CHAPITRE X
Les prix. La fête en Thonneur du duc de Bourgogne. Le Milon de Pierre Puget.
L'Académie française décernait chaque année, depuis 1671, un prix d'éloquence et de poésie. Balzac avait légué une certaine somme pour le prix d'éloquence (i) et l'Académie, par une contribution volontaire de tous ou de quelques-uns de ses membres fit les frais du prix de poésie, jusqu'à ce que M. de Clermont-Tonnerre , évêque de Noyon, eût fait une fondation à cet effet (1699). Les académiciens d'Arles crurent devoir imiter cet exemple, suivi plus tard par toutes les Académies de province. Dans la seconde ifloitié de l'année 1681, ils commencèrent à examiner sérieusement la question. Le 22 septembre , l'abbé Flèche remit la proposition sur le tapis (2). On convint
(i) V. Discours de la Gloire, par Balzac, couronné en 1671. — Suit le règlement du prix fondé par lui. Bibl. Méjanes. G. 104.
{2) « Le lundi 22 septembie 1681, aux Cordelliers, M. d'Ubaye, scéant pour directeur, en l'absence de M. de Castillon, M. l'abbé Flesche a remis la proposition sur le tapis du beau dessein des prix. Il est vrai qu'à la dernière assemblée on en avoit faict un bel entretien /"non porté au RegistreJ, M. d'Arbaud s'estoit mesme charge, s'en allant à Nîmes, de le communiquer à ces messieurs de sa connessance qui sont de l'Académie royalle, mais on ne ccida rien, on ne peust point fixer la délibération attendu que
d'écrire à tous les confrères externes, pour les consulter ; M. d'Arbaud s'était même chargé d'en parler dans la ville de Nîmes. Tous les confrères et toute la province pourraient concourir, la distribution serait
la compagnie n'estoit pas nombreuse ; on a chargé M. le secrétaire d'en escrire à quelques-uns des plus zellés accadémiciens et de leur faire scavoir que l'Académie royalle a résolu de donner un prix d'une médaille du roi d'or, et de proposer la chose à tous les confrères et à toute la province, dans le temps qui sera dans l'octave de Saint-Louis, à commencer l'année proschaine. Ce temps a semblé commode et le plus propre pour ce dessein, puisque c'est le temps auquel l'Académie françoise prononce juridiquement en faveur de la pièce de prose et de poésie faicte à l'honneur du roy, qui a mérité le prix. Il est vrai que c'est un prix instiiué par feu M. de Balsac, qui ordonne dans son testament que MM. de l'Académie françoise en seront les arbitres. La différence ne consiste qu'en ce que l'Académie royalle préiend non seulement de prononcer en faveur du meilleur ouvrage, mais encore de donner ellc-mesme à ses coûts et despends la médaille d'or. M, N. a dict que ce dessein esloit grand et tout h faict noble, qu'il y consent de grand cœur, quoique s'il avoit l'honneur d'estre membre de l'Académie françoise, il s'y opposeroit avec justice, ce lui semble, puisque la cadette ne peut faift une action d'un si bel esclat, sans couvrir celle que fait annuellement sa sœur aînée, lorsque prononçant et adjugeant le prix au plus bel ouvrage, elle ne donne rien qui lui appartienne et s'arroge seulement l'honneur d'en porter jugement. M. N. a dict qu'il ne pense pas que l'Académie françoise se formalise beaucoup jusqu'à la jalousie de cette affaire et voici, dit-il, la raison qu'elle en peust avoir, c'est qu'elle a mérité par préciput de recevoir le jetton ou la médaille du roy toutes les sepmaines, et que de recevoir ainsi par son propre mérite les libéralités du plus grand roi du monde, cela est beaucoup plus glorieux que de donner aux autres cette médaille, etc.
Cette conversation donna lieu au problème proposé par M. de Sabaticr, scavoir lequel des deux cstoit plus grand de donner ou de recevoir, etc. » Registre do l'Académie, fol. 207.
fixée au jour de la Saint- Louis et le prix consisterait en une médaille d'or.
Dès le 10 septembre, M. de Grille avait communiqué ce projet à MM, de Lubières, de Faure Fondamente, d'Arbaud, Ranchin et quelques autres. La lettre qu'il écrivit à M. de Lubières fut consignée au Registre, pour donner une idée de la circulaire adressée aux académiciens (i).
