‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 7 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Essais d'organisation. — Premières difficultés. — L'Académie des bouts rimes. — Admission de M. de Montcalm, de M. Jacques de Grille d'Estoublon , de M. l'abbé de Boche, du P. Vinay, du P. Rupé, de M. l'abbé Flèche. — Rédaction des statuts. — Premiers travaux de l'Académie.

Après avoir tenu deux conférences préparatoires, durant la dernière semaine d'avril, MM. de Méjanes, Sabatier, Giffon, Romieu, Bouvet, Barrême,de Boche, et de Cays se réunirent, le i" mai 1666, dans la maison du marquis de Boche, pour jeter les bases de leur association. Inspirés par une pensée chrétienne, ils voulurent tout d'abord attirer sur leur entreprise la bénédiction divine. Ils se rappelèrent le proverbe — Ne se comincia ben se non dal cielo — et la séance s'ouvrit par une prière (i). Puis ils

(1) « Le samedi d'après, i*' mai, ces messieurs assemblés de nouveau dans le même lieu procédèrent à l'élection des directeurs, et, pour commencer heureusement l'ouvrage, ils se mirent tous ensemble à genoux et offrirent leur intention au bon Dieu, le priant d'avoir ce dessein agréable qui devait bannir l'oisiveté et l'ignorance (ces deux malheureuses sources du vice) par des occupations honnêtes et vertueuses. Ils firent huit billets où furent marqués les huit mois consécutifs, ayant esté

s'occupèrent de désigner celui d'entre eux qui présiderait aux délibérations.

Ils avaient résolu, d'un commun accord, de ne confier ce soin au même membre, que durant un mois, afin que chacun d'eux, à son tour, pût jouir de cet honneur. Ils lui donnèrent le nom de directeur, nom en usage à l'Académie française, et ils évitèrent toute contestation en tirant au sort les noms des directeurs, pour les huit mois de l'année qui restaient. Voici le résultat :

Mai, MM. de Gageron Ayguières.

Juin, de Sabatier,

Juillet, Giffon.

Août, le chevalier de Romieu.

Septembre, l'abbé de Barrême.

Octobre, de Boche.

Novembre, de Bouvet,

Décembre, de Cays.

résolu dans la même assemblée que chacun tirerait un desdits billets et serait directeur au même mois qui lui serait escheu. Les assemblées devaient avoir lieu chaque lundi à deux heures de l'après-midi, mais cela ne fut pas rigoureusement suivi. »

Registre de l'Académie d'Arles, i vol. in-fol. de 25o pages, archives d'Arles, fonds de Pierre Véran, fol. i.

En tête se trouvent les armoiries : un lion tenant un cartouche sur lequel sont gravés ces mots : Academia arelatensis, et la devise de l'Académie : Lœtabor genuisse pares, avec un lion entouré de lionceaux. Les armes de chaque directeur sont peintes en tète du récit de sa direction. Le registre commence au I*' mai 1666 et se termine en mai 1684.

Enfin ils élurent M. de Bouvet secrétaire (i).

Le bureau constitué, on délibéra de s'assembler ordinairement tous les lundis à deux heures puis « il fut fait lecture d'une satyre adressée à madame la comtesse de Suze, qui se trouvait en cette ville, et d'un mauvais ouvrage contre la société naissante (2). )^

L'Académie ne se laissa pas émouvoir, outre mesure, par cette attaque dirigée contre elle. « L'Académie résolut de n'y respondre point , non plus qu'à toutes les autres pièces qu'on fairoit contre elle, mais comme cette satyre accusoit ce petit corps d'ignorance il estoit nécessaire de faire voir son injustice au public, elle fut donc censurée sans passion et les remarques de la compagnie furent données à M. Bouvet, qui les mit en ordre et en estât d'estre produites deux jours après (3). » La séance se termina par la distribution faite à chacun de « son employ de semaine, comme il avoit esté convenu. » Le lundi suivant (3 mai) on lut, avec les remarques mises en ordre par le secrétaire, un « sonnet en faveur des nouveaux académiciens » composé par le viguier Jacques de Grille.

(i) Extrait du sommaire des délibérations prises dans le Registre de l'Académie d'Arles , par le sieur Pierre Véran (mars, 1812). V. aussi le Registre original aux archives d'Arles.

(2) Ms 1060, p. 4.

(3) Registre de l'Académie, fol. i, verso.

L'Académie rencontrait , on le voit , de graves défenseurs, si les attaques ne lui étaient ménagées.

La comtesse de Su:{e (i), qu'on avait essayé de prévenir contre elle, voulut, au contraire, lui témoimoigner sa sympathie en venant faire visite à ses membres, réunis en leur séance ordinaire du lundi. « A la fin de la séance (lo mai) la comtesse de Suze fit visite à l'Académie qui chargea le chevalier de Romieu de la complimenter, ce qu'il fit avec autant de grâce que d'éloquence (2). »

Mais les esprits chagrins — peut-être parmi ceux que l'Académie n'avait pas appelés à elle, — ne lui épargnèrent ni les critiques, ni les railleries, et le

(i) La famille de La Su^e était, croyons-nous, originaire de la Champagne, mais elle était fort connue en Provence. Durant les guerres religieuses qui désolèrent cette contrée, au XVI* siècle, un baron de La Sus^e se distingua par sa violence, et en 1578, un comte de La Su![e fut gouverneur de Provence. Nous ne savons quelle était la comtesse de Sui^e dont il est question ici, à moins qu'elle ne soit l'épouse du comte de Suze dont la Galette de 1669 parle en ces termes :

« De La Flèche, le 6 janvier i66g.

Enfin, le comte de La Suse, chef de cette ancienne maison de Champagne, a donné des marques publiques de son abjuration de l'hérésie qu'il avait faite il y a longtemps, ayant communié le jour de la Nativité de Notre-Seigneur, à la grande messe, en sa paroisse de Mansigny, et l'après-dinée, avec toute sa famille» entendu vespres et la prédication au mesme lieu : ce qui a causé une allégresse si grande, qu'on l'a signalée par des feux et d'autres marques de réjouissance , dans les lieux circonvoisins. »

Galette de France, de i66g, n" 6, p. 47.

