CHAPITRE IV
Le « Logement s de l'Académie au Couvent des Cordeliers et à l'Hôtel de ville. — Instabilité et changements successifs.
A maintes reprises, dans le cours de ce récit, il a été question du lieu où l'Académie tenait ses séances. On a pu constater bien des pérégrinations du « petit corps. » En 1678, TAcadémie espérait qu'il en serait désormais autrement, et que u les Muses Académiciennes » auraient enfin une demeure fixe. Il n'en fut rien malheureusement. Nous croyons à propos d'entrer ici dans quelques détails, à ce sujet, La question du logement de l'Académie est souvent résolue d'une manière inexacte (i) : nous remonterons aux sources et, à l'aide des documents authentiques, nous rectifierons certaines erreurs des historiens.
(i) Le P. Fabre, dans ses Remarques historiques, p. 120, affirme que l'Académie s'assembla t des qu'elle fut érigée, dans une salle de l'hôtel de ville que le roi -lui accorda, pour cet usage ». Cette erreur, d'autant plus grossière que l'hôtel de ville était alors en reconstruction, a été reproduite par le Dictionnaire des Hommes Illustres de Provence ; par la Statistique des Bouches-du-Rhône, t. Ml, p. 567, et en dernier lieu, par M. Galle, discour» déjà cité, p. i3.
Huet raconte que l'Académie de Caen débuta d'une manière très originale : quelques honnêtes gens de loisir se réunissaient au carrefour Saint- Pierre, pour y lire la Ga^^ette et s'entretenir des nouvelles littéraires. L'un d'eux, Mqysant de Brieux, leur offrit de se réunir chez lui, pour se mettre à l'abri de la rigueur du temps, ce qui fut accepté. La plupart des Académies de province furent à l'origine des petits cercles d'amis," auxquels chez celui d'entre eux qui était le mieux logé donnait asile.
L'Académie d'Arles ne fait pas exception : après les réunions tenues sur la Lice, en se promenant, les huit premiers membres acceptèrent l'hospitalité que leur offrit M. Henri de Boche, dans la maison de son père François de Boche de Vers, marquis des Baux.
C'était un hôtel vaste et spacieux, dans lequel François de Boche eut l'honneur de loger deux fois le roi Louis XIV, à son passage à Arles, en 1660 (i). C'est là que les séances se tinrent pendant trois mois.
Au commencement d'août 1666, les académiciens
(i) Voir Relation de ce qui s'est passé en la réception de Louis XIV, dans la ville d'Arles, le i3 janvier ibôo, in-4», .Mesnier, Arles, 1G60. (Dubreuil, t. Il, p. i5i), et Robert de Briançon, t. I, p, 320. L'Académie était à l'aise dans cet hôtel : plus tard lorsque Henri de Boche en fut devenu le propriétaire, on s'y assembla encore quelquefois. « M. le marquis de Boche envoie prier la compagnie (en qualité de directeur de ce mois)de prendre la peine de s'assembler chez lui, attendu sa maladie. On s'assemble dans son cabinet, qui a sans double pour la position, pour
s'assemblèrent pour la première fois, dans le couvent des Cordeliers, sous le directoriat du chevalier Gaspard de Romieu. Le 9 août « M. le directeur pria tous les principaux Cordeliers dans le lieu de l'assemblée, où il leur fit un fort long compliment pour les remercier (suivant la dernière délibération) de l'appartement qu'ils avaient donné à l'Académie. Le R. P. Gardien répartit au nom de tous (i). »
Le couvent des Cordeliers était bâti entre les Arènes et le Théâtre (2). L'emplacement est aujourd'hui occupé
sa structure, et ses enjolivements tout ce qu'on peut désirer pour servir de cercle et de ruelle aux Muses les plus propres et les plus délicates. » Mémoires de juin 1681. Registre de l'Académie, fol. 21 3.
(i) Registre de l'Académie, fol. 10, verso.
(2) D'après un plan de la paroisse de la Major annexé aux annales des Minimes d'Arles par le P. Fabre, (Ms 647, Bibliothèque Méjanes), la rue qui passait devant les Cordeliers s'appelait rue de M. de Romieu.
Rebatu faisait allusion à la position de l'hôtel de Romieu, dans une pièce de vers de i655 :
Nobilissimo viro, Paulo Antonio de Romieu, regio consiliario, ac in Arelatensi curia Proseneschallo prœcipuo, Epigramma :
Sedibus in vestris quod se vclut in arce locavit Ancipiti justum quae Dea lance probat, Gratulor : hoc pietas, semperquedomestica virtus, Et meruit priscx nobilitatis honos.
Sed tamen et sortis si non conteranitis omen, Haud aliter potcrat sumraa tcncre Themis. Exploret, Romaeœ, jubc tua limina mensor, Altior in tota non erit urbe locus.
N. Franciscus de Rebatu, Rcgius in Arcl. cur. cens, nonis. novemb. i635. En marge, on lit : Summo in loco summam
en partie par les constructions élevées récemment, par les sœurs Saint-Charles de Lyon.
L'église, reconstruite de 171 6 à 17 19, était de style grec (i) ; elle fut vendue avec le couvent, comme bien national, à la Révolution, et démolie en 1802. Le clocher a survécu : c'est une flèche en pierre très élégante, élevée en 146g, par Pierre de Chapelle^ « maçon à Arles. » C'est un des rares spécimens de l'architecture gothique, et en même temps un des plus remarquables de la ville d'Arles. Ce clocher domine toute la ville, aussi a -t-il servi à la triangulation des opérations géographiques de Cassini.
L'ancien monastère a disparu : il englobait dans ses dépendances deux ou trois arceaux du théâtre, et s'étendait de la rue de la Miséricorde jusqu'aux Arènes. On peut juger de ses proportions par l'étendue actuelle delîle 16, dont il comprenait la plus grande partie (2).
dignitatem fuisse collocandam, ad Romaeas autem œdes allusio est, quarum area altior est coeteris omnibus civitatis.
Imprimé sur satin blanc , bordé d'une passementerie d'argent et donné le 5 novembre i655, jour de la première audience du lieutenant. Bibliothèque Méjanes. Ms 56i, p. 14g.
(i) V.Q Mercure de France, en donne une description, décembre 1729, I" vol., p. 2887 et sqq.
{2) On voit encore dans l'enclos des sœurs Saint-Charles, près la rue de la Miséricorde, les arceaux du côté ouest du cloître : ils sont d'une belle architecture. Au-dessus se trouvent quelques cellules. Une malencontreuse tour d'escalier construite à proximité du clocher masque en partie ce monument, ce qui est regrettable : la tlèche seule émerge par-dessus les nouvelles construction'^.
La communauté d'Arles avait abandonné, vers 1 36o, aux Cordeliers, le château de la Carbonière, vaste construction adossée aux Arènes, du côté du couchant, avec le local de l'ancienne maison de ville, et ce fut le P. Philippe à' Eyguières qui eut l'intendance de la bâtisse du couvent élevé sur cet emplacement (i).
Peut-être est-ce en souvenir de cette concession, aussi bien qu'en raison de la commodité des locaux, que le conseil de ville se tint dans le réfectoire des Cordeliers, de 1667 à 1673, pour l'élection des consuls et des magistrats municipaux, pendant la reconstruction de l'hôtel de ville (2).
Au XVII® siècle, le couvent des Cordeliers, ou frères jnineurs, était cher à la noblesse arlésienne : les plus belles solennités avaient lieu dans son église, riche édifice du XV® siècle, dont les caveaux servaient de sépulture à nombre de familles des plus distinguées (3). Le personnel des religieux était cependant peu nombreux : sous l'épiscopat de J.-B. de Grignan (1689-1697) on n'y comptait que douze religieux, et ce chiffre n'a guère été dépassé (4).
