‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originauxChapitre 15 sur 19 · SONNET SUR LES BOUTS RIMES ENVOYÉ A M. LE DUC DE SAINT-AIGNAN · texte numérisé non relu

SONNET SUR LES BOUTS RIMES ENVOYÉ A M. LE DUC DE SAINT-AIGNAN

Grand duc, mon désespoir s'en prend à — Jupiter

Je meurs, s'il en fault croire à mon — pharmacopolle

Quoi donc ! nostre Apollon passera pour — frater

Lui qui peust parier au présidant — Nicolle

Lui qui sceut nos exploits, comme on sçait le — Pater

Qui les porta si loin sans tour, sans — caracoUe

Que Mars, tout Mars qu'il est, n'oza nous — disputer

D'estre des grands guerriers le guide et la — boussolle

Je recois cependant un affront — immortel

Que rien n'effacera, ni deffi, ni — cartel

Songez y bien grand duc, c'estoit là nostre — affaire

Je ne m'explique point, mais s'il falloit de — vers Qui fissent voir Louis aux yeux de 1' — univers

Vous en debvez juger et moi seule les — faire (i).

A ce sonnet, était joint un madrigal, également l'œuvre de M. de Grille.

du mois d'avril faisoit mention de cela. On a lu les bouts et ensuite le sonnet. On l'a trouvé fort beau et fort heureux, c'est le mesrae duc de Saint-Aignan qui les a remplis. M. le secrétaire adjouste que s'il osoit, il querelleroit ce protecteur d'aimer mieux sa gloire propre que celle de l'Académie et de donner des prix au lieu de contribuer à ceux que le petit corps avoit dessein de donner. On prie M. le secrétaire d'en escrire à ce duc fortement et sans qu'il puisse s'en plaindre. M. de Robias a dicl qu'il avoit desjea remplis ces mesmes bouts rithmés et donne commission aux Muses de se pleindre pour l'honneur de l'Académie, en ces termes :... » Registre de l'Académie, fol. 21 3. (i) Mémoires de juin 1682, Registre de l'Académie, fol. 21 3.

L' Académie royalle se plainct de la libéralité du protecteur qui semblait à contre-temps.

Quel démon jaloux de ma gloire, Vous inspira, grand duc, cet ou trageux dessein De faire des présans aux filles de mémoire Qu'elles attendcient de ma main ?

On scait bien que la vostre en miracles féconde, Faict autant qu'elle peut du bien à tout le monde Comme elle peust abbatre elle peust appuyer, Mais au lieu d'honnorer une muse anonime.

Au lieu de l'employer A chanter de Louis la vaillance sublime Vous debviez le permettre à nostre seule rhime Et laisser au roy seul le soing de la payer (i).

Le duc de Saint-Aignan reçut fort bien cette spirituelle requête et il la fit même insérer dans le Mercure de juin 1682 (2).

(i) V. Registre, fol. 214. Mémoires d'août 1682.

(2) « Je vous ay mandé dans quelqu'une de mes lettres que messieurs de l'Académie royale d'Arles, suivant l'exemple de l'Académie françoise, avoient dessein de donner une médaille d'or du Roy, d'un prix fort considérable, pour récompenser le plus bel ouvrage en vers que l'on auroit fait sur une matière proposée par eux à la louange de Sa Majesté. Celuy de ce corps à qui les autres s'cstoient adressez, ayant eu des aflaires qui l'ont assez occupé pour luy faire remettre à un autre temps à en parler à M. le duc de Saint-Aignan, protecteur de cette Académie, les bouts-rimez de M. Mignon firent songer à ce duc à proposer un prix et c'est ccluy que l'on a jugé depuis quinze jours ; ce que messieurs de l'Académie d'Arles ayant appris^ M. le marquis de Robias a envoyé à ce duc le madrigal et le sonnet que vous allez lire: L'Académie royale d'Arles plaintive, ik M. le duc de Saint- Aignan, p, SaS ; Puis : Sonnet sur les rimes données pour le prix de la médaille, sur le même sujet, p. 326. Voir le Mercure de juin 1G82, p. 323-328. Il y a dans le 3/erc»/rc plusieurs pièces sur les bouts-rimési la mode : Jupiter, etc..

Les grandes chaleurs rendaient les réunions peu nombreuses, mais les intérêts de la compagnie n'étaient pas négligés, et l'Académie fut très vivement irritée d'un bruit malveillant qu'on répandit contre elle. M. d'Athier (Ms 1060, p. iSp) prétendait et racontait, dans les cercles parisiens, « qu'il n'y avait plus d'Académie à Arles. » Celle-ci protesta énergiquement, au mois de juillet 1682, dès qu'elle fut avertie par M. de Faure. M. de Grille composa un madrigal en espagnol et en français, qu'il envoya à Paris (i). Il fait parler l'Académie elle-même :

« Fault-il que je dize moy mesme Si je suis corps ou si je suis esprit,

(0 ' M. le directeur a prié M. N. de faire voir le madrigal espagnol qui a esté envoyé à M, de Faure à Paris, en response d'un discours mal fondé et mal débité contre l'Académie royalle.

«M. le secrétaire a monstre la lettre dudict M, Fondamente, du 20 juin dernier, qui dict sur la fin du papier ces propres mots : L'ne personne qui se distingue et qui fait figure à la cour me dict hier qu'on y a soustenu en grande compagnie qu'il n'y avoit point d'Académie dans Arles. Qu'elle se monstre donc à ces incrédulles, etc. M. le secrétaire a dict que pour respondre à ce doubte, il a creu que c'estoit de son debvoir de faire parler l'Académie diverses sortes de langues et le tout en se jouant. Voici una Décima, adjouste-t-il, que nous appellerions madrigal en françois.

Décima destrindora de las dudas.

Habla la Academia.