Monsieur,
« Vous estes un membre si considérable de nostre corps que quelque mouvement qu'il reçoive d'ailleurs et par les grâces de S. M. et par la protection de M. le duc de Saint-Aignan, on n'a pas creu qu'il peust estre dans toute la disposition d'un parfaict tempéremment si vous et tous nos illustres confrères n'entriez tout de bon dans la résolution de le faire agir avec vigueur, c'est-à-dire, monsieur, sans pousser
(i) « M. le marquis de Robias a dict que pour ce qui est des prix prétendus dont les assemblées précédantes se sont entretenues, il avoit desjea donné l'advis à quelques-uns de ces messieurs les externes académiciens, et que l'advis qu'il en donnoit Je la part de l'Académie estoit dans le stille à peu près d'une letre circulaire, on dict qu'il seroit à propos d'en charger le Registre, que cela pourroit servir quelque jour à l'histoire de l'Académie royalle, ou du moins à quelque charitable historien, qui se voudroit donner la pêne d'en escrire. On demeura d'accord que cet événement estoit assez beau et le dessein que formoit l'Académie de distribuer des prix à l'honneur du roy assez considérable pour n'estre pas oubliés. » Septembre 1681 . Registre de l'Académie, fol. 207, verso.
plus loin l'allégorie, qu'on vous demende vostre consentement et vostre secours pour effectuer la dernière délibération de cette compagnie. Ce fust dans la dernière assemblée qu'elle prist le dessein de distribuer des prix à l'honneur du roy toutes les années. Ces prix seront d'or, d'un poids raisonnable, on en donnera l'un pour la prose et l'autre pour les vers, aux deux qui auront composé en ces deux langues le plus dignement et le plus éloquemment à l'honneur de S. M . L'Académie se réserve l'avantage d'en juger à l'exemple de l'Académie Françoise , avec cette différence que celle-ci distribue les prix que feu M. de Balsac a institués, et l'Académie royalle distribuera les prix qu'elle mesme prétend de donner. Elle veut pour cela contribuer du sien, environ 25 ou 3o pistolles pour deux médailles d'or qui représenteront nostre invincible monarque d'un côté, et sur le revers on metra ou l'obélisque d'Arles, ou selon l'advis des maistres les plus habilles qu'on aura consulté là-dessus, quelque autre corps qui responde à ce beau dessein , avec l'inscription : Academia regia Arelatensis.
€ Nous sommes nous mesmes les partisans et les exacteurs de nos contributions, une Académie royalle est trop glorieuse pour se voir réduite à la mendicité elle ne demende rien mais clic ne refuse rien, avec cette assurance que feu M. de Saint Gêniez (i) nous
(i) Nous ignorons quel est cet auteur.
donne dans cet idille admirable qu'il a faict du temple de mémoire, que tous ceux qui donnent les mains à l'accroissement, aux avantages et à l'honneur de la vertu s'immortaliseront eux-mêmes. Cet illustre académicien estoit d'un pays où vous présidez, monsieur, à la justice, comme il présidoit aux belles lettres de son vivant. Agréez de recevoir ici, en son stille et sa langue académique, ce qu'il promet à ceux qui contribueront de leur pouvoir à l'embellissement du temple de mémoire :
« Qui nummisauxere suis et sumplibus aedem, Aut ope juverunt mystas, ant divite gaza Non sua jecerunt in ventos munera, non haec Obscuro celanda loco posuere, datorum Constat et aeternos ratio constabit in annos. »
« Nous vous fairons voir quelque jour la traduction
Françoise de ce bel ouvrage : il est vrai que ce latin
est assez clair pour ceux qui voudront y entendre,
c'est assez pour le présent, or je ne suis chargé d'autre
chose que de vous demender vostre sentiment et vous
exposer celui de l'Académie royalle , celui de son
secrétaire c'est d'estre avec beaucoup de sincérité et
d'affection , monsieur , vostre très humble et très
obéissant serviteur.
Robias Estoublon,
secrétaire de l'Académie royalle (i). »
A Arles ce lo septembre 1681.
( \) Registre de l'Académie, fol. ^n- verso, et joS.
Le secrétaire y joignit cette apostille: « M. l'abbé Flesche qui s'en va à Carpentras aura l'honneur de vous voir à Orange, à ce qu'il nous a dict, vous sçaurez par lui, monsieur, toutes les nouvelles de l'Académie. Il les sait à fonds et veust bien que vous l'estimiez un grand académien, etc. (i). »
Le 20 octobre 1 68 1, l'abbé Flèche était de retour. Il rendit compte de sa mission et du bon accueil du président de Lubières, qui approuvait chaleureusement le projet, offrant même de faire une partie des frais. MM. d'Arbaud, de Faure et Roubin avaient fait parvenir au secrétaire leur approbation. Selon eux, « la proposition de donner des prix était la plus belle* chose du monde. » A l'exemple de l'Académie française, on voulait faire frapper deux grosses médailles d'or, portant d'un côte l'image du roi et de l'autre un dessin à déterminer , avec quelques mots pour expliquer que « c'est l'Académie qui donne ces prix de son propre fonds (2), » On ne pouvait prendre de
(i) Registre de l'Académie, fol. 208.
