CHAPITRE VI
La séance du i*' juillet 1669. —• Les nouveaux statuts. — Admis sion des roturiers dans la société. — Erreur générale des Historiens sur ce point. — Ses causes.
Les lettres royales accordant aux académiciens le droit de continuer leurs réunions, et de donner à leur société littéraire le nom d' Académie royale d'Arles avaient été vivement désirées et sollicitées. Elles étaient le véritable titre de fondation de l'Académie, qui, à partir de cette date, avait, pour ainsi dire, une existence officielle et légale. Sous Louis XIV, plus que jamais peut-être, la sanction et l'approbation du pouvoir étaient des privilèges de grande importance, en raison de la centralisation qui s'était dès lors établie dans le royaume.
On s'explique donc aisément la joie des académiciens lorsque leurs désirs furent enfin réalisés. Il convenait d'entourer la promulgation des lettres patentes d'une certaine solennité, aussi fut-il décidé, le 10 juin, que l'on ferait « une ouverture publique de l'Académie » le i^"" juillet, et l'on pria M. de Gageron
de préparer un discours pour cette circonstance. En même temps, MM. de Boche et de Sabatier furent délégués pour inviter les consuls à cette séance publique, où l'on se proposait de faire « les exercices ordinaires de l'Académie pour édifier tout le monde de ses emplois. »
Le 17 juin, M. de Gageron soumit son discours au jugement de ses collègues, et tous les détails de la séance furent réglés, le 24 juin (i).
La fête projetée eut lieu le lundi i" juillet, dans la chapelle des Pénitents-Gris.
« L'ouverture de cette assemblée fust célèbre et magnifique (2) ; le portraict du roy au naturel faisoit la première décoration de la chapelle, avec les armes de France, au-dessoubs du costé droit, celles de M. le duc de Saint-Aignan, du costé gauche, et celles de l'Académie plus bas. On avoyt disposé les chaises par rang, en sorte que tout ce qu'il y a d'honnestes gens
(i) Registre de l'Académie, fol. 69.
a On résoud ensuite qu'au i*' juillet prochain on faira l'ouverture publique selon les résolutions qui ont esté prises, et qu'audit jour M. le secrétaire fairoit la lecture des patentes, de l'arrest d'enregistrement et de tout le reste, concernant les grâces de Sa Majesté, ensuite que M. de Gageron fairoit le discours dont il a esté parlé et que chaque académicien porteroit audit jour l'ouvrage dont il fut alors chargé pour cette solennité, comme il doit estre marqué cy -après. » Registre, fol. 6g, verso.
Nous avons dit qu'au mois de mai 1667, le projet d'une séance publique avait dû être abandonné. Voir plus haut, p. 99.
(2) Registre de l'Académie, fol. 69, verso et sqq.
dans la ville, peust voir et ouyr les honneurs que les Muses recevoient ce jour-là. Les tapisseries de Flandres paroient les murs de la chapelle, le laurier que les braves et les poètes arrosent de sang et de sueur, estoit respendu en abbondance dans la sale. M. de Gageron, directeur de ce moys, estoit placé selon son rang d'Académie, monsieur le secrétaire de mesme, et messieurs les académiciens, tout à l'entour de la table, sur laquelle estoit le Registre de l'Académie de marroquin de Levant, doré sur tranche, et la grande escritoyre, etc.
Ces messieurs estoient assis, chacun dans un fautiieil de velours cramoisy, les lettres pattantes enveloppées d'une toylette de velours couleur de feu, bordée d'une broderie or et argent, estoient sur le bureau de monsieur le secrétaire dans un grand bassin de vermeil doré. Ce fust environ vers lestroys heures d'après-midi que MM. de Boche et de Sabbatier furent prendre messieurs les consuls, comme il avoyt esté résolu. Ils parurent en chapperon, accompaignés de toute une nombreuse noblesse et suyvis d'une multitude de peuple qui pouvoit à pêne estre contenue dans la chapelle.
Les dames firent partie de cette feste, et quelquesunes des plus illustres eurent la louable curiosité d'assister jusques au bout à la docte cérémonie. Messieurs les consuls furent placés où finissoit le rang des douze académiciens. »
Au milieu du plus profond silence, M. de Grille « debout, teste nûe, et dans un grand respect » donna lecture des lettres patentes et des autres pièces officielles, y compris l'arrêt d'enregistrement.
Louis XIV approuvait et sanctionnait de son autorité les statuts et règlements de l'Académie. Le nombre des académiciens était fixé à vingt, choisis parmi « les gentilshommes et autres personnes de savoir et de vertu (i). »
Le roi leur accordait les « mêmes honneurs, privilèges, franchises et libertés dont jouissent ceux de l'Académie françoise. » Ces lettres patentes étaient obtenues par l'intermédiaire du duc de Saint-Aignan, pair de France et gouverneur du Havre, protecteur choisi par l'Académie, et qui avait été chargé de régler les menus détails d'ordre intérieur,
Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, comte de Provence, Forcalquier et terres adjacentes, à tous présents et à venir, salut,
Sçavoir faisons que l'Académie françoise établie, dès l'année 1 63 5, en notre bonne ville de Paris, par le feu roy d'immortelle mémoire, nostre très honoré seigneur et père, pour travailler à la pureté du langage et
(i) Elles sont remarquables par l'élégance du langage et l'élévation des vues et très flatteuses pour les membres de la société Artésienne. Il semble que Conrard a collaboré à leur rédaction, voir plus haut p. i34.
