‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 3 sur 33 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les lettres et les arts furent toujours en honneur auprès des brillantes populations de la Provence. Sans parler de cette fameuse école de Marseille qui, sous l'empire Romain, était Témule des écoles d'Athènes et d'Alexandrie, et attirait dans la cité phocéenne une jeunesse nombreuse venue de tous les points de Tempire (i), nous pourrions rappeler le réveil littéraire qui signala Tépoque de Charlemagne et succéda si heureusement à la période agitée et malheureuse, qui avait commencé avec l'in-

(i) Voici comment Strabon s'exprime au sujet de Marseille: « Cette ville qui naguère était l'école des Barbares et communiquait aux Gaulois le goût des lettres grecques, à tel point que ceux-ci rédigeaient en grec jusqu'à leurs contrats, oblige aujourd'hui les plus illustres Romains eux-mêmes, à préférer pour leur instruction le voyage de Marseille à celui d'Athènes. » Liv. iv

Cicéron ne se lasse pas de faire l'éloge de Marseille dans ses lettres et ses discours.

vaslon des Barbares, au V^ siècle. Les innombrables Troubadours des XI '^ et XII *= siècles portèrent la poésie provençale à son plus haut degré de perfection et de popularité. Ces poètes, recherchés des rois et des princes, charmaient par leurs chants la solitude des châteaux féodaux. A leur exemple, les seigneurs de la première noblesse se firent une gloire de joindre le titre de poète à celui de chevalier, et de chanter les dames pour lesquelles ils rompaient tant de lances, dans leurs brillants tournois.

On sait l'origine et le succès des ces tribunaux littéraires surnommés Cours d'amour, où Ton décidait souverainement et en grand appareil, sous la présidence d'une « haulte et puissante damoiselle » du mérite des poésies qui n'avaient d'ordinaire pour objet que la galanterie, ou des scènes de la vie des champs. A côté des poètes, les savants composaient leurs doctes ouvrages ; la médecine produisait les Angelic, la jurisprudence les B langui et la science ecclésiastique comptait de nombreux représentants parmi les évoques, surtout parmi les moines.

Les Juifs eux-mêmes, fort nombreux en Provence, entretenaient plusieurs collèges où l'on expliquait savamment la loi et les Écritures. Arles et Marseille possédaient de ces

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établissements i ) dont Thistoire trop peu connue n'est pas sans gloire.

La langue d'Oc eut son moment de célébrité et Pétrarque lui-même hésita, dit-on, entre la langue d'Arles et la langue de sa patrie. Mais bientôt vint une période de décadence qui dura tout le XIV^ et tout le XV^ siècle, de plus en plus irrémédiable. Enfin, la Renaissance, éclose en Italie, s'épanouit aussi sur les rives provençales de la Méditerranée et produisit des chefs d'œuvres immortels.

xMalheureusement, la vieille langue, si longtemps parlée sur les bords du Rhône, ne se releva pas ; la langue du Nord, la langue des bords de la Loire et de la Seine l'emporta. Le français se constitua, s'épura peu à peu, atteignit enfin le plus haut degré de perfection qu'il puisse peut-être rêver, sous les règne de Louis XIII et de Louis XIV. Sous le grand Roi, la langue d'Oil était devenue la seule langue lit-

(i) Dans ces derniers temps, *9e patients crudits ont essaye de reconstituer l'histoire de la science juive en Provence et dans le Conitat Venaissin. Nous savons, qu'en ce moment, M. Fassin, conseiller à la Cour d'Aix, recherche les documents relatifs aux écoles juives d'Arles avec la persévérance qu'il apporte à s'instruire des gloires de sa ville natale.

V. Revue des Etudes Juives, cet. déc. i883, H. de Maulde. — Les Juifs dans les Etats Français du pape. — Les Juifs en Dauphiné aux XIV* et XV' siècles , par A. Prud'homme, i vol. in-S", Grenoble 1882.

.Ms.dc la Bibl. Méjanes, 3o8. — Les Juifs du Comfat \'enais$in.

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téraire^ la langue vraiment nationale de cette population qui de la Méditerranée à la Manche, des Pyrénées aux Alpes, de TOcéan au Rhin, occupe ce territoire si admirablement distribué, qui s'appelle la France.

