‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 15 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Négociations pour obtenir l'autorisation royale. — Longs retards du chancelier Séguier. — Expédition des lettres patentes. — Elles sont enregistrées au Parlement de Provence. — Le sceau de l'Académie.

Durant l'année 1667, l'Académie d'Arles « avoit fait un assez beau bruit dans le monde. » On s'en occupait à la cour, et le cardinal de Vendôme qui s'était arrêté à Arles (i), en se rendant à Paris, ne manqua pas d'en parler. Le duc de Saint-Aignan était, du reste, en relations habituelles avec plusieurs académiciens, et il portait un vif intérêt à la jeune société.

Les académiciens avaient repris leurs travaux et commencé l'aftnée en se conformant à leur louable

(1) Registre, fol. 46 bis, recto.

Le cardinal de Vendôme représenta le pape Clément IX, parrain du Dauphin, baptisé à Saint-Germain en Laye, le 24 mars 1C68, par le cardinal Antoine Barberini, grand aumônier de France. La marraine était la reine mère d'Angleterre représentée par la princesse de Conti. La Lau^ière, p. 484.

coutume d'entendre une « messe chantée au Saint- Esprit, au maistre autel des Cordeliers. » Les réunions de Janvier et de février 1668 furent remplies par des discusions sur les différents genres de poésie. Ni M, de Manville, ni M, de Gageron, ni M. de Cays (i) n'assistèrent aux réunions, à partir du i5 janvier, et cela pendant plusieurs mois.

Le 18 février, l'Académie s'assembla extraordinairement, chez M. l'abbé de Boche , pour y entendre lecture d'une lettre de M. le duc de Saint-Aignan (c élégante et civile » qui fut consignée au Registre. Antoine de Grille d'Estoublon (2), frère du viguier d'Arles, maître d'hôtel de la maison du roi et écuyer de la reine Anne d'Autriche, servait d'intermédiaire entre l'Académie et le duc de Saint-Aignan.

Ce fut sur sa demande, que ce gentilhomme écrivit de Paris, le 3o Janvier 1668, aux académiciens d'Arles.

(i) M. de Cays était absorbé par les affaires de la ville, M. de Manville était absent et M. de Gageron se trouvait à Turin. Registre, fol. 48-49 (bis).

(2) Antoine de Grille épousa Louise d'Azégat, dont il n'eut qu'une fille, Marie, qu'il maria le 26 juin 1672, à André Aube marquis de Roquemartine, qui fut consul d'Arles, en 168^. Marie mourut sans enfants. Par son testament du 3 juin lySi, elle fonda, dans sa maison, de concert avec le P. Barret, minime, l'Œuvre des filles de la Providence du Cœur de Marie. Elle mourut le 21 décembre lySy, et fut inhumée dans l'Eglise des Dominicains (chapelle de Sainte-Catherine qui appartenait à sa famille).

Annales d'Arles, 1682, Ms 806. Cfr. Ms loGo, p. 67 (deuxième partie). Son testament se trouve fonds Nicolaï, numéro 62.

Messieurs,

L'honneur de vostre estime est à mon gré le plus grand bien du monde, et la crainte de la perdre en vous faisant voir par une méchante lettre que je ne suis pas tel que M. d'Estoublon vous l'a sans doute faict croire, devroit me faire garder le silence, mais, messieurs, je ne sçaurois m'empécher de vous rendre enfin ce juste devoir ; il m'est avantageux de vous escrire à la veille du voyage que le roy va faire, et dans les ambarras inséparables du départ de Paris ; le désordre d'une marche précipitée excusera celuy démon discours, et après vous avoir suppliés de suspendre le jugement que vous voudrez faire demoy, au moins jusques à mon retour, je vous demanderay mesme avec empressement de ne me regarder jamais du costé de l'esprit, mais de celuy du cœur ; vous le trouverez tout plain de vénération pour vostre illutre compagnie, aux pieds de laquelle je mets d'abbord les lauriers que beaucoup de faveur, jointe à la justice de messieurs de l'Académie de Caen, vient de mettre sur ma teste (i) ; et comme je m'attache plus aux effects qu'aux parolles, je vous supplie très humblement, messieurs, de m'employer en toutes les occasions où il s'agira de vostre service ; et que si vous désirez quelque chose

(i) Il dict cela pour avoir remporté le prix des vers dans l'Académie de Caen. (Note du Registre).

du grand monarque, à qui j'ay parlé de vous avec tant

de chaleur et de plaisir et duquel on sera toujours

favorablement écouté sur ce sujet, vous me donniez les

moyens de vous faire connaître en général et en

particulier avec combien de passion, je veux toujours estre,

Messieurs, vostre très humble et très obéissant

serviteur,

Le Duc de Saint-Aignan (i).

Cette lettre avait une importance capitale pour l'Académie ; elle lui assurait un puissant protecteur.

a Le lundy, 20 février, il fut résolu dans l'assemblée de faire part à tous les associés externes et autres absants, de la lettre de M. le duc de Saint-Aignan et de les prier d'envoyer chacun leur réponse, tant pour servir d'employ académique que pour recueillir de cette pluralité de lettres, le sujet d'une réponse qui fut digne de l'Académie, aussi bien que de celuy à qui elle escrivoit, et comme le temps pressoit, on n'attendit pas d'avoir les pensées de chacun, et l'on se servit de celle de MM. de Sabatier, de Barrême et de Boches, dont la lettre fut composée, et là mesme, du consentement de tous, il fut résolu de prier mondit sieur le duc Saint-Aignan d'accepter le nom et les fonctions de protecteur de l'Académie d'Arles, d'autant

(1) Registre de l'Académie, fol. 49 (bis).

- lis -

mieux qu'ayant desjà parlé au roy d'elle si favorablement, comme il le témoigne dans sa lettre, cela sembloit une raison de nécessité, autant que de bienséance ; il fut encore ordonné, que M. le secrettaire fairoit un plan ou estât de l'Académie, pour envoyer avec le nom de chasque académien a ce duc ; ce qui fut faict aussitost (i). »

On n'oublia pas de remercier M. Antoine de Grille qui « s'estoit employé avec tant de succès auprès de M. le duc de Saint-Aignan. »

La liste des académiciens et les lettres furent envoyées à M. Mercurin (2), qui fut chargé de les remettre « avec exactitude. »

Dans leur réponse au duc de Saint-Aignan, les académiciens le priaient d'accepter le titre de protecteur, d'obtenir du roi des lettres patentes portant approbation de l'Académie, et de demander leur alliance « à messieurs de l'Académie de Paris » dont le duc faisait partie, depuis i663.

(ij Registre, fol. 5o (bis).

(2) « M. de Mercurin, député de la ville d'Arles au conseil et grand amy de l'Académie Royale. » Registre, fol. 1 1 1, verso, 1673.

M. Mercurin était-il de la famille des Mercurin d'Apt, dont parle Artefeuil, t. m, p. 81 i Nous ne pourrions le dire. En tous cas, la déférence que témoignent pour lui les académiciens d'Arles et le duc de Saint-Aignan lui-même, est la preuve qu'il était un personnage assez important. Son habileté et sa persévérance furent pour beaucoup dans le succès des négociations relatives aux lettres patentes. Le Registre de l'Académie en parle constamment avec les plus grands éloges.

— no —

Monseigneur,

a La haute estime que vous vous estes acquise à la cour, et parmi tout ce qu'il y a de plus considérable dans le royaume, ne nous laissera jamais croire que la nostre puisse ostre pour vous un bien de l'importance que vous le dites. Nostre compagnie ne se flatte pas d'une telle gloire ; nous en avons reçeu une fort au dessus de nous, par la lettre que vous nous avez faict l'honneur de nous escrire, elle contient des marques si éclattantes de vostre estime, Monseigneur, qu'il ne nous est plus permis d'avoir mauvaise opinion de nostre esprit ; il n'est point de Province qui ne vous regarde comme le favori et le protecteur des Muses, mais souffrez, s'il vous plaict, qu'on nous dise qu'en vous abbaissant Jusques à nous, vous vous estes mieux laissé voir, et que nous vous avons trouvé encore plus haut et plus grand, depuis que vos bontés nous ont fait Jour par vous approcher. C'est estre véritablement grand que de l'estre en nous comblant de biens, mais Monseigneur, ne vous accusera-t-on point de les prodiguer en les versant avec tant de profusion surune compagnie qui ne fait que de naistre dans une province d'où il ne sort d'ordinaire rien d'agréable pour la cour que des ci:rons et des oranges ; non. Monseigneur, personne n'y trouvera à dire, chacun scait que vous ne mettez pas plus de bornes à vo5tre générosité que

nostre grand monarque en met à l'estime qu'il faict de vostre personne ; il nous est en vérité bien glorieux que Sa Majesté ait esté informée de nostre établissement par une bouche qu'elle écoute toujours avec plaisir, peust-étre nous plaindrions-nous d'avoir esté trop tost exposés au grand jour si nous examinions nos forces, mais nous ne les mesurons plus qu'au désir violant de signaler nostre reconnaissance. Il est vray que nostre compagnie estant composée en partie de gentilshommes à qui la paix avoit fait goûter les belles lettres, et que la guerre est sur le point de tirer du cabinet, n'a pas toute l'érudition de messieurs de l'Académie de Caen, toutefois, si nous ne sommes pas assez hardis pour oser porter comme eux des lauriers sur vostre teste, nous avons trop d'intérêt de publier vos bienfaits pour ne pas porter quelques jours à vos pieds des marques publiques de nostre gratitude, nous la fairons éclatter si haut que chacun sera bien ayse de regarder favorablement des personnes qu'on scaura avoir l'honneur de vostre protection. Nous vous la demandons. Monseigneur, avec beaucoup de passion et de respect, puisqu'il vous a plu de nommer Académie une assemblée qui n'avoit osé prendre ce nom jusques ici et qui n'en veut point que sous vostre faveur. Sous cette glorieuse protection nous ne fairons pas difficulté de vous demander la grâce d'obtenir du roy des lettres patantes affin de conserver ^vec titre, ce que vous

avez approuvé par bonté, nous ne doutons pas mesme qu'à vostre considération messieurs de l'Académie de Paris n'accordent quelque jour leur alliance à une compagnie dont tous ceux qui la composent sont avec beaucoup de zèle et de respect, Monseigneur, vos très, etc. (i). »

Les lettres patentes étaient la reconnaissance officielle de l'Académie, et l'approbation royale devait lui assurer une situation trop honorable, pour que les académiciens ne fissent pas tous leurs efforts pour l'obtenir. Pareil honneur n'avait encore été accordé qu'à TAcadémie française, en i635 (2).