traiter avec élégance toutes les matières de science et d'esloquence, ayant donné de l'émulation dans beaucoup de nos provinces, il s'est formé à leur exemple dans notre ville d'Arles en Provence, une compagnie de gens d'esprit et de qualité, lesquels s'estant différentiez du commun par l'amour des belles lettres et les marques qu'ils ont donné de temps en temps de leur scavoir, ont mérité que la voix publique ait honoré leurs conférences du titre et nom d'Académie, bien que ce ne feussent en effet que des assemblées particulières, que des personnes sçavantes tachaient de faire sans bruict et sans esclat, dans le seul dessein d'y conférer entre elles de la pureté du langage, de la moralle, des ouvrages d'éloquence, de poésie et des choses qui peuvent estre utiles sellon le motif et l'intention de ceux qui le traitent et à la gloire de Dieu et à la nostre : Et comme leur modestie, leur retraite, leur esloignement n'a pas empêché que le mérite et le talent de ceux qui composent cette compagnie n'ayent été connus dans nostre cour, particulièrement lors du voyage que nous fîmes en Provence, en l'année 1659, ^u^ fut ^^ temps auquel lesdittes assemblées prirent leur commencement, nous n'avons pas seulement loué les soins extraordinaires que prenaient tant de beaux esprits pour faire fleurir les sciences et les arts, et d'introduire la pureté de la langue française dans une Province maritime où le mélange des na-
tions apporte ordinairement la corruption et le changement de langage ; mais nous avons voulu les exciter à continuer ces sortes de conférences et exercices académiques, en autorisant lesdites assemblées, permettant à ceux qui les composent de faire des règlements et des statuts pour la police qui devra y être gardée ; et les gratifiant en outre de quelques témoignages honorables de nostre bienveillance. A quoi nous nous sommes porté d'autant plus volontiers que nous en avons esté supplié par notre très cher et bien aimé cousin le duc de Saint-Aignan, pair de France et gouverneur du Havre de Grâce, en qui les belles lettres ont toujours été considérées comme un très digne ornement de sa valeur, et voulant commettre à ses soins la direction de toutes les choses qui concerneront l'establissement de ladite Académie, non moins par la connaissance que nous avons de sa grande suffisance et de son zèle et affection à notre service que pour satisfaire au désir qu'ont témoigné ceux qui composent ladite assemblée, de l'avoir pour leur chef et leur protecteur (i). Pour ces causes, ayant esgard à l'utilité que
(i) «Dans les lettres patentes d'un certain nombre d'académies, il y avait une clause qui les obligeait à prendre leurs protecteurs parmi les membres de l'Académie française, parmi les illustres comme on disait alors. Ainsi Arles eut d'abord pour, protecteur le premier duc de Saint-Aignan, puis le marquis Dangeau. .. Cette clause de leurs statuts était un honneur et non pas une charge ; c'était un lien filial et non une marque de vasselage. » Bouillier , l'Institut et les Académies de province
— no —
nos sujets peuvent recevoir desdites conférences, à la fidélité et affection pour notre service qu'a toujours fait paraître nostre dite ville d'Arles, et inclinant à la supplication et remontrance très humbles de nostre dit cousin le duc de Saint- Aignan, nous avons, de notre grâce spéciale, pleine puissance et authorité royale, loué, approuvé et authorisé et par ces présentes signées de nostre main, louons, approuvons et authorisons les règlements et statuts de ladite Académie cy-attachés sous le contre-scel de nostre chancellier. Voulons qu'à cet effet elle continue doresnavant les conférences en nostre dite ville d'Arles sous le titre de V Académie royale d'Arles ; que notre dit cousin s'en puisse dire le chef et le protecteur, que le nombre des gentilshommes et àts personnes de sçavoir et de vertu qui composeront ladite Académie (et jouiront des privilèges ci-après déclarés) soit fixé et terminé à vingt, lesquels seront tous originaires ou habitants de ladite ville. Permettons en outre à ladite Académie d'avoir un sceau avec telle marque et figure qu'il plaira à nostre dit cousin et pour l'inscription qu'elle ^ortt Academia regia Arelatensis , pour sceller tous les actes qui émaneront d'elle, voulant aussi que lesdits vingt aca-
p. 20. II n'y a rien ni dans les lettres patentes, ni dans les statuts qui oblige l'Académie d'Arles à choisir son protecteur parmi les académiciens, et le duc de Saint-Aignan n'est même pas qualifié (l'académicien, quoiqu'il le fût, à cette date.
démiciens originaires et habitants d'Arles jouissent des mêmes honneurs, privilèges, franchises et libertés dont jouissent ceux de l'Académie Françoise establie en nostre ville de Paris. Si donnons en mandement à nos amez et féaux les gens tenans nostre cour de Parlement de Provence et à tous autres nos officiers qu'il appartiendra, que cesdites présentes, ensemble les statuts et règlements de ladite Académie que nous avons, comme dit est cy-dessus, approuvés et authorisés, ils ayent à faire enregistrer et de tout leur contenu faire bien et dûment jouir lesdits académiciens et leurs successeurs plainement, paisiblement et perpétuellement ; cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements à ce contraires, non obstant tous édits, ordonnances, règlements et autres choses à ce contraire, auxquelles, pour ce regard seulement, nous avons dérogé et dérogeons par cesdites présentes. Et d'autant que d'icelles on peust avoir besoin en divers endroits, voulons qu'aux copies collationnées par un de nos amez et féaux conseillers et secrétaires, foi soit ajoutée comme au présent original : car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre nostre scel à cesdites présentes, sauf en autre chose nostre droit et l'autrui en toutes.
Donné à Saint-Germain en Laye, au mois de septembre l'an de grâce mil six cens soixante huit et de nostrç règne ce vingt-gixiesme. Signé Louis,
Et sur le replis : par le roy, comte de Provence : De Lionne.
Et à costé, visa Séguier, pour servir aux lettres d'establissement d'une Académie royalle en la ville d'Arles,
Et scellées du grand sceau de cire verte à lacs de soye rouge et verte sous contre-scel (i).
Teneur des statuts et règlements de l'Académie
royalle de la ville d'Arles,
Soubs le bon plaisir du roy.
L'Académie ne sera jamais composée que de personnes de probité, de savoir et d'expérience.
(i) Les lettres patentes ont été imprimées, 4 pages, in-4». A la fin nous lisons : Collationné à l'original par moi conseiller et secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances : Paient in.
