CHAPITRE IX
Le marquis de Châteaurenard et Giffon à l'Académie française. — Admission de M. Joseph d'Arlatan de Beaumont. — L'obélisque et les inscriptions. — Longs démêlés de l'Académie avec les consuls (1675-1677).
Au mois de mars 1675, M. le marquis de Châteaurenard et M. Giffon se rendirent à Paris, munis de lettres de recommandation pour l'Académie française et pour le duc de Saint- Aignan.
M. Ferrier « qui désiroit faire connestre le talent qu'il a pour les vers à l'Académie françoise» les accompagnait. Dès leur arrivée à la cour, ils donnèrent des nouvelles de ce qui s'y passait, de Bossuet et du P. La Chaise, des projets du roi, etc.
Pendant qu'ils traitaient à Paris les affaires de l'Académie et visitaient ses amis, M. de Grille ne cessait d'exciter le zèle de ses confrères en leur citant l'exemple des académiciens de Paris et en rappelant l'intérêt que Louis XIV témoignait à l'Académie française (i).
(i) Registre de l'Académie, fol. 129. « On s'entretient de la passion que tesmoigne le roy pour cet ouvrage, et comme Sa Majesté descend jusques au détail de leurs exercices, des mé-
Il venait d'instituer les Jetons de présence et Colbert, en son nom, pourvoyait à tous les besoins de la société. Prise d'une noble émulation l'Académie, assemblée dans la chambre du P. Vadé, cordélier, chercha les moyens d'entretenir et d'augmenter la gloire du petit corps. Depuis quelque temps, il n'y avait pas eu d'admissions, la dernière avait été celle de M. le chanoine de Sabatier, frère de Jean de Sabatier, et datait du mois de décembre 1672 (i). M. Ferrier n'avait été reçu que comme externe, en octobre 1673.
dailles qu'elle leur fait distribuer au nombre de quarante, toutes les semaines deux fois, etc. On s'excite à l'exemple de ces messieurs^ et l'on propose de s'occuper toujours plus glorieusement dans la suite.» Séance du mois d'avril 1675. V. plus haut p. 273.
(i) Registre de l'Académie, fol. 109. « Ces messieurs proposent d'acquérir M. le chanoine de Sabatier, nouvellement arrivé de Paris, comme estant un très bon subjet d'Académie. M. de Sabbatier remercie l'assemblée d'un sentiment si obligeant pour M, l'abbé son frère. Il dit enfin qu'il rendra ses debvoirs à l'Académie et qu'il taschera de mériter l'honneur qu'elle lui faict par les révérences accoustumées en pareilles occasions. » Séance de décembre. Nous n'avons pas rencontré dans le Registre la mention de la lettre de demande de l'abbé de Sabatier. D'ailleurs eu l'absence de M. de Grille (sept. 1673-juin 1674) le Registre fut tenu avec quelque négligence. C'est ainsi que nous avons constaté qu'il ne?parlait pas de M. Ferrier qui sollicita le titre d'académicien, en octobre 1673, et qui fut admis « au nombre des académiciens, ou du moins au nombre des amis externes de l'Académie » comme le fait observer le Registre, fol. 127.
Ce chanoine de Sabatier a laissé peu de traces de son passage. Il ne faut pas le confondre avec Pierre de Sabatier égalemen chanoine de Saint-Trophine, neveu du précédent. Le premier mourut à une époque^que nous ne pouvons préciser ; Pierre, fils de Jean de Sabatier et de Monique de Cotel, fut baptisé à la pa-
M. l'abbé de Verdier soumit à l'Académie la question de savoir s'il ne serait pas à propos de se rendre aux « vœux secrets et clandestins de tant de bons subjets qui pourroient lui faire honneur et qui n'osent pas s'expliquer touschant la demende et les cérémonies de leur réception. » Après examen, l'Académie tomba d'accord « que sauf l'honneur des statuts et maximes escrites de l'Académie, qui doibvent estre inviolables, elle se doibt rendre facile à la réception et acceptation de tous ceux qui auront le courage de se présenter (i).»
