CHAPITRE III
Les lettres patentes de 1G7; portant à trente le nombre des académiciens. — Les cavaliers à Arles, en 1678. — Retour de Roubin. — Difficultés relatives à l'interprétation des nouvelles lettres patentes. — Leur opposition avec celles de 1G60.
Quelques jours avant que l'on connût l'article du Mercure, Roubin informa ses collègues que les lettres patentes, portant augmentation du nombre des académiciens, avaient été dressées par M. de Paraire, premier commis de M. de Pomponne. II fut décidé qu'on remercierait le protecteur de cet heureux résultat, et que l'on accorderait une gratification pécuniaire à Roubin, pour le couvrir des frais occasionnés par l'expédition de ces lettres (i).
(i) Séances de janvier 1678. « M. le secrétaire a dict qu'il y avoit une petite debte à payer à M. de Roubin, et que c'estoit bien assez de tant de soing qu'il a pris pour soustenir l'honneur et la fortune de l'Académie, sans permettre encore qu'il en fust pour son argent, qu'au reste, il est seur quelque gratification qn'on puisse attandre des ministres, de M. le chancelier et de M. de Pomponne, qu'il en coustoit tousjours pour l'addresse des lettres patantes, qu'il falloit donner aux commis des secrétaires, payer la cire pour le sceau et autres choses semblables. > Registre de l'Académie, fol. 171.
Il y eut, à ce propos, d'assez puériles discussions, les uns voulant payer cette petite somme, les autres prétendant qu'il fallait
On écrivit sans retard au duc de Saint -Aignan (i). Les académiciens se félicitaient tout à la fois de l'aug-
la répartir entre tous les membres — par délicatesse. Un autre mieux avisé opina, que « les dix qui doivent estre receus, n'ayant encore rien donné seront ravis de fournir à cette petite taxe, » et qu'il fallait se hâter de remplir ces dix places. (Registre de l'Académie, fol. îyi, verso).
(i) Monseigneur,
« M. le marquis de Chasteaurenard nous a comblés de joie, en nous apprenant que vous estes, tousjours le mesme à nostre esgard ; il est bien vrai que de sçavoir les soings assidus que vous avez pris pour nous, et ne pouvoir jamais assés bien les reconnestre, cela n'est pas satisfaisant pour des gens qui se picquent de la belle gloire. Mais, Monseigneur, outre que nous ne voyons rien de si glorieux que de vous debvoir beaucoub, nous regardons l'augment des dix académiciens qu'il a pieu au roy de nous accorder, comme un secours considérable qui nous aidera à vous rendre de très humbles grâces, pour toutes celles dont vous voulés nous honnorer. Vous estes le canal prétieux par où celles de Sa Majesté viennent jusques à nous, et ce n'est pas moins à vostre nom illustre que nous sommes obligés qu'à vostre bon cœur. Nos consuls ont ouï prononcer ce nom avecque respect, ils nous ont promis un logement pour nos assemblées à la taveur de ce nom, et l'on eust jugé à leur contenance qu'ils avoient dessein de réparer nostre Académie de ce mal entendu qui surprist leurs devanciers dans l'aO'aire des inscriptions. Nous sommes très satisfaits jusqu'ici de leur conduite, mais comme la politique de province n'est pas tout à fait réguliière, nous ne serions pas consolables, si elle pouvoit changer au désavantage d'un corps que vous honnorés de vostre protection, M. le marquis de Chasteaurenard vous dira le destail deschosc^ si vous avez la bonté de le faire parler. L'esprit et l'éloquance de ce cher confrère ont bien paru dignes en cette occasion des ordres de Sa Majesté et des vostres, que nous recevrons tousjours nvcle respect et la rcconnoissancc que vous doibvent, Monseigneur, vos très humbles et très obéissans serviteurs, les académiciens
de l'Académie royalle d'Arles,
bisTOUBLON, secrétaire perp.
Arles, en janvier 1678. »
Registre de l'Académie, fol. 170, verso.
mentation de leur nombre et de lespoir d'un logement à l'hôtel de ville, que les consuls leur offraient, disaientils, dans « le dessein de réparer nostre Académie de ce mal entendu qui surprist leurs devanciers dans l'affaire des inscriptions (i). »
Il fut également question de témoigner à M. de Paraire la reconnaissance de l'Académie, pour ses services. Au mois de janvier 1678, quelques membres, à la demande de Roubin, proposèrent de lui offrir une place d'académicien, mais il y avait des raisons à peser avant de s'y décider : on renvoya à plus tard l'examen de cette proposition et, vers la fin de janvier, on lui adressa une lettre de remerciement, à laquelle il répondit sans retard (2). Jamais il ne fut reçu de l'Académie.
(i) J. de Sabatier essaie d'excuser les consuls, parmi lesquels se trouvait Pierre de Sabatier, son cousin : t Plusieurs personnes d'esprit travaillèrent ensuite aux inscriptions qu'on devait mettre aux quatre faces du piédestal ; et tous ceux qui avaient travaillé souhaitèrent avec tant d'empressement qu'on mit celles qu'ils avaient faites, que les consuls furent contraints de n'en mettre aucune et d'écrire, du consentement des auteurs des inscriptions au sieur Pelisson... de prendre la peine de les faire. »
Mémoires, Musée, série III, p. 197. L'Académie ne fut pas du même avis, voir t. I, p. 341, et plus haut, p. 38.
(2) Roubin écrivait que M. de Paraire était 0 en possession despuis longtemps de rendre office à ce corps et que l'empressement qu'il tesmoigne pour cela mériteroit bien quelque chose, au-delà des remercieraens ordinaires, que c'est une personne d'authorité et qui peut beaucoup sur l'esprit de M. de Pomponne, qu'au reste il s'immagine que si l'on pouvoit lui offrir une place dans la nouvelle augmentation, sans que cela deubt commettre en rien l'Académie royalle, et qu'il la voulut accepter dans les formes,
On n'avait pas encore de copie authentique des lettres patentes, dont on connaissait seulement la disposition principale ; mais, dès le mois de février, un académicien disait qu'il fallait « songer incessamment à trouver les dix personnes qui puissent remplir dignement ces dix places prétendues, selon l'intention de Sa Majesté et celles de M. le duc protecteur (i). »
Les candidats, paraît-il, ne manquaient pas, et M. de Sabatier, directeur du mois d'avril, annonçait que plusieurs personnes de qualité et de mérite étaient sur les rangs, mais n'osaient présenter leur demande, avant la réception des lettres patentes. Outre qu'on ne savait pas si le roi ne réservait point ces dix places vacantes à des personnes déjà désignées, il y avait» une phrase, dans ces lettres, qui pouvait écarter bien des sujets, d'ailleurs excellents.