Il y en a un exemplaire à la fin du Registre, au bas duquel sont ces lignes à la main : Enregistrées en parlement, le 7 juin i66g, en bonne et due forme, en foy de quoi nous sommes soubsignés : Robias, secr. perp. de l'Académie royalle.
Scellée du grand sceau de l'Académie, le 20 juillet 1670, Giffon, substitut du secrétaire de l'Académie royale.
Nous citons les lettres patentes et les statuts d'après les Registres du Parlement, soigneusement collationnés.
Lettres patentes de Sa Majesté portant authorisation des règlements et statuts de l'Académie royalle à bien parler establie dans la ville d'Arles, avec les statuts ensuite.
Archives des Bouches-du-Rhône. Section du Palais de Justice à Aix. Lettres royaux, 1667, 3i janvier 1671, fol. 279-82.
On ne recevra personne qui ne demande par escrit, et qui ne fasse ensuite la visite et les civilités accoustumées à chaque académicien, et ceux qui se présenteront de la manière susdite pour remplir les places qui vaqueront jusques au nombre qui sera réglé par Sa Majesté, seront reçus par la pluralité des
voix.
On escrira dans le Registre le nom de chaque académicien, le jour, le serment et toutes les circonstances
de sa réception.
Chacun des académiciens présidera un mois en qualité de directeur, et le premier jour du mois que l'Académie commencera, on tirera au sort pour le
rang.
On faira un secrétaire qui gardera le sceau et le Registre de l'Académie, papiers, lettres missives, archives et autres appartenances de la charge, lequel sera conservé dans ladite charge sa vie durant, ainsi qu'il se pratique à l'Académie Françoise.
Le secrétaire ne portera aux assemblées qu'une main de papier courante pour y marquer les séances, coni-
missions et autres choses que le directeur distribuera,
qui ensuite seront mises dans le grand Registre, et a i
commencement de l'assemblée il lira les emplois donnés
à la précédente.
Le directeur se mettra à la place Ja plus honnorable et les autres autour de la table comme le hasard les aura rangés, sans façon et aucune cérémonie.
L'assemblée estant en estât, le directeur demandera à chacun suivant l'ordre de la précédente assemblée, ce qu'il aura fait, vers, prose, censure, dissertation et autres choses qui lui ont été commises, et il ne sera parlé d'aucunes autres ajffaires générales ni particulières.
Le directeur demandera le sentiment de chaque académicien selon le rang où il se trouvera placé, sur toutes les choses proposées et selon l'importance l'on écrira tous les sentiments, afin que la pluralité en décide.
Le directeur nommera un ou deux commissaires pour examiner ce qui aura été fait, et tous ensemble ou chacun en particulier ayant fait ledit examen, le rapporteront à l'assemblée où leurs observations seront veues et corrigées si besoin eçt,
Le jour ordinaire des assemblées sera le lundi et les extraordinaires aussi bien que l'heure seront au choix du directeur.
Lorsque quelqu'un sera admis aux nombre des
académiciens, le secrétaire fera lecture des statuts et
le nouveau venu donnera son serment de les observer
et ensuite il signera dans le grand Registre l'acte de sa
réception.
Personne ne sera introduit par curiosité ni par faveur dans les assemblées que ce ne soit en conséquence
d'une délibération.
Les lettres de l'Académie ne seront signées que par le secrétaire et rien ne sera envoyé au dehors au nom de la compagnie qu'après une révision exacte et le consentement de la pluralité, et on se fera une religion de garder le secret aux délibération importantes comme sont les censures et commissions particulières.
La compagnie et chaque académicien en particulier travaillera de tout son mieux à honorer la mémoire des défunts leurs confrères, pour lesquels avant toute
chose l'Académie fera chanter et célébrer une grande messe où elle assistera en corps.
La compagnie dans le commencement de son établissement députera un du corps à Monseigneur le chancelier protecteur de l'Académie Françoise, pour lui demander sa protection, lequel fera aussi compliment à cette illustre compagnie et toutes les années on se donnera l'honneur de lui envoyer les pièces les plus importantes qui seront faites.
Fait à Saint-Germain en Laye, le premier jour de septembre mil six cent soixante-huit.
Signé :
François de Beauvillier
Duc de Saint- Aignan (i).
M. de Gageron prit ensuite la parole et son discours fut un remerciement au roi, qu'il termina en priant les consuls de donner une place honorable dans les archives de la ville aux lettres royales.
« Aussitôt après (2), M. le secrétaire fist lecture des emplois ordinaires que l'Académie se faisl chasque
(i ) Archives des Bouches-du-Rhône, Palais de Justice k Aîx, Lettres Royaux, 1667-1671, fol. 282-285. Ms 475, Bibl. d'Arles, fonds Bonnemant.
(2) Registre de l'Académie, fol. 70.
semaine, et chasque académicien leut le sien, avec beaucoup d'ordre et d'agrément.
M. l'abbé de Boche leut une partie de la dissertation, dont M. l'abbé de Barrême avoit l'autre, sçavoir si l'on est obligé à un ami qui nous découvre certains defîauts, que nous ne connoissions point en nous, l'un conclud pour l'affirmative, et l'autre au contraire.
M. de Sabbatier un sonnet qu'il avoit faict sur l'Expédition de Candie.
M. le chevalier de Romieu une lettre à messieurs de l'Académie françoise.
M. de Cays la censure d'un sonnet ou sa légitime critique.
M. de Boche un remerciment à M. le chancelier. M. Bouvet une traduction rithmée de l'ode 3^ du 4" livre d'Horace.
M. Giflfon les trois sonnets au Roy, à M. le chancelier et à M. le duc protecteur de T Académie.
M. l'abbé Flesche un discours latin, qui, selon le debvoir de l'Académie, la met soubs la protection du ciel.
M. le secrétaire faict voyr le plan dont on l'a chargé d'un panégyrique pour Sa Majesté et de suite le poème qu'il en a faict. »
La séance se termina à la satisfaction de tous, les
consuls furent reconduits jusqu'à l'hôtel de ville et remercièrent les délégués de l'Académie en les exhortant à ne se relascher jamais d'un si beau dessein et qui promet tant d'honneur et tant d'avantage au publiq(i) »
Cette journée fut un triomphe pour l'Académie, et la sympathie qu'elle rencontra dans toutes les classes de la société fut pour elle un noble encouragement.
