‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originauxChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Académie d'Arles et le Mercure Galant de janvier 1678. — Harangue de Roubin au chancelier Le Tellier. — Eloge des premiers académiciens.

Le duc de Saint-Aignan recevait toujours avec honneur les délégués de l'Académie,, et ne cessait de s'intéresser à ses travaux. Au mois de juillet 1677, il était à Paris et écrivait à M. de Grille, pour lui demander des nouvelles du « petit corps. » Celui-ci, pour être véridique, aurait dû lui répondre que les séances étaient peu suivies, à cause des chaleurs et aussi de l'absence de plusieurs membres, sans que néanmoins elles fussent interrompues (i). Quelques mois après, en novembre 1677, ^^ protecteur revint encore ù la cour, et termina à l'avantage de l'Académie et ù son insu, la négociation dont M. de Roubin informa ses confrères, par sa lettre du 16 novembre (2).

« J'ay tant de choses dans l'esprit, que je m'estois

.( 1) Registre de l'Académie, fol. 160, verso, 1 61, verso, 166, verso.

(2) « M. de Roubin cscrit de la cour, où il est encore, toujours plein d'honneur et de réputation, mais surtout de ce zclle ancien qui l'anime pour l'honneur de l'Académie royallc. » Registre de l'Académie, foi. 167, verso.

presque oublié de la plus importante qui est de, vous supplier de m'envoyer,avec toute la diligence possible, la liste de messieurs nos académiciens, suivant l'ordre de réception, mais c'est à dire qu'il faut prendre garde qu'ils n'excèdent pas le nombre de vingt, que si par hazard il y en a quelqu'un surnuméraire, il le faudra retrancher et choisir sur le tout ceux qui auront esté receus dans les formes, et dont la qualité et le mérite faira plus d'honneur à l'Académie. Il faudra convoquer une assemblée pour délibérer sur cela d'abbord après avoir reçeu cette lettre, etc. Il fault convenir du rang que vous voulez donner à chascun, cela est de la dernière importance pour la gloire de la compagnie. Je n'ai pas le temps de vous en dire toutes les raisons, il me suffira que vous sachiez que M. le protecteur le désire ainsi, pour le faire voir au roy, et moi pour faire scavoir à toute la France, dans le Mercure Galland, les noms de ceux qui composent cette célèbre Académie R. D. qui faict tant de bruit dans le monde, et que le roy vient d'augmenter du nombre dix académiciens gentilshommes, pour faire en tout celui de trente. M. le marquis de Chasteaurenard part d'ici le 26 de ce mois, qui vous dira le destail de la chose (1). »

Louis XIV , qui avait ennobli Roubin , voulait également témoigner à l'Académie d'Arles sa satis-

(i) Registre de l'Académie, fol. 167, verso.

faction, au sujet de lobélisque Le duc de Saint-Aignan lui suggéra l'idée d'augmenter de dix le nombre primitif des académiciens, et le roi entra dans ses vues. L'augmentation projetée fut arrêtée en principe, mais la maladie et la mort du chancelier d'Aligre retardèrent l'expédition des lettres patentes.

Il semble que rien n'avait transpiré de ce projet et que la lettre de Roubin le fit connaître pour la première fois à l'Académie.

Cette nouvelle ne pouvait être désagréable, mais « quelque empressement qu'elle inspire », il fut trouvé bon de ne pas se hâter et surtout d'attendre l'arrivée du marquis de Châteaurenard, afin de s'entendre avec lui. 11 arriva, le lo ou le 1 1 du mois de décembre, et aussitôt il fit visite à ses collègues, en les priant de se réunir « pour le premier régal et pour le plus grand qu'on lui puisse donner. »

« L'assemblée est mandée extraordinairement au cabinet de M, Giffon, où se trouvent M. l'abbé de Boches, et M. son frère, MM. rfe Sabatier, de Bouvet, de Gijffon, de Robias. M. le marquis de Châteaurenard siet pour directeur, et toute la compagnie le force de prendre cette place. Il remonstre après son compliment, qui, û son accoustumée,est fort civil et spirituel, qu'il ne vient pas seulement en cette ville pour voir ses amis, quoique ce motif soit grand pour luy et très aggréable, mais qu'il y vient encore, par les ordres

exprès de M. le duc protecteur. Ensuite, il explique r intention de ces ordres qui comprennent en abrégé tout ce que M. de Roubin avoit escrit en diverses tois, c'est-à-dire de la volonté qu'à le roy d'augmenter le nombre des académiciens, d'en sçavoir le nom et les talents particuliers, de demender enfin un lieu d'assemblée qui fust fixe et ordinaire à MM. les consuls pour l'Académie (i). »

Après cet exposé des intentions du roi, l'Académie prit la résolution « de s'animer de'nouveau pour l'exercice de l'Académie avec plus de vigueur qu'on n'avait eu jusques là », ensuite elle décida que quelques académiciens accompagneraient M. de Châteaurenard, dans sa visite aux consuls, et que chacun s'emploierait de son mieux, pour obtenir d'eux un local pour les réunions. Nous dirons plus bas ce qu'il en advint.

En attendant le résultat des négociations pour l'augmentation de ses membres, l'Académie ajourna l'admission de M. Chorier (2), l'historien du Dauphiné.

(i) Registre de l'Académie, fol. ibS. Le marquis de Châteaurenard était alors deuxième capitaine au régiment royal. Registre de l'Académie, fol. 169.

(2) Registre de l'Académie, fol. 168. — La lettre de demande de Chorier est datée de Grenoble, le 27 novembre 1677. L'adhésion de ce personnage causa une grande joie à l'Académie.

Nicolas Chorier, né à Vienne, en Dauphiné, le 9 sept. 1612, avocat au Parlement de Grenoble, était un esprit très cultivé, mais un pauvre caractère. Ses écrits témoignent d'une instruction assez étendue mais très superficielle. Il a composé nombre d'ouvrages et n'a pas fait un bon livre. Sa critique historique

Déjà au mois d'août, on avait proposé « divers sujets, pour augmenter le nombre des absans, de personnages de qualité et d'esprit, qui ont toutes les parties en apparence qu'on demende pour estre académicien. > Le secrétaire avait répondu que « c'estoit la couslume d'escrire et de se présenter et qu'ensuite c'estoit le privilège de la compagnie de délibérer sur la dignité des personnes (i). »

Après la lettre de Roubin, il était de convenance d'attendre et de différer les nouvelles admissions.

