CONRART
secrétaire perpétuel de la Compagnie.
A Paris, le i5 juillet 1675 (i). »
(i) Registre de l'Acade'mie, fol. i33, verso.
Cette lettre est une des dernières écrites par Valentin Conrart, qui mourut cette année même (23 septembre).
Il était né à Paris, en i6o3, d'une famille protestante. Il fut le premier secrétaire perpétuel de l'Académie française. 11 n'a rien publié, et Boileau a rendu fameux son silence prudent. En revanche, il écrivait beaucoup et les matériaux manuscrits, ras-
Le 3 juin, M. de Sabatier, directeur, avait rappelé la nécessité de mériter l'estime particulière de l'Académie française, par un renouvellement de zèle. Sur quoi, MM. les abbés de Verdier, de Boche et de Barrême furent d'avis « de se faire une occupation qui dure et où chascun contribue du sien, quelque chose comme une traduction des œuvres d'Epictètes, la vie d'Atticus, ou quelque chose d'Isocrate, qui n'ayt pas été traduit. » (Registre de l'Académie, fol, i3i.)
Cette proposition ne fut pas mise à exécution mais, le 10 juin, il fut résolu « que chascun observeroit de
semblés par ses soinSj forment 42 volumes, in-fol., déposés à la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris. On a de lui des lettres, des mémoires et de nombreux et utiles documents. Voir sur Conrart V Etude publiée en 1881 par MM. Kerviler et de Barthélémy, et la thèse de M. Bourgoin, en i883.
Cette lettre était transmise par le marquis de Châteaurenard, qui écrivait à la même date (i5 juillet 1675) :
a Je ne vous parle point de l'honneur que M. Giffon et moi receumes de ces messieurs, et qui couvre nostre corps naissant d'une gloire immortelle, croyant bien que nostre cher confrère, vous en aura fait un fidelle récit, avec plus d'éloquence que je ne le saurois faire ; mais comme sa modestie ne lui aura pas peut estre permis de vous parler de ce qui le regarde, je ne puis vous taire, sans trahir la vérité ce que j'en ai veu et oui moimesme. Le sieur Giffon s'acquit une si grande estime parmi tous ces messieurs, le jour que nous fumes admis et lui et moi dans leurs;[séances, et il y parla si juste et si à propos, enfin i pleust si fort à toute l'assemblée, qu'ils ne peuvent se lasser présentement de m'en parler et de me dire que si tous les subjets de nostre Académie sont à peu près de sa force, nous fairons dans peu un grand bruit dans le monde. M. de Corneille, entre autres, et M. de Charpentier en font un grand cas. » Registre, fol. 134, verso.
tout son mieux les mots ou phrazes les plus ordinaires qui sont dans la bouche des Provenceaux,et qui chocquent ou la grandmère francese ou la politesse, affin qu'estant observées on les pust éviter facillement (i). » On rappela, à ce sujet, que ce travail d'épuration de la langue était, à proprement parler, l'emploi particulier de l'Académie, d'après les lettres patentes de Louis XIV. Giffon, au mois de juillet suivant, apporta ses observations sur les mots aveindre, chuchutement et autres ; on cita les remarques de Vaiigelas (2) et l'on émit le vœu que le Dictionnaire de l'Académie fût rapidement- achevé, pour trancher toutes les difficultés de la langue.
Au mois d'août, l'Académie s'associa au deuil causé en France par la mort deTurenne, et les nouvelles du théâtre de la guerre firent l'objet presque unique de l'entretien, dans toutes les réunions de ce mois.
L'affaire de l'obélisque vint passionner les esprits à un point dont nous avons peine à nous rendre compte et prima toutes les autres questions.
Sur les bords du Rhône, au quartier de La Roquette (3), on avait découvert, sous Catherine de
(i) Registre de l'Académie, fol. lii.
{2) Claude Favre de Vaugelas naquit en i585 et mourut en i65o. Ses Remarques sur la langue française, publiées en 1647, ont exercé une grande influence sur la formation de notre langue.
(3) Le jardin où l'obélisque fut découvert porte encore le nom de Jardin de la Pyramide.
Médicis, un bloc de granit qui attira l'attention. C'était un fragment de l'obélisque qui décorait la spina du cirque romain d'Arles, aujourd'hui complètement disparu sous le limon du Rhône.
