‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originauxChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

M. de Grille et M. de Vertron négocient l'aflaire des jetons de présence. — Prétentions de l'Académie de Soissons. — Difficultés avec l'Académie française. — Rôle de Vertron dans ces questions ( 1681-1G84).

M. de Grille n'était chargé d'aucune mission spéciale, mais il ne négligea pas les affaires de l'Académie (i). A peine était-il arrivé, queM.de Vertron vint lui offrir ses services. De concert avec lui, il fit nombre de démarches, malheureusement sans résultat. L'Académie, paraît-il, avait des ennemis ; M. de Grille revint à Arles, blessé dans son amour propre et froissé des procédés employés à son égard.

11 fit une relation succincte des choses qui intéressaient l'Académie « et dont il a esté l'agent, ou le témoin oculaire, dans son voyage ou séjour à Paris. « Il exposa « qu'il a faict divers voyages de Paris ù Saint-Germein, pour les affaires de l'Académie (2), qu'il

(i) En juin 1681, il disait à ses collègues a qu'il avoit esté six mois dans Paris, sans la qualité d'envoyé, ni d'agent ni d'cmbassadcur. » Registre de l'Académie, fol. 201, verso.

(2) Registre de l'Académie, fol. iy3, verso.

a veu le Roy et les puissances, qu'il s'est entretenu quelquefois avec les amis, et quelquefois avec les ennemis de l'Académie (car elle en a, et que cela ne vous surprenne point, messieurs, elle est d'assez bonne maison (comme l'on dit) pour en avoir). Il est vrai que ceux qui s'immaginent de nous flatter appellent d'un autre nom ces ennemis, on les appelle des envieux. Envieux ou ennemis, faux frères, jaloux, pauvres ou meschants amis, c'est tout la mesme chose, et nous avons essuyé, durant huit mois de temps, en diverses rencontres, la haine couverte et la jalousie manifeste de telles gens. J'ai veu souvent, continue M. le secrétaire, M. le duc protecteur, je l'ai entretenu fort confidemment de Testât de l'Académie royalle, de la nécessité qu'il y a pour la manutention de cet ouvrage de nous procurer les médailles. Mais, quoique les gens de cour aiment mieux, pour la plus part, estre soupçonnés d'un peu de fourberie que de passer pour inutiles ou impuissants, nous debvons ce tesmoignage à la vérité et à la candeur de M, le duc de Saint-Aignan, de vous dire, messieurs, qu'il n'a rien pu faire pour son Académie, sur le faict des médailles ou jettons que nous prétendions. Il n'a rien oublié ni de sa faveur, ni de l'amitié qu'il a pour nous, ni de son addresse ordinaire, pour obtenir de Sa Majesté, cette <i juste et légitime gratification. J'ai faict trois voyages pour cela à Saint-Germein, où je puis dire, sans me

venter de rien, que le zelle de vous rendre quelque service m'animoit si bien, que je m'estois oublié de soixante ans ou environ qu'il y a que je suis au monde ; le grand hiverd, les neges qui ont duré quatre mois et l'incommodité de l'aage ne m'ont point empesché de tenter fortune, comme l'on dict. J'y ai poussé et accompagné nostre nouveau confrère, le sieur rfe Vertron, je me suis aidé et ingéré en toutes ses prétentions, pour l'honneur de l'Académie. Ce n'est pas, messieurs, que ce moderne académicien ne soit bien capable de le soustenir cet honneur, mais comme l'ardeur qu'il a pour les belles lettres est un espèce d'emportement , qui a mesme faict de la pêne à quelques-uns d'entre vous, j'ai creu que je me debvois porter pour inspecteur de toute sa conduite, et l'adsister partout de tout mon mieux et de mes petits conseils. Ce M. de Vertron s'accompaigna de M. l'abbé Petit, qui est encore un de nos externes, pour le voyage de la cour. Nous estions assez pour remplir deux carroces, M. l'abbé Dolisvier (?) M. d'Abeilles, M. Ferrier, mon fils et mon frère fismes un peloton honorable de gens d'Arles, qui tous passèrent sur le compte du Parnasse, pour honorer le présent de livres que ledit Vertron faisoit à Sa Majesté, à celle de la rené, à M. le Daulphin,à M">« la Daulphine (i).- Les circonstances de ce présant sont diver-

(i) En marge: M. de Vertron présente douze livres de vclin escripts à la mcin, aux amis ou puissances de la cour. dorJs et

tissantes, mais elles ne vous satisfairoient pas à plein, puisque le tout se conclud à faire réciter ses ouvrages à nostre académicien, à le louer et à le remercier, sans autre chose. Il est vrai que le roi, pressenti par M. le duc de Saint- Aignan (i), touschant les principaux articles de la harangue dudict Vertron^ en fut satisfaict, mais comme le plus important de ces articles le pressoit de nous accorder la médaille, il se contenta de se faire faire une lecture de ce discours, et ne voulut point l'entendre de la bouche de l'autheur, qui servoit de bouche à T Académie royalle, en ce moment. 11 faut pourtant, messieurs, pour nostre gloire, autant que pour celle de Sa Majesté, que vous sachiez de quelle manière il eut la bonté de nous reffuser ! — « Sire, lui disoitle duc, je m'en va le faire entrer. Votre Majesté aura grand plaisir de l'ouïr lui-mesme, car je n'ai pas la grâce qu'a l'autheur en récitant son ouvrage. » — « Non, non, Saint-Aignan, dict le roy, je l'ai parfaitement compris, mais.... » — Et comme le duc insistoit sur ce mais, le roy répartit : « Mais je ne veux pas l'ouïr, parce que cela est trop joli, et Je ne pourrais pas me résoudre à le refuser. »

Vous sçavés, messieurs, qu'on ne pousse guères plus

blizonnés pour les estrenncs. Il s'agit probablement du Dictionnaire et des panégyriques dont nous avons parlé page 218.

(i) Le duc était alors de service à la chambre du roi. Voir plus haut p. 176, en note.

loing la conversation avec le maistre. Il falut se payer de cette eau béniste de cour, pour ce voyage. On en a entretenu despuis le roy à la chasse et dans son lict, et si le protecteur ne se trompe, il ne faut point encore désespérer de rien (i). »

En 1673, Colbert qui était le protecteur réel de l'Académie française , obtint du roi une somme annuelle « pour faire des jetons d'argent qui seraient distribués, au nombre de quarante, à chaque jour d'assemblée, aux académiciens présents. » Ces jetons en argent valaient 3o sols, et leur institution n'avait pour but que d'assurer une plus grande assiduité aux séances. Leur valeur était trop modique, pour qu'on put y voir un salaire qui gênait l'indépendance des académiciens.

Après l'érection de l'obélisque, à laquelle l'Académie d'Arles contribua activement, ses amis de Paris, Colbert, Charpentier, Rose, Saint-Aignan lui laissèrent entrevoir « qu'elle pourroit bien avoir le don des médailles, à l'instar de son illustre alliée l'Académie françoise(2).» Une lettre du marquis de Chàteaurenard, (juin 1676), entretint cet espoir, et le duc de Saint- Aignan, qui avait marié un de ses fils avec une fille de Colbert (3), croyait obtenir cette faveur du grand

(i) Registre de l'Académie, fol. njù.

(2) Registre de l'Académie, fol. i5o. Juin 1676. Cfr. t.I, p. 824.

(3) Paul de Bcauvilliers épousa le 20 janvier 1671, Henriette Louise, fîilc de Colbert. tn lôjo, il succéda à son porc qui se

ministre. Il profita de sa présence à la cour, en i68r, et du voyage de M. de Grille, pour essayer de mener l'affaire à bonne fin. La députation solennelle des académiciens d'Arles n'eût pas de résultat, et la réponse du roi, si gracieuse qu'elle fût, était une fin de non recevoir. Elle laissait cependant la possibilité de recommencer les négociations, et, lorsque M. d'Ubaye retourna à Paris (décembre 1681), ses collègues lui donnèrent des instructions, pour tenter un nouvel effort (i). Mais

démit de son duché-pairie, en sa faveur, tout en en conservant les honneurs, en vertu d'un brevet du roi. Voir le P. Anselme, t. IV, p. 701 et sqq., et la Galette de 1679-1680. Il fut gouverneur du duc de Bourgogne, en 1689, et joua un grand rôle politique.

(1) Registre de l'Académie, fol. 210.