Le 27 décembre, on résolut « d'enseigner à M. Roubin le nom qu'il avait demendé des vingt reçeus académiciens despuis l'an 1666, ce qu'on faira dans l'esprit de M. le protecteur, observant toutes les bienséances qui sont toujours accompagnées de justice. On est d'accord sur toute chose d'envoyer dans la liste des noms de ceux qui, par une réputation extraordi-

n'est pas sûre et son style est souvent incorrect. Ses ouvrages latins et ses vers ne sont cependant pas dépourvus d'une certaine élégance. C'est la meilleure partie de son bagage littéraire. 11 a donné de nombreux volumes sur l'histoire du Dauphiné, qu'il serait trop long de citer et qui ne doivent être consultés qu'avec de grandes précautions, car ils renferment une foule d'erreurs. Ghorier mourut dans la misère et méprisé à cause de ses vices, à Grenoble, le 14 août 1692. Une histoire de la vie et des ouvrages de Nicolas Ghorier est insérée dans les Mélanges biographiques et bibliographiques de MM. Colomb de lialines et Jules Olivier, t. I, p. i-.So). Voir la Revue du Dauphiné, t. 1, p. .^73, et les divers Dictionnaires Biographiques pour la liste de ses œuvres. (1) Registre de l'Académie, fol. i''.i , verso.

naire, ou par leurs dignités, emplois, etc., peuvent faire plus d'honneur à l'Académie (i). »

Le lo janvier 1678, l'assemblée se termina « par des fortes résolutions d'agir avec challeur, constance et assiduité, à tout ce qui regarde la gloire de l'Académie, et celle qu'elle doibt attendre de S. M. et de la protection de M. le duc de Saint-Aignan '2). »

Roubin apportait aux affaires de l'Académie l'activité fiévreuse qui était dans son caractère. Il avait à la Cour de nombreux amis, que les qualités de son cœur et les talents de son esprit lui avaient gagnés. Cette nature toute en dehors plaisait beaucoup aux courtisans de Versailles, habitués à tout peser dans leur conduite. Roubin utilisa, pour l'avantage de l'Académie d'Arles, ces amitiés et ces sympathies. Durant les derniers mois de 1677, il était tombé malade; mais à peine fut-il rétabli qu'il se remit à l'œuvre.

Michel Le Tellier (i6o3-i685) avait été nommé chancelier par Louis XIV (3), et un de ses premiers actes fut de sceller les lettres-patentes portant

(i) Registre de l'Académie, fol. 168 verso.

(2) Registre de. l'Académie, fol. i6g.

(3) Michel Le Tellier, né le 16 avril i6o3, fut successivement conseiller au grand conseil, procureur du roi au Châtelet de Paris, maître des requêtes, intendant en Piémont, secrétaire d'Etat à la guerre. Enfin, en 1677, Louis XIV le fit chancelier

à 3o le nombre des académiciens d'Arles. Roubin le félicita de sa promotion et lui présenta l'estampe de l'obélisque, dans le courant de janvier. La harangue qu'il lui adressa, à cette occasion, obtint un grand succès, dit-on, et Roubin y ajouta un sonnet fort bien tourné (i).

« Monseigneur, « Une cruelle fièvre, qui m'a détenu trois semaines, m'a privé de l'honneur de venir plutôt vous faire la révérence et de vous offrir, au nom- de la ville et de l'Académie d'Arles, une estampe de ce fameux obélisque qui vient d'être élevé à la gloire de notre auguste monarque. Mais il me semble que

après la mort d'Etienne d'Aligre, (mort le 27 octobre 1677, âgé de 85 ans). Il ne fut installé en cette fonction qu'au mois de janvier 1678. V. discours prononcez en la présentation des lettres de provision de Messire Michel Le Tellier, en TolTice de chancelier de France, au Parlement, le 20 janvier, et à la cour des Aydes, le 18 mars 1678, par M. Pagean, avocat au Parlement, in-12, (annoncé parmi les livres nouveaux d'octobre 1687, dans le Mercure galant de ce mois.) Un des fils de Le Tellier fut archevêque de Reims; mais le plus illustre représentant de cette puissante famille est Louvois ("1641-1691), lils de Michel Le Tellier. Ce dernier mourut en i685,ct laissa la réputation d'un homme droit et intègre. Bossuct prononça l'oraison funèbre du chancelier en l'église Saint-Gervais, sa paroisse, le 25 janvier 168Ô, et odicia au service célébré pour lui aux Invalides, le 22 mars suivant, pendant lequel P'Iéchier prononça une nouvelle oraison funèbre. (V. la Galette de i68().)

(i) Nous le citerons plus bas, avec l'extrait du Mercure de janvier 1678.

le ciel ait voulu me dédon;mager de ce coniretemps, en me procurant le plaisir de venir vous féli. citer, en leur nom, de la suprême dignité où le roi vient de vous élever. Cet événement, Monseigneur, n'a trompé ni nos vœux, ni nos espérances. Vous étiez déjà chancelier par nos suffrages, avant que de l'être par le choix de Sa Majesté, et toute la France avoit prévu, comme nous, que cet illustre fardeau ne pouvoit tomber sur une plus digne tête que la vôtre. C'est par là que notre grand roi, qui dispose toujours de ses faveurs et de ses récompenses avec le plus juste discernement, a voulu couronner en votre personne tous les bienfaits et toutes les grâces, qu'il a si libéralement et si justement répandues sur toute votre illustre famille. Fasse le ciel. Monseigneur, que Votre Grandeur en puisse jouir aussi longtemps que vous en avez employé à la mériter, et qu'il y en a que vous vous en étiez rendu digne, par ces grands et importants services que vous rendiez continuellement à l'Etat, avec cette application infatigable et cette exacte fidélité qui vous ont acquis l'estime et la bienveillance du plus grand roi de la terre, aussi bien que la vénération de ses peuples. Ce sont les vœux, Monseigneur, que font tous les jours au ciel, pour Votre Grandeur, la ville et l'Académie d'Arles, par lesquels elles espèrent d'obtenir

un jour de votre bonté l'honneur de votre bienveillance et de votre protection (i). »

Cette harangue fut analysée dans le Mercure galant de janvier 1678 (2), dont la plus grande partie fut d'ailleurs consacrée à l'Académie d'Arles.

Après une interruption de deux années, le Mercure galant avait repris avec succès sa publication, en 1677. Le privilège royal fut renouvelé le 3i décembre 1677, et enregistré sur le registre de la communauté des libraires de Paris, le 5 janvier 1 678.

« Le Mercure galant^ né en 1672, était dirigé par un écrivain d'un esprit facile et entreprenant, sans instruction, sans principes littéraires, sans goût et sans style, par le sieur de Vizé. Il avait débuté par attaquer la Sophonisbe^ de Corneille : « La témérité appartient aux jeunes gens, et ceux-là qui n'en ont pas, loin de s'acquérir de l'estime, devroient être blâmés de tout le monde. » Tel avait été le manifeste du journaliste. Il paraît que l'inconséquence et

(i) Ms. 1060, Bibl. Méjanes, p. 121 etsqq.

