‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 22 sur 33 · MO · texte numérisé non relu

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d'Estat, dans le despartement duquel estoit la ville d'Arles, que la Ga:{ette avoyt parlé des soins amoureux de cette ville pour la gloire du roy et qu'on parleroit demesme des inscriptions académiques aussitôt qu'elles seroient gravées, mais ce qui suspend la chose, c'est pour n'avoir point encore pu recouvrer le marbre qui est nécessaire, pour une incrustation dont on doibt revestir le pied destail de la machine. »

L'inscription latine était déjà « crayonnée » et cependant, le 8 mai, l'Académie après avoir examiné le livre de La Dejjfence de la Langue Françoise, par Charpentier, et rappelé que la statue de Louis XIII sur la place royalle à Paris portait une inscription française (i) se demandait s'il ne serait pas à propos de

(i) « Un autre de nos illustres m'a dict que si nos consuls le vouloient croire, ils songeraient à parer cette belle antique de quelques ornements à la mode, selon le goust et le génie de du siècle, et qu'après l'inscription de la dédicace qu'ils metront dans la face principalle, ils fairoient mettre dans les autres tout ce qu'ils trouveroient à propos, en beaux vers latins etmesmeen beaux vers françois, quelque chose pour faire honneur à nostre pays, à nostre siècle et à nostre langue ; c'est ainsi que le grand cardinal de Richelieu en a usé au pied destail de la statue du roy Louis treiziesme, dans la place royalle. Il me dict encore cent petites observations qui marquent plus de caprice, selon moi, que de bon goust et que je ne vous redist point de peur de vous ennuyer. >

Extrait d'une lettre « d'un confrère de l'Académie royalle présent à Paris, qui, ayant esté prié de tirer le sentiment des amis touchant le caractère des inscriptions, faisoit response. > Cette lettre « parust de bons sens et tout à faict instructive » à M. de Grille qui la lut à la séance du 5 février 1676, et l'inséra

faire graver sur le piédestal de l'obélisque un éloge de Louis XIV en français, comme par exemple le sonnet de Gilles Roubin, déjà inscrit au Registre (i). Tel était l'avis de M. de Grille, mais les abbés de Boche et de Sabatier rappelèrent qu'il était intempestif de

au Registre. Les inscriptions avaient été communiquées à ce confrère, aussi bien celles des académiciens que les autres. Il informait M. de Grille que ses deux inscriptions avaient été trouvées irréprochables.

(i) « M. GifFon faict voir un sonnet qu'il a receu de la part d'un confrère, c'est M. Roubin du Saint-Esprit.

Sur l'obélisque :

Grand roi dont les exploits sont fameux dans l'histoire, Qui joins le nom d'Auguste à celui de chrétien, Ton bras qui de la France est le ferme soutien Entasse tous les jours victoire sur victoire.

Ton règne est si chéri des filles de mémoire,' Qu'elles en font partout leur plus doux entretien ; Jamais destin ne fut plus heureux que le tien : Le temps qui détruit tout s'intéresse à ta gloire.

Ce pompeux monument de l'orgueil des Romains Qu'aujourd'hui la fortune a mis entre nos mains Est de ces vérités une preuve éclatante.

Il semble que les ans ne l'ont tant respecté Qu'afin de nous offrir une table d'attente Pour y graver ton nom à la postérité.

M. le directeur demende le sentiment à la compagnie^ on demeure d'accord du mérite de ce petit poème et que, s'il plaisoit à messieurs les consuls, il pourroit bien honorer une des faces du pied destail de la pyramide qu'on prétend bientôt d'élever. L'on admira non seulement la richesse des rithraes, le tour du vers, la douceur et la majesté de cette poésie, mais encore la modestie de l'autheur qui la soubmettoit avec tant d'honnesteté à la censure et au jugement de messieurs ses confrères. »

Registre de l'Académie, fol. 143. Février 1676.

« toucher à cette corde » attendu que le premier consul de Boche avait fait mettre, le 22 mars 1676, dans les Registres de la communauté, la délibération du conseil de la ville, touchant les inscriptions latines proposées pour l'obélisque (i). Cette remarque fut consignée dans le Registre. Mais peu après, on acquit la certitude que les inscriptions de l'arc de triomphe (2) que l'on élevait à Paris, près de la porte Saint-

(i) Registre de l'Académie, fol. 147, verso.

(2) Juin 1676, Registre de l'Académie, fol. 148, verso.

Cet arc de triomphe dont la première idée appartenait à Colbert, et dont Charles Perrault avait dressé les plans, devait s'élever sur le point culminant du faubourg Saint-Antoine, et rester comme le monument principal consacré à la gloire de Louis XIV. a La première pierre fut posée le 6 août 1 670, et quoique cet ouvrage ne fut encore qu'à la hauteur des piédestaux des colonnes, on pouvoit juger par la beauté du modèle de maçonnerie, qui a longtemps resté sur pied, que ce devait être un des plus riches morceaux d'architecture qu'il y eût en Europe. » Ainsi s'exprime Germain Brice dans sa Description de Paris, 1752, t. n. Ce projet grandiose ne fut pas réalisé, le monument que l'on commença avec des soins inouïs ne fut jamais achevé ; jamais les inscriptions n'y furent gravées et les dernières as'sises de la construction abandonnée furent enlevés en 1716. Il reste plusieurs estampes du monument, la meilleure est celle de Le Clerc, célèbre graveur du XVII' siècle, d'après laquelle est faite cette description de Germain Brice :

« C'étoit un grand édifice à deux faces, ouvert par trois arcs, entre lesquels étoient placés quatre corps d'architecture formés chacun de deux colonnes corinthiennes isolées, qui, toutes ensemble faisoient le nombre de huit à chaque face, sans compter deux autres colonnes sur les épaisseurs des extrémités. Les entablements en ressault sur les groupes de colonnes, étoient chargés de trophées d'armes, aux côtés desquels des captifs étoient attachés. Le dessus de tout l'ouvrage devoit être en plate forme»

Antoine devaient être en langue française, par ordre de Louis XIV, assurait-on. La discussion continua et rien ne fut décidé pour le moment.

Nous retrouvons ici la trace des longs démêlés qui passionnèrent les savants, au XVII* siècle.

En i663, Colbert avait pris dans l'Académie française quelques hommes pour former la petite Académie, l'Académie des médailles, dont l'unique fonction était de rédiger des inscriptions et des devises pour les arcs de triomphes, les pyramides, les médailles dont le XVII' siècle, appelé spirituellement par Villemain le siècle de l'admiration, était si prodigue en l'honneur de Louis XIV. Bour\eis, Chapelain, Cassagne, Perrault, Charpentier, furent les premiers membres de ce petit corps, qui devint plus tard l'Académie des Inscriptions et belles lettres. Colbert con-

au milieu de laquelle s'élevoit un grand amortissement en gorge, surmonté d'un piédestal où la statue du roi Louis XIV devoit être placée. Tous les divers ornements de cet édifice dévoient apprendre à la postérité les événements du règne passé, qui auroient été représentés dans des médaillons de figure ovale, placés sur les massifs entre les pilastres qui répondaient aux colonnesj

Cet arc de triomphe, s'il avoit été achevé et mis dans la perfection où il devoit être, auroit surpassé tous ceux qui se voient à Rome et en d'autres endroits, restés sur pié jusqu'à présent, dans lesquels on remarque encore l'arc et la magnificence des anciens, Celui-ci auroit fait voir plus de régularité et de grandeur, et la solidité auroit répondu à la beauté de tout le reste. »

Description de Paris, pav Germain Brice, in-12, Paris 1752,

t. II, p. 25o.

sulta les académiciens pour savoir si les inscriptions de l'arc de triomphe ne pourraient pas être rédigées en français. C'était aller contre l'usage admis jusqu'alors, mais la langue française semblait assez perfectionnée pour remplacer enfin le latin. La discussion sortit bien vite du petit cercle des académiens et dans tout le monde savant, on se demanda si on devait rédiger ces inscriptions en latin ou en français.