M. de Grille ne pensait pas qu'il fallut se décourager, car après avoir raconté son voyage à Paris et manifesté ses regrets de n'avoir pas réussi, il ajoutait : « Après tout cela, messieurs, vous verrez dans mon autre relacion que nous ne sommes point condamnés à n'avoir point la médaille, qu'au contraire, il nous est permis de l'espérer, que le roy prist plaisir à la demande que lui fist la harangue du sieur Vertron, qu'il ne la voulut pas ouïr de sa bouche parce qu'il n'estoit plus en mesure de la reffuser, disoit-il. Cette manière de refFuser est obligeante, vous n'avez, messieurs et très chers confrères, qu'à vous obstiner contre l'envie et la fortune par l'exercice coutfnuel de vostre vertu> et le ciel faira le reste. » Registre de l'Académie, fol. 204.

C'était aussi l'avis de M. de Vertron :

". La quatrième seroit qu'il vous pleust de m'accorder généreusement une qualité, pour m'acquitter de vos ordres, envers messieurs de l'Académie françoise, et à la cour, de vos prétentions auprès de Sa Majesté, sous les auspices de nostre pro tecteur, qu nous a promis de ne se lasser point de demender la médaille tant désirée, et que vous mérités si bien, et que nous n'avons point encore pu oplenir, malgré nos soings. Monsieur vostre secrétaire, vous aura sans doubte expliqué toutes les choses qui se

l'affaire n'eût pas de suite et l'Académie d'Arles ne fut jamais gratifiée des Jetons de présence.

Cette prétention n'avait cependant rien d'exagéré.

L'Académie française accordait volontiers les jetons de présence à ceux des académiciens d'Arles, qui assistaient à ses réunions. En 1670, MM. de Chdteaurenard, Roubin et de C asti l Ion ; en 1675, Giffon; M. de Grille, à plusieurs reprises, reçurent les jetons. Ce dernier assista, le jeudi, 28 mars 1681, à la réception du président Potier de Novion (i). 11 avait été invité à cette séance par « le bon homme Mézeray, secrétaire de l'Académie francoise. »

M. de Grille y fut traité avec honneur « par tous ceux qui le connaissoient pour Robias >% mais il fut peu satisfaist « de n'avoir pas reçu tout ce que vous méritez (disait-il à ses collègues) et bien moins qu'on n'en debvoit à l'un de vos envoyés, qui vous représentoit en cette rencontre. » La relation de cette séance, consignée au Registre (fol. 196-197), abonde en détails piquants et en réflexions spirituelles. Mal-

passcrent à la réception que rist la cour à mes ouvrages. J'cu> l'honneur de l'accompaigner à Saint-Germain, et il fust tesmoin que tout ce qui se passa dans cette conjuncture fust bien moins glorieux pour moy que pour rAcadcmie... d Lettre de Vertron, ! Paris, ce i5 mai 1G81. Registre de l'Académie, fol. 200.

(i) Le président Potier de Novion mourut en lOy?. Il fut remplacé par Goibaud Dubois qui mourut un an après, et ce fut l'abbéCharles Boileau qui lui succéda à l'Académie.

Un fils du président fut évéqucdc Sisteron, puis de Grasse.

gré les éloges donnés à l'Académie française, on sent percer un très vif mécontentement de ce que les jetons de présence ont été refusés, et M. de Grille n'hésite pas à dire que les académiciens de Paris s'y sont opposés et ne « rendent pas tout ce qui est dû » à l'Académie d'Arles. Dans une autre pièce, (Reg. fol. 202, verso, 204) en forme de lettre, écrite par M. de Grille à ses « chers et illustres confrères ?, il accuse même le duc de Saint-Aignan de n'avoir pas défendu assez courageusement les intérêts de l'Académie, soit dans la question des jetons de présence, soit lors de la réception du président de Novion.

« Je fus un peu consterné, je vous l'advoue, de sa prudence ou de sa politique (i). après les faveurs que j'en avois reçues, qui me semblèrent des arrhes de celles que nous devions recevoir. Il y avoit lieu d'estre surpris que ce brave protecteur, qui n'a jamais eu peur de ses ennemis, eust peur en cette rencontre de se commettre avec ses bons amis de l'Académie françoise. Car, messieurs, il ne fist point, comme j'avois lieu de m'y attendre, il ne fist point connestre vostre Académie par son secrétaire qui estoit là tout près de lui, il ne parla point de la médaille que je debvois recevoir, du consentement de l'illustre assemblée, ce qui auroit esté un grand argument en faveur de nos prétentions.

(1) Registre^ de l'Académie, fol. 202, verso. — En marge: Politique fatale et opposée à l'esprit vif et rond des provençeaux.

En un mot, je ne fus point reconnu, je ne vis point d'effect de nos espérances, elles furent trompées ou peut être trompeuses, car, messieurs, je ne debvois point m'y fier (i). »

Ces aveux, ces plaintes contre le protecteur furent arrachées au marquis de Grille par ses collègues qui avaient deviné, à travers son premier récit, un mécontentement, sur lequel il ne s'expliquait pas assez ouvertement (2). 3o juin 1681.

Il ressort de la lecture de ces pièces que les rapports avec l'Académie française avaient perdu beaucoup de leur cordialité.

Les entreprises de M. de Vertron contribuèrent encore à rendre ces rapports plus délicats. Il avait profité du séjour du marquis de Grille à Paris, pour se

(i) M. de Grille était encore plus sévère, pour rAcadémie française : « Enfin, messieurs, ces grands esprits de l'Académie françoisc sont subjets, comme les nostres et comme les moindres, aux faiblesses, aux béveues de l'humanité, à l'orgueil, à l'amour de soi-mesme, à l'envie et aux autres passions. J'ai reconnu surtout qu'ils n'aiment point les épces, et si j'eusse quitté la mienne, le beaudricr et le chapeau gris, j'aurois esté plus considéié: les poètes de profession, les faiseurs délivres, les gens à médaille ne fraternisent guairc volontiers avec personne; ils ne rient que du bout de dcns avec les académiciens de campagne, (c'est comme ils appellent tous ceux qui sont estrangers de leur Académie) et c'est un sentiment romein, les anciens Romeins appclloient tous les peuples Barbares, qui n'cstoicnt pas subjets, ou alliez de la Rcppubliquc. » Registre de l'Académie, fol. 2o3, verso.

(i) Rcsistrc de l'Académie, fol. -201, verso.

donner de l'importance, et comme c'était un esprit sans cesse en mouvement, au mois de mai 1681, il informa ses collègues des nouvelles idées qu'il poursuivait a tout malade qu'il est, pour les avantages de la compagnie. » « J'espère, messieurs mes chers et illustres collègues , que vous les recevrez d'autant plus agréablement qu'elles sont justes, et mesme approuvées de notre protecteur, qui soustint samedi dernier dans lAcadémie Françoise les intérêts de l'Académie royalle, selon la relacion fidelle qu'il m'en fist lui-mesme le mesme jour, et c'est ce qui m'a esté confirmé despuis ce temps-là par quelques académiciens de mes amis (i). »

11 exposait la nécessité de réclamer expressément, pour les académiciens d'Arles, le droit d'assister aux séances solennelles de l'Académie française, comme aux fêtes de Saint- Louis, aux réceptions de nouveaux membres. « Je sçay bien, disait-il, que l'Académie royalle est la fille aînée de la françoise^ et qu'en cette qualité elle debvroit jouir des mesmes honneurs, mais le dirai-je messieurs ? il n'est que trop vrai, ce droit d'ainesse ne lui servira que dans son pays, si nous laissons faire à l'envie, et la cadette pour s'estre volontairement soubmise à donner tous les ans un tribut, prétend avoir seule droit d'estre assise auprès de sa mère, dans ce grand jour qui approche de la distribution des

(i) Registre de rAcadémie, fol. 199, verso.

prix. Quoi, messieurs, souffrirez-vous ce déshonneur sans murmurer ? »

Il parlait ensuite de la composition d'une grammaire française, à laquelle il travaillait et qu'il offrait de communiquer à l'Académie royale, afin « qu'elle eust l'honneur d'avoir contribué à fixer la langue ^ comme l'Académie françoise par son dictionnaire. » En troisième lieu, il expliquait son projet de fonder un journal académique (i). Enfin, après avoir rappelé ses efforts pour obtenir la médaille, mentionné les éloges que le Journal des Sçavans, donnait à ses œuvres et cité un mot du duc de Saint-Aignan qui l'avait désigné comme chancelier de l'Académie chez M"»* la Dauphine, en présence du roi, (ce qui avait été relevé par le Mercure Galant) il terminait en demandant instamment une lettre de créance, soit comme chancelier, soit comme député, qui lui permit de revendiquer officiellement les droits des académiciens d'Arles, auprès de l'Académie française.

Il affirmait, du reste, qu'en cela il serait appuyé par le protecteur, aux ordres duquel il se conformerait toujours, ainsi qu'aux indications de ses collègues (2).