(i) Bibliothèque Méjancs, Ms 545. Fondation des couvents de Religieux dans Arles.
(2; Livre des délibérations du conseil, aux Archives d'Arles,
(3) Jean de Sabatier, un des ancêtres de l'académicien, qui périt dans une bataille contre les Huguenots, en 1 576, y était enterré et on avait gravé sur son tombeau une pompeuse inscription.
(4) P. Véran, Eglise d'Arles, Archives de la ville. Sur les Cordeliers d'Arles, consulter un curieux article de M. Fassin dans le
La position du couvent tout auprès de la demeure de M. de Cays, de M. de Boche, de M. de Romieu, etc., le fit choisir pour le lieu des séances de l'Académie. Le Provincial des Cordeliers , avec l'autorisation du maître général (i) mit à la disposition des académiciens une salle où ils se trouvaient « avec toute sorte de commodité. »
Les Cordeliers d'Italie avaient l'habitude de donner
Musée, V* série, (p. 119-120-281-284). « J'emprunte, dit-il, en note, p. 119, la plupart de mes renseignements à un Ms inédit de l'abbé Bonneraant, Mémoires pour servir à l'Histoire de la Sainte-Eglise d'Arles, t. III, p. 64. » Les Cordeliers d'Arles n'ont pas eu d'annaliste, on ne possède sur leur histoire que quelques documents très incomplets et des Mémoires du Couvent des Cordeliers d'Arles, auxquels Bonnemant n'accordait qu'une confiance très limitée.
Le couvent d'Arles existait depuis 1218 : il as'aitété fondé par Hugues des Baux, au quartier de la Ponche, en tête de l'île de la Camargue. En i359, ce couvent fut rasé, pour les besoins de la défense, et les Cordeliers furent reçus dans la ville.
(i) Il passa de nouveau à Arles, en 1675, et après avoir reçu les compliments de l'Académie, il renouvela l'autorisation. Voir Registre de l'Académie, fol. 221, verso.
Lundi, 16 mai 1676. « On s'assemble aux Cordeliers et M. le directeur trouva bon de proposer la visite du R. P. supérieur, n'estant pas trop honneste de venir dans sa nouvelle maison, insalutato hospite. Ces messieurs lui font compliment et le font souvenir comme, despuis longtemps, le général des Pères de leur ordre passant par Arles, aggréa comme un honneur qu'on faisoit à sa robe, le choix que messieurs les académiciens avoient faict de leur couvent pour faire leurs assemblées. Le R. P. respond à cette civilité fort honestement. » Registre de l'Académie, foL 148. Le 29 septembre 1667, M. (jiffon, directeur, accompagné de M. de Barrême avaient complimenté le nouveau gardien des Cordeliers.
asile aux sociétés savantes, et les Cordeliers d'Arles furent heureux de rendre service au « petit corps (i). » La chambre du P. Vachier, puis plus tard celle du P.de Vadé, qui donnait sur le jardin du couvent, servit de lieu de réunion ; mais il est à croire que cette installation était fort modeste, car, en octobre 1682, M. de Vertron ne put dissimuler son étonnement. Voici ce qu'en dit le Registre : « Il est à remarquer sur cet article que le sieur de Vertron fut surpris extraordinairement de voir une si pitoyable cage pour de si beaux oiseaux. Il eust pêne à revenir de son estonnement de voir qu'avec tant de réputation et tant de mérite, l'Académie royale eust de la pêne à se loger dans sa ville, dans le royaume d'Arles. 11 eust de la pêne à se contenir et à ne pas torner la chose en raillerie (ce qui est son fort). « Comment se peust-elle estendre, disoit-il, par sa réputation en tant de pays divers, n'ayant pas dans son domicilie douze pieds de roy d'estendue ? » Les académiciens se mocquèrent de cet estonnement et firent connestre audit confrère, qu'on
(i) Il est à noter qu'aucun Cordelier ne fut jamais de l'Académie, et cependant il y avait au couvent d'Arles plus d'un religieux distinguii par le talent ou la naissance. Nous pourrions citer comme exemple le P. Vachier et le P. d'Azégat, de la famille de ce nom. M. Fassin, Musée, V* série, p. 2^3, dit que le P. de Vadé fut un des membres les plus actifs de l'Académie, mais c'est à tort ; il prêta sa chambre et c'est tout.
Le célèbre P.Antoine Pagi, né à Rognes, le 3i mars 1624, avait prononcé ses vœux A Arles en janvier 1641. J'était-il encore en 1667 .' Il mourut dans le couvent d'Aix, le 5 juin i6q5.
n'est pas attaché aux lieux, qu'Athènes est partout où il y a des Socrates et des Athéniens, Romme n'est pas une enceinte estroite de murailles, mais tout ce qui peust se venter d'avoir de cœurs romains ; l'esglise mesme.du temps de Saint- Pol, estoit partout, dans les caves et dans les chemins, partout où la congrégation des fidelles traictoit des affaires du christianisme, qu'ainsi l'Académie n'estoit pas despendante des lieux, et que si les messieurs de l'Académie Françoise n'estoient d'ailleurs des originaux de science et de vertu, d'honneur et de politesse, on n'auroit garde d'appeler la sale du Louvre où le roy leur a donné leur appartement, l'Académie Françoise (i). »
Quelle que soit la valeur de ces raisons, il est certain que l'Académie songea à s'installer d'une manière plus conFortable, car le duc de Saint-Aignan, dans son ordonnance du i5 mai 1669, lui permit de mettre les armes de Sa Majesté sur la porte de la maison qu'elle avait a résolu de bâtir pour y tenir dorénavant ses assemblées. (Voir, t. I, p. i5i). Mais ce projet ne Fut jamais réalisé, sans doute Faute de ressources. L'Académie d'Arles partageait le sort commun de toutes les Académies. L'Académie Française elle-même ne dût qu'à la munificence de son royal protecteur, une salle de réunion dans le Louvre ; elle commença par se
(i) Registre de l'Académie, fol. 218.
réunir dans le salon de Conrart ou de Boisrobert qui ne brillait ni par la richesse ni par les proportions, puis dans une salle de l'hôtel Séguier. Louis XIV, qui avait logé magnifiquement l'Académie française, dans le palais du Louvre, en 1672, aurait voulu que l'Académie d'Arles fut installée dans le nouvel hôtel de ville. Le duc de Saint-Aignan transmit aux académiciens et aux consuls les intentions du roi.
Au mois d'octobre i665, on commença à démolir le vieil hôtel de ville, mais la communauté d'Arles était alors grevée de plus de 600,000 livres de dettes et les divisions étaient très vives dans la ville (i). Aussi la reconstruction de l'hôtel de ville fut très critiquée. Le défaut d'argent entraîna de grandes lenteurs, on ne pouvait d'ailleurs s'entendre sur le plan à adopter. Les auteurs sont assez confus, et, dans leurs affirmations contradictoires, il est difficile de faire la part de la vérité.
L'Académicien Jean de Sabatier fut membre de la commission chargée de veiller ù la contruction de l'hôtel de ville, en 1672. « Les consuls nommèrent quelques personnes (2), du nombre desquelles je fus pour délibérer de quelle manière on devait bâtir l'hôtel de ville, le vieux ayant été démoli, il y avoit
(i) Mémoires de Jacques de Parades, Musée, \\* série, p. -268 ; Annales d'Arles par Didier Véran, Musée, III* série, p. 48 ; Bibliothèque Méjancs, Ms 806 ; Délibérations du conseil, etc.
(2) Mémoires de J. de Sabatier, Musée, III* série, p. 193-104.