« C'est sur quoi les sentiments étaient partagés* L'avis de M. Colbert était qu'on les fît en français. Le plus grand nombre des membres de l'Académie opinait de même. . . D'un autre côté les défenseurs de la langue latine représentaient qu'il ne fallait pas troubler dans sa possession une langue qui avait immortalisé les Césars et les Augustes, La dispute s'écHauffa, M. Santeul et quelques autres poètes se livrèrent à tout leur zèle pour la langue de l'ancienne Rome (i). » Desmaret de Saint-Sorlin, l'abbé Bourzeis, le P. Lucas, l'abbé de Marolles, M. de la Chambre, l'avocat Belot et surtout Charpentier (2) prirent une large part à cette dispute, qui provoqua la fameuse querelle des anciens et des modernes.

Charpentier consulté par Colbert publia la « Dej^ence de la Langue Françoise pour l'inscription de l'arc de

(i) L'abbé Gouget, Bibliothèque Françoise, t. I, (2) L'abbé Gouget donne la liste des ouvrages enfantés par cette controverse, dans sa Bibliothèque Françoise, t. H.

triomphe. » Il dédia cet ouvrage au roi, en lui demandant sa protection, pour la langue française, qui devait, en cette occasion, entrer avec le roi « en possession de l'immortalité. » « Oui, Sire, un roy qui a bien voulu accorder sa protection au Parnasse François, ne peut pas la luy refuser en cette rencontre, car, que serviroitil de le déguiser ? L'Académie n'est plus rien si cette langue, qu'elle s'est efforcée, depuis 40 ans, de rendre agréable, riche, éloquente, est demeurée si imparfaite que de ne pouvoir pas fournir avec dignité, cinq ou six lignes pour consacrer à vostre valeur le trophée

immortel qu'on lui prépare 11 ne s'agit point de

condamner la langue latine comme on se le pourroit imaginer. 11 s'agit seulement d'examiner si la langue française est 'aujourd'huy si défectueuse qu'on ne doive pas lui confier l'inscription de ce monument. »

Dans sa préface, Charpentier proteste de nouveau qu'il n'entend pas « donner atteinte à l'authorité delà langue latine », mais seulement établir que la langue française est capable de fournir une inscription, et qu'il ne faut pas voir dans son ouvrage une invective contre la langue des Romains, ce qui est loin de sa pensée. Puis il exprime l'espoir qu'il sera soutenu par ceux à qui l'amour des latin ne fait pas oublier qu'ils sont Français.

Après que son collègue à l'Académie des Inscriptions, l'abbé Bour^eis, eut attaqué ses conclusions, il

refondit son plaidoyer, le développa et fut amené à faire ressortir les avantages que le français, selon lui, a sur le latin. Ce plaidoyer est écrit avec chaleur, les preuves sont bien présentées, la discussion est courtoise et vraiment c'est un ouvrage de valeur.

La première édition sortit des presses, le 2 mars 1 676. Charpentier se hâta de l'envoyer aux académiciens d'Arles, pour lesquels il professait une grande estime et dans l'espoir, sans doute, de les gagner à sa cause. Il savait qu'ils travaillaient alors à la rédaction des inscriptions pour l'obélisque, et que, si les premiers projets adoptés par eux étaient en latin, au mois de février 1676, ils avaient proposé d'inscrire sur le piédestal du monument un sonnet français de Roubin (i). Il y avait donc lieu de croire qu'ils ne se rangeraient pas du côté des Latinistes, et c'est ce qui arriva. L'Académie d'Arles suivit l'opinion de l'Académie française et se prononça en faveur de la langue nationale(2). Charpentier se félicita de cette adhésion et lorsque, en i683, il fit imprimer son ouvrage sur l'Excellence de la langue française, il en fit tenir des exemplaires à l'Académie d'Arles et à celle de Nîmes, par l'entremise de M. de Faure Fondamente. Les deux exem-

(i) Registre de l'Académie, fol. 143. V. plus haut p. 3i i.

(2) Elle aimait beaucoup le « cher M. Charpentier, lequel s'est hautement déclaré pour les intérêts de l'Académie royalle. » Registre de l'Académie, fol. i2y, verso, mai lôyS.

plaires destinés à l'Académie d'Arles lui furent remis en novembre i683, et sans tarder les académiciens remercièrent M. Charpentier, par une lettre que l'abbé de £eaM;eM se chargea de lui porter, en rentrante Paris (i).

M. Charpentier avait envoyé en même temps une copie du compliment qu'il avait fait, au nom de l'Académie française, au roi et à toute la famille royale sur la mort de la reine.

La lettre à l'Académie est datée du 21 septembre, mais de Faure Fondamente rentré à Nîmes le 5 octobre i683, ne la fit parvenir qu'un mois après (2). Nous la citons d'après le Registre.

(1) « On reçoit lettre de Nîmes et deux exemplaires du livre qu'a fait en dernier lieu M. Charpentier de l'Excellence de la langue Françoise. Ledit M, Charpentier escript une lettre obligeante à messieurs deTAcadémie royalle et à M. le secrétaire en son particullier, le priant de présenter de sa part son livre à ses chers confrères auxquels il demende leur sincère et légitime sentiment sur son ouvrage. Messieurs les académiciens prient M. le secrétaire de respondre à tant d'honnestetés et de vouloir insérer la lettre et la response dans le Registre, afin qu'il conste à perpétuité de l'honneur qu'a faict un si digne confrère à messieurs les académiciens et de la reconnessance de ceux-ci. L'abbé de Bêaujeu, confrère royal, nouvellement receu, partant pour Paris, s'est chargé de laditte response et des autres lettres qu'escript M. le secrétaire au protecteur, amis et confrères externes avec lesquels il faut entretenir le commerce. » Registre de l'Académie, fol. 228' verso. La réponse du secrétaire ne s'y trouve pas.

(2) Charpentier écrivait une lettre à peu' près identique à ces messieurs de Nîmes, en leur adressant son traité et une copie du compliment au roi. « Du mercredi, 6 octobre i683, M. de Faure étant de retour de son voyage de Paris depuis hier au soir seulement, a témoigné à la compagnie la satisfaction qu'il a de