Quieres saber? Quien soy-yo El gran Luys, subscrivio Mis honras, y los ringlones Qu'aprobaron los barones Parnasso losconsentio

Le monarque qui s'est soubscript,

A décidé ce malheureux problème

Les quarante barons qui partagent mon sort

Et le bon duc qui me sert de support

Présidèrent à ma naissance.

Estimèrent mon alliance

Et leur suffrage aux fous peust servir de leçon.

En tout cas s'il falloit confondre l'ignorance

D'un inconnu qui nous offance,

Nous avons pour ami l'illustre Pellisson. *

« M. le secrétaire, en suite de cette poésie, a lu la lettre qu'il escript à M. Faure Fondamente, pour le remercier de l'advis, où il ajouste par apostille : Je crois, monsieur, que cet incrédule dont vous parlés qui faict figure et se distingue à la cour (n'en desplaise à l'esloge racourci que vous nous en faites) ne pouvoit point véritablement se mieux distinguer qu'en affectant un doubte aussi mal fondé et aussi impertinant que celui de la suppression ou du non estre de l'Académie royalle. C'estoit bien assez de vous, monsieur, et de savoir l'estime que M. Pellisson, après la plus saine partie de la cour, en ont conceue. Mais peut estre qu'il ne croit pas la chose comme il l'a dict: quoi qu'il en soit, cette froide raillerie, qui ne mérite pas les refflexions de l'Académie, n'a pas laissé de s'attirer

Luego mishechos ybrio El buen duca conoscio Pues no sobran ? Pelissones Pcr dcshazor sinrazones De quicn me menosprecio. " Registre de l'Académie, fol. 2 1 3, verso.

ce madrigallet espannol pour remerciement, la langue ordinaire des Académies francèses estant ce semble trop doucereuse. Je vous l'envoie , monsieur , pour vous en divertir (i). »

Le Mercure Galant de 1682 est rempli de bouts rimes proposés par diverses personnes, et en particulier par M. Mignon, maître de chapelle de Notre-Dame, qui promettait une médaille d'or à celui qui ferait la meilleure pièce en l'honneur du roi, sur les rimes Pan, Guenuche, Satan, Pluche , etc. (2). Le concours annoncé par le Mercure eut grand succès, on envoya des pièces de tous les points de la France. Le duc de Saint-Aignan, passé maître en l'art de remplir les bouts-rimés, adressa quelques pièces à M. Mignon, puis se décida à proposer lui-même un prix sur les rimes Jupiter tlPharmacopole. Les sonnets affluèrent, il y en eut, paraît-il, plus de i5o. Le duc voulait prendre pour juge l'Académie française, mais il prétendait concourir lui-même pour le prix, ce que l'Académie n'admit pas. Saint-Aignan reprit ses sonnets qu'il avait joint aux autres, et il nomma pour juges du concours MM. d'Ubaye, de Faure, de 'Vertron (3). L'Académie française fut peut-être un peu

(i) Registre de l'Académie, fol. 21 3, verso.

(2) Voir Mercure de février 1682, p. 2o5 et les numéros des

»mois suivants passim.

(3) Voir les divers Mercure de 1682, en particulier mai 255-271. Edition de Paris.

mécontente, mais ce choix flatta lamour propre des arlésiens (i). La réponse du duc au sonnet et au madrigal de M. de Grille produisit également la plus favorable impression. A la séance du 2 août 1682, on pria le secrétaire de montrer la lettre du duc de Saint- Aignan. « 11 a promis de la portera la première assemblée, par laquelle on pourra voir les sentimens qu'on a de ce petit jeu, madrigal et le reste qui concerne les médailles données ou à donner (2). » M. de Grille apporta, en effet, la lettre du protecteur, à la réunion du 9 août. Il hésitait, par modestie, à en donner lecture. « M. le secrétaire a dict qu'il y a quelque chose de si obligeant dans le commencement de la

(i) « On leut encore en cette scéance la nouvelle des libéralités de M. le duc de Saint-Aignan, qui avoit donné une médaille d'or assez considérable à celui qui avoit rempli certains bouts rithmés à la gloire du roy. On apprend par cette mesme lettre que M. le marquis d'Ubaye, M. de F. Fondamente et M. de Vertron avoient esté les juges de cette affaire, duquel jugement personne n'avoit appelé. » Mémoires de juillet 1682 , Registre de l'Académie, fol. 21 3, verso.

Note marginale, fol. 214, verso : « M. le duc de Saint-Aignan, donne une médaille d'or vallant 20 pistolles, a celui qui remplira mieux les bouts rithmés à l'honneur de S. M.

a M. de Faure Fondamente, M. d'Ubaye, M. de Vertron, acadc miciensde la royalle, ont jugé et prononcé juridiquement dans l'hostcl de Saint-Aignan en faveur du meilleur, en juin 1682.

« Il ne me reste plus qu'à vous dire que cinq des académiciens de l'Académie royale d'Arles en ont décidé. » Mercure de juin 1682, p. 274. Quels étaient les deux autres académiciens ' Nou<; ne savons. Le Mercure ne les nomme pas.

(2) Registre de l'Acadé-.nie, fol. 214. j

lettre que lui escript M. le duc protecteur qu'il supplie très humblement la compagnie de n'avoir point la curiosité de la voir, pour espargner sa honte (i). » Il céda cependant aux instances de ses confrères, et la lettre fut ensuite transcrite au Registre « pour un tesmoignage autantique des engagements que prennoit ce bon duc, en faveur des prix ou médailles proposées (2). » Elle est datée de Paris, le 20 juin 1682. En voici la teneur :

(i Je ne veux pas songer que je vais escrire à l'un des plus beaux esprits du monde et au secrétaire perpétuel d'un corps où l'honneur, le sçavoir et la politesse sont en leur lustre. Je veux me justiffier, monsieur, et vous jurer non seulement par Apollon, mais par le roi mesme, que je n'ai jamais sceu le dessin de l'Académie royalle de donner des prix à la gloire de S. M. que par le Mercure Galland, que j'en ai faict quelque plainte à M, de Faure Fondamente, à M. le marquis d'Ubaye et à M. de Vertron, qu'ils

(i) Registre de l'Académie, fol. 214, verso.