— vn —
quelques années, Jusques à ce temps on n'avait pu convenir de quelle manière on devoit faire ce bâtiment : on lavoit élevé jusqu'au premier cordon et on avait été contraint de l'abattre ; enfin, après plusieurs contestations, on se détermina de faire exécuter le plan et l'élévation que Peitret (i), architecte natif de la
(i) Jacques Peytret, né à Arles, au commencement du XVII» siècle, mourut à Paris. Nous n'avons sur lui aucun détail très précis : nous savons qu'il ne fut pas marié, qu'il était ami de Terrin et de J. de Sabatier, et son mérite est proclamé par tous ses contemporains. Ils louent la correction de son dessin, et la netteté de ses conceptions. Il était mathématicien, peintre, graveur, et P. Véran dit qu'en 1674 il était ingénieur du roi.
Dans le livre des Conseils de la Commune (Archives de la ville d'Arles, série BB, vol. 3o, fol. 906), nous voyons une délibération du 20 mars 1661, qui accorde à Jacques Peytret i5o livres, pour un plan d'Arles qu'il avait gravé et dédié aux consuls. Dans cet acte, il est qualifié « maître peintre. » Cette gravure sur cuivre est de 1660: dans le haut se trouvent les armes d'Arles, au bas, une longue inscription qui rappelle les gloires d^Arles et la présence de Louis XIV (i66o) et à la suite on lit : Urbaniis DeyroUe Arelatensis litteras sculpsit, J. Godion excudit. Les exemplaires ensont devenus très rares. Peytret dressa le plan de l'amphithéâtre tel qu'il était en 1666 et tel qu'il était primitivement. Ces deux plans furent gravés par lui, en 1666, et il y en a un exemplaire dans la Description des Arènes ou de l'amphithéâtre d'Arles par le P. Joseph Guis, prestre de l'Oratoire de Jésus, à Arles, par François Mesnier, imprimeur du roy et de ladite ville, i665 (40 p., in-4"'), ouvrage imprimé aux frais de la ville et qui coûta 460 1. Voir Annales d'Arles, Ms 806, à l'anné 1666. Il y en eut un nouveau tirage en i686, dont un exemplaire se trouve dans les Antiquités de Séguin, Arles, Claude Mesnier, in-4'', 1687. En 1770, Faure en donna un nouveau tirage retouché: il y en a un exemplaire dans les Antiquités d'Arles de P. Véran, aux Archives d'Arles. En 167S, Peytret reconstitua le plan du théâtre et ce tut probablement son travail que Terrin envoya à Louvois
ville, avoit fait, et l'on éleva les fondations qui vont jusqu'au rocher, au niveau du terrain.
J'allai alors à Tarascon , pour des affaires particulières, et j'y rencontrai M. le condjuteur qui venoit de la cour, et qui partoit de là pour aller à Aix, sans passer par notre ville. Il me demanda ce qu'il y avoit de nouveau, et comme je lui eus appris la peine où nous avions été pour choisir un dessein, pour notre hôtel de ville, il me dit que Mansart (i), fameux
en 1684, et dont parle le Journal des Sçavans du 2S août 1684. Ce furent ses recherches et celles de Terri n qui fixèrent l'origine des ruines jusqu'alors appelées le Temple de Diane. Peytret éleva l'obélisque sur son piédestal (20 mars 1676) et le conseil du 14 mars 1676, lui accorda une gratification de 3oo livres en dehors de ses appointements (21 5 1.) pour avoir dirigé avec beaucoup de soin la construction de l'hôtel de ville et du piédestal de l'obélisque. Voir Archives d'Arles. M. Clair revendique pour Peytret l'honneur d'avoir donné le plan de l'hôtel de ville et affirme presque que Mansart le gâta, en y touchant. Voir P. Véran. Histoire d'Arles, t. III, p. 2o3, Archives d'Arles, Musée, III* série, p. 76-78.
(i) Jules Hardouin, dit Mansart, né en 1646, neveu de l'architecte François Mansart, était fils de J. Hardouin, premier peintre du roi. Il profita habilement des leçons de son oncle, et Louis XIV le chargea de la direction des travaux d'architecture les plus importants de son règne. Il construisit Marly, Dampicrre, le grand Trianon, Saint-Cyr, la place Vendôme, celle des Victoires et enfin Versailles et les Invalides. Il mourut à Marly, en 1708.
Son oncle Fr. Mansart, né en iSgS, à Aix, suivant les uns, à Paris, suivant les autres, mourut à Paris, en 1666. Anne d'Autriche lui confia la construction du Val de Grâce ; il bi\lit ensuite l'église de Sainte-Marie dcChaillot, l'Hôtel Carnavalet, le château de Maisons Lafitte, etc. Il est l'inventeur de la toiture brisée, que l'on appelle Mansarde. 11 fut l'élève de Germain Gautier, architecte du roi. On reproche à son architecture d'être trop massive, l.a renommée de son neveu a un peu nui à la sienne,
architecte, étoit descendu de Lyon avec lui jusqu'à Avignon, qu'il étoit allé voir le Pont du Gard et les Arènes de Nîmes et qu'il lui écrirait, si je voulois, de venir à Arles, pour nous conseiller sur notre bâtiment ; je le priai de nous accorder cette grâce.
Quelques jours après, Mansart vint à Arles ; je le fis sçavoir au sieur de Grille, alors consul, et à ses collègues, et nous fûmes tous ensemble le trouver à l'archevêché où il logeoit ; il vit le plan et l'élévation de Peitret, il fut avec nous sur le lieu du bâtiment, et après avoir loué le dessin de nôtre architecte, il dit qu'il y avoit quelque chose de mieux à faire, si l'on souhaitoit qu'il fit un projet de façon. Les consuls le prièrent d'y travailler, pourvu qu'il ne changeât pas les fondements et qu'il ne fallut pas abattre la Tour de l'Horloge (i) ; il dit que cela le gênait, mais qu'il employeroit tout son art, pour nous faire un dessin qui lui fit honneur et qui fut propre à tout ce qui est nécessaire, dans une maison commune. Il fit donc celui que l'on voit, que Peitret fit exécuter fidèlement, et qu'il a même enrichi de quelques chose de son imagination. »
Ce récit d'un témoin nous semble présenter toutes
(i) Cette tour, surmontée de l'Homme de Bronze, fut élevée en i547, par Honoré de l'Estang, premier consul, auteur d'un ouvrage sur les Antiquités d'Arles (1540). Voir Ms 1060, 2* partie, p. i5. Les consuls furent bien inspirés en la conservant. Elle est englobée dans les constructions nouvelles, à l'angle nord-€St.
les garanties d'exactitude : il est cependant peu conforme à celui de certains autres auteurs (i).
La première pierre avait été posée, au mois de juin 1673, en présence des consuls Jacques de Grille, de l'Académie, Jean Autran, Gaspard Brunet, J.-B. Jehan, et du prévôt de Saint-Trophime, délégué de Mgr François de Grignan, archevêque d'Arles (2).
(i) On changea plusieurs fois d'architecte.
« En cette année 1672, il fut délibéré de démolir l'ancien hôtel de ville et le rebâtir de nouveau. Le sieur Pw^ef, architecte de la ville de Marseille, fait deux voyages en cette ville, pour travailler au projet de ladite bâtisse, voir la place, en dresser les plans et élévations. Mais le frère Clément, religieux augustin, assisté de Nicolas Léotard, maître-maçon, en ayant dressé le dessin et plan, qui fut trouvé le plus commode, il fut délibéré qu'il serait reçu à l'exclusion de tout autre, et qu'à ces fins la bâtisse de l'hôtel de ville serait faite sur ledit dessin. »
D'après le même témoignage, le plan fut modifié sur les indications de Mansard « qui passa par Arles en se rendant à Béziers et reçut à ce sujet 3oo livres. » Annales d'Arles, Ms 806.