(2) « On s'assemble aux Cordellicrs en nombre'de huit, M. de Gagcron est prié de seoir pour directeur. M. de Boches monstre un sonnet qu'il a receu à l'honneur des assiduités académiques. M. le secrétaire a dict qu'il avoitescrit suivant les délibérations de trois assemblées à quelques-uns de ces MM. académiciens du du dehors, à M. d'Arbaud, à M. de Faure Fondamentc, à M. de Roubin et à M. le président de Montmiral I.ubièrc, i Orange, qui tous ont trouvé la proposition de donner des prix la plus belle chose du monde. M. l'abbé Flèche a dict qu'il a vcu M. de Lu
détermination définitive, sans le consentement du duc de Saint- Aignan; aussi lorsque, au mois de décembre 1681, M. d'Ubaye se rendit à Paris, il eut pour instruction de soumettre la chose à l'examen du protecteur (i). Ce dernier reçut, paraît-il, ces ouvertures avec étonnement, et les lettres de M. d'Ubaye en donnèrent le motif. Il fallut se résigner à de nouveaux aternoiements (2).
bières à Orange, d'où il ne faictque d'arriver, et qu'il a tesnjoigné une estime particullière pour ce dessein, qu'il a oifert d'y contribuer considérablement pour sa part et qu'il en escriroit sa response et ses sentiments à l'Académie.... On s'est entretenu le reste du temps de ce jour, 20 octobre, par la lecture du Mercure Galland où l'on a veu la feste des académiciens François à la solennité des prix institués par feu M. de Balzac, pour les vers et pour la prose, sur quoi l'Académie royalle se propose d'en distribuer l'année prochaine au mois d'aoust que la feste de Saint-Louis se rencontre. Elle se propose pour l'honneur du roy de faire faire deux grosses médailles d'or, portant d'un costé l'image de S. M. et sur le'revers l'obélisque d'Arles ou tel autre corps qu'on avisera, avec le mot qui marque comme c'est l'Académie qui donne ces prix de son propre fonds. » Octobre 1681, Reg. de l'Acad., fol. 209. V. Mercure de sept. 1681, p. i5o-i86.
(0 Décembre 1681. « M. d'Ubaye part sur la fin de mois de décembre et prend congé en forme de l'assemblée. M. le secrétaire se charge de lui faire un ample mémoire de tout ce qu'il peust faire à l'honneur de l'Académie, et pour M, le duc de Saint-Aignan, et pour le roy et pour MM. de l'Académie francoise, et de ce qu'il fault faire à l'esgard de la médaille prétendue, comme encore au subjet des prix qu'on a délibéré (soubs le bon plaisir de M. le protecteur) de distribuer à l'honneur de S. M. sur la fin de l'année prochaisne. » Registre de l'Académie, f. 210.
{2) « iM. d'Ubaye Vachières escrit de Paris qu'il a veu M. le duc de Saint-Aignan avec beaucoup de pêne et après plusieurs visites inutilles, qu'enfin il l'a entretenu du dessein de l'Acadé-
A la séance du 19 janvier 1682, où se trouvait M. d'Arbaud, on prit connaissance de bouts rimes donnés par le roi, et Giffon montra les lettres que M. d'Ubaye et de Vertron écrivaient de Paris à cet égard. Quelques semaines après, une lettre du protecteur engagea les Académiciens à remplir ces bouts rimes en l'honneur du roi. Un seul des sonnets composés par eux fut inscrit au Registre, et les autres furent déposés dans les archives, comme si de semblables œuvres ne méritaient pas l'honneur d'une
transcription.
Sonnet a l'honneur du Roy
Endormir la Hollande au son du — flageollet.
Faire adorer partout la loy du — décalogue,
Réduire l'erapereur au trein d'un — roitelet
Mériter l'épopée et soulTrir une — églogue
Authoriser son code aux cours, au — Chastellet
Au collège électeur donner un , — pédagogue
Du'souverein pontifFe arrester le — mulet,
Et du royaulme anglois emmuzeller le — dogue,
Le Jansénisme à bas et l'esprit — escurc
Croire sans disputer, sur la foi du — curé,
Estre nostre soleil et le souhait des — belles
mie royalle, au subjet des prix de cette année, et d'une médaille considérable qu'on veut donner à celui qui aura faict l'esloge du roy en prose ou en vers le plus héroïquement, etc., que cette entreprise a surpris d'abbord ce protecteur et qu'il n'a pas osé répondre cathégoriqucment. On n'a rien résolu pour ou contre ce dessein, on a dict seulement qu'il falloit attendre des nouvelles plus décisives. •> Mémoires de mars lOSi. Registre de l'Académie,
l'il. -• I 1, vci •■,...
