‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originauxChapitre 12 sur 19 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

loue, à l'abbaye de Saint- Victor à Paris (i). Son successeur à l'Académie française fut l'abbé Gaspard Abeille, déjà membre de l'Académie d'Arles, reçu le I I août 1704 (2). Charles Boileau n'avait rien fait imprimer de son vivant. Jean Richard, avocat au Parlement de Paris, hérita d'une partie des papiers de l'abbé Boileau, et résolut de publier ses sermons. Il commença par publier « plusieurs fragments qu'il avoit tirés de quelques-unsde ses ouvrages, qui étoient encore imparfaits. » Il les mit en ordre, il leur donna la forme alphabétique et les publia, sous le titre de Pensées choi sies de l'abbé Boileau (1707). Ce fut le premier ouvrage donné au public, quoique d'Alembert semble insinuer le contraire (3). Il y en eut une réédition, en 1734 (4).

(1) <■ De Paris, le 10 mai 1704. M" Charles Boileau, abbé de Beaulieu, prédicateur ordinaire du roy, un des quarante de l'Académie françoise, mourut à l'abbaye de Saint-Victor, le 4 de ce mois, âgé de 56 ans. » Galette de France, 1704, n" 19, 10 mai, p. 227. Elle annonce la mort de Bourdaloue, p. 238.

(2) L'abbé Goujet dit à tort que Charles Boileau succéda à Gaspard Abeille : il intervertit les rôles. Bibliothèque des Auteurs Ecclésiastiques du XVIII» siècle, t. Il, p. 211.

(3j « On a de lui deux volumes de sermons, qui ont été imprimés après sa mort : on lui a même fait un honneur que peu de prédicateurs ont obtenu et dont la plupart, en effet, seraient bien peu susceptibles : on a recueilli dans un volume à part les Pensées de l'abbé Boileau, comme on a recueilli celles de Massillon et de Bourdaloue ; et si ce recueil est aujourd'hui peu connu, c'est du moins une espèce d'hommage que nos pères ont rendu aux succès de l'Orateur. » Eloge de Charles Boileau, œuvres complètes, t. II, p, 286,édit., in-8, 1821.

(4) La Bibliothèque Méjanes possède cette seconde édition, la seule que nous avons pu nous procurer. En voici le titre :

— COfi —

Ce volume des Pensées est longuement analysé par Gou)et, qui assure qu'on devrait en citer la plus grande partie, « si l'on vouloit rapporter tout ce que l'on y trouve de solide, de judicieux, de noble, de lumineux, de convaincant (i). » DAlembert leur reproche l'abus de l'antithèse, et le reproche est mérité.

Pensées choisies de M. l'abbé Boileau, prédicateur ordinaire du roy, et l'un des quarante de l'Académie françoise, sur différens sujets de morale, mises par ordre alphabétique. Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée.

A Paris, chez André Cailleau, place du Pont Saint-Martin, du côté du Quai des Augustins, à Saint-André, 1734, avec aprobation (sic) et privilège du roy.

En tête, il y a la dédicace de Richard à l'abbé Bignon, puis l'approbation, 25 sept. 1706. Le Privilège du 19 juillet I73i, pour les faire réimprimer durant 6 ans, et les Pensées, 444 pages.

Le titre seul paraît avoir été réimprimé.

A la suite : Suite des Pensées choisies de l'abbé Boileau, etc.

A Paris, chez André Cailleau, Quay des Augustins, près la rue Pavée, à Saint-André, 1734, avec aprobation et privilège, i38 pages. — Enfin : la table dts Pensées choisies et de leur suite. Puis l'approbation, 9 mai 1718, et privilège donné le 12 mai 1718. Enregistré seulement le 18 mai 1728.

(i) Bibliothèque des Auteurs Ecclésiastiques du XVIII' siècle, t. II, p. 210. Voici le titre exact du volume : Pensées choisies de M. l'abbé Boileau, prédicateur ordinaire du roi, et l'un des quarante de l'Académie françoise, sur diflércns sujets de morale, mises par ordre alphabétique, dédiées à M. l'abbé Bignon, in-12, à Paris, chez Louis Guérin, 1707.

Jean Richard, né à Verdun, mourut, à Paris, le 24 février, 1719, âge de plus de yb ans, et fut enterré en l'église Saint-Mcdard, sa paroisse. Avocat au Parlement, il abandonna le barreau et passa toute sa vie « à prêcher pour écrit « dit Gouget. Il publia une dizaine de volumes de discours et de panégyriques, plus un Dictionnaire Moral, en b vol., in-8. Il édita les œuvres de M. de Kromcntières et de M. Joly. Voir pour plus de détails, la Bibliothèque des Auteurs Kcclésiast. de l'abhé Goujet, t. I, p. 189- 190.

Quelques années après, Jean Richard publia les Homélies de l'abbé Boileau et les sermons qu'il avait prononcés devant Louis XIV, sur les Evangiles du carême, Paris, 171 1, 2 vol., in-12. En 1718, il donna encore un volume de ses Panégyriques (i).

(O Sermons du carême prononcés devant le roi, par Charles Boileau, abbé de Beaulieu de l'Académie françoise. Paris, 1711, 2 vol., in-12. (Bibliothèque françoise de Goujet, t. II, p. 33 1) Panégj-riques des Saints, par Charles Boileau, Paris, 17 18, in-8. (Ibid., p. 533).

Goujet reproche à Fléchier d'avoir trop « de brillant et de rieurs. M « Ce défaut continue-t-il, règne encore plus dans les homélies de M. l'abbé Boileau, de l'Académie françoise, et dans ses sermons prêches devant Louis XIV. » Bibliothèque françoise, t. II, p. 366.

Il apprécie davantage les Panégyriques, car, après avoir parlé de Fléchier, le premier des Panégyristes et le modèle des autres, il ajoute : c II y a moins de noblesse et de grandeur dans les Panégyriques de l'abbé Boileau, publiés en 1718, in-12, par les soins de Jean Richard, grand éditeur de sermonnaires... Mais on s'aperçoit en lisant ces Panégyriques, que Charles Boileau se distinguait par beaucoup de saillies d'esprit, un grand feu d'imagination, mille tours fins et délicats, d'ingénieuses applications des plus beaux traits de l'Ecriture aux différentes mœurs du siècle, par un stjle vif et animé, par une grande fécondité, qu'il avoit acquise en lisant assidûment les orateurs et les poètes profanes, et par une étude encore plus sérieuse et plus convenable des livres saints et des Pères de l'Eglise. » Bibliothèque françoise, t. II, p. 376. (Paris, 1740, in-12). C'est à peu de chose près le jugement porté par lui, dans sa Bibliothèque des Auteurs Ecclésiastiques du XVIII' siècle. (Paris, 1736, in-8), t. H, p. 210. « On ne lit plus guères aujourd'hui, dit encore Goujet, Bibliothèque françoise, t. II, p. 374, que les Panégyriques de M. Fléchier, des PP. Bourdaloue et de La Rue, de M. l'abbé Anselme, de Charles Boileau, abbé de Beaulieu, l'un des quarante de l'Académie françoise, et d'un très petit nombre d'autres, qui se sont acquis une juste réputation, dans ce genre de composition. -

Les œuvres de l'abbé Boileau sont aujourd'hui bien oubliées-, comme celles de tant d'auteurs distingués du grand siècle, rélégués dans l'obscurité par la gloire de leurs contemporains. Il n'en reste pas moins acquis que Boileau jouissait d'une grande réputation d'éloquence et de vertu. Au moment où on le proposait au choix de l'Académie d'Arles, il commençait à être rangé parmi les meilleurs prédicateurs et les succès qu'il obtint, dans la suite, justifièrent les espérances qu'il donnait. Il était âgé de 36 ans environ.

Il ne faut pas confondre Charles Boileau avec Jacques Boileau (1649- 178 5) ^^^""^ ^^ Despréaux, mort chanoine de la collégiale Saint-Honoré à Paris, ni avec Gilles Boileau (mort en 1671). L'Académie qui n'avait jamais voulu admettre les deux Corneille à la fois parmi ses membres, n'eût pas fait exception pour les frères Boileau (i). Charles Boileau n'était pas parent du poète, dont il porte le nom. « On prétend, dit d'Alembert, que Jacques Boileau avait eu quelque désir d'obtenir ce titre (d'académicien), dont son esprit et son érudition peu commune, le rendaient assez digne. Mais les traits un peu cyniques que se permettait trop souvent ce frère de Despréaux, suffisent pour ne pas le confondre avec le soi-disant ami de Racine, et pour justifier, sil en est besoin, l'Académie, d'avoir préféré

(1) Kllc Ih cependant exception pour les Ircicb Dangcau aiimiî^ l'un en i'>iM et i')8î.

au docteur savant et caustique, le prédicateur zélé et l'ecclésiastique édifiant (i). »

L" Académie d'Arles faisait en sa personne un excellent choix ; peut-être avait-elle été moins heureuse en recevant l'abbé Aygazier.