Le secrétaire en instruisit le duc de Saint-Aignan en lui envoyant les différentes pièces qui avaient été lues à la séance publique (5 août).
L'Académie royale d'Arles était reconnue au même titre que l'Académie française, et dans ces lettres patentes de 1668 nous trouvons le modèle de toutes celles qui furent accordées dans la suite aux Académies provinciales (2),
(i) Les consuls étaient, en 1669, Laurens de Varadier de Saint- Andiol, Louis d'A^égat, Guillaume Grossi, et Barthélémy Rémusat. Ms 1060, p. Sy. La Lauzière.
Nous ne savons ce qu'est devenu le texte original des lettres patentes ni celui des statuts ; il est probable qu'il a été perdu avec les autres papiers relatifs à l'Académie,, conservés cependant par elle avec le plus grand soin dans son « archivaire, » à moins qu'il ne se trouve dans les archives d'Arles.
(2) Dans son livre sur l'Institut et les Académies de Province, M. Bouillier insiste sur cette ressemblance des lettres patentes, qu'il appelle les titres de noblesse des académies provinciales, f On y voit, dit-il, p. i3, leur communauté d'origine et d'attributions, l'égalité, la confraternité académique, qui n'exclura pas une déférence toute filiale à l'égard de l'Académie française, la première des Académies, d'où elles procèdent toutes, comme de
Louis XIV, en conférant à l'Académie d'Arles les mêmes privilèges qu'à l'Académie de Paris, lui impose le même devoir, qui est de travailler au perfectionnement de la langue française, et au développement des sciences et des arts.
Les statuts approuvés par Louis XIV ne furent pas lus à la séance du i" juillet ni insérés dans .le Registre de l'Académie (i). Le secrétaire se contenta d'ajouter
leur source, dont elles sont une véritable émanation et qu'elles se proposent comme leur commun modèle. En vertu de la lettre de leurs statuts, comme par l'esprit qui les anime, tous les académiciens de France, "de Paris et delà province, sont les membres d'une même famille de savants et de lettrés, »
Selon le P. Fabre {Panégyrique d'Arles, 1748, p. 3o) ce serait à Arles que serait née l'idée de l'Académie française. « Sous Richelieu, avant même son ministère, elle avoit donné la première idée d'une société littéraire sous le titre d'Académie de politesse et de bel esprit, . . Je ne tairai point votre nom, illustre Grille ; ce fut vous qui lui donnâtes la naissance, qui rassemblâtes pour des fêtes galantes et d'utiles disputes, les Montmorencis et les Guises ! Vous-mêmes, dignes chefs, arbitres suprêmes du Parnasse François, vous ne rougiriez point de le reconnoître comme l'heureux auteur d'un système, qui peut avoir fourni à un grand ministre l'idée de votre érection. Vous n'avez pas dédaigné du moins d'associer à votre gloire, comme il l'étoit à vos travaux, cet illustre corps, quand le monarque l'autorisa et le favorisa du titre d'Académie royale. »
L'hypothèse est contestable, Richelieu ne chercha sans doute pas dans Arles ses inspirations, il n'en est pas moins vrai que l'Académie d'Arles peut faire rémonter ses origines à 1622, dix ans avant celles de l'Académie française.
( 1 ) a M. le secrétaire debout, teste nûe et dans un grand respect, tist lecture des lettres patantes, de celles de caschet à MM. du Parlement, à M. le premier présidant de Provance, à MM. du
aux statuts de 1667, sous forme des notes marginales, les dispositions nouvelles qu'ils renfermaient.
Nous avons cité (p. 80 etsqq.)ces notes incomplètes qui ne peuvent donner une idée exacte des modifications exigées par le roi. Comment expliquer ce qui nous semble un oubli regrettable, et ce qui a induit en erreur presque tous les historiens ? Faudrait-il y voir une marque de mécontentement et l'intention de dissimuler autant que possible des articles désagréables .'' Vraiment la pensée nous en est venue , et nous ne savons comment la repousser, tout en ne voulant pas nous y arrêter.
Les nouveaux statuts reproduisent sur plusieurs points le texte des statuts adoptés par l'Académie, le 3 janvier 1667. Mais il résulte d'une collation attentive, que Louis XIV y apporta quelques modifications importantes. Il ordonna que le secrétaire serait nommé à vie et non pas révocable au gré de l'Académie. Les membres devaient demander leur admission
parquet, et de la lettre de M, le duc de Saint-Aignan, protecteur, et de son ordonnance à l'Académie, comme aussi de l'arrest d'enregistrement qu'elle avoit obtenu dans Aix à la sollicitation de M. de Cays, > Registre de l'Académie, fol. 70.
On voit qu'il n'est pas question des statuts, dans ce passage.
Nous en avons retrouvé le texte dans le volume dé Bonnemant intitulé : Collège, Académie. 11 est joint à une série de pièces transcrites en lyôS, selon l'indication qui se trouve sur la couverture du cahier. Ce texte est conforme à celui des Registres du Parlement de Provence.
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et faire visite aux académiciens, mais il pouvaient être admis à la majorité des voix et non à Vunanimité, ce qui eût rendu le recrutement très difficile, pour ne pas dire impossible, si cette prescription eût été strictement observée ( i ), En outre, l'article I des statuts du 3 janvier 1667 exigeait que les membres de l'Académie fussent « originaires de la ville d'Arles et gentilshommes {2). » C'était faire de l'Académie un corps fermé, une réunion absolument aristocratique. Nous constatons, dans cet article, l'influence fâcheuse des préjugés que la noblesse de province n'avait pas encore assez secoués. Mais Louis XIV avait une plus grande largeur de vues, et ne pouvait tolérer à l'Académie d'Arles une exclusion qu'il n'admettait pas pour l'Académie française. Il abattit cette barrière inutile et nuisible et les nouveaux statuts portent simplement : Article I. « L'Académie ne sera jamais composée que de personnes de probité , de savoir et d'expérience (3). »
(i) a On a mal observé cette rigueur, pour n'avoir pu s'assembler toujours régulièrement. t> Note marginale à l'article 2. Cet article donna lieu plus d'une fois à des récriminations dont le Régis re a conservé les traces.
