‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originauxChapitre 13 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'Académie de Nîmes, sa fondation et son aHîliation avec l'Académie d'Arles.

Au commencement de l'année 1682, M. de Faure Fondamente demanda au marquis de Grille une lettre de recommandation pour le duc de Saint-Aignan , sans s'expliquer davantage. Un billet de M. d'Arbaud de Nîmes, apprit à l'Académie l'objet du voyage de cet académicien. 11 s'agissait d'obtenir des lettres patentes pour l'Académie, qu'une vingtaine de beaux esprits voulaient ériger à Nîmes. M. d'Arbaud en informait ses confrères et leur demandait leur sentiment à cet égard. Ceux-ci répondirent tout simplement que cette affaire ne les regardait pas et qu'il fallait laisser agir « ces MM. de Nîmes (i). »

(i) Avril 1682. « M. Giffon a montré une lettre de M. d'Arbaud, escriptc de Nîmes, par laquelle il lui donne advis du dessein que quelques MM. cspris et sçavans de ce pays là qui songent à s'ériger en accadémiciens. Il prie ledit sieur Giffon de donner cet advis à l'Académie royalle, et de savoir le sentiment de la compagnie sur cette nouveauté. Il adjouste qu'ils sont dcsjca beaucoup capables de faire corps pour cela, qu'ils se comptent unç vingtaine et plus, tous gens de bel esprit et de bonne vo-

M. d'Arbaud vint à Arles peu après, mais l'Académie occupée par d'autres soins, ne s'intéressa pas à la nouvelle tentative, avant plusieurs mois.

L'Académie de Nîmes allait enfin être organisée, grâce à Jules-César de Fayn, marquis de Peraud, maréchal des camps et des armées du roi, qui s'était retiré à Nîmes, où ses ancêtres avaient occupé la charge de sénéchal en iSgo et i63o. Il n'eût d'ailleurs qu'à grouper autour de lui et à fondre dans une seule les diverses sociétés littéraires qui existaient , depuis le milieu du XVII* siècle, dans la ville de Nîmes, comme dans presque toutes les villes importantes de la France. Ce n'était cependant pas très facile, car ces

lonté, que M. l'evesque de Nîmes, se met à leur teste, que ce prélat pousse cette affaire à la cour par ses amis qui sont considérables et qu'enfin le sieur Faure Fondamente, reçeu despuis un an à l'Académie d'Arles, est le député, qu'il est à la cour pour demander des lettres patentes et que lui M. d'Arbaud n'a pas voulu respondre à la semonce qu'on lui a faicte d'estre enroolé dans cette prétendue Académie, sans apprendre l'intérêt que MM. d'Arles avoient ou voudraient avoir en cette affaire, etc. M. le secrétaire a dict que M. Faure Fondamente estoit réellement et de feict à Paris, ou à la cour, puisqu'il avoit escript et demandé au dict secrétaire une lettre de recommandation pour M. le duc, sans s'ouvrir davantage sur son dessein. On a délibéré de remercier M. d'Arbaud de la part qu'il prend aux intérêts de l'Académie et pour ce qui est des affaires de ces MM. de Nîmes, de M. Faure leur député prétendu et de M. l'evesque, de leurs patantes et prétentions nous n'avions rien à faire de ce costé là, que ce n'estoit pas à nous de prévenir les choses, ni de l'honneur d'une Académie royalle de craindre les exploits et les triumphe» de MM. de Nîmes, qu'il falloit laisser faire, attendre en paix et patience l'intention de la cour sur ce dessein. » Registre, fol. 212.

sociétés tenaient à leur indépendance, et diverses tentatives, en vue de fonder une véritable Académie, avaient échoué. Le marquis de Peraud avait organisé les Emulateurs à Avignon (i), de concert avec Joseph Planety, prolonotaire apostolique et dataire de la légation d'Avignon, en 1 65 8. Il en avait dressé les statuts, puis en i66o, il était parti pour la Cour où il fit un long séjour. Il avait étudié l'organisation de l'Académie française et s'était lié avec les beaux esprits du temps. Il apporta à l'organisation de l'Académie de Nîmes autant de zèle que d'habileté. Il réunit chez lui, le 28 mars 1682, MM. de Trimond, de La Baume, Cassagnes et Cha\el, conseillers au présidial, Digoine, procureur du roi, d'Aiglun et Causse, chanoine, de Cabrières , Maltrait, Saurin , Cha\el , Teissier et Graverai, avocat. Il leur exposa son dessein de « former une Académie où chacun pourroit, par des entretiens honnêtes, solides et familiers et par la lecture des bons livres, corriger ses défauts et acquérir du sçavoir, de la politesse et de la vertu. » La proposition fut accueillie avec joie et les premières dispositions furent prises, pour en assurer l'exécution. On fixa le nombre des sociétaires à vingt six ; on résolut d'offrir le titre de protecteur à M. Séguiery évêque de Nîmes ; on nomma up directeur qui fut M. de La Baume, et un secrétaire qui fut le marquis

I I) \ 11: ! [. pitrccsjustilicativcs, p. iH-;-'h)o,

de Peraud (i). MM. de Faure Fondamente et Restaurand , alors à Paris , furent priés par lettres de faire partie de la nouvelle société et ils acceptèrent, L'évêque de Nîmes voulut bien agréer le titre de protecteur^ et les séances de la société, commencèrent le mercredi i*"^ avril 1682, pour se continuer ensuite les mercredis de chaque semaine. On s'occupa sans retard de rédiger des statuts, sur le modèle de ceux de l'Académie française et on s'enquit des moyens d'obtenir du roi des lettres patentes de fondation.

M. Pierre Chanel, alors avocat et devenu, en i685, procureur du roi au présidial de Nîmes, était sur le point de se rendre à Paris. Il offrit ses services à la compagnie « pour solliciter auprès des puissances les grâces dont elle avait besoin.. » L'offre fut acceptée, après son départ, et, le 17 Juin, on le chargea de s'entendre avec M. de Faure Fondamente, pour obtenir des lettres patentes du roi.

Le duc de Saint-Aignan, auquel l'Académie d'Arles avait recommandé M. de Faure Fondamente, le comblait de prévenances, le produisait dans la meilleure société et le menait aux séances de l'Académie française (2). M. de Faure était donc en mesure de rendre de sérieux services à ces MM. de Nîmes.

(i; \'. Ménard, Hist. de Nîmes, t. \'I, passira, et D' Laval, les Emulateurs d'Avignon, dans le Bulletin de Vaucluse de 1879. (■2) Le 20 août 1682, M. de Faure Fondamente assista aveC

Ils écrivirent peu après au chancelier Le Tellier, au duc du Maine, gouverneur de Languedoc, au duc de Nouilles, lieutenant général en cette province, puis au cardinal de Bon\y, à Colberî, à Louvois et au marquis de Châteauneuf. Les députés, munis de ces recommandations, agirent avec le zèle qu'on attendait d'eux et leurs démarches furent couronnées de succès. « On voit par leurs lettres du 5 août de cette année 1682, lues à la séance du i5, qu'ils avoient été favorablement accueillis par tous ceux à qui l'Académie avoit écrit pour cet objet. Le duc du Maine en avoii parlé au roi ainsi qu'il l'avoit promis. Pellisson si étoit aussi employé. On n'y trouva de difficulté que sur l'article des privilèges, qu'on s'attachoit à demander conformes à ceux de l'Académie française. On opposoit au sceau que pareilles lettres patentes

son fils a jeune gentilhomme de grande espérance » à la séance de l'Académie française et reçurent tous les deux la méJailIc

M. le duc de Saint-Aignan le présenta en ces termes t MM. la considération et le respect que j'ai pour vous mont laii remarquer avec plaisir les sentiments de vénération que MM. de l'Académie royalle d'Arles ont toujours eu pour votre illustre corps. Ils m'ont encore été confirmés de nouveau par M. de Faurc Fondamente qui souhaite l'honneur d'être connu de vous. Je suis persuadé, MM., que son mérite attirera facilement votre approbation et notre estime et par la justice que vous lui rendrez en cette occasion, vous m'engagerez à une très grande reconnaissance, w Bibl. Méjancs, Ms 1060, p. 162.

Puis de Faurc prit la parole et Doujat, directeur, lui répondit très obligeamment. Il opina à son tour dans la révision du dictionnaire et fut traité absolument en confrère. V. plus haut, p. 27'^.

obtenues depuis peu pour 1" Académie de Soissons (i), n'avoient été scellées que sur ce que cette compagnie déclara ne prétendre à aucuns privilèges. Cet exemple récent faisoit naître l'obstacle.

