‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 13 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les grandes nuits. Travaux de l'Académie. — Adhésion de MM. d'Aimar, Roubin, de Castillon, de l'Estang, de Barrême, du Tremblay.

Après la mémorable journée du 3 janvier 1667 , l'Académie pouvait être considérée comme sortie de la période d'organisation. La promulgation des statuts s'était faite sous la direction de M, de Grille, et on lui avait réservé l'honneur de mettre la dernière main à une œuvre qui devait tant à sa sollicitude.

L'Académie, du reste , lui en fut reconnaissante et le lui témoigna hautement. Elle crut même devoir remercier le père de M. de Grille, Charles de Grille, et son épouse, Delphine de Sartres, qui s'intéressaient vivement à la nouvelle société (i). Elle leur

(i) « Ensuite de quoi tous ces messieurs , d'un commun sentiment, tesmoignèrent leur reconnaissance à M. de Robias pour les soins obligeants qu'il avait pris au présent Registre et pour le tableau des armes, dont il faisoit présent au corps et outre cela ils délibérèrent d'escrire deux lettres, l'une à M. d'Estoublon, son père, et l'autre à madame de Robias, comme

adressa une lettre fort louangeuse , qui provoqua de leur part une réponse pleine des assurances les plus formelles de sympathie (i).

Le Registre de l'Académie, à la page 48 , parle incidemment de « la galanterie des grandes nuits », pour reconnaître à chacun des académiciens le droit « d'escrire en son particulier et de produire ce qu'il lui plaira. » 11 renvoie à une décision qui n'est pas consignée dans le Registre.

Parmi les Ms Bonnemant , au volume Collège Académie, nous avons retrouvé une pièce manuscrite qui nous apprend comment les académiciens entendaient leur rôle , au mois de janvier 1667. Nous la citons ici , à titre de curiosité. C'est bien là un ressouvenir des cours d'amour du moyen âge.

Extrait de la commission de la Chambre des Grandes Nuicts établie par l'Académie d'Arles (2).

Nous académiciens, après avoir établi par des règlements et des statuts un ordre nécessaire pour

pour porter plus loin les marques de leur recognoissance. M. de Sabatier fut nommé pour faire la première et M. l'abbé de Boche pour la seconde. » Séance du 3 janvier, Registre, fol. 35, verso. Et en marge « Ces deux lettres ayant été examinées au cabinet de M. Giffon, où l'on s'assembla extraordinairement, lui furent remises pour les envoyer. »

(1) Voir cette double réponse, des 4 et 5 janvier, Registre, de l'Académie, fol, 36 et 37.

(2) En note du Ms nous lisons cette note : « De l'écriture de M. d'Aymar, marquis de Chateaurenard. »

affermir notre compagnie, et la mettre à couvert de l'envie et de la médisance n'ayant à présent rien tant à cœur que le profit et l'utilité du beau monde de cette ville, avons cru que nous devions apporter tous nos soins pour rendre toutes les assemblées qu'on y fait agréables , galantes et polies vu les requestes à nous présentées par divers particuliers contenant une infinité de plaintes sur les abus qu'on commet dans les conversations contre les douceurs de la société et la belle galanterie, avons ordonné et ordonnons que six académiciens se porteront dans toutes les veillées de cette ville au besoin sera pour y voir et connoistre en dernier ressort de l'infidélité des amants, du peu de sincérité des amis, des rigueurs injustement exercées , des fleurettes grossièrement débitées, médisances, impatiences, bagatelles, secrets révélés, feintes, inquiétudes, rêveries affectées, contestations opiniâtres , élévations de voix excessives, indiscrétion, emportement, dissimulation , railleries froides, pédanterie , grimaces étudiées , enjouement forcé et autres fautes qui se peuvent comettre dans les dites assemblées, pour cet effet les commissaires ou députés tiendront leur séance depuis le 20"°^ du courant jusqu'au 22"" de febvrier inclusivement, et parce que dans les dites assemblées on pourrait blesser la modestie, la piété et la retenue, nous avons jugé à propos de nommer parmy les six commissaires

deux académiciens-clercs pour en prendre connoissance, voulant et entendant que tous ceux ou celles qui composent le beau monde de cette ville ne s'opposent point à nos volontés et enjoignant à tous chefs de veillées de prester main forte pour l'exécution des ordonnances des dits commissaires.

Fait à Arles , dans notre salle académique , le 20 janvier 1667.

Page 1