(i)La date n'y est pas indiquée, mais le Mercure parut, comme d'habitude, les derniers jours du mois de janvier, et Le Tellicr ne fut installé que le 20 janvier. Exe^çait-ii auparavant les fonctions de chancelier ? Roubin lui présenta-t-il ses compliments avant cette date ? Nous ne savons, mais ce n'est pas invraisemblable, car Roubin semble n'avoir pas perdu de temps, et encore fut-il des derniers, à cause de la maladie qui le retint au lit. Néanmoins, il est inadmissible de prétendre, uvec le Ms. io6o. p. 121, que cette harangue ne fut prononcée qu'au mois d'avril .

la contradiction étaient aussi^ à ses yeux, deux privilèges de la jeunesse, car l'abbé d'Aubignac ayant à son tour critiqué la Sophonisbe^ de Vizé la défendit, sans s'inquiéter de se mettre d'accord avec sa première attaque. Je ne veux pas dire qu'il était né journaliste; mais enfin, il communiquait au journalisme naissant cette flexibilité d'esprit et cette mobilité d'opinions qu'on a souvent reprochées au journalisme adulte et même parvenu à sa maturité. Cette volte-face le réconcilia avec Thomas Corneille, qui devint un des rédacteurs du journal (i). »

Le Mercure a été trop dédaigné, cela est incontestable. Son rôle littéraire fut très important; sa vogue fut rapide et persistante. Son fondateur, Donneau de Vizé (i 640-1 710), était appuyé par le duc de Saint- Aignan, et Roubin, à son arrivée à Paris, fut immédiatement mis en rapport avec le journaliste. Bientôt l'idée lui vint d'utiliser son nouvel ami, pour faire connaître l'Académie d'Arles , et de Vizé accueillit fort bien la proposition. Le Mercure était, en effet, un nouvelliste par excellence ; il y avait de tout dans ce volume, qui paraissait chaque mois sous la forme d'une lettre, dans laquelle venaient s'enchâsser les nouvelles de la cour, des tribunaux,

(i) H. Rigault, Histoire de la querelle des anciens et des modernes, éd. in-8", ch. XIV, p. 239. — V. Hatin, Bibliographie de la presse périodique en France^ in- 4% Didot 1866, p. 24 .

de la guerre, de renseignement, de la littérature, des sociétés littéraires de provinces, petits vers, bouts rimes, énigmes, etc. (i).

L'Académie, se conformant au désir de Roubin et à sa décision du 27 décembre, lui adressa la notice qu'il demandait sur les principaux académiciens. Roubin ne perdit pas de temps, et le numéro de janvier 1678 du Mercure galant parut avec un long article sur les académiciens d'Arles (2^.

Il est évident, pour nous, que Roubin en fut le rédacteur, et que de Vizé composa tout au plus le prologue et la conclusion. Les notices individuelles, en effet, sont presque mot pour mot la reproduction des notes envoyées d'Arles (3).

(i) Boursaut dit vrai lorsqu'il prête ces vers à un personnage de sa Comédie sans titre, Merlin, le factotum du Mercure : Tant que dure le jour, j'ai la plume à la main, Je sers de secrétaire à tout le genre humain. Fable, histoire, aventure, énigme, idylle, églogue, Epigramme, sonnet, madrigal, dialogue, ^

Noces, concerts, cadeaux, fêles, bals, enjouements, Soupirs, larmes, clameurs, trépas, enterrements, Knfin, quoi que ce soit que l'on nomme nouvelle, Vous m'en faites garder la mémoire hdèle.

(2) Le Mercure était une tribune retentissante et l'organt le plus répandu de la presse à cette époque, en raison même de l'alliance de la littérature et de la politique. C'était là une nou> vcauté et cela fit faire un grand pas au journalisme, qui n'avait encore produit que des recueils spéciaux.

(3) L'envoi est flxcau i" janvier par le Registre, qui indique seulement les noms, sans aucun commentaire, et le Mercure

Pour rendre cette observation plus frappante, nous donnons ici les deux textes, l'un après l'autre.

, Liste des Académiciens

envoyée au duc de Saint- Aignan[i" janvier 1678) (i).

François d'Ayguières, chevalier, sieur de Méjanes, a été élevé a la cour de Savoye, où son père a eu des employs fort importans. Ce gentilhomme connaît admirablement bien toutes les beautés de notre langue et la parle très purement.

Jean de Sabatier, ancien page du duc de Guise,

préféra de prendre le parti de la guerre, ce qui ne

l'a point empêché de cultiver toujours le talent qu'il

a pour les belles-lettres. Il a l'esprit solide, juge

sainement des ouvrages d'autruy et en fait lui-même

de fort beaux. Un recueil de poésies, avec des épî-

tres morales et académiques, imprimé par F. Gau-

dion (2), en 1687, au nombre de 54.)

parut à la fin du mois. Le Ms. 1060 donne les notices envoyées d'Arles, il n'est pas probable qu'il les ait copiées dans le Mercure. Il a trop de variantes pour cela.

(i) D'après le Ms. 1060, p. m et sqq. M. Arbaud, à Aix, possède un Ms. à peu près identique au Ms. to6o; il y a seulement quelques variantes que nous reproduirons entre parenthèse, lorsqu'elles en vaudront la peine.

(2) L'indication est inexacte : l'ouvrage fut imprimé à Lyon et mis en vente à Lyon, chez Robert Richard, rue Ferrandière, à l'image Saint-Claude, et à Arles, chez François Gaudion. Ce dernier était marchand libraire. Le volume est intitulé: Epitres morales et académiques de M de Sabatier, de V Académie roiale d'Arles, in-12. V. Journal des Sçavans de 1688, p. 206.

Jean Giffon, docteur en médecine, a l'esprit vit et actif, il écrit en vers et en prose avec une facilité admirable, et il en a donné une preuve extraordinaire sur une aventure qui arriva pendant un carnaval qu'il était allé passer à Avignon, où il fit en trois jours une comédie dont la représentation fut le divertissement de toute la noblesse de la ville et de la cour du vice-légat. Il y a trois ans qu'il parut aussi avec beaucoup de gloire dans l'Académie française, avec le marquis de Chateaurenard, en qualité de membres d'un corps qui lui est associé ; ils opinèrent tous deux dans les conférences où ils eurent part l'un et l'autre à la distribution des médailles (i).

RENÉ DE IBarréme, abbé, conseiller au Parlement, ne cesse de se distinguer par sa Justice, par ses connaissances et par diverses pièces qu'il fait avec autant de facilité que de goût.

Joseph de Cays, sieur de la Fossette, est un gentilhomme rempli de mérite; il a l'esprit juste et délicat et très connu par ses pièces de poésie qui sont très estimées.

Henri de Boche, marquis des Baux, ancien major de brigade de gendarmerie et capitaine des chevauxlégers, a l'esprit pénétrant, il est tout cœur à la guerre et tout esprit à l'Académie.

(«) V, t. I, p. 292-295. L* comédie dont il s'agit était intitulée Chloris.

Michel Bouvet du Val fait de très jolis vers et travaille à une traduction de Pétrarque.

Jacques de Grille, chevalier, marquis d'Estoublon, viguier et secrétaire de l'Académie. On n'a jamais vu une personne de sa qualité avoir tant d'ardeur pour les belles-lettres. Il a l'esprit fécond et d'une grande étendue, il entend très bien le latin, l'espagnol, l'italien, et compose en vers et en prose dans ces trois langues, sans parler de la française, en laquelle il a donné divers ouvrages que les savants ont fort approuvés, mais qui n'ont pas paru sous son nom (i).