« Enfin, la demande des lettres patentes ayant été rapportée par le marquis de Chateauneuf, au conseil du roi tenu à Versailles, le lo du même mois d'août, le roi la reçut de la manière la plus favorable. Il accorda des lettres, portant que les assemblées et conférences qui avaient commencé , seroient désormais continuées sous le titre à! Académie royale de Nismes, que l'évéque Séguier pourroit s'en dire le chef et le protecteur (2). . .. » Cette heureuse nouvelle fut communiquée à l'Académie, le 19 août 1682. Le chancelier fit quelques difficultés au sujet des privilèges, mais enfin il les scella (fin septembre 1682) et accorda tous les privilèges de l'Académie française. Ces lettres arrivèrent à Nîmes le 20 octobre. Elles furent enregistrées par le Parlement de Languedoc, à la requête de M. Chazel, procureur du roi et académicien (27 mars i683), et le 20 février i685 au présidial de Nîmes, à la requête de M. Maltrait.

Elles rappellent beaucoup les lettres patentes de

(i) En 1Ô74, V. plus haut p. 255 et sqq.

(2) Ménard. Hist. de Nîmes, t. VI, p. 261. Voir aussi le Registre de l'Académie, cité par lui. Preuves, p. i ig et sqq.

l'Académie d'Arles et se distinguent par la même noblesse de style (i).

Les premiers académiciens étaient Séguier, évéque de Nîmes; Francois-Annibal de Rochemore, juge mage et lieutenant général au siège présidial de Nîmes ; Joseph de La Baume , conseiller au siège présidial de Nîmes; Jean Saiirin, docteur et avocat; Claude Rouverte de Cabrières ; Jean Ménard, prieur d'Aubort ; Pierre Causse, second archidiacre de Nîmes ; Charles Restaurand, avocat; Antoine Teissier, avocat; Antoine Rouviére, avocat ; Claude Maltrait , avocat ; Jean-Antoine de Digoine, procureur du roi au siège présidial de Nîmes; Honoré Trimond, conseiller-clerc au même siège; Jean- Pierre Chanel, lieutenant principal au même siège ; François Graverol, avocat ; Louis Trimond d'Aiglun, chanoine de Nîmes, docteur en théologie ; Pierre Cha:{el, avocat ', François de Faure Fondamente ; le marquis de Peraud ; Henri Cassagnes , trésorier du domaine en la sénéchaussée de Nîmes, enfin Henri Guiran, conseiller au Parlement d'Orange.

L'Académie de Nîmes voulut se faire affilier à l'Académie française et, dès le mois de novembre 1682, M, de Faure Fondamente s'occupa de cette affaire,

(1) Voir ces letlres, M(5nard, t. VI, Preuves, 11 ii mhu

i»« trouvent les statuts et la liste ilcs premiers académiciens.

mais sans aucun succès (i), bien qu'il y eut intéressé Pellisson, Charpentier et le duc de Saint-Aignan.

L'affiliation désirée ne fut accordée qu'en 1692, à la prière de Fléchier, membre de l'Académie française et devenu évéque de Nîmes, en 1687, après la démission de Jacques Séguier de la Verrière, qui occu-

(i) « L'Académie royale de Nismes, qui dès les premiers jours de son établissement s'étoit proposé rAcadémie Françoise pour modèle, crut qu'il manquoit encore à ses motifs et à ses desseins d'être agrégée à cette compagnie. Dans ces vues, elle fit écrire au sieur Faure de Fondamente, au mois de novembre de la même année 1682, pour qu'il se donnât là dessus tous les mouvements possibles. En conséquence, celui-ci commença par sonder les principaux académiciens. Il en parla à Pelisson, à l'abbé Fléchier et à Charpentier. Il mit même dans ses intérêts le duc de Saint- Aignan. Sa proposition fut très bien reçue de leur part ; et ils lui donnèrent les plus belles espérances. Mais quand on vint à proposer la chose en pleine académie, il n'en fut pas de même. Cette compagnie qui se croyoil en quelque sorte offensée de ce que l'Académie de Nîmes n'avoit pas choisi un de ses membres pour protecteur, refusa l'agrégation qu'on demandoit. Elle offrit seulement de faire aux députés de l'Académie de Nîmes les mêmes honneurs que ceux qu'on avoit faits aux députés de celle d'Arles en deux députations différentes, l'une en 1675, l'autre en 1677. Charpentier qui fut chargé de la réponse de l'Académie, colora pourtant son refus de motifs spécieux II dit au sieur Faure qu'on n'avoit pas cru pouvoir lui accorder ce qu'il demandoit, sans en avoir l'agrément du roi; que si pour l'association d'un particulier on avoit accoutumé d'exiger ce consentement, il sembloi, encore plus nécessaire de l'avoir pour celle d'une compagnie entière ; qu'il n'avoit qu'à obtenir cet agrément du roi, qu'alors on ne balanceroit plus à accorder l'alliance qu'on demandoit L'Académie de Nîmes, instruite de ces difficultés, ne jugea pas à propos de faire d'autres démarches. Elle remit la chose à un autre temps qui lui serait mciins contraire, et en demeura là. » .Ménard, Hist. de Nîmes, t. VI, p. 270.

pait le siège depuis 1671 (i). Séguier conserva le titre de protecteur jusqu'à sa mort, survenue en 1689, et l'Académie choisit alors Fléchier, en réservant bien que cela ne créerait pas de précédent, en faveur des évéques de Nîmes (2). Un peu mécontents de leur échec de 1682 (dont les Registres ne parlent pas, mais dont Ménard fait le récit, d'après des Mémoires Ms du temps) les académiciens de Nîmes voulurent au moins former une allance avec les académiciens d'Arles. C'étaità la fois un hommage rendu à leurs aînés et une consécration nouvelle des bons rapports qui régnaient entre les deux villes (3).

(i) Jacques Séguier, né à Chartres, en iGoG, d'une bonne famille, docteur en Sorbonne, chanoine de Chartres, théologal en l'église Notre-Dame de Paris, aumônier du roi, fut nommé, en 1662, évéque de Lombez, Il combattit avec ardeur les doctrines Janséniennes. Il se démit de ses fonctions en raison de son grand âge et de ses infirmités, en 1687, et mourut deux ans après (8 novembre 1689) dans sa terre patrimoniale de la Verrière, près de Chevreuse, au diocèse de Paris. V. Ménard, t. VI, p. 214. 3oo, 3i5,et les Registrtsdu conseil de Nîmes, Archives de la ville.

(2) Voir les Registres de l'Académie de Nîmes, cités par Ménard, t. VI, preuves, p. i53.

(3) Quelques années auparavant (1677), les consuls de Nîmes Louis de Ro^el, colonel; Henri Rourc, bourgeois ; Abraham Au:{ebi^ marchand droguiste ; Pierre Séguin, scrger, accompagnés de deux conseillers de la ville , Jacques Mailland, avocat ci Jean d'Arbaud, seigneur de Blauzac, se rendirent à Arles « pour renouveiler, par une visite solennelle, l'alliance et l'union qui rcgnoicnt entre les deux villes depuis une grande ancienneté. On leur fit une réception magnifique, on les combla d'attention^ et de présents, on les défruya mémo « de la dépense qu'ils pt u voicni iivoir f.'ïitf h l'hôtcIliTic où ils nv'-"' !••"■■ ' "• "'''O

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Le 27 janvier r683, l'Académie de Nîmes nomma quatre députés, MM, Cassagnes, Petite Rouvière et Restaurand, pour demander de sa part l'association à l'Académie d'Arles (i). M. d'Arbaud instruisit immédiatement ses confrères de ce projet : ceux-ci étaient alors « dispersés à leurs maisons de campagne » et M. de Grille dut prier M. d'Arbaud d'obtenir qu'on voulut bien différer le voyage annoncé (2). M. Giffon

Le 6 septembre suivant, les consuls d'Arles rendirent cette visite et furent traités magnifiquement. On leur fit tous les honneurs possibles, et lorsqu'ils furent sur leur départ, « on se promit une inviolable amitié. » Henri de Boche accompagnait les consuls, comme conseiller de la ville. Il nous a laissé une relation de la visite des consuls de Nîmes à Arles « laquelle est très curieuse et esta la suite du conseil du 22 janvier 1678.» Cette relation se trouve en tête du Ms 807. Bibl. Méjanes. Elle a été imprimée dans le Musée, V, 27 et sqq. Voir au vol. 58 du fonds Bonnemant, l'Extrait du Registre des délibérations du conseil, attesté par Jean Sabatier, archivaire, mort en i7i6(Ms8o6, dernière page). Cfr. Ménard, Histoire de Nîmes, t. VI, p. 23i et sqq. Cette visite, qui n'était pas sans précédents, fut renouvelée en 1700, en 1722 et en 1727. V. Ms 806, Annales d'Arles et les Registres du conseil de ville d'Arles, aux Archives. En 1677, on avait envoyé aux consuls de Nîmes des estampes de l'obélisque: aux comptes de la ville, il y a une note de 2 livres 5 sols pour « louage d'un cheval et paie d'Estienne, valet de ville, pour porter des estampes aux consuls de Nismes. » 20 février 1677.

(i) Registres de l'Académie de Nîmes, loc. cit., p. 122.