Prendre Strasbourg, Cazal et brider 1' — Hellespont :
Au bruit de tant d'exploits la France nous — respond
Ce ne sont pour mon roy que de vieilles — nouvelles (i).
La discussion qui sétablit, à ce propos, à l'Académie, fait honneur au bon sens des Arlésiens, On leur envoyait des bouts rimes à remplir, et ils répondaient que, malgré la mode, ils ne voyaient aucune
(i) Registre de l'Académie, fol. 210. Janvier 1682. « M. d'Arbaud se trouve à l'assemblée, on faict voir des bouts rithmés donnés par le roi à remplir sur son subjet. M. Giffon monstre des lettres de M. de Vertron et de M. d'LJbaye qui escnvent de Paris. » V. Mercure de décembre 1681, p. 320-322.
Février 1682. « M. le duc de Saint-Aignan escrit à M. le secrétaire et se pleint à sa manière fort amoureusement du silance de ses amis. Il leur donne advis de la grossesse de M°" laDaulphine, et comme elle avoit senti son royal enfant (ce sont ses termes) dont le roi avoit faict faire des prières publiques et tesmoigné des grands divertissements, donné des regalles et festes publiques à toute la cour. — On reçoit encore de la part de ce duc deux bouts à remplir sur la gloire du roy que lui mesme a prescrits et donnés, il en a couru des bons et des meschants des endroits divers du royaume et pour l'honneur de S. M. aussi bien que pour celui de l'Académie, on a trouvé bon de mettre ici celui d'un de ces MM de la royalle. » (Il est l'œuvre de M. Flèche. Il est cité dans le Musée de 1868, p. 189).
(T On en z. faict encore quelques-uns qui sont peust-estre mieux tournés que tant d'autres qui ont eu de la vogue, mais ces messieurs n'ont pas creu que ces sortes d'emplois fussent dignes du Registre de l'Académie. On les à recueillis (j'entends ceux que les académiciens de la royalle ont pris la pêne de remplir à l'honneur de S. M.) et l'on les a mis dans l'archisf de l'Académie.» Registre de l'Académie, fol. 211. V. Mercure de fév. 1682, p. 342.
Mars 1682. « M. Gifîon a faict voir un sonnet en bouts rithmés de la manière d'un de ses amis, sur les mesmes rithmés royalles de cy devant, mais non pas sur le mesme subjet. On a trouvé ce petit pocmc excellent. ;• Registre de l'Académie, fol. 211, verso.
utilité « à manger leurs ongles pour ce travail ingrat. » L'un d'eux s'offrait à remplir quatorze bouts en un quart d'heure, disant qu'il suffisait pour cela d'une certaine habitude de la chose (r). A cette même séance du lundi 27 mai 1682, on s'entretint des prix. Le programme était fixé, le sujet du concours déterminé : l'Académie devait donner des médailles aux auteurs des meilleures pièces en l'honneur du roi sur cette devise : Nec errât nec cessât. M. de Beaumont avait déjà envoyé une pièce sur ce sujet, mais les
(i) « M. Giffon a faict voir des bouts rithmés qu'on envoyoit de Paris assez mal aysés. Ces messieurs n'estiment pas trop ce travail et l'exemple de quelques grands et galants de la cour ne scaurait les faire résoudre à manger leurs ongles pour ce travail ingrat. M. N. a dict que c'est en retirer son argent que de les remplir tost et avec complaisance, que pour lui il faira ce pari, si l'on veust, qu'avant le quart d'heure de temps qui reste il remplisse quatorze bouts de quelque difficulté qu'on les enveloppe, soit pour le subjet qu'on lui réglera, soit pour la rithme. On s'est entretenu de la différence des esprits et pourquoi un cslegie, un beau sonnet, un poÊme entier, semblera plus facile \ certeins esprits qu'un bout rithmé et pourquoi tel autre entreprendra hardiment et achèvera sans pêne de remplir des bouts enragés et extraordinaires. M. N. a dict que quisque suos patittir mânes, que s'il est vrai que chascun ait sa folie, il y en a moins à remplir quatorze rithmcs qu'à faire un poOme entier, etc. La Sibille dans Virgille n'estoit proprement que ce qu'on appelloit une possédée à Loudun, du temps des religieuses, les prophctcs poétisoient avec un transport d'esprit, ce que Dieu faisoit cneux> le dcmon des vers le doibt faire dans les poètes et lorsqu'il n'y a rien de tout cela les vers sont misérables. Il faut du dieu ou du démon... » Mai 1682. Registre de l'Académie, fol. 212, verso.