(2) Voir plus haut, p. 80.
(3) Les lettres patentes de septembre 1668 qui approuvent les statuts portent : Voulons que le nombre des gentilshommes et autres personnes de savoir et de vertu qui composeront ladite Académie soit fixé et limité à 20, lesquels seront tous originaires ou habitants de ladite ville. » L'obligation d'habiter Arles était
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Il n'y est pas question de noblesse, cependant presque tous les auteurs affirment qu'il fallait, en principe, être noble pour entrer à l'Académie, et signalent l'admission de roturiers comme une exception.
Le dernier écrivain qui se soit occupé de l'Académie d'Arles, M. Bouillier , reproche au duc de Saint- Aignan d'avoir composé l'Académie exclusivement de gentilshommes, et déclare qu'il eût peut-être « mieux assuré la durée et l'éclat de la société naissante en y laissant pénétrer des hommes sans blason. »
« Ajoutons cependant à l'honneur de l'Académie, continue-t-il, qu'elle eut la sagesse de ne pas appliquer cette clause d'une façon bien rigide. Elle n'exigeait pas de ses candidats la noblesse héréditaire, mais seulement la noblesse personnelle qui appartenait dans la ville à plusieurs classes de citoyens et entre autres aux avocats. En outre , elle n'hésita pas même à violer ce règlement dans plusieurs circonstances, en faveur de candidats d'un mérite reconnu, (i) »
maintenue, mais l'exclusion des roturiers, des religieux ou des personnes attachées à un corps, n'est pas mentionnée par le roi. (i) L'Institut et les Académies de Province, i vol. in-i2», Hachette, 1879, P- 36. M. Bouillier est tombé dans des erreurs regrettables, les dates qu'il donne, à quelques pages de distance, ne concordent pas et vraiment on ne sait quelle confiance accorder à son témoignage. Evidemment, il s'en est trop rapporté à des autorités douteuses, au lieu de recourir aux sources. Il cite un fragment des lettres patentes de l'Académie d'Arles d'une manière incomplète et qui en dénature le sens. Nous regrettons
M. BoLiillier, dont le travail a été fait non d'après les documents originaux, mais sur des ouvrages de seconde main, résume en ces quelques lignes le sentiment presque uniforme des historiens qui l'ont précédé.
En i863, un Arlésien distingué écrivait: « Les académiciens, d'après le règlement approuvé par le roi et annexé aux lettres patentes, devaient être au nombre de vingt, tous originaires du pays d'Arles, tous gentilshommes. Vous souriez, messieurs ; dans notre société si profondément démocratique , nous avons peine à comprendre cet article qui aurait eu pour effet de fermer les porte's de l'Académie à Racine, à Boileau, à Molière, Ne nous hâtons pas trop pourtant de condamner nos académiciens. Cet article prouve au moins le grand cas qu'ils faisaient de l'esprit et du talent, puisqu'ils les regardaient comme un privilège de la naissance. Nous devons dire qu'ils n'hésitaient pas à le violer toutes les fois que le récipiendaire prouva que talent et roture n'étaient pas incompatibles (i). »
d'être obligés à une critique aussi sévère, mais il le fallait ; d'ailleurs nous n'oublierons jamais que la possibilité de l'erreur n'est jamais écartée, même pour les esprits les plus sérieux. Le Registre de l'Académie, fol. i et 22g, verso, ne se trompe-t-il pas sur la véritable date des lettres patentes?
(i) Discours de M. Galle, à la distribution des prix du Collège d'Arles, i3 août i863,p. 14. Ce jugement a été accepté et reproduit par M. f'assin, dans le Musée de 1868.
On nous permettra de remonter ainsi de période en période jusqu'à l'origine de cette tradition non fondée en droit.
Le Publicateur de 1841 (i) avait soutenu la même erreur dont la responsabilité remonte au Dictionnaire de Provence. Un passage de l'article sur Arles a contribué surtout à la répandre, dans notre siècle.
« En 1668, Louis XIV établit à Arles une Académie royale composée de vingt gentilshommes habitants de la ville. » Géographie de la Provence, t. i, p. 141.
Nous comprenons qu'en présence de ces distractions regrettables et souvent répétées, un lecteur du Dictionnaire de Provence, peut-être le président Saint-Vincens, ait ajouté cette note, en marge de l'exemplaire conservé à la Bibliothèque Méjanes , sous le numéro 31267 : « Cet article d* Arles est pitoyable et peu exact, j'aimerais encore mieux celui du Dictionnaire de l'abbé Expilly. » Le Dictionnaire de Provence avait adopté, sans la contrôler, une opinion répandue à l'époque où il fut composé et qui avait déjà cours au commencement du XVIII® siècle (2).
(i) « L'Académie royale d'Arles fut érigée en l'année 16Ô6 (c'est en 1668) par lettres patentes du roi Louis XIV; elle devait jouir de tous les privilèges appartenant à l'Académie française être composée de vingt membres, personnes d'élite, véritables amis, originaires de la ville d'Arles et gentilshommes; mais cette dernière condition du règlement fut interprétée plus tard et l'Académie donna tacitement, par son choix, des lettres de noblesse au mérite des personnes. Les candidats devaient être reçus à l'unanimité des suffrages. Les religieux et les membres des communautés ne pouvaient être admis que comme étrangers. »
(2) « En 1668, le roi fît expédier des lettres patentes pour l'établissement d'une Académie à Arles, à laquelle il accorda les
Pierre Véran, qui a laissé de curieux mémoires sur la ville d'Arles, n'est pas plus exact, sur ce point spécial, que les autres historiens. Cette distraction nous surprend, car il y avait sous la main les recueils de Bonnemant, où sont transcrits les statuts. 'Voici ses propres paroles : a Les académiciens devaient, suivant les lettres patentes, être tous gentilshommes et origi-
mêmes privilèges qu'à celle de Paris. Elle prit pour devise un petit et un grand palmier et un soleil qui re'pandait ses rayons sur l'un et sur l'autre avec ces mots : Foventur eodem...