(2) Ms 1060, p. 5.

Registre nous a conservé quelques traces de cette curieuse guerre de pamphlets. Il n'y a là rien qui nous étonne : quelle est, en effet, l'institution qui n"a pas eu des difficultés de ce genre à son début ?

Le lo mai, on communiqua encore aux académiciens deux satires dirigées contre eux, « l'une sous le nom de Gaudion, libraire, et l'autre sous celui de certaines jeunesses malmorigénées qu'on appelle mousquetaires (i). »

Ces pièces diffamatoires , dit le Registre , firent plus de pitié aux honnêtes gens que de tort à l'Académie. Elle tenait ses séances généralement dans la maison de François de Boche de Vers (2), père du marquis de Boche. Ces séances étaient fermées aux étrangers et le secret qui les enveloppait préoccupait l'opinion, a Cependant que le dedans de l'Académie alloit ainsi, on parloit d'elle au dehors fort diversement ; son silence et sa retraite émouvoient la curiosité (3). » Il planait autour de l'Académie un certain mystère et l'on se demandait quel serait le résultat de cette association, qui se renfermait dans un silence aussi absolu et aussi impénétrable. Les

(i) Ms 1060, p. 5.

(i) François de Boche mourut en 1677. Voir son épitaphe dans le Sommaire des délibérations prises dans le registre de l'Académie royalle d'Arles, par le sieur Pierre Véran de ladite ville. Ms conservé aux archives d'Arles, fonds Pierre Véran.

(3) .Registre de l'Académie, fol. 5, verso, séance du 19 juillet iGr.o.

critiques anonymes se multipliaient et, si l'Académie recevait de nombreuses pièces en son honneur, il se répandait dans le public plus d'un écrit malveillant où elle était très vivement prise à partie.

L'un de ces écrits causa une assez grande émotion.

Le 26 juillet 1666 « on porta dans l'assemblée certaines relations adressées à M"® la comtesse de Su:{e soubs le nom de M. Giffon, par 011 l'on faisoit une longue raillerie et discussion de tous les emplois de l'Académie, que l'on vouloit blasmer, entre autres choses, d'ignorance et d'oysiveté ; tous ces messieurs qui jusque là n'avoient eu que du mépris pour semblables reproches tém.oignèrent beaucoup de sentiment et de colère contre cette pièce dont on ne cognoissoit point l'autheur. La médisance la donnoit à M. le viguier, et comme elle change tout en poison, elle se servit (en suite de ce faux bruict) de certaine harangue qu'il fit à des thèses publiques , où il releva le mérite des académiciens , pour leur faire comprendre qu'il les persécutoit par la parole autant que par les escrits (i). » Si M. de Grille, renonçant à ses premières sympathies, s'était rangé parmi les adversaires de l'Académie , la « colère » des académiciens se fût expliquée et peut-être le craignirentils un instant. En tous cas, c'était une erreur ré-

(i) Registre de l'Académie, fol, 6.

pandue par la médisance, et les académiciens revinrent bien vite de leur effroi. Ils purent se convaincre que M. de Grille n'avait pas cessé d'être de leurs amis, car le 3o juillet 1666, il écrivit une longue lettre pour démentir les bruits que l'on faisait courir au sujet de sa prétendue hostilité, vis-à-vis du « petit corps. » Il exhortait les académiciens à ne pas s'arrêter à de vaines critiques et les engageait à prendre enfin le nom d'Académie, malgré les sarcasmes de leurs adversaires. On avait dit dans le public que le viguier s'opposait à ce que les assemblées fussent désignées sous le nom d'Académie. M, de Grille affirmait qu'il n'y avait jamais songé, et que, loin de chercher à nuire au « petit corps » , il n'avait d'autre désir que de le voir se développer. Pour manifester aux yeux de tous ses sympathies, il demandait aux académiciens la permission d'assister à leurs réunions.

« Si je n'avois un désir très sincère, disait-il (i), pour l'advancement de votre dessein, et une estime très particulière de votre vertu, je me mettrois fort peu en peine si l'on m'a creu votre ami ou votre ennemi, votre jaloux ou votre persécuteur, mais je l'advoue, messieurs, et je veux bien que tout le monde le sache, je vous demande votre alliance et votre

(i) Registre de TAcadémie, fol. y*

amitié ; vous me ferez beaucoup d'honneur si vous me l'accordez, et c'est aux conditions qu'il vous plaira que je vous la demande, n'en mettant qu'une seule de ma part, qui sera incomparablement plus glorieuse pour vous que pour moi, c'est, messieurs, que vous ne me soupçonnerez jamais de rien, mais surtout d'avoir voulu traverser votre dessein, que j'ai toujours considéré et proposé comme le plus beau, le plus honneste et le plus louable que l'on puisse imaginer. »

Cette lettre répondait catégoriquement à toutes les insinuations de la malveillance. L'Académie en fut très heureuse et députa, le jour même, MM. de Sabatier et de Boche pour remercier le viguier et « lui présenter de la part de tous ces messieurs cette alliance et cette amitié qu'il leur demandoit. »

Le 3 août, les associés quittèrent l'hôtel de M. de Boche , non sans l'avoir remercié « du favorable accueil qu'il avoit fait à l'Académie depuis son establissement. » Ils vinrent tenir leurs séances au couvent des Cordeliers, dans un appartement que le R. P. Provincial mit à la disposition de l'Académie et « où elle est de présent avec toute sorte de commodité. »

Les encouragements de M. de Grille levèrent les derniers scrupules , et « on demeura d'accord de donner à l'assemblée le nom à! Académie ( qu'elle

avoit refusé jusques alors) et d'y ajouter celui des Bouts Rimes, puisque c'estoit un nom que toute la ville sembloit luy donner, d'autant mieux que c'est à l'exemple de toutes les Académies d'Italie, qui ont pris des noms ridicules pour prévenir ceux que l'on donne ordinairement aux nouveaux establissements(i). » L'idée de prendre le nom à' Académie des bouts rimes est, en effet, assez étrange, pour avoir besoin d'explication, et en marge du Registre, nous lisons ces lignes : « Il faut remarquer que c'estoit la saison des bouts rimes, qu'ils estoyent en vogue à la cour et dans la province , et que ces messieurs donnèrent eux-mêmes occasion à ce nom, pour avoir faict quelques-uns d'entre eux des bouts rimes fort heureusement (2). »

Ce nom à' Académie des bouts rimes disparut bien vite pour ne laisser subsister que celui d'Académie, puis d'Académie royale, et en 1682, nous voyons les académiciens faire peu de cas des bouts rimes et déclarer « qu'ils ne sauroient , à l'exemple de quelques grands et galants de la cour, se résoudre à se ronger les ongles pour ce travail ingrat. » C'était raisonner assez juste.