Ce n'était cependant pas une prétention exagérée de

(i) Registre de l'Académie, fol. 5o bis, en marge.

(2) « Vous estes obligés à remplir dignement la prefférence que nostre grand monarque a donné à la ville d'Arles, sur plusieurs autres de ce royaume qui demendoient le mesme honneur. » Registre, fol. 84, verso. Récit du Marquis de Châteaurenard.

Les lettres patentes de l'Académie de Caen, fondée en i652, sont de 1705, celles de l'Académie de Nîmes de 1682, celles de l'Académie de Lyon de 1724. Les nombreuses sociétés littéraires établies à Toulouse, à Castres, à Lille, à Rouen, à Soissons n'avaient pas encore obtenu la sanction royale, et n'étaient que des réunions libres d'hommes de lettres où l'on discutait sur les nouvelles du jour, et pour plusieurs, ce stage académique se prolongea près d'un demi-siècle. Voir Bouillier. L'Institut et les académies de Province , ch. i. Ménard , Histoire de Nîmes, t. VI, Preuves i33.

Couronnes académiques, par Delandine, 2 vol, in-8», 1787, La France Littéraire de i-j6() k 1784.

la part des académiciens d'Arles. Louis XIV voyait avec plaisir la noblesse s'adonner à la littérature, au lieu de former des ligues et des cabales. D'ailleurs, la ville d'Arles s'était toujours distinguée par son dévouement au service du roi. Lors des derniers troubles de Provence (i 659-1 660), la noblesse d'Arles était demeurée fidèle, tandis que celle d'Aix et de Marseille était à la tête des mécontents. Le roi était donc disposé à faire droit à la respectueuse requête des Arlésiens.

Pendant que cette affaire se traitait à Paris, les académiciens recevaient dans leurs rangs M . de Barras de la Penne (i), lieutenant de la ville, sur la proposition de M. de Sabatier, et l'ancien viguier d'Estoii- Mon (2) qui tout « accablé de goutte et de douleur » demanda, par l'organe de son fils, M. de Grille « d'estre reçeu dans cet illustre corps. » M. de Barras prit rang le 1 1 mars, après avoir fait ses visites, et signa les statuts dans le Registre. M. d'Estoublon se fit porter à la séance du 19 mars, et apposa sa signature au bas des statuts.

Les travaux de l'Académie étaient assez actifs et l'on se préoccupait vivement de « tout ce qui pouvoit

(i) Registre, fol. 5o bis, et b-i bis.

(2) Registre, fol. 5o bis, verso, et 52, recto. Nous avons parlé plus haut de M. d'Estoublon. Il était alors très âgé et passait la plus grande partie de son temps à sa campagne de Grille, en Camargue. Il avait quatre-vingts ans.

concourir au progrès et advancement de l'Académie (i). »

(i) Registre, fol. 5i bis, verso, (27 février 1668).

M. de Barras, seigneur de la Penne, appartenait à l'une des plus anciennes familles de Provence, car il est question des Barras dès le temps des croisades. Cette famille était divisée en plusieurs branches : il y avait les seigneurs de Saint-Jean de Valecriche, de la Penne, de Melan, de Clémens de Saint-Laurent et de la Robine. Voir Maynier. La principale noblesse de Provence, p. 67.

Artefeuil, 1. 1, p. 96 et sqq.

Robert de Briançon, i. 1, p. 842 et sqq.

Les Mémoires du P. Bouguerel de l'Oratoire et les divers historiens de Provence, Bouche, Papou, Nostradamus, etc.

Le Nobiliaire de la ville d'Arles de Bonnemant.

La Noblesse d'Arles, par Pierre Véran, p. 54.

Le dernier représentant de cette famille est mort en 1828.

Jean Antoine de Barras était fort jeune en 1668, cependant nous ne croyons pas qu'il s'agisse d'un autre Barras que de celui dont le Dictionnaire de Provence fait mention, à moins qu'il ne s'agisse de son père — très obcur, ce qui n'est pas probable.

« Barras de la Penne (Jean-Antoine) gentilhomme d'Arles, né dans cette ville vers l'année i65o, fut commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, inspecteur des constructions, premier chef d'escadre des galères du roi et commandant du port de Marseille. Il mourut le 18 juillet 1730, à 80 ans.

Il se distingua par sa bravoure, son esprit et ses connaissances. On a de lui des mémoires manuscrits sur les divers ordres des rames dans les galères des anciens. Ses idées sur cet objet, furent attaquées par Af. T'errîM, son compatriote. On peut voir dans la vie de ce dernier, écrite par le P. Bouguerel, les lettres respectives de ces deux savans. Leur dispute honnête et polie doit servir d'exemple aux gens de lettres qui son divisés d'opinions. »

Article de M. Paul. Dictionnaire de Provence, t. m, p. 56.

L'abbé Paul, ancien professeur d'éloquence au collège d'Arles, a donné de nombreux articles au Dictionnaire de Provence, mais son exactitude^'est parfois en défaut. Voici ce qu'on lit au supplément du Dictionnaire :

Les séances du mois d'avril furent intéressantes, car on y lut et examina diverses pièces^ presque toutes à l'honneur du duc de Saint-Aignan, envoyées par a Messieurs de l'Académie de Caen (i) à Messieurs

Barras de la Penne {Jean-AntoineJ . Cet article fourni par M. l'abbé Paul dans notre Dictionnaire est très défectueux. On a imprimé ses ouvrages, qui sont :

i" Des Remarques sur la dissertation des trirèmes, ou vaisseaux de guerre des anciens, par le P. Languedoc S. J., Marseille, Boy, 1722, in-8°.

2" Lettre critique écrite au P. Laval (S. J.), professeur royal de mathématique, Marseille 1726, in-4».

3° Lettre critique de M. Barras de la Penne, premier chef d'escadre des galères du roi, écrite à M. le bailli de XX, à Marseille, le dernier décembre 1725, au sujet d'un livre intitulé : Nouvelles découvertes sur la guerre, etc., avec des remarques critiques sur les trois nouveaux systèmes des trirèmes, ou vaisseaux de guerre des anciens, imprimés dans les Mémoires du Trévoux, août, septembre, octobre 1722, Marseille, Boy, 1727, in-fol. de 58 pages avec des planches. Cet ouvrage est en grand papier.

4» Réplique de M. Barras de la Penne à la réponse du P. de la Maugeraye, insérée dans les Mémoires pour l'histoire des sciences, mars 1728 article 23, Marseille Dominique Sibié, 1728, petit in-8'' de 76 pages, avec une planche, qui représente la coupe de l'ordre des Thranites du vaisseau de Philopator. La réponse du P. de la Maugeraye se trouve dans les Mémoires de Trévoux, du mois de mars 1727. M. de Barras nous apprend, dans sa réplique, qu'il était affilié à la société dont le P. de la Maugeraye était membre. »

Dictionnaire de Provence, t. m, supplément et additions, p. 568.

(i) L'Académie de Caen fut toujours en excellents rapports avec l'Académie d'Arles : le Registre nous en fournit plus d'une preuve.

Le 23 février 1677, on lut, à la séance de l'Académie, une lettre du marquis de Châteaurenard.

« Cette lettre faict mention des honnêtetés que le dict Châteaurenard a reçu dans Caen en Normandie, en qualité d'aca-

de l'Académie royale d'Arles. » M. Mercurin envoya aussi l'ode du duc de Saint- Aignan qui avait été couronnée à Caen, l'année précédente.

Il annonçait (23 avril) que le duc de Saint-Aignan lui avait appris que le roi parlait avantageusement de l'Académie, sur le rapport du cardinal de Vendôme (i). Antoine de Grille écrivait de son côté « que

démicien de la Royalle d'Arles, entre autres choses que M. de Segrais (qui s'y trouva) avoyt dit que cette académie avoit l'avantage sur toutes celles du royaume d'estre l'unique et véritable sœur de celle de Paris, que les autres n'avaient point une alliance aussi prochaine et ne pouvoient point se qualifier comme elle, la sœur de l'Académie Françoise. »

Registre de l'Académie, fol. i55.

L'Académie de Caen fut fondée en i652 par Moysant de Brieux, ami de Montausier, de Conrart, de Chapelain, mais ses lettres patentes ne datent que de lyoS. Voir dans les Mémoires de l'Académie de Caen, année 1872, l'éloge de Moysant de Brieux, par René Delorme.

A côté d'elle existait la société de physique, établie par Huet, en 1662.

Voir la Fr^ïnce L/«eVa/re, 4 vol., in- 12°, (1769-1784), Segrais fut, après Moysant de Brieux, le directeur de l'Académie de Caen .