(2) « M, N. a dict que les cajoleries de M. le protecteur estoient assez communes et que s'il y a de la honte à les recevoir, tout cela se divise et se respend si bien sur le corps académique qu'aucun des membres en particulier n'en debvoit tirer de la vaine gloire. Après la lecture faicte. on convînt que cette lettre seroit enregistrée pour un tesmoignage, etc.. » Registre de l'Académie, fol. 214. verso. Voir dans le iV/ercure de mars 1682, p. 1G1-164, 1^ lettre dont il est question plus haut annonçant la grossesse de la Dauphine. Elle est d'un style très curieux.

m'ont advoué leur oubli, qu'il est vrai que j'ai donné une médaille en mon particuUier, à l'instar de M. Mignon qui l'a offerte et retenue et non donnée (i), que la mienne a esté pour un inconnu, que je ne doubte point qui ne se face connestre (2), que comme je ne me lasserai jamais de voir travailler à la gloire de nostre invincible monarque, ni à l'honneur de vostre Académie, je suis prest de contribuer de ce que vous voudrez , monsieur, et mesme de donner une autre médaille entière en telle forme qu'il vous plairra pour vous satisfaire et nos seigneurs, tout comme ils l'ordonneront. M. de Faure Fondamente vous faira scavoir sans doubte , comme l'Académie royalle a subjet de se louer de l'Académie françoise , mais comme il ne se voudra pas louer lui-mesme, je doibs vous dire que son mérite y a esté considéré aussi bien que celui de tous nos autres amis. Pour moi, je suis

(i) On lit dans le 3/ercMre de juin 1G82, p. SiS : « Je me suis informé avec tout le soin possible du prix qu'on devoit donner pour les bouts-rimez de Pan et Guenuche ; et ce qu'on m'a dit de plus positif, c'est que les rimes de Par et de Car que Ton y doit employer, avoient fait finir tant de sonnets de la mesme sorte, que cette égalité de pensées en ayant rendu un fort grand| nombre également beaux, le prix cstoit demeuré à celuy qui a proposé ces bizarres rimes. » fl n'en fut plus question.

(2) Le Mercure de juin disait : « Il y a quinze fjours que >.c jugement est donné, sans que celuy qui a remporté le prix se soit présenté ni fait connoistre. » Le Mercure de juillet annonça que le vainqueur était M. de Baraton qui reçut la médaille, dès qu'il se présenta. Son sonnet était signé M. B,

tout à vous et vostre très humble et très obéissant

serviteur.

Le duc de Saint- AiGNAN.

Qui jure sur sa foi n'avoir rien vu d'égal, A vostre madrigal (i). »

Le même Jour, on prit connaisance d'une lettre de M. de Faure Fondamente , datée également du 20 juin 1682. Cet académicien informait ses collègues des honneurs qu'il avait reçus à l'Académie française (voir plus haut, p. 273-274). Dans une lettre adressée personnellement à M. de Grille, il ajoutait : « Pour ce qui est des prix que nous avons résolu de donner, à la gloire du roy, s'il m'est permis là-dessus de dire mon avis, on exécutera la première délibéracion, on choisira un subjet du caracthère de ceux que M. de Balzac a proposé pour exercer les beaux esprits. On en donnera l'advis à M. de Saint- Aignan, on publiera ce dessein par l'entremise des gazettes. Mercure Galland ou autres imprimés, qui fairont sçavoir la délibéracion, le subjet, le prix, on marquera précisément le jour de la distribution, enfin on remerciera M. le protecteur de ses offres et nous fairons les frais, etc. (2). »

Selon M. de Faure, il ne fallait pas prendre au mot le duc de Saint- Aignan: tel ne fut pas l'avis de l'Aca-

(i) Registre de l'Académie, fol. 214, verso. (2) Registre de l'Académie, fol. 21 5.

demie, et le secrétaire écrivit au duc de Saint-Aignan pour le remercier et « l'entretenir dans ce beau dessein qu'il marque dans sa lettre. » Rien, en effet, ne justifiait les scrupules de M. de Faure.

Sa lettre fut déposée dans les archives et on l'instruisit des résolutions de l'Académie ( i).

Le programme du concours avait été publié dans le Mercure de mars 1682, p. 262-265, que nous reproduisons textuellement :

« MM. de l'Académie royale d'Arles, qui n'ont d'application que pour la gloire du roy, ont résolu de donner un prix toutes les années que l'Académie françoise n'en donnera point (2). Comme le dernier sujet de la poésie a esté tiré de l'une des devises gravées sur leur superbe obélisque, sur ce que le roy paroist toujours tranquille, quoy que dans un mouvement continuel, ils proposent cette année pour le sujet du discours d'Eloquence françoise, une autre devise à la

(i) « Il a este dcliWré que cette lettre, dont on n'a mis ici que ce fragment, attendu sa prolixité, seroit gardée dans l'archif avec celle que le dict escript à la compagnie. M. de Gageron scéant pour directeur a dict que l'on doit respondre à ce confrère.... qu'il semble qu'à l'esgard de M. le duc de Saint-Aignan qu'on lui faict plus de tort que d'honneur en rcfFusant ses oiVres de donner une médaille ou d'entrer pour sa part dans les frais que l'Académie royalle a proposé de faire, pour donner des prix à la gloire du roy. » Registre de l'Académie, fol. 21 5.