On disait, en effet, que, d'après la teneur des lettres patentes , les nouveaux académiciens devaient être originaires d'Arles. Ce mot fut l'objet d'une discussion, à la séance d'avril. Un académicien rappela que « dans les statuts qui furent dressés au commencement et approuvés par le roy et par l'ordonnance
le corps fairoit une acquisition avantageuse. > Registre de l'Acad«5mie, fol. 170. Il fut charge de ménager l'affaire, et il n'en fut plus question. La lettre de l'Académie à Pnraire est au Registre, fol. 171; la réponse de Paraire, datée du 7 février 1C78, est au fol . 172, verso. En iô68, Paraire avait contribué à l'expédition dos lettres patentes. L'Académie l'en remercia Reg., fol. '33, verso, (i) Registre de l'Académie, fol. 171, verso.
— S5 — de M. le protecteur, les mesmes mots de gentilshommes originaires de la ville d'Arles, n'ont pas empesché la compagnie de recevoir (soubs le bon plaisir de Sa Majesté) beaucoup de personnes du dehors et qui font beaucoup d'honneur à l'Académie, ce qui semble un préjugé de ce qu'elle peust faire en cette rencontre (i). » Par ses lettres patentes de septembre 1668, Louis XIV ajoutait aux gentilshommes les « autres personnes de savoir et de vertu » et il exigeait simplement la résidence dans Arles. D'autre part , les statuts de 1668 ne parlent ni de la noblesse ni du lieu d'origine des académiciens (2). Il semble donc que l'argument invoqué perd beaucoup de sa valeur.
Quoiqu'il en soit, l'Académie, sur la proposition de M. de Grille, fut d'avis d'informer le protecteur de cette difficulié et de surseoir à toute réception, jusqu'à ce qu'on eût sa réponse. Elle ne se fit d'ailleurs pas attendre, car le i3 mai 1678, il écrivait à l'Académie : Messieurs,
« Vous aggréez trop le service du roy et y contribuez en trop de manières, pour n'avoir pas approuvé que
(:) Registre de l'Académie, fol. 173. Les noms des opinants ne sont pas cités, et cela se reproduit souvent de la sorte.
(2) Nous ne pouvons revenir ici sur ce qui a été dit t. I, ch. VI, p. 180 et sqq., au sujet des conditions d'admission. Le texte authentique des lettres patentes est formel. Nous l'avons cite. Constatons seulement une fois de plus l'exclusivisme des académiciens et leur tendance à fermer l'entrée de leur société aux roturiers, malgré la volonté expresse de Louis XIV.
je me sois attaché à mètre ce gouvernement en estât de résister aux insultes des ennemis, avant que de vous donner de nouvelles marques de ma reconnessance et de ma passion pour tous vos avantages. Les lettres pattantes de Sa Majesté, pour l'augmentation de dix accadémiciens dans vostre illustre corps, vous laisseront voir un mot qui s'y est glissé et qui pourroit vous donner quelque pêne, c'est, messieurs, celui d'originaire d'Arles, mais comme dans le premier establissement. Sa Majesté n'a pas désapprouvé qu'il y en soit venu d'autres, pourveu qu'ils ayent esté capables de meintenir la gloire de son Accadémie, j'espère, messieurs, qu'elle ne s'attaschera pas absolument à cette circonstance, dont j'aurai l'honneur de m'expliquer encore davantage avec elle à mon retour, si vous jugez que cela soit nécessaire. Soyez, si vous plaît, bien persuadés cependant qu'il ne se peust rien adjouster à la passion avec laquelle je suis tousjours, messieurs,
Vostre très humble et très obéissant serviteur, Le duc de Saint-Aignan (i). y>
Cette lettre devait mettre fin à toute discussion.
L'Académie, durant l'année 1678, comptait fort peu de membres dans la ville : l'abbé de Barrême, résidait
(1) Registre de l'Académie, fol. 173, verso. Le secrétaire icpondit par une lettre, que M, Roubin fut prié de remettre» Registre de l'Académie, fol. 174. C'est un simple accusé de réception, il n'est pas consigné au Registre.
à Aix depuis 1677, Gilles Roubin, de Gageron, de Châteaurenard (i) et de Barras étaient absents, six ou sept seulement pouvaient assister aux séances, lorsqu'il n"en étaient pas empêchés par la maladie, la chaleur ou les affaires. Au mois d'avril 1678, le secrétaire pria Giffon de porter au domicile de chaque académicien une pièce pressée, parce qu'il n'était pas facile « d'assembler la compagnie (2). » Disons cepen-
(1) Après avoir fait une apparition dans Arles, à la fin de décembre 1677, le vcï2iV(\\i\s àt Châteaurenard reçut l'ordre de partir et de rejoindre le roi, avec des recrues levées en Provence, (i5 février 1678). Registre de l'Académie, fol. 171. Mais il n'oubliait pas l'Académie et, au mois de juin, il lui écrivait de Cambrai « que les Hollandois acceptent les conditions que leur offre le monarque victorieux et que les Espagnols seront contraints de soubscrire à ces conditions ou de se voir abandonnés de leurs confédérés. » Registre de l'Académie, fol. 173, verso. On négociait alors le traité de Nimégue et les académiciens d'Arles applaudissaient aux bruits de paix, a car quoique la guerre prépare et présente des couronnes à quelques-uns de leur corps, ils pensent bien que la gloire de Sa Majesté, dont ils doibvent faire leur principal objet, recevra plus d'éclat de leurs occupations sédentaires qu'elle n'en peut recevoir de ces sortes d'emplois tumultueux qui séparent nécessairement l'Académie et semblent la diviser. » Registre de l'Académie, fol. 173, verso. M. de Châteaurenard tenait ses collègues au courant des faits de guerre auxquels il assistait : siège de Valenciennes, bataille de Mont- Cassel dont il envoya un récit détaillé, en mai 1677. Voir Registre, fol. iSg. Il était alors premier capitaine au régiment royal.
(2) « M. de Roubin escrit de Paris, où il est encore, que M. de Vizé, autheur du Mercure Galland, a esté ravi des remerciemens qu'il a reçeus de la part de messieurs les académiciens de l'Académie royale, et qu'il leur escrit le plus obligeamment du monde sur ce subjet... On a de la pêne d'assembler la compagnie. M. le secrétaire envoie la lettre de M, de Vizé à messieurs les académi-
dant que ce fait ne se reproduisit pas, et que les séances se tenaient, en général, assez régulièrement, à moins de circonstances exceptionnelles.
Le 6 août 1678, la compagnie fut « petite », à cause des chaleurs qui suspendaient les assemblées. Elle approuva l'épitaphe que Giffon avait rédigée pour M. Claude Faucheri , célèbre médecin d'Arles et grand ami de l'Académie. « On a examiné la pièce et l'on n'a eu pour elle que de l'admiration, elle loue succinctement et dignement la personne du deffunct, elle a toute la moralle que demende un ouvrage de de cette nature et l'on est en pêne de résoudre à qui elle faict plus d'honneur, ou à celuy qui l'a faicte ou à celuy pour qui elle a esté faicte ; on demeure d'accord que la ville d'Arles se doibt faire beaucoup d'honneur et de mérite de ce petit ouvrage aussi bien que l'Académie, car on sçaura que l'autheur est un membre digne de ce corps, et que l'illustre mort qu'on faict connestre devoit sa naissance et la plus part de ses expériences à cette noble ville, mais encore que ce segond Esculappe dont les jugements estoient infaillibles avoit une estime particullière pour l'Académie royalle (1). »
cicns, affin Je ne pub retarder la ic..v./.iv..-.i,u....^ wv ..v j^allaïul authcur, et lors qu'elle aura esté vcue d'un chascun, on la mettra dans le Registre. 0 Registre de l'Académie, fol. 173.