Messieurs,

(i. J'ai prié monsieur vostre illustre secrétaire et M. de Gifîon de vous présenter de ma part un exemplaire du livre, que j'ai nouvellement faict imprimer, touschant Y Excellence de la langue francoise. Ce titre, messieurs, vous doibt agréablement disposer à le recevoir, car je ne vois pas de quelle utilité peuvent estre les académies françoises, si elles ne travaillent à l'avancement de nostre langue et si elles ne favorisent les efforts de ceux que tachent d'en découvrir les beautés. Vous m'avez desjea secouru dans une pareille entreprise, et l'excellante response que vous fistes à monsieur le premier président de Provence, qui vous avoit demendé vostre sentiment sur le livre du P. Lucas, jésuite, m'a faict croire que je ne

se trouver pour la première fois à ses assemblées, et lui a rendu . deux lettres de M. Charpentier de l'Académie françoise: par l'une desquelles il assure la compagnie des sentiments avantageux qu'il a pour elle, et la prie d'avoir pour agréable un exemplaire du livre qu'il a fait imprimer depuis peu sur l'Excellence de la langue françoise, pour répondre au livre que le P. Lucas, jésuite, a fait imprimer contre lui, touchant l'inscription de l'arc de triomphe. Il proteste aussi à la compagnie qu'il voudroit l'avoir fait assez bien pour mériter son approbation, puisqu'il lui sera toujours très glorieux d'avoir fait quelque chose qui obtienne les suffrages d'une compagnie choisie, qui fait honneur à nostre siècle et qui devient'un des ornements de la France... Sur quoi la compagnie a délibéré d'écrire à M. le Charpentier pour le remercier le plus honnestement qu'il se pourra... »

Registre de l'Académie de Nîmes, cité par Ménard, Histoire de Nîmes, t. VI, preuves, p. \i5.

debvois pas me retirer du combat, après que vous y estiez entrés si généreusement pour moy. Cependant je ne vous regarde plus comme mes défenseurs, je vous considère désormais comme mes juges. Car je me fairai un plaisir singulier d'apprendre ce que vous aurez pensé de la manière dont j'ai traitté mon subjet. Je vous prie donc très sincèrement, messieurs, de ne pas me reffuser vos advis, puisque c'est pour un intérest commun, et qu'il n'y a personne au monde qui soit avec plus de respect, ni avec plus de zelle que moi, messieurs, vostre très humble et très obéissant serviteur et

confrère.

Charpentier (i). »

Mais revenons à l'année 1676 : l'Académie d'Arles témoigna sa reconnaissance à Charpentier en étudiant sérieusement son ouvrage (2), dont elle admit les conclusions. Nous aurons à en parler plus tard.

(i) Registre de l'Académie, fol. 229.

(2) Du huitiesme may 1676. L'assemblée se faict chez M. d'Abeilles, directeur de moys, ces messieurs s'entretiennent aggréablement sur les pensées de M. Charpentier, ils ne peuvent s'ennuyer dans une lecture si utile et qui semble proprement devoir occuper toutes les académies, M. le secrétaire a dict que si l'estime de ce petit ouvrage avoyt conveincu la cour et les ministres, nous verrions bientôt la superbe machine qui faira l'arc de triomphe de Sa Majesté inscripte en son piédestal des éloges en langue françoise, et en vers et en prose, que pour l'un et pour l'autre il y avoit déjà de grands préjugés, que la statue à chevai du roy Louis XIII, dans la place royalle, avait en sa baze un sonnet François et un éloge de ce prince en racsme langage de prose,

La Dejffence de la langue francoise était accompagnée d'une Elégie de Santeuil, en vers latins, où les mêmes idées étaient soutenues (i).

M. de Grille la traduisit en vers français, que l'on résolut d'envoyer à M. Charpentier « pour marquer ' plus d'estime d'une pièce qui entroit si juste dans les sentiments de son livre et pour lui faire connestre le soing et l'attaschement qu'on avoit pour ses ouvrages, puisque les particulliers du corps en traduisoient les louanges latines, ce qui ne se fait guère sans beaucoup de réflexion, d'observation et de complaisance. »

Les vers du chanoine de Saint-Victor en faveur de Charpentier nous étonneraient, si nous ne savions que Santeuîl était l'homme changeant par excellence et que ses palinodies sont très nombreuses (2).

que si l'Académie le trouvoit à propos on pourroit en user de mesme pour l'obélisque. » Registre, fol. 147, verso.

Juin 1G76. « M. N. a mis de nouveau sur le tapis la question des inscriptions, on est demeuré d'accord que les plus naturelles et les plus intelligibles seront toujours les meilleures, d'autant mieux que les lettres de Paris portent que le roy veut et entend que toutes les inscriptions de l'arc de triomphe qu'on élève à la porte Saint-Anthoine soient en langue Françoise. Ce suffrage royal décide la chose. » Registre, fol. 148, verso.

(i) Dix avril 1676. « M. d'Estoublon monstre encore une élégie latine de la manière d'un ami de M. Charpentier, par laquelle ce livre intitulé: Deffence de la langue française, est extrêmement loué. On admire la douceur et la force desdicts vers et l'on résout de les garder dans les Archives, avec les pièces académiques. » Registre, fol. 146. Et en marge : par M. de Saintœuil, Santolius, Victorinus.

(2) Voir Rigaut, Histoire de la Querelle des anciens et modernes, p. 108, Gouget, Bibliothèque française, t. I.

Ses relations amicales avec Charpentier expliquent comment le poète latin le plus remarquable du XVII® siècle put chanter un ouvrage tout à l'honneur de la langue française.

M. de Grille apporta à la défense de l'idée nouvelle l'ardeur qu'il mettait à toute chose. C'était presque une conversion, car il était excellent latiniste et nous ne devons pas oublier qu'il était l'auteur des inscriptions latines en l'honneur du roi, adoptées par l'Académie, et que tout récemment encore il venait d'en composer une, à la demande des consuls (i).

Au milieu de ces discussions interminables, arriva une lettre du protecteur « toute pleine d'amour et d'estime pour l'Académie » par laquelle il témoignait

(i) Séance du 6 mars 1676. « M. le sachrestein abbé de Boche dict que messieurs les consuls gouverneurs de la ville et pères de la patrie désireroient avant la fin de leur consulat de mètre un éloge de la ville d'Arles, dans la maison commune qu'ils ont faict bastir, ou au pied destail de la piramide, affin d'immortaliser leur amour pour la patrie, aussi bien que la gloire de cette Romme françoise. M. le secrétaire monstre celui qui est ici enregistré, disant qu'il estoit ce lui semble dans le sens de messieurs les consuls. » Registre de l'Académie, fol. 144.

Il commence par ces mots : Exultet gallula Roma.

L'Académie le trouva fort bon, mais fut d'avis qu'il ne devait point « occuper la place d'une inscription dans l'une des faces de la piramide, en son pied destail, comme on l'avoit proposé. » Néanmoins une note du Registre nous apprend que les consuls furent d'un avis différent et le firent même « ébaucher sur le pied destail qui est desja posé en mars 1676. »

que l'inscription latine lui plaisait fort, et que M. Rose, secrétaire du cabinet, devait la montrer au roi (i).

