il n'avait rien, ou fort peu de chose; il s'appliqua à savoir parfaitement tous les jeux que l'on jouait alors : le piquet, la bête, l'hombre, grande et petite prime, le hoc, le reversi, le brelan, et à approfondir toutes les combinaisons des jeux et celles des cartes, qu'il parvint à posséder jusqu'à s'y tromper rarement, même au lansquenet et à la bassette, à les juger avec justesse, et à charger celles qu'il trouvait devoir gagner. Cette science lui valut beaucoup, et ses gains le mirent à portée de s'introduire dans les bonnes compagnies. Il était doux, complaisant, flatteur, avait l'air, l'esprit, les manières du'monde, de prompt et excellent compte au jeu, où quelques gros gains qu'il ait faits, et qui ont fait son grand bien et la base et les moyens de sa fortune, jamais il n'a été soupçonné, et sa réputation toujours entière et nette. La nécessité de trouver de fort gros joueurs pour le jeu du Roi et pour celui de M"* de Montespan l'y flt admettre ; et c'était de lui, grand il fut tout à fait initié, que M"® de Montespan disait plaisamment qu'on ne pouvait s'empêcher de l'aimer ni de s'en moquer, et cela était parfaitement vrai. On l'aimait parce qu'il ne lui échappait jamais rien contre personne, qu'il était doux, complaisant, sûr dans le commerce, fort honnête homme, obligeant, honorable ; mais d'ailleurs si plat, si fade, si grand admirateur de riens, pourvu que ces riens tinssent au Roi ou aux gens en place ou en faveur -. si bas adulateur des mêmes, et depuis qu'il s'éleva, si bouffi d'orgueil et de fadaises, sans toutefois manquer à personne, ni être moins bas, si occupé de faire entendre ei valoir ses prétendues distinctions, qu'on ne pouvait s'empêcher d'en rire. »
présentent que Saint-Simon est un ennemi implacable et qu'il « poursuit sa victime, d'un bout à l'autre de ses Mémoires, avec l'acharnement passionné et l'ironie la plus violente qu'ait jamais échauffé l'esprit de parti. » Il est vrai pourtant que si le portrait de Dangeau est poussé au noir, il est à peu près juste et que tous les moqueurs du temps ont raillé Dangeau. Tout homme qui cherche à plaire pendant 80 ans, qui n'attache d'importance qu'aux préséances et aux vanités de cour est un peu ridicule. Les éditeurs ont raison toutefois de préférer la vanité bienveillante de Dangeau à la vanité méchante de Saint-Simon.
Malgré ses travers et tout en se moquant de lui, on aimait Dangeau. « Ses charges.. , son argent en avoient fait non pas un seigneur .., mais un homme d'après un seigneur (i). )> Il faisait même assez bonne figure : son incomparable médiocrité, servie par une com-
(i) Saint-Simon, Mémoires, t. V, p. 104. Dès le début, il en parle en ces termes : « C'étoit le meilleur homme du monde, mais a qui la tête avoit trouvé d'être seigneur ; cela l'avoit chamarré de ridicules... Sa fadeur naturelle, entée sur la bassesse du courtisan, et recrépie de l'orgueil du seigneur postiche fit un composé que combla la grande maîtrise de l'ordre de Saint- Lazare, que le roi lui donna (lôgS) comme l'avoit Nérestang, mais dont il tira tout le parti qu'il put, et se fit le singe du roi, dans les promotions qu'il fit de cet ordre, où toute la cour accouroii pour rire avec scandale tandisqu'il se croyoit admiré. » T. I, p. 36o-30i. l^Q Mercure mentionne plusieurs de ces fastueuses promotions. Voir, fév. 169Ô, p. .ii6-25g, déc. 1701, p. 3oi-326. fév. 1705, p. i85. Cfr. vie de Dangeau déjà citée p. lxxiii et sqq.