Le jour où elle acceptait officiellement le nom que le public lui donnait, l'Académie admit parmi

(i) Registre de rAcadémie, fol. 10, verso. (2) Ibid.

ses membres M. de Grille. « Ce mesme jour, 3« d'aoust (i), M. de Robias fut reçu au nombre des académiciens, il fut introduit au commencement de l'assemblée avec beaucoup de joie et de complaisance de toute la compagnie, qui le lui témoigna par la bouche de M. le directeur (le chevalier de Romieu). »

Cette adhésion honorait beaucoup la nouvelle société littéraire. Jacques de Grille, chevalier, seigneur d'Estoublon, était viguier de la ville d'Arles. La charge de viguier était, on le sait, la plus importante de la ville et elle était alors conférée à vie (2).

(i) Registre de l'Académie, fol. lo, verso. Le viguier n'est pas qualifié de marquis, ainsi que le fait sans raison le Ms 1060. En marge du folio 6, verso, nous lisons : C'estoit M. d'Estoublon, viguier pour le roi, perpétuel de ce temps-là — qu'on nomme aujourd'hui marquis de Robias. — Ces derniers mots sont de la main même de M. de Grille Robias, ainsi que le montre un simple rapprochement que nous avons pu faire.

(2} Dans les actes anciens, on donnait aux gouverneurs nommés par le corps consulaire le nom de podestat ou de viguier (vicarius), mais la charge de viguier ne fut régulièrement instituée qu'en 1247. Par une convention de i385, entre le comte de Provence, Louis II de Sicile et les habitants d'Arles, il fut attribué au viguier la connaissance des causes civiles et criminelles. Le comte de Provence ou son sénéchal ne pouvaient s'y ingérer sous aucun prétexte, et les habitants ne pouvaient être tirés de la juridiction du viguier que dans le cas d'appel devant le juge des premières appellations, et en matière criminelle seulement. La charge de viguier, d'abord annuelle, devint héréditaire en iSyô. Elle fut alors donnée à Valentin de Grille (1576-1601). Un édit du mois d'avril 1749, supprima cette charge, qui fut rachetée par la communauté d'Arles i5,i29livres

Depuis iSyô, cette charge était héréditaire dans la famille de Grille qui avait fourni successivement quatre viguiers : Valentin, Jacques I, Charles et Jacques II. C'était Jacques I de Grille , viguier (jusqu'en i63o) qui avait établi la société des Anonymes , en 1622. Les huit savants qui voulaient continuer son œuvre, admettaient très volontiers dans leurs rangs son petit-fils. C'était une excellente inspiration, car Jacques II pouvait rendre de grands services à la société, à son début. Il avait l'amour des lettres , il appartenait , en outre , à l'une des plus grandes familles d'Arles, et nous verrons plus loin que son entrée à l'Académie fut pour celle-ci une source de vitalité. Il devait en devenir le secrétaire et , par ses relations très étendues , contribuer beaucoup à la faire connaître. Aussi nous reconnaissons volontiers en lui un des fondateurs de l'Académie d'Arles : la suite justifiera ce titre.

Jacques de Grille était alors le chef de l'illustre maison de ce nom.

« Les historiens qui ont parlé de la maison de Grille, s'accordent à dire qu'elle est des principales

14 sols, mais conservée au titulaire Jacques du Roure, jusqu'en 1752.

Il y eut 5 viguiers de la famille de Grille.

Cfr. Nobilaire des Bouches-du-Rhône, par H. Gourdon de Genouillac et le marquis de Piolenc, Paris, i863, p. 24 et 216,

de la République de Gênes et une des 24 qui l'avaient anciennement gouvernée (i). »

La branche établie à Arles descendait de Etienne de Grille qui vivait au XIII* siècle, et dont les fils, chassés de Gênes par une révolution, vinrent se fixer dans Arles, ainsi qu'il ressort des archives de cette ville. Ils s'allièrent aux plus nobles familles du pays. En 1576 (2), le roi créa Valentin de Grille viguier perpétuel, en récompense de ses services.

Son fils , Jacques de Grille , seigneur de Robias et d'Estoublon, lui succéda dans cette charge. Il eut de son mariage avec Pierrette de Meyran (17 décembre i58i) 5 enfants : 2 fils et 3 filles. L'aîné, Charles de Grille, seigneur de Robias et d'Estoublon, fut nommé viguier perpétuel en i63i. Il épousa Blanche de Forbin-Soliers dont il eu : 1° Jacques de Grille ; 2» Antoine de Grille, maître d'hôtel du roi, écuyer de la reine Anne d'Autriche, qui épousa Louise d'Azégat et en eût une fille mariée plus tard au marquis de Roquemartine ; 3° et 40 Thérèse et Pierrette de Grille , mariées dans les maisons de Quiqueran Beaujeu et de Bionneau d'Eyrargues (3).

(i) Nobiliaire de Provence, in-4*, Avignon.

(ï) Et non 1 579, comme le dit Artefeuil. V. Nobiliaire des B.-du-R. , p. 216, qui rectifie certaines dates relatives aux viguiers de Grille,

Ci) Voir Nobiliaire des B.-du-R„ p. 49.