(i) Registre de l'Académie, fol. 174. Voir t. I, p. 307, en note. L'auteur du Poème Provençal sur l'obélisque parle du « docte et
En prévision du retour de MM. Roubin et de Chdteaurenard, on différa encore les réceptions, et les six derniers mois de l'année ne présentent que deux faits saillants : l'arrivée dans Arles de trois régiments de cavalerie et la requête d'un gentilhomme condamné aux galères qui écrivit de Marseille, pour solliciter l'assistance de l'Académie (i). « L'achapt d'un Turc, à cause de mon invalidité, me tireroit d'affaire, disaitil, et si vous vouliez, messieurs, y contribuer de quelincomparable M. Faucheri (au lecteur, p. 7). Faucheri ou Faucher, mourut le 22 juillet 1678. Ms 1060, p. i25.
(i) L'arrivée des cavaliers absorba l'attention, et la requête de ce gentilhomme passa plus inaperçue qu'en temps ordinaire. Elle fut apportée par un officier de galère et courut la ville avant d'arriver à l'Académie (fol. 175). Il écrivit une seconde fois, en décembre 1678, (sa lettre était signée Florîot de Boisfey, sur la galère Por/e neuve). Il y joignit des vers forts jolis « qui marquent plus de patience et de gallanterie qu'on n'en a pour l'ordinaire dans Testât où il se trouve. » Ces lettres consignées au Registre, fol. 175, verso, et 176, et datées des 18 octobre 1678 et i3 décembre 1678, furent remises à M. GifFon par M. de Barras, lieutenant de galère. « L'assemblée prie M. le secrétaire d'y respondre le plus honnestement qu'il se pourra sans engager la parolle ni l'honneur de la compagnie, dans une affaire de cette nature inconnue, et dont la partie elle seule avoit rendu tesmoignage.
M. le secrétaire scéant pour directeur, ce 26 décembre 1678, a dict que l'honneur du corps ne seroit nullement engagé, si l'on donnoit commission à quelque personne de foi et de probité allant à Marseille de s'informer au vrai de la condicion de celui qui a escrit, de la qualité de son crime, s'il a le roi pour partie, ou si véritablement il est malheureux sans cstre coupable ; qu'après tout cela, on lui debvoit respondre plus solidement qu'en belles parolles, qu'il demendoit un secours considérable et qui fairoit honneur à l'Académie, si elle pouvoit le lui donner. » Registre de l'Académie, fol. 176,. verso.
que marque de générosité, vous pourriez avoir la bonté de m'envoyer vostre recours, »
Ce gentilhomme écrivait en même temps à une dame d'Arles une lettre « pleine de de jolivetés », mais ses démarches n'eurent pas de succès. Il resta sur sa galère et, en i685, il publiait chez Garcin, à Marseille, un volume mélangé de vers et de prose, signé F/ono? de Boisfey, F. S. L. G. D. F., c'est-àdire, forçat sur les galères de France (i).
L'Académie ne fit rien en sa faveur ; d'ailleurs l'arrivée des cavaliers de Grillon et des deux Gassions jeta dans les esprits un trouble, que nous avons peine à nous imaginer, mais dont tous les contemporains rendent témoignage.
(i) Abrégé chronologique de tous les ordres militaires et de chevalerie du monde chrétien, par C. Floriot, écu'ier, sieur de Boisfey, F. S. L. G. D. F., i vol., in-i8, chez Claude Garcin, Marseille, i685. Gaspard de Varadier adressa plusieurs pièces au forçat bel esprit. L'une d'elles est intitule'e : Ad Nobilem Dominum **♦, Massilice remigem Elegia.
« Non pudet ad miserum te scribere compede vinctum,
Quem clarum modulis et probitate scio...
Una potest verura discrimen ponere virtus,
Imposito quantum crimine distct homo...
Non verae pielatis habet satis aulicus, hujus
Ut duris pedicis cxpcdiaris ope.
Munera si qua suis a rcge videtur amicis.
Obtinuissc, sibi subripuissc putat...
Sistc tuas, miserandc, preces et inania vota :
Scd Dcus illa tibi quic ncgat auln, dabit ».
Juvenilia, z* partie, p. nS-i i i, 35 distiques.
La ville n'avait pas d'argent en caisse, et il paraît
que les soldats commirent plus d'un méfait. M. de Grignan et M. de Rouillé xlnrent à Arles, au mois de novembre, pour « donner le meilleur ordre qu'on pourra à contenir les cavalliers, qui ne connessant pas la noblesse et la liberté de cette ville pourroient bien incommoder les habitants et par conséquent le service du maistre qui ne se fait jamais mieux que lorsque personne n'abuse des droits du mestier (i). »
Rien n'était prêt pour loger les soldats, et les consuls ne savaient comment se tirer d'embarras. « Comme dans cette ville on n'a pas accowtumé de loger des troupes, qu'on avoit aucun état des maisons, très peu de fourrage dans la ville, fort peu d'écuries commodes, et, pour comble de malheur, peu d'argent dans la caisse de la communauté , fort peu de jours pour préparer
(i) Registre de l'Académie, fol. 174, verso. Jean Rouillé, fut reçu docteur en droit le 9 novembre 1677, par la faculté d'Aix.
« Jean Rouillé, comte de Mêlai, étant intendant, commanda en qualité de lieutenant de roi en l'absence du gouverneur et du comte deGrigan,en 1673, jusqu'à la fin de l'année 1678. » Papon, Histoire de Provence, t. IV, p. 819. François de Casteliane Adhémar de Monteil Ornano, comte de Grignan, avait été nommé lieutenant de roi en Provence par lettres du 29 novembre 1669. Il prit possession de son poste, en mai 1670, et ce n'était point une sinécure, car Louis Joseph, duc de Vendôme et de Penthièvre» avait succédé à son père, le cardinal de Vendôme, en août 1669, à peine âgé de (3 ans.