L'Académie de Soissons, dont Vertron se plaint, entretenait un député à Paris, et essayait, paraît-il, de

(i) Voir plus haut p. 239, note.

(2) Registre de l'Académie, fol. 199, verso, et 200. Séances de juin. La lettre de Vertron est datée de Paris, i5 mai 16H1.

supplanter l'Académie d'Arles, dans les bonnes grâces de l'Académie française.

Il importait donc de conserver les avantages que l'affiliation avec ce corps assurait à l'Académie d'Arles. Il est vrai que l'Académie de Soissons avait été affiliée elle aussi à l'Académie française, grâce à la protection de Colbert, de Pellisson et de Patru, à la condition de prendre un protecteur dans son sein et de lui payer le tribut annuel d'une pièce en vers ou en prose. Elle avait été fondée, en 1674, par lettres patentes du roi et son premier protecteur fut le cardinal d'Estrées, ancien évêque de Laon, Elle avait pris pour devise (1675) un aiglon s'élevant vers le soleil à la suite d'un aigle, avec ces mots : Maternis Ausibus Audax {i). Elle se disait, non sans raison, elle aussi la fille de 1 Académie française.

« Le 27 mai 1675, il v eut, en présence de Colbert,, une séance solennelle de l'Académie française, où furent reçus les députés de cette fille nouvelle. La séance était présidée par Segrais. L'orateur des députés de Soissons, M. Guérin célébra l'honneur qui leur était fait d'être élevés à l'alliance d'une compagnie qui était dans toute l'Europe, le modèle de la politesse et de l'éloquence (2). » On avait connu, en

[i) La France littéraire, vol. I, p. 134. Mémoires de la société Archéologique de Soissons, t. XIV, 1860. Histoire de Louis XIV, par les médailles par le P. Menestrier, in-fol. 1700, p. 3-2.

(2) Bouillier. l'Institut et les Académies de province, p. 4'J.

son temps, à Arles, cette affiliation, mais on ne s'en était pas ému (i).

Le moment était venu cependant, où ï Académie francoise de Soissons (ainsi qu'elle s'intitulait) devait porter ombrage aux arlésiens. Les bonnes relations s'étaient entretenues régulièrement entre les Académies de Paris et de Soissons, et le tribut avait été envoyé très exactement, ainsi qu'en témoignent les Recueils de l'Académie française. Les ouvrages étaient lus dans la séance publique de la Saint- Louis par le député de Soissons, qui était admis à siéger et avait même pris part à la distribution des Jetons « qui est un honnesteté et non une chose due, » disent les Registres de l'Aca-

(î) « On leust encore en cette séance (lundi, 5 août i675)quelque prose et quelques vers que ces messieurs de l'Académie francoise nous envoyoient, et qu'ils estoient bien aise de faire voira l'Académie royalle. C'estoit un petit livre imprimé de cette année 1675, chez Pierre Petit, contenant les discours prononcés à l'Académie francoise, le jour que messieurs de l'Académie de Soissons sont venus lui faire compliment, sur l'establissement de leur Académie. Ce livret contient la harangue de ces messieurs les modernes académiciens de Soissons, un discours de M. de Segrais, directeur de celle de Paris, qui respond à celle de ces messieurs, un autre harangue prononcée en raesme temps et au mesmc lieu par M. l'abbé Tallement, quelques petits vers leus par M. Cottiu et la Furetière, et le tout concluant pour les louanges du roy. Cet imprimé est déposé dans l'Archisve, comme tout ce qu'on envoie du dehors à l'Académie royalle. » Séance du 5 août 167.^. Registre de l'Académie, fol. 134.

Le discours de M. Guéritt est dans le Rccidcil des harangues prononcées à l'Académie Françoise, Paris, in-4% i(jy8, p. ibi, et la réponse de Segrais, p. .:!>3.

demie française. Jusqu'en 1692, il ny a pas de lacune et les sujets sont mentionnés, année par année.

Les académiciens d'Arles, au contraire, n'avaient que très rarement envoyé leurs travaux à l'Académie, et ils avaient un peu négligé ces communications^ sous prétexte qu'ils n'y étaient pas obligés, oubliant qu'elles étaient, du moins, un acte de légitime déférence. Il était donc à craindre que les relations entre Arles et Paris ne devinssent de plus en plus difficiles et que l'Académie de Soissons,plus rapprochée et plus active, ne prît pour elle le titre de fille aînée *de l'Académie française. L'Académie d'Arles tenait singulièrement à ce privilège : elle était disposée à le revendiquer, de tout son pouvoir. La lettre de Vertron attira l'attention sur ce point délicat, et, après examen, on rendit hommage au zèle de ce confrère. On convint qu'il était juste de lui envoyer les pouvoirs nécessaires, pour agir au nom de l'Académie, tant dans l'affaire de Soissons, que pour le projet des propositions dont il parlait. Le titre d'agent ou de député parut suffisant ; quant à celui de chancelier, il fut écarté, sur la motion de M. d'Ubaye, qui représenta a qu'on croiroit que c'est une mocquerie de donner un tiltre dechancellier à un homme qui est à Paris dans un corps qui est en Arles .. Tous ont esté de ce sentiment, et l'on a prié M. le secrétaire d'escrire audict de Vertron qu'il se defface de cette pensée de chancellier,*que cela lui se-

roit moins honnorable qu'il ne se l'immagine, mais qu'il peut s'appeler l'agent ou le député de l'Académie royalle (i). »

Le même Jour, M. de Grille écrivit au protecteur « pour modérer le cœur et le zelle de ce moderne académicien, » et pour lui demander son appui (2). On

(i) Registre de l'Acadcmie, fol. 200, verse. « M. de Cays adict que s'agissant des assistances honnoraires aux festes solennelles de l'Académie françoise, il ne fault pas abandonner ce droit impunément à MM. de Soissons. » M. de Cays, M. de Sabatier, MM. Flèche et Giffon furent de cet avis et M. de Grille annonça qu'il écrirait au protecteur « pour modérer le cœur et le zcllc de ce moderne académicien » qui demandait à l'Académie de régler ses pas, de conduire sa langue et de modérer son cœur.

Voici la lettre adressée à M. de Vertron : « Tous ces messieurs qui se trouvèrent à l'assemblée de lundi passé ont reconnu dans vostre lettre ce beau zelle qui vous anime pour la gloire de l'Académie royale. Ils m'ont prié de vous respondre pour tous qu'on ne manquera jamais d'amour et d'estime pour vostre personne. Pour ce qui est du titre de chancellier, nous en cscrivons à M. le protecteur et tout ce qu'on a pu résoudre là dessus, mais on n'a pas cru que ce tiltre peust convenir avec un absent; pour les idées que vous proposez touschant nos ouvrages, on ne sçauroit vous savoir mauvais gré de ce beau dessein, qui semble mettre cette Académie en parallèle avec l'Académie françoise ; du reste voilà une lettre de créance pour ce que vous nous dcmcndez et une autre de recommendacion pour M. le duc, dont vous vous servirez pour les avantages que vous nous avez promis. Nous sommes, etc. » Du ig juin 1681.

(2) « Nous envoyons une commission à M. de Vertron pour agir comme nostre député, (mais toujours soubs vos auspices) auprès de messieurs de l'Académie françoise. Vous nous avez recommcndé ce cher confrère et c'cstoit bien assez pour le faire regarder comme un illustre, de quelques yeux qu'on le regarde. Mais quelque grand que soit son mérite, il a bien jugé qu'il auroit besoing de vos lumières, et que sans elles on ne pourroit

s'adressa à IWcadémie française, pour la prier d'entendre M. de Vertron, et de « faire justice à certaines propositions et très humbles remonstrances » qu'il devait lui faire (i).