Jacques de Grille (fils de Charles) , seigneur de Robias et d'Estoublon, fut pourvu de la charge de viguier, en i653, et nommé conseiller d'Etat par brevet de Louis XIV, du 19 mai i655. Il épousa Delphine de Sartres , de Montpellier , le 3 janvier i65i. En faveur de ses services et de ceux de ses ancêtres , le roi érigea en marquisat la terre d'Estoublon, par lettres patentes du 4 août 1674. Il eut de son mariage 1° François ; 2° Jean-Baptiste ; 3° Blanche- Thérèse de Grille qui épousa Jacques de Meyran^ seigneur d'Ubaye et de Saint-Vincent.

François de Grille , marquis d'Estoublon fut marié à Eugénie de Riquetti, fille d'Honoré, marquis de Mirabeau et d'Isabeau de Rochemore. De ce mariage sont issus 1° Jean-Baptiste-Hector ; 2° Jacques , prévôt de l'église d'Arles, abbé de la Grenetière ; 3° Honoré-François- Xavier , chevalier, puis commandant de l'ordre de Malte ; 4° Marie- Elisabeth , femme de Louis de Bouchet , seigneur de Faucon , conseiller au Parlement de Provence ; 5° Thérèse de Grille, épouse de Jean de Villardy, comte de Quinson.

Jean -Baptiste -Hector de Grille, marquis d'Estoublon, a laissé de son mariage avec Anne-Marguerite de Montgrand de la Napoule : i " Jean-Baptiste- Marie-Achille ; 2" Eugénie de Grille , mariée à Guillaume de l'Epine. Jean-Baptiste-Marie-Achille

de Grille , marquis d'Estoublon , épousa , le 5 février 1744 , Anne-Charlotte de Galian , fille de François -Pierre de Galian , duc de Gadagne. Il eut de ce mariage six enfants.

La branche des marquis d'Estoublon descend de Jean-Baptiste de Grille , deuxième fils de Jacques de Grille et de Delphine de Sartres , qui épousa , en 1695, Louise de Gleyse de Foiirchon, fille d'Antoine de Fourchon et de Catherine de Grille. Il en eut quatre enfants : 1° Joseph- Jean- Baptiste de Grille, qui épousa, en 1729, Françoise de Laugier Montblanc ; 2° Jacques, sacristain de l'église d'Arles ; 3' Antoine^ major général de l'armée commandée en Piémont par le chevalier de Belle-Isle et tué avec ce général, en 1745 ; 4" Jean - Baptiste de Grille , maître de camp de cavalerie et lieutenant dans la compagnie des grenadiers à cheval.

Les de Grille étaient alliés aux de La Tour, aux d'Arbaud, de Meyran , de Varadier, de Villages, d'Eiguières, d'Antonnelles, de Bastony, de l'Estang, de Piquet , de Romieu , de Quiqueran-Ventabren , de Badet, de Forbin La Barben, de Coriolis, de Villeneuve Trans, de Porcelet (i).

(1) Nobiliaire de Provence, Passim.

V. Bibl. Méjanes Ms 388, p. 26g, et au Ms 777, la généalogie des de Grille, jusqu'au milieu du XVI* siècle.

On y trouve mentionnés deux actes des 20 août 1449 et 26 juillet 1459, dans lesquels Jacques Grille est qualifié hono-

Jacques de Grille, sieur de Robias et d'Estoublon, fut maintenu dans sa noblesse, en 1667, P^** les commissaires chargés de vérifier les titres nobibiliaires (i). Nommé viguier à la place de son père,

rabilis vir, mercator Jannensis. Jacques de Grille fit cinq testaments success'fs dont ce recueil donne des extraits curieux.

« Jacques Grille, par l'abondance de ses richesses acquit la noblesse que sa naissance ne lui donnait pas. Il prend la qualité de noble dans son contrat de mariage, du 27 novembre 1444 (Not. Guillaume Raimondi), avec Magdelaine Boïe. »

Sur la famille de Grille, en dehors de l'Histoire de la noblesse de Provence d'Artefeuil, on peut consulter la Critique du Nobiliaire de Provence, Ms 800, de la Méjanes; Nostradamus, Hist. de Provence, Maynier, Histoire de la principale noblesse de Provence. La Toscane Française, par VHermite de Souliers. Le Recueil de ce qu'il y a de plus honorable sur les de Grille, par Benoît Castagneto, édit. de lôgS, enfin les Registres et Archives de la ville d'Arles.

La noblesse d'Arles, par P. Véran, p. i33.

Bonnemant. Notes sur l'histoire civile d'Arles, t. i, p. 17 et sqq .

Recherches historiques sur Beaucaire, Avignon, 1718.

Cfr. Nobiliaire des Bouches du-Rhône, p. log, au sujet des descendants actuels, encore établis à Arles. Devise : Nitimur in vetitum. Armes : de gueule à la bande d'argent, chargée d'un grillon de sable.

(i) Voir aux archives des B.-du-R. fonds Nicolaï, n" 102, Note de divers jugements de noblesse concernant plusieurs familles d'Arles et autres, qui leur sont alliées, rendus par les commissaires, députés par le roi en 1667, lesquels se trouvent dans les archives de la Cour des Comptes de Provence. On y lit les noms de François d'Ayguières, Joseph d'Arlatan de Beaumont, François et A ntoine de Barrême, Jacques de VE&tang, Jacques de Grille, Charles de Romieu, Jean Sabatier^ Louis-Gaspard de Saint- Andiol.

Cfr. le Tableau alphabétique du jugement de noblesse en «667.... fait par messire de Bonnand de Saint-Pons de la

il débuta dans ces fonctions le 22 nîars 1654 " auquel jour il fut mis en possession dudit office et assista au premier conseil de la maison commune (i). » En 1674, il vendit sa charge à Etienne de Meyran d'Ubaye (2) et devint trésorier de la ville. La même année Louis XIV lui donna des lettres de marquisat, « Les lettres de marquisat du sieur Jacques de Grille , sieur de Roubias et d'Estoublon , sont de cette année 1674, sçavoir sa personne et sa portion de la terre d'Estoublon, pour ses successeurs marquifiés (3). »

L'Académie avait déjà à cette époque (août 1666) certains statuts ou règlements que chacun des membres devait signer ; mais le Registre, oti nous trouvons cette prescription, n'a pas conservé le texte de ces statuts. Ce n'était vraisemblablement qu'une ébauche et il paraît même que l'on y attachait

Galinière, conseiller en la Cour des comptes, aides et finances de Provence, en 1780, archives des B.-du-R. Fonds Nicolaï, 102, Extrait des Registres du greffe de la commission pour la recherche des faux nobles (1666), ainsi que plusieurs autres pièces de ce même carton, (i) Annales d'Arles, Ms bibl. Méjanes, 806.