« Le 25 juin (iGyS), on commença à travailler au nouveau bâtiment de l'hôtel de ville, suivant le dessin de La Balfinière, d'Avignon. On avait travaillé jusqu'à la première corniche ; mais son travail n'ayant pas plu, les consuls ont fait démolir ce qui avait été fait, pour suivre le dessin de M. de Mansard, grand architecte. Le sieur Peytret, d'Arles, fut chargé de diriger les travaux, qui furent fait par Dedieu, Paulet et autres, originaires d'Arles. » Annales d'Arles par Didier Véran, Musée, Ill'série,p. 62.
(2) Inscription gravée à l'hôtel de ville d'Arles dans le vestibule au-dessus de la porte du midi et composée par l'abbé de Verdier. Voir t. I, p. 247. -
Anno Domini M DC LXXIII, Ludovico magno Féliciter régnante et gloriose ad Rhenum Mosamque triumphante, Jacob. De Grille, Joan. Autran, Gasp, Brunet, Joan. Iiapt.Jean,Coss. lias fgdes publicis civium habendis conduis cxtrucbant, quod, Innumerarum fortissimi principis victoriarum sua^que ipsorum, Erga rentpublicam curce ac vigilaritice monumentum esse voluerunt.
— i-25 — Le gros œuvre fut achevé, en moins de deux annés (i), et, au mois de novembre 1674, Jean Dedieu {2), le grand sculpteur arlésien, alors très jeune, fut chargé des travaux de décoration intérieure et exté-
(i) Une inscription du P. Fatoud, jésuite d'Arles, placée sur le portail du nord à l'intérieur en fait foi. La voici :
Assiirgente Ludovici magni glorid super depressas Germanorum aquilas, surrexit harum cedium superior Pars, ciiris ac vigilantia Joan. de Forbin, And. Pasier, El:^. Vachier, And. Lanaud, Coss. Anno Domini MDCLXXIV. Cette inscription a aujourd'hui disparu.
(2) Jean Dedieu, né à Arles, en 1646, était sculpteur du roi au port de Brest, en 1670. Il avait été, dit-on, élève de Pierre Puget. 11 passa deux années à Rome, puis revint à Arles, où il exécuta toutes les sculptures de l'hôtel de ville (i 674-1 675). La convention qu'il passa, à ce sujet, avec les consuls est du i" novembre 1G74, (Musée, I1I« série, p, 63). Il fit la statue de Louis XIV, en pierre, de hauteur naturelle, placée dans le vestibule (1675); une statue de Saint-Louis pour une niche, sur le quai, et les deux lions qui sont au bas du grand escalier de l'hôtel de ville.
En 1676, il sculpta le Soleil de Bronze, que l'on plaça au sommet de l'obélisque et qui est maintenant au Musée d'Arles ; en 1677, il fut chargé d'élever le mausolée de Tarchevéque Gaspard du Laurens, dans la chapelle des rois, à Saint -Trophime, où il se trouve encore mais très mutilé. Dedieu se rendit ensuite à Paris, où sculpta plusieurs belles pièces : une bacchante jouant du tambour de basque ; un Terme en marbre; l'orateur Lysias que le roi fit placer dans les jardins de Versailles ; deux vases en marbre posés sur la terrasse du château de Marly. De 167S à 1680, il exécuta des travaux importants au chœur de la cathédrale de Chartres. II revint à Arles, en 1 725, ety mourut deux ans après, 3i mai 1727. Son père, qui était menuisier, vivait encore en 1684, ainsi que nous l'apprend le P. Melchior Fabre, l'annaliste des Minimes, qui se glorifie d'avoir été condisciple du sculpteur. J. Dedieu alla copier à Saint-Honorat des Alyscamps, où étaient établis les Minimes (depuis i6i5) un bas-relief dont on avait parlé au roi, mais qu'on laissa dans cette église(i684).Voir
rieure. En 1675, on érigea dans le vestibule la statue de Louis XIV en pierre blanche (i), œuvre de Dedieu, ainsi que les bustes des Comtes de Provence, qui y furent placés plus tard et qui ont disparu à la Révolution. Ce vestibule est remarquable par la hardiesse de sa voûte plate, dont Mansart envoya le modèle en bois, en 1674. Selon le P. Fabre et Pierre Véran (2), Peytret aurait eu l'idée de supprimer le pilier, que Mansart avait posé au milieu de la voûte, pour la soutenir, et aurait ainsi donné à cette voûte une portée considérable, admirée encore aujourd'hui par les connaisseurs.
La construction de la maison de ville préoccupait vivement les arlésiens,mais ils durent être satisfaits du résultat, car le nouveau monument décorait admirablement l'un des côtés de la place du Marché, et faisait bonne ligure, en face de Saint-Trophime et de l'archevêché restauré par Monseigneur de Grignan.
L'hôtel de ville existe encore : c'est un bâtiment
les Annales des Minimes, Ms 547, Bibliothèque Méjanes, à l'année 1684; Ms 1060, p. 39, 2' partie ; Musée, de 1868, p. 56 ; Annales d'Arles, etc.; Histoire d'Arles, pari*. Véran, t. III, p. i63, Archives d'Arles.
(r) Le prix fait était de 36o 1,, mais Dedieu réclama et le conseil lui accorda, non sans discussion, 5oo 1. (conseil du 21 mars 1677). Sur le piédestal on mit une inscription de M. Dclostc, (père du consul de 1676 et non son frère, comme nous l'avons dit à tort, t. I, p. 307). Annales d'Arles de J. Didier Véran.
(2) Remarques Historiques, p. 98. P. Véran, Histoire d'Arles, t. m, p. 2o3, Archives d'Arles.
carré, à l'aspect à la fois gracieux et imposant, quoiqu'un peu écrasé (i).
Avant même qu'il fût achevé, on parla d'ériger sur la place du Marché, l'obélisque dont une partie se trouvait devant la maison de Sabatier, et l'autre dans un jardin, à La Roquette. C'était une idée excellente qui fut réalisée, ainsi que nous l'avons dit, d^ns des conditions très heureuses (2), sauf pour l'Académie. Le nouvel hôtel de ville fut inauguré en 1675, et presque aussitôt Louis XIV songea à expédier une lettre de cachet, pour inviter les consuls à y ménager un local, où l'Académie pût tenir ses séances.
L'Académie n'y avait pas songé ; elle manifesta même une certaine répugnance, et les divisions entre les Arlésiens justifiaient sa conduite. Elle ne voulait pas être à la merci d'une assemblée communale, où les rivalités de partis mal éteintes se manifestaient encore de temps en temps.
L'Académie avait des ennemis qui pouvaient, à un
(i) Voir pour la description de l'hôtel de ville, Séguin, les Antiquités d'Arles, I. 20; P. Fabre, Remarques Histoires, p. 97 ; Clair, les Monuments d'Arles, p. igi ; Estrangin, Etudes sur Arles, p. 236. Description de la ville d'Arles, p. io3 ; Chaos d'Arles, Ms 810 de la Bibliothèque Méjanes, voir aussi dans M. Clair, op. cit. une dissertation sur l'emplacement des anciens hôtels de ville d'Arles, p. 191-192. Il est en opposition avec d'autres historiens, qui aUîrment que l'hôtel de ville fut toujours sur l'emplacement actuel.
(2) Voir t. I, ch. IX et les Mémoires de J. de Sabatier.
moment donné, avoir peureux les consuls et les membres du conseil de ville ; c'est ce qui arriva en 1676. Il fallut les instances du roi et du duc de Saint- Aignan, pour triompher des hésitations de l'Académie (i).