Voir les discours de M. Jean Rouillé, intendant de Provence, à l'ouverture des Etats de Provence, 1672-73-74-75-76-77-78-79. Imprimés à Aix, chez David, in-8. (Bibliot. Méjanes, n» 24945).
toutes CCS choses, les consuls se trouvèrent extrêmement embarrassés, aucun habitant ne vouloit loger que forcé ni cavalier ni officier, chacun croyant avoir de bonnes raisons pour être exempt. Mais enfin, après beaucoup de confusion, de désordre et de frais, avec l'aide de quarante personnes qu'on employa, on pourvut à tout, on fit pour lors un cadastre des maisons par quartier et par paroisse, qui est resté dans les archives, pour servir en d'autres occasions (i). »
A peine les soldats arrivés, le conseil de ville se réunit et députa à la cour le marquis de Boche pour se plaindre au roi .du « traitement cruel que reçoit cette ville fidelle , après les services considérables qu'elles a rendu despuis le commencement de la guerre de Flandre, où elle a sacrifié le sang d'une partie de ses habitants et le plus liquide de son bien (2). » On espérait peu de chose de cette députa-
(i) Bibliothèque Méjanes, Ms 807, p. 21. Le temps pressait, car les consuls ne furent avertis que huit jours à l'avance. « Le 18 octobre 1678, messieurs les consuls reçurent l'ordre de loger jusqu'à nouvel ordre le régimens de cavalerie de Gassion, composé de huit compagnes venant du Languedoc et de lui fournir les vivres et fourrages nécessaires en payant de gré à gré. Le régiment de Gassion arriva le 25 octobre, et le 27 arriva le régiment de Grillon, composé de quatre compagnies. « Ms 807, p. 20,
En 164(3, 800 cavaliers suisses avaient logé à Arles, du 1" au i5 août. (Annales d'Arles par J. Didier Véran, Musée, III» série, p. i5). La ville d'Arles eût, dans la suite du régne de Louis XIV, plus d'une fois des soldats à loger, en particulier en i6<j5, 1700, 1703 et 1707. Voir Ms 806, Annales d'Arles.
(2) Registre de l'Acudémic, fol. 173, verso.
tion, autorisée cependant par le comte de Grignan (i), qui avait répondu aux sollicitations des consuls que le départ des troupes ne dépendait pas de lui. L'année précédente (1677) on avait eu vent que Louvois voulait loger à Arles dix-huit compagnies d'infanterie. Les consuls s'en émurent, et M. de Châteauneuf de MoUégés se rendit à Aix, auprès du comte de Grignan qui leur confirma l'exactitude de cette nouvelle, en ajoutant que plusieurs autres villes de la province devraient loyer des troupes « ou payer la double ustansille de tout le quartier d'hiver, pour s'en exempter. » La ville d'Aix préféra loger les troupes et essaya de persuader aux autres villes d'en faire autant. Elle réussit, mais elles eurent lieu de s'en repentir. La ville d'Arles, sur le conseil de M. de Grignan, qui représenta que cette ville était exemptée du don gratuit, depuis le voyage du roi, en 1660, et ne devait pas inviter ses voisines, paya 20,000 écus, et se félicita de n'avoir pas à loger de soldats.
En 1678, les cavaliers arrivèrent très inopinément et l'on se demanda ce qui attirait ce désagrément à la
(:) « Le 3o octobre par délibération du conseil de ville, on députa en cour M. de Boche pour tacher de faire diloger ou toutes ou partie de ces troupes, lui enjoignant d'employer quelques intrigues secrètes, en donnant quelques pistoles. Mais par expérience, ces sortes dedéputations sont fort inutiles. Le sieur député passa par Aix, pour prier M. le comte de Grignan et M. i?0Mi7/é d'agréer la députation, ce qu'ils firent.» Ms 807, p. ar.
ville : les uns disaient qu'on voulait peser sur l'assemblée des Etats qui se tenaient alors à Lambesc, pour en obtenir un don gratuit plus considérable ; les autres y voyaient une vengeance du fermier général des postes contre lequel la communauté plaidait (i), parce que les postes relevaient de Louvois, chargé aussi du logement des troupes ; d'autres enfin pensaient qu'on réunissait les troupes en Provence, pour les réformer, à cause de la paix conclue entre la France et l'Espagne, et que l'échange des ratifications n'ayant pas encore eu lieu, on ne pouvait licencier les troupes auparavant. Ces derniers étaient dans le vrai.
Le délégué de la ville d'Arles fut accueilli avec faveur et obtint le départ des cavaliers (2). Mais l'ordre ne fut pas exécuté très vite, car les troupes restèrent
(i) Voir plus haut p. 5, en note, et les Mémoires de Jean de Sabatier que nous analysons ici (Musée, t. III, p. 221-222). Roubin avait eu à s'occuper de ce procès, la ville lui donna une certaine somme c pour de fournitures par luy faictes pour l'affaire que la communauté a contre le commis au bureau de la poste pour la surtaxe du port des lettres. » Conseil du 2 janvier 1678, fol. 21 1, verso, Archives d'Arles.
(2) Mémoires de janvier 1679. « M. N. monstre le Mercure Galland, imprime du sixiesme du passé .... Chascun s'empresse de voir ce livre, et l'on trouve que l'Académie y avoit un intérêt considérable, d'autant qu'il faict mention du deslogement des gens de guerre, que le marquis de BocAe,député de la ville avoit obtenu, et parce que ce gentilhomme est académicien, l'Académie se doibt sçavoir bon gré ù eile-mesme d'avoir des membres dans son corps, qui sont illustres à la guerre, utillcs dans la paix et bons citoyens dans les rencontres. » Registre de l'Académie, fol. 177.
assez longtemps dans Arles : le régiment du chevalier de Gassion, arrivé après les deux autres et celui de Grillon, un mois entier ; celui du comte de Gassion deux mois. Il en coûta à la ville 25,ooo écus, sans compter les 17,000 livres qu'elle reçut du roi, sur le pied de cinq sols par cavalier et cinq par cheval (i). On voit que les promesses faites au marquis de Boche tardèrent un peu à se réaliser.
Les officiers avaient été logés chez l'habitant et ils devaient payer leurs dépenses de gré à gré, mais il s'y refusèrent, sous prétexte qu'ils n'avaient pas d'argent. Les soldats se livrèrent à mille désordres, car le roi, sur les plaintes des arlésiens, <( cassa les cornettes et les mit sur le pied de quarante mestres (2). »
(i ) Ms 806, Annales d'Arles. « Le peu d'expérience des consuls, la surprise de tous nos habitants, à qui cela n'étoit jamais arrivé, et l'insolence des cavaliers causèrent un si grand désordre, que ce logement, coûta au moins cent mille livres à notre communauté ; nous eusses les vingt compagnies près d'un mois; après lequel douze délogèrent et les autres huit restèrent encore dans la ville près d'un mois et demi. Les consuls, au commencement de ce logement députèrent le sieur de Boche le fils, à la cour, qui représenta au roi l'ancienne fidélité de notre ville, qu'elle a toujours conservé l'exemption des troupes, où l'on nous a toujours maintenus: cette très humble remontrance contribua beaucoup au délogement que nous eûmes. » Mémoires de Jean de Sabatier, Musée, m* série, p. 221.
{2) Livre de raison de Barrai de Saint-Martin analysé dans le Musée de. 1874, p. 227.