Par ordre de Charles IX, cet obélisque fut mis à découvert, puis, plus tard, Henri IV ordonna de démolir les maisons qui encombraient les Arènes et d'élever au milieu l'obélisque de La Roquette (i). Il ne fut pas donné suite à ce projet, et, en 1675, le vieux monument romain était encore abandonné dans l'endroit où on l'avait découvert.
Les consuls d'Arles, jaloux de contribuer à gloriher Louis XIV, songèrent alors à l'ériger sur une des places publiques de la ville, et à le dédier au roi.
Devant la maison de Jean de Sabatier, se trouvait un fragment de granit que l'on reconnut être la pointe de l'obélisque. Réunir les deux fragments, les dresser sur un piédestal, les orner des emblèmes du roi, avec des inscriptions sur la base : telle fut la proposition adoptée par le conseil de la ville, le i5 septembre 1675 (2). Jacques Pej^tr et, l'habile architecte de
(i) Yoiv Lantelme de Romieu, les Antiquités d'Arles,|[Ms3 Bibliothèque Méjanes 83g, P. Joseph Guis, de l'oratoire, Description de l'amphithéâtre, J. Séguin, les Antiquités d'Arles, Estrangin, Etudes sur Arles, Clair, Monuments d'Arles.
(2) « En cette année on a découvert la partie de la pyramide ou obélisque ayant cinq cannes, trois pans de longueur, dans le jardin de la dame Bourgarel, veuve du sieur Deloste, à La Roquette, l'autre partie qui fait la pointe d'icelle ayant deux cannes deux
l'hôtel de ville, fut chargé de l'exécution de ce dessein et il s'en acquitta avec une science technique et une habileté au-dessus de tous les éloges.
Il n'y avait pas alors en France d'obélisque aussi monumental que celui d'Arles, et l'idée des consuls arlésiens était on ne peut plus ingénieusement flatteuse.
La rédaction des inscriptions revenait de droit à l'Académie royale qui fut priée d'y travailler. « Ce lundi, 9 septembre lôyS, M. le sacristain de Boche estant nommé directeur a remonstré à l'assemblée qu'il y a desja longtemps que messieurs les consuls ont eu le dessein de seconder le zelle de l'Académie pour la gloyre du monarque et qu'ils n'ont rien immaginé de si grand que d'eslever une pyramide (qui est enpans de longueur étant devant la maison de M. Jean de Sabatier, écuyer, faisant les deux parties sept cannes cinq pans au tout, et ayant été considéré que l'élévation dudit obélisque seroit d'un grand ornement dans la ville, pour n'y avoir point d'autres dans la France, il fut délibéré, le i5 septembre lôyS, de le faire élever pour la gloire du roy dans la place du Marché. Pour cet effet, il fut passé convention avec Claude Pagnon, de la ville des Martigues, et Antoine Barthélémy, de celle de Marseille, pour le transport dudit obélisque, depuis la porte Marcanau (Marché Neuf), (où il avait déjà été transporté, moyennant la somme de i5oo Iv.) jusqu'à la place du Marché, et pour élever lesdites deux pièces et les poser l'une sur l'autre, sur le piédestal qui avoit été fait à ladite place, moyennant la somme de SySo Iv. Il fut élevé le 20 mars de l'année suivante. Comme il était écorné en ses arrêtes, il fut ensuite réparé par Rochereau, ouvrier en marbre de la ville d'Aix. Le globe de bronze, avec les six fleurs de lis qui est au dessus ledit obélisque, est du poids de deux quintaux dix-sept livres. Le poids du soleil qui est de même matière n'est point marqué. » Bibliothèque Méjanes, Ms 806, année lôyS.
terrée despuis plusieurs siècles) comme un monument éternel de leur vénération et du culte qu'ils ont voué à Sa Majesté, et que pour achever ce grand dessein, ils avoient besoin de l'esprii et de la conduite de messieurs les académiciens, qu'ils les prient bien fort de vouloir travailler aux inscriptions qu'il estoit nécessoire de mètre aux quatres faces de laditte pyramide qu'on avoit intention de mètre au mitan de la place du Marché vis-à-vis de l'hostel de ville, avec le soleil de bronze doré qui sommera la piramide, et tout le reste qui concerne la devise et simbole de Sa Majesté de Louys le Grand (i). »
Immédiatement l'Académie désigna M. de Grille pour préparer les inscriptions, dont on discuta séance tenante le programme.
(i) Registre de l'Académie, fol. i36, verso.