(2) Etienne de Meyran fut viguier d'Arles de 1674 à 1687, puis sa charge fut donnée à son fils, Jacques de Meyran, qui avait épousé une fille de Jacques de Grille. De 1574 a 172g, les familles de Grille et de Meyran fournirent tous les viguiers.

(3) Annales d'Arles, Ms de la Méjanes, 807, note marginale. C'est à tort que le Nobiliaire des Bouches-du-Rhône (p. 122) assigne la date de 1664 à l'érection du marquisat d'Estoublon,

très peu d'importance. Au mois de juin 1666, M. de Mellac de Montcalm (i) , conseiller au Parlement de Toulouse , témoigna le désir de faire partie de la nouvelle association , du « petit corps » comme dit le Registre. Il venait souvent à Arles, oti il avait des propriétés. Il se distinguait par une connaissance assez approfondie de la langue grecque.

II fut le premier membre admis par « le petit corps » et voici comment le Registre raconte son admission, à la date du lundi 21 juin 1666 :

« M. de Melac fut reçeu dans la mesme assemblée au nombre des académiciens, après leur avoir tesmoigné le désir qu'il avoit d'estre du corps et qu'on

(i) La famille de Montcalm est originaire du Rouergue, mais elle était fixée à Arles depuis nombre d'années. Elle a donné des sénéchaux du Rouergue, des juges-mages de Nîmes, des officiers distingués, des magistrats. Le premier Montcalm dont l'histoire fasse mention vivait au XIII* siècle. Les seigneuries de S. Véran, de Tournemire, de Viala, de Candiac, de Gozon, de Mellac appartenaient à cette famille. Robert de Montcalm, baron de Fresque, était président au Parlement de Provence, en ibj6. Pierre de Montcalm, conseiller au Parlement de Toulouse, était fils de Louis de Montcalm, conseiller à la Chambre de l'édit, séant à Castres. Il avait épousé, en i663, Madeleine de Vignolet, fille de Gaspard de Vignolet, président à la Chambre de l'édit de Castres. Un de ses frères devint aide de camp du maréchal de Schomberg.

Le marquis de Montcalm , maréchal de camp, le vaillant soldat qui se distingua par sa lutte contre les Anglais, au Canada (1712-1759) était de cçtte famille. Voir aux archives des B.-du-R., fonds Nicolaï, ni, plusieurs pièces relatives aux Montcalm.

l'eust proposé et agréé. Il fit un petit discours fort civil sur sa réception et parla ensuite sur la question proposée où il fit voir son érudition et les cognoissances qu'il avoit de la belle philosophie et de la langue grecque. On lui proposa l'observation des règlements ou statuts que chascun devoit signer, ce qu'il contredit avec quelques raisonnements touchant l'indépendance et la liberté de l'Académie (i). »

Ainsi, en pleine séance, les statuts étaient attaqués et traités d'inutiles, sans que le Registre mentionne aucune réclamation. Les choses changèrent après l'admission de M. de Grille. Il s'était astreint, par déférence , à toutes les formalités en usage et, en marge du Registre, on peut lire cette note significative : « Ledict sieur de Robias avoit rendu visite à chascun des académiciens pour leur demander en particulier leur consentement, quoy qu'il eust desja celui de l'Académie en général pour sa réception , et depuis l'Académie a faict une loi de cette visite, qui doit être inviolable (2) »

Peu de jours après, le 16 août, « on leut un long

(i) Registre, fol. 4, verso. — Le nom de M. de Montcalm ne figure pas dans la liste des académiciens donnée par le Ms 1060, de la Méjanes (p. 211) et selon P. Véran, l'auteur de ce Ms ainsi que du Sommaire des délibérations (conservé à la bibl. d'Arles), il n'aurait été admis que le 6 juin i66- . Il y a là une erreur évidente. Le nom de M. de Montcalm se trouve parmi les signataires des statuts, fol. 28 du Registre de l'.Xcadémie,

(2) Registre de l'Académie, fol. 10, verso.

discours de M. de Robias , par lequel il prouvoit l'importance et la nécessité de se faire des lois et de s'y soumettre (i). »

Il y avait une allusion évidente au discours de M. de Montcalm. Le Registre se charge de nous l'apprendre : « Notta que ce sentiment devoit être inspiré à l'Académie pour dissiper l'opinion où l'on l'avoit mise d'une prétendue liberté et indépendance (2) »

Déjà le 9 août, on avait examiné une lettre de l'abbé Jacques de Boche (3), chanoine et sacristain

(i) Registre de l'Académie, fol. 11, verso.

(2) Registre de l'Académie, fol. 11, verso.

(3) II était le frère du marquis Henri de Boche. Il y eût successivement quatre abbés de Boche , sacristains de Saint- Trophime : Jacques de Boche, protonotaire apostolique, aumônier de la reine, abbé de Lure, vicaire général d'Arles sede vacante. II avait été élevé auprès du cardinal de Guise et fut deux fois député à l'assemblée du clergé. Il était déjà en possession de son bénéfice en i63i. Le second, François de Boche, résigna son bénéfice à Henri de Boche, clerc tonsuré (19 août i655;, Henri de Boche, abandonna l'état ecclésiastique pour embrasser la carrière des armes et résigna ses bénéfices à son frère Jacques de Boche, clerc tonsuré, en 1659.

La prébende de sacristain semblait héréditaire dans cette famille. On sait que le sacristain était le troisième dignitaire du chapitre de Saint-Trophime : dans d'autres églises il portait le nom de trésorier.