(i) ^ A Paris, le 24 avril 1676,

Monsieur,

Ce n'est pas d'aujourd'huy que j'ay dict avec beaucoup de raison, que messieurs de l'Académie royalle d'Arles meintenoient la gloire des armes du roy par leurs espées, et l'eslevoient par leurs plumes, il fault adjouter meintenant que le ciel secondant leur zelle pour nostre victorieux monarque, faict parler tout ce qui est sur la terre, et mesmes ce qui est au dessoubs pour célébrer ses louages, s'il se trouve dans le royaume une pièce rare et extraordinaire, s'il naist une huictiesme merveille en France, si quelque pyramide peut effacer le lustre de celles d'Œgypte, qu'on a tant ventées, c'est au royaume d'Arles qu'elle se rencontre, on la lève avec autant de soing que de despense ; rien ne couste, pourveu qu'il face mention de S. M. et vous, messieurs, vous adjoutez à ce miracle de la nature," un autre miracle d'éloquence. Vous faites si bien parlerles pierres, qu'on vous reconnoyt facilement pour un grand maistre en l'art de bien dire. Il ne se peut exprimer combien d'approbation on a donné à vostre inscription, que j'ay faict voir à des gens très délicats, et entre autres a M. Rose, secrétaire du cabinet du roy, qui la doibt lire à Sa Majesté à la première alte. Il eust esté à désirer, monsieur, que pour donner à de si grandes choses l'approbation et l'applaudissement qu'elles méritent, on se fust moins pressé d'en parler, et que M. de Colber et moy eussions pris le soing d'exagérer au roy tant de merveilles, lorsqu'elles eussent esté plus achevées, mais je me console en ce que des tableaux parfaits l'esbauche mesme est toujours belle, et ce que j'aurois à souhaiter en cette occasion seroit seulement deux choses, l'une que le mesme génie qui a si bien commencé l'une des inscriptions, voulut bien achever les autres, et qu'estant confus et comblé de toutes les grâces et les bontés de messieurs d'Arles, dont nous parlons souvent avec M. le marquis de Chasteaurenard, je pusse estre employé pour leur service et vous tesmoigner avec combien de passion je suis toujours, monsieur, vostre très humble et très obéissant *erviteur, Le duc de Saint-Aignan.

A M. le marquis d'Estoublon, secrétaire. Registre fol. 149.

Mais il exprimait aussi le regret qu'on eût trop parlé de cette affaire, avant qu'elle tut terminée, et pressait les académiciens de rédiger au plus tôt les autres inscriptions, car il n'y en avait encore qu'une seule d'approuvée. Cette lettre était accompagnée d'un billet du marquis de Châteaurenard,qui engageait ses collègues à en faire part aux consuls.

L'Académie, après en avoir pris connaissance (i), résolut de déléguer deux ou trois de ses membres, pour la présenter aux consuls et s'informer de leurs sentiments, à cet égard.

Cette idée ne fut point mise à exécution et ce fut un tort, car les consuls eussent été flattés de cette démarche : on voulut attendre que l'estampe de l'obélisque fut gravée et que les consuls en eussent adressé quelques exemplaires à l'Académie. De là un nouveau retard. Le lo juin, M. N. proposa, puisque la gravure de l'estampe n'était pas encore achevée, de s'excuser auprès des ministres du roi de ce trop long délai (2)..

Le marquis de Châteaurenard écrivait, en effet, qu'il était de l'intérêt de l'Académie «de faire sa cour à mes-

(i) La lettre était adressée à M. de Grille qui fit quelques difficultés pour la communiquer à ses collègues : Giffon représenta qu'elle ne pouvait être personnelle puisqu'elle lui était adressée comme secrétaire de l'Académie, M. de Grille se rendit à cette bonne raison, il fit lui-même lecture de la lettre, le 28 juin, et elle fat consignée au Registre, comme très importante, fol. 149.

(2) Registre de l'Académie, fol. 149.

sieurs les ministres, surtout que M. de Colbert et M. le duc de Saint-Aignan, M. Rose et M. Charpentier ont des bonnes intentions pour les avantages de l'Académie royalle et pour la ville ; qu'ils ont desja parlé fort obligeamment de l'une et de l'autre, que tous les amis s'unissent pour obtenir du roy quelque récompense et, que, si l'on s'y prend comme il fault, la ville sera recouvrée des frais et despense qu'on a faicte pour l'élévation de la pyramide, et l'Académie qui a eu le bonheur de plaire par ses inscriptions, pourroit bien avoir le don des médailles, à l'instar de son illustre alliée, l'Académie françoise (i). »

Cet espoir était partagé par les amis de l'Académie à Paris, mais il était tout au moins prématuré.

On était alors à la fin de juin : la bonne volonté des consuls devenait très douteuse. Le 23 juin, un académicien exposa « qu'il y avoit quelque petite discution entre messieurs les consuls pour le faict des inscriptions, et que cela retardoit les résolutions de l'Académie (2). » Néanmoins, il fut convenu qu'on écrirait aux amis de Ja cour que, dès qu'on pourrait se procurer l'estampe de l'obélisque, on la leur enverrait^ et que « si messieurs les consuls ne vouloient plus employer les inscriptions de l'Académie, elle ne seroit pas coul-

(i) Registre de l'Académie , fol. i5o. Nous verrons ci-après ce qu'il advint de cette affaire des jetons de présence. (2) Registre de l'Académie, fol. r5o.

pable de ce petit attentat et manquement de parolle (i). »

Le bruit que les consuls ne voulaient plus des inscriptions précédemment acceptées prit de la consistance et l'Académie, au mois de juillet, résolut d'en informer le protecteur, afin de sauvegarder, s'il était possible, l'honneur du corps. Malheureusement, la protestation était assez platonique et tout ce qu'on pouvait tenter, pour faire revenir les consuls sur leur décision, était de leur rappeler l'engagement d'honneur qu'ils avaient pris, et d'écrire, pour se plaindre du procédé, à ceux qui pouvaient être de quelque secours (2). Les chances de réussite étaient faibles.

Les consuls, pour atténuer l'odieux de leur conduite, proposaient d'ajouter à l'inscription approuvée par l'Académie, une nouvelle qui ne lui serait pas soumise. L'Académie ne voulait point accepter ce compromis, et, puisque le français semblait prévaloir sur le latin, elle proposa « à messieurs les confrères et protecteurs de Paris de faire les inscriptions françoises, si c'est l'intention de Sa Majesté plutôt que de souffrir le mélange qu'on propose des inscriptions latines qu'on a faictes dans la ville avec celles de l'Académie qui ont desja esté receues et crayonnées sur le pied destail(3). »

(i) Registre de l'Académie, fol. i5i.

(2) Registre de l'Académie, fol. i5o, verso.

(3) 2 juillet 1676. M. le secrétaire reçoit un pacquet de Paris avec les lettres de M. Charpentier et deRoubin, par lesquelles on

Les consuls en furent sans doute informés et froissés : le 19 juillet, ils écrivirent à Pellisson, de l'Académie française, en lui demandant des inscriptions pour les quatre faces de l'obélisque (i). C'était rompre en visière avec l'Académie d'Arles.

Le lendemain, il fut représenté au sein de cette Académie « que ce moyen d'accord estoit déshonorant pour ceux qui avoient desja faict les premières inscriptions, déshonorant pour l'Académie en particulier et pour le corps de ville, qu'on pourra dire à la cour et partout le royaume que cette célèbre ville d'Arles, qui faict tant de bruit, tantost sous le nom de chef de province, de Royaume, de seconde Rome, nourrice de tant de beaux esprits, de tant de noblesse et de tant de braves n'a pas un génie dans tout son terroir capable de fournir six lignes en latin, ou en français pour une des faces de l'obélisque (2). » Il fallait agir vigoureu-

donnc advis à l'Académie des intentions de S. M. touschant les inscriptions et qu'il est certain que toutes celles de l'arc de triomphe seront en langue Françoise. » Registre, fol. i5o, verso.

(i) 20 juillet, M. N. a dict qu'on ne sauroit ignorer l'indignité qu'on a faicte despuis 24 heures à l'Académie, et qu'il est tout à fait expédiant d'en donner advis à M. le duc protecteur, on assure que pour ad juster messieurs les consuls sur le faict des inscriptions, on avoit résolu qu'on escriroit à M. Pellisson de la part desdicts consuls et qu'on le prieroit de travailler luy-mcsme pour les quatre faces de l'obélisque. » Registre, fol. i5r.