Au mois de juin 1675, Gijffon, à son retour de Paris, informa ses confrères que le protecteur l'avait voulut charger d'une lettre de cachet, pour les consuls de la ville, au sujet « du logement de l'Académie que Sa Majesté désire. »
Cette communication fut assez froidement accueillie. ^.( La question est fort agitée : la pluralité des sentiments convient que l'Académie royalle ne sçauroit jamais s'accommoder d'un cabinet d'emprunt, dans la maison commune, par beaucoup de raisons ; qu'il fault écrire pourtant, en remerciant M. le protecteur, que les lettres de Sa Majesté fairoient tousjours bien de l'honneur à l'Académie, et qu'elles pourroient lui servir à se pratiquer un logement ailleurs que dans l'hôtel de ville (2). »
Le marquis de Châteaurenard devait apporter cette lettre de cachet, dont avait parlé Giffon.
(i) L'Académie d'Angers, érigée par lettres patentes de juin i685, tenait ses séances ;\ l'hôtel de ville. Voir le Registre des séances, Ms 1932, de la Bibliothèque d'Angers. Plusieurs autres académies furent dans le même cas; l'Académie de Marseille se réunit quelquefois à l'hôtel de ville et l'Académie d'Aix occupe encore un cabinet de l'hôtel de ville.
(a) Registre de l'Académie, fol. t3i. Séance du 3 juin 1675. Voir t. I, p. .sy4.
Le premier consul d'Arles était cette année -là i^rançois de Boche, père des deux académiciens, grand ami de l'Académie, et il se prétait volontiers aux désirs du roi. L'Académie le remercia de ses attentions et, le 24 juin, elle décida qu'elle verrait d'abord l'appartement qu'on lui offrait, et qu'elle prendrait plus tard une détermination (i). L'abbé de Verdier l'avait déjà visité, et le jugeait convenable pour les réunions du « petit corps, »
L'affaire en resta là durant toute l'année lôyS : les consuls de 1676 furent trop défavorables à l'Académie, pour lui accorder une faveur à laquelle, d'ailleurs, elle tenait fort peu. Les inscriptions pour l'obélisque et l'examen du livre du P. Lucas furent presque l'unique objet des travaux de l'Académie, en 1676 et 1677. La question ne fut reprise sérieusement qu'à la fin de 1677. M. de Châteaurenard, revenu de Paris, au mois de décembre 1677, était chargé formellement de demander aux consuls, au nom du roi, un logement pour l'Académie. A la séance du 20 décembre, il en fit part à ses collègues, qui décidèrent de déléguer quelques-
(i) « II a esté résolu qu'on visiteroit M. le premier consul M. de Boche, pour le remercier de la pensée qu'il a de loger l'Académie, dans la maison commune, qu'on verra l'appartement prétendu pour an suite résoudre en une autre assemblée ce qu'on doibl faire là-dessus. .M. l'abbé Verdier a dict avoir veu le lieu, etc. » Séance du lundi 24 juin 1G75. Registre de l'Académie, fol. i32, verso.
uns d'entre eux, pour l'accompagner, dans sa visite aux consuls (i).
Cette visite eut lieu, dans les derniers jours de décembre. Les délégués furent reçus dans la salle basse de l'hôtel de ville par deux des consuls, MM. Boussicaud et Borel, et conduits à la salle haute, où M. de Châteaurenard exposa l'objet de sa visite, après les compliments d'usage. « Il leur renouvella (2) l'affection et les offres de service de ce duc (Saint-Aignan) avec beaucoup d'éloquence, et conclut, selon qu'il en estoit chargé, par dire que le roi s'esloit persuadé despuis longtemps, et mesme qu'il supposoit comme une chose faicte,que la ville d'Arles avoit donné un appartement à messieurs de l'Académie royale et Qu'ils n'avoient pas oublié cela en achevant l'hostel de ville, puisqu'ils ne pouvoient pas ignorer, non plus que toute la France, la bonté particulière qu'avoit Sa Majesté pour cette compagnie, les privilèges et les grâces dont elle l'avoit honnoré, et que M. le duc de
(i) Voir plus haut, p. 46-47 : « Il C'<^ marquis de Châteaurenard) représente toutes ces choses avec beaucoufi de force et de clairté et en suite chascun ayant donné son sentiment, le résultat de tous les prcsans fust en premier lieu de s'animer de nouveau pour l'exercice de l'Académie de plus d'ardeur qu'on n'avoit eu jusques là , ensuite qu'on accompagneroit Monsieur de Chasteaurenard à la visite consulaire, et que chascun s'aidcroit de tout son mieux, pour optenir de ces messieurs les consuls un logement, selon l'intention du roy et la commission de cet illustre confrère. » Registre de l'Académie, fol. i68.
(i) Registre de l'Académie, fui. 169, verso.
Saint-Aignan auroit creu d'offencer une ville si fidelle et si prompte aux occasions de servir le roy, s'il eust voulu le désabuser là-dessus, et leur faire envoyer des ordres par lettres de cachet, mais que ce logement si justement prétendu n'estant point encore donné, il leur demendoit franchement s'ils souhaiteroient des lettres de caschet pour cela. Messieurs les consuls respondirent fort honnestement, et pour assurer tout le monde de leur promptitude aux occasions de plaire à Sa Majesté et pour tesmoigner l'estime particulière qu'ils font de l'Académie, et encore pour reconnestre les offres de M. le duc de Saint-Aignan. Ils conduisirent M. le marquis de Chasteaurenard dans tous les appartements de la maison de ville, et lui laissèrent choisir à lui et à tous ces messieurs qui l'accompagnoient, celui qui leur sembla le plus commode pour les assemblées académiques , et les assurèrent tous qu'il n'estoit pas besoin de lettres de cachet ni d'autre ordre, qu'ils fairoient de leur part tout ce que messieurs de l'Académie pouvoient désirer, ensuite après quelque autre compliment et beaucoup de civilités réciproques, ils les accompagnèrent jusqu'au dehors de la maison de ville. »
Le détail de cette visite fut consigné au Registre « affin qu'il en conste à l'advenir » disait M. de Grille ; et, au mois de janvier 1678, les académiciens réunis chez M. le sacristain de Boche, qui avait « preste son
cabinet à l'Académie », prièrent le secrétaire « d'escrire à M. le duc de Saint-Aignan tout ce qui ce passa dans l'assemblée du 20 décembre, estant directeur M. le marquis de Chasteaurenard, ce qu'il faira comme il l'a dict, et aussi la visite de messieurs les consuls qui ne se trouvèrent que deux, le sieur Boussicaud et Borel. On demeura d'accord d'attendre que les quatre consuls aient ratiffié la parole donnée par ces deux (i). »
On semblait près de s'entendre, mais les deux consuls n'avaient parlé qu'en leur nom personnel ; aussi M. de Grille, après avoir transcrit sur le Registre le récit de cette visite, ajoutait-il, qu'il serait nécessaire ■ d'obliger les consuls à tenir leur parole, de la part de Sa Majesté, par une lettre de cachet (2).
La précaution était sage, et les précédents démêlés de l'Académie avec le conseil de la communauté l'obligeaient, pour ainsi dire, à ne pas se contenter de promesses verbales.
(i) Registre de rAcadcmie, fol. i6g, verso.
(2) « M. le secrétaire s'est chargé d'escrire tout ce destail à M. le duc protecteur et à M. Roubin, confrère et zcllé académicien, adjoustant qu'il est d'advis qu'on envoie incesscmment des lettres de caschet à ces messieurs les consuls, pour les remercier comme d'une chose faicte, de la part de Sa Majesté, c'est-à-dire que le secrétaire d'Estat leur face sçavoir que le roy leur sçait bon gré des soings qu'ils ont pris, pour satisfaire messieurs de l'Académie et monsieur leur protecteur. Cela serait un grand engagement pour les consuls. » Registre de l'Académie, fol. lOy, verso.