Il n'était permis qu'à des gentilshommes d'aspirer à l'honneur d'être reçu à cette Académie, comme il n'est permis qu'à de nobles Vénitiens d'écrire l'histoire de leur république. Ces messieurs n'avaient peut-être pas fait réflexion qu'Apollon avait gardé les troupeaux et bâti des murailles et que quand il veut inspirer quelqu'un il n'a point d'égard à la naissance. »
Histoire et règles de la poésie française (par M. Mercuesin), Amsterdam, 1717, p. 2i3.
L'abbé d'Olivet écrivait de son côté, à Paris :
« Il (le duc de Saint-Aignan) procura, en 1669, l'établissement de l'Académie d'Arles, qui a cela de singulier qu'elle ne doit être composée que de gentilshommes. La France jouissait alors d'une paix profonde, et le dessein de M. le duc de Saint-Aignan étoit d'inspirer le goût des lettres à une noblesse oisive, dessein véritablement digne d'un bon citoyen. Car enfin, quand le goût des lettres ne serait de nulle autre utilité pour un royaume, du moins il est certain que c'est une passion douce, qui écarte ou qui modère les passions turbulentes et qui sert de préservatif contre les suites de l'oisiveté et de la barbarie. » D'Olivet, Histoire de l'Académie françoise, in-i2, lySo, p. 248.
L'erreur est plus excusable chez D'Olivet que chez les auteurs provençaux; il est assez facile aussi d'expliquer pour quel motif il exagère sensiblement le rôle du duc de Saint-Aignan, qui eut une part beaucoup moins grande, qu'il ne semblerait d'après ces lignes, à la fondation de l'Académie d'Arles. Il encouragea et il protégea les académiciens, ce fut tout son rôle.
naires d'Arles ; cependant souventes fois on dispensa les récipiendaires de ces deux conditions... Dans la suite, la noblesse se décida, mais avec répugnance, à introduire dans leur société les bourgeois ; aussi ils n'accordèrent des places qu'à un mérite supérieur (i). »
L'abbé Robert de Briançon, après avoir rappelé que l'Académie d'Arles fut établie, en 1668, par lettres patentes du roi, ajoute qu'elle fut, dès le principe, composée de vingt gentilshommes originaires et habitants d'Arles, puis il fait cette réflexion : « Jusques ici on a observé religieusement de ne recevoir dans cette Académie que des gentilshommes, et on n'y a pas encore dérogé qu'à l'égard de quelques externes qu'on a agrégés à ce corps, à l'égard desquels on a regardé plutôt le mérite que la naissance (2). » Il est, on le
(i) Essai sur la statistique de la ville d'Arles et son territoire, seconde partie, p. 263, par Pierre Véran, arlésien, secre'taire de la préfecture des Bouches-du-Rhône et chef du bureau de la statistique, Ms conservé aux Archives d'Arles.
C'est à M. Reybaud, archiviste d'Arles, que nous devons l'indication tirée du Manuscrit en question.
(2) L'Etat de Provence, t. i, p. 77.
Le P. Fabre affirme aussi (p. 120) que les académiciens, selon la teneur des lettres patentes, devaient être gentilshommes et arlésiens. a On dispensa pourtant quelquefois dans la suite le récipiendaire de ces deux conditions^ l'Académie interpréta la volonté du prince et accorda elle-même des lettres de noblesse et de nationalité aux talents et à la vertu. » Ce n'était pas la seule méprise que nous pourrions signaler dans les "Remarques historiques du P. Fabre. Son assertion est reproduite par M. de Villeneuve, Statistique des B.-du-R. t. m, p. 567.
voit, très catégorique sur ce point et il écrivait en 1689, à l'époque où, selon son expression, l'Acadértiie d'Arles n'était pas « un petit ornement à notre Province. »
Il est vrai que l'Académie fut fondée par des gentilshommes, et encore avaient-ils parmi eux un simple roturier, Gijffon; il est vrai que beaucoup de nobles en tirent partie, mais les registres sont là pour témoigner que s'ils y furent en majorité, il y avait à côté d'eux plus d'un roturier (i).
Au lieu de voir dans ce fait, une dérogation aux règlements, une interprétation très large de prohibitions imaginaires, il eut été plus simple de consulter les statuts royaux. Faute de cette précaution, les historiens se sont tous copiés les uns les autres et ont répété une affirmation erronnée. Singulière destinée des écrivains qui reproduisent si souvent sans contrôle ce qui a été dit ou écrit avant eux, au risque d'être victimes de leur trop grande confiance, ou plutôt de leur négligence. C'est évidemment le cas ici.
La politique suivie par Louis XIV ne lui per-
(i) Séguin, après avoir |)arlé de l'établissement de rAcadémie qu'il fixe à 1667, de son alliance avec l'Académie française, ajoute que cette faveur fut accordée d'autant plus volontiers « que les personnes qui composent l'Académie d'Arles, ne sont la plus part que des personnes de qualité, parmi lesquelles il y a des évêques, des abbés, des commandeurs et des officiers de robe et d'armée. » Antiquités d'Arles, p. 27.
mettait pas d'exclure les roturiers de l'Académie d'Arles.
Sans doute, la noblesse arlésienne, avait des titres particuliers à la bienveillance royale, car, depuis de longues années, elle se signalait par son dévouement au roi, alors que la noblesse d'Aix et de Marseille ne cessait de provoquer des troubles. Mais ce n'était pas une raison suffisante pour que Louis XIV adoptât ses préjugés, bien surprenants, à l'époque où les grands génies de la France étaient de simples roturiers : Corneille et Racine, Louvois et Colbert, Pascal et Bossuet, Poussin et Lesueur, Molière et La Fontaine, Boileau et Bourdaloue, Lebrun et Puget, etc.