Quelques semaines après, le 2 juin 1675, M, Joseph de Beaumont envoya à l'Académie une lettre de demande qui laisse trop entendre qu'il cédait aux sollicitations dont il avait été l'objet (2).
roisse de Sainte-Croix d'Arles, le 3 septembre 1670, et mourut le 6 mai 1748, âgé de 77 ans (obituaire du chapitre). Il a composé divers ouvrages estimés, entre autres les Acta Ecclesiœ Arelatensis, Ms 839, pièce 9, de la Bibliothèque Méjanes. C'est une histoire de l'Eglise d'Arles depuis Saint-Trophime jusqu'à l'année 1731, qui rectifie sur certains points \e. Pontijicium Arelatense deSaxi, et le complète, car il s'arrête à l'année 1628. Pierre de Sabatier, alors théologal, remplaça fen 1730) l'abbé de La Mothe, depuis évêque d'Amiens, comme directeur des conférences ecclésiastiques établies dans Arles par Mgr Fr. Adh. de Grignan et encouragées par Mgr Jacques de i^ort/n Janson, l'infatigable adversaire du jansénisme.
(i) Registre de l'Académie, fol. 129, verso, a C'est à dire, est-il ajouté en marge, des scavans, gentilshommes, serviteurs du roy, amateurs de la paix et de la poésie, et le reste comme il est porté dans les statuts. »
(2) Messieurs,
« La connaissance que j'ai de moi mesme m'ayant persuadé jus-
Joseph d'Arlatan, sieur de Beaumont, était le représentant d'une des plus anciennes familles d'Arles. Il avait épousé Jeanne Saxi et il mourut le 2 juin 1697 (i). Son hère Jacques d'Arlatan, ancien capitaine d'infanterie, fut nommé commandant de la ville, par M . de Caylus, et mourut de la peste, en 1 72 1 , en accomplissant courageusement son devoir.
Les d'Arlatan tiraient leur nom de la ville d'Arles, où ils étaient établis depuis le XP siècle. Geofroi d'Arlatan était consul d'Arles, en 11 00, et, dans la suite, il y eut nombre de consuls de cette famille. Maynier, Robert de Briançon et la Critique du Nobiliaire de Provence, sont d'accord sur ce point (2). Les
ques aujourd'hui que je ne méritois pas d'estre de vostre illustre compagnie, j'avois considéré toutes vos semonces quoique très obligentes et pleines d'empressement comme des complaisances dont je ne devois point me prévaloir à vostre préjudice, mais, messieurs, vous voyant persister dans vostre sentiment avec tant de bonté, je passe volontiers au dessus de toutes ces raisons pour vous assurer en mesme temps qu'il ne me sauroit rien arriver de plus avantageux ni de plus satisfaisant que d'avoir part en vos exercices, et que vous me fairez une grâce très particullière, s'il vous plaist de me donner rang parmi vous. Je scay, messieurs, que parce seul endroit on peut aller à la véritable gloire et à la source de la vertu sublime, et je ne désespère pas d'y arriver sous la conduite et à la compagnie de tant d'excellants maistres, si je suis assez fort pour les suivre et assez heureux pour avoir leur approbation, c'est, messieurs. . . Vostre très humble et très obéissant serviteur, Beaumont. »
Registre de l'Académie, fol. i3i, verso, 2 juin 1675.
(i) Registres de la paroisse Saint-Lucien.
(2) « Arlatan, noble de nom et d'armes. J'ai trouvé dans les vieux documents et dans les chartes d'Arles que la famille d'Ar-
armes des d'Arlatan étaient gravées sur le tombeau de Jean d'Arlatan, surnommé le Grand, qui illustra sa maison au XV« siècle, et fut enterré dans l'Eglise des Carmes, à Arles. Elles sont d'argent à cinq losanges de
latan a pris son nom de cette ville, par le droit qu'elle y avoit depuis que les noms furent fixes et héréditaires. Elle a conservé jusqu'à ce jourd'huy le droit de vermillon qu'on lui paye dans Arles un denier couronné par livre. Il n'est pas permis de le cueillir dans tout le terroir d'Arles sans en avoir obtenu la permission de la famille d'Arlatan. Elle la donne dans la saison de le cueillir en faisant publier la permission à son de trompette, par tous les carrefours de la ville. Les Arlatan sont nommés dans les plus anciennes chartes tantôt d'Arlatan, Arlatan, et d'autres fois Arelates et d'Arles d'Arlatan. On le trouve chef de la ville dans lesXI% XII* et XIII' siècles. Jean d'Arlatan, jurisconsulte et chevalier, est un des députés de la ville d'Arles pour terminer les différents entre la communauté et plusieurs seigneurs voisins de leur territoire, au sujet des bornes de leurs seigneuries et celles d'Arles et de Tarascon en la charte de l'Hôtel de Ville d'Arles de l'an 1297. Ce même d'Arlatan fut député de la ville d'Arles l'an i32i, pour faire leur hommage au procureur général du roi Robert. Ses descendants ont possédé la terre de Gignac. Ils passèrent à la cour des comtes de Provence où ils furent pourveu des principaux emplois. Ils ont possédé les terres de Châteauneuf lez Martigues et celles de Pélissane, et dans les XIV» et XV* siècles, une branche des Arlatan s'étoit établie à Marseille, où elle y a possédé une rue entière de maisons, les terres de Ventabren, de Beaumont, de Négréoux. Elle revint à Arles reprendre son premier établissement avec toutes ses branches, dont l'abbé Robert a fait la filiation. Jacques et Joseph d'Arlatan, frères qui en sont les chefs, ont leurs armes sur un vieux monument, avec l'écrit en lettres antiques ; Arlatan, chevalier, maître d'hôtel et conseiller du roi de Naples comte de Provence. »
Critique du Nobiliaire de Provence, Bibliothèque Méjanes, Ms 820, p. 220 et s.q.q. — Nostradamus, p. 296. — Robert de Briançon, 1. 1, p. 299 et s.q.q. — Maynier, la Principale Noblesse de Provence, p. Sy.