Au mois d'août 1681, M. de Vertron soumit à

jamais dissiper l'envie et la jalousie de nos rivaux, si nous en avons. C'est pour cela, Monseigneur, qu'il s'addresse à vous et que nous %'ous supplions très humblement de lui donner vos ordres, de régler sa conduite et son zelle, et de nous honnorer en sa personne d'une protection particulière. II vous remetra ses lettres et sa commission, comme voulant dépendre de vous en toute chose, c'est comme l'entend vostre Académie et vos très humbles... » Registre de l'Académie, fol. 201. Ce 18 juin 1681. (i) « Si la fortune ou l'envie nous avoient suscité quelque grande affaire, nous ne voudrions pas d'autres juges que vous. Vous seriez par nostre consentement ce que vous estes desjea par la voix publique, les organes et les interprètes de la souveraine raison. Mais, messieurs, le tribunal de l'Académie françoise ne nous semble pas establi- pour décider simplement de la prescéance entre les langues. Il doibt l'estre encore pour meintenir l'intention de Sa Majesté lorsque l'occasion s'en présente, surtout la connessant mieux que personne, et vostre exemple et vostre respect la pouvant faire connestre à tout le monde. Elle a bien voulu la faire connestre à toute l'Europe (cette intention) lorsqu'elle nous a favorisé de ces patantes, qui nous élèvent jusqu'à l'honneur de vostre alliance. Cela fusi faict dans le commencement avec tant de bonté de vostre part, qu'on a pu croire (sans nous trop flatter) que vostre approbation avoit prévenu ses ordres et sa volonté. C'est donc autant pour l'honneur de vos bienfaits, que pour faire valloir les grâces royalles, que nous vous supplions très humblement, messieurs, de nous vouloir ouir en la personne de M. de Vertron, nostre député, de faire justice à certaines propositions et très humbles remonstrances qu'il vous laira de nostre part, et de vous souvenir que l'Académie royalle d'Arles est la première sœur ou la première fille de l'Académie françoise, comme nous sonimes avec beaucoup de respect, etc. » Du 18 juin 1Ô81. Registre de l'Académie, fol. 201.

l'Académie d'Arles a le projet de tous les desseins qu'il a pour l'honneur de ce corps » et informa ses collègues, que le duc de Saint-Aignan avait reçu la lettre du i8 juin. Ce dernier n'avait pas encore jugé à propos d'y répondre, non plus que l'Académie française, ce qui n'était pas sans étonner beaucoup les savants arlésiens (i). De Vertron envoyait des vers, toujours en l'honneur du roi « qui furent lus avec plaisir et estimés dignes de l'Archive, » en particulier le poème d'environ cent vers sur la devise du roi : quieto similis^ qui était le sujet du concours pour le prix de poésie à l'Académie française, cette année-liï.

Le protecteur avait tenu compte de la lettre de l'Académie , et s'était intéressé au succès des efforts de Vertron (2). Attaché par son service ù la cour, il n'avait pu quitter Fontainebleau, mais il avait vu M. Rose et avait écrit à Mézeray, le 9 août 168 1 (3) : Monsieur,

a Lorsqu'il pleust au roy d'accorder ses lettres patentes à l'Académie royalle d'Arles et d'ordonner mesme à M. Le Brun de lui faire le dessein d'un sceau, dont elle honnora cette compagnie, lorsque M. de Chasteaurenard eust l'honneur de faire un

(i) Registre de l'Académie, fol. 204, verso. Les icaics ci le» vers de M. de Vertron furent lus à la sc^ancc du lundi, 18 août 1681, aux Cordclicrs.

(2) Voir le Recueil des pièces présentées pour les prix dc l'annéc i08i, Paris, Coignard, 1697, in-ia.

(3) Registre de l'Aciulcmic, fol. 2o5.

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compliment de sa part à messieurs de l'Académie francese, et enfin, monsieur, lorsqu'il vous pleust de faire asseoir ce député et que MM. Charpentier et Cottin le furent vers moi qui ne le méritois pas, pour me tesmoigner la satisfaction de cette illustre compagnie et pour m'assurer qu'elle recevoit avec plaisir celle d'Arles pour sa cadette, dans tous ces temps-là, nous ne prévoyons pas que celle de Soissons lui deubt un jour disputer le pas, ni prétendre à des honneurs que nous n'avons pas obtenu despuis. Messieurs de TAcadémie françoise sont trop justes et trop esclairés, pour nous laisser concevoir cette crainte, et vous, monsieur, trop persuadé de l'estime et de la vénération que jay pour vous, pour m'abandonner en cette importante occasion, puisqu'en vérité il y va de ma gloire que messieurs d'Arles ne reçoivent pas un desplaisir de cette nature, et voulant bien honorer ces deux compagnies du nom de vos cadettes, celle de Soissons ne recevra point d'affront de se trouver la seconde. J'en ai parlé ici à M. Rose, qui ne m'a pas tesmoigné y trouver aucune difficulté. Je ne prends donc point le parti d'interrompre mon assiduité en ma charge, pour aller à Paris vous en supplier et vous représenter nos raisons, ni celui d'en parler au roy et je me contenterai de ces dilligences et de vous asseurer que je suis tous- )ours parfaictement vostre très humble et très obéissant

serviteur,

Lf. duc de Saint-Aignan. »

« J'en ai aussi parlé à M. l'abbé Tallemant, major, et qui est entré dans mes sentiments. J'ai cru vous en debvoir rendre compte. »

Cette lettre fut lue à l'Académie d'Arles, au mois de septembre, avec celle que le duc envoyait le même jour à M. de Vertron, en lui communiquant celle qu'il adressait à Mézeray : « Je ne vous dis rien, monsieur, ni sur vostre creinte, ni sur ma promptitude à la terminer. La lettre que je vous envoie à cachet volant pour M. de Mézeray, finira la première et vous faira approuver l'autre. Tout ce que je peux vous dire dans les grandes occupations que les divertissements du roi me donnent ici, c'est qu'il n'y a rien que je ne quitte pour servir messieurs de l'Académie royalle d'Arles, et pour vous tesmoigner combien je suis tousjours, monsieur, vostre très humble et très obéissant

serviteur,

Le duc de Saint- Aignan (i). «

Lorsque les voies furent ainsi préparées, M. de Vertron se présenta devant l'Académie française, dans les premiers jours de septembre. « Enfin, messieurs, écrivait-il le lo septembre 1681, par ses instances (du protecteur) et sous vos auspices, j'eus l'entrée dans l'Académie françoise au Louvre samedi passé, oU je fus reçeu en confrère député de vostre illustre corps. Le sieur Quinaut le fust pour me venir recevoir à la

(0 RcRistri.' (le r.\..,u. M,,L , :

première porte et me conduire jusqu'à ma place, qui fust dans un rang honorable d'académicien. Monsieur vostre illustre secrétaire, auquel j'escris au long toute cette réception, vous en entretiendra s'il lui plaist. Je fus honnoréde la médaille et M, l'abbé Doujat, directeur, me fit compliment. Je suis, etc. (r). »

M. de Vertron répendit par un discours a qui fust trouvé (sans vanité) fort bon et duquel il reçeut les félicitations de tous ces messieurs. >> Dans sa relation, il donna les plus exacts détails de tout ce qui se passa,

II présenta à l'Académie française les propositions suivantes :

Une grammaire françoise , dont on donnera de temps en temps des mémoires pour estre examinés, selon l'usage, les règles et l'esprit académique, et par occasion une concordance des langues, sur la syntaxe et sur la propriété du discours (2).

Quelques marques honnorables de distinction entre

(i) Registre de l'Académie, fol. 2o5, verso. Toutes les séances du mois de septembre 1681 sont consacrées à M. de Vertron. La lettre dont parle M. de Vertron fut jugée « trop longue, pour être insérée dans le Registre. » On se contenta de l'analyser.

(2) Registre de l'Académie, fol. 2o5. L'article i" relatif à la proposition d'une Grammaire devance le projet semblable de Fénelon qui voulait qu'on joignit une Grammaire au Dictionnaire. fLettre à r\cadêmie. 1714).

— 2fi4 — la fille aînée de l'Académie Françoise et toutes les

autres.

Une place pour quelque accadémicien dans les jours des plus grandes solennités, et la liberté d'y lire, ou d'y prononcer quelque pièce, sans oblig-acion.

Des audiences favorables et particuUières, pour les députés qui auront quelques grandes affaires à communiquer, quelques doubtes à proposer, quelques pièces choisies à produire ou quelques décisions utiles à demender, sur l'éloquence, sur la poésie, sur la langue et sur la grammaire.

Mais affin de marquer nostre zelle pour les beaux arts, nostre considération pour l'illustre Académie françoise et nos respects pour son protecteur, nostro invincible monarque , nous vous demendons , messieurs, pendant l'octave de Saint- Louis, de lire une pièce de prose faicte sur cette grande feste.