plaisance égale pour tous el par ses talents pour le jeu, lui permit de faire une brillante carrière. Il était membre de l'Académie française depuis 1668, et il fut plus tard nommé membre de l'Académie des Ricovrati de Padoue (1694), puis membre honoraire de l'Académie des Sciences (i). Néanmoins, c'était un esprit futile et nous devons avouer que l'Académie d'Arles ne trouva pas en lui un protecteur bien actif. Son amitié de plus de vingt années avec le duc de Saint- Aignan (2), puisqu'elle datait de l'époque où tous les
(i) Le Mercure Galant de mai 1704, p. 221-223, annonça la nomination de Dangeau à l'Académie des sciences, en remplacement de M. le marquis de VHôpital, « très fort en Algerbe. w « Cependant,. continue-t-il, M. le marquis de Dangeau sçait plus que l'Algerbe, puisque par son esprit, par sa prudence, par sa sagesse et par sa bonne conduite, il a sçu se maintenir à la cour depuis sa plus grande jeunesse, et mériter souvent de nouvelles grâces du plus grand et du plus éclairé des monarques. » C'était un titre assez médiocre : il le comprit. « Il n'accepta la place qu'en faisant bien sentir la noble pudeur qu'il avoit de succéder à l'un des premiers géomètres de l'Europe, lui qui ne s'étoit nullement tourné de ce côté-là ; et il n'a jamais paru ici sans y apporter une modestie flatteuse pour l'Académie et cependant accompagnée de dignité. » Ainsi s'exprime Fontenelle, dans l'Eloge de Dangeau, prononcé à l'Académie des sciences, le 23 mai 1721. Il dit aussi que M. Dangeau avait « une tête naturellement algébrique et pleine de l'art des combinaisons, puisé dans ses réflexions seules », et qu'il en profita pour jouer avec une sûreté admirable, Dangeau consulta même l'algébriste Sauveur pour pénétrer les secrets de la bassette. Voir l'Eloge de Jos. Sauveur, par Fontenelle. Cfr. Mémoires du marquis de Sourches, t. II, p. 201-202.
(2) « Un titre académique en appelle un autre, vingt ans plus tard, Dangeau, membre de l'Académie française, fut appelé en cette qualité, par la préférence du roi, à la protection d'une aca-
deux servaieni les amours de Louis XIV et de La Vallière, lui inspirait assurément une certaine bienveillance pour une compagnie, dont il avait souvent entendu parler et dont lui et son frère connaissaient plusieurs membres. Mais il était si absorbé par ses fonctions et par les mille riens de la vie de cour, qu'il ne prit guère son nouveau rôle au sérieux. Il était mieux placé que personne pour rendre service aux gens de lettres. Il exerça longtemps à l'égard de l'Académie française le rôle d'intermédiaire officieux entre ses collègues et le roi protecteur officiel. Les Registres de l'Académie française témoignent avec quelle courtoisie il s'en acquitta, en diverses circonstances, et combien aussi l'Académie s'en montra reconnaissante. Il était secondé par son frère l'abbé Dangeau, membre lui aussi de l'Académie française, et v( excellent académicien », au dire de Voltaire. Malheureusement, Arles était loin de Versailles et si Dangeau accepta le rôle de Mécène, il ne se préoccupa guère d'en remplir les devoirs.
11 obtint cependant de Louis XIV, peut-être comme cadeau d'entrée en fonctions, une augmentation de dix membres pour l'Académie d'Arles, ce qui en porta le
demie de province, alors considérable. Il s'agissait de remplacer le spirituel courtisan qui avait jadis partagé avec lui l'honneur d'enseigner l'art de la poésie à un maître qui aimait presque également ces deux compagnons de sa jeunesse. Peut-être faudrait-il reconnaître dans le choix du roi déjà vieillissant un souvenir du beau temps de 1664. » Vie de Dangeau, déjà citée, p. XXX\'ÎI.
nombre à quarante, comme à l'Académie française. Nulle part nous n'avons trouvé trace des lettres patentes qui accordèrent cette augmentation ; nous ne pouvons donc en déterminer la date que d'une manière approximative. Robert de Briançon , dont l'Etat de Provence fut imprimé de 1689 à 1693, et qui est, par conséquent, un témoin contemporain, affirme que le nombre des académiciens avait été porté depuis peu à quarante. Le Dictionnaire de Provence a admis son assertion et nous n'avons aucune raison suffisante pour la révoquer en doute (i).