En marge, a II cstvrayque pour les vers il fault avoir un grain de folie, c'est ce que les grecs appellent anthousiasme. »
académiciens ne devaient plus prendre part au concours. Quelqu'un fit observer que M. de Beaumont n'assistant plus depuis longtemps aux séances, n'était plus du corps et qu'on pouvait accepter ses ouvrages, avec ceux de ses amis qui a avoient déserté l'Académie. » Cette opinion fut trouvée juste (i).
Une nouvelle difficulté survint. Le duc de Saint- Aignan avait proposé un prix pour des bouts rimes à remplir en l'honneur du roi. Le Mercure d'avril avait informé le public de ce concours. Le duc profita de la présence à Paris de MM. de "Vertron, de Faure Fondamente et d'Ubaye : il les chargea de prononcer
(1)270131 1 683. « On a parlé des médailles du roy qu'a promis de distribuer en forme de prix, la compagnie à l'honneur du roy et de celui qui aura mieux faict en vers et en prose, sur cette devise royalle du soleil de S. M., nec errât, nec cessât. Quelqu'un a dict que M. de Beaumont avoit desjea faict une pièce excellente sur le subjet proposé qui sans double emporteroit le prix. M. N. a dict que ce n'estoit pas de l'intention du corps de faire travailler les membres académiques qui s'estoient réservés euxmesmes pour juger les ouvrages. M. N. a dict que M. de Beaumont ni tous autres qui avaient déserté l'Académie despuis longtemps n'estoient plus du corps et par conséquent qu'ils pouvoient présenter leurs ouvrages. On est tombé d'accord de cette proposition, quoiqu'elle ne soit guères avantageuse pour ceux devenus d'evesques musniers, comme on le peust dire de ceux qui ayment mieux estre parties que juges en ces sortes d'affaires. » Registre de l'Académie, fol. 212, verso. Cfr. l'article XIV des premiers statuts de l'Académie de Marseille. « Les académiciens qui auront passé un an, sans donner aucun ouvrage, ou qui auront été trois mois sans venir aux assemblées, sans empêchement légitime, seront avertis par le directeur de remplir leur devoir et remplacés si l'avis est inutile. >•
quelle était la meilleure pièce. Le jugement fut porté solennellement dans l'hôtel du duc de Saint-Aignan, au mois de juin 1682. Le Mercure de juin publia le sonnet couronné, et aussitôt que l'auteur se fut nommé, il reçut une médaille d'or, représentant d'un côté le roi, de l'autre la reine (i). Les académiciens d'Arles furent informés du projet de leur protecteur par le Mercure (2) et par les lettres de M. d'Ubaye.
Ils auraient "préféré que le duc de Saint-Aignan renonçât à son projet ei se joignit à l'Académie pour décerner un prix. Au mois de juin 1682, M. de Grille, du consentement de ses collègues lui en fit l'observation « fortement et sans qu'il puisse s'en plaindre (3). » Il composa un sonnet sur les rimes pro-
(i) Mercure de juillet 1682, p. 121. Edition de Paris.
« Vous avez trouvé dans ma lettre du dernier mois le sonnet victorieux sur les bouts rimez de Jupiter et de Pharmocopole. Le prix avoit esté proposé par M. le duc de Saint-Aignan; et si tost que l'autheur de ce sonnet s'est présenté, on luy a remis la médaille d'or entre les mains. Elle estoit très belle et très bien frappée, et représentoit le roy d'un costé et la reyne de l'autre. Rien n'est plus digne d'un grand seigneur, ny ne donne tant d'émulation qu'un prix proposé de cette sorte... . Celuy qui a gagné la médaille, donnée par ce duc, s'appelle M. de Baraton. 11 est de Paris et originaire du Berry. Sa famille est une des plus considérables de cette province... . »
Puis il cite trois sonnets de lui sur des bouts rimes.
(2) V. «ur ce concours, le .A/crcttre d'avril, juin et juillet 1682.
(3) Juin 1682. Assemblée chez M. de Boche malade. « On monstre d'abbord une lettre du marquis d'Ubaye qui cscrit de Pari» et envoie des bouts rilhmés à remplir qu'a faictct proposé M. le duc de Saint-Aignan. M. N. a dictquc le Mercure Oalland
posées et exprima très ingénieusement les griefs de l'Académie.