Paul Pellison-Fontanier, né ù Béziers, en 1624, mourut en 1693. On lui doit l'Histoire de l'Académie française jusqu'en i653. Voir les divers dictionnaires biographiques.

(2) Registre de l'Académie, fol. i5i.

— 3:?7 — sèment afin d'obtenir du roi et des ministres les ordres nécessaires « pour réprimer l'attentat des envieux. » M. de Grille promit de se conformer à cette décision, tout en exprimant l'espoir que Pellisson « auroit soin de l'honneur et de l'intérêt de l'Académie royalle en cette rencontre. » Pellisson répondit, en effet, aux consuls « qu'il y avoit lieu de s'estonner qu'ayant une compagnie de gens d'esprit establie dans cette ville par lettres patantes de S. M., on fust en peine de faire faire des inscriptions (i), » et il se réserva d'en parler au roi, pour agir ensuite conformément à ses ordres.

Par suite d'un concours fâcheux de circonstances, l'Académie, au mois d'août 1676, n'avait plus d'agent ni de correspondant à la cour, ce qui laissait le champ libre à ses ennemis (2).

(i) Registre de l'Académie, fol. i5i, verso. Le Ms 1060 prétend que Pellisson écrivit en même temps à l'Académie.

(2) « M. le secrétaire a dict que si M. de Saint-Aignan estoit à la cour, on ne seroit pas en pêne de protecteur, qu'il ne désespéroit pas pourtant de la fortune académique. »...

« M. Giffon a dict que M. le marquis de Chasteaurenard luy avoit escrit du camp devant Haire, et que le sieur Roubin estoit parti de Paris de manière que les ennemis s'estoient imaginés avec grande joye que l'Académie royalle n'auroit plus d'agent ni de correspondance à la cour. »

a M. N. a dict que ce ne seroit pas sans pêne qu'on se defferoit de l'envie, en cette conjoncture, que les anciens amis de l'Académiese destachoient despuis peu, pour quelque vil interest, et que les déserteurs faisoient à peu près autant de mal à cet illustre corps que les renégats en faisoient aux chrétiens. » Mémoire d'aoust 1676. Registre de l'Académie, fol. i5i, verso.

Pellisson avait soumis la demande des consuls d'Arles à M. de Pomponne, en le priant d'entretenir le roi « de l'obélisque et de Testât des inscriptions. »

L'Académie comptait sur l'appui de Colbert, dont la sœur avait épousé le fils du duc de Saint- Aignan.

M. de Grille qui était disposé à user de « tout le zèle et toute l'adresse nécessaire pour faire les honneurs du corps, quoi qu'il lui en deubt couster, » fit dresser le plan de l'obélisque, pour l'envoyer au grand ministre (i). Il paraît que ce dessin fut très mal interprété par les ennemis de l'Académie. Il y a, au fonds Bonnemant, volume Antiquités, toute une série de lettres échangées entre Claude Terrin et un avocat au Parlement de

(i) « M. le secrétaire a dict que sur la bonne foi des intentions de l'assemblée qu'il avoit receues despuis longtemps, il avoit faict faire un plan de l'obélisque avec ses mesures etdimentions, par le meilleur architecte de la province ; que ce plan avoit esté dressé sur une toile avec l'échelle mathématique au pied, avec les couleurs observées de la pierre granité orientale, avec les esmaux du soleil de la boule, ou globe, des fleurs de lis qui sommoient l'obélisque, le tout représenté au naturel, les lions qui le soustenoient, le pied destail, la place du marché et tout le reste, qu'il avoit envoyé aux amis de Paris laditte figure, pour l'offrir en présent à M. de Colbert de la part de l'Académie royalle d'Arles, parce que ce ministre se trouve dans l'alliance de M. le protecteur duc de Saint-Aignan lequel ne menquera point d'en savoir bon gré à la compagnie, et M. de Colbert encore, qui est scavant et très affectionné à ces sortes de ces sortes de curiosités, qu'au reste il n'en peust jamais arriver que de l'honneur à l'Académie, puisqu'elle sera la première en date qui faira voir au roy ce que la ville d'Arles a faict pour sa gloire, d'où l'on debvoit attandre infailliblement de grands avantages. » Registre de l'Académie, fol. i52.

Piiris du nom de Brunct (i). Terrin parle de la gravure de l'obélisque et se plaint qu'on la confie à un artiste médiocre, puis il accuse l'Académie de vouloir accaparer pour elle seule le mérite de l'érection de ce monument et il lui reproche l'envoi du dessin à M. de Colbert , comme un empiétement sur le droit des consuls. Le ton de ces reproches est, en général, très violent, preuve évidente que la passion avait envenimé singulièrement la dispute, et que les rivalités de personne y jouaient un rôle déplorable.

La démarche proposée par M. de Grille était toute naturelle, et l'hostilité des consuls ne lui ôtait rien de son opportunité, bien au contraire.

Au mois d'octobre, Charpentier annonça au secrétaire « le favorable accueil que M. de Colbert, secrétaire d'Estat et intendant des finances, avoit faict au présant de l'Académie royalle, que le ministre malade et accablé d'affaires n'avoit pas laissé d'estudier (s'il fault ainsy dire) et d'examiner sérieusement la figure envoyée, d'en avoir pris les dimensions avec le compas luy-mesme, d'avoir demendé avec curiosité, à M. Charpentier la nature de la pierre, dont on ne lui disoit

(i) Ce Brunet était sans doute arlésien. La famille bourgeoise de ce nom a fourni des notaires, des médecins et des avocats. L'un d'eux a laissé une Histoire d'Arles, conservée au fonds Nicolai, 140, Archives des Bouches-du-Rhône, et il était notaire à Arles, à l'époque dont nous nous occupons.

rien, savoir si c'estoit marbre, porphire, granité, etc., et quels mémoires il peut y avoir, de quelle part de la terre on a transporté laditte pierre (i). »

Après avoir entendu la lecture de cette lettre, les académiciens discutèrent sur l'origine de l'obélisque. M. de Sabatier dit tout d'abord que les registres de la ville ne contenaient aucun renseignement à cet égard, mais qu'il était probable qu'un bloc aussi pesant ne venait pas de loin.

Un académicien prit alors la parole et exposa l'avis de M. Pejrtrety « expert et intelligent en ces sortes de choses. » D'après lui, l'obélisque avait été tiré des carrières de granit de Provence et il offrait même d'indiquer l'endroit où l'obélisque a été taillé, au dessous de la Sainte-Baume « où il montrera le lict et la minière et les proportions de cette piramide et la mesme matière granité dans le mesme lieu (2). » L'Académie

(i) Registre de l'Académie, fol. 1 52, verso. — Le silence de M. Charpentier et des autres amis de Paris mécontentait les académiciens, ainsi qu'il ressort du compte rendu des séances de septembre 1676. « On demande la raison de ce scilance et chascun a dict une opinion. » Reg., fol. i52.

(2) Registre de l'Académie, fol. i52, verso.

Sur l'origine de l'obélisque d'Arles, qui est une imitation romaine des obélisques d'Egypte, oii peut consulter le P. Bouguerel, Hommes illustres de Provence, p. 3i5, les Remarques Historiques du P. Fabre, p. 96, qui le prétend apporté d'Egypte ; La Revue Britannique fjuin i836) qui est du même avis ; Les Monuments d'Arles par H. Clair, p. 49 et 56, qui le croit tiré des carrières de l'Estérel, ainsi que M. Estrangin,àan?, ses Etudes Archéologiques sur Arles, p. 240. La Lati:jière, p. 489, dit que

accepta cette opinion comme vraisemblable, en constatant que ni l'histoire de la Provence, ni l'histoire d'Arles, ne parlaient de l'obélisque, et M. de Grille fut prié d'envoyer à MM. Colbert et Charpentier le résumé de cette discussion.