(i) Le cardinal connaissait bien les gentilhommes de l'Académie d'Arles, car il était gouverneur de Provence.

Louis, duc de Vendôme, fils de César de Vendôme, fils légitimé (en iSgS) de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, naquit en 1622. Jusqu'à la mort de son père, il porta le titre de duc de Mercœur. Il servit en Piémont, en Hollande et en Catalogne, où il fut nomaié vice-roi des troupes françaises, 1646.

Il épousa, en i65i, LaureMancini, l'aînée des nièces de Mazarin, et il devint alors commandant de la Provence. Il fit encore, en i656, la campagne de Lqmbardie. En 1661, le roi le nomm*

Sa Majesté a nommé laditte Académie royale, commandé l'expédition des lettres pattantes où elle sera qualifiée de ce nom, ce qui fut encore confirmé par une lettre du sieur du Tramblay, frère de l'académicien, et aumosnier du duc de Saint-Aignan (i). »

Les négociations était en très bonne voie, néanmoins plusieurs mois se passèrent sans qu'on arrivât au résultat désiré.

Les académiciens, sans manifester encore aucune impatience, se réunissaient avec plus ou moins de régularité et poursuivaient leurs travaux littéraires. Au mois de mai, selon l'usage on tira au sort le nom des

chevalier de ses ordres. Après la mort de sa femme (1657), il embrassa l'état ecclésiastique et le pape Clément IX, en le créant cardinal (1667), le nomma son légat à latere en France.

Le cardinal de Vendôme était le père du maréchal de Vendôme qui s'illustra plus tard sur tant de champs de bataille, et du grand Prieur, si connu à la cour de Louis XIV.

Il habitaità Aix, le pavillon qu'il s'était fait construire, en dehors de la ville. Ce pavillon existe encore. Il s'appelle le Pavillon de la Molle, et appartient aux religieuses du Sacré-Cœur.

M. Roux-Alphéran, dans les Rues d'Aix,i. 199 et 11. 4.1.3, nous apprend dans quelles singulières circonstances il fut créé cardinal. Il mourut à peine âgé de 5y ans, le 6 août 1669, ^^ *''l faut en croire les divers récits, recueillis par M. Roux-Alphéran, cette mort fut hâtée par la vie peu régulière du petit-fils de Henri IV, transformé en cardinal, sans en avoir pris presque autre chose que l'habit, mais nous nous défions de ces racontars. Le cardinal de Vendôme, qui se trouvait à Paris en 1668, ne tarda pas à revenir à Aix, son lieu de séjour habituel.

Voir sur les regrets que sa mort causa en Provence, la Ga^ettç de 1669, p. 809, 833, 948.

(i) Registre, fol. Sa bis, verso, et 53,

directeurs (i), M. de Grille demanda d'être déchargé des fonctions de secrétaire qu'il remplissait « avec beaucoup d'ardeur et assez heureusement aux affaires de l'Académie, » depuis dix-huit mois. Ses collègues n'y voulurent pas consentir et le prièrent « de reprendre cette fonction avec tant d'amitié qu'il s'engagea de le faire, à cette condition qu'il seroit soulagé par les soins d'un chacun dans les occurances. » Gijffon, qui avait déjà maintes fois rempli, par intérim, les fonctions de secrétaire, fut adjoint à M. de Grille, comme substitut (2).

La guerre si rapidement conduite par Louis XIV, fit le sujet de plusieurs pièces de poésie, que l'on envoya au duc de Saint-Aignan(3), dont on se ména-

(i) Directoriat de Tannée 1668.

On commencera la troisième année de l'Académie, le mois de may de la présence année 1668, et ce premier mois est eacheu par le sort à M. de Manville :

May à M. de Manville ;

Juin à M. l'abbé de Barrême ;

Juillet à M. Bouvet ;

Aoust à M. de Robias ;

Septembre à M. de Sabbatier ;

Octobre à M. de Gageron ;

Décembre à M. de Barras ;

Janvier à M. de Cays ;

Février à M. de Castillon ;

Mars à M, de Boche.

Registre de l'Académie, fol. 53 bis, verso.

(2) Registre, fol. 53-54, passim.

(3) Registre, fol. 55, recto.

nageait les bonnes grâces précieuses pour « le petit corps. »

Deux nouveaux membres furent admis : l'abbé de Chambonas, plus tard évêque de Lodève (i), et M. Le Pays, tous les deux sur la proposition de M. de Bouvet.

La lettre de demande de l'abbé de Chambonas est datée du 5 mai et celle de M. Le Pays de Grenoble, le 12 mai (2). L'Académie se hâta de répondre à M. l'abbé

(i) En 1679 un abbé de Chambonas , tro'isihmQ a.Tch.\à\3iCve et député du chapitre de Nimes, signa au bas des articles projetés par les habitants de Nîmes, pour l'établissement de l'hôpital général et soumis au roi. Il est à croire que c'était notre académicien. Ménard, Hist.^de Nîmes, t. vi, preuves, p. 117.

(2) Voir ces lettres au Registre de l'Académie, fol. 55-57.

René Le Pays, sieur du Plessis-Villeneuve, était né à Nantes en i636. Il passa la plus grande partie de sa vie en Dauphiné. C'était un écrivain très fécond que l'on appelait le singe de Voiture. Il composa une foule d'ouvrages dans le genre léger. Il manquait de goût et exagérait singulièrement les défauts de son modèle.

Le Pays sans mentir est un bouffon plaisant, Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voiture,

disait de lui Boileau. Et, chose singulière. Le Pays ne se froissa pas, bien au contraire, il entretint toujours de bons rapports avec le rigide censeur.

Nommé directeur des gabelles du Dauphiné et de la Provence, il fut un administrateur pitoyable et enfin révoqué par arrêté royal. Il mourut le 3o avril 1690 et fut enterré dans l'église de Saint-Eustache à Paris.

Ses ouvrages eurent de la vogue surtout dans le midi de la France. On a de lui : Amitiés, amours et amourettes, Grenoble 1664, in-12», Zélotide, Histoire galante, Paris i665, in-12», etc. etc.. Voir Ms 1060, p. 32, deuxième partie, Bayle, Moréri, Didot, Michaud, Allard, Bibliothèque de Dauphiné. — Un de ses frères, Gilles Le Pays, fut également de l'Académie d'Arles.

Chambonas, parce qu'il était à la veille de son départ pour Paris (17 mai). Quant à M. Le Pays on lui répondit le 28 mai, et ce fut à son occasion qu'il fut délibéré : « Qu'attendu la dignité du corps, dont les lettres doivent estre graves, sérieuses, et précises, on se formeroit de nouveau un formulaire qui serviroit pour répondre à tous qui auront écrit pour estre receu de l'Académie, de la manière suivante :

« Monsieur, la lettre que M. N. nous a rendue de votre part esté reçue avec tous les tesmoignages d'estime et d'amitié que vous deviez vous promettre, la demande que vous nous faites, nous a donné beaucoup de joie, on l'a regardée comme un augure de la future grandeur de l'Académie et il n'est aucun, parmi nous, qui n'ait opiné à votre réception.

La chose s'est faite à la manière accoutumée, avec cette différance que vous avez enlevé tous les suffrages, au lieu que la pluspart se contantent de les obtenir. Il est vray. Monsieur, que nous espérons d'estre satisfait de cette violence par l'acquisition d'une personne de vostre mérite, qui procurera par ses belles productions de grands avantages à cette compagnie, dont

Le Pays vint à Arles, au mois de mai 1673, et après avoir visité tous les académiciens et leur avoir soumis « plusieurs observations savantes et judicieuses sur les satires du sieur Boileau v il demanda à signer au bas des statuts à la suite de ses confrères, ce qui lui fut accordé. Le Registre, fol. 112, raconte le sympathique accueil qui lui fut fait.

tous ceux qui la composent sont avec beaucoup de

passion,

Monsieur, vos très humbles et très obéissants

serviteurs,

RoBiAs, secrétaire (i).

A cette même séance du 28 mai, M, l'abbé de Barréme présenta une lettre de son père, Charles de Barrême, juge royal, qui demandait place dans l'Académie. Cette demande fut accueillie avec la faveur qu'elle méritait {2),

Les mois de juin, de Juillet et d'août furent signalés par « beaucoup de relâchement dans les exercices académiques », ainsi que l'écrivait à ses collègues le viguier d'Estoublon, le 18 juin (3). On régla divers détails relatifs aux réceptions qui devaient se faire à l'unanimité et avec l'aveu des membres absents, pourvu qu'ils fussent dans le royaume. On donnait ainsi satisfaction à M. de Gageron, qui se plaignait des nouvelles admissions faites pendant son séjour à Turin (4).

(i) Registre de l'Académie, fol. 57.

(2) Registre, fol. 67 et 58.

Voir Arch. des B.-du-R, Fonds Nicolaï, numéro 107, pièce t, Ordonnance du 26 octobre 1645, portant injonction de payer les gages de commissaire des inventaires au sieur Charles de Barrême et de Manville, juge royal d'Arles, et au-dessous la quittance de 62 1. i denier, plus d'autres pièces de comptabilité relative au même personnage.

(3) Registre, fol. 60, verso. Il était alors à la campagne et beaucoup d'académiciens aussi.

(4J Registre, fol. 60, verso, et fol. 63, verso. M. de Gageron était revenu de Turin depuis peu de temps.