La ville d'Arles fut très éprouvée cette année.
L'hiver de 1679 fut long et rigoureux. L'archidiacre Varadier de Saint-Andiol en a donné la description dans' un poème de
Les délibérations du conseil de la ville (Archives d'Arles) sont extrêmement intéressantes durant la présence des cavaliers et durant les mois qui suivirent. Plusieurs académiciens en faisaient partie, MM. de Boche, de Sabatier, de Cays, etc. La ville, déjù grevée de dettes, fut obligée de faire un nouvel emprunt, bientôt suivi d'autres emprunts, rendus nécessaires par la situation déplorable des finances.
Certains habitants qui avaient eu particulièrement à se plaindre, revendiquèrent une indemnité considérable pour avoir logé des officiers, mais la Cour des Comptes d'Aix les débouta de leurs prétentions, grâce aux démarches de M. de Sabatier, qui passa un mois à Aix, au commencement de 1680, pendant son consulat et sauvegarda les finances de la ville (i).
Les académiciens partagèrent le mécontentement
quarante-six vers qu'il fit imprimer. Le Rhône fut pris par les glaces jusqu'à trois fois.
Ad Musant sx'viente Itieme
P'rigore Musa silet, vacat omni carminis usu... Subterlabuntur concrctis fluctibus amnes, Et Rhodanus rapidas jam nivc ncctit aquas... Omnia torpor habet, vcl mens humana rigescit, Libéra quas fuerat, frigore vincta jacet... Frigorc cuncta ruunt, cadit omnis vocis et oris, Gratia, nutrit hyems asperitatc gelu. . . Ergo, tuo referens tum sacra profanaquc vcrsu, Argucris ': solitas abjicc, .Musa lyras. (Juvcnilia, p. 5o-5i).
(i) Voir pour plus de détails les bcliLierations liu conseil, aux
général : « On parle cependant, est-il dit dans le Registre, à la date d'octobre 1678, avec beaucoup d'appréhension de certeins ordres envoyés de la cour en Gataloigne, pour donner logement à quelque cavalerie dans la ville d'Arles. Les liaisons nécessaires de citoyen à citoyen font que ces messieurs de l'Académie s'intéressent beaucoup aux malheurs et aux avantages de la patrie.
Sur la fin d'octobre de cette année 1678, les régiments de cavallerie de Grillon et des deux Cassions ont eu leur logement dans Arles (i), ce qu'on n'avoit
Archives d'Arles et les Mémoires de M. J. de Sabatier : e Ces habitants qui avaient logé les capitaines et les ofiBciers de cavallerie, dont nostre ville avait esté foulée, demandaient à la communauté un grand dédommagement ; ils disaient que se plaignant aux consuls d'alors des vexations que leurs hôtes leur faisaient, et demandant qu'ils vinssent chez eux pour y mettre ordre, les consuls leur disaient de les contenter et que la ville paierait tout, qu'ils avaient fait de grandes dépenses pour rendre leurs hôtes contents, et que cependant le conseil de ville avait délibéré de ne leur donner que la seule paie que les officiers avaient du roi, que le sieur intendant avait fait arrêter entre les mains des trésoriers des troupes, et qu'il avait fait compter ensuite aux consuls, pour indemniser ceux qui avaient logé : ils disaient que cette paie ne leur payait pas la moitié des frais qu'ils avaient fait, sur la parole des consuls, et que la communauté devait les rembourser du surplus de la dépense qu'ils avaient faite. » Musée, III* série, p. 246-247. La Cour des Comptes confirma purement et simplement la délibération du conseil de ville.
(i) Les feuilles de route des régiments, qui devaient rester à Arles € jusqu'à nouvel ordre», sont reproduites dans le livre des Délibérations du conseil, après les séances d'octobre. Voir aux Archives d'Arles.
Veu despuis longtemps : on lict dans l'assemblée des vers latins qui souspirent fort éloquemment cette infortune, on croit qu'ils sont de la manière de M. l'archidiacre de Saint-Andiol. M. Bouvet les met en françois et tesmoigne par là que la ville d'Arles ne sauroit faire des plaintes, sans que l'Académie royalle n'en soit comme l'écho, et ne soit blessée du contre coup qui l'a blessée (i). »
Les académiciens étaient soucieux des intérêts de leur ville et, en avril 1678, ils déclaraient que « les affaires du roy et de la ville touschant certaines exactions embarrassent tous les esprits et il n'est personne qui n'ait intérêt en cet embarras (2). » Les démêlés de la ville avec les fermiers du domaine, (car c'est
(i) Registre de l'Académie, fol. 174, verso. Il y a, en effet, dans les Juvenilia, plusieurs pièces relatives aux cavaliers: Une élégie Ad Arelatem, viginti turmarum equestrium hibernis fatigatam, (5o vers, p. 188); une épigramme de 10 vers, p. 190 ; enfin trois distiques In discessu equitum. In raptu ancillce ab équité, p. 208. Voici quelques-uns de ces vers :
Crimine quo tantam meruisti principis iram,
Infelix Arelas ! quo te sors aspera vexit.
Ut pace in média belli patcrere labores
Solaque tu gemeres reliquis dura gaudia restant .'. . .
Pyramis illius laudes et Regia cantanl : Marmore pcrspicuo parta trophœa ferunt, nia vocnnt équités, et quae pcr castra stupentes Pratlia viderunt, sculpta viderc volunt.
Juvenilia, p. 189 et 190.
(u) Registre de l'Académie, fol. 173.
deux qu'il s'agit, dans ce passage), puis les difficultés provoquées par la présence des cavaliers furent très nuisibles aux travaux de l'Académie, qui essaya de reprendre son actualité, lorsque le calme fut rétabli dans Arles.
Durant son séjour à la cour, M. de Boche fut admis plusieurs fois à l'audience de Louis XIV, qui lui annonça son voyage dans le Midi, projet qui ne se réalisa pas, et lui dit fort aimablement « qu'il seroit bientost en estât de venir voir l'obélisque »
Il vit le duc de Saint-Aignan, qui lui rendit sa visite, et il lui remit les lettres dont il était porteur. Il visita également Charpentier, Roubin et les autres amis de la compagnie, pour lesquels il avait des lettres (i).
Au commencement de l'année 1679 , on parlait beaucoup d'un voyage de Louis XIV, dans les provinces (2). Le Mercure Galant donnait cette nou-
(1) « M. le secrétaire monstre une lettre de M, le marquis de Boche qui a esté honoré d'ane visite dans Paris où il est encore de M. le duc de Sait-Aignan, dont il fait les honneurs à tous les particulliers du corps ; il a rendu les lettres qu'il avoit reçeues pour le protecteur et pour M. de Charpentier, de Roubin et pour les autres amis de la compagnie. » Registre de l'Académi e fol. 176, verso.
