‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originauxChapitre 16 sur 19 · VI · texte numérisé non relu

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ferma l'assemblée en qualité de directeur, pour apprendre à la compagnie de quoi il s'agissait, ensuite, M. d'Ubaye prononça le panégirique du roy en beaux termes et s'attira les applaudissemens de tout le monde. Messieurs de la musique se firent ouir après cela, et Ton admira la douceur et la variété de la simphonie, aussi bien que les récits et vers qui la composoient. M. Giffon les avoit faicts et heureusement adjustés aux honneurs du roi et du prince nouveau nai. Tous ces messieurs les académiciens furent libres de parler de la fortune du roy et la plus part récitèrent des vers à ce subjet, quelques-uns leurent d'autres pièces en prose comme de traductions, des critiques, etc., selon qu'on avoit arresté aux assemblées précédantes, pour donner au public quelque légère idée des emplois ou exercices académiques. MM. les abbés Du Port et de Verdier qu'on n'avoit veu despuis un an, M. le marquis de Chasteaurenard, engagé dans son emploi (i), M. d'Arbaud de Nîmes n'y menquèrent point. Tous marquèrent beaucoup de zelle pour les honneurs et pour les louanges de Sa Majesté, dont on faisoit la feste en cette journée. Personne ne témoigna le moindre ennui,

(i) M. de Châtcaurenard ctaii grand amateur de musique : on le citait comme tel. Il possédait un Luth qui lui avait coûté cent dix pistoles, seul M. Jean de Saint-Martin d'Arles se vantait d'en posséder un meilleur. Analyse du livre de raison de la famille Barrai dt Saint-Martin, Musée de 1873, p. aa8. La réunion du 10 octobre fut très nombreuse, on le voit.

quoi qu'on fust enfermé et asses pressé deux ou trois heures durant, chascun estoit satisfaict pourvu qu'il peust entendre louer le roy. La musique acheva la feste, et ensuite ou réaccompaigna messieurs les archevesques jusques à la porte. Ils ne pouvoient se lasser de remercier ces messieurs, de louer leurs emplois et leur sçavantes occupations. Lheure du soupper estant venue, les académiciens de l'Académie royalle d'Arles traictèrent messieurs leurs confrères du dehors, ce fut chez M. Gijffon qui presta sa table et sa maison pour faire ce petit regalle aux amis. On beut la santé du roy et de toute la maison royalle, enfin, on pria M. le secrétaire de faire une relacion succincte et historique de tout ce qui s'estoit passé au subjet de Mgr le duc de Bourgoigne, ce qui fust faict deux jours après et envoyé incessemment à M. le duc de Saint-Aignan (i). » M. de Grille composa une relation de cette fête académique et l'envoya d'abord au duc de Saint-Aignan, par l'entremise de M, de Faure Fondamente, puis à divers confrères ou amis de l'Académie, tels que M. d'Abbés et M. de Ranchin. Ce dernier y répondit par une lettre et par un sonnet sur la naissance du duc

de Bourgogne.

A Tholoze, ce 4 novembre 1684.

« Au lieu de respondre, messieurs, à vos dernières

lettres si douces, si tendres et si obligeantes, je vous

donne un nouveau subjet de me faire l'honneur de

(i> Registre de l'Académie, fol. 217, verso, octobre 1682.

m'escrire pour sçavoir vostre sentiment et celui de l'illustre Académie sur le sonnet que je vous envoie. C'est un enfant de ma joie et non pas de ma muse ; la muse est barbonne et la joie toute neufve. Cest par ce sonnet que je prétends finir. Je me suis dit, à la première pensée qui m'en est venue ;

Extremum hune Arethuza mihi concède laborem. Peut-estre aurois-je mieux faict d'avoir fini avant que de l'entreprendre, c'est ce que vos advis décideront. Mille pardons, mille grâces et toute ma vie, monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur, •

Ranchin (i). »

M. de Grille lut cette lettre, puis le sonnet qui fut sévèrement jugé, mais l'on pria le secrétaire « d'adoucir le mieux qu'il pourra ce sentiment académique » en l'envoyant à M. de Ranchin (2). Le sonnet n'est réellement pas trop mauvais :

(1) Registre de l'Académie, fol. 219.