gueule, posés en croix, le timbre couronné d'une couronne fleurdelysée et ont pour cimier un lion assis tenant de sa patte une épée haute, soutenant une fleur de lis avec cette devise : Nul autre que nous.
En 1667, les commissaires royaux maintinrent Joseph d'Arlatan en possession de sa noblesse (i). Ce gentilhomme était aussi distingué par son talent que par sa naissance. Au moment où il entrait à l'Académie, il était dans la maturité de l'âge et les jeunes académiciens lui pardonnaient volontiers certains procédés un peu cavaliers. Tantôt il louait l'Académie, tantôt il semblait en faire peu de cas (2). Ainsi, au mois d'octobre 1670, il se présenta à la porte de la salle où se réunissaient les académiciens , pour demander quelqu'un. On pria le secrétaire de lui faire civilité et de l'engager, de la part du petit corps, à entrer, M. de Beaumont «se laisse vaincre et n'osant demander place dans l'Académie, il la prend sans qu'on la lui présente et comme si c'estoit pour une conversation ordinaire. Invitus invitos invîsit : quelqu'un dit ces trois paroles, sans y penser ; qui ont servi depuis d'excuses à l'Académie (3). »
Peu de jours après, le 21 octobre « messieurs les académiciens absans laissent la place libre à deux
(i) Archives des Bouches-du-Rhône, fonds Nicolaï, n» 102. {2) Voir plus haut, p. 96, note 3 et p. 102. (3) Registre de l'Académie, fol. 73, verso.
beaux esprits, M. de B. (de Beaumont) et M. de G. qui firent une ample conversation académique dans ce mesme domicile des Muses, où leurs favoris ordinaires estoient en coustume de s'assembler. Le sieur Giffon arrive sur les trois heures et M. le secrétaire, qui seuls adsistent pour tout le corps (i). »
Le Registre porte en marge de ce récit : « nota que M. de Beaumont a esté possédé d'amour pour l'Académie, quelque mine au contraire qu'il fist. »
Au mois de septembre 1667, il était déjà venu voir la salle des réunions et avait fait « connoistre à ces messieurs, qu'il voudroit bien trouver une porte facile et commode pour venir à l'Académie, mais on lui tesmoigna que, pour qui que ce soit, on ne dérogera jamais à la dignité académique, ni à la sévérité des statuts (2). » Après huit années d'hésitations, il se décidait enfin à se conformer à l'usage et à solliciter son admission, dans les formes. La séance du 3 juin fut consacrée à cette affaire importante.
« M. le secrétaire présente à l'Académie la lettre dont M. de Beaumont l'avoit chargé, par laquelle il demande l'honneur d'être reçeu. On discourt longtemps sur ce subjet, on justifie la légitime passion qu'il en avoit, et l'on demeure d'accord que l'acquisition de ce gentilhomme, dont la science et la capacité,
(i) Registre de l'Académie, fol. 74.
(2) Registre de l'Académie, fol. 5o, verso.
l'honneur et la vertu sont si connues dans sa patrie, ne pourroient estre que d'un grand usage à l'Académie. On le receut dans les formes ordinaires, tous les suffrages furent en sa faveur (i). »
Cette décision n'a rien qui doive nous surprendre car M. de Beaumont avait des titres sérieux à faire valoir. Il faisait de très jolis vers, et prenait une part active au mouvement intellectuel dont la ville d'Arles était le centre. Il avait été très lié avec le savant François de Rebattu, conseiller au présidial d'Arles, qui lui donna un exemplaire de sa dissertation sur la Diane d'Arles (2), et qui entretenait avec lui une correspondance littéraire suivie (3). L'archidiacre Gaspard de Varadier de Saint-Andiol lui adressa plusieurs pièces
(i) Registre de l'Académie, fol. i3i.