(2) Ce voyage n'eut pas lieu, et Louis XIV ne quitlaSaint-Germair. en Laye que pour un rapide séjour à Fontainebleau (26 août, 1 1 octobre 1*579), ^ l'occasion du mariage de Mademoiselle Marie-Louise d'Orléans avec Charles II, roi d'Espagne, le 3i août 1679. Voir la Galette de cette année.
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velle comme certaine. Au mois de février, M. de Sabatier, directeur, remontrait à l'Académie « l'importance et la nécessité de reprendre tout de bon les exercices académiques, puisqu'il est seur que le roy se prépare et veut que toute la cour se prépare au voyage de ses provinces (i). » Roubin confirmait cette nouvelle, et assurait, en même temps, qu'il ne tarderait à revenir, en compagnie du marquis de Boche. Un académicien fit remarquer que ce retour n'était pas moins « nécessaire pour les affaires de l'Académie, qu'il est utile et agréablement attandu d'un chascun, parce que ces messieurs, qui ont esté sur les lieux et de la bonne cour, confirmeront par leurs relacions tout ce qije la renommée publie des bontés du roy pour l'Académie royalle, et encore tout ce qu'en a dict le Mercure Galland (2). »
M. de Boche arrivé de la cour, assista à la séance du 20 mars 1679, qui se tint, sur sa demande, chez le sacristain son frère. Après avoir reçu les compliments de ses collègues, il leur affirma que le voyage du roi
(i) Registre de l'Académie, fol. 177, verso.
(2) c M. le secrétaire a monstre la lettre de M. de Roubin qui escrit de Paris tous les honneurs et le bon accueil qu'a faict la cour et qu'on faict les puissances au marquis de Boche ; que le roy lui a dict qu'il seroit bien tost en estât de venir voir l'obélisque d'Arles ; que le duc de Saint-Aignan, protecteur de l'Académie royalle, les avoit visités plus d'une fois et que ces deux académiciens se préparent à leur retour. » Registre de l'Académie, fol. 177, verso. Mémoires de février 1679.
était décidé, et « qu'il n'est rien de si croyable s'il en faut croire aux préparatifs de toute la cour », puis il manifesta sa surprise de ce que Roubin, parti avant lui de Paris, n'était pas encore arrivé. Ce jour-là même, l'Académie reçut une lettre du marquis de Châteaurenard, écrite de Nancy, «où M. le mareschal de Créquy avoit ordre d'arrester Jusques au despart de Sa Majesté qui est mandé du 3 o du courant (i). »
Le 27 mars, Roubin était de retour et fut prié « par tous ces messieurs de faire le récit qu'on avoit desja sçeu par la renommée de l'accueil que lui fist Sa Majesté, au momant qu'il lui présenta l'estampe de l'obélisque, de la part de l'Académie royalle, ce qu'il fist dans toutes les circonstances de cette action mémorable, dont toute la cour avoit esté charmée. Toute l'assemblée le remercia d'avoir si dignement soustenu son nom et son caracthère (2). »
Roubin, après avoir accédé au désir de ses collègues, remit au secrétaire l'original des lettres patentes du roi, dont l'Académie put enfin prendre connaissance.
Lettres patentes portant augmentation du nombre des académiciens de V Académie royale d'Arles (3).
(i) Registre de l'Académie, fol. 178. Le maréchal de Créquy commandait l'armée d'Allemagne, alors en ses quartiers d'hiver de Lorraine. Il était gouverneur de cette province.
(2) Registre de l'Académie, fol. 178.
(3) Extrait du Ms 470 de la Bibliothèque d'Arles, fonds Bonneminl, \Q\\imt Collège, Académie. Ces lettres patentes ne sont
« Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, comte de Provence, Forcalquier et Terres adjacentes, par nos lettres patentes du mois de septembre 1668 et par les considérations y contenues, nous avons confirmé et authorisé les règlement et statuts de nostre Académie d'Arles et n'avons pas seulement loué et approuvé les exercices académiques qu'elle avoit commencé sous le simple nom de conférences et assemblées particulières, quelques années avant son établissement, mais nous avons mesme désiré qu'elles fussent continuées sous le titre d'Académie royale, dont nous aurions lors établi le chef et le protecteur nostre très cher et bien aimé cousin le duc de Saint- Aignan, pair de France, chevalier de nos ordres et gouverneur du Havre de grâce. Pour cet effet, nous aurions fixé et limité à vingt gentilshommes , qui fussent personnes de sçavoir et de vertu, le nombre de ceux qui composeroient ladite Académie, et d'autant que plusieurs de ces gentilshommes sont employés dans nos armées, le service actuel qu'ils y rendent ne leur permet pas d'assister auxdites conférences, en sorte qu'elles diminuent considérablement et le public se trouvant privé du fruit qu'il en recevoit, notre dit
pas dans le Registre. II y en a une copie incomplète à la fin du Sommaire des Délibérations, par P. Véran (Ms des Archives d'Arles) extraite « d'un petit recueil Ms que j'ai actuellement en ma possession » dit P. Véran. Ce recueil contenait égalcmen' les lettres patente», les statuts de 1668 et diverses autres pièces
cousin le duc de Saint-Aignan nous a très humblement supplié, au nom de ladite Académie, de vouloir augmenter ledit nombre de dix autres gentilshommes, pour former un corps de trente académiciens. A quoy nous nous portons d'autant plus volontiers que cette compagnie vient de nous donner *un témoignage particulier de son zèle, par l'affection avec laquelle elle a concouru aux soins que les habitants de notre ville d'Arles ont pris d'y élever à notre gloire un superbe obélisque. Pour ces causes, ayant égard aux instances et très humbles supplications de nostre dit cousin le duc de Saint-Aignan, considérant d'ailleurs l'utilité que le public peut recevoir de la continuation des susdites conférences, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale avons augmenté et augmentons par ces présentes, signées de notre main, le nombre de ceux qui composent actuellement ladite Académie royale de dix autres gentilshommes, outre et par dessus le nombre de vingt, auquel nous avons cy-devant fixé et limité ladite compagnie, pour tous ensemble former un corps de trente académiciens, et jouir des mêmes honneurs, privilèges, franchises et libertés dont jouissent ceux de l'Académie françoise, établie en notre bonne ville de Paris, tout ainsi en la même manière que s'ils avoient été expressément compris dans nos lettres patentes du mois de septembre 1668, pourveu toutefois qu'ils soient gentilshommes et originaires
de nostre dite ville d'Arles. Si donnons en mandement à nos amés et féaux, les gens tenant nostre cour de Parlement de Provence, et à tous autres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra, que cesdites présentes nos lettres d'augmentation, ils ayent à faire enregistrer et du contenu en icelles, faire jouir et user lesdits exposants et leurs successeurs pleinement, paisiblement et perpétuellement, cessant et faisant cesser tout trouble et empeschenients, nonobstants tous édits, ordonnances, règlements et autres choses à ce contraire, auxquelles pour ce regard seulement et sans tirer à conséquence, nous avons dérogé et dérogeons par ces dites présentes. Et d'autant qu'on peut en avoir besoin en divers endroits , voulons qu'aux copies d'icelles deuement collationnées soit foi adjoutée comme au présent original : car tel est nostre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre nostre scel à cesdites patentes, sauf en autre chose nostre droit et l'autruy en toutes. Donné à Versailles, au mois de novembre, l'an de grâce mil six cent soixante et dix-sept (i) et de nostre règne le trente-cinquième. Signé Louis, et au replis, Par le roy, comte de Provence, Arnauld, avec paraphe,
(i) Ces lettres datées de novembre, ne furent scellées qu'en janvier 1G78, car Le Tellier ne fut installé dans la charge de chancelier que le 20 Janvier 1678. Voir plus haut, p. 49, en note. Elles furent scellées gratis, mais il y avait une foule de menues défense» à leur occasion. Registre de l'Académie, fui. 171, verso.