Le 3o juillet « on ht une lettre de M. le lieutenant de Romieu à l'Académie, à laquelle il demande réparation du mauvais accueil qu'on a fait à certaine ordonnance contre Y Incivilité des Dames, dont on le faisoit auteur; la pluralité opina qu'on ne répondroit aucunement à tous ces griefs et reproches, auxquels l'Académie n'avoit aucune part, et qu'autant qu'il se peut on doit prendre garde à ne point se commettre avec les amis(i). »

L'Académie agissait avec la plus grande circonspection, pour ne pas prêter le flanc aux critiques de ses ennemis ; et c'est pour « n'exciter point l'envie à la veille où elle se void de recevoir un plus grand honneur par les lettres pattantes de Sa Majesté », qu'au mois de mai, elle avait refusé la dédicace de certaines thèses publiques qui lui était offerte par les pères Jésuites (2).

Les nouvelles reçues de Paris étaient excellentes. Le 25 mai, M. Mercurin écrivait à ses amis de l'Académie une longue lettre, qui les mit au courant de la situation et les renseigna sur les frais qu'entraînerait l'expédition des lettres patentes. Cette lettre fut lue par M. Giffon à la séance du 4 juin.

« Messieurs, je ne dois point douter que M. le Viguier ne se soit donné la peine de vous faire voir tout ce que

(i) Registre de l'Académie, fol. 63, verso. (2) Registre, fol, 54, verso.

je luy ay écrit au sujet de vos lettres patantes et quoy que vous soyés plainement informés de ma conduite, et du zèle de vostre illustre protecteur, je ne laisseray pas de vous en faire une petite récapitulation, et vous dire qu'au retour de la Franche Comté, après que j'eus rendu vostre lettre à cet incomparable duc, je reçeus le billet de M, d'Estoublon, où estoit fait mention de la grâce que le Roy vous avoit faite de vous ériger en Académie royale, et de la résolution qu'on avoit prise de faire un projet de patantes, et de me l'envoyer pour le faire mettre dans l'ordre, et y adjouter ce que je trouverois à propos ; ce billet fut envoyé à poinct nommé à M. le Viguier, et ensuite M. le duc m'ayant donné ordre de lui porter un mémoire de vos prétentions et de la manière que vous désiriés avoir lesdites lettres, je le lui portay, et trois jours après estant de retour de Saint-Germain (il me semble environ les festes de Pasques), il m'assura que la chose passeroit selon vos intentions, qu'il estoit faschc de vous faire donner la qualité de conseiller d'Estat, sans une pension à chascun (i), mais que la conjoncture n'estoit

(i) Il fut souvent question d'attribuer une pension aux membres de l'Académie Française, mais ils s'y refusèrent toujours pour ne pas abdiquer leur indépendance. Colbert se contenta de leur accorder des jetons de présence en argent et se demanda avec raison si une rétribution un peu plus forte ne paraîtrait pas t un bon bénéfice que les grands de la cour solliciteraient et feraient avoir à leurs aumôniers, aux précepteurs de leurs enfants et même à leurs valets de chambre. »

pas favorable, et que cela se pourroit taire avec le temps et qu'il ne vous écriroit plus que après lesdittes lettres scellées.

Madame sa femme fut ensuite malade, et comme elle est son idole, et qu'il a esté quinze jours durant à son chevet, sans vouloir voir, ny parler à personne, il a falu se donner patience.

Enfin, j'eus un matin à ma chambre le bonjour de sa part, par un sien page qui me fit sçavoir que monsieur partoit pour Saint-Germain, et qu'il faloit m'y trouver le lendemain, pour terminer l'affaire, que je sçavois, à quoy je ne manquay point, mais je fus tout à fait surpris d'apprendre que les choses n'estoient pas encore bien disposées, d'autant que M. le duc qui véritablement avoit montré mon project à M. de Berni, et exigé tout ce qu'il lui demanda ne le luy avoit point laissé, et il y a apparence qu'il l'avoit perdu, et bien que je fus sur le lieu pour luy en donner un autre, M. de Lionne me dit que pour bien faire les choses il faloit voir les patantes accordées à messieurs de l'Académie française en i635, et M. le duc ayant esté obligé de partir lemesme jour pour son gouverne- La tentative fut renouvelée depuis, mais l'Académie fut a>sez heureuse pour sauvegarder sa liberté en refusant tout salaire^ Richelieu n'avait pas voulu de rétribution pour ne point blesser la dignité des académiciens.

C'est grâce à cette gratuité, que les fonctions d'académiciens conservèrent leur prestige.

ment du Havre, je fus contraint (ne pouvant parler à luy) de m'en revenir avec M. d'Estoublon qui s'intéressa beaucoup à cette affaire ; du depuis m'estant addressé à M. d'Aubri pour le prier de me faire voir les patantes de Mrs de l'Académie françoise, il me renvoya à M. de la Chambre, et celui-ci à l'illustre M. Conrard, connu et chéri de toute la terre, mais certes j'ay esté autant satisfait de ma civilité et de la visite que j'ay faite à ce grand homme, que je le pourray estre de vous envoyer vos patantes. Il m'a tesmbigné une joie inconcevable de vos beaux et généreux sentiments, et il m'a promis de la manière la plus obligeante du monde qu'il sera ravi de vous servir, et lier une estroite amitié avec vous autres. Ne soyés pas fâché de cette acquisition, qui est aujourd'hui recherchée de tout ce qu'il y a de beau monde dans le royaume, il s'est engagé de faire luymesme un projet de vos patantes qui sera fort honneste et fort avantageux, il me l'a promis dans trois ou quatre jours, et je pourray l'avoir pour vous l'envoyer par le prochain courrier, cependant l'illustre protecteur qui doit estre de retour dans vingt jours, ne manquera pas de s'attacher à vostre affaire, mais cependant, messieurs, il y faut estre et solliciter les choses qui traîneroient autrement en longueur. Je me suis donné l'honneur d'escrireàM. le Viguier qu'il faloit quelque argeant pour l'expédition se montant 68 1. lo s., le

roy ne faisant grâce que du sceau qui seroit quadruple

s'agissant d'une compagnie, et il en couteroitdu moins

336 1., il faudra s'il vous plaît, messieurs, y donner

ordre affin que cette affaire ne traîne plus. Je vous

écrirai par le prochain courrier de vendredi, ce que

les beaux esprits de ce pais auront dit de vos ouvrages

pour Sa Majesté que je trouve parfaitement beaux, je

suis cependant vostre,etc.

Mercurin.

A Paris, le 2 5 mai t668. »

Après avoir entendu la lecture de cette lettre, les académiciens résolurent de remercier M. Mercurin de toutes ses démarches et de se cotiser pour payer les frais des lettres patentes, pour lesquelles M. de Grille avait fait une première avance (i).

Le Registre ne mentionne pas la délégation officielle des membres qui se rendirent alors à Paris, mais il est évident que la lettre de M. Mercurin décida les académiciens à cette démarche, en leur rappelant que leur présence mettrait peut-être fin à des retards déjà trop longs.

Le duc de Saint-Aignan n'oubliait cependant pas ses devoirs de protecteur et, le i5 juin i668, il annonçait aux académiciens le résultat de ses efforts, dans une lettre adressée au secrétaire, M. de Grille : il

(i) Registre de l'Académie, fol. 59. Cette question d'argent donna biçn du çouci à l'Académie, qui était sans ressources.

remerciait les académiciens des vers qu'ils lui avaient adressés et qu'il avait montré au roi, selon leur désir, puis il s'excusait de n'avoir pu mener encore à bonne fin l'affaire des lettres patentes.

Monsieur,

« Si vous ne m'aviés accoutumé par des faveurs continuelles à recevoir sans confusion les grâces que je reçois de vous, je rougirois aussi bien des vers qu'il vous a pieu de m'envoyer, comme je dois rougir de ne vous avoir point encore envoyé les lettres patantes du roy, que Sa Majesté a eu agréable de me promettre. Je laissai en partant pour mon voyage en cette province tous les ordres que je devois pour cela et donnay l'addresse du logis de M. Mercurin au sieur de Brugière (i), pour luy porter cette dépêche. Vostre obligeante lettre, monsieur, a bien voulu prévenir celles que vous attendez et m'a fait admirer les plus beaux vers du monde. Il faut vous rendre compte de ma conduite en cette occasion, et vous supplier très humblement, monsieur, d'en vouloir faire vostre rapport à messieurs de vostre illustre corps: je trouvay et les odes et les sonnets dignes du lieu d'où ils viennent et je creus estre obligé à les faire aller jusques au grand roy, que vous servez si bien en toutes manières, je

(\) Intendant de la maison du duc de Saint-Aignan.

choisis pour cela M. Rozes, secrétaire du cabinet, et pour luy donner lieu de faire voir à nostre illustre maistre de si beaux vers. Je me résolus à luy laisser montrer à Sa Majesté une méchante lettre. Je prends la liberté, monsieur, de vous en envoyer une copie(i), non pas pour vous faire approuver le cheoix qu'il vous a pieu faire de moy pour une dignité qui est trop au dessus de mon mérite, mais pour vous faire voir que je ne veux rien oublier pour ce qui vous

(i) Copie de la lettre écrite par M. le duc de Saint-Aignan à M. Rozes, secrétaire du cabinet, en luy envoyant les ouvrages que messieurs de l'Académie d'Arles ont fait à l'honneur du roy, pour les montrer à Sa Majesté.