(2) Janvier i683. « M. le secrétaire a monstre la lettre de M. d'Arbaud escrite de Nîmes, du commencement de ce mois, par laquelle cet académicien donne avis à l'Académie royalle comme il est seur, que MM. de Nîmes ont enfin receu letres patentes pour l'érection de leur académie et qu'ils sont résolus de venir en solennité demender son alliance à celle d'Arles, qu'ils ont mesme desjea nommé quatre de leurs confrères pour cette dcputation. On prie M. le secrétaire d'empescher cette action

qui était en relation avec M. François Graverai, lui écrivit dans le même sens. Les académiciens de Nîmes lurent, dans leur séance du lo février, la lettre de M. Giffon et résolurent d'attendre que les académiciens d'Arles fussent en état de recevoir la députation : « On a lu une lettre écrite à M. Graverol par M. Giffon, sous-secrétaire de l'Académie d'Arles , qui lui fait sçavoir que presque tous messieurs leurs académiciens sont dispersés à leurs maisons de campagne ; et qu'il est à propos que les députés de notre compagnie différent leur voyage, jusques à ce que MM. d'Arles soient rassemblés, afin qu'ils puissent recevoir la députation avec plus d'éclat et faire plus solennellement l'association des deux compagnies. Sur quoi il a été délibéré que M. Graverol fera réponse à M. Giffon, et lui mandera que nos députés ne partiront que lorsqu'il aura pris la peine d'avertir M. Graverol, comme il le lui promet par sa lettre, que MM. de l'Académie d'Arles sont de retour à la ville, et en l'état qu'ils souhaitent pour recevoir nos députés (i). »

dans celte conjoncture, ou la compagnie de cette ville se trouve séparée, les prélats absents, les consuls malades, les daraescntîn, et tous ceux qui pourroient faire honneur à la festc séparés ou engagés aux divertissements matériels du carnaval. M. de Robias se charge d'en cscriie et M. Gifibn encore qui connoit quclcun de ces MM., outre M. d'Arbaud. Ils sont charges d'en escrire en façon que la visite de ces modernes académiciens soit renvoyée à une autre saison pour l'honneur des deux compagnies. « Registre de l'Académie d'Arles, fol. 220.

(1) Registre de l'Académie de Nîmes, loco citato, p. 122.

Une lettre contidentielle de GraverolàGilîon montre que ce retard déplaisait aux académiciens de Nîmes (i).

Il permit, du moins, à M. de Grille d'écrire au protecteur, pour le consulter, ce à quoi les académiciens nîmois ne semblent avoir pas songé, assurés qu'ils se croyaient de sa bienveillance (2). L'affaire traîna en longueur. M. d'Arbaud demanda à être chargé du discours, à roccasion de la députation, et l'Académie d'Arles lui accorda cette satisfaction, en le nommant directeur pour le mois de mars (3). On espérait que les « confrères esloignés » seraient de retour; mais le 22 mars, rien n'était arrêté, car le duc de Saint- Aignan n'avait pas encore donné son avis : « On a demendé Testât de l'affaire de Nîmes. M. le secrétaire a

(i) « Ce lundi 7 février i683, M. Gift'on a monstre la lettre d'un de ses amis particuliers, qui lui donne avis (il escript de Nîmes) comme ces MM. sont surpris des honneurs que l'Académie royalle semble reffuser au subjet de la prétendue députation, etc. » Registre de l'Académie d'Arles, fol. 220, verso. Le Registre de l'Académie de Nîmes est muet sur ce point.

(2) Mars i683. « On a proposé d'escrire à MM. de Nîmes pour las faire resflaichir sur l'obligacion qu'ils ont de donner l'advis à M. le duc de Saint-Aignan de leur dessein, touschant l'alliencc prétendue avec l'Académie royalle. M. le secrétaire a dict qu'il en avoit desja escrit pour l'intérest de l'Académie d'Arles audict protecteur. » Registre de l'Académie, fol. 221, verso.

"(3) « C'est ainsi qu'on a délibéré de lui en escrire et cependant on a résolu d'attendre que les confrères esloignés soient à la ville, pour accepter les oftres et visite de ces MM., et pour en adviser M. d'Arbaud, affin que les uns et les autres puissent prendre des mesures justes. » Séance du 7 février i683. Registre de l'Académie dWrIes, fol. 220. verso.

— 31'» — dict qu'il n'y a rien ni a dire, ni à délibérer la dessus, jusques aux responses qu'on doibt recevoir apparemment de M. le duc de Saint-Aignan, auquel on a rendu ce debvoir bien légitime de lui donner l'advis de cette allience prétendue entre Nîmes Académie, et la royalle d'Arles (r). »

Le protecteur ne répondait pas, les académiciens de Nîmes faisaient de continuelles instances ; aussi, à la fin d'avril, fût-il décidé qu'on recevrait la délégation de Nîmes, le 6 mai (2). Des causes imprévues firent encore changer cette date. On en informa ces MM. de Nîmes en leur fixant comme irrévocable la date du 1 1 mai (3).

(i) Registre de l'Académie d'Arles, fol. 222.

(2) Avril i683. « On est fort en peine des responses de M. le duc de Saint-Aignan et de celles de l'Académie Françoise touschant l'allience avec celle de Nîmes. Cependant ces prétendus alliés nous font l'honneur de nous solliciter, M. d'Arbaud escril lettre sur lettre et il semble qu'outre l'intérestde nostre propre gloire, l'amitié et la civilité nous obligent de ne porter pas plus loin cette affaire, etc. Il est donc résolu qu'au sixiesme de mai, l'on fairoit une assemblée publique pour recevoir solennellement les députés de l'Académie de Nîmes, cependant M. le coadjuteur qui est dans Aix pour affaires importantes sera de retour, et sa personne et sa présance adjousteront beaucoup d'esclat à cette fesic. M. le secrétaire a dict que cette allience avoit dcsjca faict gniiui bruit dans le royaume, que les amis absents se mettoicnt en estât d'y assister, que de Paris mesme ou lui avoit envoyé un panégirique du roi, de la manière de M. de Vcrtron, pour le lire dans l'assemblée publique de ce jour d'allience, avec les autres ouvrages des académiciens. » Registre de l'Académie d'Arles, fol. 2-22.

(3) « On s'assemble dans la sale de M. GitTon le sixiesme mai.

Le mercredi 5 mai, M. Cassagnes, désigné par ses collègues pour porter la parole, au nom de l'Académie de Nimes, lut son discours à la réunion ordinaire et il fut délibéré « que les députés nommés pour aller demander l'association à ces Messieurs (d'Arles) partiront lundi prochain lo de ce mois (i). C'est ce qui fut fait. Les académiciens d'Arles vinrent au devant d'eux et les comblèrent d'attentions « Ces MM. arrivèrent au pont de Fourques le mardi ii mai i683, à 9 heures du matin (2) Ils trouvent deux carroces que MM. les députés de la Toyalle leur emmeinent pour les recevoir et les conduire en Arles. Ils arrivent à

après avoir escript à Nîmes la cause d'un retardement nécessaire, à ces MM. les alliés prétendus de l'Académie royalle. On allègue beaucoup de raisons importantes qui forcent d'en user ainsi et qu'enfin quoi qu'il en arrive, mort de parans, absence impreveue des académiciens, esloignement des prélats ou tel autre empeschement, il falloit fixer un jour et le plus tost qu'il se pourra, la chose est ainsi arrestée. M. d'Arbaud qui estoii venu de Nîmes exprès en Arles, pour sçavoir ce jour, adsiste à l'assemblée, se charge d'en escrire aux amis de Nîmes, en reçoit la parole de convention et le consentement pour le unsiesme du présant mois de mai. Cependant M. le coadjuteur qui avoit promis d'assister à cette feste, arrivé d'Aix, promet d'arrester en Arles, quelque pressente affaire qui l'appelât à Carcassonne. — On délibère d'aller à la rencontre de ces MM. les prétendus alliés; l'Académie a nommé pour cela M. de Manville, de Vachères, de Sabatier et de Giffbn, qui ne manquent en rien de tout ce qui peust remplir leur emploi, et faire les honneurs pour l'Académie royalle. » Registre de l'Académie d'Arles, fol. 22?.

(i) Registres de l'Académie de Nîmes, cités par Ménard, t. \'l, preuves, p. i23.

(2) Registre de l'Académie d'Arles, fol. 2^?.