et au mesme replis, Visa Le Tellier, pour servir aux lettres patentes portant augmentation du nombre des académiciens d'Arles. »
Ces lettres patentes de 1677 sont libellées de façon à justifier, au moins en apparence, l'opinion des nombreux auteurs qui affirment que la noblesse était requise, dès le début, pour entrer à l'Académie d'Arles (i).
Le Mercure Galant de janvier 1678 se réjouit de la glorieuse nécessité que le roi impose à l'Académie de n'admettre que « des personnes de mérite, soit pour l'esprit soit pour la naissance. » En 1682, revenant encore sur ce point, le Mercure applaudit à « cette glorieuse restriction qu'on n'y recevroit plus à l'avenir que des gentilshommes , ce qui fait connaître, poursuit -il, quelle est l'estime que ce grand monarque
(i) Aux auteurs déjà mentionnés (t. I, p. i83 etsqq.) il faudrait ajouter, entr'autres Expilly, article sur Arles ; Robert de Hesseln, Dictionnaire Universel de la France (6 vol., in-12, 1771)» Bérenger, les Soirées Provençales, 2 vol., in-12, i8ig, t. II, p. 292 ; et M. Clair. Ce dernier disait, dans son discours à l'ouverture de la séance publique de la Société Archéologique d'Arles, le 21 janvier 1878: t L'Académie d'Arles, composée d'hommes d'un talent incontesté, était cependant, au cours du temps, une société de bel esprit. Ne parlant guères qu'en vers, recherchant l'épigramme et le madrigal, ses productions, sauf quelques travaux vraiment utiles, avaient généralement le parfum des roses de boudoir ei les allures d'une galanterie chevaleresque, dont l'élégance ne rachetait pas toujours l'insuffisance du fond. Enfin, on n'y atteignait que par la noblesse du berceau, condition bizarre, mais souvent corrigée par les académiciens eux-mêmes. » Musée, III* série, p 121. Ces lignes sont plus spirituelles qu'exactes.
fait de cette. Académie qu'il a toujours regardée favorablement, en la personne de ses députés (i). »
Ncfus voulons croire que Louis XIV n'avait pas changé d'avis, que la rédaction des lettres patentes ne doit être attribué qu'à M. de Paraire, et qu'il ne faut pas accorder à celte rédaction une trop grande importance. Au cas contraire, nous regretterions une disposition qui ne pouvait être que désastreuse, pour l'Académie. La citation ci-dessus du Mercure Galant semble indiquer que la « glorieuse restriction » fut très remarquée, ce qui devait être, puisqu'elle répondait aux secrets désirs des académiciens.
A dater de ces nouvelles patentes, l'Académie pouvait se croire un corps fermé aux roturiers, et les historiens inatentifs s'y sont laissé prendre.
Nous avouons que la rédaction de ces lettres nous surprend beaucoup : elles invoquent les patentes de t668, et les citent d'une manière qui ferait penser que, dès le début, l'Académie devait se composer exclusivement de gentilshommes. Or, c'est là une assertion contraire au texte authentique des lettres patentes, une opinion dont nous avons assez démontré la fausseté, pour n'y point revenir (2). En outre, ces nouvelles
(1) Janvier 1682, après la relation du compliment de l'Académie au duc de Vendôme, de passage h Arles. Cfr. Bibliothèque MéjancSjMs 810, p. 275.
(2) Précisons le point en litige, pour éviter toute ambiguïté. Il \- a ici (Iciix questions ; la question >1f fuit cX l;i question de droit.
lettres n'ont pas l'ampleur de style^ la noblesse de pensée des premières, et l'on sent que le rédacteur n'est plus Conrart, mort en 1675. Ce document, parfaitement authentique, du reste, indiquerait-il que Louis XIV, ou bien aurait conclu flatter la vanité des gentilshommes arlésiens, ou bien en serait arrivé à considérer le titre d'académicien comme un de ces privilèges sans valeur qu'il réservait à la noblesse ? L'une et l'autre de ces conclusions nous répugne, et cependant nous n'osons nous prononcer, en présence de deux textes formels, et d'autre part, nous n'avons rien à retrancher aux conclusions du chapitre VI, du t. I*^ Les lettres patentes de 1677 furent -elles enregistrées au Parlement de Provence ? Nulle part nous n'en avons trouvé la preuve.
Sur ia question de fait, il n'y a pas de désaccord ; l'Académie, de l'aveu de tous les historiens, admit parmi ses membres des nobles et des roturiers. C'est un point acquis. Cette conduite fut elle une interprétation des statuts, ou leur application stricte? en d'autres termes, ]es stututs approuvés par le roi, {et ce sont les seuls qui fassent autorité), exigent-ils la noblesse comme condition, pour faire partie de l'Académie ? Voilà la question de droit. Elle est contestée. Nous renvoyons au texte authentique de i668, copié aux archives du Palais de Justice à Aix. Il est formel, et n'exige pas le moins du monde la noblesse, pour faire partie de l'Académie. C'est un point hors de doute. En résumé: \e fait de l'admission des roturiers n'a jamais été discuté et le droit en vertu duquel ils étaient admis est inscrit dans le texte même des statuts. Voilà, ce semble, qui est net. Les nouvelles lettres patentes sont en désaccord avec les premières, nous ne le nions pas, nous déclarons même ne pas nous l'expliquer.
Les nouvelles lettres patentes furent accueillies avec d'autant plus de Joie, qu'elles font une mention louangeuse du zèle de l'Académie, dans l'affaire de l'obélisque, ce qui la vengeait une fois de plus des tracasseries des consuls (i).
On songea à les promulguer avec éclat. Il fut question à la séance du 2 avril 1679, tenue chezGiffon, M. de Boche, directeur, « de l'importance et nécessité de faire une assemblée extraordinaire, pour faire lire les nouvelles lettres patentes de Sa Majesté. » M. de Grille surtout appuya cette proposition, et demanda qu'on se conformât à ce qui s'était pratiqué le i*"" juillet 1669, dans la chapelle des Pénitents-Gris. Mais il exprima, en même temps, le désir qu'on attendit que le nombre des académiciens fut complété (2).