« Ils suivaient en cela, dit Gilles Duport, l'exemple des Egyptiens qui avaient l'habitude d'élever des obélisques pour immortaliser les grands rois. » Histoire de l'Eglise d'Arles, p. 22.
Une discussion assez singulière s'éleva entre les savants : il s'agissait de savoir si on devait se servir du mot Pyramide, ou du mot obélisque. II y eut plusieurs écrits. L'archidiacre de Saint-Andiol publia une plaquette de huit pages, in-4*', ajoutée ordinairement au volume des Juvenilia contenant :
1° Pyramidis Arelatensis vindicatum nomen Civi Arelatensi, une page et demie, paru en août 1677, d'après le Ms 1060, p. 94 ; voir Dubreuil, t. i, p. 253 ;
2» Une lettre au P. Athanase Kirker en date du 25 septembre 1676, pour lui demander son avis ;
3» La lettre du P. Kirker, qui approuve le nom de Pyramide (Rome, le 9 novembre 1676; ;
— 3ni — La première inscription, en face le portail de l'hôtel de ville, devait rappeler les victoires de Louis XIV, la seconde, en face de Saint-Trophime, devait célébrer les vertus chrétiennes du roi ; la troisième, du côté de l'église Saint-Anne (Musée lapidaire) devait porter les noms des consuls, qui présidaient à l'érection de l'obélisque ; la quatrième devait rappeler simplement l'endroit où ce monument avait été trouvé (i).
4' Une seconde lettre au P. Kirker du 2 décembre 1676, avec sa réponse du 7 décembre 1676 ;
5» Une troisième lettre du 22 janvier 1677, avec la réponse du P. Kirker, le tout terminé par ce distique :
Me mage sunt cœci licet aima luce fruantur. Qui dum vera vident, falsa probare nolunt.
Le P. Kirker, célèbre par ses travaux sur les antiquités égyptiennes, dit Charpentier, (de l'Excellence de la langue Françoise, p. 873), croyait l'obélisque transporté d'Egypte, Il mourut peu après, et son épitaphe est à la fin des Juvenilia. Il a laissé un ouvrage intitulé : Kircheri (Athan.) è Soc. Jesu Iter exstaticum cœleste quo Mundi opificium id est cœlestis expansi siderumque tam errantium quam tixorum natura, vires, proprietates, singulorumque compositio et structura ab infimo Telluris globo usque ad ultima Mundi confinia per ficti raptus integumentum explorata nova hypothesi exponitur ad veritatem, et illustratum a P. Gasp. Schotto ; access. ejusd. auctoris iter exstaticum terrestre. Herbipoli, 1671. In-4, d'env, 700 pag. avec 12 pi. grav.
L'Académie, saisie de cette querelle ÇS.eg., fol. 145, verso) ne se prononça pas, et le Registre emploie indifféremment les deux mots : obélisque et pyramide. — Claude Terrin soutint qu'il fallait donner à ce monument le nom d'obélisque et ses Observations sur les proportions des Pyramides et des obélisques furent le point de départ de la discussion.
{i) Tel est le programme adopté par l'Académie, au mois de septembre 1675. Voir Registre, fol. 1 36, verso.
Durant plusieurs mois, la question des inscriptions fut à l'ordre du jour, et l'on discuta longuement sur le style à employer, sur la méthode à suivre, sur les qualités d'une bonne inscription. On convint qu'il fallait « une latinité forte et vigoureuse, une éloquence renforcée pour ainsi dire avec éloge, le tout succinct et sans obscurité. »
Dès la fin de septembre, M. de Grille soumit à ses collègues des inscriptions pour les quatre faces du piédestal et l'Académie prit son temps pour les juger. En dehors de l'Académie, on présenta également divers projets mais l'abbé de Boche affirma que les consuls n'accepteraient aucune inscription qui ne fût approuvée par l'Académie (i).
Ils lui demandaient également une inscription pour la Vénus ou Diane qu'ils voulaient placer dans l'hôtel de ville : l'accord le plus parfait régnait entre les consuls et les académiciens.
(i) « M. l'abbé de Boche a dict que messieurs les consuls ne vouloient recevoir d'inscription, pour le roi et pour l'honneur de la ville, que des mains de l'Académie royalle, et que cela lui estoit dû naturellement. On a délibéré de les remercier, d'autant mieux que le plus souvent on n'exécute point dans un conseil de communauté, les délibérations des sages. » Registre, fol. iSy. Séances de septembre 1675.