(2) « M. N. a dict que le sonnet estoit excellent et que les poètes d 'aujourduy, ceux qui font plus de bruict par leurs ouvrages, ne sçauroient aller là. On a raisonne longtemps sur la perfection du sonnet, sçavoir s'il en fault cstre aux modernes pour en juger, si Ronsart, Des Portes ou leurs contemporcin.s doibvent estre imites en matière de sonnet prtfjrablemcnt ù leurs descendants. Il fault enfin pour faire justice à tout le monde, il fault demeurer d'accord que les pensées du M. Ranchin sont grandes, belles et fortes, dignes de ces vieux siècles dont il parle en ce petit poëme, mais il fault dire en mcsme temps que le sonnet n'emprunte pas toutes ses grâces des seules pensées et que le génie du siècle s'attaschc aux belles pnrullcs, au f lacement Jcs

(•< De Clovis à Martel, de Martel à Capet, De Capet à Henri, quels espaces immenses. Combien jadis, pour faire un monarque parfaict, L'estoile des héros consommoit d'influences.

Comme si pour remplir un illustre projet,

Il falloit du repos aux ce'Iestes puissances,

L'on voyoit du premier jusques au dernier traict.

Des grands éloignements, et de longues distances.

Louis, pour toi le ciel n'a point pris ce repos, Pour toi, héros, aïeul et père de héros, La céleste vertu dans ton sort se ramasse.

Vingt siècles des vieux temps à peine en voyaient trois, Ils sont dans ta famille et dans si peu d'espace, Jusqu'en ton advenir, toi mesme tu te voids (i). »

M de Faure s'acquitta de la commission qui lui était confiée, quoiqu'il n'en ait pas informé ses collègues : Le duc de Saint-Aignan remercia M. de Grille par une lettre qui-arriva à Arles, vers le i''"' janvier i683. Le duc se plaignait de ce que le Mercure avait gâté, en voulant la corriger, la relation, dont toute la cour avait été ravie, et les académiciens furent heureux de voir le protecteur prendre leur parti contre « ce petit dieu des Larrons », qui s'était permis de retrancher

• mots, à la naïsveté et douceur de l'expression, qu'il s'y attasche si scrupuleusement qu'il préfère tousjours une bagatelle bien adoucie, bien conduite et bien exprimée aux grandes et magnifiques pensées qu'on débite crûement, comme il semble qu'on les débite dans ce sonnet. On pria M. le secrétaire d'adoucir le mieux qu'il pourra ce sentiment académique, en escrivant à M. de Ranchin et c'est ce qu'il se promet de faire. » Registre de l'Académie, fol. 219, Mémoires de décembre 1682.

(t) Registre de l'Académie, fol. 219.

une grande partie du récit et de remanier l'autre (i). Le Mercure de novembre 1682, p. 289-293, raconta la fête d'Arles, puis en décembre, il inséra la lettre de M. de Grille au duc de Saint-Aignan, avec la pièce de vers intitulée : Melpomène, p. 342 et sqq. L'Académie était un peu trop susceptible vis-à-vis d'un auteur qui lui rendait si souvent service.

Elle ne ménageait pas, en tout cas, les éloges à Louis XIV, et les circonstances les plus diverses lui fournissaient prétexte à panégyrique. En janvier i683, <(. M. de Sabatier a dict s'estre engagé à M. le coad-