« L'Académie royalle d'Arles, conclut M. de Vertron, espère de vous cette justice, qu'elle veut bien recevoir encore comme une grâce et comme un tesmoignage d'amitié et mesmc de distinction ; elle ose se flatter, messieurs, en qualité de vostre fille aînée, de cet espoir qu'en continuant ses travaux académiques et ses respect désintéressés, elle servira un jour de matière aux

triomphes et aux éloges de l'Académie françoise (i). > Les propositions furent remises à Méieray, secrétaire perpétuel (depuis 1675), et l'Académie promit de les examiner avec soin et « de prononcer en dernier ressort »

Le marquis de Grille, après avoir exposé tous ces faits, dont Vertron lui avait adressé une longue relation, déclara qu'à son avis, « Messieurs de l'Académie françoise, sont trop politiques pour prononcer descisifvement, sur tous ces chefs et surtout pour ce qui regarde la distinction de celle d'Arles avec les autres, qu'ils prendront pour excuse infailliblement de ne pas risquer de se faire une affaire, pour celle de Soissons avec M. le cardinal d'Estrées, et pour le consentement ou l'approbation que demande le sieur de Vertron de composer une grammaire, une syntaxe, etc., il croit que ces messieurs les gros scavants, ne voudront pas qu'on coure sur leur marché, comme l'on dit, ayant contracté tacitement (ce semble) avec toute la France qu'ils fairoient, pour elle et pour les estrangers, le dictionnaire, la grammaire et tout le reste, qui peut servir à l'ornement et embellissement, fixation et affermissement de la langue (2). »

On approuva très fort M. de Vertron de n'avoir pas pris l'engagement formel, pour l'Académie, d'envoyer quelques pièces de vers ou de prose, et quant à la

(i) Registre de l'Académie, fol. 206.

fz) Registre de l'Académie, fol. zoG, verso.

préséance, on se persuada, d'après les lettres du député, « que messieurs de l'Académie Françoise ne veulent ni supérieurs ni esgaux, et que les Académies royalles et Soisonnes auront l'exclusisme (i). »

Très satisfaite des démarches de M. de Vertron et trop indulgente pour ses multiples productions, l'Académie pensait, à la fin de septembre i68r, que « son esprit est bien digne de l'Académie, et que c'est pour la bonne fortune de son corps que cet accadémicien se soit donné et habbandonné si plainement.avec tant de

(i) Registre de l' Académie, fol. 206, verso. Septembre 1681.

« Il est vrai que le sieur de Vertron exposant ses propositions à messieurs de l'Académie françoise a dict que lorsque de la part de la royalie, on leur apporteroit quelques discours, ouvrages, etc., ce ne seroit pas un tribut, auquel l'Académie de Soissons cstoit obligée, mais une espèce de commerce et comme un tesmoignage d'estime et d'amitié. M. N. a dict que sans faire trop le politique, ou le bel esprit, on peut juger que cette proposition seroit csludée, à cause que c'est de la dignité d'une souveraine de réduire les choses arbitraires en nécessité, ou de n'en vouloir point. L'événement seul peust vériffier cette conjecture.

On demende le succès de la principale commission de M. de Vertron, qui n'estoit autre que de précéder messieurs de l'Académie de Soissons, dont il semble ne dire mot dans toutes ses letres et relacions. Monsieur le secrétaire a dict qu'il a rapporté les choses qu'on escript pour les affaires de l'Adadcmie, chascunc en son rang, et pour ce qui regarde la feste Saint-Louis et la prescéance prétendue de messieurs de Soissons, il infère des letres du sieur de Vertron que ces messieurs se sont faict justice cux-mesmes, qu'ils n'ont point paru, comme ils firent Tannée passée, pour les solennités de la fcste, le tout se passa fort froidement à ccqu'cn escript ce confrère, quoiqu'il n'y adsistat point, mais qu'il le sçait d'original. Je n'y paru point, dict-il, n'y voulant point parcstrcsanscsclnt. » Registre de l'Académie, fol. 206, verso.

constance et d'ardeur pour ses intérêts (i). « Malheureusement, l'Académie française fut d'un avis tout opposé, ainsi que l'expliquait Charpentier, dans une lettre écrite de Paris, le 12 septembre 1681, à Gifîon, pour se plaindre de x:e que l'Académie d'Arles avait agi sans le consulter, et pour informer ses amis de l'insuccès trop évident de Vertron.

« Monsieur, vostre illustre Académie m'a donné jusques à présant tant de marques de son estime et de sa confience, que je ne puis m'appercevoir sans regret qu'elle s'adresse à d'autres qu'à moi pour ses intérêts, ou du moins sans me faire part de son dessain. Je vous advoue qu'une conduite si différente des tesmoignages d'amitié que j'ai reçeus en tout temps de vous, monsieur, et de MM. les marquis de Robias et de Chasteaurenard, m'a faict doubler de la vérité de ce qui m'a paru despuis peu.

« Je n'ai pu m'imaginer que les propositions qui ont été faictes de la part de l'Académie royalle à l'Académie françoise, eussent esté concertées avecque vous, puisque vous ne m'aviez point faict l'honneur de m'en escrire un mot, car je ne croirai jamais que que ayiez compté pour si peu mon suffrage, que de n'avoir pas voulu m'en advertir par avance. Il fault

(i) Registre de l'Académie, fol. 2o5, verso. Le 23 septembre t68o, les académiciens « demeurent d'accord que ce nouveau confrère a beaucoup de tallantet qu'il faira bien les honneurs de l'.'Vcadémie. i> Registre de l'Académie, fol. igS.

donc qu'il y est du mal entendu, et je ne vous dissimulerai pas que toute l'Académie l'a creu ainsi, car toutes les propositions qui lui ont esté faictes de la part de vostre illustre compagnie, n'ont point eu les marques qu'elles debvoient avojr, pour estre censées un ouvrage de vostre Académie : elles n'estoient point escriptes ou du moins signées par nostre illustre ami M. le marquis de Robias ; elles n'estoient pas mcsme dans le style qu'une compagnie escript à une autre ; elles estoient pleines de rattures et d'appostilles, c'est ce qui a donné le premier doubte qu'on eu contre elles, car n'y a point d'apparance que vous eussiez voulu nous envoyer un papier informe et barbouillé; véritablement elles estoient signées de la main de M. de Vertron, qui se dict vostre député, mais il a paru assez estrange qu'un député ait signé lui-mcsme son instruction, adjoutez à cela que le fonds de ces propositions n'a rien qui sente la délibération et le jugement d'une compagnie aussi célèbre que la vostre. On nous a proposé de vostre part que vous désirie:^ travailler de concert avec l'Académie françoise à une grandmère ; l'Académie d'Arles est dans la liberté de travailler quand et comment il lui plairra, mais il y a de l'impossibilité d'y travailler de concert avec l'Académie Françoise, car le moyen de se concerter quand on est csloigné de deux cent lieues (i)? joint que l'Académie estant char- Ci) Cfr. la réponse de Chapelain aux Emulateurs d'Avignon, en 1660, et non en 1678, rapportée par Bouillicr, op. cit., p. '•H.

— "209 — gée par les lettres de son institution de faire un dictionnaire,une grandmère, une rhéthorique et une^oetigue, elle ne peust associer personne dans ses travaux, à quoi elle s'appliquera aussitost que le dictionnaire sera achevé. On nous a demendé de vostre part la préscéance dans l'Acadénnie Françoise sur messieurs de l'Académie de Soissons, ce qui a paru assez étrange, parce que messieurs de Soissons n'ont point de sçéance parmi nous et partant il est inutille de demender la préscéance sur eux, et sur ce point- là je ne crois pas que ni vous ni vos messieurs, ayez subjet de vous pleindre de l'Académie Françoise, je me souviens que j'ai eu l'honneur de vous y introduire une fois avec M. le marquis de Chasteaurenard , et je crois que vous en sortites très contens, je crois que M. de Roubin que j'y menai, en fust pareillement satisfaict, et je suis très assuré que si quelqu'un de vos messieurs venoit à Paris et qu'il souhaitât de voir la compagnie, qu'il y seroit admis avec joie. On nous demende encore, de vostre part, une place pour un des vostres quand il voudroit y venir proposer des doubtes ou lire quelcun de ses ouvrages. Les premières personnes de Testât nous ont quelquefois faict proposer des doutes, sans songer à venir ù l'Académie pour les ouïr résoudre. Ainsi, supposé qu'il vous plaise nous envoyer des doubtes agités en vostre compagnie et signés de nostre illustre ami M. le marquis de Robias, on se faira un

plaisir d'y respondre. A l'esgard de la Lecture des ouvrages, je vous dirai que despuis plus de 25 ans que j'ai l'honneur d'estre de la compagnie, je n'ai jamais veu personne y venir faire de lecture,

J'ai esté bien aise, monsieur, de vous entretenir à fonds sur cette matière, puisque je comprends qu'on engage l'honneur de vostre compagnie mal à propos, en lui faisant demender des choses qui sont plustost des imaginacions d'un particuUier que des résolutions d'un corps, pour qui l'on a ici tout l'estime imaginable.

Au reste je n'escris qu'à vous seul et cela est si vrai

que dans la lettre que j'adresse à M. de Robias, il

n'y a pas un mot de tout ceci. Mandez-moi donc et au

plus tost la vérité de toute cette intrigue et faictes-moi

l'honneur de me croire, etc.