Jacques de Boche, chanoine-sacristain, abbé de Lure (frère de Henri^, a fait connaître dès sa plus tendre jeunesse le talent qu'il a pour la chaire, ayant commencé d'y paraître à l'âge de 20 ans comme les prédicateurs les plus consommés.

Pierre de Castillon, marquis de Beines, grand sénéchal en ce siège, se distingue chaque jour par les importants services qu'il rend à cette ville, sa patrie. Il est savant dans tous les genres de littérature.

Charles de Barrême, avocat du roi en ce siège, a fait divers discours, plaidoyers et ouvertures du palais, où brillent le goût et l'esprit d'un jurisconsulte (homme) profond.

(i) V. t. I, p. 197, 202 et 343, en note.

François-Félix d'Aymar, marquis de Chateaurenard, capitaine dans le régiment royal, s'est distingué dans les sièges de Valenciennes, de Cambrai, de Saint-Omer et dans la fameuse bataille de Cassel, par sa conduite et par son courage. Il y a quelques mois qu'il brilla par son esprit, en qualité de député de l'Académie d'Arles. En remerciant le roi des lettres-patentes de son établissement, il s'acquitta de cette commission avec tant de gloire que, depuis lors, le roi a dit plusieurs fois à sa louange qu'il n'avait jamais été complimenté de meilleure grâce, ni plus spirituellement. Il harangua MM. de l'Académie française, pour leur demander l'honneur de leur alliance et de leur association, après avoir remercié le chancelier Le Tellier (??) qui avait scellé les lettres-patentes de sa compagnie (i). Ce fut toujours avec un si heureux succès, que le chancelier lui fit la grâce de l'envoyer visiter par un gentilhomme et lui faire demander les trois compliments qu'il venait de faire au roi, à l'Académie française et à lui, gui furent estimés trois chefs-d'œuvre.

Le marquis de Montcalm de Saint-Véran, conseiller au Parlement de Toulouse, a un talent extraordinaire aux personnes de sa qualité, qui s'appli-

(i) C'est le chancelier 5é^Mi>r qui scella les lettres-patentes; il y a ici une erreur matérielle, le Ms. de M. Arbaud porte Séguicr. V. t. 1. p lo^"-»'©.

quent rarement à se rendre savant dans les langues mortes. Il est si profond dans la grecque qu'il la parle avec autant de facilité que sa langue maternelle (naturelle).

Gilles DE Roubin, du Saint-Esprit. Son mérite et ses talents sont connus à la Cour, où il a fait des harangues et des discours regardés comme des chefsd'œuvre, ainsi que des sonnets et des madrigaux très agréables (i).

René Le Pays, de Grenoble. Les charmants ouvrages qu'il a faits l'ont assez fait connaître à toute la France.

Charles Antoine de la garde de Chambonas, évêque de Lodève, a de grandes connaissances pour les belles-lettres ; sa dignité fait son éloge, puisque le roy n'y élève que des personnes recommandables par le mérite et par la naissance.

M. de Ranchin, conseiller au Parlement de Toulouse, a un talent admirable pour la poésie. Toutes ses pièces ont un tour si fin, si délicat, qu'elles ne tiennent rien de l'air qui semble attaché à la province.

M. DE Verdier, abbé, est regardé comme un des plus savants de la province. On lit avec intérêt ses odes, sonnets et madrigaux.

(i) V. plus haut p. 6 et t. Ipassim.

M. DE Venel, conseiller en ce Parlement, est un magistrat très cultivé ; il a fait plusieurs petites pièces qu'on lit avec plaisir (i).

Pierre d'Arbaud (d'une noble maison de cette ville), seigneur de Blonzac, est généralement connu par divers ouvrages qu'il a fait en vers et en prose ; il est (étoit) capitaine au régiment de Montpézat.

Gaspard d'Abeille, abbé de Riez (d'une noble maison de Riez), est très versé dans la connaissance des antiquités ; il fait des petites pièces de poésie qui sont estimées. (Ce savant mourut à Paris le 22 mai 1718.)

Jacques d'Arlatan (2), sieur de Beaumont, est un gentilhomme d'une grande condition (érudition), très savant dans la belle latinité, qui se connaît aux différents caractères des auteurs, et passe pour un critique aussi judicieux que délicat.

Outre ces 22 académiciens, il y en a d'autres qui se distinguent également par leurs ouvrages, tel que le P. V1NAI, minime, estime un des plus délicats et des plus éloquens prédicateurs de son ordre ; il a prêché dans les premières chaires du royaume avec des vifs applaudissements.

(i) V. t. I, p. î38 et 42 1. Jephté, tragédie par M. de Vend, mise au jour par M. Templeri, Paris, Brébion 1676, in-12.

{2) Ce n'est pas Jacques d'Arlatan qui était de l'Académie, mai»8onfrfcrc Joseph d'Arlatan. V. tome I, ch. IX, p. 385-392.

Mercure galant^ Janvier 1678.

Madame, la profession de cavalier n'est point incompatible avec les soins de se cultiver l'esprit. C'est un avantage si nécessaire à la noblesse que le roy n'a souffert l'établissement de V Académie d' Arles^ dont je vous ay tant de fois parlé, qu'à condition qu'on n'y recevrait que des gentilshommes (i). Les lettres-patentes qui en furent obtenues, en 1668, réglèrent d'abord à vingt le nombre de ceux qui la devaient composer, et M. de Roubin vient d'en obtenir de nouvelles, par la faveur de M. le duc de Saint-Aignan , leur protecteur, qui permettent à cette compagnie une augmentation de dix autres académiciens , qui seront gentilshommes comme les premiers. Sa Majesté ayant bien voulu, par cette précaution, leur imposer la glorieuse nécessite de se conserver un avantage qui les distingue de beaucoup d'autres compagnies de ce genre. Jugez par là, Madame, si on n'aura pas un fort grand empressement pour les places, et si tout ce qu'il y a de plus éclairé parmi la noblesse, non seulement de Provence, mais encore des provinces circonvoisines, ne se fera pas un honneur d'entrer dans un corps où vous ne trouverez que des personnes de mérite, soit

Ct)V. 1. 1, ch. VI, p. 164-194.

pour l'esprit, soit pour la naissance. On y en a déjà reçu deux, depuis les lettres d'augmentation obtenues (i). Comme vous avez sceu bon gré à M. PelissoN de nous avoir donné, dans son Histoire de l'Académie française, les noms de tous ceux qui la composent, je croy que vous serez bien aise d'apprendre qui sont ceux qu'on a receus dans l'Académie d'Arles, depuis son institution jusqu'à aujourd'huy. Je n'entreprends point de vous parler du mérite de chacun en particulier ; je vous dirai seulement ce que je puis savoir du caractère de ceux qui me sont connus ou par eux-mêmes ou leurs amis, n'ayant pu encore estre informé que du nom des autres. Les voicy selon l'ordre de leur réception :

M. DE Gageron Méjanes. Quoy qu'il ait esté élevé à la Cour de Savoye, où son père a eu des emplois fort importans, il ne laisse pas de connaistre admirablement bien toutes les beautés de notre langue et de la parler très purement.