— :\'ii\ —

dix heures, ils veulent aller en droiture chez Mgr l'archevesque rendre leur visite. M. Cassagne complimente MM. les prélats et ensuite ils viennent dans les mesmes carroces chez M. d'Arbaud, nommé directeur de cette assemblée. M. d'Arbaud traite les quatre députés splendidement, et quelques académiciens qu'il prie d'arrester, pour l'honneur de cette réception. Après le disner, MM. les députés de Nîmes sont conduits aux Cordelliers à la chambre du R. P. à'A\egat, pour se reposer. A trois heures d'aprèsmidi, l'Académie assemblée dans la chapelle des Pénitents gris députe MM. de Sabatier et de Vachères pour aller faire venir et accompaigner ces nouveaux alliés. Ils trouvent une belle et grande compagnie. MM. les prélats n'y menquent point, on les avoit esté prier par députés de faire cet honneur à l'Académie royalle. et confirmer par là leurs bontés et honnestetés accoustumées pour ce petit corps. Ils sont reçus à la porte du couvent, ils sabillent dans l'avant chapelle de leurs habits, rochet et camail de cérémonie. On les accompaigne k leur place sur une estrade posée vis à vis du bureau de l'Acédémie, on fait les civilités résolues dans l'assemblée dernière, à ces MM. qu'on introduit et qu'on accompaigne à leur place. Ils sont logés tous quatre dans des fauteuils, à la teste de la compagnie, du costé droit des académiciens. M. d'Arbaud, directeur, prend sa place àlopposite de MM. les

prélats, M. le secrétaire à son costé, et M. de Cassagnc commence un discours de longue halaine, mais qui est débité avec tant de grâce, de politesse et d'agrément, qu'on n'y trouva rien à dire, si ce n'est qu'il finissoit un peu trop tost, etc. (i). »

Le Registre ne donne pas le détail de la séance, mais tout se passa avec la plus grande cordialité, et le lendemain 12 mai, acte fut dressé de l'alliance scellée en cette séance solennelle.

« Ce mercredi 12* jour du mois de mai i683, l'Académie assemblée chez M. Giffon, a résolu de mettre dans le présent registre l'acte de consentement qu'elle a donné et donne à l'allience de MM. les académiciens de Nîmes. Cependant on prie M. le secrétaire de demender une copie de l'obligeante harangue de M. Cassagne, on venoit de l'entendre avec tant de plaisir qu'on ne pouvoit se lasser d'en parler. Il l'a promise sans façon et a demendé en mesme temps que le consentement de MM. les académiciens d'Arles parust

(i) V. au fonds Bonnemant, xoïume Collège, Académie, la harangue de M. Cassagne, député des MM. de l'Académie de Nîmes à MM. les académiciens de la ville d'Arles, Ms, 6 pages in-fol.

Henri Cassagnes, conseiller honoraire en la sénéchaussée et au siège présidi'al de Nîmes, depuis 1660, trésorier du domaine en la même sénéchaussée, depuis 1670, et l'un des premiers académiciens, était le frère de l'abbé Jacques Cassagnes, né en i635, reçu à l'Académie française en 166:, à l'âge de 26 ans, très bien vu de Colbert , et mort à Paris, en 1679. Il avait été membre des Emulateurs, dés i658. V. Ménard, Hist. de Nîmes, t. VI, p. 240, et sqq ; D'Olivct, Hist de l'Académie française, t. If, p. \-n.

conjointement avec la demende de ces MM. de Nimcs. On a délibéré de ntîetre la response de M. d'Arbaud, directeur, et la proposition, le tout dans l'archisve, et cependant qu'aux fins qu'il conste à perpétuité de cette allience, on prendroit dans le présent registre le sekn et le nom des MM. les députés.

Signé : Cassagnes, Petit, Arbaud,

Rouvière, Restaurant.

Robias, secrétaire perpétuel de l'Académie royalle (i).>

L'archevêque d'Arles, Mgr François de Grignan, témoigna une grande bienveillance aux académiciens des deux villes. Il les réunit à sa table, le 12 mai.

« Mgr l'archevesque d'Arles a traicté ces MM. de Nîmes avec magnifficense, et a prié en mesme temps MM. de l'Académie royalle, voulant, a-t-il dict, faire le festin de la nopce au jour de l'allience signée entre ces deux académies. M. le secrétaire, M. d'Ubayc Vachères, M. de Sabbatier, M. Giffon et M. d"Arbaud, directeur, font les honneurs et les cérémonies requises. On donne deux carroces, qui rameinent les nouveaux alliés au port de Fourques, où l'on avoit esté les prendre le jour devant. Mgr l'archevesque les accompagne jusqu'au degré, et leur faict toutes les honnestetés imaginables, comme s'il eust voulu payer pour l'Académie royalle, et rcspondre avec usure aux

'1) Registre de rAcadéraie d'Arles. ' verso.

civilités et complimens qu'elle reçoit de celle de Nîmes (i). »

Les délégués de Nîmes furent enchantés de l'accueil des Arlésiens, et dans la séance que l'Académie tint le lendemain, jeudi i3 mai (2), M. Cassagnes rendit compte « de la magnifique réception que MM. de l'Académie d'x\rles ont faite aux députés de cette compagnie, et de la manière obligeante avec laquelle ils ont accordé et célébré, dans une grande assemblée des personnes les plus considérables de leur ville, l'alliance des deux Académies, qu'ils ont résolu de venir confirmer ici par leurs députés. » Le même jour, on avisa l'évêque protecteur de ce qui s'était passé.

Les académiciens d'Arles n'avaient pas attendu , nous l'avons dit, la réponse de leurs amis de Paris au sujet de l'alliance projetée. Elle n'arriva que le jour même où cette alliance était devenue un fait accompli." '( Ce mesme jour mecredi 12^ de mai, M. le secrétaire reçoit une lettre de Paris, par laquelle il apprend la cause du retardement des responses attendues despuis longtemps, sur le fait de cette allience. Il faict voir à la compagnie, les scrupules des amis de Paris et les précautions qu'on demenderoit. On opiné sur cette affaire quelle est trop importante pour

(î) Registre de l'Académie d'Arles, fol. 223, verso.

(1) Registre de l'Académie de Nîmes, loco citatà, p. 123.

— ;{5(i — estre décidée à la première fois, qu'on en parlera à l'autre assemblée (i). »

Le samedi suivant, on lut cette lettre, qui était de M, de Vertron. D'accord avec le duc de Saint- Aignan, et d'après l'avis de l'Académie française, il engageait l'Académie à « se meintenir le droit de supériorité à l'esgard de celle de Nîmes, puisqu'elle a celui d'indépendante de toute autre et d'esgalle (au droit d'apresse près), de l'Académie françese (2). » L'Académie trouva la recommandation bien inutile a puisque ces MM. de Nîmes (outre que l'allience en est desjà faicte) ne prétendent qu'un commerce d'esprit et d'amitié à l'esgard de l'Académie royalle, et qu'à l'esgard de la francese, c'est à ces MM. qui la composent, comme les primats et supérieurs de tous les académiciens, de de leur donner ou reffuser l'esgalité, l'entrée en leurs

(1) Registre de l'Académie d'Arles, fol. 223, verso.

(2) Mai i683. « M. le secrétaire a monstre une lettre de Paris que le sieur de Vertron lui escrit de la part de M. le duc protecteur, et une copie de la lettre que ce duc escrit lui mesme au dict Vertron, par lesquelles on insinue à l'Académie royalle des scntiniens un peu plus fiers qu'elle n'a pas à l'esgard des alliés. On lesmoigne par les sentiments ou les goûts de MM, de l'Académie francese que la royalle doibt se maintenir le droit de supériorité i l'esgard de celle de Nîmes puisqu'elle a celui d'indépendante de tout autre et d'esgalle (au droit d'ainesse près) de l'Académie francese, M. le secrétaire s'est chargé de rcspondre ce qu'il fault ù cette insinuation, n'estant au vrai qu'une rcmonstrance vainc et assez inutile, puisque ces MM, de Nîmes... etc. Registre de l'Acadéraie d'Arles, fol. '. |.

assemblées et les autres prétentions qu'ils pourroient avoir (i). »

Si nous nous en rapportons au Registre de l'Académie de Nîmes, le duc de Saint-Aignan ne différa pas son consentement à l'alliance des deux Académies (2). Le 22 mai i683, M. Saurin, secrétaire délégué en l'absence du marquis de Péraud, secrétaire perpétuel, fut prié de rédiger une lettre a pour M. le duc de Saint-Aignan, pour le remercier de l'agrément qu'il a donné à l'alliance de cette compagnie avec l'Académie d'Arles », et, le 26 mai, le projet fut approuvé et la lettre expédiée. Malheureusement, Ménard ne la cite pas.

Ainsi qu'ils s'y étaient engagés, le dimanche 16 mai i683, les académiciens réunis chez M. Giffon, désignèrent M. à'Ubaye de Vachères, pour aller re-

(0 Registre de l'Académie d'Arles, fol. 224.