Charpentier (i), »

Cette lettre fut remise par Giffon au secrétaire de l'Académie et on l'inséra au Registre, parce qu'elle contenait « beaucoup de choses considérables qui regardent l'honneur et la conduite des Académies (2), » Elle fut lue en séance publique (3), et fit compren-

(1) Registre de l'Académie, fol, 208, verso.

[z) Registre de l'Académie, fol, 207, verso. « M. le secrétaire a lu la lettre qu'il a reçeu de M, de Charpentier de l'Académie françoisc, il en a rendu une autre la niesmc à M. Giffon par laquelle Icdict M. Charpentier rcmonstrc amoureusement, etc.. u

(3) Charpentier envoyait en même tcmps« deux exemplaires du moutct qu'on avoit chanté dans la chappcUe du Louvre la fcstc de Saint-Louis. » L'Académie les loua fort. Voir dans la Gaf^r/e

dre à l'Académie d'Arles qu'elle avait eu tort de confier ses intérêts à un homme aussi inconsidéré que l'était M. de Vertron. Il avait compromis l'honneur du corps, en agissant sans consulter personne, sans en parler même au protecteur, mais s'il méritait des reproches, il fallait cependant < pardonner au zelle trop emporté de nouveau confrère » et le ménager, à cause de ses relations, pour ne pas s'en faire un ennemi. En conséquence, le secrétaire fut prié de le réprimander très légèrement ; toutefois l'Académie se promit bien de ne confier à l'avenir « ses ordres et commissions » qu'avec plus de prudence (i).

la mention de la fête de Saint-Louis : le prix de poésie fut remporté par M. Du Perier, provençal, dont la pièce se trouve la première du Recueil (1681). Marc-Antoine Chah et de Riez, avait concouru, mais ne fut pas couronné. Le Mercure Galant de septembre 1681 contient une relation de la fête du 25 août, et il tut lu à la séance du 20 octobre. (Registre de l'Académie, fol. 209). (i) Mémoires de septembre 1681. « On s'entretint après cela de ce petit malheur et des inconvénients qu'il y avoit de se rier aux députés trop zellés. On dict que M. de Vertron n'ayant pas suivi l'instruction de l'Académie royalle, qui l'avoitprié de voir M. le duc et de ne faire et ne dire rien qu'après l'avoir consulté, méritoit sans double des grands reproches, d'autant mieux que soubs les auspices de ce protecteur, il ne risquoitrien pour son honneur et n'eust pas commis celui de l'Académie, mais qu'enfin le remède de se faire des ennemis sembloit aussi fascheux que le mal, qu'un peu de temps et de dissimulation le pouvoit guairir, et que puisqu'on estoit convaincu que ce M. de Vertron n'avoit failli que par un excès de zelle, il suffiroit que M. le secrétaire lui en escrivit la réprimande et qu'à l'advenir l'Académie royalle prist de mesures plus justes touschant les ordres et commissions » Registre de l'Académie, fol. 209.

L'irritation de certains membres contre M. de Vertron fut très vive. Elle se manifesta même par des vers sarcastiqucs, que l'Académie n'osa s'approprier (i). Maiselle essaya de réparer les imprudences de Vertron, et pria M. Charpentier de s'interposer, pour arranger les choses. M. Giffon fut chargé de lui écrire en ce sens « en termes qui ne puissent intéresser ni commettre personne. » C'est ce qu'il fit, et on crut devoir se contenter, pour le moment, de cette démarche.

Au mois de décembre 1681, M. d'Ubaye partit pour Paris et on le pria de s'occuper des affaires de l'Académie, en particulier de la question des jetons de présence et des prix. 11 vit M. de Vertron et, au mois de janvier, à l'occasion d'une lettre qu'ils écrivaient à l'Académie , on se demanda s'il ne serait pas à propos « de faire faire compliment à l'Académie françoise par M. le marquis d'Ubaye Vachères, qui

(1) Séance du 20 octobre 1C81. « On faict encore voir une réprimande en vers libres addressée à .M. de Guionnet Vertron, touschant son peu de conduite à l'esgard de Teinploi qu'on lui avoit confié. On trouve la pièce divertissante, quoiqu'un peu trop forte, ce sembloit. » Registre de l'Académie, fol. 209.

Nous sommes loin du temps où l'abbé Flèche écrivait un sonnet en l'honneur de M. de Vertron, 23 septembre 1680. Après avoir exalté le mérite de ce personne, l'Académie, ou du moins certains de ses membres, faisaient une volte-face complète: Ils craignaient de perdre les bonnes grâces de leurs vieux amis de Paris. Nous avouons ne comprendre ni les susceptibilités de Charpentier ni les alarmes de l'Académie d'Arles. Si Vertron était allé un peu vite, il n'avait rien demandé que de raisonnable.

marque bien et qui répareroit dignement les impressions fascheuses qu'a pu donner le député Vertron de l'Académie royalle à ces messieurs les gros sçavans du Louvre (i). » On résolut d'attendre une réunion plus nombreuse pour « délibérer positivement sur cet article. » Le projet n'eut pas de suite : néanmoins, durant les quelques mois que M. d'Ubaye passa à Paris (2), il fut seul chargé des affaires de la compagnie. M. de Faure Fondamente se trouvait également dans cette ville. Son voyage avait surtout pour but d'obtenir des lettres patentes pour la nouvelle Académie de Nîmes, mais ce fut en qualité d'académicien d'Arles qu'il fut admis aux séances de l'Académie française. Il ne manqua pas d'en rendre compte à ses confrères. Le 9 août 1682 (3), M. de Grille lut une lettre « de M. Faure Fondamente addressée à l'Académie, par laquelle il lui donne advis de s'estre porté, sous les auspices de M. le duc de Saint- Aignan, dans l'assemblée qui se faict deux fois la sepmaine dans le Louvre de

(1) Registre de l'Acadimie, fol. 210, verso.

(2) Il était retour les premiers jours de septembre. Voir Registre de l'Académie, fol. 216. Premier lundi de septembre. L'abbé J. de Boche était à Paris, pour assister à l'assemblée générale du clergé de France. Les séances, commencées le 27 octobre i68t, se prolongèrent jusqu'au 23 juin. L'abbi de Boche signa les principaux actes de cette assemblée, en qualité de député de la province d'Arles. Son nom figure même au bas d'une pièce, en date du 1" juillet 1682. Voirie t. Vdes Procès-Verbaux du clergé, Paris, Guillaume Desprez, in-fol., 1772.

(3) Registre de l'Académie, fol. 214, verso,

messieurs de l'Académie françoise. Il s'excuse d'avoir recherché et reçeu tous les honneurs que ce corps célèbre lui a faict, sans en avoir l'adveu et commission de messieurs les académiciens de la royalle d'Arles. On lui pardonne aisément une aussi belle faute, une faute heureuse pour lui et honorable pour l'Académie royalle ; on prie M. le secrétaire de respondre à M. de Faure Fondamente dans ce sens. » Cette lettre était adressée à M. de Grille, et ^. de Faure le priait de la remettre à la compagnie. Il y ajoutait une longue lettre personnelle , où il disait entr'autres choses : « M. le duc de Saint-Aignan m'envoie très souvent le billet, il me mesna samedi dernier à l'Académie du Louvre, où je reçeus beaucoup d'honneur soubs les auspices de nostre compagnie. » L'Académie fit déposer ces deux pièces » dans l'archif, » et l'on remercia M. de Faure o du soing qu'il a pris de se produire à Paris dans l'Académie françoise (i). » M. de Faure Fondamente harangua l'Académie, et M. Doujat lui répondit (2). A Arles, on accueillit cette nouvelle avec une certaine joie, car elle indiquait que les académiciens de Paris traitaient avec déférence leurs confrères de province, et oubliaient leur mécontentement, ù la suite des propositions de M. de Vertron.

(1) Registre de l'Académie, fui. '21 5.

(2) BougercI, Ms de M. Arbaiid, notice xxviii. Il ajoute que Id harangue fut imprimée dans le ^/c^rcarcf de juillet 1Ô82, mais, vérification faite, l'indication n'est pas exacte.

Ce dernier vint à Arles, le 3i octobre 1682, avec MM. de Bertonvilliers et d'Orville. C'était huit ou neuf jours après la fête en l'honneur du duc de Bourgogne. Il rendit visite à ses confrères, qui furent très heureux de le connaître personnellement. M, de Grille invita tous ceux qui se trouvaient à Arles « à manger chez lui fort académiquement. » Après le déjeûner, on tint séance chez les Cordeliers (i).