Au mois de novembre, « M. le secrétaire a dict qu'il falloit remercier messieurs les consuls d'un jugement aussi équitable, mais qu'il estoit si bien du droit naturel de l'Académie de donner cette inscription qu'on ne peut lui refuser cette prefferance sans lui faire tort. » Registre, fol. i3q.
Confiante dans la promesse de M. de Boche, l'Académie réunit les divers projets d'inscription, pour les comparer et les examiner. Elle les soumit au coadjuteur de Mgr de Grignan. Mais les sermons de la mission que l'on prêchait alors ayant « un peu dissipé les employs académiques (i), » et éclipsé l'Académie durant tout le mois de janvier 1676, on ne s'occupa sérieusement de l'affaire qu'au mois de février.
Le 6 de ce mois, la réunion se tint chez le sacristain de Boche, afin que l'on pût entendre le premier consul François de Boche, son père. Il était question de charger le marquis de Châteaurenard, alors à la cour, d' « entretenir le roy du zelle, de la dépense et des soins que prennoit la ville pour élever ce monument éternel à la gloire du monarque (2). »
(i) Voir sur cette mission, l'Histoire de la Sainte Eglise d'Arles par l'abbé Trichaud, t. IV, p. 171.
Les principaux missionnaires étaient le grand pénitencier d'Avignon, le prévôt de l'Isle, l'abbé de La Pérouse et M. Viany, frère du grand prieur de Malte. Ils prêchaient à la Major, à Saint-Trophime et à Sainte-Croix. La mission se termina par la consécration de la ville d'Arles à la Sainte- Vierge, et chaque année jusqu'à la Révolution, cette consécration fut renouvelée par la municipalité arlésienne, en exécution d'une délibération conservée aujourd'hui aux Archives d'Arles. Cfr. Gilles Dtiport, Histoire de la Sainte Eglise d'Arles, les Manuscrits Bonnemant, le Ms 806 de la Bibliothèque Méjanes, etc., etc.
(2) Registre de l'Académie, fol, 141. D'après Robert de Briançon, t. I, p. 4o5, le projet d'ériger l'obélisque à la gloire de Louis XIV appartenait en propre à François de Boche, marquis de Vers.
Le consul de Boche, s'était engagé verbalement à lui confier cette mission et il fallait se hâter, car le marquis était sur le point de rejoindre son régiment, et l'Académie lui avait fait espérer cette députation. Le consul, tout en protestant de «l'estime particullière qu'il avoit pour l'esprit, la conduite et le mérite de M. de Chasteaurenard, et même du désir et de l'intention qu'il a de faire réussir cette députation, » représenta qu'il fallait attendre que l'obélisque fût érigé et que les inscriptions fussent gravées. Il promit de faire accepter les inscriptions proposées 'par l'Académie et il fallut se contenter de cette promesse , bien que l'Académie se défiât des dispositions des consuls qui allaient être nommés. Les consuls en exercice étaient fort bienveillants pour l'Académie et ils firent commencer de graver, sur le piédestal de l'obélisque, une inscription à la gloire d'Arles, due à M. de Grille (mars 1676), et M. de Sabatier affirmait encore, en février, que leur volonté était de n'accepter que les ins-" criptions approuvées par l'Académie (i).
L'érection de l'obélisque commença le 18 mars et tout fut terminé le 20 mars (2). On avait réparé tant
(i) Registre de l'Académie, fol. 143, verso. — fol. 144, verso.
(2) Il existe au fonds Bonnemant, vol. Antiquités, une relation détaillée de l'érection, avec la figure des machines' employées.
« On se servit pour cet effet de huict gros masts de navires qu'on avoit dressez à l'entour du pied d'estail et liez ensemble par le haut. On y avoit attaché plusieurs fortes poulies dans
bien que mal les fractures du monolithe, avec des morceaux de granit antique (i), et, le 20 mai, on plaça au sommet un globe en bronze parsemé de fleurs de lys dorées. Trois jours après, on ajouta à ce globe un soleil doré représentant la figure de Louis XIV. C'est l'œuvre du sculpteur arlésien Jean Dedieu.