Jacques de Boche était né en 1646 et il fut pendant plus de 60 ans attaché au chapitre de Saint-Trophime. Il embrassa les erreurs janséniennes et mourut de la peste, le 24 août 172 1, sans avoir voulu rétracter son appel et Mgr de Forbin-Janson Interdit l'abbé de Verd qui lui administra les derniers sacrements. 11 fut enterré, par les soins du commandant de Romieu, son parent et son ami, dans l'église ruinée de Saint-Bertulphe. Dans une Lettre d'un bénéficier de l'église d'Arles à un de ses amis sur la mort de l'abbé de Boche, sacristain de la même église, ib août 1721, nous lisons :

de l'église de Saint-Trophime , qui achevait ses études à Paris. Il demandait à faire partie de l'Aca-

« L'abbé dont nous pleurons la mort naquit sur la fin de l'année 1646. Dès l'âge de i3 ans, il entra dans l'état ecclésiastique et en possession de la dignité de sacristain, qu'il a gardée 62 ans. La suite de sa vie a fait voir que c'étoit Dieu qui l'appeloit et non la veûe d'un bénéfice qui l'attiroit à l'Eglise, Quoyque ce bénéfice soit d'un revenu peu considérable, il s'en est toujours contenté et il y trouvoit de quoy fournir à des aumônes abondantes; il en acquittoit les obligations par une assiduité aux offices divins, que les temps les plus rigoureux et ses infirmités ne pouvoient interrompre, il prevenoit tous les jours les matines par une demie heure d'oraison. Le temps que l'office luy laissoit vacant étoit employé à l'étude, h la prière, à l'instruction et au soutien des établissements de piété qui tous subsistoient par sa prudence et sa charité. La douceur, la modestie et l'amour de la retraite ont fait son caractère particulier, ce n'est pas qu'il n'eut de quoy fournira la société, la justesse de son jugement, la douceur de son esprit, son affabilité le faisoient chérir de tout le monde. 11 fut député du second ordre à la célèbre assemblée de 1682. Les plus respectables têtes du clergé connurent alors son mérite, et plusieurs ont voulu estre en relation avec lui pendant tout le reste de sa vie. Son érudition étoit le fruit d'une étude assidue, accompagnée d'un jugement solide qui saisissoit tout d'un coup les difficultés, et qui, sans se laisser éblouir par des solutions plus ingénieuses que réelles ne pouvoit se tranquilliser que sur la vérité. » p. 6. Cette lettre qui comprend 7 pages, in-4*', est conservée aux archives des B.-du-R., fonds Nicolaï, 107, p. 55, avec une série de pièces relatives aux de Boche, y compris la généalogie dressée, en 1660, par Henri de Boche et les titres originaux des bénéfices de François, Henri et Jacques de Boche. Henri de Boche mourut en 1721, quelques mois avant son frère, le sacristain, qui fut le dernier représentant de cette famille.

Les armes des de Boche se voient encore à l'une des clefs de voûte de la sacristie de Saint-Trophime d'Arles, construite en i655. La chapelle de la Transfiguration à Saint-Trophime appartenait à la famille de Boche.

demie dont il avait entendu parler « car elle avoit déjà faict du bruict dans le monde. » On accéda à sa demande, mais à la condition expresse que, à son retour, il remplirait les formalités prescrites et se conformerait aux règlements.

Le i6 août, on accorda à l'abbé François Flèche la faveur d'assister comme auditeur à l'assemblée ordinaire (i), ce qui l'engagea à demander à faire partie de ce « petit corps. » Le chevalier de Romieu,

(i) s M. l'abbé Flèche fut introduit dans l'assemblée comme auditeur, de l'aveu de tous, ce qui lui donna un grand désir de demander sa réception. » Registre , fol. 2, verso. L'abbé François Flèche appartenait à une famille très honorable de la ville d'Arles et il avait une certaine réputation d'éloquence. Les annales d'Arles nomment, parmi les consuls bourgeois de Tannée i663, un M. Flèche, sans doute parent de l'abbé. Aux archives des B.-du-R., fonds Nicolaï, n° 102, dans une pièce relative aux jugements portant décharge de l'amende imposée pour usurpation de noblesse (en 1667, 6 septembre), nous avons relevé le nom d'Antoine Flèche , à côté de celui d'Antoine Azégat, maître d'hôtel du roi (novembre 1668); Louis d'Azégat, gentilhomme de la chambre du roi (29 février 1668), également déchargés de l'amende qui leur avait été infligée à tort.

L'abbé Flèche s'occupait d'archéologie locale.

En i65i, on découvrit, devant les deux colonnes du théâtre d'Arles, une statue de femme qui fut donnée , en i683 , à Louis XIV. C'est la Vénus d'Arles. Les savants se divisèrent sur la question de savoir si cette statue représentait Diane ou Vénus (a). Avec Rebattu, avec M. de Grille, avec le P. Daugières, avec l'Académie presque entière, l'abbé Flèche pensait que c'était une statue de Diane et il inséra dans le Mercure une dissertation, pour établir cette opinion depuis lors abandonnée. Ce marbre est une copie de la Vénus en bronze de Praxitèle.

(k) V. Etudes sur Arles, par Estrangia, i8;8, in-8, p. ;6 et sq.q-

directeur , répondit à sa lettre du 2 3 août en lui indiquant les formalités à remplir, et ce fut après qu'il s'y fut soumis qu'on l'admit (3o août 1666). Grâce aux soins que M. de Grille apportait pour assurer l'observation des règlements, l'Académie se montrait désormais très sévère sur ce point. Il fut même résolu que l'on donnerait à ces règlements une forme définitive, et le 3o août 1666, une commission fut chargée de les élaborer. M. de Grille était désigné pour la présider et on lui adjoignit comme auxiliaires le secrétaire de Bouvet et MM. de Gageron et de Sabatier.