Cependant le marquis de Châteaurenard était revenu à Paris et, presque en même temps (novembre 1676) le duc de Saint-Aignan s'y trouva. Le marquis de Châteaurenard, « très zellé confrère » parla sans retard au protecteur de la proposition faite à Pellisson, Puis, de concert avec lui, avec M. de Roubin,qui était alors à Paris, avec M. Antoine de Grille, maître d'hôtel de la maison du roi, et neveu par sa femme de François F^M^fer, premier médecin de Louis XIV, il vit M. Pellisson pour lui demander raison de sa conduite.

Les inscriptions qu'il avait composées étaient déjà connues à Arles, mais, comme il n'y avait point d'ordre du roi pour les graver sur l'obélisque, on pouvait « faire réparer la chose. » Pellisson donna pour excuse que l'Académie ne lui avait pas écrit au sujet des inscriptions, et qu'il avait cru, par conséquent, pouvoir se rendre au vœu des consuls. L'excuse était faible, et M. de Grille avait raison de penser que l'Académie

l'obélisque est en granit oriental, c'est aussi l'opinion deMoréri, article sur Arles. Cette énumération est forcément incomplète.

On pense généralement aujourd'hui que l'obélisque fut taillé dans les carrières de l'Estérel, et l'opinion qu'il serait d'origine égyptienne est totalement abandonnée.

ne devait pas prendre cette précaution « qu'il eust semblé qu'elle eust doubté de son droit, qu'elle se fust méfiée de l'honnesteté de M. Pellisson en craignant quelque chose de sa part (i). »

Il proposa de lui écrire, pour le remercier de ses offres, mais M. de Sabatier objecta « qu'il n'estoit plus libre à la compagnie de recevoir les offres de personne puisque les consuls s'estant addressés audict M, Pellisson et luy ayant demendé les inscriptions, ils les avoient reçues, que ce seroit se moquer. (2) »

Il était trop tard, semblait-il, les inscriptions de Pellisson étaient acceptées, mais le duc de Saint-Aignan se plaignit au roi et Louis XIV voulut savoir « le fonds de cette affaire. » C'est ce qui ressort des lettres du marquis de Châteaurenard et de Roubin, adressées à M. de Grille, au mois de décembre 1676 :

« Ces deux confrères le prient d'advertir la compagnie du desplaisir que tesmoigne M. le duc de Saint- Aignan, au faict des inscriptions, qu'il en a parlé au roy et que S. M. a voulu sçavoir le fonds de cette affaire, que M. Pellisson ne se justifie pas simplement de ce qu'il a faict les inscriptions, mais qu'il se pleint encore pour l'intérest de l'Académie royalle, de ce qu'elle ne lui a point faict l'honneur de lui escrire,

(i) Registre de l'Acade'mie, fol. 1 53. V. Mémoires de décembre 1676, analyse d'une lettre du marquis de Châteaurenard. (2) Registre de l'Académie, fol. i5j.

que si, dans la naissance de ce desmélé, il en eust esté adverti, il est sans doubte qu'il eust prefféré l'intérest de l'Académie royalle à celui des envieux de ce corps illustre, mais que pour réparer ce malentendu et pour un moyen d'accord, il semble qu'on pourroit mettre la première inscription de l'Académie, la deuxiesme des consuls et les deux dernières de la manière dudict sieur Pellisson. Toute la compagnie d'une commune voix se récrie contre cette proposition, on examine les avantages que pourroit recevoir l'Académie d'un pareil expédiant, et l'on opine qu'il vault beaucoup mieux en demeurer aux termes où l'on se trouve que de faire une si honteuse composition (i). »

Ce fut l'avis général, et le compromis proposé n'était pas réalisable, puisque les nouvelles inscriptions avaient reçu l'approbation du roi. D'ailleurs, les académiciens étaient trop irrités contre les consuls qui avaient manqué aux engagements de leurs devanciers et fait effacer les inscriptions déjà crayonnées, pour consentir à ces concessions. Il fut dont décidé qu'on laisserait les choses en l'état, et qu'on écrirait, en ce sens, au duc de Saint-Aignan. Quant à M. Pellisson, l'Académie lui fit une réponse dans laquelle, à travers les formules très polies, on devine tout son mécontentement. Elle fut rédigée par M. de

(i) Registre de l'Académie, fol. i53, versQ,

Grille, qui informa également de la décision prise « les amis de l'Académie et les confrères de Paris. »

La lettre adressée à M. Pellisson fut approuvée le 2 janvier 1677 et insérée au Registre (i), à cause de son importance « pour l'honneur du corps. » Elle est datée du 25 décembre 1676, bien qu'elle n'ait été envoyée qu'en janvier 1677.

Monsieur,

« Si nous n'avions eu beaucoup de respect pour vostre personne et une confience très particulière en vos jugements, nous aurions gaigné les devants à nos envieux, vous auriez été informé par nous-mêmes du subjet de nos contentions et peut estre vous seriez vous laissé prévenir en faveur de l'Académie royalle d'Arles. Il est vraisemblable, monsieur, que nos meschants politiques ne l'auroient pas emporté sur une compagnie de gentilshommes, establie par lettres patantes de S. M., et qui a l'honneur de vostre alliance puisqu'elle vous reconnaît pour un des plus illustres membres de l'Académie françoise, mais qu'aurions nous jamais faict de si glorieux que ce que l'envie elle mesme vient de faire ? Elle a voulu tout perdre pour conserver ses inscriptions, cependant elle entre dans nos sentiments sans y penser ; elle n'a rien gaigné que pour

(i) Registre de l'Académie, fol. 154, verso,

nous et nous n'aurions rien pu faire que ce qu'elle a faict pour l'honneur de nostre patrie et pour laisser une belle idée de la grandeur du roy à la postérité. Oui, monsieur, nous nous fussions adressés à M. Pellisson, vous eussiez esté nostre oracle en cette occasion et nous eussions faict par choix et par raison ce qu'elle n'a faict qu'étourdiment et par désespoir. Quoi qu'il en soit, nous vous remercions très humblement des inscriptions qui vous avez envoyées à nos consuls, nous n'en voulons point d'autre et il sera toujours vray de dire que l'Académie les a faictes, vous représentez assez bien l'Académie, l'intérest de sa gloyre et de sa réputation qu'elle vous a commis depuis longtemps, les ouvrages admirables qui sont partis de vos meins, le portraict de S. M. que sans avez faict adorer à toute la terre, tout cela nous sert de préjugé et de satisfaction. M. le duc de Saint- Aignan, protecteur de l'Académie royalle d'Arles, et nos amis de la cour vous diront plus au long nos petites affaires, si cela ne vous ennuie point. Nous n'avons rien aujourd'hui de plus important à vous dire, si ce n'est que nous sommes avec passion, monsieur, vos très humbles et très obéissans serviteurs,

Les académiciens de l'Académie royalle d'Arles.

EsTOUBLON, secrétaire. »

Pellisson , historiographe du roi, accompagnait

Louis XIV dans la campagne de Flandre et ce fut là que M. de Châteaurenard lui remit la lettre de l'Académie (i).