M. DE Sabatier II a esté autrefois Page de M. de Guise et le party de la guerre qu'il a pris au sortir

(i) Quels sont ces nouveaux membres? Le Mercure ne semble pas très exact ici. Cette assertion ne viendrait-elle pas de ce que Roubin comprit dans sa liste 22 noms? Mais tous étaient admis depuis quelque temps déjà, et il n'y arait pas eu de réception depuis les nouvelles lettres-patentes. V. plus haut p. 48.

de là, ne Ta point empesché de cultiver toujours le talent qu'il avait pour les belles lettres. Il a l'esprit solide, juge sainement des ouvrages d'autruy et en fait luy même de fort beaux.

M. DE GiFFON (i). Il a l'esprit vif et actif, écrit en vers et en prose avec une facilité admirable et en donna autrefois une preuve extraordinaire, lorsque sur une avanture qui arriva pendant un carnaval, qu'il estait allé passer à Avignon, il fit en trois jours une comédie dont la représentation fut le divertissement de toute la noblesse de la ville et de toute la Cour du Vice-Légat (2). II y a trois ans qu'il parut aussi avec beaucoup de gloire dans l'Aca-

(i) La particule est de trop, mais on la prodiguait alors sans discrétion, surtout dans le Mercure.

(a) Voir en tête des Œuvres de Pomme, 1 vol. in-i2,Lyon 1674, une lettre de Giffon, qui fait allusion à cette comédie :

« Ce n'est plus le temps, en effet, où l'on me flattoit de faire un poème dans trois soirées, et où notre illustre Mécène avoit écrit de moy cet aymable entretien de Thalie et d'Aristoxènc, oûy mon cher Monsieur, je dois vous l'avouer de vous à moy : Autrefois qu'Apollon, sur le bord d'Hippocrène, Prenoit soin d'échauffer ma veine, Je sçay bien que mes vers ont eu quelque renom, Et que souvent par eux on a connu mon nom ; AJais je ne ressens plus ses divines largesses, Et ces charmantes sceurs, dontfétois si chéri, Ne m'ont plus honoré de leurs douces caresses, A ussi-tost que Thérèse eut Giffon pour mary. a Je tacheray pourtant de vous envoyer le sonnet que vous

désirez, samedi prochain »

GiFFQ'n, piocureur de l'Académie royalle.

demie Française, où ayant été reçu, ainsi que le marquis d'Aymar de Château-Renard, en qualité de membre d'un corps qui luy est associé, après avoir opiné tous deux dans les conférences qui s'y tiennent, ils eurent part l'un et l'autre à la distribution des médailles.

M. l'abbé de Barrême. Il est conseiller clerc au Parlement de Provence.

M. de Cays, sieur de la Fossette.

M. le marquis de Boche. Il est de l'illustre maison des marquis des Baux, souveraine autrefois de beaucoup de terres en Provence. Il était major de brigade de gendarmerie et capitaine de chevaux-légers, et l'on peut dire de luy qu'il est tout cœur à la guerre et tout esprit à l'Académie.

M. Bouvet. Il fait de très jolis vers et travaille à une traduction de Pétrarque.

M. le marquis de Robias d'Estoublon. Il est aîsné de M. d'Estoublon, maistre-d'hôtel du roy, et fils de feu d'Estoublon, cet illustre vieillard qui avait servy sous trois rt)ys, et qu'on nommait à la cour de Louis XIII le Dassompierre àQ Provence. Il est secrétaire perpétuel de l'Académie. On n'a jamais veu une personne de sa qualité avoir tant d'ardeur qu'il en a pour les belles-lettres. Il a l'esprit fécond et d'une grande étendue, entend très bien le latin, l'espagnol

et Titalien, et compose en vers et en prose dans ces trois langues, sans parler de la françoise, en laquelle il a donné divers ouvrages que le public a fort approuvez, mais qui n'ont pas paru sous son nom.

M. l'abbé DE Boche. Il est frère du marquis de ce nom et a fait connoistre dès sa plus tendre enfance le talent qu'il a pour la chaire, ayant commencé d'y paroistre à l'âge de 20 ans, comme les prédicateurs les plus consommés (1).

M. DE Castillon, sénéchal de la ville d'Arles.

(i) L'abbé de Boche et l'abbé de Barréme débutèrent le 8 et le 9 février 1667, dans l'Eglise de la Visitation d'Arles, et leurs confrères de l'Académie allèrent les entendre (voir t. I, p. 92 et Registre, fol. 41, verso). Leurs débuts furent, paraît-il, très heureux. Deux années après, ils portèrent la parole dans les fêtes de la canonisation de Saint-François de Sales. « Le commencement de cette année (1669) fut célèbre par la canonisation de Saint-François de Sales, qui fut faite dans l'Eglise de la Visitation Sainte-Marie, et dont les relations ont été imprimées. Les sermons furent ouverts par Monseigneur l'Archevêque de Claudiopolis, neveu et coadjuteur de notre archevêque, lequel n'ayant guères plus de 28 ans a autant de piété, de doctrine et de vertu qu'un prélat de cet âge en peut être capable. Il fut suivi de M. Jacques de Boche, sacristain, de l'abbé de Thomassin, de la ville d'Aix, du sieur Molin, prinpicier, des deux sieurs de Gérard, du sieur de Barrême-.Manville, prieur, et du P. de Saint-Félix, de la Compagnie de Jésus. » Mémoires de Jacques de Parades de l'Estang, Musée, 2"* série, p. 269-270. Voir la Relation de ces fêtes par Giffon, dédiée à Monseigneur François de Grignan. C'est un volume de 43 p., in-fol., i66q, imprimé à Arles, chez François Mesnier. Il est signalé par Dubreuil, t. I, p. 54, et se trouve à la Bibliothèque d'Arles, fonds Bonnement, n* 58. Voir encore dans le Musée, 2* série, p. 249-253, un article sur les Visitandines d'Arles.

M. DE Manville, avocat du roy au siège d'Arles.

M. LE MARQUIS d'AyMAR DE ChaTEAURENARD. Il CSt

capitaine dans le régiment royal, où il a servi, avec beaucoup d'assiduité et d'exactitude, depuis le commencement de la guerre de Hollande. Il ne s'y est passé aucune occasion où il ne soit trouvé, malgré les blessures qui l'en auroient pu souvent dispenser, surtout dans les sièges de Cambray, de Saint-Omer et dans la fameuse bataille de Cassel, où ayant eu partout des commandements particuliers, il a toujours eu le bonheur de se faire distinguer par sa conduite, comme il le tit il y a quelques années par son esprit, lorsque il fut député de l'Académie d'Arles , pour venir remercier le roy des lettres patentes de son établissement,

Jl s'acquitta de cette commission avec tant de gloire, que depuis ce temps-là Sa Majesté a dit plusieurs fois à sa louange, qu'elle n'avait jamais esté complimentée de meilleure grâce, ny plus spirituellement. Il harangua ensuite messieurs de l'Académie française, pour leur demander l'honneur de leur alliance et de leur association, après avoir remercié M. le chancelier Séguier qui avait scellé lettres patentes de la compagnie ; mais ce fut toujours avec un si heureux succès que ce dernier luy tit la grâce de l'envoyer visiter par un gentilhomme , et de lui faire demander les trois compliments qu'il venait de faire au roy, àl-^cadémic

française et à luy , qui furent estimés trois chefsd'œuvre.