L'Académie suivait avec une grande attention, l'affaire de l'obélisque, et, sur l'observation de M. de Gageron, directeur, que la promesse du consuls ne se réalisait pas, un académicien fit remarquer, à la
lesquelles passoient de gros cables qui estoient tirés par huict tours ou cabestans qu'on faisoit tourner en même temps. Et ces machines eurent un succès si heureux, que cette pièce qui pèse environ deux mille quintaux, selon la supputation qui en a été faite par des habiles mathématiciens, ayant esté suspendue en l'air par la force des cabestans, fut mise sur son pied d'estail dans un quart d'heure. Ce qui attira si fort l'admiration des spectateurs, que chacun poussoit des cris de joye, pendant que les fanfares des trompetes estoient interrompues par le bruit des canons qui estoit redoublé de toutes parts. » ^ég-MîM, Antiquités d'Arles, p. 4, Cfr. La Lau^ière, p. 4S9.
(i) » Il fut enfin élevé sur la place du Marché, en 1676, avec d'autant plus de peine, qu'il étoit rompu en plusieurs endroits et principalement vers la base, qui ne pouvoit le soutenir ; on eut grand soin d'en ramasser toutes les pièces, et on les rajusta avec tant d'art et de succès qu'une grande partie du poids (qui selon la supputation qu'en a fait M. de Rotnieu est d'environ 2,000 quintaux) porte sur ces morceaux brisés et séparés en longueur. » P. Fabve, Remarques Hist., p. 96.
Nous serions plutôt de l'avis de M. Clair (op. cit., p. 5o). Il regrette que les cassures n'aient pas été mieux dissimulées et croit qu'il y aurait peu de chose à faire pour raccorder le ton du ciment avec celui du granit. Voir le P. Bouguerel, Hommes Illustres de Provence, p. 317 et sqq.
séance du 20 mars 1676, « qu'on estoit après pour faire crayonner les inscriptions, que celles de l'Académie avoient été choisies par messieurs les consuls, et qu'assurément on lesferoit graver ou dans ce consulat, ou dans le prochain ; que l'irrésolution où l'on estoit de scavoir si ce seroit sur la même pierre blanche qui sert de base à la pyramide, ou sur une incrustation de marbre, cette irrésolution faisoit qu'on ne se hastoit pas de graver les dittes inscriptions et parconséquand on ne pouvoit en aucune manière envoyer l'histoire de la superbe machine que tout ne fust en estât (i). »
La remarque était juste, mais le même académicien avait également raison d'ajouter « qu'après le consulat de M. de Boche, l'Académie ne seroit pas autant considérée qu'elle avait esté apparemment, et que le temps et le nouveau consulat apporteroit quelque changement dans les résolutions avantageuses qu'on avoit prises pour l'honneur de l'Académie (2). »
C'était l'avis général : « Ces messieurs demeurèrent tous d'accord de cette opinion, mais qu'il y avoit certaines choses qu'on pouvoit plus aisément prévoir qu'empescher, d'autant mieux qu'il s'agissoit en cela de la parole donnée aux ministres, à M. le duc de Saint-Aignan et même de tirer les anciens consuls de toute sorte de reprosche (3). »
(i) Registre de l'Académie, fol. 145.
(2) Registre de l'Académie, fol. 145, voir aussi foi. 143, verso.
(3) Registre de l'Académie, fol. 145.
Colbert, sollicité par le duc de Saint-Aignan et par le marquis de Châteaurenard , s'intéressait à cette question de l'obélisque et l'Académie comptait beaucoup sur la protection du puissant ministre.
Le 25 mars 1676, MM. Pierre de Sabatier de l'Armillière, Pierre Deloste, Bœuf Gérard et Bœuf Claude, furent nommés consuls (i).
(i) Pierre Deloste, second consul, fut plus tard, en 1688, lieutenant général au siège d'Arles (Ms 806), après Charles de Laugier de Momblanc. Il fut installé le i" avril 1688 (Ms 806).
Un de ses frères était médecin, peu ami de Giffon apparemment, et l'Académie avait refusé une inscription propesée par lui : ce sont la tout autant de petites causes qui expliquent son attitude, dans la question de l'obélisque.
« M. Pierre Deloste, second consul, présente des lettres d'écuyer qu'il a obtenus de Monseigneur Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, de Brione et de Charny, pair et grand écuyer de France, en vertu desquelles il a droit de jouir des mêmes honneurs, privilèges, franchises et prérogatives que les autres nobles ou écuyers du roi étant dans le royaume. » Bibliothèque Méjanes, Ms 806, Annales d'Arles, année 1676.
a MM. François de Mandon et de Liautard, Claude Faucheri et Jean Deloste, docteurs en médecine, et autres savants,présentent des inscriptions relatives à l'obélisque. L'assemblée refuse de les transcrire sur le Registre académique (décembre lôyS).» Ms 1060, p. 80. Faucheri, était un ami de Giffon qui fit peu après son éloge, en pleine Académie, et lui composa une épitaphe.