Il y répondit assez tardivement, par une lettre datée du 20 mai 1677, « au camp de Thulein, près Saint- Gaidain. » Le Registre de l'Académie la cite et la fait précéder de ces lignes : « Monsieur le secrétaire monstre une lettre de M. Pellisson qui lui estaddressée, pour rendre à l'Académie ; elle est du 20 mai 1677, par laquelle ce fameux accadémicien se justifie de ce qu'on pourroit luy imputer, contre les considéracions

(i) Le 18 mars 1677, ^' '^^ Châteaurenard écrivit à ses confrères, une longue lettre datée du Camp de Valenciennes. « Il rend compte de ce siège à messieurs les académiciens, de la bravoure des mousquetaires qui sont entrés en héros de romant dans cette place ; des seings infatigables du roy qui est partout et de l'estonnement des ennemis, mais enfin il prie M. le secrétaire de faire lire en particulier à tous ces messieurs les compliments de M, Pellisson et les honnestetés qu'il observe à l'esgard de l'Académie royalle. Il le fust voir dans sa tente, n'ayant pu le voir à Saint-Germein, et lui rendit la lettre de l'Académie touschant l'affaire des inscriptions, qu'il s'excusa comme il avoitdesja faict sur ce que personne ne lui avoit parlé de l'intérest que l'Académie pouvoit avoir en cette affaire, qu'au reste dès que M. le duc de Saint-Aignan s'en estoit expliqué avec luy, il eustbien voulu ne s'estre jamais meslé de la chose, et qu'il s'en estoit mesrae excusé à S. M. à laquelle il avoit dict en lui monstrant trois inscriptions qu'il avoit faictes : Sire, j'ai admiré celle de l'Académie d'Arles, et j'en ai pris la plus part des pensées que j'ai employées dans les trois que j'ai faictes. » Qu'après tout cela il avoit assuré M. le marquis de Chasteaurenard qu'il rendroit toujours ses services à messieurs de l'Académie comme il prétendoit le leur tesmoigner par sa réponse dont ledit marquis s'est chargé. »

Registre de l'Académie, fol, i56, verso.

qu'il fault avoyr pour une compagnie de gentilshommes establie par lettres pattantes de S. M, en titre d'Académie ; ses honnestetés vont plus loing que les compliments ordinaires, il leur demende pardon d'avoir travaillé après eux aux inscriptions pour le pied destail de l'obélisque (i). »

Il est probable, en effet, que Pellisson « eust bien voulu ne s'estre jamais meslé de la chose », comme il l'assurait au duc de Saint-Aignan, mais il était trop tard. Voici du reste sa lettre :

Messieurs,

« 11 m'a esté plus difficile de vous respondre qu'il ne l'a esté au roy de prendre Valenciennes, Cambray et Saint-Omer et de gaigner une grande bataille ; ce fut au siège de la première de ces trois places que M . le marquis de Chasteaurenard me rendit la lettre dont vous m'avez honnoré, mais le froid, les bourbiers et le tumulte 011 nous vivions ne me sembloient pas se pouvoir accorder avec que le beau feu, l'élégance et la liberté d'esprit qu'il faudroit pour vous escrire. Je m'apperçois à la fin qu'en attendant tout ce qu'il faudroit, vous pourriez bien n'avoir jamais de mes nouvelles et me croire fort insensible à vos bontés. Il vault mieux vous remercier comme je le puis, c'est à dire comme je le fais icy, fort simplement et de tout mon

(i) Séances de juin ih-jj, Registre, fol. iSq, verso.

cœur, de la considération qu'il vous a pieu avoir pour moi et vous assurer en mesme temps que je n'ai jamais pu, ni ne puis jamais en menquer pour des personnes de vostre qualité et de vostre mérite. Quand il m'a esté commandé de travailler aux inscriptions pour l'obélisque, je n'ai point sceu qu'il y en eust une de vous. Je puis, messieurs, faire voir à qui il vous plaira à Paris l'original de ce qui m'a esté envoyé, oîi la clause prœbente vocem Academia Arelat. ne se trouvera paS; M. le duc de Saint- Aignan m'a faict l'honneur de m'en parler despuis, mais ce que j'avois à faire estoit faict et envoyé longtemps auparavant Sans vous connestre pourtant, messieurs, je vous ai rendu justice, car j'ai conseillé qu'on se servit de vostre pensée sur le soleil et je n ai faict qu'y joindre d'autres pensées au mesme sens qui n estoient point de moi. Si j'eusse esté mieux informé, ce petit traict de vostre mein auroit esté comme cette ligne unique qu'Appelle tira chez Prctogène, que les siècles suivans regardèrent avec respect et à laquelle personne n'osa jamais rien adjouter : ma faute n'est pas volontaire, je ne laisse pas de vous en demander pardon, et suis avec toute sorte d'estime et de passion,

Vostre très humble et très obéissant serviteur, Pellisson Fontannier (i). y>

(i) Registre de l'Académie, fol. lôg, verso. Ces explications de Pellisson sont très embrouillées. (Voir Ms 1060, p. 92). Il crai-

Cette lettre fut examinée en détail, mais elle ne satisfit point les académiciens , trop gens d'esprit cependant pour s'en plaindre ouvertement.

« On s'entretint durant un temps des pansées de cette lettre, du stille et de l'honneur qu'on faisoit à l'Académie ; on se reffleschit entre autres choses sur ce mot fai conseillé, qu'on se servit de vostre pensée (sur le soleil) et je n'ay faict qu'y joindre d'autres pensées au mesme sens , qui n estaient point de moy, etc. » Cela est assez remarquable ou surprenant que les consuls aient mendié la plume de M. Pellisson et qui la leur ayt reffusée. J'ay conseillé, dict-il, c'est à dire à ceux que j'avois subdélégués pour satisfaire vos consuls (i). » La remarque est mordante, sinon juste, mais l'Académie était vaincue.

Les inscriptions de Pellisson arrivèrent à Arles, au mois de mars (2), et les consuls firent toute la diligence

gnaitde mécontenter le duc de Saint-Aighan, dont l'amitié ne lui avait jamais fait défaut. Ne pourrions-nous pas conclure de sa lettre qu'il travailla aux inscriptions de concert avec ses collègues de la Petite Académie dont là fonction était de composer des inscriptions et des devises en l'honneur de Louis XIV ?

(i) Registre de l'Académie, fol. 160.

(2) (' On parle des inscriptions de M. Pellisson qui sont arrivées et que messieurs les consuls prétendent faire graver avant que de sortir de charge, on demeure d'accord de la justice de cette prétention et que la ville d'Arles se chargeroit du'ne affaire, si ses consuls ou quelque particullier reffusoit des inscriptions à l'honneur de S. M., après les avoir demendées et avoir mis en ;eu un secrétaire d'Estat. » Registre de l'Académie, fol. 1 55, verso.

possible pour les faire graver, avant de sortir de charge. Mais ils n'y parvinrent pas et cet honneur était réservé à leurs successeurs, MM. Pierre de Chdteauneuf de Mollégès, Honoré Gros de Boussicaud, Jacques Borel et Jean Alivon.

La ville d'Arles put se flatter d'avoir célébré dignement la gloire de Louis XIV, mais la dépense fut considérable (i) et l'Académie ne pardonna pas aux

Il s'agit de M. de Pomponne qui fut favorable à la demande des

consuls, encouragea Pellisson à rédiger les inscriptions demandées et les fit approuver par le roi.