Monsieur,

Il a plu au roy de faire planter de beaux arbres dont j'ose envoyer à Sa Majesté les premiers fruicts. Comme vous les sçavés connaistre, et que votre goût est le plus délicat du monde, vous jugerés aussitôt, (non pas qu'il en sont dignes, car rien ne l'est d'un si grand monarque) mais qu'ils peuvent luy estre présentés ; ils viennent d'un corps dont toutes les parties sont nobles, et dont les épées ont autant répandu de sang pour son service, qu'ils vont employer d'encre pour sa gloire. Je vous prie, monsieur, de faire voir ces œuvres à Sa iMajesté, affin que j'en puisse écrire à messieurs de IWcadémie d'Arles, qui s'addressent par ma plume et par celle de M. de Robias d'Estoublon, secrétaire de cet illustrecorps, à l'illustre secrétaire du plus grand des roys, pour luy pouvoir rendre ses hommages par mon moyen. Usés-en, s'il vous plaît, comme le père, et comme vous en supplie très instamment,

Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur,

Le duc de Saint-Aig.nan.

De La Ferté, le 1 5 juin i6(j8.

Registre de l'Académie, fol. 63.

regarde. J'escris au marquis de Berny, fils de M. de Lionne, pour le conjurer de presser vos expéditions et Je vous supplie très humblement, monsieur, en ne me réglant pas par le succès, mais par la volonté, de me vouloir charger de toutes les affaires qui regarderont vostre illustre compagnie, je les solliciteray par mes amis ou par moy, et fairay enfin connoître à cette noble et célèbre assemblée des plus honnestes gens de France que nul n'est dans ce royaume plus que je le suis d'eux et de vous.

Monsieur, le très humble et très obéissant serviteur. Le duc de Saint- Aignan.

De La Ferté, ce i5 juin t668 (i).

A cette lettre était jointe la copie du Billet écrit

par M, le duc de Saint-Aignan « au sieur Mercurin,

ageant de l'Académie, touchant les affaires de ce

corps. )i

Monsieur,

« Quand je pense qu'un aussi honneste homme que vous et qui veut bien prendre soin de faire tenir les lettres patantes à messieurs de l'Académie d'Arles et d'en poursuivre l'expédition, s'est donné la peine de me voir souvent, et de m' écrire deux fois, en vérité j'ay la plus grande honte du monde que cela ne soit pas encore terminé. .Te vous supplie très humblement,

(i) Registre de l'Académie, fol. 61.

monsieur, de croire que ce n'a pas été manque de soin, ny de connaissance de la gloire et des avantages qui m'arrivent par la bonté que ces messieurs ont pour moy, je presse encore M. de Brugères et écris à M. de Lionne la lettre cy incluse affin que cela ne reçoive plus de retardement, s'il est possible et je demeure cepandant avec toute l'estime et la reconnaissance que je dois,

Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur, Le duc de Saint- Aignan.

De La Ferté, ce t5 juin 1668 (i). »

Plusieurs membres de l'Académie se trouvaient alors à Paris, et l'un d'eux, le marquis de Boche, major de brigade en l'armée de Flandre, écrivait « que M. le cardinal de Vandôme a parlé au roy très obligeamment de l'Académie (2). » On l'en remercia par une lettre du i5 juillet. M. Mercurin annonçait de son côté, que MM. de Boche, à' Aymar et de Chalot, « députés de l'Académie d'Arles à M. le protecteur s'estoient parfaitement acquittés de ce devoir (3). » M. ai' Aymar rendait compte lui-même quelques jours après « de sa députation pour l'Académie à M. le duc de Saint-Aignan et des honneurs particuliers qu'il

(i) Registre de l'Acadcmic, fol. 62, verso. (2) Registre, fol. 63.

{>) Registre, fol. 63.

a reçeu de Sa Majesté qui l'a gratifié d'une compagnie dans le régiment royal, dans le temps de la réformation générale, etc. (i). » M. de Boche revint à Arles sur ces entrefaites (i3 août) et rapporta a toutes les caresses, promesses, et civilités qu'il avoit reçeus en qualité d'académicien d'Arles, de Monseigneur le duc de Saint- Aignan (2). «

Il entretint également ses collègues des divertissements et des pompes de Versailles a de l'accueil que Sa Majesté luy fit et des grandes espérances qu'il faloit prendre sur la parole des amis touchant les lettres patantes (3). »

Malgré toutes ces assurances, les lettres patentes n'étaient pas expédiées et, le 20 août, M. Mercurin expliqua ce retard par « la résolution qu'on a prise à la cour d'oster son Committimus et autres privilèges à l'Académie françoise (4). » Les gentilshommes arlé-

(i) Registre de l'Académie, fol. 64.

(2) Registre, fol. 64.

(3) Registre, fol. 64.

(4J Registre, fol. 64, verso. Voir sur ce privilège les lettres patentes de Janvier 1 635,qui assimilent les académiciens aux officiers de la maison du roi.

Le droit de Committimus n'avait aucune utilité en province, mais il était très important pour les académiciens de Paris. Il leur permettait de faire juger leurs procès à Paris, à quelque ressort que l'affaire appartînt. Il leur donnait l'autorisation d'évoquer toute affaire pendante devant des juges de province par devant le tribunal des requêtes de l'Hôtel ou du Palais. Les académiciens de Paris partageaient ce privilège avec certaines communautés religieuses, avec les princes du sang, les ministres

siens perdaient patience et le directeur, M. de Grille, écrivit en leur nom à M. Mercurin pour le prier « d'obtenir les lettres de quelque manière que ce fust. « Il ajoutait, avec une certaine amertume, « que ces messieurs, aymoienl mieux mériter les privilèges que de les mandier, mais que l'Académie pour son honneur ne pouvoit se passer desdittes lettres pattentes après le grand bruit que celaavoit fait dans la province et par tout le royaume (i). »

Malheureusement, le duc de Saint- Aignan était absent et « Saint-Germain fort embarrassé de la cour n ce qui nuisait aux affaires de l'Académie (2).

et tous ceux que leur charge retenait à la cour. Ils se trouvaient ainsi affranchis des obligations qui auraient pu les détourner de leurs travaux.

A la suite des abus qu'on avait fait de cette juridiction privilégiée, il fut résolu, vers 1 665, que le droit de Committimus serait restreint aux quatre plus anciens membres de l'Académie. Mais, en 1667, il fut rendu à tous les académiciens, afin de leur permettre de travailler plus assidûment. (Voir l'Ordonnance royale dans l'appendice du deuxième volume d'Histoire de l'Académie, édit. Livet). Segrais, directeur de l'Académie, remercia Colbert de cette faveur qui l'avait « plus sensiblement touchée que le rétablissement de ses privilèges, » et qui « la délivre de l'importunité des affaires et lui conserve le plus beau s:îjour de la France. 9 (Cfr Recueil des Harangues de l'Académie française, in-4*, 1698).

On voit que le projet dont s'inquicte Mercurin, ne se réalisa pas. Cfr. le Dictionnaire de Trévoux, art. Committimus.

(1) Registre, fol. 64, verso.

(2) Lettre de M. Mercurin lue le 27 août. Registre, fol. 64. verso.

Dans Arles, les grands chaleurs, et l'absence d'un grand nombre d'académiciens rendaient les séances presque désertes.

« Le 3 septembre, M. Gif/on, directeur, voulut représenter à l'assemblée, en académicien zélé, comme depuis longtemps l'esprit de l'Académie s'estoit fort ralanti et pria un chacun de vouloir renouveller cet esprit, et tascher à l'avenir de n'imposer rien au public, qui avoit desja tant de benne opinion de leur établissement. M. de Sabbatier, pour répondre à cette remonstrance, fit voir des Mémoires de toute sa vie, auxquelles il s'estoit appliqué lors qu'on pouvoit le plus le soupçonner d'oysiveté ; messieurs les abbés alléguèrent l'employ de leurs prédications et tous promirent de nouveau de travailler sérieusement aux exercices académiques (i). »

Quelques jours après, 17 septembre, une bonne nouvelle arriva de Paris, M. Mercurin s'excusait d'avoir douté du bon vouloir du duc de Saint-Aignan, pour avoir « confondu l'opinion qu'on doit avoir de ce grand protecteur avec celle qu'en a si justement de tous les autres grands (2). »

Il avait bien réparé les longueurs passées et avait enfin fait délivrer les lettres patentes, après en avoir

(i) Registre de l'Académie, fol. 65.

(2) Registre, fol. 65, verso.

conféré avec MM. de Lionne , de Berni et M. de Paraire, « leur premier commis. »

On avait conclu, dans celte conférence « qu'il n'estoit pas nécessaire d'avoir une lettre de cachet pour les faire enregistrer au parlement, mais qu'ils envoyeroient incessemment un arrêt du conseil d'en haut (en cas de reffus) pour dispenser l'Académie d'une pareille formalité (i). »

Les lettres patentes étaient entre les mains de M . Mercurin ; mais il fallait que le chancelier Séguier les contresignât et il n'y mettait pas beaucoup de bonne volonté. Deux fois, le duc de Saint- Aignan, accompagné de M. Mercurin, s'était rendu chez lui « pour avoir le sceau »,sans pouvoir lui parler. Nous ignorons les motifs, de l'opposition du chancelier, protecteur de l'Académie française, mais elle fut un sérieux obstacle et dura plusieurs mois (2). Les académiciens d'Arles étaient heureusement fort bien appuyés à la cour.

(i) Registre de l'Académie, fol. 65, verso.

(2) Registre, fol. 65, verso.

L'opposition du chancelier , protecteur de l'Académie française, aurait-elle été motivée par une certaine répugnance de la part de celle-ci à voir ses privilèges communiqués à une société littéraire de province ? Ce sentiment serait assez peu honorable et nous n'osons le prêter sans réserve à l'Académie française.