(2) A Nîmes et à Arles on célébra cette alliance par diverses pièces de prose et de vers. « On a lu quelques ouvrages de poésie français et latins que MM. de r\cadéraie d'Arles ont composes à l'honneur de cette alliance. » Nîmes. Séance du i3 mai i683. K On a lu des devises et des emblèmes que M. Graverol a faites touchant l'alliance de l'Académie d'Arles et celle de Nismes. On a lu aussi des vers latins faits par M. de Mercez sur le même sujet. » Nimes, séance du 9 juin i683. On pria M.d'Arbaud, à son retour à Nîmes, de venir siéger à l'Académie «afin d'entretenir l'alliance qui a été contractée. » Mais il répondit qu'il ne pouvait accepter cet honneur « jusqu'à ce que MM. de l'Académie aient rendu leurs devoirs à cette compagnie, par une députation qu'ils ont délibérée. »-Séance du 26 mai i683 (Nîmes). Ménard, t. VI, preuves, p. 123-124.

mercier les académiciens de Nîmes de leur démarche. Ce choix fut appuyé par M. de Manville, par M. de Romieii, par M, de Sabatier et tous les membres l'acceptèrent. M. de Manville proposa de faire ce remerciement au plus tôt, mais le chevalier de Romieu objecta qu'il fallait prendre son temps pour se préparer. M. d'Ubaye , consulté par M. de Beaujeu et M. Gijffon, demanda un délai pour composer son discours, en alléguant l'exemple de ces MM. de Nimes qui avaient annoncé leur visite un an à l'avance. MM. de Castillon et Flèche furent de ce sentiment (i).

(i) « M. le directeur (d'Arbaud) a dict qu'il s'agist icy de la députation qu'il fault faire à MM. de l'Académie de Nîmes. M. N. a dict qu'il agrée qu'on la donne à M. de Vachères, M. N. a este de ce sentiment, M. de Manville, advocat du roy, a dict que s'agissant des gentilshommes qui doibvent parler, le plus tost qu'on le pourra faire, lui semble le meilleur et qu'après un long temps, il semble qu'il ne seroit plus temps d'alléguer la profession pour excuser un menque d'éloquance ou etc. M. de Sabbatier et de Momblanc ont esté de cet advis, M. le chevalier de Romieu a dict qu'on ne sçauroit prendre assés de temps, pour se préparera rendre tant de belles choses que nous debvons à MM. de Nîmes, que s'il est vrai que les principaux de ce pays-là doibvent partir pour leurs affaires de justice et de commission dans les Scevennes, au commencement de juin, il ne seroit pas mal de les laisser revenir paisiblement, sans se haster pour un compliment qu'on a dessein de faire dans toute la régularité possible, pour rcspondre ii l'opinion qu'on a dans tout le royaume de la force des gentilshommes académiciens de la royalle' d'Arles. M. l'abbé de Beaujeu et M. Giffon ont dict qu'il falloit que M. de Vachères, sur qui on avoit jesté les yeux pour cette députation se sondât lui-mcsme et qu'il disposât du temps à sa commodité. M. de Vachères a dict qu'il acceptera nvcc beaucoup d'estime ci de respect l'honneur que l'.Xcadémic lui vcust faire, de le députer,

M. de Grille prit ensuite la parole et dit « qu'il seroit bon de sçavoir ce qu'on va faire et ce qu'on doibt faire à Nîmes, tant pour l'honneur des nouveaux alliés que pour celui de la royalle d'Arles, qu'il est nécessaire après cela de voir ou d'apprendre le contenu des patantes de la nouvelle Académie, et enfin de faire voir et examiner le discours du confrère qui sera chargé de cette commission, qu'à l'esgard de M. de Vachères, il est d'advis qu'on ne sçauroit mieux choisir, que pour le temps de la députation, c'est à lui de le régler comme y ayant le plus grand intérest. Tous sont demeurés d'accord qu'il falloit rendre la visite et confirmer l'allience par députés et remercier l'Académie de Nîmes (soit sous le nom de royalle, qu'on nous a desjea insinué, soit autrement) des honneurs qu'elle a faict à celle d'Arles par ses quatre envoyés, (i) »

Au commencement de juin, des lettres venues de Paris se plaignirent de ce que les académiciens de Nîmes n'avaient demandé conseil ni à l'Académie

mais qu'il ne prétend pas faire la chose avec témérité, qu'après l'exemple de ces MM, de Nîmes qui se sont préparés à la visite et à la demende de l'allience depuis un an, il nous est permis de faire nos affaires et nous donner tout le loisir pour bien faire les honneurs de cette députation. M. le marquis de Castillon, M, l'abbé Flesche, etc., ont esté d'advis que cela regardoit principaliement le député, mais que etc. M. le secrétaire a dict,.. etc» Registre de l'Académie d'Arles, fol, 224, verso. Mai i683. (1) Registre de l'Académie d'Arles, fol. 224, verso.

— ;J5i — française, ni au duc de Saint-Aignan (i), et l'on fut sur le point d'interrompre « les actes promis ou commencés de la célèbre alliance. » Mais M. de Vachères déclara que son discours était presque prêt, et Giflfon représenta « qu'il a reçeu advis de ce pays-là que la plus part de ces Messieurs sont en estât de partir bientôt pour affaires importantes dans les Scévennes et qu'ainsi il seroit expédiant de se haster, si l'on ne vouloit pas renvoyer la prétendue visite au mois de septembre (2). »

Cette raison eut peut-être décidé l'Académie , si M, de Romieii et de Sabatier, ainsi que M. de Manville, directeur, et M. de Grille^ secrétaire, n'eussent invoqué les articles ir et 16 des statuts (1667), qui obligeaient les académiciens « à ne rien escrire, composer ou débiter, ou envoyer au dehors, au nom de l'Académie, qu'après une révision exacte et fidèle,

(1) «. M. le secrétaire a fait voir diverses lettres d'advis desamis d'en hault, et des personnes de la première qualité, qu'il est deffendu de nommer en ce registre, qiii se plaignent tous comme de concert de la négligence de MM. de Nîmes. On demcnde avec surprise s'il est vrai que ces MM. prétendent sérieusement d'cstio alliés de l'Académie royalle, sans avoir escript ni par complinicut ni pour dcmcnder conseil à MM. de l'Académie franccsc, mais principallement à M. le duc de Saint-Aignan, protecteur lic la royalle, dont le bon cœur et le rang sont assez connus p.nr faire comprendre qu'il ne pcust pas parcstre en cette occiision picintif et mendiant les honncstctés qu'on lui doibt. » Regisitc de l'Académie d'Arles, fol. 225, verso.

(2) Registre <l.- I'.\^:i.l.'mi.' .l*\rl.-<. ("..! V vrr-..

avec le consentement de la pluralité. » On nomma donc pour commissaires, le directeur , avec M. de Grille et M. de Beau jeu (i).

Dès le lendemain, M. de Vachères leur remit son discours, qui fut examiné d'abord par M. de Beaujeu, puis par M, de Grille et enfin par les trois commissaires réunis. Ils consacrèrent trois séances à cet examen « faict selon leur honneur, conscience et capacité. » Le 2 1 juin, le rapport était prêt, mais à la séance indiquée chez M. Giffon, il ne se trouva que les commissaires, qui eurent « tout le loisir de revoir leurs observacions. » Le lundi suivant (28 juin), encore chez M. GifFon, M. de Grille présenta « le sentiment par escript des deux autres commissaires »

(i) « M. de Vachères a monstre le brouillon de son discours, on ne l'a pas lu sans le censurer, mais comme telle censure n'est pas dans les formes, quelcun a faict connestre à M. de Manville, directeur, qu'il debvoit nommer des commissaires. On a prié M. de Beaujeu et M. de Robias pour cela, ces messieurs ont prié M. le directeur de vouloir se joindre à eux, mais surtout on a remonstré (et c'est M. le secrétaire) qu'encor qu'il n'y deubt avoir personne de suspect parmi des personnes de qualité tous confrères, que c'estoit la coustume de faire aggréer la nomination aux personnes qui donnoient leur pièce, à l'honneur de l'Académie. M. de Vachères a dict ses raisons et entre plusieurs fort bonnes, il a tesmoigné qu'aucun de ces messieurs ne pouvoit lui estre suspect, et moins ces trois prétendus commissaires que tous autres. En suite, M. le secrétaire du consentement de M. de Vachères et à sa réquisition (si cela se peust dire) par l'ordre de l'Académie a esté nommé avec M. l'abbé de Beaujeu et M. de Manville, pour examiner sans complaisance aucune la pièce de M. de Vachères et rapporter incessemment leurs observations à la compagnie. » Registre de l'Acadcinie, fol. 2i5, verso.

avec le sien. Mais M. de Manvillc, directeur, s'était fait excuser « par -le billet qu'il envoie à M. le secrétaire où il marque ses raisons. » Il était impossible, comme le fit observer M. de Grille, de rien conclure sans que l'Académie « ait un directeur pour rendre cet acte d'approbation (si la pièce est approuvée) plus authantique »; et il ajouta « qu'on aura du temps de reste pour songer à la visite de Nîmes, puisqu'il est vray que ces messieurs ne sont pas prêts pour la recevoir, soit pour n'avoir pas encore escript à MM. de l'Académie francese^ soit à l'esgard de l'Académie royalle qui prétend avant toute chose que ses confrères du Louvre et son protecteur soient dédommagés des honneurs que la négligence de MM. de Nîmes leurdoibt. x> M. de Manville, retenu par a son emplo'y et assiduité au palais » , ne pouvait continuer à être directeur. On pressa le chevalier de Romieu d'accepter cette place, « pour le mois suivant et pour tout le temps que le corps trouvera bon. » « Il accepte avec beaucoup d'honnesteté après s'en cstre civillement deffendu sur la multitude d'affaires qu'il prcnoit qui vont accabler l'Académie; et c'est pour cela qu'on s'oppiniastre à le vouloir en ce poste, ayant reçeu de la nature, ce semble, beaucoup de génie et d'activité (i). » Le rapport des commissaires, déposé

les premiers jours de juillet, fut peu concluant. M. de Grille dit en substance qu'il y avait beaucoup de bonnes choses dans le discours proposé, « mais qu'entin M de Vachères ne prétend pas à la perfection de lart oratoire et que se contentant de parler en gentilhomme sçavant et poly, l'ouvrage dont il est question estoit sçavant et poly, que si c'estoit assez de cela pour satisfaire MM, de Nîmes et l'attante des jaloux, on pouvoit le produire, il est vrai que sagissant de l'honneur d'une compagnie entière, il estoit d'advis qu'on ne donnât point de copie de la dite.

