‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 4 sur 33 · XI · texte numérisé non relu

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place que lui envient bien des villes plus prospères aujourd'hui.

En raison de son rôle important et de sa situation privilégiée de capitale soit de province, soit de royaume, ou de ville indépendante, puis favorisée par les comtes de Provence et les rois de France, leurs héritiers, Arles comptait parmi ses habitants de nombreuses familles nobles. Son immense territoire (io3,o5o hect.) relativement peu peuplé, était divisé en grandes propriétés qui se sont longtemps transmises dans les mêmes familles, retenues dans Arles, tant par leurs intérêts, que par l'attachement au sol natal, qui est une des notes caractéristiques de la population arlésienne. Aussi, dans la vieille cité, les hôtels sont nombreux, chaque famille possédait le sien et la ville d'Arles se glorifiait de ces innombrables familles, de noble extraction, qui y faisaient leur séjour habituel. Cette noblesse souvent turbulente dépensa longtemps son activité dans des guerres stériles dont Thistoire locale a conservé le souvenir. En outre, la Provence placée aux avant-postes de la France, fut si souvent envahie que Tesprit guerrier n'avait pas le temps de s'y endormir.

Après les guerres de Charles-Quint, vin-

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rent les guerres religieuses^ puis la Ligue et durant tout le XVP siècle, le sol de la Provence fut sillonné par des soldats en armes. La noblesse était toujours au premier rang des combattants. Henri IV rétablit enfin la paix dans la France épuisée et ferma Tère des guerres civiles. Le calme revint en Provence et la noblesse déposa les armes. Mais l'exubérante vie provençale ne pouvait être contenue : ces soldats de la veille avaient besoin d'une occupation , je dirais presque d'un dérivatif. La littérature s'offrit à eux comme un passe-temps utile et ils s'y jetèrent avec enthousiasme. De là de nombreuses réunions littéraires, où chacun apportait ses œuvres, œuvres d'improvisation , rarement de longue haleine, œuvres légères, brillantes mais vite oubliées et remplacées par d'autres non moins éphémères. Dans ces réunions, ressouvenir des Cours d'amour, on discutait sur la littérature et sur la galanterie (i), car le plus souvent la littérature provençale n'avait d'autre but que la galanterie^ et il est resté peu de chose de cette activité littéraire, cependant fort grande : quelques sonnets , quelques pièces de poésie légère, quelques-unes de

(i) Nous employons ce mot dans le sens noble que lui donnait le XVIl* siècle.

ces improvisations où triomphe la vivacité de l'esprit méridional^ et c'est tout.

Une de ces réunions littéraires a laissé des traces plus profondes que les autres et joué un rôle d'une très réelle importance. Nous voulons parler de Yacadémie royale d'Arles, fondée par quelques gentilshommes intelligents^ instruits, amis des arts et des choses de Tesprit. Sans doute, cette académie n'a pas jeté un très vif éclat et les circonstances vinrent trop tôt arrêter son essor. Nous le constatons à regret, mais son histoire n'est pas sans intérêt, ne fûtce qu'en raison des noms qu'elle rappelle et qui sont les noms des plus grandes familles d'Arles. On peut y étudier une des phases de ce grand mouvement littéraire qui embrassait toute la France. Si Paris en était assurément le centre^ les provinces n'y restaient pas étrangères.

Arles donna l'exemple dans le Midi et ce fut le succès de son académie qui porta les villes voisines à en établir de semblables. Nîmes en fonda une en 1682, tandis que Marseille et Aix attendirent bien des années encore avant de pouvoir organiser leurs académies '^1726). Il ne nous déplaît pas d'insister sur ce point et de rappeler hautement que la noble cité d'Arles devança ses voisines de Ion-

gués années. Ajoutons même qu'elle devança presque toutes les villes de France et que son académie fut une des premières établies en province sur le modèle de l'Académie française.

On a dit de l'académie d'Arles que ce fut, en résumé, une fille sage qui fera peu parler d'elle. Le mot est vrai et jusqu'à ce jour elle n'a pas encore été l'objet d'une étude d'ensemble. Son histoire reste encore à faire.

En 1841, le Piiblicateur d'Arles publia des notes pour servir à l'histoire de l'académie d'Arles, dues à la plume d'un des meilleurs écrivains arlésiens. En i863, M. Galle, professeur de rhétorique au collège d'Arles, prononça à la distribution des prix un discours sur l'académie d'Arles, écrit avec une grande élégance. Enfin, en 1868, M. Fassin, un érudit modeste et savant, reproduisit à la fois dans le Musée le discours de M. Galle et les notes du Publicateitr, en les accompagnant d'une étude nouvelle puisée aux meilleures sources, et qui y ajoutait de nombreux et intéressants détails. Si nous mentionnons encore l'article du Dictionnaire de Provence (i),

(i) Forr inexact en ce qui concerna ia ville d'Arles,

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les remarques historiques à la suite du Panégyrique de la ville d'Arles par le P. Fabre de Tarascon, minime^ et les notes éparses dans les divers historiens de Provence, nous aurons rappelé presque tout ce qu'on a publié sur Facadémie d'Arles.

Il existe aux archives et à la bibliothèque publique de cette ville de nombreux documents relatifs à l'académie, en particulier le registre original de ladite académie, les notes de Bonnemant, de Pierre Véran, le portefeuille du chevalier de Romieu, les œuvres de Roubin, etc.

Il y a là tous les éléments nécessaires pour une monographie complète et détaillée :

nous n'avons pas la prétention d'écrire cette monographie, car il nous a été impossible de recueillir tous les documents indispensables. Nous voulons simplement raconter l'origine de cette société, son affiliation à l'Académie française et le rôle que jouèrent, dans cette circonstance, deux hommes qui furent l'âme de Tœuvre : MM. De Grille Robias et d'Aimar de Châteaurenard.

Autour de ce noyau, nous grouperons quelques faits intéressants, de façon à donner une idée générale de ce que fut, dans Arles, la nouvelle académie, de ses progrès, puis de sa décadence. Nous dirons aussi un

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mot des essais de reconstitution tentés, vers lySo, par M. de Romieu.

Si nous ne pouvons être complets, nous serons, du moins, d'une exactitude scrupuleuse, car tous nos renseignements seront pris soit aux archives d'Arles, soit dans des ouvrages contemporains, soit dans des auteurs dont nous contrôlerons sévèrement le témoignage.

Enfin, s'il nous échappait quelques inexactitudes involontaires, on voudra bien nous le pardonner, en considération de la difficulté extrême que Ton éprouve toujours à écrire Thistoire locale d'un pays, auquel on n'est attaché que par les liens d'une hospitalité récente encore. Des amis obligeants ne nous ont pas ménagé leurs précieux conseils : à tous nous offrons ici nos plus sincères remerciements.

Aix-en-Provence, i février i885.

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