L'abbé Aygazier, ou Eguisier (son nom est souvent écrit ainsi) est un singulier personnage. Les Galettes et Mercures du temps le désignent sous le nom adorateur sans préparation.

Il fut précepteur du fils du premier président Marin, et l'accompagna à Paris, pour lui faire suivre les cours de la Sorbonne. Là, il concourut pour la charge de principal du collège d'Harcourt,et il l'obtint. Cet abbé composait des sermons impromptus avec une facilité inouïe, et il avait exercé son talent en présence de l'Académie. Celle-ci fut-elle séduite par les qualités brillantes de l'orateur, ou craignit-elle de mécontenter le président Marin (2) ? Toujours est-il qu'elle résolut

(i) D'Alembert, Eloges Historiques, t. II, p. 287. Cfr. les Me" moires de Niceron, t. 12, 20, 24; les Frères de Boileau, par M. Gaston Bizos, doyen de la faculté des lettres d'Aix, in-8, 1881. Le fauteuil 25", occupé par l'abbé Boileau, le fut par d'Arbaud de Porchères, Potier deNovion, l'abbé Barthélémy et Chateaubriand. Le duc de Noailles, qui en était le titulaire depuis 1840, vient d'être remplacé par M. Ed. Hervé.

Voir au t. Il de l'abbé Hurel, p. 356, 370, une curieuse correspondance qui permettra de rectifier le jugement de d'.Alembert sur l'abbé Jacques Boileau, dans un sens moins sévère,

(2) Voir plus haut, p. jo à 36.

de l'admettre, dès qu'il ferait sa demande, et c'est ce qu'elle répondit à ses amis de Paris qui, en décembre 1681, la sollicitèrent à cet égard.

« M. le secrétaire faict voir une lettre de Paris, par laquelle on le prie de sonder l'Académie sur la réception de M. l'abbé d'Aj'ga^ier. La fortune de cet homme semble s'accorder si bien avec sa vertu et son mérite, qu'on ne trouve en lui aucune raison de le reffuser et l'on en trouve mille pour l'admettre, au cas qu'il veuille escrire et faire les autres avances que demande cet emploi.

« M. l'abbé d'Aygazier est un jeune prebstre qui a fort bien estudié ; il est de Marseille, d'une famille honneste. Il a une mémoire prodigieuse qui lui représente tous les textes des pères, des prophètes et de l'écriture si à propos, qu'il a faict mille et mille expériences qu'elle ne le trompe jamais. Il a faict des sermons sur le champ, qu'on appelle des impromptus, qui vallent les méditations des sçavans les plus appliqués. M. le cardinal Grimaldi (i), Monseigneur l'évesque de Nîmes. M. l'archevesque et vice légat d'Avignon en ont donné des recommendacions authentiques, M. le premier président du Parlement de Provence lui a confié l'éducation de son fils, nommé

(0 Jcromc de (irimaldi tut archcvcqiic d'Aix lic i »).}"> a 1 ••^i?et remplacé par Charles Le doux de La Hcrchcrc transféré il AIbi, en 1687,

l'abbé Marin (i), qu'il a mesné à Paris, despuis deux mois, pour le présenter sur les bancs de la Sorbonne. En arrivant au collège d'Harcourt, il se rencontre que la chère du principal est vacante ; elle est au plus offrant et dernier enchérisseur, la monnoie dudict Ayga\ier est reconnue de tous les sçavants pour estre la meilleure, il emporte l'honneur de cette dispute. On lui assigne six cens livres de pension jx)ur sa qualité de principal de collège. On demende aujourd'hui à messieurs de la royalle d'Arles si un tel subjet fairoit honneur ou non à leur compagnie. Tous demeurent d'accord de prier M. d'Ubaye, qui part bien tost, de s'informer en arrivant à Paris de tout cela, et s'il est vrai que ledict Aygazier songe à l'Académie. M. d'Ubaye part sur la fin de ce mois de décembre et prend congé en forme de l'assemblée (2). »

L'Académie connaissait l'abbé Aygazier , et , au mois de mai 1680, avait pu juger de ses talents d'improvisateur : « Un estranger nommé Aygasier, dit le Registre (3), demende d'estre introduit dans l'assemblée pour haranguer et divertir cette compagnie. On admire le tallant de cet homme ; il est âgé de 32

(i) L'abbé Marin de la Chastaigneraie fut nommé en novembre 1693, prieur d'Olmes de la Ville-Dieu (Galette àc i6y>, p. 578) et, en 17:8, il possédait les abbayes de Thorigny, diocèse de Bayeux, de Baugerois, dioc, de Tours, de Thiers, dioc, de Clermont. Trabouillet, Etat de la France, 1718.

(2) Registre de l'Académie, fol. 210. Séances de décembre i68i.

(3) Registre de l'Académie, fol. 187.

ou 33 ans, il parle sur le champ, sans hésiter, de toute sorte de subjet, il en parle en prédicateur, si l'on veut, en orateur, en philosophe et en parle pertinemment. Tous les confrères applaudissent à ce génie extraordinaire et, compatissant à ses incommodités, on l'adsiste comme l'on peust, ce qui est, ce semble, une vertu de l'Académie de consoler la vertu malhereuse et de la relever. Il rend des louanges en vers et en prose à l'Académie, qui lui surpassent avec usure la chéritable compassion qu'elle avoit eu pour cet homme . » A Marseille, à Nîmes, à Avignon, à Aix, Aygazier s'était livré à ces exercices oratoires et le Mercure Galant {i) lui fit l'honneur de le citer comme « une espèce de prodige. «

(i) « ... On vit à Marseille une espèce de prodige que l'on auroit peine à croire, si toute la ville n'en avoit este témoin. Un jeune ecclésiasque, nommé M. Eigesier, y estant venu pour quelque affaire, fut prié par ses amis de leur donner un sermon le mardy des fêtes de la Pentecôte. Il monta en chaire dans l'église des Jésuites, après avoir demandé en y montant, qu'on luy marquast trois différents textes avec un subjet pour les appliquer. Ce passage o Ponam calceamcntum mctim in Idumea, » luy fut donné par le P. de Celièrcs, dont tout le monde connoit l'érudition ; cet autre <i Domus Erodii dux est eorum, » par M. le grand vicaire ; ce troisième a Eructavit cor meum verbum bonum, » par M. Baron, capiscol de la cathédrale, et l'envie fut la matière sur laquelle M. Malaval luy dit de prêcher. 11 le rit sur l'heure, avec un entier succès et accommoda si bien ces trois textes à son subjet, qu'il s'attira l'admiration de tous ceux qui IVutciulircnt. C'cstoient la plupart juges fort intelligens.

Avouez, Madame, que peu de personnes se hazardctwi(.iii .• uuw entreprise de cette nature, et que pour ne pas s'applaudir soy-

— 3uis —

L'abbé Aygazier , partit pour Paris avec l'abbé Marin, en septembre ou octobre 1681 , et c l'orateur sans préparation » se montra sur un plus vaste théâtre. La reine elle-même voulut l'entendre, dans l'Eglise des Récollets de Versailles (i). Un peu plus d'un an après, le même Aygazier prononçait l'oraison funèbre de la Reine Marie Thérèse, aux Récollets de Saint-Germain en Lave, et dans l'Eglise de la Charité de Paris (2).

mesme quand on y a réussy, il faut avoir une extrême modestie. ? Mercure de juin 168 1, p. io3. Edit. de Paris.

(i) « M. Eguisier, docteur en théologie, a fait de nouveau paroître le mesme prodige dont je vous ay desjà parlé une fois. J'appelle ainsi cette surprenante facilité qu'il a de prescher sans aucune préparation sur diférens textes qu'il se fait donner lorsqu'il est monté en chaire. La dernière épreuve de cette nature à laquelle il a bien voulu s'exposer, s'est faite dans l'Eglise des Récolets de Versailles, en présence de la Reyne. Après qu'il eut fait le signe de la croix, le R. P. confesseur de cette princesse luy marqua pour l'un des textes, dont il devoit faire les trois points de son discours, ce verset du Ps. 143 : « Filice eorum compositce circumornatce ut similitudo templi.a M. le curé de Versailles luy donna cet autre du ps. 89 : « Anni nostri sicut araneœ meditabuntur. » Ces paroles du i" livre des Roys luy furent choisies par le P. provincial des Récolets. : v Arcusfortium superatusest etinfirmi accincti sunt robore. » La reyne lui ordonna d'appliquer ces textes à la piété, comme don du Saint-Esprit. Il s'acquitta de cette action avec un succès extraordinaire, et eut la gloire de voir les applaudissemens de Sa Majesté suivis de ceux d'un fort grand nombre d'auditeurs illustres qui l'avoient accompagnée. » Mercure Galant de juillet 1682, p. 26. Edition de Paris.