I harangue (t). » Personne ne fut satisfait de cette conclusion, et le directeur reprocha spirituellement aux commissaires de faire perdre du temps à l'Académie, en lui imposant une seconde révision, avant de publier cette pièce et de faire, auprès de ces MM. de Nîmes, une démarche qu'on ne pouvait retarder indéfiniment. Pour mettre le discours de M. de Vachères en état d'être imprimé au nom de l'Académie, on résolut que tous les académiciens travailleraient à le refondre.

Cette correction en commun n'eut pas lieu sans bien des difficultés ; l'approbation définitive fut renvoyée au 8 août, puis au 23 août i683 (2).M.d'Ubaye

(i) Registre de l'Académie, fol. 226, verso. On avait cependant demandé une copie de la harangue de M. Cassagnes. V. p. 347. (2) '( On s'assemble chez M, de Robias dos le lendemein.

fut d'une complaisance admirable, et il accepta toutes les modifications que l'on apporta à son œuvre. L'Académie eut tout son temps, pour une correction méticuleuse. La mort de la reine ( 3o juillet i683) et surtout le silence du duc de Saint-Aignan, puis l'absence des académiciens de Nîmes et les mouvements des protestants en Languedoc et en Rouergue, retardèrent la députation' projetée jusqu'au mois de

dixiesme juillet i683, M l'abbé Flesche, M. GilTon^ M. de Sabatier, M. le chevalier de Romieu, etc. La première censure sur la pièce de M. de Vachères ne va que contre la prolixité. On dist que les plus belles choses de cette nature font peur à qui lict, font bailler ceux qui escoutent et donnent du dégoust à tout le monde. La seconde censure va contre les citations et l'on demeure d'accord qu'Adrien, Julien l'Apostat et Marc Aurelle, ne servent qu'à décrier leurs citations, en troisième lieu on condamne le peu de justesse, de rapport et de liaison qu'il y a d'un subjet à l'autre; enfin on condamne certaines locutions hors d'usage, ou qui ne sont pas de la cour ni du bon monde. Tout cela faict que MM. les commissaires s'eschaulTent à faire quelque chose digne de l'Académie royalle et digne d'estre estimé de celle de Nîmes.

« On a faict voir leur dernier ouvrage dans une assemblée publique qu'on avoit mendé par billets. On s'assemble ce samedi 8 aoust i683, chez M. (jiffon. On le lict, chascun dict son sentiment, on faict une scéance de quatre heures, on oste et on adjouste certains mots du consentement de MM. les commissaires, et M. le directeur enfin se charge de faire mctre au net la dicte pièce, de la présenter en cet estât à M. d'Ubaye, le prier de la vouloir apprendre, et la dire aux mesmcs termes qu'cHi' ••>;i A MM. de Nîmes. » Registre de i'Acadfraie, fol. lab, vers

23 août. <i On lict cependant cl l'on f.\icl de nouvelles ol vations «ur le remerciement prétendu à MM. de Nimcs. On t enfin délibéracion de la faire transcrire et de s'en leni

iIlthIiTl' ri'\ ision . Ri t>i«lr,' <!,• rA.-.i.li-inii- (,.l -i.S

mai 1684, sans qu'il v eût dun côté ou de l'autre la moindre mauvaise volonté (i).

L'Académie d'Arles, durant les six derniers mois de i683 , fut absorbée par la revendication de ses droits auprès de l'Académie française (voir plus haut,

(i) « On demeure deux ou trois mois en suspend dans l'Académie royalle, à Tesgard de MM. de Nîmes, les nouveaux alliés* Il survient divers contre-temps qui empeschent ces MM. de la royalle de fixer le jour de leur prétendue visite. M. le duc de Saint-Aignan en premier lieu, et MM. de l'Académie françoise ne respondent point, M. Faure Fondamente qui se trouve à Paris ne donne aucun secours ni conseil à ses confrères de l'une ni de l'autre Académie. Ceux de Nîmes escrivent que le présidial est encore en Rouergue et autres lieux, ou le roy l'establit chambre de justice, et que les principaux et le plus grand nombre d'académiciens n'est composé que de ces messieurs, ce qui faict une nécessité d'attendre leur retour pour recevoir le complimen* de l'Académie royalle, etc. M. d'Arbaud escript que la chambre de justice, dont est question, revient incessemment à Nîmes, mais que les affaires de MM. les religionnaires ayant attiré M. l'intendant lieutenant du roi et deux raille dragons dans leur ville, ce seroit mal prendre son temps que d'y venir, dans cette conjoncture. Enfin, tout semble opposé au dessein qu'a formé l'Académie royalle. On délibère de nouveau sur les personnes qu'on députera et sur le tout M. d'Ubaye Vachères trouve de grandes difficultés à prendre l'emploi qu'on lui avoit destiné, d'aller à Nîmes porter la parole pour le corps et dire la harangue que ce corps a trouvé juste et raisonnable, de la manière et aux mesmes termes qu'elle a esté remise audit M. de Vachères. M. de Romieit directeur, lui remonstre la nécessité de cette conduite, le dit sieur de Vachères se soubmet et donne parolle d'aller lui quatriesme» prononcer ce discours pour l'Académie royalFe aux nouveaux alliés de Nîmes. Cependant l'atTaire est surcise, quoique ce voyage et compliment soit fixé et arresté, ce semble, au temps qu'il sera dict et ordonné selon la commodité des alliés, etc. » .Mémoires de septembre, octobre, novembre i683 , Registre de r.Acadcmie d'.Arles, fol. 228, verso.

p. 277 el sqq) et le fait le plus saillant à noter, en dehors de cela, est la dédicace d'une thèse de rhétorique, acceptée par les académiciens, en août i683. L'abbé Flèche consentit même à argumenter contre Arnaud Eymin, l'auteur de la thèse (26 août i683) (i). Un peu plus tard (novembre 1 683), on remercia M. Charpentier de son livre sur l'Excellence de la langue française, dont il avait fait hommage aux deux Académies d'Arles et de Nîmes (2), puis, en décembre, l'Académie composa, à la demande des consuls, une inscription pour la Diane d'Arles, offerte au roi, par délibération du conseil, du 17 novembre i683(3).

(1) Registre de l'Académie, fol. 228. V. plus bas aux pièces justificatives, quelques détails sur cette thèse.

(2) Registre de TAcadémie, fol. 22g et t. I, p. Siô-Sig.

(3) V. Registre des délibérations du conseil de ville, aux Archives d'Arles.

« On prie l'Académie de vouloir faire l'inscription au pié d'estail d'une copie de cette statue qu'on se réserve. MM. les consuls en sont venus prier l'Académie qui regarde cet employ comme le sien par. pracciput, s'agissant d'une inscription publique et perpétuelle à l'honneur de la ville, du roy et de la Diane :

Quam falsaquondam religio

Sacravcrat

Hujusce Diana; statuam archetypam,

Vero nunc Arelas afflata numine,

Ludovico magno, soi! suc,

Régi optimo,

Munusperpetuura et omen immortalitatis

Co85. n. n. n. d. Gaspard de Grilles, de Coûterai.

D'Isnari, d'Artaud

Registre de l'Académie d'Arles, fol. 220, verso.

L'affaire de la députation auprès de ces MM. de Nîmes n'était pas oubliée, malgré de si longs retards.

Le Registre de l'Académie de Nîmes nous apprend qu'il y eut une correspondance assez active entre MM, Graverai et Giffon, à cet égard. Au mois de décembre, on attendait le retour de MM. du présidial et on croyait que la visite projetée pourrait avoir lieu à la fin de ce mois (i). Mais les mesures rigoureuses prises contre les protestants provoquèrent une grave agitation, dans les Cévennes et le Vivarais , et les esprits étaient si excités, que le roi ordonna de désarmer les habitants de Nîmes, catholiques ou protestants Les dragons firent une perquisition dans toutes les maisons, et réunirent jusqu'à treize charretées de mousquets, fusils, hallebardes, pertuisanes et armes de tout genre qui furent confisquées (2).