(2) La distribution avait lieu tous les deux ans, et il n'y en eut pas en i082.

gloire de Sa Majesté, qui est nec errât, nec cessât. Leur dessein est de faire faire l'histoire de notre incomparable monarque en panégyriques, mais comme cette illustre compagnie est composée de personnes d'épée, qui, dans le temps de la paix s'appliquent aux belles lettres, et qui s'assemblent principalement pour parler d'une manière solide des merveilles de ce règne, plusieurs de ces éloquens capitaines quittant la plume afin d'obéir aux ordres du roy, et le nombre de l'Académie royale qui est de trente, estant diminué par la marche des troupes, ces messieurs ont jugé à propos pour cette année seulement de ne proposer le prix d'éloquence qu'en faveur de la ville d'Arles, si glorieuse par ce corps célèbre et par son obélisque, de crainte qu'en le proposant au public, il n'y eust pas assez de temps pour en répandre l'avis dans les provinces, ny assez d'académiciens pour examiner les pièces. Ce prix sera une médaille d'or du roy, qu'on distribuera le jour de Saint-Louis dans cette royale Académie. Vous voyez, madame, par ce beau dessein que dans le temps que l'Académie Françoise se repose, la fille aînée pour se rendre digne de l'amitié de la mère et de la protection royale dont elle porte le surnom, veut entretenir les esprits dans l'éloquence et les cœurs dans le respect pour Sa Majesté. « (Edition de Paris). Les provençaux, dont plusieurs avaient concouru pour le prix de M. Mignon et du duc de Saint-Aignan,

profitèrent de l'occasion qui se présentait, bien que la ville d'Arles dût être, ce semble, seule admise à concourir, d'après le texte du programme.

A la séance du i6 août, le secrétaire déclara « qu'il y a desjea quelques personnes de mérite qui ont travaillé sur le subjet de la devise nec errât nec cessât, dont il a veu les ouvrages, qu'on peust dire n'estre pas indignes des médailles que l'Académie propose de donner. » Il demanda à ses confrères s'il n'était pas à propos de répondre à « ces inconnus, par la mesme voye dont on s'est servy, que le temps ne presse point et qu'aussitost que M. le protecteur ne sera mieux expliqué on donnera les advis nécessaires pour la conclusion de ce beau dessein (i). » La distribution, en effet, ne pouvait plus avoir lieu le 25 août 1682 : il fallait la renvoyer à l'année suivante.

Le public ne comprenait pas la raison de tous cçs retards, et une lettre adressée d'Aix, le 18 juillet 1682, à M. de Grille est curieuse, à titre de renseignement. « Avant la fin de l'assemblée (16 août) M. le secrétaire a prié ces messieurs d'escouter la lecture d'une lettre qu'il a reçeue au subjet de ces prétendues médailles, ce qui pourra merveilleusement servir à connestrc dans quelles dispositions sont les esprits de la province à l'esgard de cette feste de Saint-Louis et

(i) Registre de l'Académie, fol. 21 3, Mémoires d'août 168^.

du prix que le monde attend pour la prose ou pour les vers à la gloire du roy (i). » Le correspondant qui a gardé l'anonyme, semblait très désireux d'avoir des éclaircissements sur la médaille proposée et les démarches nécessaires, pour l'obtenir.

« Monsieur, nous voici bientost arrivés à la Saint- Louis, jour destiné au triomphe académique, jour qui doibt décider solennellement du mérite des autheurs, jour où toute l'Europe doibt admirer l'équité de vos jugements et les effects de vos libéralités, jour enfin heureux pour celui qui aura sceu le mieux remplir la belle devize proposée, Nec errât, nec cessât, et qui recevra de vos illustres et sçavantes mains la médaille d'or dont le Mercure nous a tant de fois parlé. Il ne nous reste qu'à scavoir de vous, Monsieur, en quel lieu nous debvons porter nos pièces et celles de plusieurs personnes de mérite qui se sont mis en estât de faire parler leurs muses, à la gloire de S. M. Faictes moi scavoir, s'il vous plaist, comment on doibt subir cet examen, si nous attendrons que vous soyez académiquement assemblés , ou si l'on les portera chez vous comme secrétaire perpétuel de l'illustre compagnie. Nous attendrons, s'il vous plaist , vos ordres là-dessus, pour tirer de peine bien des gens qui s'empresseront tousjours beaucoup pour mériter vostre

(i) Registre de r\cadémie, fol. 21 5.

approbation, et moi surtout, qui suis avec passion. Vostre très humble et très obéissant serviteur,

M. de Grille rédigea une réponse longuement motivée. Il la soumit à l'examen de ses confrères, qui l'approuvèrent et furent d'accord qu'on la mettrait au Registre « comme estant absolument nécessaire pour développer l'histoire des médailles (2) » L'Académie demanda à connaître le personnage à qui M. de Grille adressait sa réponse, mais il refusa de le nommer, pour des motifs que l'Académie trouva excellents (3).

La réponse est datée du i8 août 1682. La voici: « Je vous remercie, monsieur, au nom de toute

(i) Registre de l'Académie, fol. 21 5. Le Mercure parle à diverses reprises de médailles d'or, mais une seule fois, à notre connaissance, du concours d'Arles.

(,2) « M. le secrétaire a dict que suivant l'intention de la compagnie, il avoit respondu pour elle à la lettre précédente. Il en fait la lecture et 'on demeure d'accord (sans s'informer de celuy qui escrit incognito) qu'on mettrait la ditte response dans le Registre, comme estant absolument nécessaire pour développer l'histoire des médailles. » Registre de l'Académie, fol. 21 5, verso.

