CHAPITRE III
Les séances du 2 et du 3 janvier 1667. — Discours de M. de Grille sur les armoiries des académiciens. — Promulgation des statuts.
Jacques de Grille fut désigné comme directeur pour le mois de janvier 1667. Chaque nouveau directeur avait coutume de prononcer un petit discours, en prenant possession de la direction et en la quittant. Cet usage fut observé pendant plus d'un an , puis abandonné parce qu'il causait une perte de temps inutile (i). M. de Grille s'y conforma. « Le troisième jour de janvier (2) jour de lundy, dans la sale haute de l'Académie , au couvent des Cordeliers, M. de Robias commença sa direction ayant fait un petit discours , en forme de compliment à la compagnie , suivant la coutume. Après quoi il demanda la permission d'insérer dans le présent
(i) A la séance du 9 mai 1667. V. Registre, fol. 46.
(2) Registre de l'Académie , fol. 2g et s.q.q. Nous citerons le récit qui y est consigné, sans en rien retrancher à cause de son importance. Nous respectons même l'ortographe et ses capricieuses variétés.
registre ce qui s'était passé de mémorable pour le corps le jour précédant. »
Cette journée du 2 janvier 1667 fait époque dans les fastes de l'Académie d'Arles, car ce jour-là eut lieu la promulgation solennelle des statuts adoptés dans la séance du 28 septembre 1666 (i).
Voici le compte rendu inséré dans le Registre.
« Le deuxième janvier 1667 , les académiciens* priés par M. de Robias se trouvèrent à la messe solennelle du Saint-Ksprit , qui fut célébrée avec une grande cérémonie au maistre autel des RR. PP. Cordeliers. Après quoy il les traita chez lui où, à l'issue du dîné, l'Académie fut régalée d'une belle harangue prononcée de fort bonne grâce par un jeune enfant (2) qui présenta ensuite à ces messieurs douze distiques latins ou épigrammes ( 3 ) , sur le
(i) Registre de l'Académie, fol. 17.
(2) Le Registre ne donne pas le nom de cet enfant, qui était sans doute le fils d'un des académiciens, peut-être François de Grille, fils du secrétaire.
(3) Voir ce que nous avons dit plus haut de la séance du 22 novembre 1666, où M. de Grille fut chargé de faire le caractère de tous les académiciens. L'usage des devises était alors très à la mode. M. à^Arlatati de Beanmont en avait déjà envoyé à l'Académie. Dans les Recueils de la Bibliothèque Méjanes, nous avons trouvé de nombreuses devises, entre autres une Devise pour le Roi, par M. de Brianville, exemplaire ayant appartenu à Conrart ; et les Devises Héroïques sur les armes de Mgr de Colbert, à Paris, chez Sébastien Mabre Cramoisy, imprimeur du roy, 1667, par Orontius Fineus, pseudonyme dç M. de Brianville.
sujet de leurs armes dont le tableau estoit exposé sur la cheminée , dans lequel on voyoit l'escusson avec les pièces et esmaux d'un chascun, selon l'ordre des directions; et dont M. de Robias faisoit présent ce mesme jour à l'Académie, laquelle a trouvé bon de mettre ici au long la ditte harangue et distiques :
Messieurs ,
Votre académie a fait un si beau bruit dans le monde qu'il faudroit n'en estre point pénétré pour ignorer les belles vérités que la renommée en publie. Nostre ville est charmée de vostre heureux dessein. La province vous en loue, nos voisins vous en félicitent et toute la France vous applaudit ou vous admire. Cepandant , messieurs, qu'elle me dise les moyens de vous exprimer sa joye, je ne puis plus contenir la mienne, je viens vous la témoigner par quelques saillies d'amour que je ne nomme point, parce que je n'en cognois point la nature. Ce sont des pièces du cœur, si cela se peut dire, plustôt que de l'esprit qui ne sçauroient vous déplaire, si vous en considérez le principe. J'advoue, messieurs, que vous serez surpris de ma témérité si vous ne regardez qu'à ma taille, vous direz sans doute que je le porte bien haut pour un petit jeune homme et qu'il est bien difficile que tous mes efforts arrivent jamais à la hauteur de votre gloire ; j'espère pourtant, mes-
sieurs, que ce qu'il y a de defîaut dans cette entreprise sera réparé par mon intention et par la nouveauté de l'ouvrage , et tout cela par la bonté et générosité qui vous est naturelle.