(2) Ms 545 de la Bibliothèque Méjanes : Roolle de ceux qui ont reçeu des portraicts retouchés de ma Diane, lôSg ; voir aussi MsSSg, la liste de ceux à qui M, de Rebattu avait donné la première édition de ce travail.
(3) Le Ms 56i de la Bibliothèque Méjanes contient sur cette correspondance de très curieux détails. Le 26 août 1660, M. Joseph de Beaumont envoyait à M. de Rebattu un sonnet sur sa traduction des épigrammes de Martial (p. 247). M. de Rebattu avait alors 62 ans, il nous l'apprend lui même à la fin d'une pièce signée de lui et datée du 19 août 1660. Le 5 janvier 1661, M. de Rebattu envoyait à M. J. de Beaumont des bouts rimes et celui-ci lui répondait sur les mêmes bouts (p. 355).
Les dernières lettres de M. de Rebattu sont de janvier 1662.
Le Ms 56 1 est le Ms de François de Rebattu cité par Dubreuil, 1. 1, p. 254 et qui provient de M. de Méjanes. Presque toutes les pièces ont été imprimées et M. de Rebattu en indique la date.
de poésie et en tête des Juvenilia, nous lisons cette épigramme de la manière de M. Joseph de Beaumont :
Si l'esprit, l'art et l'abondance, Contentèrent jamais les critiques du temps, Cet ouvrage immortel, selon tout apparence.
Sans doute les rendra contents (i).
La candidature de M. de Beaumont était appuyée par M. de Grille, qui était en relation depuis longtemps avec lui (2), et qui avait partagé son affection pour M. de Rebattu. L'accord ne régna pas toujours entre ces deux hommes, à peu près égaux en âge et qui tous les deux cultivaient la poésie, mais ce jour-là, les dissentiments furent mis de côté, et l'Académie fit, en la personne de M. Joseph de Beaumont, une excellente acquisition, bien que la susceptibilité du nouvel académicien, et plus tard sa santé délicate l'aient empêché de rendre tous les services qu'on était en droit d'en attendre.
(i) iVI. de Beaumont loua en particulier la traduction en vers latins des vers de La Monnaye sur l'éducation du Dauphin, couronnés par l'Académie française, insérée dans les Juvenilia. Après avoir longtemps admiré cet ouvrage, Qui remporta le prix et qui fit tant de bruit, Qu'on l'examine bien en cet autre langage. Et l'on admirera l'auteur qui l'a traduit. — p. 227. Voir p. iSy quelques vers : Pro assumpta suppositia coma; — p. 194, quatre lettres à M. de Beaumont ; — p. 249 et s.q.q., la traduction en vers latins de diverses pièces de M. de Beaumont avec le texte en regard ; — p. 11, 2* partie, quelques pièces. (2) En octobre 1670, M. de Beaumont adressa à M. Jacques de Grille, l'ancien viguier, un sonnet, auquel celui-ci a à la veille de son départ de ce monde » répondit de son lit par un sonnet, inséré au Registre de l'Académie, fo). 90, verso.
Le 10 juin, M. de Beaumont, qui avait rempli toutes les formalités d'usage (i), fut introduit à la séance de l'Académie par M. de Verdier. M. de Sabatier, directeur, le complimenta brièvement et il répondit en termes fort élégants « comme un vieux académicien », puis jura d'observer les statuts qu'il signa.
Le 28 mai 1675, M. Gifîon revenu de Paris (2) avait fait le récit de son voyage, sans oublier aucun détail de nature à intéresser ses collègues. Il raconta que, grâce au duc de Saint- Aignan, il avait pu assister à une séance ordinaire de l'Académie, le 8 mai, avec M. deChâteaurenard, au palais du Louvre. Le grand Corneille lui-même « les receut à la porte , et les conduisit, et les accompaigna, M. de Châteaurenard et luy, jusques au hault de la table, à l'entour de laquelle dix huit ou vingt de ces illustres estoient rangés, un chascun ayant le chapeau à la main et debout dans un scilance et une modestie vénérable, digne de l'ancien aréopage d'Athennes (3). » Segrais, directeur, les
(i) Registre de l'Académie, fol. i32.