Ci) « On a trouve cet esclaircissement bien imaginé pour tirer tout le monde de peine, mais on a prie M. le secrétaire de vouloir nommer le personnage auquel il addrcsse cette response. M. le secrétaire respond qu'il ne lui est pas permis d'en dire le nom, outre qu'il importe à l'Académie de ne pas le scavoir pour n'estrcpas obligée à quelques csgards, complaisance ou acception, s'il fault qu'elle prononce un jour, comme elle l'espère, en faveur de celuy qui aura mieux escript en prose ou en rithme ù la gloire du monarque. » Registre de l'Académie, fol. 2r3, verso. Séance du uB août 1682.

l'Académie, de la belle impatience que vous nous tesraoignés pour sa gloire. Je le dis sans craindre de me mesprendre, puisqu'estant vrai qu'il est plus glorieux de donner que de recevoir, quelque couronne que vous attandiez, ou vous ou ceux qui ont travaillé pour le roy, la plus grande gloire en revient tousjours à cette accadémie qui vous doibt donner la médaille, j'oserois dire qui vous la donnera sans doubte, si le mesme astre qui préside à ses jugements l'an 1682, l'inspire encore en i683. Je prends ce terme à l'adventure pour vous tirer de l'inquiétude où vous pourriez estre et vos illustres amis, qui s'employeront aux esloge de S. M. Nous ne pouvons en user autrement despuis la lettre dernière que nous avons reçeu de nos confrères qui sont à présent dans Paris, et surtout après la lettre de M. le duc de Saint-Aignan. Le protecteur veut avoir part à la générosité de la compagnie, il nous envoyra les imprimés de Paris et plusieurs affiches ou feuilles qui porteront et expliqueront nettement le dessein de l'Académie royalle, la médaille d'or qui doibt estre le prix du meilleur ouvrier, le temps qu'on se destine à la donner, le lieu, la manière de remetre les pièces et tout le reste. Nous attendons ces imprimés despuis deux ordinaires, il est vrai que nous ne serons pas surpris s'ils ne viennent pas à temps pour assigner les gens à la feste prochaine Saint- Louis. On est trop pressé pour solemnizer cette feste

comme on l'eut désiré, il faut qu'on prenne d'autres mesures que celles que vostre activité vous faisoit prendre.

« L'Académie francese ne trouve pas que trois et quatre mois qu'elle prend à l'advance pour l'examen des pièces sur le mesme subjet, soit trop pour faire la chose juridiquement. Toute la province doibt estre instruite par nos imprimés de ce beau dessein, comme vous dites que toute la France l'a desjea esté sur la bonne foi du Mercure Galland, à moins de cela, monsieur, vous et vos amis n'auriez pas tant d'honneur que vous en debvez prétendre. Je ne scay pas si ces messieurs d'Aix et Avignon (dont vous me faites ressouvenir) s'empresseront beaucoup, mais dans Arles vous n'auriez qu'un ou deux rivaux, si je devine bien, et c'est peu pour vous. Attendons patiemment, si vous m'en croyez, qu'il y ait un nombre suffisant de panégiristes pour vous pouvoir disputer quelque chose, ou tout au moins pour occuper le tribunal de l'Académie qui prononcera sans doubte en faveur de la pièce que nous avons veue en passant, qui a pour signal ce beau vers de Virgile :

Disce puer virtutem ex me verumque laborem, Fortunam ex aliis, etc. (i). »

La Saint- Louis de 1682 se passa, la fondation de l'Académie de Nîmes, son afliliation avec sa voisine,

(1) Registre de l'Académie, fol. 21 5, verso.

les difficultés avec l'Académie française, à propos des prétentions de l'Académie de Soissons, diverses admissions, dont nous avons parlé, enfin la fête pour la naissance du duc de Bourgogne, détournèrent l'attention des académiciens, et jusqu'au mois de mai 1684, où finit le Registre, il n'est plus question des prix.

Cependant, si l'Académie d'Arles dût renoncer alors à décerner un prix de poésie, ce projet lui tenait à cœur et le succès d'une semblable entreprise, tentée par les Académies d'Angers et de Villefranche (i), excita son émulation. Le Mercure ne mentionne aucune tentative jusqu'en 1689. Au mois d'avril de cette année, il publia le programme d'un nouveau concours.

« L'Académie royale d'Arles propose un prix, qui sera un très beau portrait de Monseigneur le Dauphin, pour celuy qui fera la plus belle ode françoise, sur la

CO Le 14 mai 1687, l'Académie d'Angers distribua les prix d'éloquence et de poésie : « Le premier fut remporté par M. l'abbé à'Arnoye, connu parle talent qu'il a pour la chaire, et l'autre par M. Magnin, ancien conseiller au présidial de Mascon, tous les deux de l'Académie royale d'Arles. » Voir pour les détails, le Mercure de juin 1687, p. 284-288. Le 14 mai 1688, M. de Maumenet, chanoine de Beaune, remporta le prix de poésie. Mercure de juin 1688, p. zgg-Soo. Le 14 mai 1689, M. Magnin reçut le prix d'éloquence et M. de Maumenet le prix de poésie, pour la seconde fois, Mercure de juin 1G89, p. 22-24. Le Mercure de mars jG88, p. 804, contient le programme des prix à distribuer par l'Académie de Villefranche, fondée en i')79, sous le protectorat de Mgr de Villcroy de Neuville, archevêque de Lyon. Les vainqueurs furent 3/. Magnin, de l'Académie d'Arles, et M. de Livonnière, de l'Académied'Angcrs. Mercure de sept. 1688, p. 237- 246. Edition de Paris toujours citée, sauf indication contraire.

satisfaction que le roy a d'avoir un fils digne de luy, et sur les premières conquestes de ce jeune héros. Les vers n'excéderont point le nombre de cent. On les fera de telle mesure qu'on voudra, et l'on finira par une courte prière à Dieu, pour Sa Majesté et pour la famille royale. Les auteurs mettront, au lieu de nom, une devise à la gloire de Monseigneur. On les prie d'afifranchir leurs pièces de port, et de les adresser avant le dernier de juin de la présente année 1689, à M, le marquis de Robias d'Estoublon, secrétaire perpétuel de l'Académie royale, en son hôtel à Arles, lequel fait la dépense de ce tableau, qui sera accompagné d'une riche bordure. La distribution s'en fera publiquement le jour de Saint- Louis, feste de Louis le Grand. Toutes sortes de personnes seront reçues à prétendre à ce prix, à la réserve des quarante académiciens qui en seront les juges.