(i) Notons, en passant, que l'augmentation fut obtenue directement par le protecteur et que l'Académie n'eut guère qu'a donner son consentement à des négociations déjà engagées et sur le point d'aboutir. C'est ce qui ressort de l'examen du Registre. Ce serait donc au duc de Saint-Aignan qu'il faudrait attribuer l'initiative de la clause restrictive, si favorablement acceptée par les académiciens.
{2) « M. le secrétaire a dict que la réception desdittes lettres doibt estre publique et faictc à peu près comme la première cérémonie des Cordeliers où l'Académie se tist connestre et où elle fist connestre en mesme temps sa reconnessance pour les grâces de Sa Majesté, qu'au reste cette augmentation cstoit une grâce qu'on ne pouvoit jamais trop célébrer, puisque c'estoit une espèce d'immortalité, ou du moins une continuation de vie et de gloire que le roy donnoit à l'Académie qui, selon Testât et la nature de toutes les choses humaines, sembloit estre menacée de mort, despuis que la guerre et le long bruit des armes avoicnt
Rien ne fut donc conclu et la promulgation solennelle resta à l'état de projet, par suite du départ du marquis de Grille qui se rendit à Paris, et ne revint que le 20 novembre.
Il convoqua chez lui ses collègues, le jeudi 4 mai, « à cause que les premiers jours de ce mois sont occupés et remplis par les affaires de la politique », et il leur annonça son prochain voyage. On discuta longtemps pour savoir si on devait lui remettre une lettre pour le protecteur, ou le charger simplement de recommandations verbales (i). Ce fut à ce dernier parti qu'on s'arrêta.
interrompu les chants des Muses. Il adjouste que bien des gens de sçavoir et de qualité ayant tesmoigné despuis longtemps l'embition qu'ils avoient d'estre dé l'Académie, il seroit à propos d'avoir délibéré ou dti moins oppiné sur leur réception avant que de faire cette assemblée extraordinaire. Tout le monde convient de cette proposition. » Registre de l'Académie, fol. 178, verso. Voir 1. 1, p. 164 et sqq.
(i) « On propose d'escrire à M. le duc protecteur de la part de l'Académie. M. de Sabbatier a dict que M. le secrétaire tennoit lieu d'une lettre fort honorable, et sur cela on s'entretient en manière de dissertation de ce qui sembloit plus obligeant, ou la letre commune de tout un corps au chef, ou le compliment en personne d'un oHîcier tel qu'estoit le secrétaire perpétuel de l'Académie. M. de Cays a dict qu'une lettre lui sembloit plus importante, d'autant qu'elle engageoit celui qui la recevroit à une response obligeante et à s'expliquer sur le papier des sentiments qu'il avoit de cette Académie. La pluralité n'a pas été de cette oppinion. On a trouvé quelque embarras à faire un substitut à M. le secrétaire qui doibt signer les lettres et le résultat des opinions. Celui-ci ne trouve aucune difficulté en cette substitution et soustient qu'il n'est aucun des confrères qui ne dispose
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Giffon à qui le Registre était confié, en qualité de substitut du secrétaire, ne rédigea que des compterendus très sommaires, et à peine M. de Grille fut-il de retour, qu'il le pria « de le vouloir descharger des patentes d'augmentation qu'il lui avoit remises en partant pour la cour, des autres encore premières, à sçavoir de l'establissement de l'Académie , comme aussi du sceau et du Registre, parce que son emploi et ses visites lui donnoient quelque scrupuUe de ne pouvoir pas vacquer exactement à i'enregistration et mémoire hebdomadaire des choses qui concernent le corps (i). »
L'Académie française souffrait des absences forcées de son secrétaire, Valentin Conrart. En i636, il était à Jonquières, et Chapelain lui écrivait que, depuis son départ, les exercices de tout le corps étaient si languissants, que si cet étal continuait, on ne l'appellerait plus que ï Académie des Fainéans, et dans une autre
mieux que lui-mesme les opinions, les résolutions et les compliments de l'assemblée. Mais enfin, soit pour s'épargner la pêne d'escrire, soit pour taire honneur à M. de Rubias, on le prie de se charger de toutes les honnestetés qu'on doibt à M. le duc, c'està-dire de s'ériger en embasspdeur, et de ne rien oublier pour conserver au corps l'amour et la protection de son illustre chef. On est convenu cependant que durant l'absance de M. le secrétaire, M, Giffon (qui avoit autrefois eu le soing du Registre) l'auroit encore, qu'il recevroit les lettres et fairoit les responses de la part de l'Académie. » Registre de l'Académie, fol. 179.
(i) Décembre iCyy, Registre de l'Académie de l'Académie, fol. 180, verso. M. de Grille repartit pour Paris, le 4 octobre 1680, et revint au mois de mai 168 1,
lettre du 3o juin 1639, il le pressait de revenir pour rendre, en quelque sorte, la vie à la compagnie (i). On pouvait en dire autant, avec plus de raison encore, de l'Académie d'Arles.
L'absence du secrétaire de Grille avait toujours pour résultat de ralentir singulièrement le zèle des académiciens. Elle coïncidait cette fois, avec la nécessité de choisir de nouveaux membres, en exécution des lettres patentes, et fut particulièrement regrettable. Les causes de ce voyage ne nous sont guère connues, mais M. de Grille avait un frère (2) à Paris, et il venait volontiers passer quelques mois, auprès de lui.
(0 Gouget, Bibliothèque française, t. XVII, p. 397.
(2) Antoine de Grille, qui avait épousé Louise d'Azégat, nièce de M. Vautier, premier médecin du roi, (Rob. de Briançon, t. II, p. 198). Il mourut, à Paris, le i5 septembre 1706, Archives de la Providence d'Arles, vol. CottéŒuvre, lit. 4.Voir t. I, p. 41 et 11 5.
Vautier (François) né à Arles, à la fin du XVI* siècle, étudia la médecine à Montpellier ; reçu docteur en 1612, il se rendit à Paris, où il fut nommé, en 1624, premier médecin de la reine Marie de Médicis, mère de Louis XIII. Richelieu mécontent de l'influence qu'il exerçait sur la reine le fit exiler à Senlis, en i63i, puis à la suite d'une conspiration, il l'enferma à la Bastille, où il resta jusqu'à la mort du cardinal, malgré les instances de la reine.
En 1642, il revint à la cour et Louis XIV le prit pour son médecin. Il mourut en i652, âgé de 63 ans. Il avait guéri Monsieur frère de Louis XiV, et le chancelier Siguier de maladies presque désespérées. La science médicale de Vautier est incontestable, mais il eut le tort de se mêler aux cabales et aux intrigues si nombreuses durant le règne de Louis XIII : de là toutes ses disgrâces. Il légua une assez forte somme pour l'achèvement de la chapelle du collège des Jésuites d'Arles. Voir P. Fabre, Remarques Historiques, p. 1 13 ; Dictionnaire des Hommes Illustres de Provence, l. II, p. 299, etc., etc.