Néanmoins, sans nous prononcer, nous indiquons cette explication de la conduite du chancelier, conduite singulière alors que le roi, le duc de Saint-Aignan, son favori, M. de Lionne et tant d'autres étaient favorablement disposés vis à vis de l'Académie d'Arles.

Dès les premiers jours de septembre 1668, M. de Berni avait prié le premier président d'Oppède de hâter l'enregistrement des lettres patentes par un billet 'X fort à l'avantage de académiciens. »

Monsieur,

« L'establissement de l'Académie d'Arles estant une affaire dont j'affectionne très particulièrement le bon succès, et par la profession que je fais d'honorer M. le duc de Saint-Aignan, qui en est le chef et le protecteur, et par la considération des personnes qui composeront cette compagnie, que je sçays estre d'un mérite extraordinaire, je ne me suis pas contante d'en contresigner les lettres patentes qui vous en seront présentées, suivant le commandement que j'en ay reçu du roy, mais j'ay voulu encore vous témoigner par celle-cy que je me tiendray très obligé de la diligence et de toutes les facilités qu'il vous plairra d'apporter à l'enregistrement desdits lettres, cepandant je vous prie de me croire, Monsieur, vostre très humble et très

affectionné serviteur,

Berni.

A Saint-Germain en Laye, le 5 septembre 1668 (i). »

( i) Ms 475 de la Bibl. d'Arles. Registre de l'Académie, fol. Ç>Ci. Berni était fils de Lionne, secrétaire d'Etat au département des affaires étrangères, négociateur des traités de Westphalie et des Pyrénées, le plus grand diplomate du siècle, d'après Saint- Simon.

Louis XIV fit même dresser, à la fin de septembre, les lettres de cachet, auxquelles on s'était décidé à recourir. Il semblait donc que cette affaire des lettres patentes aurait une rapide solution. Il n'en fut rien et les lenteurs de la chancellerie royale furent incroyables. Le chancelier Séguier ne se décida à accorder le sceau qu'au mois d'avril i66g.

Les académiciens semblaient découragés et voici la note que nous lisons au Registre : « Les longueurs de la cour qui conviennent mal au tempérament de la Province , avoient presque mis l'Académie dans la défaillance, et si le courage, l'adresse et la persévérance du sieur Mercurin n'eussent tenu bon contre tant d'inconvénients, il estoit à craindre que ces messieurs les académiciens n'eussent abbandonné le dessein et la prétention des lettres patentes (i). »

Depuis la fin du mois de septembre 1668 jusqu'au i""^ mai 1669, le Registre ne contient pas le compte rendu des séances. Faut-il croire qu'il n'y en eut pas, durant tout cet intervalle ?

Cela ne semble pas probable, et la raison de cette lacune est peut-être une absence du secrétaire, M. de Grille. Néanmoins cette explication ne nous satisfait point entièrement, car, le Registre ne mentionne pas cette absence, d'ailleurs M. Giffon était secrétaire

(i) RegistreMe l'Académie, fol. dû, verso.

adjoint et, dans bien des circonstances, d'autres membres de l'Académie avaient rempli les fonctions de secrétaire. Il est probable que l'absence simultanée des membres les plus actifs rendit les séances très rares durant ces mois d'attente et d'incertitude.

Les séances reprirent le lundi 6 mai i66g, et ce jour-là M. de Grille communiqua la lettre qu'il avait reçue, le i" mai, de M. Mercurin, l'informant qu'enfin toutes les formalités avaient été remplies pour l'expédition des lettres patentes. Ce n'avait pas été sans peine, a Le sieur Mercurin dit avoir enfin obtenu le sceau des lettres pattentes et qu'elles ont esté portées au Contreroolle, et qu'après tous les obstacles que Mgr le Chancelier a fait en cette affaire, dont ses lettres précédantes depuis huit mois ont fait mention, il a falu en dernier lieu employer l'ai-gant (qui est la grande et dernière machine des affaires) pour conclure celle-ci. C'est pourquoi il a tiré une lettre de change sur M. de Robias, secrétaire de l'Académie, de 12 louis d'or que le sieur Pascal de Nismes luy a compté dans Paris, lesquels auroit esté distribués par ledit sieur Mercurin aux commis et secrétaires employés pour les expéditions de l'Académie (i). »

Une lettre de change de iSy 1. fut donc tirée sur

(1) Registre de TAcadémie, fol. 66, verso.

MM. de Bouvet, de Boche frères, de Gageron, de Manville, de

M. de Grille. Pour couvrir ces frais, les académiciens se cotisèrent à raison de « quatre écus et six sols chacun » et il fut résolu « qu'on recevroit des absents et externes tout ce qu'ils voudroient contribuer pour l'honneur et dépences de ce corps, sans presser ny reffuser personne, mais il fut dit que chacun se fairoit justice (i). »

Les dépenses occasionnées par « l'affaire desdittes lettres patentes » étaient assez élevées, et l'Académie ne pouvait les laisser à la charge de son secrétaire, M. Mercurin parlait sans cesse, dans ses lettres, des dépenses qu'il était obligé de faire, et, le 20 mai, il demanda en outre « un dédommagement à la discrétion de messieurs les académiciens (2). » Ceux-ci pensèrent qu'il pourrait se contenter de 20 pistoles et, comme ils n'avaient pas d'argent, M. de Boche proposa «de faire un emprunt de 400 1. pourvu qu'on fust assuré moyennant cette somme que tant pour le passé que pour l'avenir l'Académie ne fairoit plus aucune dépence (3). »

Sabatier, Giffon, de Barréme, de Cays « envoyèrent l'argent de ladite taxe à M. le secrétaire qui se charge de faire la somme entière. » M. du Tremblay et le vieux viguier de Grille envoyèrent leur contribution. On n'accepta pas celle du P. Vinay, parce qu'il avait fait vœu de pauvreté comme religieux. (i) Registre, fol. 67.

(2) Registre de l'Académie, fol. 67, verso.

(3) Registre de l'Académie, fol. 67, verso.

Rien ne fut décidé, et, le 29 juillet, M. de Mellac « remonstre que cette affaire ne debvoit pas aller plus loing et qu'il seroit honteux qu'un corps revestu de tout l'honneur qu'il venoit de recevoir par la bonté du roy et à la sollicitation du sieur Mercurin parust impuissant ou insensible à cette si petite et si juste reconessance (i). » M. de Grille avança les 20 pistoles et l'affaire fut terminée.

Le i3 mai, l'Académie fut informée que les lettres patentes étaient en chemin et décida que M. de Grille et M. Gijffon se rendraient à Avignon « pour empêcher les inconvénients que l'envie et la malice pourroient causer au sujet de la réception desdites lettres (2). »

Mais, le 20 mai, on apprit qu'elles avaient subi un nouveau retard « pour le controolle, pour le sceau pour la maladie de Mgr le Chancelier (3). » Enfin elles furent envoyées et, le 29 mai, MM. Grille et Giffon « furent prendre les patentes à Avignon et trouvèrent dans un gros pacquet trois autres lettres de cachet, l'une pour monsieur le premier président, l'autre au corps du Parlement et l'autre à messieurs

(i) Registre de l'Académie, fol. 71.

(2) Registre, fol. 67, verso.

Le service de la poste se faisait très irrégulièrement et les commis des postes étaient souvent en désaccord avec le conseil communal d'Arles.

(3) Registre, fol. G7, verso.

du parquet. Toutes ces lettres portoient les intentions de Sa Majesté , touchant l'enregistrement desdites lettres pattentes. Ledit pacquet contenoit encore les stade l'Académie réduits suivant la volonté et dernière approbation du roy, la lettre de Mgr le protecteur à messieurs de l'Académie, une copie de son ordonnance touchant la police de ladite Académie, et la perpétuité du secrétaire à l'instar de celle de Paris (i). » Voici la lettre du duc de Saint-Aignan :

De Saint-Germain en Laye, ce i5 mai 1669.

Messieurs,

« Comme l'honneur qu'il vous a plu me faire vient assurément de celuy que j'ay de servir le roy, c'est en son nom que Je rends grâces et que je vous envoie les expéditions que vous allez recevoir. Ce nom glorieux qui après avoir épouvanté l'Asie, ferait encore trembler l'Europe, si ce grand monarque n'avait mis lui-même des bornes à ses conquêtes, rassure ma juste crainte et c'est pour vous parler moins de moy que je ne veux vous entretenir quasy que de luy, de ce trône auguste que l'on voit être l'appuy des armes et des lettres. Il a jeté les yeux sur nos épées et sur vos plumes, et jugeant sur ce qu'elles ont produit que rien ne pouvait leur résister, Sa Majesté a eu agréable tout ce qui a été résolu dans une assemblée aussi illustre que

( I ) Registre, fol. G7-68.

la vôtre et aussi attachée à son service. Il aurait sans doute, messieurs, trouvé à redire au protecteur que vous avez choisi si sa bonté n'était venue à mon secours contre son discernement. Il me laisse cette qualité pour ce que vous me l'avez donnée et c'est par elle que je vous envoie, messieurs, tout ce que vous avez désiré de moy. Mais quoique je la tienne d'un prix inestimable et qu'elle passe de bien loin mon mérite et mes espérances, je n'estime pas moins celle que je veux porter toute ma vie, messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Duc de Saint- Aignan (i). »

Cette lettre était accompagnée de l'ordonnance suivante :

« Nous , François de Beauvillier , duc de Saint- Aignan, pair de France , premier gentilhomme de la chambre du roi, chevalier de ses ordres, gouverneur du Havre, chef et protecteur de l'Académie royale d'Arles, etc.