Parmi les conseillers (Ms 808, Bibliothèque Méjanes), nous relevons les noms de François Flèche, Antoine Flèche, Antoine de Ferrier, J.-B. de Forbin, Ch. Barras de La Penne, Jean François de Romieu, Henri de Boche, Joseph de Barrême, André Aube de Roquemartine, Louis et Antoine d'Azégat, Joseph d'Arlatan de Beaumont, Joseph de Cays, Robert de Chiavari, Imbert de Chalot, Jacques d'Augières, avocat, Henri d'Eyguières, trois de Grille, Pierre Gavarri, avocat, cinq d'Icard, Jacques de l'Estang.
Ils ne modifièrent en rien les dispositions prises par leurs prédécesseurs, et M. de Cays put constater que l'Académie n'avait pas à se plaindre « puisqu'on a desja tracé et crayonné sur le piédestal de l'obélisque deux inscriptions de celles que l'Académie a approuvées (i). » Cependant, dès ce mois de mars, le deuxième consul Pierre Deloste manifesta le dessein d'envoyer à l'Académie une inscription composée par un de ses amis. Cette nouvelle émut l'Académie avec d'autant plus de raison, qu'au mois de décembre précédent, elle avait écarté une inscription rédigée par un frère de ce même consul (2).
On représenta, il est vrai, que Pierre Deloste n'avait pas intention de substituer son jugement à celui de l'Académie, et que les consuls n'en feraient graver aucune sans son approbation. M. de Grille, tout en réservant le droit de l'Académie à la composition des inscriptions projetées, fit remarquer que, si les consuls lui demandaient son avis et s'y conformaient, elle n'aurait pas lieu de se plaindre, quel que fût l'auteur des inscriptions (3). L'assemblée se rangea à cet avis, en disant que a. faire quelque chose ou l'approuver, en ces sortes d'affaires d'esprit, c'estoit le mesme, » et elle demanda à voir l'inscription proposée.
(1) Registre de l'Académie, fol. 146, verso.
(2) Registre de l'Académie, fol. iSg, verso.
(3) Registre de l'Académie, fol. 145, verso.
L'affaire restait pendante, mais on s'en occupait dans le public et, au mois d'avril, le P. d'Augières, jésuite, envoya à l'Académie des vers latins de sa façon, sur l'obélisque.
Au mois de mai, MM. de Grignan, de Guitaut (i) et de Rouillé étant venus dans Arles, on leur montra les projets d'inscription qu'ils approuvèrent, en louant le zèle de l'Académie.
A la séance, tenue chez l'abbé d'Abeille, le i" mai 1676 (2), « M. le sacristain de Boche a dict qu'on en avoyt escrit à Paris à M. de Pomponne, secrétaire
(i) Guillaume de Pechpeyrou-Comminges, comte de Guitaut, marquis d'Epoisses, né le 5 octobre 1626, fut d'abord page du roi en la petite écurie, puis il s'attacha au prince de Condé qui n'eut pas d'ami plus constamment dévoué. Il fut honoré de très grandes charges militaires et civiles. Il fut gouverneur des Iles Saint-Honorat et Sainte-Marguerite, et assista à plusieurs batailles, aux côtés de Condé. Chevalier des ordres du roi depuis 16Ô1, il mourut à Paris, le 27 décembre i685, avec la réputation d'un des gentilshommes les plus accomplis du royaume. Son corps fut inhumé à Epoisses. Le comte de Guitaut était très lié avec Madame de Sévigné qui lui écrivit de nombreuses lettres conservées au château d'Epoisses (Côte d'Or), avec ii3 lettres du prince de Condé. Son portrait fait partie de la galerie des portraits, du château d'Eu, numéro 244. Voir la description de cette galerie par M. Vatout,t. IV, p. 61, — où se trouve une notice biographique sur le comte de Guitaut. Cfr. les Lettres de Madame de Sévigné; Histoire des grands Officiers de la Couronne, t. IX; Désormeaux, Histoire de Condé, in-12, 1766, t. II, passim; Coste, Histoire du prince de Condé ; les Mémoires de Gourville ; enfin, les Archives de la noblesse de France, par M. Laine, Paris, 1843, t. VIII, et les papiers de la famille de Guitaut qui possède encore aujourd'hui le château d'Epoisses.
(2) Registre de l'Académie, fol. 147.