Si la Provence laissa dépérir et oublia presque sa langue maternelle, si elle aussi adopta la langue du Nord, elle ne perdit rien néarirnoins de son ardeur littéraire. Noter ici les grands écrivains, les grands orateurs qui prirent naissance en Provence, serait une œuvre trop longue, mais pouvons-nous oublier que le restaurateur de la poésie française, que Malherbe écrivit à Aix les premiers vers qui révélèrent son génie? En 1786 une réunion de savants publia sous forme de dictionnaire (i) rhistoire succincte des hommes qui ont illustré la Provence; c'est un ouvrage extrêmement intéressant et que Ton consulte toujours avec fruit. Il n'a pas fallu moins de deux volumes in-quarto pour donner place aux illustrations provençales. Malheureuse-

(i) Dictionnaire de la Provence et du Comté Venaissin, dédié à Monseigneur le maréchal prince de Beauvau, par une société de gens de lettres. Tomes troisième et quatrième, contenant l'histoire des hommes illustres de la Provence. A Marseille, de l'imprimerie de Jean Mossy père et fils, imprimeurs du Roi, de la Marine et libraires, à la Canebière, à côté du Bureau des Draps, 1786, avec approbation du Roi. '— Les deux premiers sont consacrés à la géographie.

ment c'est une œuvre hâtive et les matériaux qui la composent n'ont pas été réunis avec assez de discernement et de critique.

Là sont classés par ordre des milliers d'hommes trop peu connus, et qui mériteraient de l'être, pour servir d'exemple à leurs descendants. C'est bien le livre d'Or de la Provence.

Gallula Ronia, Arelas.

(Ausone)

Il est toujours imprudent d'établir des comparaisons, surtout lorsqu'on doit se contenter de les ébaucher. Aussi nous ne chercherons pas à relever la gloire d'Arles au détriment de ses sœurs : Aix, Avignon^ Nîmes et Marseille ; traçons seulement à très grands traits son histoire et rappelons son passé qui est trop connu, pour que nous insistions au risque de nous y attarder.

La ville d'Arles est une des plus anciennes de la Gaule, au témoignage de Bouche, d'Anibert et de tous les historiens. Son origine se perd dans la huit des temps. Sous la domination romaine, la cité vit s'accroître son importance, attestée encore de nos jours par les magnifiques restes des monuments que les Romains y élevèrent ; temples, théâtres, bains,

amphithéâtres. Sa situation sur le bord du Rhône en faisait un port qui rivalisait avec Marseille. Arles était le centre du commerce des riches pays qui avoisinent le Rhône. Après la chute de Tempire , Arles appartint successivement aux Ostrogoths, aux Visigoths, aux Francs et aux Bourguignons. Sa circonscription territoriale était considérable. Arles rut la résidence des gouverneurs et fut même la capitale de Téphémère royaume établi au IX^ siècle en faveur de Boson, qui en fit hommage aux empereurs d'Allemagne (i). La domination de ceux-ci, plus nominale que réelle, dura jusque vers i i5o, époque à laquelle Arles s'érigea en république, sur le modèle des villes

(i) « Un témoignage frappant de la grandeur de cette Rome des Gaules s'est conservé longtemps dans ses Champs Elysées, nommés dans le pays Alyscamps. -C'est une plaine située au midi de la ville, toute remplie de tombeaux , et couverte jadis de magnifiques sarcophages... Une voix imposante dépose de son ancienne renommée. L'Homère italien, dans son poème de l'Enfer, chant 9, vers 1 12, a dit :

Sicome ad Arli' ovel Rodano stagna Fanno i sepolcri tutto '1 loco varo,

Comme vers Arles, où le Rhône, perd sa rapidité la plaine est toute marquetée de tombeaux. »

Statistique des Boiiches-du-Rhône, par M. de Villeneuve, t. 11 p. 428.

La célèbre nécropole s'étendait autrefois fort loin au sud-est de la ville: Il ne reste plus qu'une allée de tombeaux, encore très importante, et l'église de Saint-Honorat. Voir sur ce sujet, les très intéressantes études de M. Lenthéric: les Villes mortes du Golfe de Lion ; la Grèce etl'(^rient en Provence.

commerçantes de Tltalie (i). Vers i25o, cette indépendance de la cité arlésienne disparut et les comtes de Provence devinrent les maîtres d'Arles. La cité n'avait conservé que certains privilèges, restreints encore par le traité de i385 (2). Enfin le 29 janvier 1482, elle passa, avec le reste de la Provence, sous la domination du roi de France Louis XI, que Charles, dernier comte de Provence, avait institué son héritier. L'édit d'union fut donné par Charles VIII, le 24 octobre 1484.

Les privilèges, libertés et franchises d'Arles allaient chaque jour en s'amoindrissant. La suite des temps et surtout la Révolution française ont placé la ville d'Arles sous le droit commun, et la vieille cité est aujourd'hui chef- lieu d'arrondissement des Bouches-du-Rhône.

Mais son passé briliant ne saurait être oublié: la cité de Constantin, berceau du christianisme dans les Gaules, illustrée par la sainteté et la science de ses évéques , par les grands événements qui se sont accomplis dans ses murs, conserve dans l'histoire une

(i) Sur la République d'Arles, voir Statistique des Bouchesdu-Rhône, t. II, p. 340, et 1046.

(2) V. < Mémoire sur le gouvernement municipal d'Arles, » (Bibl. Méjanes, Ms. 83q).

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