« Nous remarquerons, avant de passer plus avant, que ce fut dans cette assemblée (3o août 1666) où MM. de Gageron, de Sabatier et de Bouvet furent nommés pour conférer avec M. de Robias sur les statuts et règlements qu'il falloit dresser. Ils s'assemblèrent pour cela diverses fois chez ledit sieur de Robias , où ayant consulté les premiers mémoires de l'Académie, ils convinrent enfin de les mettre en ordre, en dressèrent le plan et le mirent en estât d'estre veu et examiné à la prochaine assemblée. M. de Robias donna tous ses soins et son application à cet ouvrage, et tut prié de donner les commentaires qu'il avoit fait pour cela (i). »

(i) Registre de l'Académie, fol. 12, verso.

Le travail préparatoire dura près d'un mois, et ce fut le 28 septembre 1666, que M. de Grille lut à la séance de l'Académie, son rapport très développé. Il commença par commenter longuement les statuts de l'Académie de Sienne, que le Registre reproduit « comme un avant propos des règlements de l'Académie d'Arles (i). «

Il fit, à ce sujet, une dissertation légèrement pédantesque sur laquelle nous passons rapidement, tn terminant , il déclara que les statuts de l'Académie de Sienne étaient beaucoup trop vagues , et insista sur la nécessité d'en adopter de plus précis , puis il proposa ceux qu'il avait rédigés , d'accord avec la commission

Ces statuts furent adoptés sans discussion. Le 18 octobre suivant, l'Académie, sur la proposition de M. de Grille, prit pour devise ces mots : Lœtabor genuisse pares et un lion entouré de lionceaux (2), et le 3o octobre « il fut résolu que l'Académie prendroit des armes , outre la devise , dont nous avons déjà parlé, qui seroient le lion de la ville,

(i) Registre de l'Académie, fol. i3, verso.

(2) Cette décision fut prise du consentement de tous les membres présents à la réunion « et parce que TAcadémie s'est proposé beaucoup de déférence pour tous ceux qui la composent, on pria M. de Sabatier qui s'en alloit à Aix, où M. de Gageron se trouvoit pour lors, de l'entretenir de cette résolution et d'en tirer son agrément qu'il apporta lui-mesme bientost après. » Registre de l'Académie, fol. 17, verso.

portant dans un cartouche, en lettres dor, ces mots : Academia Arelatensis , et que ces mesmes armes seroient le sceau de l'Académie (i). »

Les mille petits détails de l'organisation étaient ' prévus; et partout nous reconnaissons la main d'un homme habitué au maniement des affaires. Au mois de novembre, M. de Grille fut nommé secrétaire à la place de M. de Bouvet, malgré sa résistance et les excuses qu'il allégua (2). Le secrétaire était la cheville ouvrière de l'association et M. de Grille s'acquitta de sa nouvelle fonction avec beaucoup de zèle. 11 insista (3) sur la nécessité de conserver ^es pièces soumises au jugement de l'Académie, e^ organisa les archives de la société. Un peu plus tard, il rédigea un formulaire à envoyer aux membres externes, « qui pût servir généralement pour tous ceux que la compagnie voudroit agréger de cette manière (4). » Ce formulaire dispensait d'écrire à chacun une lettre différente, en réponse à leur demande d'admission.

(i) Registre de l'Académie, fol. 18.

(2) « Dans cette mesme séance (8 nov. 1666) M. de Robias fut prié d'accepter la charge de secrétaire de l'Académie , à jaquelle il fut installé nonobstant toutes les raisons d'affaires, de charges et autres excuses qu'il allégua. » Registre de l'Académie, fol. 20, verso.

(3) Séances du 29 novembre et du 6 décembre 1666.

(4) Séance du i3 décembre 1666, Registre, fol. 23 recto. Le Formulaire fut accepté par l'Académie, dans la séance du 28 dé" cembre 1666, tel que M. de Grille l'avait rédigé.

Le 22 novembre, il avait été prié par ses collègues « de faire le caractère de tous les académiciens , à quoy il n'a pas encore satisfait, alléguant pour son excuse l'occupation qu'il avoit de ramasser les divers mémoires de l'Académie pour les insérer au présent registre (i). )^ Il lui fallait , en effet , rédiger les comptes-rendus des séances et s'occuper de tout ce qui intéressait l'Académie.

Celle-ci continuait ses travaux et se réunissait régulièrement chez les PP. Cordeliers : chaque fois on lisait quelque pièce de vers ou de prose, quelque dissertation historique ou littéraire, sur laquelle on discutait ensuite. Pour éviter toute difficulté, il fut résolu que tous les ouvrages envoyés à l'Académie seraient examinés par deux ou trois commissaires désignés par le directeur en exercice. A la séance suivante, ce rapport était lu et soumis à l'approbation de l'Académie (décision du 29 nov. 1666).

Les critiques malveillantes avaient cessé, et Ton tenait à présent pour fort honorable de faire partie du « petit corps. » Les adhésions se multipliaient.

Le 4 octobre 1666, le sacristain de Boche, de retour de Paris assista à la séance , puis fut reçu le 25 octobre , « après avoir fait ses visites et ses civilités. » Selon l'usage, il remercia l'Académie par

(1) Registre de l'Académie, fol. 20, verso.

un petit discours, et le 3o octobre, il parla dans la la séance ordinaire « des principales actions de Henri IV. »

Le 2 5 octobre, le P. François Vinqy, religieux minime et orateur distingué, demanda le titre d'académicien. Sa lettre mit les académiciens dans l'embarras , car ils s'étaient imposé pour loi de ne recevoir aucune personne appartenant à un corps religieux. Après une longue discussion, ils admirent cependant le P. Vinay « en raison de ses talents supérieurs , » mais ils protestèrent « de n'accorder plus à personne cette faveur durant la vie de ce père , se contentant d'honorer en sa robe celle de tout Testât monastique (i). »

Le 14 novembre, le P. Vinay fut agréé comme académicien, il « fut introduit et fit sa harangue. »

Lorsque, un mois après (i3 déc), l'Académie reçut la lettre du P. Chérubin Rupé (2) qui sollicitait le même honneur, il y eut dans le « petit corps » une longue hésitation et quelques membres rappelèrent la loi expresse de ne recevoir aucun religieux. Enfin, il fut résolu que l'on donnerait au P. Rupé le titre d'académicien externe et ce fut à son occasion que l'on rédigea le formulaire , dont nous avons parlé plus haut,

(i) Séance du 3i octobre 1666 , Registre de l'Académie, fol. 18, verso.