(2) Le i3 août 1682, la corporation des Marchands de Saint- Germain fit célébrer un service pour la reine. Le P. Balthazar de Saint-Louis, Récollet, prononça un discours funèbre. » L'aprèsdînée, le sieur l'Esguisier, docteur en théologie, en prononça

Tel est le candidat proposé, à la tin de 1681 ,au choix de l'Académie; il est assez piquant de noter qu'elle lui donna ses suffrages, après lui avoir donné l'aumône ! Ne lui jetons pas la pierre : Aygazier valait bien certains académiciens, beaux faiseurs de sonnets, qui auraient eu mauvaise grâce à lui reprocher cette exhibition de ses talents. Nous ne sommes pas tenus à la même réserve, et ce jongleur de paroles fait assez triste figure à nos yeux. A quelle date fut-il reçu ? Nous l'ignorons, mais, étant données les dispositions de l'Académie à son égard, nous ne doutons pas de son admission . D'ailleurs nous ne savons plus rien de lui (2), et nous ne sommes guère mieux renseigné sur un autre académicien, admis un peu plus tard.

M. l'abbé de Poussan d'Arnoye, gentilhomme de Béziers , qui achevait ses études théologiques à la Sorbonne, avait manifesté en 1680, (voir plus haut, p. 177,

aussi un dans la mcsme église, n Galette de France, i683, p. 528. Le Journal des Sçavans du 2? août i683 signale, parmi les ouvrages nouveaux , La Reyne des Bénédictions, ou discours funèbre pour feue Marie-Thérèse d'Autriche, glorieuse reine de France, prononcé dans l'église de la Charité de Paris, par Philippe Esguisier, prestre, docteur en théologie. A Paris, chez la veuve Cl.Thibousi et Ksclassan. 11 s'agit évidemment, dans ces diverses circonstances, du m(}nie personnage.

(2) Nous n'avons pu établir l'identité de labbc .vxi!;i/.n.t, m retrouver son lieu d'origine ou la date de sa mort. Le Registre le qualifie d'étranger et nous ne croyons pas qu'il appartienne à la famille aixoise des l£igucsier, dont une rue d'Aix conserve le iinin, et dont Artefeuil, t. I, p. 334, énumère les titres.

Registre de l'Académie, fol. 197), le désir d'être agrégé à l'Académie d'Arles. En août 1681, il adressa une pièce de sa composition à cette société (i) ; puis dix huit mois après (17 janvier 1 683) il demanda sa réception. Il fut chaleureusement recommandé par M. de Vertron et appuyé par le marquis de Grille.

En janvier i683, « on prie M. de Robias qui cautionne pour ledit personnage de lui respondre favorablement et de lui faire attendre ses pattantes au premier jour. » On décida aussi que sa lettre de demande serait enregistrée « pour tesmoigner à qui lira ses mémoires, que la réputation de l'Académie royalle ne baisse point et que les honnestes gens les plus éloignés s'empressent de lui faire honneur, beaucoup plus que ses compatriotes. Ces honnestes. gens, confrères esloignés, sont à l'esgard de l'Académie comme de dehors redoutables d une forte place, qui la deffendent de toute surprise

(i) Registre de l'Académie, fol. 204, verso. «On iict un discours ou dissertation sur la prefférance des vertus dans l'àme d'un roy, sçavoir de la générosité ou la clémence, laquelle l'emporte. Cette pièce est de la manière de l'abbé de Poussan d'Arnoye, sorboniste, gentilhomme de Béziers de très bonne maison et prétendant d'Académie, mais la pièce ne pleust pas d'abbord universellement à cause du titre, tant il est vrai que les noms ont esté inventés pour nous donner en abbrégé la nature et l'histoire à peu près des choses. Le titre de cet ouvrage est trompeur, dit-on, mal distinct ou équivocque, cette critique fust justifiée par la lecture de la dissertation, etc. » Séance du 18 août 1681, présidée par M.d'Arbaud, qui y prononça « un discours animé de son zeilc ordinaire, y

et favorisent la paix, la quiétude ou le sommeil des académiciens endormis au dedans (i). »

Nous ne connaissons presque rien de la vie de l'abbé d'Arnoye : Un passage de la Ga:{ette nous apprend seulement qu'il était un orateur de mérite, puisqu'il fut admis à prêcher à la cour, en 1690. L'avent précédent avait été prêché par Bourdaloue et le carême était prêché par le P. Gaillard, S. J., qui parut si souvent dans la chaire de Versailles. Le jeudi saint, 2 3 mars 1690, labbé d'Arnoye le remplaça (2).

« Le 23, Sa Majesté, après la prédication de l'abbé d'Arnoye , un des quarante de l'Académie royale d'Arles... fit la cérémonie de la Cène, en lavant les

(i) Registre de l'Académie, fol. 21 y, verso. La lettre est reproduite fol. 2'2i, et datée de Paris, le 17 janvier i683. Les patentes furent expédiées en février i683,à « M. l'abbé de Poussant, présentement sur les bancs de Sdrbone en estât d'optenir le bonnet.» Il était très lié avec M, de Vertron.

(2) « Il y a toujours sermon le jour que le roi fait la Cène, le jeudi saint; c'est l'usage de choisir un autre prédicateur que celui qui prêche le Carême, w Mercure de France, avril 1726, p. 840. Cet usage existait dès avant i6go.

L'abbé Hurel ne mentionne pas l'abbé d'Arnoye parmi les orateurs sacrés à la cour de Louis XIV. Faut-il en conclure que notre académicien ne prêcha que fort peu à la cour? ou bien est-ce un oubli de l'historien ?

Bougerel n'a laissé sur l'abbé d'Arnoye, que ces quelques lignes : « L'abbé d'Arnoye de Poussant, fut reçu Tannée i683, c'étoit un prédicateur habile, il remporta plusieurs prix aux différentes Académies. Il étoit licentié de Sorbonnc, son remerciement est dans le Mercure de may i683. Il étoit natif de Bézicrs. • Mt de M. Arbaud, notice LX.

pieds à douze pauvres, qu'elle servit à table, avec les cérémonies accoutumées, (r) »

L'abbé d'Arnoye de Poussan devait être encore très jeune à cette date. 11 reçut ses lettres patentes, en mars i683, et remercia aussitôt les académiciens d'Arles. Son remerciement fut d'autant plus , apprécié, qu'il contenait « le pannégirique du roy, en ; deux pages entières de grand papier (2). » Le tout fut '. déposé aux archives et, au mois de mai suivant, le [ Mercure Galant publia le compliment de l'abbé de Poussan sur sa réception (3).

Ce fut encore Vertron qui présenta aux suffrages de l'Académie M. l'abbé Du Fatir de Pibrac, « toulosein de présent sur les bancs de Sorbonne. » Il semble que les Sorbonnistes aient très apprécié les honneurs académiciens. Cet abbé demanda son admission, par lettre datée de Paris, le 12 mars i683 (4).

L « M. de Guionnet de Vertron appuie cette lettre et cette demende par les esloges qu'il faict de ce prétendant, dont le grand oncle est fameux dans l'histoire

(0 De Versailles, le 24 mars 1690, Galette du 20 mars 1690 p. 144, n» 12.

(2) Séance de mars i683, Registre de l'Académie, fol. 222.

(3) (' Ce lundi, 25 juin... on a lu un chapitre du Mercure Galland de ce mois, et entre autres pièces, le remerciement de M. l'abbé d'Arnoye de Poussant qu'il faict à l'Académie royalle pour sa Réception. » Registre de l'Académie, fol, 226. Voir le Mercure de mai i683, éd. de Paris, p. 7-18.