(i) Registre de l'Académie de Nîmes, d-u mercredi 8 décembre 168?. « M. de Faure a fait voir une lettre de M. Gitfon, secrétaire de l'Académie royale d'Arles, par laquelle il lui témoigne que MM. ses confrères sont dans l'impatience d'envoyer ici leurs députés, et souhaitent que notre compagnie leur marque le temps qu'elle trouvera à propos pour cela. Sur quoi il a été délibéré de ne différer plus à recevoir cette visite que jusques au retour de MM. du présidial, qui sont en Vivarais, et qui doivent revenir à la fin de ce mois; M. de Faure a été chargé de le faire savoir à M. Giffon, et de lui écrire qu'on prendra soin de l'avertir de l'arrivée de ces messieurs. » Loco citato, p. 126.

(2) Ménard, Hist. de Nîmes, t. VI, p. 174 et sqq. Archives de l'Hôtel de Ville de Nîmes, Registre du XVII' siècle, contenant les délibérations du conseil de ville. Registre de l'Académie de Nîmes, séance du 3 novembre i683.

— :irv? —

Les difficultés s'applanirent cependant, et , le 12 avril l'Académie de Nîmes fit savoir « à MM. de l'Académie d'Arles que tout est disposé pour la réception de leurs députés. M. de Faure a été chargé d'en donner avis, par un exprès, à M. Giffon et de lui faire connaître que l'on seroit bien aise qu'ils arrivassent en cette ville le mardi 25 de ce mois, pour être reçus le lendemain mercredi, jour de nos séances ordinaires (i). »

Giffon répondit sans retard (2) que « MM. de l'Académie royalle d'Arles souhaitent avec impatience de rendre à notre compagnie la visite qu'ils lui doivent; que chacun s'empresse pour être de la députation ; et que cela sera cause qu'ils envoyèrent six députés (3) pour quatre que notre compagnie leur envoya ; et que cette délibération s'exécutera dès que leurs académiciens, dont la plupart sont à la campagne et que M. d'Ubaye de Vachères, qui a été nommé pour porter la parole, sera revenu d'Aix où il est allé, pour traiter de la charge d'avocat général au Parlement de Provence. » Mais les choses ne se passèrent pas aussi facilement que le croyait Giffon, et l'Académie trouva le jour fixé par ces MM. de Nîmes très incommode pour plusieurs raisons, qui furent exposéi\s

(1) Registre lie l'Acadiîmic Je Nimcs. loco citato, p. 127.

(2) Registre de l'Académie de Nîmes. i\ i.;?. Ibid.

(3) Nous verrons qu'il nen (ut rien

à la séance du 24 avril 1684 (i). « Après neuf ou dix mois escoulés despuis la visite et la demende de l'Allience, on n'avoit receu aucune nouvelle de MM. de l'Académie de Nîmes, quoique le sieur Graverai se fust engagé d'escrire à MM. de la royalle. Enfin le sieur de Faure Fondamente en escript au sieur Giffon, pour en donner l'advis à l'Académie et l'assurer que celle de Nîmes seroit en estât de recevoir le compliment et la visite, le jour de Saint-Marc. L'assemblée trouve peu d'apparance à respondre descisivement à cette proposition, d'autant mieux qu'après un si long retardement il falloit se remettre les idées perdues, peu s'en fault, de cette prétendue cérémonie, outre que cet advis n'estant donné que la sepmaine avant la Saint- Marc, il n'y avoit pas du temps pour advertir les confrères académiciens esloignés et surtout le sieur de Vachères qu'on avoit prié de vouloir se charger de réciter le discours qu'avoit promis l'Académie royalle à l'Académie de Nîmes. Il est donc délibéré ce lundi 24 avril 1684, qu'on ignoreroit l'advis d'un particulier, qui escrivoit au sieur Gitfon et cependant qu'on donneroit advis au sieur de Vachères, plaidant à Aix, de Testât présant de la chose, pour après sa response prendre de mesures justes et tascher enfin de donner quelque retour de civilité,

(i; Registre de l'Académie d'Arles, fol. 23o.

selon les premières délibérations, à MM. les alliés de l'Académie de Nîmes. »

Le 9 mai 1684, M. Giffon manda à M. Graverol que M. d'Ubaye était revenu d'Aix, quittant « des affaires très importantes » , et qu'il se disposait à s'acquitter de la députation, dont l'Académie royale l'avait chargé. Celle-ci désirait vivement que l'évéque de Nîmes fut présent, lorsque les députés d'Arles se rendraient dans cette ville, Giffon lui écrivit même à ce sujet une lettre que MM. de Cabrières, Ménard et Graverol lui remirent, en le priant de « prendre les expédients qu'il trouvera à propos, pour répondre au désir de l'Académie royale d'Arles. » Séguier promit de différer son voyage jusqu'après les fêtes de la Pentecôte, afin que les députés d'Arles pussent se. rendre à Nîmes, le lundi 22 mai. Il s'engagea à leur donner l'hospitalité dans son palais et proposa de tenir une assemblée extraordinaire le mardi 23 mai. La compagnie se rangea à cet avis et la décision fut notifiée à M. Giffon par M. Graverol. La date proposée fut acceptée par l'Académie d'Arles et M. Giffon informa M. Graverol que les députés arriveraient le lundi 22 mai, vers les cinq heures du soir (1).

On disposa tout à Nîmes, pour les recevoir avec honneur: déjà, le 2 février, l'Académie avait demandé

( ■■ ) Registre de l'Académie de Ntmcs, passim.

à M. Cassagnes et à M. de La Baume quelques pièces pour cette circonstance. On nomma MM. Cassagnes, de Faiire, Rouvière et Graverai, pour aller au devant des députés avec deux carosses, à peu près à la même distance « que leurs députés vinrent au devant des nôtres, lorsque la compagnie leur en envoya pour établir l'alliance entre les deux Académies (i). » Tous les académiciens devaient se rendre à quatre heures, chez le prolecteur, où ces MM. d'Arles descendraient tout d'abord. Le lundi 22 mai a M. d'Ubaye de Vachères, M, le marquis de Robias, secrétaire perpétuel de l'Académie royale d'Arles, M. de Momblàn, lieutenant général au siège d'Arles, et M. Giffon, députés de ladite Académie, conduits par MM. Cassagnes, de Faure, Rouvière et Graverol » se rendirent à l'évêché vers les six heures du soir. Ils y trouvèrent réunis autour de l'évéque, MM. de Cabrières, directeur ; Teissier, chancelier; Saurin, secrétaire ; Chazel, avocat ; d'Aiglun ; Causse ; Restaurant ; Maltrait ; de Merez; Ménard et de La Baume. M. d'Ubaye fit à lévéque « un compliment fort poli de la part de l'Académie royale d'Arles, pour lui donner des assurances du respect de celte Académie et de la satisfaction qu'elle reçoit d'avoir contracté alliance avec

(i) Tous ces détails furent réglés à la séance du 17 mai 1684. Nous citons ici plusieurs extraits du Registre, sans l'indiquer chaque fois, v. Ménard, t. VI, preuves, p. 128.

la nôtre. M. lévcque de Nîmes a répondu à ce compliment avec beaucoup de civilité, tant de son chef que de la part de notre compagnie, et a extrêmement caressé ces MM. les députés. Après quoi on les a menés se reposer chez M. de La Baume, ou M. l'évéque de Nîmes, suivi de tous les académiciens, est allé les visiter. » Le lendemain, 23 mai, l'Académie de Nîmes tint à l'évéché une séance extraordinaire. Les consuls (i) y assistèrent en chaperon « avec un grand concours de personnes les plus qualifiées de la ville de l'un et l'autre sexe. »

Les délégués de l'Académie d'Arles furent placés i\ droite du directeur, M. de Cabrières. M. d'Ubaye complimenta l'Académie, au nom de celle d'Arles, Mgr l'évêque lui répondit par quelques mots obligeants, puis M. de La Baume prononça un long discours.

Le reste de la séance fut employée à la lecture d'un poème latin sur l'alliance des deux académies , do quelques épigrammes latines sur des sujets de piété, par M. de Mere^ ; de l'éloge de Scaliger en français, par M, Teissier ; d'une traduction en vers du premier livre de l'Enéide, par M. Maltrait; de la traduction du chapitre quatre, du livre dix de Quntilien, de la traduction d'une épitre d'Aristénet sur le luxe

(i; M\l. Pierre Chazcl, avocat; Mathieu Fabre, bouVgcois . Jacques Chalas, marchand ; Antoine Jacob, laboureur.

et la mauvaise humeur des femmes, par M. de Faure Fondamente (i).