La famille de Beaumont avait son banc à Saint-Trophime, près du second pilier du chœur du côté de l'Epitre. Voir au Ms 839 le plan de Saint-Trophime. « En août 1717, le feu prit à la maison de M. de Beaumont près du Sauvage, et la ville paya 60 1. pour le prix des flambeaux seulement pour esclairer pendant l'incendie. » Annales d'Arles, Ms 806.
(2) Registre de l'Académie, fol. i3o.
M. de Châteaurenard revint un peu après porteur d'une lettre du protecteur à l'Académie.
(3) Registre -de l'Académie, fol. i3o, verso.
complimenta et les traita comme des confrères, en leur permettant de prendre part à la discussion sur le mot Air et en leur demandant leur avis comme aux autres académiciens.
L'Académie revisait alors son Dictionnaire achevé récemment, mais qui ne fut publié qu'en 1694. Segrais leur fit donner à chacun trois médailles ou jetons de présence et les pria d'assister toutes les semaines aux séances, durant leur séjourà Paris. Cette bienveillance de l'Académie française était fort honorable pour l'Académie d'Arles qui entendit avec le plus grand plaisir le récit de Giffon (i).
(i) Giffon rapporta un sonnet de M. Charpentier, composé à l'occasion des jetons de pre'sence accordés par le roi, et le discours qu'il fit en réponse au discours de réception de Bossuet. Il n'oublia rien « pour bien persuader la compagnie de l'estime et de l'amitié que celle de Paris lui promettait. » Il parla du « grand Dictionnaire, tant attendu dans toute l'Europe », et assura qu'il était achevé et que l'Académie en faisait alors la révision.
Ordre de la séance de messieurs de V Académie française en la réception de MM. le marquis de Chdteaurenard et Giffon, le jeudi, 8 mai iGyS, dans la sale du Louvre. Directeur (à la droite), M. de Segrais, chancelier (à la gauche), M. l'abbé Tallemant. Tous deux au bout d'une longue table autour de laquelles estoient rangés :
M. de Marais. M. Perraut.
M. de La Furetière. M. Quinaut.
M. l'abbé Cottin. M. l'abbé Cassagne.
M. de Corneille. M. de Mezcray.
M. Racine. M. Boycr.
M. Doujat. M. Charpentier.
M. Balesdans. M. Giffon.
M. l'abbé Fléchier. M. de Châteaurenard.
" M, Pélisson.
Registre de l'Académie, fol. i3o, verso.
On remercia sans retard le duc de Saint-Aignan et l'Académie française, qui répondit, le i5 juillet 1675, par une lettre empreinte de cette politesse exquise qui était un des caractères distinctifs du siècle de Louis XIV.
Messieurs,
« La lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous escrire nous a confirmé toutes les assurances de vostre estime et de vostre affection, qui nous avoient esté données quelque temps auparavant par MM. le marquis de Chasteaurenard et de Gifîon, dans une de nos assemblées, où ils avoient désiré d'estre introduits. Vous savez peut estre, messieurs, que nos règles ne nous permettent pas d'y admettre des personnes estrangères, mais nous avons creu que ce ne seroit qu'expliquer favorablement cette règle, que d'en dispenser ces deux messieurs, dont nous connessions déjà le mérite et qui tiennent un rang si considérable parmi vous, puisque l'alliance qui est entre vostre compagnie et la nostre, nous deffend de les considérer comme estrangers, nous avons apris avec joye vos sentiments sur ce subjet et vous y adjoutez des louanges qui nous font connoistre, messieurs, combien vous en méritez vousmesmes, puisque vous les scavez donner d'une manière si éloquente et accompagnée de tant de délicatesse d'esprit ; c'est ce qui nous fait croire que vous les em-
ployerez désormais à célébrer les victoires et les triomphes du roy, qui, par ses nouvelles conquestes, nous engage tous à travailler incessemment pour sa gloire, si nous voulons n'estre point ingrats envers sa bonté. Nous vous exhortons donc, messieurs, d'y contribuer de tout vostre pouvoir, comme nous sommes résolus de faire tous les efforts qui nous seront possibles pour tacher de mériter la protection de ce grand monarque. Nous ne doutons pas aussi que M. vostre illustre protecteur ne joigne ses exhortations aux nostres, luy qui peut encore mieux juger que nous des actions héroïques de Sa Majesté, puisqu'il a le bonheur de l'approcher de plus près. Il ne nous reste plus qu'à vous assurer qu'en toutes les choses, où nous pourrons vous estre utiles et vous faire connoistre combien nous estimons vostre compagnie, et tous ceux qui la composent, vous aurez sujet de croire que nous sommes véritablement, messieurs, vos très humble's et très obéissants serviteurs,