(4) Registre de l'Académie, fol. 222, verso.

pour avoir esté embassadeur ou député au concile de Trente (i562). Ce M. de Pibrac envoie avec sa lettre de demende une pièce latine à l'honneur de la langue latine, qu'il prie l'Académie de voir. On a lu le présant discours et l'on l'a fort estimé. M. le secrétaire s'est chargé de mettre le tout avec les autres pièces académiques dans la petite archive, et la lettre de ce prétendant enregistrée, on a résolu ensuite que response seroit envoyée audict M. de Pibrac, de la part de l'Académie, selon le formulaire des lettres qu'on escript à ceux qu'on reçoit (i). «

(i) Registrede l'Académie, fol. 222. Voici les lignes consacrées par J. A. de Thou au président de Pibrac, qu'il connaissait personnellement :

« Guy du Faur, sieur de Pibrac, président au Parlement de Paris, mourut le 27 de mai ( 1 584) dans le même temps que Paul de Foix, et quelques jours avant le duc de Brabant, dont il étoit chancelier, C'éioit un des plus beaux esprits et des plus agréables de ce siècle. Dès son enfance, il s'étoit appliqué aux belles lettres, dont il ne s'étoit pas contenté de prendre une teinture légère, mais il les possédoit à fond. Il avoit appris le latin du fameux Pierre Bunel : il le parloit et l'écrivoit parfaitement bien et avoit outre cela un heureux talent pour la versification françoise. Il fut employé toute sa vie aux atVaires les plus importantes, tant au dedans qu'au dehors du royaume. Il assista au concile de Trente avec Arnaud Du Ferrier, et accompagna Henri IM dans son voyage de Pologne, lorsque ce prince prit possession de cette couronne, avec une gloire et une pompe à laquelle les suites ne répondirent guères. Pibrac tomba malade à Paris du chagrin que lui donna le malheur d'Anvers et le mauvais état des affaires du royaume : après avoir longtemps langui, il mourut dans un âge encore moins avancé que Paul de Foix (mort à 56 ans), entre les bras d'Arnaud de Cascnove, son frère, et de plu, sieurs amis. Il fut cnierié au couvent des Auguslins, auprès

Le nom de Pibrac n'était pas inconnu en Provence. En i638, Charles Du Faur de Saint- Jory (i), de la famille du président de Pibrac, enseignait la rhétorique au collège des Oratoriens de Marseille, avec un très grand éclat. Il était entré à l'Oratoire de Paris, en 1627. Il quitta la congrégation, en i652, à la suite des critiques dont ses sermons furent l'objet. Il avait du feu et de l'éloquence, mais il n'était pas assez maitre de sa parole. 11 lui arriva plus d'une fois de se livrer à des attaques personnelles, et un jour il déclara, dit-on, dans un sermon, que le diable avait été le premier des casuistes. Nous ne savons ce qu'il devint après sa sortie de rOratoire, nous ignorons aussi l'époque de sa mort. Les Quatrains du président de Pibrac eurent, on le sait, un grand succès et, en 1666, il en parut encore une édition et une traduction (2). L'Académie se trouva

desquels étoit sa maison. » De Thou, Histoire Universelle, édition de Bâle, 1743,1. VI, p. 432. Il est très souvent question de Pibrac dans l'Histoire de J. A. de Thou, t. III, IV et V, et dans ses Mémoires. Voir notre Etude sur de Thou et son Histoire universelle, in-S", Palmé, Paris, 1881.

(i) V. Discours panégyrique de Monseigneur J.-B. Gaut , -vêque de Marseille, prononcé à la cathédrale de .Marseille, le 25 mai i65i, par le P.Charles Du Faur, de l'Oratoire, Marseille, Garcin, i65i, in-8, cité par Dubreuil, Ms 371, p. 3-jo, et le P, Bicaîs, notice de l'Oratoire de France, Bibliothèque Méjanes- Ms639, p. 356.

(2) Les quatrains français du sieur de Pibrac traduits en autant de distiques latins, avec le texte en regard, par Nie. Harbet, advocat au Parlement de Bourgogne, 166O, petit in-4''.

trop heureuse de compter parmi ses membres un descendant du célèbre président {1529- 1584).

L'abbé de Pibrac remercia promptement l'Académie de sa réception (i). Le nom de cet académicien ne reparaît plus dans le Registre et le P. Bougerel ne le mentionne même pas ; aussi nous sommes obligés de l'indiquer, sans autre détail (2).

L'Académie semblait retrouver son zèle des premières années, et les adhésions lui arrivaient en foule.

« Ce vendredi, i3 mai, et le samedi 14, on s'assemble encore pour résoudre des affaires du dehors de l'Académie. On propose la réception de quelques personnes de mérite, comme un moyen nécessaire pour restablir cette belle et première ardeur de l'Académie, M. de Momblanc en premier lieu, lieutenant principal au siège d'Arles, ami des belles-lettres, et digne subjet d'Académie. M . l'abbé de SeaM/ew, qui, dans une grande jeunesse , marque desja des grands talans pour les sciences humaines et divines, grand prédicateur, est encore un très digne subjet pour soustenir le nom et le caracthère de véritable académicien. On en propose

(1) « On s'assemble chez M. Giffon, on lict le remerciement . c M. l'abbd Du Faur de Pibrac touschant sa réception à TAccadémie royalle. » Registre de l'Acndcmic, fol. ■• • ■ v,-r<,v <-«i.i.-.t d'avril i683.

(2) Est-il le même que l'abbc de Saint -Bcnuît sur l.ouj, diocèse d'Orléans, porté sur l'Etat de France de Trabouillet, en 1718? Nou« le pensons, en raison surtout de la similitude des noms.

encore d'autres, tous dignes et capables de faire honneur à cette compagnie, mais on n'a pu voir encore la demende escripte (selon la coustume et le statut) que de ces deux MM. de Momblanc et de Beaujeu. Sur quoi, il a esté délibéré que les deux lettres seroient enregistrées, ces messieurs advertis de la bonne volonté de tous les académiciens présents, et que M. le directeur leur envoiroit le billet comme aux autres, pour venir prendre leur place et oppiner dans l'assemblée de demain dimanche, sur l'affaire de Nîmes {\]. »

A cette occasion, on décida de nouveau a que le statut qui porte que les prétendans à l'Académie le demanderont par lettre sera rigoureusement observé, que ces messieurs et tous autres qu'on peust aggréer à l'advenir fairont leurs visites, selon la coustume, et qu'ensuite ils presteront le serment et mettront leur nom dans le Registre, en présence de MM. le directeur et secrétaire (2). »

Le lendemain, dimanche i5 mai i683, l'assemblée se réunit chez M. Giffon. à 5 heures de l'après-midi : les deux candidats furent introduits et recurent les félicitations de leurs confrères. M. d'Arbaud, directeur du mois, leur adressa « un petit discours plein de feu et de ce beau zelle que la nature lui preste pour les

(i) Registre de rAcadémie, fol. 224, Mémoires de mai i683. '2) Registre de l'Académie, fol. 224. V. t. I, p. 175.

choses, auxquelles il donne son action (i). » Puis chacun leur témoigna sa joie de leur admission.

Ces deux membres nouveaux étaient d'excellentes recrues; malheureusement, l'un d'eux, M. de Beau jeu, ne devait plus faire dans Arles qu'un séjour de quelques mois. Quant à M. de Momblanc, ses fonctions le retenaient dans cette ville.

Il appartenait à la famille de Laugier Momblanc (2). Il y avait en Provence plusieurs familles du nom de Laugier, dont Artefeuil, t. II, p. 54 et sqq., donne la généalogie : celle des Laiigier-Momblanc, faisait sa résidence à Arles, où elle jouissait, dès le XVI® siècle, des privilèges accordés aux nobles. Elle portait d'argent à la croix de Lorraine de sable. Les Momblanc étaient alliés aux Barrême, aux Cays, aux Meyran, aux Gljxndevès. En 1641, Charles de Laugier, II du nom, seigneur de Momblanc (3), et de La Garde, fils de Honoré de Laugier et de Madeleine de Barrême, fille de René I de Barréme, procureur du roi en la sénéchaussée d'Arles, fit alliance avec Alphonsine de Glandevès, fille de Gaspard, conseiller aux requêtes du Parlement de Provence , plus tard conseiller au semestre (1648).

(i) Registre de l'Académie, fol. 224, verso.

(2) L'ortographc de ce nom, comme de tous les noms propres, est difficile à tixcr; nous trouvons tantôt Monblan, tantôt Momblanc, tantôt Montblanc: de même Poussan et Poussant, etc.

O) Le château de Momblan est sur la commune de Maussane, canton de Saint-Rcnn (Bouciic8-<lu-Rhône).

Le 24 septembre 1668, Charles de Laugier fut maintenu en sa noblesse (i). De son mariage, naquirent deux fils et une fille, Madeleine, qui épousa François de Cays, fils de Joseph de Cays, l'académicien. Pierre, l'aîné, fut marié, en 1676, avec Françoise de Fressieii, fille d'un conseiller à la cour des Comptes de Montpellier. Il avait été reçu docteur en droit à la faculté d'Aix, le 14 juin 1664, âgé de 22 ans au plus. Nous ignorons à quelle date il devint lieutenant principal au siège d'Arles (2), mais il abandonna cette charge, en 1688, carie i*"' avril de cette année eut lieu l'installation de Pierre Deloste , écuyer , le même qui était consul, en 1676, et dont nous avons déjà parlé.