La grande pensée du règne de Louis XIV fut d'utiliser tous les éléments qui pouvaient contribuer à la gloire de la France, sans distinction d'origine ni de classe. Les historiens les plus sagaces de notre siçcle proclament que Louis XIV ne cessa de travailler au rapprochement des classes sociales (i) et qu'il fut assez habile pour réussir dans cette entreprise délicate.
(i) « Considéré sous le point de vue social, l'esprit de son gouvernement (de Louis XIV) fut de tendre par toute sorte de moyens au rapprochement des classes., 11 acheva pacifiquement la ruine de l'indépendance nobiliaire, astreignit, sans contrainte apparente, les grands seigneurs à la vie de cour et au service régulier dans l'armée ;et partout, même à la cour, fit prévaloir pour les honneurs, la fonction sur la naissance. Les maréchaux qu'ils fussent nobles ou non, passaient avant les ducs ; les ministres nés dans la bourgeoisie n'avaient au-dessus d'eux quç
L'affirmation catégorique que nous rencontrons chez tant d'écrivains, d'ailleurs exacts, nous avait d'abord impressionné ; mais le texte authentique des statuts est formel. Aussi avons-nous essayé de remonter à la source de cette erreur générale. Rappelons que les statuts de 1668 n'ont jamais été imprimés, et que les écrivains étrangers à Arles n'ont jamais pu en juger, que d'après le témoignage des Arlésiens, Or, il semble que ceux-ci aient cru de très bonne foi et aient voulu laisser croire que la noblesse était une condition indispensable pour entrer à l'Académie. Au lendemain ^méme de l'enregistrement des lettres patentes, le cor-
les princes du sang, et leurs femmes étaient admises à la table du roi. Dans l'armée, il n'y avait plus, pour les grades, aucune préférence nécessaire de la grande noblesse sur la petite, ni de la noblesse sur la roture ; l'ancienneté du service créait le droit à l'avancement, et, sauf le cas de mérite signalé ou de faveur particulière, on suivait l'ordre du tableau. La vieille aristocratie, écartée généralement des affaires, n'avait plus, comme classe distincte, ni pouvoir ni influence politique; la somme de ses privilèges se trouvait réduite à des exemptions d'impôts que le fisc rendait souvent illusoires, au droit exclusif d'admission dans un ordre de chevalerie (l'ordre du Saint-Esprit) et à des droits seigneuriaux devenus moins utiles pour elle qu'onéreux pour les habitants des campagnes. L'un de ses membres, aussi homme d'esprit qu'entêté de l'orgueil de race (Saint-Simon), appelle le règne de Louis XIV un règne de vile bourgeoisie , paroles dont Tàcreté prouve qu'après Richelieu et la chute de la Fronde il s'était passe en France, au profit de l'égalité civile, quelque chose qui, pour les contemporains, avait un air de Révolution, » Aug. Thierry, Essai sur l'Histoire du Tiers Etat, ch. X, éd. in-i2, Garnier, p. 3oo,
respondant arlésien (i) delà Galette de France envoyait à Paris la note suivante :
D'Arles, le lo juin 1669.
« Le 8 de ce mois, furent registrées au Parlement de Provence, les Lettres Patantes du Roy, pour établir icy une Académie Royale, composée de vingt gentilshommes, tous originaires et habitants de la ville, lesquels jouiront des privilèges qui ont esté accordez à l'Académie Françoise de Paris : Sa Majesté, qui prend un soin particulier de faire partout refleurir les belles lettres, ayant ainsi voulu appuyer le glorieux dessein qu'elle a sçeu que quelques particuliers, dont le mérite lui est connu, avoyent d'introduire la pureté de langage, dans une province maritime, où il est aisément corrompu par le mélange qui s'y fait des nations. On a eu d'autant plus de joye de cet établissement que Sa' Majesté, pour témoigner combien elle désiroit le favoriser, a confirmé le choix que ceux qui composent cette assemblée avoyent fait du duc de Saint- Aignan, premier gentilhomme de sa chambre,
(i) Ce correspondant ne serait-il pas M. Joseph de Cays qui, au mois de décembre 1666, exaltait le mérite de \a.Ga^ette et en recommandait la lecture comme très utile ? Registre de l'Acade'mie, fol. 25. Il indique le 8 juin comme la date de l'enregistrement, alors que l'arrêt fut rendu le 7 juin. Voir Arrêts à la barre, 1669, aux archives du Palais à Aix.
Il semble qu'il ne se fût pas trompé sur la date de l'enregistrement, mais l'erreur n'est peut-être qu'une coquille d'imprimeur.
dont les belles connaissances n'ont pas moins d'éclat que sa valeur, à qui elles servent d'un si noble ornement (i). »
Le correspondant connaissait fort bien les lettres patentes, puis qu'il en cite textuellement plusieurs passages. Par suite dequelle inadvertance affirme-t-il que l'Académie doit se composer « vingt gentilshommes, tous originaires et habitants de la ville? » Nous ne le savons. Toujours est-il que cette note de la Ga\ette, du journal de la cour et de la noblesse, a induit en erreur tous les écrivains qui depuis se sont occupés de l'Académie d'Arles. Elle semblait, en effet, offrir toutes les garanties d'exactitude et il était difficile de la contrôler.
Telle est, selon nous, la cause première de cette erreur qui se répandit d'autant plus facilement qu'elle correspondait à des tendances non dissimulées (2). La confusion entre les statuts de septembre 1668 et ceux de janvier 1667, vint la confirmer encore, et lui donner une vraisemblance dont on se contenta.
Signalons cependant une exception à cette erreur uniforme des historiens. Nous lisons dans les Annales de la ville d'Arles :
(1) Gai(ette de France, 1669, n' 74, p. 617.