Veu les lettres patentes du roy données à Saint- Germain en Laye au mois de septembre dernier par lesquelles Sa Majesté nous a honoré du titre de chef et protecteur de l'Académie, et, en cette qualité, nous a commis le soin et la direction de toutes les choses qui concernent son établissement ; nous, sous le bon plaisir de Sa Majesté, et sur les instances qui nous ont

(i) BibL d'Arles, MS475.

été faites au nom de messieurs de l'Académie qui doivent composer cette illustre assemblée, par le sieur Mercurin leur député vers nous, avons réglé et ordonné ce qui s'en suit :

Premièrement^ que le sceau dont l'Académie se servira à l'avenir pour sceller tous les actes qui émaneront d'elle, suivant la permission qu'il a pieu à Sa Majesté de lui accorder pour lesdites patentes, sera tel qu'il est ici représenté.

Secondement, que messieurs les académiciens, pour une marque perpétuelle de la reconnaissance qu'ils conserveront de la grâce qu'il a pieu au roy de leur faire, en consentant à leur établissement et de la protection qu'ils espèrent de sa bonté dans les suites d'iceluy. mettront les armes de Sa Majesté avec les embellissements qu'ils jugeront convenables sur la porte de la maison qu'ils ont résolu de faire bâtir, pour tenir dorénavant leurs assemblées et leurs conférences;

Troisièmement, que toutes personnes de mérite et de sçavoir, bien qu'elles ne soyent pas originaires ni habitants dans la ville d'Arles, si d'ailleurs ladite Académie Juge qu'elles ayent toutes les qualités requises pour être admises et agréées dans cet illustre corps en qualité d'externes ou adjoints , pourront y être reçues et incorporées sans aucune difficulté.

En témoin de quoy, nous avons signé la présente de notre main, à icelle fait apposer le cachet de nos armes et contresigner par notre secrétaire, à Saint- Germain en Laye, le lô^^ jour de may 1669. Signé : François de Beauvillier, et plus bas, par Monseigneur, Duret (i).

Il n'est pas fait mention dans cette ordonnance du secrétaire perpétuel, ce qui nous inclinerait à croire, d'après l'examen du Registre, qu'il y eut à cet égard une ordonnance spéciale ( 2 ) que nous n'avons pu retrouver.

Le duc de Saint- Aignan réglait la question du sceau de l'Académie et celle des membres externes que l'Académie pouvait adjoindre aux membres titulaires et résidents.

C'était, sur ce dernier point, confirmer une coutume déjà admise.

(i) Manuscrit 475, Bibl. de la ville d'Arles.

(2) « Le 24 juin on procéda à la nomination du secrétaire qui suivant les statuts et ordonnance de Mgr le Protecteur fut perpétuel. > Registre de l'Académie, fol. 49. Voir plus haut p. 149.

Dès qu'elle fut en possession des pièces officielles, l'Académie ne perdit pas de temps pour faire enregistrer les lettres patentes.

Le i^"" juin , toutes les pièces furent confiées à l'archidiacre Varadier de Saint- Andiol (i), qui sç

(il Registre de l'Académie, fol. 68.

Les Varadier, marquis de Saint-Andiol depuis i656, descendent de noble Jacques de Varadier qui est nommé dans une enquête faite en i332, par les maîtres rationaux de la Provence. Il était seigneur d'En trevenes, du Castelet et de Valbonnette. Les Varadier sont alliés aux Romieu, aux Grille, aux Roquemartine, aux Pontevès, aux Castellane, aux L'Estang, aux Méjanes, aux de Boche 'a).

La famille des Varadier s'est éteinte au XVIIIe siècle.

Il existe au fonds Nicolaï, archives des Bouchcs-du-Rhône, plusieurs pièces relatives aux Varadier, entre autres la provision de la sacristie de Saint-Trophime, en faveur de Louis de Varadier, qui succédait à Jacques de Boche, 3o août i653 (pièce signée Molin, vicaire général de François Adhémar de Montheil de Grignan, n° 114, p. 87).

Gaspard de Varadier de Saint-Andiol, archidiacre d'Arles,était le second fils de Nicolas de Varadier et de Louise de Grille Robias, (le contrat est du 10 mai 1620), tante du secrétaire Jacques de Grille.

Il a laissé des poésies latines estimées. Il fut plus tard membre de l'Académie d'Arles; nous aurons à en reparler a l'occasion de sa réception.

Gaspard de Varadier vivait encore en 1704, car à cette date, nous le voyons faire sommation à sa nièce Marie de Thésan d'avoir à exécuter les conditions de la donation qu'il avait faite à son frère Laurent de Varadier, marquis de Saint-Andiol, et cela sous peine de poursuites. Voir Fonds Nicolaï 114, p. 86.

(a) Artefeml, t. 11, p. 475-78.

Nobiliaire de la ville d'Arles par Bonnemanl. Arch. des Bouches-du-Rhône, fonds Nicolaï, 102. La Noblesse d'Arles parPiçrrç Véran, p. 69.

rendait à Aix et qui voulut bien se charger de les remettre à M. de Cays alors dans cette ville , et député officiellement pour l'enregistrement des lettres patentes.

Le 7 juin, la requête fut rédigée par MM. de Barrême et Ganteaume.

(( A nos seigneurs de la Cour et Parlement de Provence,

Supplient humblement les académiciens de l'Académie d'Arles disant que Sa Majesté leur a octroyé lettres patentes portant approbation et autorisation de leurs règlements et statuts, et concession en leur faveur des mêmes privilèges desquels jouissent ceux de l'Académie françoise de la ville de Paris. Le tout ci derrière attaché qu'ils souhaitent de faire autoriser, enregistrer et homologuer. A cet effet, plaira à la cour de sa grâce octroyer aux suppliants l'autorisation, enregistration et homologation desdites lettres patentes , règlements et privilèges de l'Académie royale pour jouir des fruits et de l'effet d'icelle et sera

justice (i).

Ganteaume,

M. DE Barrême,

(i) Extraict deubement collationné sur Fenregistrement des lettres patanles de l'Académie royalle d'Arles, par moy soubsigné, et scellé du grand sceau de l'Académie, à Arles, ce 9 novembre ï685. Giffbn, substitut du secrétaire de ladite Académie. A la fin du Registre de l'Académie. Cfr, Bibl. d'Arles, fonds Bonnemant, Ms 475.

Soit montré au procureur général du roy, à Aix, le 7 juin 1669. »

Le jour même, elle fut présentée au procureur général qui donna un avis favorable :

« N'empêchons les lettres patentes être enregistrées au Registre de la cour pour être gardées, à la charge que dans lesdittes assemblées il ne sera parlé d'aucune chose que de ce qui regardera l Académie, k peine contre celui qui présidera d'en répondre à son propre.

Délibéré ce 7"^ juin 1669.

Signé : Rabasse (i).

Attendu le consentement de M. le Procureur général

du roy, plaira à la cour octroyer les susdites fins et

faire bien.

Signé : Ganteaume (2).

Le 7 juin, le Parlement enregistra purement et simplement les lettres patentes de septembre 1668. Cette rapidité ne doit pas nous surprendre, si nous nous rappelons que l'Académie d'Arles avait parmi ses membres des représentants des principales familles nobles et parlementaires de la Provence. L'abbé de Barrême, rapporteur, était l'oncle de René de

(i) Balthazar de Rabasse, qui avait succédé, en 1666, à son père Guillaume de Rabasse, seigneur de Vergons.

(2) Registre de l'Académie et MS475, fonds Bonnemant, Bibl. d'Arles.

Barrême, M. de l'Estang était conseiller et le marquis de Châteaurenard comptait à la cour de nombreux parents et alliés.

Les magistrats y mirent beaucoup de bonne volonté, et, en moins de 20 jours, les lettres royales furent prises à Avignon, portées à Arles, puis à Aix, enfin enregistrées à l'audience du 7 Juin. Rarement semblable diligence était apportée à ces affaires : il est vrai que les lettres de cachet de Louis XIV ne laissaient pas place au moindre retard.

Dressées leSo septembre 1668, elles étaient adressées l'une aux membres du Parlement, l'autre aux gens du roi, c'est-à-dire aux procureurs généraux et la troisième au premier président d'Oppède (i) pour leur notifier d'avoir à procéder à l'enregistrement pur et simple des lettres patentes.

De par le roy, comte de Provence,

Nos amés et féaux, ayant pour les causes et considérations mentionnées es lettres patentes que nous vous envoyons, approuvé et autorisé les règlements et statuts qui nous ont été présentés de la part des académiciens de notre ville d'Arles, et en même temps permis de continuer leur conférence sous le titre d'Académie royale, nous vous mandons et ordonnons de procéder

(i) Nous citons ces lettres d'après le Ms 475, Bibl. d'Arles, fonds Bonnemant.

à renregistrement pur et simple d'icelles, sans y

apporter aucun retardement ny difficulté, si n'y faites

faute. Car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain

en Laye, le 3o septembre 1668.

Louis,

Dr Lionne.

A nos amés et féaux les gens tenant nos cours de parlement de Provence. »

« A nos amez et féaux conseillers en notre conseil d'Etat et nos procureurs généraux en notre cour de Parlement de Provence.

Nos amez et féaux, ayant pour les causes et les considérations mentionnées ez lettres patentes que nous vous envoyons, approuvé et autorisé les règlements et statuts qui nous ont été présentés de la part des académiciens de notre ville d'Arles et en même temps permis de continuer leurs conférences sous le nom d'Académie royale, nous vous mandons et ordonnons très expressément de faire en notre nom toutes les poursuites et diligence nécessaires pour l'enregistrement pur et simple d'icelles, sans y apporter aucune difficulté ny retardement. N'y faites faute, car tel est notre plaisir.