Nous ignorons l'époque de la mort de Pierre de Momblanc. Il fit son testament en 1691, il fut consul en i6g3, et le 24 juin 1702, il ne vivait certainement plus, c'est tout ce qu'il nous est possible d'affirmer (3).

(i) Jugement de Noblesse , Bibliothèque Méjanes , Ms 819. p. 697-699; Archives des Bouches-du-Rhône, série B, reg. iSSy.

(2) La liste des lieutenants principaux ou particuliers est difficile à établir. En i652, Honoré Mathieu de Faucher (reconnu noble, le 3 décembre 1 668) succéda à son père, en la charge de lieutenant particulier, et nous le trouvons encore en fonction, le 10 novembre i685. Pierre Deloste, installé le i" avril 1688

(Ms 806, Annales d'Arles, et t. I, p. Soj) occupait encore la charge de lieutenant général en 1694. Enfin, en lySi, nous trouvons encore (Ms 788) un Deloste, lieutenant général.

(3) Le Registre ne donne pas le prénom de M. de Momblanc. Artefeuil, dans son article sur les Laugier-Momblanc, t. II, p. 63» l'appelle à tort Charles, et ne mentionne pas son frère cadet qui portait ce prénom. Ménard, Histoire de Nîmes, t. VI, p. 278, ra-

Honoré de Quiqueran de Beaujeu était alors très jeune, mais ses talens le signalaient déjà à l'attention.

Quatrième fils d'Honoré de Quiqueran (i) et de Thérèse de Grille, sœur du secrétaire de l'Académie, il naquit le 29 juin i655, et entra de très bonne heure à l'Oratoire. « Issu d'une famille oU l'esprit était héréditaire (2), il tourna toute la vivacité du sien du côté

conte la légation dont il fut chargé auprès de l'Académie de cette ville et lui donne le prénom de Pierre qui est véritable. Nous avons suivi Artefeuil dans le i" vol., p. Soj, c'est une erreur à rectifier.

Sur les Laugier, consulter Robert de Briançon, t. Il, p. 269 ; Maynier, Nouveau Etat de Provence, p. 89 ; Artefeuil, t. II, p. 54 à 64. Nous avons en outre utilisé, dans cet article, diverses notes communiquées par M. de Boisgelin.

L'\cadémicien de Momblanc composa un discours un réponse à celui de Vertron contre les femmes, Ms de Bougerel chez M. Arbaud, notice XXV, voir plus haut, p. 217, en note.

En 1702, lors du passage du roi d'Espagne à Arles, Charles de Laugier Momblanc était capitaine major de la ville, de l'état des nobles, Ms 788, année 1702 (3 dcc), et le 22 septembre 17 15, il prêta serment de fidélité à Louis XV. (Ms 80G, Annales d'Arles).

(i) La famille de Quiqueran est très ancienne : on cite Rostan de Quiqueran parmi les partisans de la princesse Etien nette des Baux, en 1 143. Les Quiqueran, alliés aux d'Arlatan, aux Forbin, aux Boche, etc., ont rempli les plus hautes fonctions dans Arles. Ils portaient d'or et d'azur emmanche l'un en l'autre et pour cimier, un cheval naissant d'argent. Ils furent maintenus en leur noblesse, en 1667. Voir Archives des Bouches-du-Rhônc, série B, Registre 1357. Cfr. Robert de Briançon, t. II, p. 525 et sqq. ; Maynier, Principale Noblesse de Provence; /lr/(?/<»wi7, t. II, p. 2(")7 et sqq. ; Bonnemant, le Nobiliaire de la ville d'Arles; Pierre Véran, la Noblesse d'Arles, p. i 25.

{2) P. Bicaï», Notice de l'Oratoire de Frnncc ri 7M0). HibliMilu-que Méjancs, Ms 640, p. 431 et sqq.

de l'étude. Léducation qu'il reçut, partie auprès de ses parents, partie au collège de Marseille, eut des succès bien glorieux pour lui et pour ceux qui en étoient chargés. Ses maistres furent étonnés, surtout de ses grandes dispositions pour l'éloquence Afin de pouvoir les cultiver avec plus de liberté, il se détermina de luimême, après sa philosophie, à entrer dans l'Oratoire qui étant alors dans son lustre, offrait une ressource assurée aux talents.

« Ayant passé une année à l'Institution de Lyon, où il avoit été reçu au mois d'août 1672, on l'envoya dans une maison d'étude pour y faire sa théologie. Les connaissances aussi profondes qu'étendues qu'il acquit dans cette science, et la rapidité avec laquelle il apprit les langues savantes, lui firent une telle réputation, qu'après l'avoir employé quatre ans à enseigner la philosophie, on l'appela à Arles, en 1681, pour y remplir une des deux chaires de théologie que l'abbé du Molin, primicier de l'Eglise Métropolitaine, et vicaire général de Monseigneur de Grignan avoit fondées à l'Oratoire. Cette école avoit déjà acquis beaucoup de célébrité, par la réputation de ceux qui y avoient enseigné, et par le concours des ecclésiastiques qui y accouroient d'une bonne partie de la province. Le P. de Beaujeu, quoique âgé seulement de 26 ans, remplit sa tâche avec le plus grand éclat, et il eut la gloire d'avoir sous lui un disciple distingué, en la personne

du jeune Massillon (i), qui a fait depuis tant d'honneur à la chaire. Voyant qu'il avoit si bien réussi dans son pays,. le réginîe de l'Oratoire, lui confia, en i683, un poste plus important, en le mettant, selon le vœu de la cour, à la tête de la célèbre école de théologie établie à N.-D. des Ardilliers de Saumur, en faveur des jeunes prêtres et confrères de la congrégation qu'on y envoyait de plusieurs maisons, »

L'Oratoire d'Arles jouissait de l'estime universelle et Mgr de Grignan le protégeait hautement, en reconnaissance des services rendus par lui au clergé diocésain. Le P. de Beaujeu avait déjà une grande réputation d'éloquence , car ce fut lui que les consuls chargèrent de prononcer, le 6 septembre i683, l'éloge funèbre de la reine Marie-Thérèse, dans l'Eglise de Saint-Trophime (2).

Au mois de novembre i683 (3), il partit pour Paris afin de rejoindre son nouveau poste.

A Saumur, où il resta deux ans, il se livra à la prédication avec un succès tel que ses supérieurs le rappelèrent à Paris, et l'employèrent aux Missions de Sain-

(1) Cfr. liougcrel, Hommes Illustres de Provence, p. ^--.

(2) Voir Bibliothèque Méjancs, Ms 810, p, 292.

(3) « M. l'abhc de Beaujeu, confrère royal, nouvellement rcçcu partanr pour Paris, s'est chargé de laditte response et des autres lettres qu'escrit M, le secrétaire au protecteur, amis et confrères externes avec lesquels il faut entretenir le commerr-v - P^-'ittrc de l'Académie, fol. 228, verso.

- 31t — tonge, après la révocation de l'Edit de Nantes. Le i^ de Beaujeu avait acquis une telle habitude de la parole, qu'il n'écrivait Jamais ses sermons ; aussi il ne reste rien de tous ceux qu'il prêcha un peu partout.

Fléchier nommé à l'évêché de Nîmes, en 1687, donna au P. de Beaujeu, un canonicat dans sa cathédrale avec des lettres de vicaire général (i). M. de Beaujeu quitta l'Oratoire, tout en conservant jusqu'à la fin de sa vie une affection particulière, pour cette congrégation. Nous ne pouvons ici entrer dans le détail de sa vie : en 1693 et 1700, il est député à l'assemblée du clergé de France, il se lie avec Bossuet et avec l'abbé Bignon. Ses amis cherchent en vain aie retenir à Paris, en lui promettant une place d'associé dans l'Académie des inscriptions et belles-lettres qu'on réorganisait alors. Il revient à Nîmes. En 1705, un brevet du roi le nomme à l'évêché d'Oléron, puis peu après à celui de Castres. Sacré par l'archevêque d'Albi, en l'Eglise du noviciat des Jésuites, à Paris, le 25 octobre 1705, il se rend dans son diocèse et , fidèle à la résidence, il ne reparait à la cour qu'en 171 1 , pour présenter au Roi le cahier des Etats du Languedoc (17 août).