« On aura soin de faire tenir le portrait, sans aucun port, à celuy qui sera victorieux, en quelque endroit qu'il puisse estre. On s'adressera, pour cet effet, au mesme secrétaire perpétuel de l'Académie , après néanmoins que l'auteur du Mercure aura fait sçavoir la décision du public, selon les nouvelles d'Arles (i). »

(i) Mercure Galant, avril i68g, p. 245-248. Ce programme est cité dans le Ludovicits Magutis de V^erfron, p. ia3-4. Recueil C1O97). Le Mercure publiait le programmedcsprix de l'Académie française, de l'Académie d'Angers, de celle de Viliefranchc.

La date assignée était trop rapprochée ; la distribution fut renvoyée, mais elle eut lieu dans les premiers mois de 1691, au rapport du Mercure.

« Il n'y a point d'Académie de belles lettres en France, où il ne se fasse une distribution de prix, qui n'ait rendu justice aux ouvrages de M. l'abbé Maumenet. Il en a remporté dans toutes, il eut celui de poésie la dernière fois que l'Académie françoise en donna. Je me souviens que je vous ay mandé dans quelqu'une de mes lettres , que l'Académie royale d'Arles en avoit proposé un pour celui qui réussiroit le mieux sur la satisfaction que le roy a d'avoir un fils digne de luy, et sur les premières conquestes de ce jeune héros. M, l'abbé Maumenet a encore remporté ce prix depuis peu de temps. C'est un tableau représentant Monseigneur, et il a^été donné par M. de Roubias d'Estoublon, si distingué dans l'Académie d'Arles (i). » Mercure de juin 1691.

(i) « Comme cette pièce m'est tombée entre les mains et que la matière n'en sçauroit estre plus relevée, vous ne serez pas fâchée de la voir. » Et le Mercure cite tout au long cette ode de dix strophes. Mercure Galant de mars 1691, Ed. de Lyon, p. 5i et sqq. Ed. de Paris, p. 75-86.

Le Mercure cite souvent des pièces de l'abbé de Maumenet, chanoine de Beaune : octobre 1688, p. 11-22, Ode qui remporta le prix de poésie à TAcadémie d'Angers; juillet 1688, p. 20-23, Ode sur la gloire et le génie, à l'honneur de Louis XIV; mai 1688, p. 40-44, Epitre au duc de Montausier; juillet 1687, p. 238, Sonnet sur la Mort de Condé ; juillet 1689, p. ioi-ii3, pièce couronnée à Angers, le 14 mai 1689 ; mars 1689, p. 88-89, oJe à

Nous n'avons rencontré nulle part une autre mention de prix décernés par l'Académie d'Arles. L'idée d'en donner les années où l'Académie française n'en donnait pas, était assez heureuse, et l'empressement que les auteurs apportaient à ces concours justifiait la tentative. Mais Arles était condamnée à voir son Académie disparaître, pour des causes que nous étudierons.

La naissance du petit-fils de Louis XIV (6 août 1 682) causa une allégresse universelle : partout on fit des réjouissances. La ville d'Arles ne fut point en retard (i)

Monseigneur le Dauphin, sur son retour des conquêtes d'Allemagne ; novembre 1692, p. 18-24, °^^ sur le retour du duc de Chartres. Le Mercure da février 169?, p. i35-i3g, cite encore une épitre de lui au président Brunet deMontforan. Les dictionnaires biographiques ne parlent pas de l'abbé Maumenet, sur lequel nous n'avons pas d'autres détails. En 1689, il remporta le prix de poésie à l'Acadcmie française. Voir Mercure de septembre, p. 233. La pièce couronnée à Angers, sur la jonction de deux Mers, fut publiée en i68g, in-4, Paris, Nie. Le Cler. Citons encore une ode au duc d'Orléans, 1708, et une autre à M, le duc de Bavière, par l'abbé Maumenet, Paris, Franc Barois, 171 3, in-4.

(i) « A la naissance du fils de M. le Dauphin, appelle M. le duc de Bourgogne, on chanta un Te Deum après vespres et l'on fit ensuite la procession de Saint-Genès à l'accoustumée. Le soir on fit des feux de joie partout, le chapitre en fit un et M. l'archevêque ordonna qu'on sonnast toutes les cloches pendant qu'on allumeroit le feu de joie et toutes les cloches de la ville sonnèrent après que celles de Saint-Trophime eurent commencé. MM. les consuls furent par la ville avec grande pompe. Il y nvoit beaucoup de lumière à toutes les fenêtres. Ce 23 aoust 16S2, Boche, sacristain. » Livre B, sacristie, p. SSq, Archives d'Arles.

a La ville fait faire des feux de joie et autres réjouissances sur la naissance de .M. le duc de Bourgogne, fils de M. le Dauphin et petit-fils de Louis XIV, r.rrivéc le G août, et dépense h cette occasion 435 livres 4 sols 10 deniers. •■ MsSoi"), Aniinljs il'AiIcs, 1682.

et r Académie ne pouvait se dispenser de suivre cet exemple. Elle organisa donc une fête, à laquelle elle donna tout l'éclat possible.

Dès le premier lundi de septembre, elle en discuta le programme et M. d'Ubaye fut chargé de prononcer le panégyrique du roi. Bien que la ville d'Arles eût, depuis quelques jours, fêté cette naissance, par des réjouissances, dont Gififon lut la relation à ses collègues, tout le mois de septembre se passa, sans qu'une décision fut prise par l'Académie (i). Enfin, dans les derniers

Le Mercure d'octobre et de novembre 1682 contient le récit des fêtes qui furent célébrées dans toutes les villes de France, nous y renvoyons le lecteur. Voir encore IsiGajette.