(i) Dépense pour le transport et élévation de l'obélisque :

Le 28 août 1675^ payé à Hector Bremond, jardinier, pour dommage causé au jardin de la demoiselle Deloste, tenu par lui en arrentement 20 '•

A Louis Roque, travailleur, pc3ur journées employées à découvrir ladite obélisque ^5

A la demoiselle Bourgarel et audit Bremond pour

dommage lorsqu'on l'a enlevée 126 2

A la demoiselle Bourgarel, veuve du sieur Deloste, en considération de la pierre obélisque qui a été tirée de son jardin 33o

A Antoine Daniel, pour le transport depuis ledit jardin

jusqu'à la porte Marcanau (ou Mercanou) i5g5

A Mathurin Rochereau,mArbv\&v,po\iv ouvrage par lui . fait à iceluy 3i5

A Jacques Peytret , architecte, pour la construction dudit pied d'estail 664

Le 24 mars 1676, à Claude Pa gnon et Antoine Barthélémy, maîtres d'ache (?) de Marseille, pour le transport depuis la porte Marcanau jusqu'à la place du Marché et élévation des deux pièces de l'obélisque sur le pied d'estail 3760

6825 1. 2 Suivent les inscriptions de Pellisson. Bibl. Méjanes, MsSoy

consuls de 1676 d'avoir eu recours à M. Pellisson, pour composer les inscriptions de l'obélisque, Le Registre le prouve.

Au mois de juillet 1677, M. d'Arbaud arriva de Castres, d'où il apporta des nouvelles de M. de Ranchin, et passa quelque temps dans Arles, où il venait assez rarement. Ses confrères lui firent fête et lui confièrent, sur sa demande, le Registre des délibérations « attendu que ce gentilhomme qui est sans doubte l'un des plus zellés pour toutes les choses de l'Académie n'estoit pas souvent à la ville »,et à la condition qu'il le rendrait au secrétaire, dans les 24 heures (i).

On le pria d'occuper le fauteuil du directeur, en l'absence de M. de Sabatier, ce qu'il fit en remerciant la compagnie « avec des paroUes d'honnesteté et beaucoup d'esprit, à son accoustumée. »

Puis il dit « qu'après avoir leu et passé plus d'une fois les mémoires contenus dans le Registre (2), il seroit aisé, ce lui semble, de faire un juste volume de l'histoire de l'Académie royalle, et que celuy qu'a composé M Pellisson de l'Académie françoise n'a pas tant d'articles importants et considérables, mais qu'enfin il nesauroit se consoler de l'injustice qu'on a faicte à la compagnie de chercher hors de son sein un pannégiriste du roy, pour les inscriptions de l'obélisque,

(i) Registre de l'Académie, fol. i6i, verso. (2) Registre de l'Académie, fol. x6i, verso.

que la lettre de M. Pellisson à l'Académie royalie ne se debvoit pas prendre pour un compliment, qu'il l'avoit assez bien examinée pour en juger comme le mesme M. Pellisson en jugeoit, lorsqu'il faisoit des excuses à ces messieurs jusques au pardon. M. le secrétaire a dict que c'estoit une affaire faicte et qu'on n'en debvoit plus parler. » On n'en parla cependant encore lorsque, quelques années plus tard , M. c/e Vertron demanda à être délégué pour haranguer Mme la Dauphine. On lui refusa cet honneur et, dans le cours de la délibération, un académicien donna pour raison de son refus qu'il ne fallait pas confier toujours aux étrangers et aux externes les missions les plus honorables, parce qu'on pourrait croire qu'ils sont plus habiles que les académiciens et « que cette conjecture est faisable, puisque on a veu un M. Pellisson employé pour faire des inscriptions au piédestal de l'obélisque, comme si l'Académie n'eust pas eu un esprit assez élevé pour faire les éloges de S. M. (i). »

Les inscriptions de Pellisson n'eurent qu'une durée très éphémère et l'Académie est bien vengée de « l'injure «[qu'elle reçut alors, on ne les retrouve plus que dans les divers historiens de la ville d'Arles (2).

(i) Registre de l'Académie, fol. i85, verso. Mémoires d'avril et de mai 1680.

(2) Elles sont citées par Séguin à la fin de son ouvrage sur les Antiquités d'Arles à la suite d'une bonne gravure de l'obélisque

Le projet de revêtir le piédestal de l'obélisque de plaques de marbre sur lesquelles on eût gravé les inscriptions, fut abandonné, comme trop coûteux apparemment pour les finances de la ville. On se contenta de les graver sur le piédestal en pierre du pays et, dès 1743, elles étaient à peine lisibles (1).

Vint la Révolution française qui les effaça complètement, puis l'aigle de Napoléon remplaça, en i8o5, le soleil de Louis XIV, et les louanges du vainqueur de Marengo celles du grand roi (2). Napoléon mourut en exil, et la place des inscriptions resta vacante. Le piédestal était tellement rongé qu'on dut, en 1825, le renforcer par une application de blocs de pierre, sans élégance et sans grâce. L'obélisque est aujourd'hui découronné, le soleil et l'aigle ont disparu, les quatre faces du piédestal sont ornées de masques en bronze, de modèle antique ; autour du piédestal on a disposé une vasque de style fort ordinaire, et le monument, dans son état actuel, est loin d'avoir la physionomie

par M. Ogier. Elles se trouvent également dans le Ms 807 de la Bibliothèque Méjanes et dans une foule d'ouvrages imprimés ou manuscrits.

(1) « Il eût été à souhaiter qu'on eût donné un piédestal de marbre à un monument si digne d'être conservé : nos pierres sont trop molles pour résister au temps : celles du piédestal sont déjà toutes rongées et les inscriptions sont à peine lisibles. > Fabre, Remarques historiques, p. 97.

(2) Délibérations du conseil municipal du 22 ventôse, an XIH.

gracieuse, que nous ont conservée les excellentes gravures de François de Poilly (i), et de M. Ogier.

Néanmoins, il n'y a guère, en France, que l'obélisque de Louqsor, sur la place de la Concorde, à Paris, qui produise un effet plus imposant et rappelle plus de souvenirs d'un passé évanoui.

(i) Le piédestal à 14 pieds de hauteur et l'obélisque lui-même 47 pieds {i5 m. 26 c). Il est soutenu par quatre lions en bronze.

Il existe plusieurs fort belles gravures de l'obélisque d'Arles, avec cette inscription :

Erexere consules Francisons de Boche, Mauritius Romany, Anthonius Agard, Joannes Maître, Anno salutis M DC LXXVI, et insequenti anno erectum ornavere consules Petrus de Sabatier de l'Armeillière, Petrus de Loste,Claudius BœitJ, Ger ardus Bœuf, ornatum denique consules Petrus de Chasteauneuf de Moideges Honoratus Gros de Boussicaud, Jacobus Borel, Joannes Alivon excudi curaverunt regique offerri ab JEgidio Roubin Arelat. Academ.

Bibliothèque Méjanes, Icônes provinciarum. Recueil de gravures très intéressantes formé par Roux-Alphéran.

Dans le Ms SBg de laBibliothèque Méjanes, il y a une Estampe de l'obélisque, avec ces mots : Cura Jacobi Peytret, Arelat. Archit. De Poilly sculpsit. Le P. Ménestrier dans l'Histoire de Louis le Grand par les Médailles, in-fol. 1700, a inséré (p. 63) une gravure de Vobélisque, sans nom d'auteur.

Sur l'exhumation et l'érection de l'obélisque, sur l'affaire des Inscriptions, voir les Memo/re5 de l'académicien t/e<3M de Sabatier, dans le Musée d'Arles, troisième série, p. 193-197.

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