11 venait souvent à Arles, pour les affaires de sa fa-

(i) M. Boze dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres (t. XII) cite un trait d'éloquence de M. de Beaujeu, dont le sans-froid apaisa une sédition sur le point d'éclater. Le P. Fabre, Remarques Historiques, p. i32, rapporte ce fait, ainsi que le P. Bicaïs, Ms 743, p. 125, Evêques Provençaux.

mille, mais son diocèse n'en souffrait pas. Il fonda un grand séminaire à Castres, répara sa cathédrale, bâtit un hôpital et parcourut en apôtre les paroisses de son diocèse. Malheureusement, il se laissa gagner par les erreurs Janséniennes, dont il fut un des champions dans le Midi, et ses démêlés avec Mgr de Forbin Janson , archevêque d'Arles , sont de tout point regrettables.

Mgr de Beaujeu mourut à Arles, le 26 juin lySô (i), sans avoir voulu révoquer son appel. Il fut enterré avec grande pompe, dans l'Eglise des Frères- Prêcheurs (2), où était son tombeau de famille.

Assurément Mgr de Beaujeu était un personnage de distinction, mais sa conduite, dans la querelle Janséniste, laisse à désirer (3). Ce n'est pas ici le lieu de le

(i) Voir Annales d'Arles, Ms 788, Bibliothèque Méjanes, et un long article des Nouvelles Ecclésiastiques, année 1736, p. 146 et sqq.

(2) Cette magnifique église existe encore, mais n'est plus consacrée au culte.

(3) On a de Monseigneur de Beaujeu une série de Mandements, imprimés à Castres. L'un d'eux publié, en 1721, à l'occasion de la peste, fut réimpVimé à Arles, chez Gaspard Mesnier, 1721 (10 p., in-4°, Bibliothèque Méjanes, Ms 745). L'Oraison Funèbre de Louis XIV, qu^il prononça à Saint-Denis, le 23 octobre 1715, fut imprimée, la même année, à Paris, chez Etienne Papillon, rue Saint-Jacques, (48 p., in-4»). Elle fut réimprimée dans le Recueil des Oraisons funèbres de Louis XIV (2 vol., in-12, 1716), t. Il, p. 195-256. Sur Monseigneur de Beaujeu, V. la notice du P. Bércnguier sur Monseigneur de Forbin Jnnson, Revue de Marseille, i885 ; le Ms 640 de la Bibliothèque Méjanes,

juger, car il faudrait, pour ce faire, entrer dans des détails beaucoup trop longs.

En i683, le succès de ses cours publics méritait bien au jeune professeur une place à l'Académie, et on ne pouvait qu'applaudir à un tel choix.

En septembre 1680, M. de Grille présenta à ses collègues « des vers latins qu'on envoie de Narbonne à un bourgeois de cette ville d'Arles, pour les montrer à messieurs de l'Académie. » Ces vers furent transcrits sur le Registre « parce que c'est toujours un honneur qu'on faict à cette compagnie, de la consulter sur la bonté ou validité des ouvrages. » Ils étaient « de la manière d'un juge de Narbonne, à l'honneur de la

famille des Thelliers Cet illustre poète, poursuit

le Registre, a la modestie et l'humilité de demender leur sentiment à messieurs de l'Académie royalle sur ces trese vers latins. On n'a pas creu de pouvoir les louer ce qu'ils valent, à moins de les traduire et mar-

P. Bicaïs, Notice de l'Or, de France, p. 430, 441, que les Ms 64I/ 743, et le Dictionnaire de Provence, t. II, p. i35-i38, ne font qu'abréger; Histoire des Réflexions Morales, (in-4'', Amsterdam, . 726), t. I, p. ySG et sqq. ; les Annales d'Arles, Ms 788 et 806, à diverses années ; Beaunier, Archevêchés et Abbayes de France, 1726, in-4'', province d'Albi, p. 3i et sqq. ; Compayré, Etudes Historiques sur l'Albigeois, le Castrais, etc. Albi, 1841,1 vol.,

n-4° ; Histoire du pays Castrais, par Marturé, 2 vol., in-8% Castres, 1822 ; les Actes du Clergé; Mémoires de l'Académie des

ascriptions et belles-lettres, t. XII, p. 336-344, Eloge de M. d<. Beaujeu, lu à la séance du i3 novembre 1736; Ms 1060, 2' partie, y. 3^) ; P. Fabrc, Remarques Historiques, p. i32-i33.

quer par là à cet autheur l'estime qu'on en faisoit(i). » L'auteur était M. Guillaume d'Abbés, «grand vicaire et magistrat ecclésiastique, dans la primatie de Narbonne, pour M. le cardinal de Bonzy. » Il entretint, dès lors, d'excellents rapports avec l'Académie qui ne tarda pas à connaître son nom. Deux années après, M. d'Abbés envoya diverses poésies, sur la paix, sur le mariage du Dauphin,, sur la naissance du duc de Bourgogne. Ces poésies répondaient « à la réputation de ce personnage », dit le Registre, qui le range déjà parmi « les confrères externes (2). » M. de Grille l'en remercia (3), et M. d'Abbés fut si content de ce témoignage d'estime de l'Académie, qu'il demanda une place « parmi tant

(i) Registre de l'Acadéinie, fol. 194,011 entier.

«Guillaume d'Abbés, bachelier de Sorbonne, chancine de Saint- Sébastien de, Narbonne. Il fut dans la suitte juge primitial du cardinal de Bonzi, archevêque de cette ville, dont il était natif. Outre le Parfait Orateur, imprimé à Narbonne, en 1648, il y a encore de luy l'Oraison funèbre de Claude de Rébé, aYchevcquc de Narbonne, imprimée, en lôSg, et quelques poésies latines en feuilles volantes, sur les villes de Strasbourg, de Cazal, soumises au roy, sur la paix^ sur la naissance de M. de Bourgogne, etc.

Il fut reçu à l'Académie d'Arles, en 1682, et mourut, en l'îSf). Notice XXXIX, P. Bougerel, Ms de M. Arbaud.

(2) Registre de l'Académie, fol. 216.

(3) « M. le secrétaire a dict qu'ayant faict sçavoir à M. d'Abbc de Narbonne le cas que l'Académie avoit faict de ses vers latin les ayant voulu traduire par la plus part, par la mcin de quelques uns de ces qjessicurs, et les ayant mcsmc remis en dcspost dans la petite archisvc, il en avoit été si charmé qu'il n'avoit pu scmpescherd'cn escrire à l'Académie et de lui dcmender son aggrégai>"n. •• Registre de rAcadéniie, fol. -zi6, verso.

— 321 — • d'illustres personnes qui la composent. » Sa lettre est datée de Narbonne, le i3 septembre 1682, et fut enregistrée, après avoir été lue. La demande fut discutée et adoptée, à la fin de septembre. On délibéra de lui envoyer des lettres scellées et en parchemin, « comme on fait à ceux qui peuvent assister aux séances, » néanmoins on ne le dispensa pas de la demande officielle, malgré la proposition de M, de Cays. M. de Grille lui notifia cette décision . Il lui envoya aussi la relation de lafête du 19 octobre 1682, en l'honneurdu Dauphin, et dans le courant de novembre, des lettres patentes d'académicien lui furent expédiées (i).

M. d'Abbés était un haut personnage ecclésiastique.

(i) t Après l'enregistrement, il fust dict que cette lettre seroit gardée avec les pièces de Tautheur, dans l'archif de l'Académie- M. le secrétaire s'est chargé d'y respondre, selon le formulaire inséré dans ce présent Registre (fol. 74, verso. Voir t. I, p. 200). M. de Cays a dict que le stile tendre, esloquent et obligeant de cette letre mériteroit qu'on fist quelque différence de l'autbeur et des autres externes, qu'il ne seroit pas mal de lui envoyer des lettres scelées et en parchemin, comme on faict à ceux qui peuvent adsister aux assemblées et les lui envoyer sans les lui faire demender. » Registre de l'Académie, fol. 216, verso. Séances de septembre 1682. On attendit la demande officielle.

« M. le secrétaire a dict qu'il a reçeu letre de Narbonne de M. d'Abbés, en response de celle qu'il avoit escrite pour lui donner l'advis et la succinte relacion de l'assemblée (aux Pénitents- Gris) que l'Académie avoit faicte le lundi iq octobre 1682. Ledict sieur d'Abbés remercie le soin qu'on avoit pris de lui envoyer cette relacion, et en suite demende par sa letre qu'on l'honnore du sein et du sceau de l'Académie, ce qu'on a délibéré de faire par U première commodité.» Registre de l'Académie, fol. 218, verso. Séances de novembre 1682.