Le mois de mars 1678 arrivait sans que l'affaire reçut une solution, aussi l'Académie rappela aux consuls leur promesse. « La compagnie a trouvé bon d'envoyer complimenter messieurs les consuls, par députés, pour les faire ressouvenir de l'appartement qu'ils ont promis à l'Accadémie. MM. de Sabatier, de Giffon et M. le secrétaire prennent cet employ. Messieurs les consuls prennent la pêne de les conduire au mesme lieu qu'on avoit arresté de leur donner et s'engagent de nouveau de faire aggréer la chose à tout le conseil . Ces messieurs ont dict qu'ils estoient assurés que le roy leur faira escrire, pour leur tesmoigner qu'ils lui ont faict plaisir et qu'ils lui en tairont beaucoup de considérer cette compagnie (i). »
Les consuls tinrent parole, et, avant de sortir de charge, ils firent accorder à l'Académie le local demandé, par délibération du conseil, en date du 20 mars. Après avoir expédié diverses affaires à Tordre du jour, on en vint à celle de l'Académie.
« Plus messieurs les consuls ont proposé que messieurs de l'Académie royale de cette ville composée de plusieurs personnes de qualité, tant de ceste dicte ville, que de celles du voisinage, leur ont faict cognoistre qu'ils n'avoient point de lieu fixe, pour y faire
(1) Registre de l'Académie, fol. 172, verso. Les consuls qui reçurent les dclegués étaient MM. de Molléges, Boussicaud et Bo:eI. Note marginale du Registre.
leurs assemblées, et les ont en mesme temps priés de vouloir leur donner, pour cet usage, une chambre dans l'hôtel de ville, de celles qui ne sont pas nécessaires pour y traitter les affaires publiques, ce qu'ils ont voulu exposer en ce conseil, pour délibérer ce qu'il trouveroit à propos, leur sentiment étant de leur donner l'usage de la chambre qui est au dessus de la petite sale, attendu qu'elle n'est pas nécessaire pour y traitter les affaires publiques. Ledict conseil, ayant considéré l'honneur et les advantages qiie cette ville reçoit de cette Académie, a unaniment opiné comme messieurs les consuls, et au moyen de ce, il a esté unanimement délibéré de donner à messieurs de l'Académie royale de ceste ville l'usage de la chambre qui est au-dessus de la petite sale de l'hostel de ville, pour y faire leurs assemblées (i). );
Cette délibération ne fut pas exécutée bien rapidement, de nouveaux consuls (2) entrèrent en fonction, l'Académie était occupée de l'article du Mercure et de l'augmentation du nombre des académiciens ; durant quelques mois, il n'est pas question du logement. Cependant le duc de Saint-Aignan avait été prévenu
(i) Livre des Délibérations du conseil, année 1678, fol. 232, Archives d'Arles. Le 4* consul était Claude Alivon, marchand, parent de N. Alivon qui, en 1684, grava le plan du théâtre insère dans les Antiquités de Séguin.
(2) MM. François de Mandon de Cazau, François Francor.y, Raymond Trouchet, Balthazar Desvignes, notaire.
de la décision du conseil, et, le i5 juillet, M. de Sabatier, directeur, annonça que ce duc « avoit escrit à messieurs les consuls et qu'il les remercioit, par ordre du roy, de l'appartement qu'on a donné aux Muses académiciennes (i), »
L'Académie n'en avait pas encore définitivement pris possession et, à cette séance du i5 juillet, « on s'entretient de cet appartement : les uns trouvent quelque sorte d'incommodité et de servitude à partager le portier ou concierge de l'Académie avec celui de l'hostel de ville ; les autres qui ont déjà siégé dans le cabinet destiné pour l'appartement prétendu, le trouvent extrêmement petit et peu honorable. On délibère d'obtenir, s'il se peust, des consuls, un ameublement digne et proportionné à la qualité des Muses et à leur noblesse (2). »
L'appartement offert par les consuls à l'Académie se trouvait au premier étage, non loin de la salle du conseil, qui fut depuis ornée de boiseries sculptées par Bondon, d'Avignon.
d) Registre de l'Académie, fol. 174. C'était la lettre de cachet désirée par M. de Grille.
Juillet 1678. « M. N. a dict qu'il (Roubin) avoit escrit un gros pacquet à messieurs les consuls, oùsans doubte il y aura quelque chose pour les affaires de l'Académie. Ce lundi, i5 juillet, M. de Sabbatier scéant pour directeur a dict que M. le duc de Saint- Aignan avoit escrit à messieurs les consuls et qu'il les remercioit par ordre du roy de l'appartement qu'on a donné aux Muses accadémiciennes. »
Ci) Registre de l'Académie, fol. 174.
« En sortant de la salle du conseil, dit Séguin, on entre dans une autre à main gauche, qui mène dans l'appartement que messieurs les consuls, à ce qu'on disoit , avoient donné à messieurs de l'Académie royale (i). »
Cet appartement était une salle des plus modestes, autant que nous en pouvons Juger, par les extraits du Registre cités plus haut, ce qui n'empêchait pas le Mercure Galant (2) d'en exalter la grandeur et la magnificence, au mois de janvier 1678, alors que rien n'avait été fait pour le mettre en état de servir aux réunions des Académiciens, alors même qu'il ne leur avait pas encore été accordé officiellement.
Les chaleurs qui suspendaient toujours les réunions en août et en septembre (3), puis l'arrivée dans Arles des régiments de cavalerie de Grillon et des deux Gassions retardèrent encore la solution de l'affaire. Enfin, le 2 5 mars 1679 (4), M. Jean de Sabatier, l'académicien, fut élu premier consul, avec MM. Christophe Pillier, Jeaa Jouvène et Guillaume Borel.
(i) Antiquités d'Arles, i" partie, p. 25.
(2) Voir plus haut, p. 69.
(3) L'Académie d'Arles n'avait pas de vacances régulières et ce ne fut que plus tard que l'Académie française elle-même adopta l'usage des vacances.
(4) L'élection se faisait toujours le 25 mars. Sur le cérémonial de l'élection et sur la mise en possession des consuls, voir Biblio thcque Méjancs, Ms 806, Annales d'Arles, p. 1, et, à la suite, des notes intéressantes sur l'élection des divers magistrats municipaux.
L'Académie ne perdit pas de temps, pour profiter de cette circonstance favorable. « Ce lundi 27 mars, M. Giffon scéant pour directeur... l'assemblée délibéra qu'on fairoitla visite et le compliment à M. de Sabbatier, touschant son élection au consulat. M. le secrétaire est chargé de l'emploi ; MM. de Roubin, de Cays et de Giffon accompagnent le député. Ils montent en carroce avec un temps extraordinairemeni pluvieux, mais on ne pouvoit pas retarder la chose, parce que le dict M. de Sabbatier estoit adverti. Il receut le compliment de la compagnie avec tous les tesmoignages d'amour et de gratitude qu'on pourroit s'immaginer et^ pour lui rendre quelque petit retour, il s'engagea sincèrement de porter ses collègues et toute la ville à loger l'Académie, meubler et orner un appartement, selon l'intention de Sa Majesté, et comme messieurs les consuls devanciers de ceux-ci l'avoient faict espérer à M. le duc de Saint-Aignan, protecteur (i). »
L'Académie ne pouvait désirer mieux et l'élection d'un de ses membres applanissait les difficultés (2).
(i) Registre de rAcadérnie, fol. 178. Le 29 mars 1667, l'Académie avait également félicité .M. de Cays de son élection. Vcir 1. 1, p. g3, et Registre, fol. 45.