;i) L'Etat de l^rovence, 3 vol. in- [2, fut quatre ans sous presse et le premier volume fut achevé d'imprimer le 24 octobre 1692, bien que l'impression en ait été commencée dès 1689, ainsi que nous l'apprend l'auteur, dans une note à la tin de la table, dans laquelle il signale également quelques changements survenus depuis lors. Le privilège est daté de Paris, le 5 mars 1689. Les premières pages de ce volume étaient certainement écrites vers 1688, et Robert était bien placé pour être exactement renseigné.
Robert de Briançon, après avoir rappelé les lettres patentes de fondation, enregistrées à Aix, en i66(), poursuit : « Du depuis il y a eu d'autres lettres patentes du Roi, par lesquelles il est permis à cette compagnie une augmentation de dix académiciens, qui doivent être gentilshommes comme les premiers ; et depuis peu le roi a encore permis à ce corps d'augmenter leur compagnie de dix académiciens, pour faire le nombre de quarante, pareil à celui de l'Académie françoise. » T. I, p. 76.
« En 1668, Louis XIV établit à Arles une Académie royale de vingt gentilshommes habitants de la ville... Peu de temps après, le nombre des académiciens fut augmenté de dix et insensiblement il parvint à celui de quarante. » Géographie de la Provence, du Comté Venaissin, de la Province d'Orange, etc., etc., (par Achard), Aix, 1787, in-4°, t: I, p. 141. Vertron dans son Recueil,
Dès 1686, dans son Nouveau Panthéon, 2« partie, p. 42, Fer/row disait « l'Académie royale d'Arles composée de quarante personnes de mérite, de scavoir et de qualité, sous la conduite de Monseigneur le duc de Saint-Aignan, » Cette date nous semble inadmissible. D'autre part, le Mercure d'avril 1689, en publiant le programme des prix de l'Académie d'Arles, parlait des quarante académiciens, et Vertron reproduisant ce programme maintient le chiffre de quarante. (Voir t. II, p. 401-402). Cependant douze ans après, le Afercwre de décembre 1701, à propos de Vertron, dit qu'il est un des trente de l'Académie royale d'Arles, p. t65. Malgré ces témoignages contradictoires, nous nous en rapportons à Robert de Briançon. A notre avis, les lettres patentes d'augmentation doivent être de 1688 et, pas plus que celles de 1678, elles ne furent enregistrées au Parlement de Provence.
Ludovicus Magnus vir immortalis..., p. 127, parle de «M. de Roubin, l'un des quarante de TAcadémie roïale d'Arles. »
Les auteurs du Gallia Christiana ignoraient cette augmentation, car à la p. 619 du t. I, (in-fol., 17 i5), on lit : « Nunc Aielatem ornât maxime academia regia scientiarum et eloquentiae
Igallicae erecta beneficio Ludovici XIV, anno 1668, ad formam academiae regiae parisiensis, nisi quod PsiVxsitnsÀs quadr a g int a viris dcctis constet, Arelatensis vero tantum triginia. » L'Etat de la France de L. Trabouillet, 17 18, Paris, Denis Mouchet, 3 vol. in-i2 (Bibl. d'Aix D. 4757) après avoir dit, en parlant de l'Académie d'Arles, qu'elle fut établie en 1669, ajoute : «Elle fut augmentée de dix autres personnes peu de temps après, fai-