(i) Septembre 1682. « Ce premier lundi de septembre, l'assemblée a résolu de faire quelque chose, quelque esclat et quelque monstre de son zelle à l'honneur de S. M. puisqu'on escript de divers endroits l'empressement de toutes les muses académiciennes et autres, pour lui marquer la joie qu'elles ont de la naissance du duc de Bourgoigne. La ville d'Arles qui n'a pas esté des dernières à tesmoigner sa joie nous semble donner l'exemple de respondre à la joie publique. M. GifFon a monstre la relacion qu'il a faicte de cette joie, et des soings qu'a pris M. l'archevesque pour honnorer la feste de cette naissance. Tout cela nous faisoit une espèce de resproche si nous pouvions garder le scilance. On agite et l'on délibère de divers moyens qui ne feroient que remplir ce volume et ennuyer le lecteur. Il suffira de scavoir qu'on a résolu enfin que M. le marquis d'Ubaye de Vachères fairoit le panégyrique du roy au nom de l'Académie royalle, ou dans rénumération des qualités de cette majesté, sa fortune admirable ne seroit pas oubliée et cela par rapport à la naissance de M. le duc de Bourgoigne, qui semble estre donné du ciel comme un gage éternel de son amour pour la France. Cet illustre académicien s'y est obligé. » Registre de l'Académie, fol. 216. La relation de Giffon, mentionnée ci-dessus, ne nous est pas parvenue.

jours de ce mois, on assigna la date du 5 octobre comme définitive, à moins d'obstacles imprévus.

« A la fin de septembre (1682), aux Cordeliers, on a pris jours pour une assemblée générale qu'on croit ne se debvoir tenir, pour la rareté et la dignité du faict, que dans la chapelle des Pénitans gris comme la première où l'on leut les patantes de l'establissement, (1668, note marginale). On n'a pu encore résoudre des cérémonies et invitations de cette journée, où M. le directeur et tous ces messieurs ayant pris scéance à l'acoustumée, M. le marquis de Vachères prononcera le panégirique prétendu. M. le secrétaire en suite lira les autres délibérations dont on demeurera d'accord'entre ce jour et le 5 octobre, lendemain de Saint-François. Tout cela a consommé beaucoup de temps et l'on n'a pu lire deux ou] trois lettres de quelques amis du dehors qui semblent demender leur réception dans l'Académie. On a remis la lecture desdittes lettres et la response qu'on leur doibt faire à l'assemblée proschaine. — M.'|de Sabbat'cr s'est engagé de donner advis de toutes ces résolutions aux amis absans. M. le secrétaire a dict qu'il en avoit escript desjea à quelques-uns des plus esloignés, et que pour ceux de Paris et de Toulose, comme apparemment ils n'auroient;pas le temps d'assister à cette feste, il suffira de leur en cscrirc^aprôs .l'avoir 'célébrée. - M. \. a dict que M. l'archcvesquc fisr l'hon-

— iti:

neur il y a plus de dix ans, à l'Académie d'adsister à la feste qu'elle faisoit pour son establissement et qu'il seroit important pour faire les honneurs entiers de l'Académie et de M. le duc de Bourgoigne, aussi bien que la joie de ce bon prélat, qu'il fust prié d'y assister et MM. les consuls encore (i). »

On tint des réunions extraordinaires, pour tout régler avec soin ; on avertit les membres éloignés ; on décida M. d'Ubaye à communiquer son discours avant la séance publique (2), et, malgré ses répugnances, il le soumit à ses collègues qui l'approuvèrent d'ailleurs entièrement, le lundi i^"" jour d'octobre.

(i) Registre de l'Académie, fol. 214.

(2) « L'Académie s'est assemblée extraordinairement durant ce mois, pour tascher par ses soings de remplir ses debvoirs à l'esgard de la feste prétendue du panégirique royal... »

« M. le marquis d'Ubaye a esté requis de vouloir monstrer sa pièce qui apparemment estoit en estât d'estre veue, avant le lundi I" d'octobre, qu'on la doibt entendre à la chapelle. Il a' respondu avec beaucoup de raison et de modestie qu'il ne croit pas que cela se doibve, parce que apparemment ce récit ne sera pas du goust unanime de l'assemblée, et que si quelcun, comme il se peust faire, prétend de changer ses idées et mettre la pièce selon les siennes, il ne se peust pas respondre de la prononcer et qu'il semble qu'il doibt suffire à l'Académie qui l'a choisi pour cela, de s'en fier à lui, etc.. On a remontré à M. d'Ubaye que ce n'estoit pas la coustume et que l'Académie l'ayant choisi pour son organe, elle est en droit d'estre asseurée des manières dont on la faict parler. M. d'Ubaye a dict qu'il ne veust rien faire contre les coustumes et après quelques exemples allégués, il a esté conclu qu'il prononceroit son panégirique trois ou quatre jours avant l'assemblée généralle, en présence de ces messieurs, dans une assemblée particulière. -) Registre de l'Académie, fol. 216, verso, septembre 1682.

« On entend le panégirique du roi qu'a prononcé dans l'assemblée (particullière) M, d'Ubaye, on l'a trouvé digne de celui qui le doibt prononcer (dans la générale) et digne de l'Académie royalle. On prie MM. de Sabbatier et de Gifîon de voir MM. les prélats et les prier à l'assemblée de lundi prochein. On dispose toutes choses pour remplir les obligacions de cette prétendue feste : M. d'Ubaye parlera aussitost que M. le directeur aura ouvert l'assemblée, qui se faira dans la chapelle des Pénitents gris, à porte ouverte. On prie M. de Sabbatier de seoir ce jour-là pour directeur et de faire un petit discours, pour instruire les gens du dessein de ces messieurs, ensuite M. d'Ubaye dira le panégirique du roy, etc., comme il l'a desjea récité parfaictement bien, La musique commencera un récit dont M. Giffon s'est chargé, à l'honneur de M. le duc de Borgoigne et de la maison royalle, etc. M. de Boche après cela doibt faire une critique delà deuxième ode d'Horace livre troisième, M. de Sabatier ensuite promet un sonnet de sn manière, M. le chevalier de Romieu une traduction en vers de la première satire du deuxième livre d'Horace, M, Giffon quelques vers, madrigaux ou sonnets. M, le secrétaire priera les autres académiciens de prononcer, lire ou monslrer quelque chose, chascun comme il le trouvera bon, et lui mesme s'est chargé du récit en vers que faira A/t'//'o;;j(vir de son compliment à M le

duc de Bourgoigne et de quelques sonnets, madrigaux et autres pièces à l'honneur du roy et de M. le Dauphin ou maison royalle (i). »

Divers motifs, entre autres la retraite ecclésiastique, qui retenait l'archevêque d'Arles et son coadjuteur invités tout spécialement à la fête académique, firent changer la date du 5 octobre qui fut reportée au 19. On veilla à ce que tout fût prêt pour ce jour-là (2), et la

(i) Registre de rAcadémie, fol. 217. Séance du i" octobre 1682.