M. de Vertron y assista avec ses deux amis : il fit un tt beau discours », en réponse au compliment de bienvenue de M. de Sabatier, et lut un panégyrique de Louis XIV (2). Mais il avait surtout à cœur de se justifier des malentendus de l'année précédente et d'expliquer sa conduite. On lui laissa comprendre que son zèle avait été excessif, mais qu « on oublioit tout le passé ». Vertron demanda alors qu'on lui voulut bien donner une lettre de recommandation, pour M. Charpentier, qui lui servît de caution (3). L'Académie, sans

(i) « Ensuite on trouve à propos d'inviter ces messieurs à l'Académie. On envoie pour cela le billet, et sept ou huit de ces messieurs se trouvent dans la chambre du R. P. de Vadde' aux Cordeliers. » Registre de l'Académie, fol 218.

{•2) c Cela eust rempli par surabbondance les emplois accadémiques de l'assemblée des pénitens-gris, quoiqu'apparemment on ne puisse guaire estre plus satisfaict que le fust toute la ville de ce qu'elle venoit d'entendre. » Registre de l'Académie, fol. 218.

(3) « Le sieur de Vertron que le contre-temps de l'année passée, à l'esgard de l'Académie françoise rend extrêmement appliqué à sa justiffication, remit l'affaire sur le tapis et se justifia aisément à cause des juges favorables qui l'escoutoient, maison lui tesmoi-

se contredire en rien, et sans revenir sur ce qu'elle avait écrit déjà à M. Charpentier, décida que Giflfon lui écrirait confidentiellement « tout ce que l'Académie d'Arles avoit reconnu de la sincérité, affection, amour et respect du sieur de Vertron, pour l'Académie Françoise, et que M. Charpentier, qui a esté l'entrepost de tout ce desmélé, seroit prié, de la part des académiciens d'Arles, de rajuster le sieur de Vertron avec l'Académie francoise (i). »

Il n'est plus guère question qu'incidemment de M. de Vertron (2) jusqu'au mois de juillet i683.

A cette date, on reçut à Arles une lettre de lui « par

gna qu'ayant escript la vérité de toute cette affaire à l'Académie francoise, c'estoit à lui à la désabuser et bien persuader de la netteté de son action, car pour la confraternité d'Arles, on oublioit tout le passé, et l'on vouloit bien juger de son cœur et de son zelle, quoi qu'il parut un peu emporté. Cette franchise obligea le sieur de Vertron de demender une lettre pour M. Charpentier, une lettre de recommendacion où l'on diroit que toutes les propositions faites l'année dernière à l'Acade'mie francoise par ledict Vertron n'ayant pas esté bien entendues l'avoient rendu suspect de quelque attantat et entreprise contre l'une et l'autre de ces compagnies, que cependant ne pouvant doubter de sa candeur, respect et zelle pour l'Académie Françoise, la royalle vouloit bien se rendre la caution et le plcigc de ce cher confrère. Il fust résolu que l'Académie ne se desdiroit point absolument des vérités qu'elle avoit cscriples à Paris, au sieur de Charpentier, mais que le sieur Giffon rescriroit en son particullier audict sicu: Charpentier tout ce que... etc. » Registre de l'Académie, t" '.

(1) Registre de l'Académie, fol. 218.

(2) A la tin de 1682, il appuya la candidature de M. l'ab: > d'Arnoyc, (Registre de l'Académie, fol. 219, verso), et celle ^i^ l'abbé de Pibrac, mars i083, (fol. ^m). \ oir le chapitre suivani

laquelle ce zélé confrère donne avis à l'Académie royalle des prétentions et jalousies des autres Académies, qui prétendent rang et parolle à son préjudice dans l'assemblée et feste Saint- Louis, lorsque l'Académie françoise distribue les prix, etc. (i), »

MM. de Sabatier et Gif on dirent quils le savaient depuis longtemps, mais qu'ils ne croyaient pas l'affaire assez importante, pour que l'Académie s'en tourmentât, « d'autant que le zelle dudict Vertron est inquiet et trop fort bien souvent. » On pria le secrétaire d'écrire à messieurs de l'Académie française, pour « leur recommender les honneurs et privillèges de la royalle; r, on décida de confier cette lettre à M. Charpentier, puis de « demeurer en repos après cela sans se tourmenter de ce que MM. de Soissons ou autres peuvent prétendre (2). » Cette lettre fut envoyée sans retard.

(1) Registre de l'Académie, fol. 227.

(2) « M. Charpentier fui prié de rendre cette lettre et de l'appuyer de son crédit. Sa lettre est ensuite. » Registre de l'Académie, fol. 227. La voici :

Monsieur,

«. L'Académie royalle en corps m'a chargé de vous asseurer de ses très humbles services, elle se souvient tousjours des bontés particullières dont vous l'avez honnorée dans son commencement et vous suplie de croire qu'elle ne les oubliera jamais. Elle vous

nsidère comme son segond protecteur, et en cette qualité elle > adresse à vous avec beaucoup de confience, pour sçavoipquelle doibt estre sa conduite dans une affaire d'honneur qui l'embarrasse tan^t soit peu, c'est, monsieur, à l'esgard des assemblées publiques de l'Académie francese. La festeSaint-Louis qui approche est une solennité embitieuse, si cela se peust dire, ou du moins

Messieurs, « L'honneur de vostre allience que nous estimons plus que toutes les choses du monde, non seulement parce que nous le regardons comme une suite des grâces de Sa Majesté, mais encore comme une marque infaillible de vostre estime et de vostre amitié, cet honneur qui, jusqu'ici, a faict le plus grand mérite de l'Académie royalle, demende d'estre soustenu, et le doibt estre, messieurs, bien plus par xcfs bontés ordinaires que par nos petits efforts. Il en est de cela, ce semble, comme des grâces du ciel, il fault que l'influence dure, que leur principe les appuie, que la source d'où elles descoulent ne tarisse point. Nostrc

elle éveille l'embition des esprits académiques, chascun prttendroit, s'il en estoit creu, d'avoir l'entrée, la place et la parolle parmi messieurs nos maistres, lorsqu'ils font la distribution des prix, quelques-uns de nos confrères qui se trouvèrent à Paris l'année dernière prirent l'allarme sur quelque desmarche ou venté (•') de l'Académie de Soissons, vous avez sçeu toute cette histoire. Il nous reste seulement un légitime désir de deffendre nos droits soubs les auspices de l'Académie Françoise et par vos bons advis. On vous conjure donc, monsieur, en cette rencontre, de nous faire la grâce de nous conseiller. Que faut-i! faire pour la gloire de l'Académie royalle, le jour de cette feste ? peust-on l'empcscher d'avoir scéancc dans cette ascemblée, lorsque messieurs de l'Académie françoise, ses alliés et ses frères se déclaireront pour ses privillèges et pourroient-ils ne se pas déclairer s'ils se souviennent qu'ils les ont advoûés eux-mesmes fort obligeamment ses privillèges, lorsqu'ils nous ont donné l'entrée dans leurs assemblées du Louvre, qu'ils ont faict parler nos députés et qu'ils nous ont honnorés de leur alliance.

Nos académiciens qui sont aujourd'hui à Paris se donneront l'honneur de vous voir et vous pourriez, monsieur, selon que

cœur, messieurs, qui prétend ces grâces et ces influances, se présente à vous, il se présente tout plein d'amour et de respect pour vostre illustre compagnie de laquelle nous espérons, en cette rencontre/ des marques particulières de cette chère adoption, dont elle noushonnora dans nos commencemens, quelque tesmoignage particulier de cette estime, qui nous distingue despuis longtemps de toutes les autres compagnies du royaume. La feste Saint- Louis qui approche nous oblige de vous faire ressouvenir que nos privilèges sont les vostres, que nous ne demendons l'entrée, le rang et la parole, si l'occasion s'en présente, dans vos assemblées que pour unir quelques voix au concert d'honneur et de louanges que vous faites continuellement

vous le trouverez à propos, convenir avec eux, ou avec un seul, a avec tous, de tout ce qu'ils doibvent prétendre, sous le bon piaisir de l'Académie Françoise, s'il fault parler ou se taire, quel rang on leur donnera, si ces messieurs de Soissons, ont quelque droit à leur préjudice, ce que nous n'apréhendons guères, sur tout lorsqu'il vous plaira de vous mesler de nos affaires. Si M. le duc de Saint-Aignan estoil à Paris, nous l'aurions prié de se joindre à vous, pour esclaircir et régler toutes ces choses. Nous vous aurons une obligacion infinie. Monsieur, s'il vous plaist d'en prendre la peine vous seul et si vous nous faictes l'honneur de nous apprendre quels sont vos sentiments là-dessus. Les nostres seront tousjours de vous honnorer parfaitement et de vous marquer en toute occasion que nous sommes, monsieur, vos, etc.

ROBIAS,

secr. perp. de l'Ac. Royalle.

Appostille. — On vous conjure, monsieur, de présenter cette lettre à messieurs de l'Académie françoisé et de l'appuyer de vostre crédit. » Registre de l'Académie, fol. 227, verso.