(2) Février 1679, M. de Sabatier, directeur. « On s'entretient du logement que les consuls de l'année dernière ont promis à messieurs les accadémiciens. M. N, a dict qu'on n'estoit pas bien loing du 25 mars, auquel jour on procèderoit à une nouvelle élection, et que si Dieu vouloit qu'un de messieurs les accadé-
M, de Sabatier n'avait pas moins « d'intérest aux générosités de cette noble ville qu'aux nécessités de l'Académie », néanmoins, malgré les instances de M. de Boche, au nom de la compagnie (i), malgré le bon vouloir du premier consul, l'ameublement n'était pas encore terminé, au mois d'août 1679. Le 9 août 1679, l'Académie tint sa séance, présidée par Af. de Sabatier lui-même, dans le nouveau local. Le consul s'excusa, dans un beau discours « de n'avoir point encore pu faire cequ'il désireroitjtouschantl'ameublement et les commodités et les ornements du salon destiné, les affaires urgeantes de la communauté en ayant empesché ; mais il espère avant la fin de son consulat d'obtenir de l'embition, de l'honnesteté et de la justice de ses collègues, qu'ils fairont leur debvoir selon les intentions de Sa Majesté, pour l'honneur d'un
miciens fust faict consul, la compagnie seroit en droit d'espérer un ameublement et tous les ornements pour la chambre des Muses, que leur honneur et leur dignité prétendront. » Registre de l'Académie, fol. 177, verso.
(1) « M. Bouvet a dict qu'il seroit à propos cependant de briguer messieurs les consuls qui ont monstre dans la maison de ville l'appartement qu'on destine aux accadcmiciens, de vouloir le meubler et l'adjuster honnestcment pour la commodité des Muses et pour rcspondre en tout aux intentions de Sa Majesté qui leur ont esté manifestées par les advis et lettres de M. le protecteur, par M. le marquis de Chasteaurenard, et par M. de Roubin. On a trouvé la proposition fort juste et M. le directeur (de Bochoi) s'est chargé de faire agir M. de Sabatier qui, se trouvant en charhe de consul, n'a pas moins d'intérest aux générosités de cette noble ville qu'aux nécessités de l'Académie » Registre lie l' Ai.-t.ii'inii-, fui, i-S, verso.
corps tel que l'Académie royalle, dont toute la ville reçoit tant d'honneur et de réputation (i). »
Cet espoir de l'académicien consul ne se réalisa pas ; M. de Grille était à Paris et ne pouvait pousser l'affaire ; dans Arles, M. de Sabatier était absorbé par la gestion très compliquée des affaires de la ville. La communauté d'Arles qui venait de gagner son procès, contre les commis des postes, en soutenait un autre bien plus important, appelé de la « Directe Universelle,» et qui occasionna des frais énormes. Elle entretenait à Paris un député, auquel elle allouait quinze livres par jour, en dehors des frais imprévus, et cela depuis 1676. Au commencement de mars 1680, ce procès prenant mauvaise tournure (2) , le conseil (3 mars) députa
(i) Registre de l'Académie, fol. 179, verso.
(2) Il s'agissait d'un procès que la communauté d'Arles soutenait contre les fermiers du domaine relativement à la propriété des îles du Rhône et de l'interprétation de la convention de i25i, entre Charles d'Anjou et la ville d'Arles. Le parlement d'Aix, par arrêt du 17 juillet 1670, avait donné raison à la viile, mais les fermiers s'étaient pourvu devant le conseil royal. En 1676, la communauté d'Arles députa le steur Chambard, pour défendre ses intérêts, et le Registre des délibérations du conseil loue très fort la probité et l'expérience de ce délégué. Il paraît cependant que Chambard ne méritait pas cette confiance. M. de Sabatier nous apprend qu'il détourna de l'argent à lui confié par la ville, et que, pour éviter une poursuite, il dénonça à Colbert la conduite des consuls, qui, en 1670, auraient, paraît-il, donné 10,000 livres du Parlement, et, en 1673, 14,000 livres à Bellet, fermier du domaine, pour faire avoir un arrêt favopble du conseil royal. Le 2 3 février 1680, l'intendant M. de Rouillé, vint à Arles, et examina les livres de compte de la communauté, pour rechercher la preuve de ces agissements. Il interrogea les consuls
MM. de Sabatier et Pillier, consuls, pour soutenir les droits de la ville, au conseil du roi. M. de Sabatier partit « sans dire mot » avant le 20 mars (i).
qui, sans nier absolument, expliquèrent de leur mieux la conduite de leurs devanciers, lesquels n'auraient voulu que rendre la solution du procès plus rapide et éviter de plus grands frais. L'intendant' conseilla aux consuls de députer au conseil une personne bien instruite de l'affaire, pour expliquer la justice de la cause et donner les explications réclamées par Colbert, en offrant ses services pour y parvenir. Le conseil de ville, un peu effrayé, délégua les deux consuls, mais M. de Sabatier partit seul et ne fut rejoint par Pillier qu'à la fin de mai. Sabatier fit d'activés démarches auprès de Saintefoy, rapporteur de l'affaire, et du chancelier. II fut secondé par l'intendant et par le coadjuteur d'Arles, alors à Paris. L'affaire traîna en longueur : parmi les fermiers compromis se trouvaient des parents des premiers commis de Colbert, d'autre part le fils du premier président d'Oppède avait épousé une nièce de Colbert, on ne voulait pas faire de scandale. Au mois de mai, les conseillers de quartier changeaient, le rapporteur fut changé, à la suite des intrigues des fermiers. De là de nouveaux retards, malgré les instances de Sabatier. Désespérant d'obtenir un arrêt prochain, il quitta Paris pour éviter à la ville d'inutiles dépenses. Ce procès dura longtemps encore. En 1681, M. Pillier et de Saint-\ndiol furent députés au conseil, mais ce ne fut que le 24 octobre 1687 que l'arrêt fut prononcé et il donnait raison aux prétentions des fermiers. Ce fut à ce propos que Roubin composa plusieurs placet au roi, pour obtenir de n'être pas inquiété dans la possession de certaines îles du Rhône. L'avocat de la ville, à Paris, était, depuis 1676, M. de Fallcntin et le 14 mars 1676, le conseil autorisait Chambard à lui remettre 600 1. de gratification, en dehors de ses honoraires. Ce long procès fut ruineux pour la ville. Voir, à ce sujet, le Registre des Délibérations du conseil. Archives d'Arles ; les Annales d'Arles, Bibliothèque Méjanes, Ms 8o5 ; les Mémoires de J. de Sabatier, Musée, 1II« série ; Recueil de factum et .Mémoires relatifs aux différer)^ entre la municipalité d'Arles et le fermier du domaine, ver» 1687, I vol. in-fol.. Bibliothèque Méjanes, n» 24,856.
(1) Voir le Livre des Délibérations du conseil, aux Archives d'Arles ut les Mémoires de J. de Sabatier, Musée, 111* série.
I.a question de la Directe Universelle primait toutes les autres, dans le conseil. D'ailleurs, la ville n'avait pas d'argent et l'hôtel de ville était loin d'être terminé. Il avait été inauguré, il est vrai, en lôyS ; mais, à cette date, les maçons y travaillaient encore et, lorsque la carcasse du monument fut achevée, resta la grosse question de la décoration intérieure et de l'ameublement. En 1676, on fit installer les fauteuils de la salle du conseil, y compris le siège du viguier qui présidait aux délibérations ; en 1677 (-^^ août) , le conseil commanda les portes du grand vestibule , et nous trouvons jusqu'au commencement du 18® siècle, dans les comptes de la ville, l'indication de sommes payées, soit pour le treillis en fer forgé de la salle des Archives (1680), soit pour « le lambris de deux cabinets (1680), soit pour la cheminée du grand cabinet (1698), soit pour le plafond du grand escalier (1702). Et souvent la ville était obligée d'emprunter, pour faire face à ces dépenses.