(2) La lettre est écrite de Béziers et datée du 5 déc. 1666.

A la fin de l'année 1666, l'Académie se composait de i3 membres choisis parmi les représentants les plus en vue de la noblesse, de la bourgeoisie, de la magistrature, de l'armée et du clergé arlésien.

Tous étaient pleins de zèle, et les séances étaient très suivies. Non seulement les membres y apportaient leur concours personnel, mais encore ils examinaient nombre de pièces qui leur étaient soumises par des étrangers (i). Malheureusement, ces pièces étaient trop souvent des jeux d'esprit sans grande valeur.

Gardons-nous cependant d'une excessive sévérité et rappelons-nous .que les débuts de l'Académie française elle-même furent des plus modestes. Ses travaux furent d'abord assez médiocres et, en 171 3, Fénelon (2) voulait lui donner une nouvelle vie ne comprenant pas qu'une si illustre compagnie réduisît son activité à conférer sur des mots , entendre des harangues, aller en députation complimenter le roi, les princes et même ses propres membres, sur le moindre événement.

Le reproche renfermé dans les paroles de Fénelon était bien plus mérité par l'Académie d'Arles que

(i) « Ensuite on examina la pièce d'un père Récollet, recteur de théologie, et après l'avoir censurée on la renvoya. i> Séance du 2 juillet 1666. « L'assemblée, après avoir examiné et corrigé es ouvrages, les renvoya. » Séance du 26 juillet 1666. Voir le Registre de l'Académie.

(2) V. Le Mémoire sur les occupations de l'Académie fran" çaise.

par l'Académie française. Néanmoins il ne faut rien exagérer, et il faut tenir compte des mœurs de cette époque où la politesse était très méticuleuse et où les questions d'étiquette ne pouvaient, à aucun prix, être négligées.

Les académiciens d'Arles avaient de la bonne volonté. Le registre de l'Académie a conservé les titres des nombreuses dissertations lues et examinées par eux. Si, en général, elles sont de peu d'importance et si les panégyriques sont peut-être nombreux, elles témoignent du moins d'un sérieux effort littéraire (t).

(i) Voici quelques échantillons des sujets traités par les académiciens, d'après le Ms 1060, p. 8 à i5, et d'après le Registre de l'Académie.

Dissertation prouvant que la guerre est plus utile à la France que la paix.

Dissertation tendant à savoir qui est plus heureux du riche ou du pauvre.

Dissertation sur la félicité des maux.

Dissertation prouvant qu'il y a plus à espérer d'une femme qui paraît insensible que de celle qui a déjà quelque engament. •

La jalousie entre deux amants est-elle plus forte que celle entre deux concurrents de gloire?

Elégie en faveur de la liberté contre l'amour.

Si la véritable dévotion peut compatir avec la véritable galanterie.

Quel est le remède le plus assuré contre l'amour, le voyage, ou la guerre, ou le jeu .''

Ces messieurs s'étant avisés que Tibulle avait bien des pensées contre les bonnes mœurs, il fut dit et ordonné qu'il serait relégué dans le cabinet et banni à perpétuité de l'Académie.

Le 5 juillet 1666, M. de Gageron fit un discours historicjue des Horaces et des Curiaces,

Nous ne devons pas être surpris que les sujets rappellent beaucoup ceux qui étaient traités dans les anciennes cours d'amour. Le génie provençal n'avait pas changé, et la galanterie tenait une large place dans les préoccupations des gentilhommes qui composaient la noble Académie. Les dames n'étaient pas exclues de leurs réunions et, le 19 juin 1666, ^« madame Delphine de Sartres, épouse de Jacques

Le ig juillet 1666, M. Paul Antoine de Romieu, lieutenant du sénéchal en ce siège, adressa un long panégyrique à l'Académie.

2 juillet, directeur M. Giffon.

Assemblée extraordinaire, lecture, par le directeur, d'une harangue latine à l'honneur du corps.

Le 19 juillet, M. de Cays expliqua le commencement de l'Enéide.

21 septembre 1666, M. de Romieu fit le récit du commencement de l'histoire de Malte.

16 octobre, M. de Cays récita les principales actions de Pompée.,

29 novembre, M. de Sabatier fait un récit succinct au roi sur la levée du siège de Gironne.

20 décembre 1666, invitation de faire lecture de l'histoire et dé la géographie aux séances. M. de Cays, directeur, recommande la lecture de la Gazette.

Certains sujets étaient réellement scabreux. M. de Sabatier lut plus d'une fois des pièces très légères, et il n'était pas seul.

Sur l'impatience d'un amant pour le retour de sa maîtresse.

Sonnet sur une belle endormie dans un parterre et à laquelle une abeille avait piqué le sein.

Est-on plus malheureux d'aimer une femme qui nous fuit que d'être persécuté par une qui nous aime et que l'on hait.

Qui est le plus heureux, du mari qui possède sans être aimé, ou de l'amant qui est aimé sans posséder.

On voit que nous aurions tort de tout justifier et plus encore de tout louer.

de Grille, fit une dissertation par laquelle elle prouva que les académiciens doivent produire leurs ouvrages et ne pas les tenir cachés (i). » Les études historiques et philosophiques n'étaient pas oubliées, et M. de Sabatier racontait parfois quelque épisode de ses campagnes, tandis que le chevalier de Romieu donnait aux académiciens la primeur de ses recherches sur l'Ordre de Malte et que M. de Cays expliquait quelque passage de Virgile ou d'Horace. Faut-il aussi rappeler que ces gentilshommes maniaient souvent mieux l'épée que la plume, et que la littérature n'était guère pour eux qu'un passe-temps, une agréable et utile distraction ? Ils appréciaient du moins les choses de l'esprit à leur juste valeur et leurs efforts étaient dignes d'encouragement.

(i) Ms 1060, p. 6. Cfr. Registre de l'Académie, fol. 5, verso. C'était un des reproches que l'on faisait à l'Académie, et nous verrons que, plus tard, elle essaya d'y répondre.

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