En 1648, il était chanoine de Saint Sébastien de Narbonne, sa ville natale, et il dédia à Monseigneur Claude de Rébé (i) un ouvrage intitulé : Le Parfait Orateur. Dix ans plus tard, il était chanoine de Saint-Paul de Narbonne et officiai. Il prononça l'Oraison funèbre de Monseigneur de Rébé mort, en son palais, le 17 mars 1659. Ces deux ouvrages ont été imprimés (2). M. d'Abbés félicita l'archidiacre Varadier de Saint-Andiol de son volume des /«venz/i^, et celui-ci lui répondit, par une longue épitre en vers latins, qui semble être de 1682, car il y est question de la naissance du duc de

Ci) Claude de Rébé d'Amplepuis , chanoine de Lyon, puis prévôt de Maçon, fut nommé coadjuteur de Louis de Vervins, archevêque de Narbonne, en 1622, et lui succéda en 1628. Prélat d'une rare distinction, il présida deux fois les Etats du clergé {1645 et iG56) auxquels il assista quatre fois. Il mourut âgé de 75 ans (S659). François Fouquet, frcrc du fameux Fouquet, son coadjuteur depuis i656, lui succéda. Enveloppé dans la disgrâce de son frère, Fouquet mourut en exil à Alençon (nov. lôyS). Pierre de Bonzy, archevêque de Toulouse, depuis 1669, fut appelé à occuper le siège de Narbonne. Né à Florence en i63i, évêquede Bézicrsen 16^9, ambassadeur du roi à Venise, en 1662; en Pologne en 1664 et 1668; en Espagne en 1669, Bonzy fut créé cardinal par Clément X, le 22 février 1672. Il était grand aumônier de la reine depuis 1670. II mourut à Montpellier, le II juillet 1703 et fut enterré dans la cathédrale de Narbonm . chapelle de Sainte-Marie de Bethléem, près de Claude de Rcli Son successeur fut Charles Le Goux de la Berchèrc, mort en 17 im précédemment archevêque d'Aix (1Ô85-1687).

(2) V. Gallia Christiana, t. VI, col. 121. Nous avons dit plus haut, p. 210 en note, que les frères de Sainte-Marthe, rédacteur^ àc\tiGallia, étaient originaires de Tarascon : c'est une distr:K tion dont nous nous sommes aperçu trop tard.

- sn - Bourgogne (i). M. d'Abbés mourut, en 1686, à Narbonne.

Le Registre mentionne à peine M. Lombard de Gou rdon.LeaSjuin i683,« M.de Momblancamonstré une pièce en vers de M. de Gourdon, lieutenant de Grâce, qui a paru bonne à la compagnie et lui a faict souhaiter de pouvoir acquérir un si bon sujet. On a dict qu'il escriroit à l'Académie, comme c'est la coutume (2). » Il n'en est plus question. L'absence du Registre ne nous permet de savoir à quelle date M. de Gourdon fit sa demande. Il était jeune encore et arrivait de Paris, précédé par une renommée qui alla en augmentant. Il appartenait à une famille très connue en Provence (3). Sa candidature dût être appuyée par MM. de l'Estang et de Barréme, conseillers au Parlement , qui avaient été à même d'entendre à la barre sa parole originale et spirituelle.

(i) Jitvenilia, seconde partie, p. 62-64. Elle commence ainsi :

Quid mea pervolvis vates clarissimus Abbes

Carmina? non oculis illa legenda tuis.

Te meliora manent, propriis le pasce Camaenis,

Et plénum nugis, quaeso, repone librura .... (2) Registre de l'Académie, fol. 226.

{3) Sur quelques membres de cette famille, voir Archives des Bouches-du-Rhône, série B, reg. 2732 : Arrêt rendu à la barre de la cour des comptes en la cause de Louis Lombard, lieutenant principal des soumissions au siège de Grasse, réclamant les émoluments attribués à son office. Ibid. Reg. 3297 (1612-1703) procédure du sieur de Gourdon mise à néant par la Cour des comptes de Provence.

La famille Lombard (3) descendait d'Arnould de Lombard, seigneur de Saint- Benoît , du Castellet, de Méouilles et autres lieux, président en la G)ur des maîtres rationaux de Provence, cité dans le contrat de mariage de son fils François avec Catherine de Malvans, de Saint- Paul près de Vence, passé le 1 5 février 1449. Il y eut plusieurs branches, dont deux se fixèrent à Aix : la branche du Castellet et la branche de Montauroux. Les Lombard du Castellet fournirent des chevaliers de Malte, des conseillers à la Cour des comptes et, en 1676, Pierre de Lombard du Castellet fut reçu président à cette cour, où son fils Gaspard lui succéda.

L'es Lombard de Montauroux firent ériger cette terre en marquisat, en 1675. Le représentant de la branche était alors Charles de Lombard, conseiller au Parlement depuis i632. Son fils fut également conseiller, et il était en 1689 le doyen des conseillers. Il mourut en 1718. La branche aînée resta fixée dans la ville de Grasse. François de Lombard III du nom, seigneur de Gourdon et de Gourmes, major du régiment Royal la Marine, perdit un bras à Rocroi (1643), puis fut pourvu, après la mort de ses frères, de l'ofirtce de lieutenant général au siège de Grasse, déjà possédé par plusieurs de ses ancêtres.

(1) Maintenue en sa noblesse par jugement du 8 nov. 1(367. Bib, Mcîjancs, Ms 819, p. 280-284, Archives des Bouches-du- Rhônc, sciic l\. Recislriî ilSr».

Il épousa, le i6 novembre 1654, Marie -Anne de Grimaldi, fille de Jean-Henri de Grimaldi, marquis de Courbon, maréchal des camps et armées du roi, et d'Anne de Grasse. Il eut cinq enfants. Les deux cadets servirent dans la marine. L'aîné Jean-Henri de Lombard de Gourdon et de Gourmes succéda à son père. En 1705, il laissa la charge de lieutenant général à son fils Louis et fut pourvu, par lettres patentes du 2 mai lyoS, de l'office de second président au Sénat de Nice. Il excerça ses fonctions tant que le comté resta à la France , c'est-à-dire jusqu'à la paix d'Utrecht, en 171 3. A cette date, il fut procureur général de la commission chargée de tracer les frontières des cessions faites par l'article IV du traité d'Utrecht, entre Louis XIV et le duc de Savoie. Il avait épousé, en i683 (14 février), Anne de Niel, dont il eut quatre enfants. C'est l'académicien.

« Jean-Henri de Lombard, seigneur de Gourdon, a fait divers petits ouvrages assez intéressants. Cet académicien mourut lieutenant général en la sénéchaussée de Grasse, très regretté de ses concitoyens, l'an 1721 (i). » Il n'était plus lieutenant général, mais, sauf ce détail, nous n'avons aucune autre raison pour ne pas accepter la date indiquée, si ce n'est l'autorité de Bougerel qui fixe sa mort en 1720, mais ne se

(i) Bibl. Méjanes, Ms 1060, 2"* Partie, p. 5o.

~ 326 — prononce pas aussi catégoriquement dans le Mercure que dans le Ms de M. Arbaud (i).

Henri de Lombard (2), cousin de Pierre de Lombard, président à la Cour des comptes de Provence, et de Charles de Lombard, conseiller au Parlement, allié aux Grimaldi, aux Barras, aux Castellane, aux Coriolis, aux Tressemanes, aux Foresta, aux Glandevès, avait tous les titres que l'Académie exigeait,

(1) Voici la notice du Ms de M. Arbaud, elle est la XLl\ ■"* :

« Jean-Henri Lombard de Gourdon, de Grasse, lieutenant général au siège de cette ville, ensuite second président au Sénat de Nice. Il était fils de François de Lombard de Gourdon, lieutenant général au même siège, et de Marie-Anne de Grimaldi des marquis de Courbon. Il fut reçu de l'Académie la même année i G85 (que Marc-Antoine Chalvetj. C'était un très bel esprit ; il a composé grand nombre d'ouvrages en prose et en vers qui sont restés Ms, entre autres une critique de tous les discours de l'Académie françoise, la vie du philosophe Boèce ; l'éloge de M. de Gaufridi, historien de Provence, est à la tête de son histoire. Il mourut en 1720. » Voir plus loin l'article du Mercure, qui complète ces données sommaires.