(i) « En janvier i683, M. de Robias, secrétaire perpétuel, a dict qu'il a reçeu ses estrennes et qu'il en veut faire part à l'Académie, c'est la lettre qu'il a reçeue de M. le duc de Saint-Aignan, par laquelle il tesmoigne à l'Académie royalle l'heureux succès qu'a eu Melpomène à la cour. C'est la relacion de tout ce qui s'estoit passé le mois d'octobre dernier, dans la chapelle des Pénitents-Gris au subjet des honneurs du roy et de Monseigneur le duc de Bourgoigne. Cette lettre remercie messieurs les académiciens en général des ouvrages admirés par tout le monde, qu'avoit envoyé M. le secrétaire à ce duc. II est vrai qu'il s'est pleint avec beaucoup de justice des scrupulles impertinents du Mercure. Ce petit dieu des larrons a voulu, dit-on, pour ne pas se desdirc de ses coustumes desrobcr ou cascher, obscurcir et taire la gloire de cett^Accadémic : ce petit Dieu, ou son libraire, ont substitué leurs pensées basses et rampantes à la relacion de M. le secrétaire, si bien qn'elle n'est plus la sienne, mutilée, tronquée et retranchée de ses plus jolies pensées. On se pleint encore de n'avoir point faict feste à tout le royaume de quatre sonnets, deux madrigaux, un long pronostiq à l'honneur de M. le duc de Bourgoigne, qu'on avoit envoyé: en un mot de ce qu'on a imprimé sous le nom de l'Académie royalle et de ce qu'on a supprimé. » Registre de l'Académie, fol. 219, verso. Sur les rapports de l'Académie avec le Mercure, voir plus haut, p. 77 et sqq.

juteur de prier messieurs les académiciens de faire quelque chose à l'honneur du roy sur Milon Crotoniate , faict en marbre par le sieur Puget y fameux sculpteur de Marseille. L'histoire est difficile et ne peut, ce semble, s'accomoder aux esloges d'un grand roy. Milon gladiateur incomparable, après cent exploits importans dont sa vie est plaine, se laisse attraper au lion, qui le dévore l'ayant trouvé pris et arresté par un chesne entreouv.ert. M. l'abbé Flesche s'est chargé de porter quelque chose sur ce subjet à la première assemblée, M. N. encore, etc. (i). » Les académiciens ne pouvaient rien refuser au coadjuteur, s'agis-

(i) Registre de l'Académie, fol. 21g, verso. Sur Pierre Puget, le grand artiste marseillais ( 1622-1694), voir Bougerel, Hommes Illustres de Provence, et surtout l'excellent ouvrage de M. Léon Lagrange, Pierre Pugetetses œuvreSji vol. in-12, Paris, Didier, 1868. En 1671 et 1672, Pierre Puget vint à Arles et dressa "un plan de l'Hôtel de Ville. Il reçut d'abord 60 1., conseil du 1" mai 1672. Il revint, passa quinze Jours à Arles et le conseil lui alloua i5o I. (21 novembre 1672), encore le 12 février 1673 adopta-t-on le plan du frère Clément et de Nicolas Léotard. V. aux Conseils de ^ille. Le Milon Crotoniate est aujourd'hui au musée du Louvre, |8culpture moderne, n" 206, sous la date de i683. Il faudraft peut- 5tre en reporter la date en 1682. Il y en a une copie en marbre Fblanc, à Aix, dans l'hôtel de M. le marquis de Boisgelin. Notons ici pine remarque de M. Alfred Saurel, Marseille, le Tour de France: Halle Puget, récemment aménagée en église, est attribuée à 'Pierre Pugct, le sculpteur, or, l'enchère pour la construction de cette halle fut remportée, le i8 mai 1672, par Pierre Puget, maître-maçon, et non pas sculpteur, et l'architecte fut Jean iPuget, frère du grand artiste. Voir, p. 55 1-552. Cfr., note i, de la fp. 124 de ce présent vol. Nous donnons la réflexion pour ce

|u'ellc vaut, sans en garantir l'exactitude.

sant surtout « de quelque chose à l'honneur du roy. »

L'abbé Flèche et le secrétaire travaillèrent sur ce sujet,

et à la fin de janvier, ils en entretinrent l'Académie.