M. DE Saint- Véran de Moncalm, Il est conseiller au Parlement de Toulouse et a un talent extraordinaire aux personnes de sa qualité, qui s'appliquent rarement à se rendre sçavants dans les langues mortes. Celui-cy est si profond dans la grecque, qu'il la parle autant de facilité que sa langue naturelle.

M. DE RouBiN Je ne vous en diray rien; son mérite vous est connu et je vous en ay parlé fort au long, en vous envoyant la harangue qu'il lit au roy, quand il eut l'honneur de luy présenter l'estampe de l'obélisque.

M. DE Chambonas, évesque de Lodève. Il est frère de M. le marquis de Chambonas (i) et neveu de M, l'évesq'ue de "Viviers. Se dignité fait son éloge, puisque le roy n'y élève que des personnes recommandables par le mérite et la naissance.

M. LE Pays. Les galants ouvrages qu'il a donnés au public l'ont assez fait connaître à toute la France.

M. DE Ranchin. Il est conseiller au Parlement de

Toulouse, et a un talent admjr^ble pour la poésie.

Toutes les pièces que nous avons de luy ont un tour

si fin et si délicat, qu'elles ne tiennent rien de l'air qui

emble attaché à la province.

M. l'abbé Verdier.

i) Le marquisat ne «tut érigé ojiciellement qu'en avril i683. • air t. I, p. 390).

M. DE Venel. Il est conseiller au Parlement de Provence.

M. d'ARBAUD.

M. l'abbé d'Abeille.

M. DE Beaumont, des Arlatans. C'est un gentilhomme d'une grande éducation, fort sçavantdans la belle Latinité, qui se connaît aux différents caractères des autheurs et passe pour un critique aussi judicieux que délicat.

Outre les vingt-deux académiciens que je viens de vous nommer, qui forment présentement le corps de l'Académie d'Arles , il y a d'autres qu'on appelle externes (i). Ils en sont comme les membres adoptifs et entretiennent un étroit commerce avec elle par leurs lettres et par leurs ouvrages qu'ils luy communiquent de temps en temps. Ce sont :

Le R. p. ViNAY, minime estime un des plus délicats et des plus éloquents prédicateurs de son ordre. Il a presché dans les meilleures chaires de France avec un applaudissement général.

M. l'abbé Vala voire.

M. DU Tremblay.

M. DE l'Estang, conseiller au Parlement de Provence.

(i) Plusieurs de ceux qui viennent d'être nommés étaient aussi des externes, mais le Mercure ne se flatte pas de tant d'exactitude.

M. Ferrier, autheur de l'Adieu aux Muses que vous avez veu dans une de mes lettres.

La ville d'Arles qui met au rang de ses plus glorieux avantages, celuy d'avoir cette Académie^ voulant luy donner des marques *àe son affection et de son estime, et contribuer à la commodité de ses conférences, vient de luy accorder un grand et magnifique appartement (i) dans cet admirable hostel de ville qu'elle a fait bastir et dont Af. Mansard, célèbre architecte de Paris,avait donné le dessin. Je vous ay déjà dit, madame, que cette Académie jouit des mêmes privilèges qui ont esté accordés à messieurs de l'Académie française. M. le Tellier qui a toujours fait gloire de protéger ceux qui cultivent les belles lettres, ayant scellé de la manière la plus obligeante les dernières qu'elle a obtenues, M. de Roubin à qui son peu de santé n'avait pu permettre de luy présenter plustôt l'estampe de l'obélisque, comme il en avait esté chargé depuis longtemps, par MM.de la Ville d'Arles, ny d'estre des premiers à lui faire compliment sur sa promotion à la charge de chancelier, luy en alla faire excuse dernièrement et le remercia en même temps, au nom de sa compagnie, des grâces qu'elle venait d'en recevoir. Son discours fut extrêmement applaudy. Après qu'il eut épuisé toutes les louanges que l'éloquence peut fournir, pour honnorer un mérite extraor-

(i) Il V a ici beaucoup d'exagération Voir plus bas.

dinaire, il luy dit, mais en termes choisis, au regard de sa nouvelle dignité, que, par cette glorieuse marque d'estime notre incomparable monarque qui dispense toujours les faveurs et les récompenses avec le plus équitable discernement, avait voulu couronner en sa personne tous ses bienfaits, et mettre pour ainsi dire le sceau à toutes les grâces qu'il avait si libéralement et si justement répandues sur toute son illustre famille, 11 continua par des souhaits de le voir jouir de cet honneur autant de temps qu'il en avait employé à le mériter et qu'il y en avait qu'il s'en était montré digne par ses grands et importants services, qu'il continuait encore tous les jours de rendre à l' Estât avec cette application infatigable et cette exacte fidélité, qui luy avaient acquis, à si juste titre, la bienveillance du grand roy de la terre et la vénération de ses peuples. Ces protestations respectueuses de service, de la part de la compagnie pour laquelle M. de Roubin portait la parole, et une très humble prière de luy vouloir accorder l'honneur de sa protection terminèrent ce discours, que je souhaiterais pouvoir vous donner en entier.

Vous avoueriez, madame, que quoy qu'il ne soit pas avantageux d'cstre le dernier à parler sur une matière si rebattue déjà par les plus éloquentes bouches de France, tant de compliments qui ont devancé celuy-ci ne luy ont rien fait perdre de sa grâce. Je me contentcrni d'v .lioutcr un sonnet, que cet illustre académicien

présenta à M. Le Tellier, pour le remercier des lettres qu'il avait scellées.

A M. LE Chancelier

Enrin notre bonheur a passé notre attente, Voicy cet heureux jour tant de fois souhaité. Qui nous va tous conduire à l'immortalité. Et qui comble d'honneur notre troupe sçavante.

Illustre chancelier, cette grâce éclatante, Reçoit son dernier prix de ta rare bonté, Et tu viens achever notre félicité, En scellant de ta main cette auguste patente.

C'est toy qui sur la cire imprimant ce portrait De qui nous rêverons jusques au moindre traict, As voulu pour jamais signaler notre gloire.

Mais nous sçavons payer ce bienfait souverain, En faisant que le tien au temple de Mémoire, D'un burin éternel soit gravé sur l'airain.