Voici le compte rendu de cette Journée qui termine le Registre de l'Académie d'Arles (2) :

« On ne pouvoit guère mieux finir ce Registre, que par le mémoire de la teste académique qui fut célébrée dans Nîmes ce 21 mai 1684 (sic). Il faudroit un demi volume pour faire le détail circonstancié de tout ce qui se passa entre ces MM. les académiciens des deux villes en cette rencontre. On pria le sieur Saurin, secrétaire de l'Académie de Nîmes d'enregistrer ce que leur honestelé et leur délibération leur fist faire en cette conjuncture. Il s'en est chargé et d'en envoyer la relation à M. le duc de Saint- Aignan et aux autres illustres amis de la cour. Il suffit présentement de

mètre ici comme les quatre députés qui avoient esté

(i) Registre de l'Académie de Nîmes, séances du 22 et du 23 mai 1684.

(2) Le secrétaire put ainsi satisfaire le désir qu'il manifestait quelques mois auparavant.

Sous la date de 1684, le Registre de l'Académie d'Vrles contient ces lignes : « Les désordres arrivés despuis trois mois dans les villes, mi parties pour la religion, ont empesché MM. de l'Académie royalle d'aller rendre visite et complimenta l'Académie de Nîmes, comme on l'avoit résolu. Les muses ne s'accomodent guèrcs des affaires de politiques, ni de guerre, ni de religion, c'est grand dommage, car cette action auroit rempli dignement la dernière feuille de ce Registre. »

Ménard ne cite le texte d'aucun des discours prononcés à cette séance et c'est à regretter. Nous n'avons pas non plus la relation de Saurin, dont il est question plus bas.

nommés despuis longtemps, pour faire la visite et donner quelque retour aux nouveaux alliés de Nîmes, partirent avec trois carroces et un esquipage honorable le lendemain de la Pentecoste, pour aller coucher à Nîmes. M. l'evesque leur envoya un gentilhomme les complimenter à une lieue de la ville et deux carroces un peu plus près. MM. de Cassaigne, de Graverol, de Faure Fondamente et de Restaurant, illustres académiciens, estoient les députés de la part de l'Académie de Nîmes et, après divers tesmoignages d'amitié et de joie, ils obligèrent M. d'Ubaye Vachères M. le marquis de Robias, M, le lieutenant Momblanc et M. Giffon, députés de l'Académie royale, d'entrer dans les deux carroses et changer les leurs par compliment. Ils furent descendus, en cet estât, à l'évesché où M. l'evesque les receut le plus honnestement du monde, au bas de l'escallier. Il les conduisit dans sa salle haute, oii M. de Vachères le complimenta au gré et avec la probation de l'assemblée nombreuse qui s'y trouva. Ce bon prélat leur respondit éloquemment, les reaccompaigna dans leur carroce, et de là ces messieurs furent chez le sieur de La Baume, directeur de l'Académie de Nîmes, où ils receurent la visite en chaperon de MM. les consuls gouverneurs de cette ville, peu de temps après ils receurent encore M. l'evesque qui leur vint faire la civilité toute entière. Ensuite on leur servit une supcibc collacion, vin excellant.

limonade glacée , biscuit et confitures et à peu de temps de là on les remmeina au palais épiscopal, où unovallede trente couverts fust servi magnifiquement, sans une seconde table servie de mesme au mesme lieu et au mesme temps; les mets et services différents, les bons mots, les réparties d'esprit, et tout le reste ne fust qu'une suite nécessaire de ces commencements. M. le prélat (i) logea ces MM. d'Arles dans des appartements séparés chez lui, et durant trois jours ces messieurs les nouveaux alliés respondirent par la bonne chère et par cent amitiés aux honnestetés de M. leur protecteur. Le landemein on manda l'assemblée dans la sale de son palais, où les académiciens d'Arles prirent la place d'honneur, au costé droit de M. le prélat, assis dans un fonds, au milieu du sieur de Cabrières et de La Baume, tous les autres confrères des deux villes qui se trouvèrent là prirent >lace avec honneur et sans confusion. M. de Va- :hères récita sa harangue au nom de MM. les acalémiciens d'Arles, avec l'applaudissement de la com- )agnie qui estoit nombreuse. M. l'evesque lui répartit

(i) Signalons au passage la bienveillance que l'évèque de (îmes, aussi bien que l'archevêque d'Arles, témoignait à deux }ciétés où se trouvaient plusieurs protestants, surtout parmi îs MM. de Nîmes. Il y a là un exemple de sage tolérance, lui prouve que les hommes éclairés ne partageaient pas enticrefment les antipathies violantes qui régnaient alors, parait-il, dans cette partie du royaume, entre les protestants et les catholiques.

fort civilement. M. le chancelier de l'Académie de Nîmes parla, remercia et entretint le cercle durant longtemps. M. de Merez, M. de Faure, M. Teissier et le sieur Maltrait, grands Parnassiens occupèrent l'assemblée par le récit des vers et des proses excellentes de leur composition, leur despart, remerciemens, protestation d'allience éternelle, tout cela doit estre mis dans une ample et éloquante relation que la nouvelle académie de Nîmes doist au public (i). »

Les deux villes d'Arles avaient trop d'intérêts communs, pour que l'alliance des deux académies ne fut pas bien accueillie de part et d'autre. Les meilleurs rapports s'établirent entre les deux compagnies. Le 22 mai i683, l'Académie de Nîmes avait résolu de faire visite à M. d'Arbaud, alors dans cette ville pour lui offrir une place dans les assemblées, toutes les fois qu'il voudrait y venir. MM. de La Baume et Restaurant avaient été chargés de lui porter cette décision {2). M. d'Arbaud déclina l'honneur provisoirement, mais plus tard il l'accepta très volontiers.

Le 20 février i685, lors de l'audience présidiale dans laquelle la cour ordonna l'enregistrement des lettres patentes de l'Académie de Nîmes, toute l'Aca-

(1) Registre de l'Académie d'Arles, fol. 23o et dernier, verso. Le discours de M. de Vachères ne fut pas imprime', malgré la

proposition de M. de Romieu, en juillet i683. Nous aurions été curieux de lire cette œuvre tant vantée dans le Registre.

(2) MénarJ, Hist. de Nfmcs, t. VI, preuves, p. 123-124.

demie assistait en corps M. Maltrait, qui requérait en son nom l'enregistrement. Elle était assise dans l'enceinte du parquet, et on avait mis trois fauteuils pour les trois officiers et un banc pour les autres académiciens. « M. d'Arbaud en qualité d'académicien de la ville d'Arles, ayant demandé une place à la compagnie, dans cette solennité, elle lui avoit accordé celle d'après le doyen, c'est-à-dire la cinquième en ordre (i). »

A partir de 1684, nous sommes à peu près réduits à des conjectures, et l'absence de renseignements précis ne nous permet pas de suivre les rapports entre les deux académies voisines. Il est permis, du moins, de penser qu'ils continuèrent longtemps encore. Nous en retrouvons la- trace dans le Registre de l'Académie de Nîmes qui, en 1686, traita le marquis de Boche en véritable confrère, ainsi que le marquis de "Veleron, un des Emulateurs qui essayaient alors de redonner !a vie à cette association bien menacée (2).

(i) Ménard, t. VI, preuves, p. i3i. Extrait du Registre de rAcadémie de Nîmes.

En 1684, il y eût échange de lettres entre les deux Académies relativement à la Diane ou Vénus d'Arles. Ibid., p. 129-130, et M. de Vertron demandait à l'Académie de Nîmes, de remplir des bouts rimes, en l'honneur du duc de Saint-Aignan. Séances du 20 et 27 septembre 1684. Registre de l'Académie de Nîmes.

(2) a Le sieur Graverol a dit à la compagnie que M. le marquis de Veleron de Fr. de Cambis (un des Emulateurs), d'Avignon, et M. le marquis de Boche, de l'Académie royale d'Arles, souhaitoient d'assister à notre assemblée sur quoi on a délibéré qu'ils

L'Académie de Nîmes fut plus heureuse que son aînée, elle vécut jusqu'à la Révolution. Depuis, elle a repris une nouvelle vie, elle honore aujourd'hui encore la ville de Nîmes par ses travaux, fidèle à sa première devise : yEmula lauri.

seroient introduits et placés à côté de M. Graverol, chancelier. Et les ayant fait avertir, on a envoyé au haut du degré pour les recevoir MM. Guirand et Ménard et ayant pris les places qu'on leur avoit destinées, ils ont remercié la compagnie de l'honneur qu'elle leur faisoit. A quoi M. Graverol a répondu en termes obligeans et honnêtes » Du mercredi g octobre 1686.

Ménard, t. VI, preuves, p. 144. Le marquis de Boche était alors grand sénéchal d'Arles.

Il est souvent question de l'Académie de Nîmes dans le Mercure de la tin du XVII" siècle. Le Mercure était, pour ainsi dire, l'organe attitré des diverses sociétés littéraires du royaume.

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