« M. l'abbé Flesche a faict voir un distique sur le

subjet qu'on lui avoit proposée la dernière assemblée:

« Milo Crotoniades qui stans ex ilice pendet Praeda ferae, Galli percupiebat opem. »

Autant qu'il est difficile de louer le roi par rapport à ce misérable Milon, autant est-il beau de trouver sa louange en si petit espace. M. le secrétaire de sa part a voulu faire les honneurs de l'Académie qui n'a pas trouvé cette inscription suivante indigne du Registre :

Régis Eticomium

« Quod nequit pluriraa laurus,

(Regem domitorem sistere),

Hoc potuit olea fclix.

Pendet ab ea Magnus,

Pacis amore vinctus,

Sed Victor et invictus,

Milone cautior leone fortior,

Nec a tergo quidem superabilis. »

« Ce que n'ont peu tant de lauriers.

Dont Louis couronne sa teste,

L'olisvier le peust. 11 arreste,

Le plus rapide des guerriers, Son amour pour la paix le retient et l'engage,

Malgré sa force et son courage, 11 est pris et Milon ne le fust jamais mieux, Mais beaucoup plus fort et plus sage, Des lions ennemis il mesprise la rage.

On ne surprend jamais ce héros glorieux, Invincible partout, partout victorieux (i)- "

(i) Registre de l'Ad icmic, lui. .1.10.

Leur exemple fut suivi, « M. D'Abbés, académicien externe de la royalle Académie d'Arles avoit reçeu l'inscription de Milon deschiré par le lion et resuscité par l'art ingénieur du sieur Puget, les beaux esprits avoient travaillé à l'envi sur ce subjet, parce qu'il se doibl raporter aux louanges de Louis le Grand. Voici comment ledit sieur D'Abbés a traduit la précédante inscription et ce qu'il en escript à M. le secrétaire :

« Monsieur, le sujet que le sculpteur célèbre a proposé aux beaux esprits est digne de leur application. L'inscription latine que vous m'avez envoyée est belle, mais la Francese a je ne sçay quel tour qui me plaist infiniment. Je ne doubte pas qu'on ne conçoive de grandes pensées sur une si riche matière, mais je doubte fort qu'on en puisse trouver une aussi fine que la vostre. L'aprobation généralle qu'elle a reçeue en ce pays m'a d'abbord engagé à l'exprimer en vers héroïques, on me faict accroire que je n'ai pas mal réussi, et que je n'ai pas trahi vos riches conceptions :

Sed non credulus illis,

Nam neque adhuc videor Robiaco dicere digna Carmina

Je n'ai eu d'autre dessein, Monsieur, que d'aller

après vous et vous suivre de loing en cette lice. Jugés-

en, je vous en conjure, et sans me flatter, j'attends ce

que vous et l'illustre compagnie prononcerés là-dessus,

je vous soubmets absolument mes petits ouvrages.

Vous agréerés cependant et Messieurs vos confrères

que je vous souhaite une heureuse année et que je vous asseure qu'il n'est personne qui vous honore plus que vostre très humble et très obéissant serviteur,

D'Abbés. »

Carminum versio in oblatam régi effigiem Milonis quercu jam ex parte manibus diffisa detenti, et a tergo a leone dilaniati.

Victor! rapido, poterat quem nulla morari Laurus, felices oleae dantdulcia vincla, Virtus nulla dolusque capit, quem pacis araaenae Cepit amor, forti Milone sagacior, ora Deludit captus Lodoix rabiemquc leonum, Hune vertat qiiocumque velit sors, undiquc vincet.

On a trouvé la traduction juste, mais ce dernier vers admirable (i). »

Il peut sembler que l'Académie d'Arles consacrait son temps à des jeux d'esprit assez puérils, et qu'elle poussait bien loin la flatterie. Mais il ne faut point perdre de vue que Louis XIV, à l'apogée de sa gloire, entourait la royauté d'un tel éclat qu'on ne se lassait pas de l'exalter, dans toutes les Académies de la France.

(i) Registre > j l'Académie, fol. 220, verso, février iôo3. Cette lettre est datée .îa Narbonne, le 22 janvier, et les vers du 21 janvier iC83.

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