Voilà, madame, ce que j'ai cru vous devoir apprendre de cette Académie. »

L'Académie apporta assez peu d'empressement à remercier de Vis[é et nous lisons dans le Registre, à la date de février 1678: « Dans la chambre de M. le marquis de Robias, directeur de ce mois, on a délibéré d'escrire à M. de Vizé de la part de l'Académie. M. le directeur a dict qu'il y a bien longtemps que M . de Roubin demende cette lettre pour cet autheur du Mercure Galland, et quoi qu'il soit vrai que personne n'ait encore veu les éloges qu'il donne aux académiciens,

il suffit que M. le protecteur se joint à la remonstrance que M. de Roubin en a desjà faicte par plusieurs ordinaires (i). »

Le marquis de Châteaurenard avait montré à Giffon quantité de lettres du protecteur et de Roubin « qui toutes accusoient la compagnie d'un peu de négligence à remercier M. de Vizé, de ce qu'il avoit dict d'obligeant dans son livre, en faveur de l'Académie royalle ; on prie donc M. le secrétaire de ne porter pas plus loing cette obligation, lequel a promis de faire ladite lettre de remerciement, quoi qu'il falut supposer sur la foi de la renommée toutes les louanges qu'on n'avoit point encore veues en Arles, parce que le Mercure Galland n'y arrive que fort tard (2). »

En conséquence, M. de Grille écrivit à M. de Vizé une lettre dont ce dernier fut très satisfait, au rapport de Roubin. Elle fut approuvée par l'Académie et consignée au Registre.

Monsieur,

« Il faudroit que l'Académie royalle fust inspirée de ce mesme Dieu qui a donné son nom à vostre livre, pour vous remercier dignement des louanges qu'il nous a données ; il faudroit avoir son éloquence et sa galanterie pour vous exprimer comme il fault toute

(0 Registre de l'Académie, fol. 171, verso. ^2) Registre de rAcadcmic. fol. 171. verso.

nostre reconnaissance, mais comment remplir nos debvoirs, en cette rencontre ? La manière de faire la chose surpasse* le bienfaict. Vous nous avez faict connoistre à toute l'Europpe, avant mesme que nous fussions connus de vous. On dira peut estre que c'est nostre bonne fortune qui l'a faict ou vostre génie bienfaisant, et que c'est lui qui scait faire, quand il le veut, des portraicts qui passent bien loing les originaux, on peust dire encore que vous redressez souvent la nature et que vous n'avez pas simplement dict de nous tout ce que nous sommes, mais encore ce que nous debvons estre. Qu'on dise ce qu'on voudra, que les oiseux et les raisonnables, que les sçavans et les envieux s'en entretiennent, il sera toujours vrai de dire que de la mesme mein dont vous encensez les dieux de la terre et dont vous montrez les braves et les héros, vous avez encore dépeint les accadémiciens de la ville d'Arles, on dira que vous les avez comptés parmi les miracles de Sa Majesté et qu'il fault estre un peu libertin pour doubter de la vérité des miracles. Quoi qu'il en soit, monsieur, si nous croyions de pouvoir estre aussi heureux, en matière d'impression que vous Testes, nous fairions bientost connoistre à toute la terre que nous vous sommes infiniment obligés, et qu'après l'allience de l'Académie françoise, et la protection de M. le duc de Saint-Aignan, et les continuelles grâces cjue nous recevons du roy, nous n'estimons rien tant

que vostre amitié et que nous voulons tousjours estre, monsieur, Vos très humbles et très passionnés serviteifrs, Les académiciens de L. R. D.

EsTOUBLON, secret, perp.

Arles, ce 22 février 1678 (i). »

Il semble que les académiciens aient été les derniers à avoir communication du Mercure^ que personne ne recevait dans Arles. Au mois de mars, le marquis de Boche, revenant d'Aix, rapporta « que les éloges que donne le Mercure Galland aux académiciens faict grand esclat non seulement dans la province, mais dans tout le royaume. Cependant l'Académie n'a point encore pu voir ce livre (2) »

Les jaloux ne manquèrent pas de dire que l'Académie elle-même avait fourni cet article . A cette séance de mars, un académicien fit remarquer « que le peu d'empressement qu'elle lesmoigne pour ce grand esclat et l'indifférence qu'elle a pour ces prétendus éloges, font assez connestre que pas un de cette com-

(i) Registre de l'Académie, fol. 172.

(2) Registre de l'Académie, séances de mars 1678.

Le Mercure ne parut à Paris que vers la fin de janvier, et, avant qu'il n'eût été reproduit à Lyon, chez Thomas Amaulry. il se passa sans doute quelques semaines. De même que la Ga:(ette, le Mercure était réimprimé dans certaines villes de France, avec des additions locales, et Amaulry avait le privilège ik- la vente pour tfxil le Midi.

pagnie n'a donné des mémoires à cet autheur, contre le sentiment jaloux de certaines gens, qui voudroient persuader le contraire (i). »

La protestation n'est peut-être guère fondée en droit car la participation de Roubin nous semble indéniable.

Le Registre n'indique pas à quelle époque le Mercure parvint à Arles, mais à la date de janvier 1679, il contient le passage suivant:

« M. le secrétaire propose s'il ne seroit pas de l'usage de la compagnie de lire ce Mercuce Galland. On faict l'analize de ce petit livre, on discourt du dessein de l'autheur, de son invention , de l'artifice commode et lucratif qu'il a trouvé pour avoir de l'argent toutes les sepmaines ou du moins tous les mois, on- s'entretient des énigmes, des médailles et des modes dont ce Mercure Galland amuse les lecteurs, mais ce qui peut servir aux académiciens, c'est que le génie de l'autheur est un génie de grand commerce et fort curieux, il s'instruit principalement des nouvelles de la guerre et de celles de la paix, et en instruit ses lecteurs dans la vérité, ce qui seroit commode, autant qu'il est nécessaire à messieurs les académiciens qui ne doivent rien ignorer de tout ce qui peut contribuer quelque chose à la grandeur et à la gloire du roy. On délibère de recouvrer tous les volumes de ce Mercure qui ont esté imprimés jusques aujourd'hui.

^i) Registre de rAcadémie, séances de mars 1678.

M. G. est chargé d'en escrire au sieur Amorry, marchand libraire et imprimeur de Lyon (i). »

Thomas Amaulry, libraire à Lyon, rue Mercière, au Mercure Galant, venait d'acheter à de Vi^é son droit de privilège « pour en jouir suivant l'accord fait entr'eux » (janvier 1678). On publiait une édition spéciale du Mercure, avec le nom d'Amaulry (2).

A Paris, le libraire-imprimeur du Mercure était C. Blageart (3). Il y a en tête du volume de janvier 1680 (édition de Paris) cet avis : « On donnera tousjours un volume nouveau du Mercure Galant le premier jour de chaque mois, et on le vendra, aussi bien que l'extraordinaire, trente sols relié en veau et vingt-cinq sols en parchemin. »

En tête du volume de juin 1684 (exemplaire delà Bibliothèque Méjanes, ayant appartenu à Fr. de Sade), édition de Lyon, on lit : « Les Mercures se vendront toujours vingt sols chaque volume, et les extraordinaires trente sols. Ceux qui les prendront tous ou une bonne partie, l'on leur en fera une composition honneste. »

L'Académie reçut dès lors le Mercure, ainsi que

(i) Registre de l'Académie, fol. 177.

(2) Il est à noter que la pagination des deux éditions n'est pas la même, les caractères sont également dilTJrents.

(3) Rue Saint-Jacques, à l'entrée de la rue du Plâtre, et en sa boutiqttc r.riiir neinc liii Pahiis. an Dauphin.

nous l'apprend le Registre, où il en sera désormais souvent question (i).