(2) Sur la famille Lombard, consulter : Artefeuil, 11, Si ; Robert de Briançon, H, 288; La Chesnaye Desbois, XII, 267. « Le 23 novembre, nous avons enseveli, en l'église du monastère de Saint-Barthélémy, dame Marie-Véronique de Lombart de Gourdon, religieuse dudit monastère. » Mortuaire des Frères Prêcheurs d'Aix, année 1677. Archives de l'Hôtel de N'ille d'Aix. Cette religieuse appartient sans doute à l'une des branches établies dans cette ville. Le P. Bougerel, dans son autobiographie Cle P. Bougerel, Bibl.oratorienne, 1882, p. 32), raconte un conflit de préséance qui se produisit au collège des Oratoricns de Grasse, à l'occasion d'une tragédie jouée par les élèves, entre Mgr de Mesgriçny, ndà Aix, en i653, soldat, capucin, puis évêque de Grasse, de 171 1 à 1726, et les consuls et les magistrats. A ce propos, il parle de M. de Gourdon, lieutenant général ; mais ce fait

car, outre ces alliances honorables, il avait le goût des lettres qu'il cultivait non sans succès, et il revenait de Paris, où ses talents poétiques avaient été fort appréciés par des juges compétents.

Le P. Bougerel lui a consacré quelques pages intéressantes : « Jean-Henri Lombard de Gourdon, à qui M. de S. Q. (Renierville de Saint-Quentin) adresse la plainte de la lettre R, naquit dans la ville de Grasse d'une famille distinguée par sa noblesse. Il eut pour père François Lombard de Gourdon, qui après avoir servi longtemps avec honneur, devint lieutenant général au siège de la sénéchaussée de cette ville, et pour mère Marie-Anne Grimaldi de Courbons. Il vint au monde avec dheureuses dispositions pour les lettres, qui furent cultivées par Jean-Henri de Grimaldi, marquis de Courbons, son grand-père, personnage d'un grand mérite. Quand il fut un peu avancé en âge, on l'envoya chès les PP. de l'Oratoire de Marseille, où il étudia en rhétorique sous le P. Bahier, excellent poète latin et françois ; il perfectionna le goût du jeune de Gourdon pour la poésie et pour l'éloquence. Ses premières études finies , il vint à

se passa après 1710, puisque c'est à cette date que le P. André Ailhaud amena avec lui le P. Bougerel dans le collège, dont il était supérieur; il ne s'agit donc pas de l'académicien mais de son fils. Nous avons constaté un conflit du même genre à Arles, en 1670. V. t. I, p. 220. Voir le Théâtre de l'ancien collège de Troyes par Albert Babeau, 1881, p. 10-22.

Paris, se fit connoitre à l'abbé Furetière, à M. de La Fontaine, et au célèbre Despréaux : il laissa même échaper quelques vers qui lui firent honneur. A tous les agrémens de la jeunesse, il joignoit une grande douceur et une aimable politesse. De retour en Provence, il fut chargé de plaider une cause singulière. Une femme ayant été pendue à Aix, on lui trouva encore un souffle de vie lorsqu'on voulut l'enterrer ; on la cacha et on en eut tant de soin qu'elle revint à la vie. Le jeune de Gourdon chargé de cette cause, se fit admirer et obtint sa grâce. Peu de temps après, il fut reçu à l'Académie royale d'Arles et se mit en possession de la charge de lieutenant général du siège de Grasse, que ses ancêtres avoient remplie avant lui; il l'exerça longtemps à la satisfaction de tout le monde. En 1705, il fut fait second président au Sénat de Nice, honoré dans la suite d'une commission considérable auprès du roy de Sardaigne. Il aimait passionnément l'étude, aussi le trouvoit-on toujours occupé à lire et à composer. Il disoit quelquefois en badinant que si on l'enfermoit, pourvu qu'on lui donnât de l'encre, du papier et des livres, il ne penseroit jamais à demander sa liberté.

tt II scavoit beaucoup, aussi a-t-il composé un nombre infini d'ouvrages, tant en prose qu'en vers, mais ils sont presque tous restés manuscrits. J'en ai lu seulement deux, sçavoir, la vie du philosophe Boëcc et

une critique de tous les discours prononcés dans l'Académie françoise, dans laquelle il a mêlé plusieurs détails intéressans sur les vies des académiciens. Je ne scais de lui d'imprimé que quelques pièces de vers, et l'Eloge de M. de Gaufridi, conseiller au Parlement d'Aix, Historien de Provence, imprimé à la tête de son Histoire (i). Il étoit très aimable, il sçavoit se faire écouter des heures entières, toujours avec un nouveau plaisir ; il narroit avec facilité, avec grâce et avec esprit. Je suis, au reste, charmé d'avoir cette occasion de vous faire connoître une personne, qui,

(i) Jean-François de Gaufridi, né à Aix, le i3 juillet 1622, mort le 2 novembre i68g, fut enseveli dans l'église des Cordeliers. 11 avait obtenu, le 6 septembre 1688, le Privilège pour son Histoire, qui ne fut achevée d'imprimer que le 3i décembre i6g3, par les soins de Anne de Grasse de Mouans, sa femme. Henri de Lombard, qui était parent de cette dernière, rédigea la préface contenant la vie de l'auteur et la termina, par cette pièce de vers dédiée à sa veuve :

« Vous de qui la sagesse égale la beauté,

Bien qu'aux ordres du ciel vous soyez soumise,

En perdant un époux justement regretté,

Ne croyez pas votre fidélité

Moindre que celle d'Artémise.

Cet ouvrage immortel, que vous donnez au jour.

Vaut mieux que tous les pleurs que vous sauriez répandre ;

Et c'est à votre époux témoigner plus d'amour

D'éterniser son nom que d'avaler sa cendre. »

V. Histoire de Provence, parmessire Jean-François de Gaufridi, chevalier, baron de Trets, conseiller du roy en la cour du Parlement de la même province. A Aix, de l'imprimerie de feu Charles David, imprimeur du roy et de la province, 1694, 2 vol. in-fol. Cet ouvrage est estimé.

non-seulement ma honoré de son amitié, mais encore m'a comblé de ses bontés. Il mourut en 1720 ou 1721, avec les regrets de tout le monde. Son lîls, qui remplit la charge de lieutenant général au même siège, marche sur ses traces ; il présida il y a environ deux ans aux Etats de la province (i) ».

En i7io,rabbé Joseph de Mervesin proposa de faire un discours, sans employer la lettre R. M. de Saint- Quentin se récria , déclarant la chose impossible. Mervesin fit trois lettres sans R. Saint-Quentin reconnut son erreur et écrivit une lettre sans R. au R. P. Bailly, gardien des FF. Mineurs conventuels (2). Il adressa la Plainte de cette lettre à M. de Lombard de Gourdon, président au Sénat de Nice, p. 1087- 1091. Choisi comme arbitre, M. de Gourdon rendit

un jugement favorable à la lettre R.

Vu la présente remontrance, Défendons à tous beaux esprits De vous bannir de leurs écrits. ..

Déclarons crronné tout autre sentiment ;

(i) Mercure de France, de juin 1741 (1" vol., p. 1075-77). Extrait d'une lettre de M.. . (le P. Bougcrcl) à M. O. L. R. (de La Roque, directeur du Mercure) au sujet de la défense de la lettre R qu'on voulait proscrire. »

(2) Le P. Bailly était un orateur distingué. Nous avons de lui plusicurs^discours, entr'autrcs le Discours prononcé dans l'Hôtel de Ville d'Arles pour l'élection des consuls, le 25 mars 171 3, par le P. Elzéar Alcxtiniirc de Railly, docteur en théologie, de l'ordre des KF. Mineurs conventuels, prédicateur de la métropole d'Arles, chez Gaspard Mesnicr, imprimeur du roy, de Mit l'.ir.lRvéquc, du clergé et de la ville, 171b, 14 pages in-4*.

Voulons que désormais ce soit chose assurée

Que quiconque pense autrement

N'a pas la tête bien timbrée,

Et tel est notre jugement (p. 1091) (i). »

M. d'Abbés est, avec M. de Lombard, le dernier académicien dont il soit fait mention au Registre. Après 1684, il y eut encore des admissions, mais le Registre n'est plus là, pour nous en indiquer la date et les circonstances. Nous en parlerons dans un chapitre ci- après. Il nous faut revenir un peu en arrière, et exposer ici les relations de l'Académie d'Arles avec celle de Nîmes, alors en formation.

(i) Avant de communiquer à M. de La Roque les pièces de cette discussion, qui dura plus de deux ans, et fut très vive, le P. Bougerel lui donne quelques détails sur les principaux personnages qui y paraissent : MM. Mervesin, Remerville, Lombard, marquis de Buous et le P. de Bailly. Il se trouvait, en 1712, au collège de Grasse, il était lié avec M. de Lombard, le fils, par conséquent bien placé, pour être renseigné avec exactitude. Cette lettre comprend les pages de 1069 à logS. Voir Dict. de Provence, I, 5i4-5i5; II, 148-150. Sur les Remerville, v. Artefeuil, H, 3o3, SoO. Cfr t. I, p. 423, en note.

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