à la gloire de nostre invincible monarque. Nous avons quelques-uns de nos confrères à Paris qui ne sont pas indignes sans doubte de vostre considéracion. Si vous les priez de vous accompaigner dans vos assemblées, ils deviendront et plus forts et plus dignes de vostre choiK lorsque vous leur permettrez de parler pour l'Académie royalle, nous vous en aurons tous une parfaicte obligacion, M. le duc de Saint-Aignan vous en remerciera et nous serons tousjours, messieurs, vos très humbles et très obéissans serviteurs, les académiciens de l'Académie royalle,

RoBiAs, sec. perp. (i). »

A Arles, ce 20 juillet i683.

Il n'y a au Registre ni la réponse de Charpentier, ni celle de l'Académie (2). Mais il ressort des communications de Vertron, que l'Académie française posait

(i) Registre de l'Académie, fol. 227.

(2) En septembre i683, Charpentier envoya aux académiciens d'Arles son livre de l'Excellence de la langue Françoise, avec une lettre qui semble n'avoir lien contenu concernant l'atVaire en question : « M. Charpentier escript une lettre obligeante à messieurs de l'Académie royalle et à M. le secrétaire en son particullier, le priant de présenter de sa part son livre à ses chers confrères, auxquels il dcmende leur sincère et légitime sentiment sur son ouvrage. Messieurs les académiciens prient M. le secrétaire de respondre à tant d'honncstetés et de vouloir insérer la lettre et la responsc dans le Registre, affin qu'il coustc à perpétuité de l'honneur qu'a faict un si digne confrère à messieurs les académiciens et de la reconncssancc de ceux-ci. » Registre de l'Académie, fol. 228, verso. La lettre de Charpentier est au fal. 22y. Ecrite en scptertibre, clic ne fut remise qu'en novembre.

des conditions, avant de donner un réponse satisfaisante. Vertron prenait cette affaire à cœur et il écrivait lettre sur lettre, o pour obliger l'Académie royalle à prendre les mesnies engagements à l'esgard de l'Académie françoise que l'Académie de Soissons a pris, c'est à dire de s'obliger à la redevance annuelle d'une pièce en prose et d'une en vers, à moins de quoi on ne doibt point prétendre de rang, de parolle et d'entrée dans la Sainte-Chapelle, le jour de Saint- Louis, à la distribution des prix (i). » L'Académie était visiblement ennuyée de l'insistance de M. de Vertron, si on en juge d'après ces lignes du Registre : « On respond qu'ayant escript de cette affaire à messieurs de l'Académie françoise, il est juste d'attendre sa response et celle de M. Charpentier, qui doibt estre le protecteur de ces mesmes droits, et qui nous doibt une response. Quoi qu'il en soit, aucun de la compagnie n'oppine à cette submission et dépendance ; ce que M. le secrétaire se charge d'escrire à M. de Vertron, ne croyant pas que des confrères anciens, alliés et qui ont les mesmes droits et les mesmes privilèges que ceux de l'Académie françoise (2), puissent avec honneur se âoubmettre à quelque hommage, que l'exemple de ceux de Soissons

(i) Registre de l'Académie, fol. 228.

,'2) Déjà, en mai i683, l'Académie revendiquait son droit de supériorité à l'égard de toutes les Académies et d'égalité avec l'Académie française, au droit d'aînesse prcs. Registre de l'Académie, fol. 224.

closche et n'influe à rien, que les députés et autres membres de l'Académie royalle d'Arles sont entrés, ont eu séance et parolle, rang et médaille sans distinction dans l'Académie Françoise, et qu'on derrogeroit à tout cela si, par la demengeson de parler à la fête de Saint-Louis, ou par l'exemple de quelque autre, on s'obligeoit à quelque dépendence (i). »

« // est beau de se faire honneur de sa paresse I » est-il noté en marge du Registre, à cette page. Nous serions presque tentés de nous approprier cette réflexion, sans oublier cependant que les précédents invoqués sont des arguments assez concluants.

En eflfet , lorsque les arlésiens refusent si fièrement de se « soubmettre à quelque hommage », par un sentiment exagéré de leurs droits, nous croyons qu'ils oublient trop l'article i6 des statuts de 1668 : « Toutes les années, on se donnera l'honneur de lui envoyer les pièces les plus importantes qui seront faites. » Cet envoi était un honneur et non une servitude, et, dans tous les cas, l'Académie française pouvait exiger, sans injustice, que l'on se conformât aux statuts. Les académiciens d'Arles déplacent la question et semblent réellement vouloir excuser leur paresse par de pauvres raisons (2).

(i) Registre de l'Acadt^mie, fol. 228.

(i) Ils auraient eu besoin de se rappeler les sages recommandations de M. de drille, ilaiis son iliscnurs du jS scplcml-irc xMh,

M de Vertron était bien inspiré, lorsqu'il insistait pour amener l'Académie d'Arles à manifester son activité, par des envois réguliers à l'Académie française ; il est regrettable que ses instances aient été infructueuses. L'affiliation, tant désirée autrefois, avec l'Académie de Paris, ne pouvait être une source de vitalité que si elle excitait l'ardeur des arlésiens : s'ils n'y voyaient qu'un honneur et un vain titre de gloire, ils risquaient de n'en retirer aucun avantage. C'est ce qui arriva. Les rapports ne cessèrent pas entre les deux Académies,, bien que l'absence des Registres de l'Académie d'Arles ne nous permette pas de les suivre très exactement,

sur les statuts : « Pour cette objection que nous nous sommes faicte à nous-mesrae que d'estudier, cela serabloit une obligation d'enfant, nous respondons que les plus grands hommes du monde, que les plus braves et les plus galants ont esté des enfants en cette manière durant leur vie, au milieu de leurs victoires ou de leurs débauches ; Pétrone estoit le Bassompierre de la cour de Néron, il estoit le plus galant homme de son siècle et l'arbitre des voluptés de son maistre, mais ce galant homme, ou ce débauché ne se lassoit point d'estudier, il se partageoit entre les Muses et toutes les autres délices de la vie (sed erudito luxu) dit Tacite; Alexandre étudioit, pendant qu'il couroit à laconqueste de r.Asie, les œuvres d'Homère et Jules Cézar a mérité la palme sur tous les sçavants de son siècle aussi bien que sur tous les conquérants, il s'est montré Cézar partout, aussi bien par la pleume que par l'espée. On loue ce grand homme (je ne sçay si cela ne sembleroit un reproche plutost qu'un esloge aux grands de ce siècle) de s'estre amusé à corriger la grammaire, à purifier la langue latine, d'avoir mesme osté par son crédit le baaillcment importun de l'éloquence de Plaute, il a réprimé les licences d'Ennius et à faict des réflexions merveilleuses sur la belle latinité et tout cela d'une main triomphante cl victorieuse. » Registre de l'Académie, fol. 14, verso.

mais ils furent très espacés. En 1684, M. de Vertron fut chargé de présenter à Louis XIV et à l'Académie française l'estampe de la Vénus, avec les ouvrages composés pour établir le véritable nom de cette statue. Ce dernier fait prouve que si l'Académie d'Arles n'eût pas toujours à se louer des services de M. de Vertron, dont l'activité fiévreuse obscurcissait parfois le jugement, elle rendait hommage à ses intentions et à son zèle (i).

(i) M. de Vertron, qui poursuivait toujours l'idée de fonder un Journal Académique, organe des Académies de toute la France, entra en relations avec la nouvelle Académie de Nîmes, à laquelle il fut agrégé. En i685, M. Maltrait, avocat et membre de l'Académie, lui envoyait un sonnet à l'honneur de Louis XIV, et en septembre i686, M. de Vertron écrivait à M. Graverol,pour lui annoncer le succès de deux de ses ouvrages, parus quelques jours auparavant, le Nouveau Panthéon et le Parallèle poétique. L'année suivante, M. Graverol composait une Dissertation à .M. Guionnet de Vertron, historiographe du roi, sur son Nouveau Panthéon, où se trouve déjà une pièce de vers de sa façon.

Claude Maltrait, un des académiciens de la fondation, docteur en droit et avocat, mourut en 1686. Le 28 janvier 1688, l'Académie de Nîmes chargea MM. Cassagnes et de La Baume de faire son éloge, l'un en prose, l'autre en vers. Voir Ménard,X. VI, preuves, p. i32, séances du 1" août i683, et du 28 janvier 16S8, p. 145.

François Graverol, avocat, était protestant, né en i636, il mourut en 1694. Mcnard, t. VI, p. 33t), donne la liste de ses ouvrages. La lettre dont nous parlons est mentionnée t. VI, preuves, p. 143.

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