L'article du numéro de janvier 1678, fit des mécontents. Il y a dans les Juvenilia de Gaspard de Varadier, l'écho des plaintes formulées par ceux des académiciens dont le nom fut omis, ou cité sans aucun commentaire :

Ad D. de Vi^é, Mercurii authorem.

« Non mea Mercurio conscribi nomina laetor ; Tam celebrem (fateor) non meruisse locum. Paeniteat facunde tuo, Vizaee, libello, Caecum inter claros commémorasse viros, Dedecet heroum lumen fùscare tenebris, Virtuti vitiura proximitate nocet.

Ingeniosa tamen latet hoc astutia libro, Mutuat a tenebris eulta tabella decus (2). »

Cette pièce fut imprimée en 1679, et au sein de l'Académie, au mois de février de la même année, le

(i) Registre de l'Académie, fol. 191, 2i3, 219, 226, etc.

L'Académie d'Arles fut très souvent louée dans le Mercure, où Vertron insérait ses œuvres, et nous aurons occasion de l'indiquer, dans la suite de notre récit. Voir en particulier, les numéros de janvier 1681, juillet 1682, mai i683, avril et juin 1684^ avril i685, juillet 1687, octobre 1687, mars 1691, etc.

Malheureusement, la collection du Mercure est très difficile à trouver ailleurs qu'à Paris. Nous ne savons ce qu'est devenu l'exemplaire de TAcadémie. Il n'y en a pas un numéro à la Bibliothèque d'Arles.

(2) Juvenilia, p. 122. Que signifie cette récrimination ? M. de Varadier était-il déjà académicien ? Les Juvenilia portent la date de 1679, et le Registre, (fol. 204, verso), fixe son admission au mois d'août 1681. Nous examinerons, à cette date, cette question plus en détail. M. de Varadier n'était pas encore de rAcadémie-

Mercure avait été pris à partie par un académicien que le Registre ne nomme pas. Il fut très violent dans ses reproches, et alla jusqu'à dire que ce serait désormais un déshonneur d'être cité dans « cette histoire mensale. » M. de Grille prit la défense du Mercure: voici d'ailleurs le compte rendu de la séance, qui paraît avoir été assez orageuse :

« M. N. a dict que cette histoire mensale (i) commence de passer pour un petit roman, où l'autheur se permet beaucoup de fables et de paraboles, de manière que si Dieu n'y pourvpit on ne pourra plus se faire honneur d'avoir un nom dans le Mercure Galland. M- le secrétaire a dict que puisque cet autheur n'escrivoit rien que soûls l'approbation de messieurs de l'Académie françoise,et que le roy ne se trouvoit point défiguré dans ce livre, qu'il s'y voyoit despeint guerrier et pacifique, conquérant, victorieux et de toutes les manières, puisqu'enfin le roy lui-mesme avoit plaisir de se voir cTans ce petit livre, il n'est point de sujet de Sa Majesté, s'il n'estoit trop chagrin ou trop délicat qui ne deubt sçavoir bon gré à l'autheur de le

(i) Registre de l'Académie, fol. 177, verso. En marge se trouve l'explication de ces mots : Histoire mensale. «L'Histoire ou les histoires de chaque mois, comme l'on dit la Gai^ette, l'histoire hebdomadaire ». Le Mercure était soumis à l'approbation de « Charpentier, réviseur des livres nouveaux par ordre de Sa Majesté, » lisons-nous encore en marge. Charpentier était un des plus tidèlcs amis de l'Académie, ainsi que nous l'avons dit.

mettre dans son livre. » Et la discussion continua sans que le Registre la résume.

Un savant arlésien, Claude Terrin, fut également peu satisfait du Mercure de janvier 1678. Il s'en plaignit, dans l'avertissement au lecteur, en tête de la Vénus et l'Obélisque d'Arles (1680). I^q Mercure avait donné un abrégé inexact de ses observations sur les obélisques (voir t, I, p. 410) et n'avait point cité son nom : « J'ay esté encore poussé à laisser publier mes pensées sur les obélisques par un autre motif, c'est quelles ont déjà esté imprimées en abrégé dans le Mercure Galant du mois de janvier 1678 , et puisque sans que j'y ave contribué d'aucun de mes soins on a jugé digne de paroître en si beau lieu un extrait fort imparfait de mes observations, où par malheur on a corrompu la définition de la Pyramide en la traduisant, et ou rien n'a esté ajouté à mes recherches qu'un obélisque qu'on a crû voir dans Tacite et qui n'y fut jamais ; je puis bien me persuader que l'original où ces défauts ne se rencontrent pas, mérite mieux d'estre mis au grand jour : et quoy que j'eusse lieu de me plaindre de ce que ceux qui ont rendu ce bon office à mon ouvrage, qu'ils avoient reçeu de mes mainSj n'ont point voulu me faire honneur, puisqu'ils ne m'ont pas nommé ; le public jugera de l'honnesteté de leur manière ; je ne sçaurois cependant vouloir du mal à des gens qui d'ailleurs m'ont fait tant de bien

en exposant une partie de mes paroles et de mes pensées dans le Mercure Galant, c'est-à-dire dans le Temple de l'esprit et de l'éloquence (i). »

Quoiqu'il en soit, l'article du Mercure avait fait connaître l'Académie d'Arles et les académiciens pouvaient être fiers des éloges qui leur étaient ri libéralement distribués dans un journal très répandu, appuyé par le Dauphin (2) et par le duc de Saint-Aignan, et bien vu par le roi lui-même.

(i) Nous en tirons la conclusion qu'à cette date (1678) Terrin n'était pas membre de l'Académie, car le Mercure ne l'eût pas oublié. Cinquante ans plus tard, le chevalier M. de Romieu était bien sévère pour le Mercure: on peut en juger par cet extrait d'une lettre à M. de la Visclède. Arles, 18 juillet 1730.

« Vous me dites que cette pièce est dans le Mercure, chose assez inutile pour moi ; depuis maintes années, je n'ai nul commerce avec ce Dieu des voleurs. Comme il ne me reste pas beaucoup de temps à vivre, je ne l'emploie qu'à la lecture des ouvrages qui sont quelque chose, et le Mercure est immédiatement au-dessous de rien ; au moins, l'illustre M. de La Bruyère me l'apprend ainsi, et je me tiens à ses sentiments sur les caractères... » La pièce en question est un discours de M. de la Fare. Lettre citée dans l'Histoire del 'Académiede Marseille par Lautard,

(2) Dans le privilège accordéà de Vizé, le 18 juillet i683, nous lisons : « 11 est permis à L D. Ecuyer, sieur de Vizé, de faire imprimer tous les mois un livre intitulé : Mercure Galant, contenant plusieurs pièces, relations, histoires, avantures et autres ouvrages historiques, curieux et galans, pour la satisfaction de notre cher et très amé fils le Dauphin ; pendant le temps et espace de dix années, à compter du jour que chacun desdits volumes sera achevé d'imprimer pour la première fois. » En tête du numéro de juin 1684. Edition de Lyon.

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