Donné à Saint-Germain en Laye, le 3o* jour de septembre. »

« Lettre de cachet du roy à M, d'Oppède^ conseiller

en mon conseil d'Etat et premier président en ma cour de Parlement de Provence.

Monsieur d'Oppède, ayant par les causes et considérations mentionnées es lettres patentes que j'envoie à ma cour de Parlement de Provence, approuvé et autorisé les règlements et statuts qui m'ont été présentés de la part des académiciens de ma ville d'Arles, et en même temps permis de continuer leurs conférences, sous le nom d'Académie royale, Je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous vous employiez en tout ce qui dépendra de votre autorité pour faire enregistrer purement et simplement lesdites lettres sans aucune difficulté ny retardement, et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous aye, M. d'Oppède, en sa sainte garde.

Ecrit de Saint-Germain en Laye, le So" jour de septembre 1668. »

Le Parlement obéit ponctuellement aux ordres du roi :

« Sur la requeste présentée à la cour par les académiciens de l'Académie royale d'Arles, tendante à fin que les clauses y contenues que Sa Majesté leur a octroyé lettres patentes portant approbation et autorisation de leurs règlements et statuts.^et concession en leur faveur des mêmes privilèges desquels jouissent ceux dç

r Académie françoise de la ville de Paris (i), le tout attaché à la requeste, requièrent qu'il plaise à la cour octroyer aux suppliants l'autorisation, enregistration et homologation des lettres patentes, règlements, statuts et privilèges de ladite Académie royale pour jouir des fruits et effets d'icelle.

Veu lesdites lettres patentes données à Saint-Ger-

(i) Extrait des lettres patentes portant approbation de V Académie française janvier i635).

Et d'autant que le travail de ceux dont elle sera composée doit être grandement utile au public, et qu'il faudra qu'ils y emploient une partie de leur loisir, notre dit cousin (Richelieu) nous ayant représenté que plusieurs d'entre eux ne se pourraient trouver que fort peu souvent aux assemblées de ladite Académie si nous ne les exemptons de quelques-unes des charges onéreuses dont il pourraient être chargés, comme nos autres sujets et si nous ne leur donnons moyen d'éviter la peine d'aller solliciter sur les lieux les procès qu'ils pourraient avoir dans les provinces éloignées de notre ville de Paris où lesdites assemblées se doivent faire, nous avons, à la prière de notre cousin, exempté et exemptons par ces mêmes présentes de toutes tutelles et curatelles et de tous guets et gardes lesdits de l'Académie française jusques audit nombre de quarante à présent et à l'avenir, et leur avons accordé et accordons le droit de committimus de toutes leurs causes personnelles, possessoires et hypothécaires, tant en demandant qu'en défendant, par devant nos amés et féaux conseillers les maistres des requestes de notre palais à Paris, à leur choix et option, tout ainsi qu'en jouissent les officiers domestiques et commensaux de notre maison. » Ms 475, Bibl. d'Arles.

Nous croyons inutile de citer in-extenso les lettres patentes qui approuvent l'Académie française. Elles sont fort longues et se trouvent d'ailleurs dans nombre d'ouvrages imprimés. A la fin du Registre, il y en a une copie collationnée par M. de Grille et scellée du sceau de l'Académie.

main en Laye, au mois de septembre 1668, par le roy comte de Provence, de Lionne, deûment scellées de cire verte, statuts et règlements de l'Académie royale de la ville d'Arles, requeste avec le décret de soit montré au procureur général du roy et les conclusions du 7 juin 1669, recharge aujourd'hui : tout considéré il sera dit que la cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres pattantes, statuts et règlements seront registres es Registres de ladite cour pour jouir les académiciens du fruit et effets d'iceulx , suivant leur forme et teneur. »

Maynier. — ' Barrême.

Barrême.

L'arrêt fut publié, le jour même, à la barre du Parlement de Provence (i).

(i) Archives des Bouches-du-Rhône, Palais de justice d'Aix, arrêts à la barre du i" au 26 juin 1669, voir aussi Ms 475 de la bibl. d'Arles et la copie collationnée : Estienne, à la fin du Registre de l'Académie,

Les lettres furent enregistrées le 7 juin et l'original fut rendu le lendemain à M. de Cays : « Reçu lesdites lettres pattantes et statuts que j'ai remis à M. de Cays à Aix, le viii juin 1669.

Ganteaume.

Note en marge des Lettres royaux, 16G9, f. 279.

« Il y a arrest à la barre sur l'authorisation, omologation et registrement desdites lettres pattantes et statuts du vu juin 16G9.D Lettres royaux 1007-1671, fol. 285. — Archives du Palais à Aix.

Pendant ce temps, les académiciens écrivaient des lettres de remerciement au duc de Saint-Aignan, à M. de Berni, à M. Mercurin, à M. Paraire, à tous ceux enfin qui s'étaient intéressés à l'Académie. Le marquis de Châteaurenard, qui était à la cour, fut prié de remercier de vive voix. Monseigneur le Pro- ■ tecteur, ce qu'il fit sans retard (i). M. Glffon composa en latin et en français un sonnet pour le roi et, le 5 juin, M. de Sabatier en montra un autre « à l'honneur du roy sur l'expédition de Candie. »

Le 10 juin M. de Cajrs, qui avait déjà annoncé par lettre le résultat de ses démarches, fit son rapport sur l'enregistrement des lettres patentes, a II exalta la bonté, la diligence et la manière obligeante dont monsieur le premier président avoit fait la chose, et le tout gratuitement et selon l'intention de Sa Majesté et celle des académiciens (2). » On résolut de l'en remercier^ puis l'on tira au sort le directeur pour le mois de juin (3). Ce fut M. de Gageron.

Quelques jours après, sur la proposition de M. de Grille, l'Académie procéda à l'élection du secrétaire qui devait être perpétuel « suivant les statuts et ordonnance de Monseigneur le protecteur (4). »

(i) Registre de l'Académie, fol. 68,

(2) Registre de l'Académie, fol. 68, verso.

(3) On avait tenu si peu de réunions que l'Académie était alors presque désorganisée et n'avait pas nommé ses directeurs au mois de mai, comme les années précédentes.

(4) Voir article 5 des statuts, et plus haut p. 14g.

Le Registre rapporte que cette élection se fit le 24 juin et que les académiciens, réunis en grand nombre, désignèrent d'une voix unanime M. de Grille. Mais il faut dire que ce choix s'imposait puisque le duc de Saint-Aignan l'avait déjà nommé. Néanmoins, il semble que l'Académie ait voulu sauvegarder ses droits et une note marginale du Registre appelle « M. de Robias, secrétaire perpétuel par le choix, non seulement de M. le duc (qui l'a faict tel par son ordonnance) mais encore à la prière et par l'élection de messieurs les académiciens, ses confrères (i). »

Restait la question du sceau, auquel on attachait une certaine importance.

Le duc de Saint-Aignan avait envoyé le modèle approuvé par le roi qui avait « voulu le voir dessigné et dépeint, ainsi qu'il est porté dans l'ordonnance dudit protecteur. »

Le 6 mai, le secrétaire en parla à la réunion qui ne décida rien (2), M. Mercurin écrivit de nouveau, quelques jours après, pour informer « messieurs de l'Académie de l'importance et de la nécessité du sceau dont le roy lui-mesme a demandé des nouvelles (3). »

(i) Registre de l'Académie, fol. 69, verso.

(2) Registre de l'Académie, fol. 67.

(3) Registre de l'Académie, fol. 68, verso.

Le sceau de l'Académie d'Arles fut dessiné par Le Brun, peintre ordinaire du roi depuis 1GG4, ainsi que nous l'apprend une lettre du duc de Saint-Aignan, en date du 9 juin 1681.

« Lorsqu'il pleust au roy d'accorder ses lettres pattentcs à la

Il avait chargé Varin, graveur du roi, de le préparer. Il devait être en argent massif et coûter dix louis d'or. L'Académie manquait de ressources, d'ailleurs elle fut absorbée par les démarches relatives à l'enregistrement des lettres patentes, et le 5 août (i) M. de Grille « remonstre les pressentes lettres du sieur Mercurin pour le sceau, qui estoit gravé depuis longtemps, qu'il estoyt absolument nécessaire de le retirer autant pour respondre par une prompte obéissance aux intentions de Sa Majesté, que parce que sans le sceau, on ne pouvoit faire aucune expédition académique en forme et avec la dignité requise. » M. de Grille fut obligé d'avancer les dix louis d'or et le sceau fut expédié de Paris (2). Il servit pour la première fois à sceller les lettres patentes qui déléguaient le marquis de Châteaurenard, pour demander à l'Académie française son affiliation, (Dec. 1669).

royalle d'Arles et d'ordonner mesme à M. Le Brun de lui faire le dessein d'un sceau dont elle honora cette compagnie, etc., etc. »

Registre de l'Académie, fol. 2o5.

(i) Registre de l'Académie, fol. 71, verso.

(2) Le 9 septembre, on parle encore du sceau « de la nécessité de l'avoir au plus tost, des dix pistolles qu'il falloit trouver pour cela. » Registre, fol. yS. En novembre a monsieur le secrétaire montre le crayon du sceau que M. Mercurin avoyt envoyé l'image du roi, etc. » Registre, fol. 74.

Le sceau lui-même ne fut remis à M. de Grille qu'à la fin de novembre. 11 représentait le roi en manteau royal, le sceptre à la main et appuyé sur des trophées. En exergue on lisait ces mots: Academia regia Arelatensis.

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