Mais qu'ai-je à craindre en ce dessein
Pourquoy prédire ma disgrâce?
Les mesmes nymphes du Parnasse
Qui vous ouvrent leur sein,
Flattent ma jeune audace
Et me donnent la main.
Il est vray, sçavantes pucelles,
Que pour couronner mes héros Je me passerois bien de vos mains immortelles,
L'amour anime mes travaux Et luy-mesme a cueilli quelques fleurs assez belles Dont je leur ai tissu de guirlandes nouvelles Qui leur plairront mieux que tous les lauriers
Des conquérants et des guerriers.
Cela veut dire, messieurs, que pour dire du bien de vous, je n'ay besoin que de vous-m.esme, vostre nom est un éloge et il ne faut que vous bien définir pour vous bien louer. Qui dit un parfait académicien ne dit pas seulement un sçavant poli et un galant discret, un esprit doux et complaisant, mais un ami généreux, un bon citoyen et un fidèle sujet. Il n'a pas moins les vertus morales que les intellectuelles, c'est l'homme achevé, le composé véritable du sage de Sénèque et du courtisan parfait, il est enfin cet agréable universel que les jeunes gens se doivent proposer pour idée , à qui les dames ne peuvent
reffuser leur estime, que tous les grands honorent de leur amitié et les vieillards de leur approbation. Cela est si vrai", messieurs, que votre arrivée au Parnasse semble adjouter quelque chose à la félicité des dieux. Apollon s'en réjouit , il en félicite les Muses, il leur detfend le deuil et les chants lugubres, il fait des remercîments à vostre patrie qu'il appelle la mère et la nourrice des lions (i).
(i) Les armes de la ville d'Arles portent d'argent au lion léopardé , assis, la patte dextre tenant une hampe avec l'inscription S. P. Q. A., le tout d'or. Devise, tantôt: ab ira leonis, tantôt, Urbs Arelat. hostibus hostis et ensis (ces armes sont à enquerre, métal sur métal.)
« L'ancien blason de la ville d'Arles était un lion accroupi, d'or sur un fond d'argent, avec la demande du franc carton, fond d'azur avec une fleur de lis d'or. — Voici ce que porte, à cet égard, une délibération du conseil municipal d'Arles, du 24 novembre 1814, que je transcris littéralement : Nous lisons dans Suétone (in vita Tiberii , cap. IV), que, l'an 48 avant J.-C, César envoya dans notre ville Claude-Tibère Néron, père de l'empereur Tibère, pour y fonder une colonie composée de soldats de la sixième légion. Cette colonne prit pour armes un liort. A cette première autorité, nous joindrons celle d'un monument respectable, qui prouve que la ville d'Arles n'a jamais changé ses armoiries: nous voulons parler d'une médaille que cette ville fit frapper à la mort de Constantin le Grand. Elle porte de face la tête voilée de l'empereur, avec cette légende :
DiVO CONSTANTINO M. PrINC.
Elle a pour type un lion, et pour légende, memoriœ œternce. On lit enfin sur l'exergue : P. A. c'est-à-dire percussa Arelate. »
Les armoiries actuelles de la ville sont surmontées, depuis cette année 1837, de l'amphithéâtre en forme de couronne murale. Les trois tours de l'amphithéâtre construites dans le huitième siècle, individualisent la cité d'Arles; les mots Civ. Arel. remplacent l'ancienne devise ab ira leonis. Le dessin de ces ar-
Voicy, Messieurs, comment jose interpréter cet Apollon :