(2) Le Registre ne contient-il pas cette note marginale, fol. 26, en face de l'article i : « Ce premier règlement a estéjnterprété et l'Académie a donné des lettres de noblesse, tacitement au mérite des personnes. »
« L'Académie d'Arles, dont les assemblées avaient commencé environ dix ans auparavant, obtint des lettres patentes, au mois de septembre, registrées au Parlement, le 7 juin 1669, pour être composée de vingt gentilshommes ou autres personnes de sçavoir et de vertu, sous la protection de M. le duc de Saint- Aignan, et avec permission d'avoir un sceau particulier avec ces mots pour inscription : Academia regia Arelatensis (i). »
Malgré cette autorité , très grande selons nous , l'opinion qu'il fallait être noble pour faire partie de l'Académie s'enracina si vite, que dès le XVII* siècle, on ne désigna les académiciens que par ces mots : les gentilshommes de l'Académie d'Arles, Mais c'est un usage abusif et la consécration d'une erreur dont l'Académie était complice (2).
(i) Annales de la ville d'Arles, Bibl. Méjanes, Ms 788, à l'année 1668.
Ce manuscrit est la reproduction du Ms 806, Annales d'Arles, avec des notes marginales et quelques additions intéressantes.
Il fut écrit au XVIII" siècle et contient une histoire succincte de la ville d'Arles d'après les documents authentiques, que fort peu de personnes pouvaient consulter. Aussi ce Ms fût-il unique nous lui accorderions plus d'autorité qu'à tous les autres historiens réunis. Son auteur a eu évidemment sous les yeux les lettres patentes et il y a lu ce qui s'y trouve réellemment.
(2) A la fin du Registre, se trouve une pièce qui établit d'une manière irrécusable la complicité de l'Académie. En présence du texte formel des lettres patentes et des statuts, nous ne dissimulons aucun des arguments que les historiens pouvaient invoquer à l'appui de leur théorie : cette pièce est un certificat constatant
Il était impossible aux divers écrivains de la relever et la lecture du Registre était de nature à l'entretenir. Néanmoins il est bon , croyons-nous , de la signaler et de rappeler que, si la Société des Anonymes et Y Académie de Galanterie avaient été de véritables ruelles, où la noblesse seule avait entrée, Louis XIV, en approuvant la nouvelle Académie, entendait constituer un corps de savants sans distinction de caste et d'origine. Voilà ce qui ressort de la lecture des statuts et des lettres patentes, et ce qu'il est impossible de méconnaître, malgré toutes les assertions contraires.
que M. d'Ayguières (Méjanes Gageron) a été un des premiers membres de l'Académie : « Nous, de l'Académie royale d'Arles soubsignés certifions et attestons à qui de droict appartient, que Messire François d'Ayguières de Méjanes, seigneur de Gageyron chevalier, est du nombre des vittgt gentilshommes qui composent ladite Académie depuis son établissement, qu'il y a esté nommé pour premier directeur et qu'il s'y est dignement acquitté de toutes les fonctions académiques où il a esté employé. . . s
Fait à Arles, ce neufviesme novembre i685. Beaumont, Robias, secrétaire directeur, Castillon, Cays, Sabatier, le chevalier de Romieu, Giffon, François Flèche, d'Ubaye de Vachères. Cette pièce est revêtue du sceau de l'Académie. Elle fut légalisée, le lo novembre, par Honoré Mathieu de Faucher, lieutenant particulier au siège d'Arles.
• L'an mil six cens quatre vingt cinq et le dixicsme jour du mois de novembre, estant nous Honnoré Mathieu de Faucher, conseiller du roy, lieutenant particulier au siège d'Arles, dans nostre maison d'habitation, en absance de M. le lieutenant général, y seroit compareu Messire François d'Ayguières et de Méjannes, sieur de Gageyron qui nous a exposé qu'il lui est nécessaire de justifier qu'il est un des vingt gentilshommes de la ville d'Arles qui composent le corps de l'Académie royalle que Sa Majesté a establi dans laditte ville, ainsi que les sieurs gentilshommes de laditte Académie, ont attesté le jourd'huy, laquelle
Que l'Académie, dans ses élections, ait donné la préférence à la noblesse, et ne s'en soit point tenue très exactement aux sages prescriptions de Louis XIV, nous ne le contesterons pas. Nous voulons seulement qu'il soit bien entendu, que les statuts de sept. 1668 sont inspirés par cette sage idée que le talent n'est pas l'apanage de la seule noblesse, et que Louis XIV ouvrait les portes de l'Académie aux « personnes de probité, de savoir et d'expérience », sans distinction de noblesse ou de roture.
attestation il ont signée et y ont fait apposer le sceau de laditte Académie, qu'il nous exhibe présentement, et pour éviter qu'on ne conteste cette vérité, nous produit MM. Jacques de Grille de Robias, marquis d'Estoublon, Pierre de Castillon, marquis de Beynes, Joseph de Cays, seigneur de la Fossette, Jean de Sabatier, Gaspard de Romieu, chevalier de l'ordre Saint-Jean, Joseph d'Arlatan, sieur de Beaumont , Bertrand de Meyran d'Ubaye, sieur de Vachères, Messire François Flèche, Jean Giffon, lesquels moyennant leur serraant ont recogneu avoir signé et fait escrire la susdite attestation, y ayant fait apposer le sceau de ladite Académie et affirmé unanimant ledit sieur d'Ayguières de Gageyron estre un des vingt gentilshommes qui composent ladite Académie d'Arles, en avoir esté le premier directeur, et s'estre dignement acquitté de tous les emplois qu'il y a heu, de quoi ledit sieur d'Eyguières de Gageyron nous a requis acte que lui avons concédé pour lui servir ce présant acte de notorietté et susditte attestation de l'Académie adverée, ainsi qu'il sera à fere par raison , et nous sommes soubs signés avec les susnommés et nostre greffier, et fait apposer le sceau royal dudit à ces présentes.
Robias, secr. perp., Castillon, Cays, Sabatier, le chev. de Romieu, Beaumont, d'Ubaye de Vachères, Flèche, GilTon. Faucher.
Vaugier, greffier.
Registre, fol. 239 et 240.