(2) « Le second lundi d'octobre (1682) on se reassamble par billets, pour sçavoir le jour précisément de cette prétendue feste. On trouve nécessaire pour le plus grand esclat de prier M. l'archevesque et M. le coadjuteur de s'y trouver sans faulte, nonobstant la retraite que ces prélats font et font faire durant dix jours. M. de Sabatier et de Boches sont priés de prendre des mesures auprès de ces messieurs pour fixer le jour, ce qu'ils fontaussitost comme députés de la compagnie. Ils reviennent et font rapport que le lundi 19 du courant sans faulte MM. les prélats seront libres. MM. les consuls encore se trouveront à cette assemblée, ravis d'entendre le panégirique du roi.

MM. de Boche, de Cays et Giffbn et M. de Gageron qui s'entendent bien en concert, prennent la pêne de voir l'essay de l'opéra que ces messieurs de la musique doibvent faire, ils ont rapporté que le tout seroit comme il fault. M. le marquis de Rcbias prend la pêne d'escrire à Nîmes, à Narbonne, à Aix, pour convoquer les amis et faire le plus grand nombre d'académiciens qu'il se pourra, il escript à MM. de Barresme frères, qui promettent de s'y trouver ; on pare la chapelle des Pénitents gris, on adjuste les tableaux du roy, de la reine, de Mgr et de M" la Dauphine, pour faire la décoration, le portrait au naturel de M. le duc de Saint-Aignan, protecteur, est placé sous les portraicts de la maison royalle. On invite MM. les prélats, suivant la délibéiacion prise à la dernière assemblée, on faict civilité à MM. les RR. PP. Cordelliers, les patrons de la ditte chapelle, et les anciens hostes de l'Académie royalle » Reg. de l'Ac, fol. 2 17,

— 'ilO —

la cérémonie eut lieu avec beaucoup d'éclat. LaGa!{ette en parla (i) et le Registre en conserva le récit.

0 Suivant la délibéracion prise aux précédantes assemblées, ce 19 octobre 1682, dans la chappelle des Pénitens gris , l'Académie s'assemble pour la feste prétendue de M. le duc de Bourgoigne. M. de Cays, de Sabatier, de Boches et tous ceux qui purent vacquer à l'adjustement et propreté de la chapelle n'y menquèrent pas, on avait mis une tapisserie de point fort fine et desliée despuis la voûte jusqu'au balustre, en cette partie de la chappelle où l'on debvoit loger la musique; cette tapisserie estoit fort tirée et tendue avec des poutres par derrière pour soustenir les portraits du roy, de M. le Dauphin, et de M"»* la Dau-

(1) « Le ig de ce mois, l'Académie royalle de cette ville s'assembla pour solenniser la naissance de Mgr le duc de Bourgogne. Le sieur d'Ubaye de Vachères prononça le panégyrique du roy, en présence de l'archevesque, du coadjuteur, du chapitre, des consuls gouverneurs çt d'un grand nombre d'autres personnes de qualité. Ensuite, tous ceux qui composent l'Accadémie Icurent des ouvrages en vers et en prose sur la naissance de ce prince ; et il y eut des concerts de musique. L'assemblée se termina par un discours que fit encore le directeur sur le sujet de la feste. »

Gazette de 1682, n" 106. p. 723. D'Arles, le 24 octobre 168a.

La fête célébrée par l'Académie de Nîmes est mentionnée n» 102, p. 702. Dans la correspondance de Paris, 24 octobre 1682. Elle eut lieu le 6 septembre 16S2. V. Ménard, Histoire de Nimes, t. VI, p. 262-263. Il y eut séance académique, panégyrique, puis concert et illumination. V. Mercure Galant d'octobre 1682, a partie, p. 262-267. Le 7, le clergé chanta le Te Deum, et le 20 septembre (le 18, scion le Mercure) la ville tout cnticre fut en fête,

phine. Au dessoubs de ces portraicts pendoit celui de M. de Saiut-Aignan, protecteur, qui achevoit une honeste décoracion . Les places de messieurs les prélats estoient au mitan de la chapelle, vis-à-vis le bureau de l'Académie. Ce« messieurs les Académiciens, en nombre de douze, estoient placés dans le fautueils qui faisoient le demi cercle de chasque costé du bureau sur lequel on avoit un grand tapis de Turquie, avec le Registre, le coffre des Archives, le sceau et les pattantes de l'Académie. Messieurs les archevesques arrivèrent environ "les trois heures. Dès qu'on eutadvisé ses messieurs qu'ils estoient à l'avant-chapelle, M. le secrétaire et M. le marquis de Boche s'y rendirent pour les accueillir et reviendrent incontinant pour ordonner de leurs commodités , car la foule estoit extraordinaire, quoi qu'on eust pu faire pour l'ordre. On donna temps à messieurs les prélats de prendre leur rochet et camail, et ensuite on les introduisit dans la chapelle, les conduisant en cérémonie à leur place qu'on ayoit préparée sur une estrade avec deux fauteuils de velours cramoisi, tapis de pied, etc. Messieurs du vénérable chapitre Saint-Trophime, selon leurs rangs, se logèrent à la droite de M.l'Archevesque, messieurs les consuls de l'autre costé, les dames en grand nombre, les religieux et le peuple dans de chaises qu'on avoit placées en grand nombre ou dans les bancs de la chapelle, M. de Sabatier ouvrit et

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