Les années 1677, 1679, 1680, 1691, 1694, furent des années de disette ; aux mauvaises récoltes se joignaient les inondations, les contributions de guerre, les impôts: la ville était à bout de ressources. En i665, elle devait déjà plus de 600,000 livres, en quinze ans cette dette doubla, et l'intendant de Provence dût intervenir, pour travailler à lextinction des- dettes. En 1680. on décida de dresser un nouveau cadastre
.et d'établir ensuite de nouvelles taxes. MM. deForbin, de Beaumont, Gérard Loys et Vachier y travaillèrent et, en 1686, les nouvelles taxes furent mises en vigueur, après autorisation royale (i). Nous n'exagérons pas la situation : rien n'est plus lamentable que l'exposé qui en est fait dans les documents officiels, conservés aux Archives de la ville. •
Les académiciens la connaissaient, mais ils pensaient que l'installation du cabinet, que le conseil leur avait concédé, était une dépense peu considéable. Le peu de bonne volonté qu'ils croyaient constater chez les nouveaux consuls de 1680, joint au désir de conserver leur indépendance absolue, amena l'Académie à renonnoncer provisoirement au logement promis. Elle s'en
(i) « Cette communauté se trouvant chargée d'environ douze cens mille livres de dettes, sans compter le fond des pensions inextinguibles, qui se peut monter environ à cent mille livres et les rentes d'icelle ne pouvant suffire pour parvenir au payement desdittes dettes, il fut délibéré en ladite année de travailler incessamment au payement desdites dettes par cottes sur les fonds de terre etsur les maisons, et que les personnes qui y travailleront le feront pour le seul amour de la patrie et sans présendre aucunes vacations. » Annales d'Arles, Ms 806, à l'année 1G80.
« En celte année fut fait par le seigneur intendant de la Provence le verbal de vérification des dettes de cette communauté, authorisé par arrêt du conseil d'Etat, et MM. de Forbin, de Beaumont, Gérard Loys et Vachier, qui travaillaient à faire les cadastres des biens de la ville, l'ayant achevé en cette dite année, on commença à payer les taxes. » Ibid , année 1686. Voir encore les Mémoires de Jacques de Parades, de J. de Sabaticr et surtout l'Etat des emprunts de la ville, aux Archives d'Arles. Le cadastre dont il est question existe aux Archives d'Arles.
— Ii3 —
remit au temps qui arrange toute chose, mais ce ne fut pas sans manifester son mécontentement, à maintes reprises.
Le duc de Saint-Aignan, de son côté, espérait que les consuls, en retour des services qu'il leur rendait dans le procès de la Directe, se hâteraient de meubler le cabinet de l'Académie 11 attachait une grande importance à cette questiion et ne la perdait pas de vue (i). Au mois d'avril 1680, M. d'Ubaye à son retour de Paris, affirma que « ce domicilie des Muses promis à ces messieurs tenoit fort au cœur de M. le duc de Saint Aignan, et qu'il ne lavoit jamais veu plus inquiet que sur cette affaire (2). » M. de Chateaurenard écrivait la même chose, mais « l'absence de messieurs les académiciens, la maladie de quelques-uns, le départ de M. de Sabbatier, consul, tout
( I ) Le duc de Saint-Aignan, au rapport de M. de Grille, (Registre de l'Académie, fol. 180) avait « toujours plus d'amour et d'empressement pour cette Accadémie ». « Ce lundi, 23 février 1680, on s'assemble chez M. Giffon, dans le désordre et la confusion du cabinet embarrassé de la maison commune. On propose s'il ne seroit pas à propos de presser messieurs les consuls, meintenant qu'ils achèvent leur année, de vouloir meubler et adjuster le réduit qu'ils ont accordé à messieurs de l'Académie. On monstre les lettres de Paris, par où l'on peust voir que ce soing de les loger honnorablement n'eschappe point à la mémoire de M. le protecteur. On ne résoult rien encore sur cette affaire. » Registre de l'Académie, fol. 171, verso.
(2) Registre de l'Académie, fol. 182.
cela empesche qu'on s'assemble commodément dans l'hostel de ville (i). »
Depuis le mois d'octobre 1677, l'Académie n'avait plus tenu ses séances chez les Cordeliers (2) et elle s'assemblait tantôt chez M de Grille, tantôt chez Giffon, tantôt chez l'abbé de Boche, tantôt chez l'abbé de Beaumont. Ce dernier fut directeur de l'Académie depuis le mois de mai 1680 jusqu'au mois de septembre, et les séances se tinrent chez lui, sauf le 24 Juin où « rassemblée se rencontre chez M. le marquis de Robias. » Le 26 août 1680, M. d'Ubaye fut choisi pour directeur et l'Académie, qui était réunie chez lui, se préoccupa de fixer un lieu de réunion déterminé, et arrêta son choix sur « la sale basse et fresche de M. d'Ubaye, jusqu'à ce que le ciel en ait autrement ordonné (3). »
(i) Registre de l'Académie, fol. 182.
(2) Le 20 décembre 1677, l'assemblée eut lieu chez Giffon, le 27 décembre, chez M. l'abbé de Boche, comme aussi en janvier 1678, et en mars «679, chez M. de Grille en février 1678 et mai 1679, chez Giffon, en avril 1679 ^^ f-vrier 1680, D'ailleurs le Registre n'indique pas toujours le lieu de la réunion.
(3) « Chez M. d'Ubaye Vachicres on s'assemble le lundi 26 août 1G80, MM. de Boche, de Gitfon, de Sabatier, de Flesche, etc.. On demande pour le mois proschein qui doibt seoir en qualité de directeur. On oppinc en faveur de M. d'Ubaj^c Vachières, qui n'a point encore présidé et l'on le prie de prester sa salle basse aux Muscs qui sont encore errantes, le cabinet promis de l'hostel de ville n'estant pas adjuslé, meublé et trop mal en ordre, pour accommoder la tenue des petits Etat de Parnasse. On propose la salle de M. de Beaumont dont les gouttes fréquantes l'ayant fixé
Mais, dès le mois de septembre, M. d'Ubaye s'absenta et, le 2 de ce mois, « on s'assemble par forme de conférence ou conversation chez M . le secrétaire, » puis, le i5 et le 23 septembre, dans la salle basse de M. de Beaumont. Ce jour-là, M. de Grille annonça qu'il était obligé de partir pour Paris, mais que Giffon tiendrait le Registre en sa place (i). Giflfon tint note de ce qui se passa aux séances, depuis le mois d'octobre i68o, jusqu'en mai i68i, mais il ne le consigna pas au Registre. Dès son retour, M. de Grille essaya d'y suppléer, et nous voyons que les séances de" janvier i68i se tinrent chez M. de Beaumont ; pour les autres mois, nous n'avons pas d'indications.
Le 4 mai i68i, les académiciens se réunirent chez le P. de Vadé, pour complimenter M. de Grille sur son heureux voyage (2). Le lundi suivant, 8 mai, ils s'y
dans son logis, il se faira sans double beaucoup d'honneur de recevoir l'assemblée. On respond que M. de Beaumont n'est pas tousjours à la ville et que lundi estant le jour destiné pour l'Académie, on ne peust pas incommoder un bon vieillard, l'arresler à la ville ce jour-là qu'il part pour aller prendre le bel air de sa campagne. On propose le cabinet de M. le sacristain de Boche, on trouve encore peu de liberté dans une maison où il y a des dames et de dames malades, enfin on se détermine à la salle basse et fresche de M. d'Ubaye, jusqu'à ce que le ciel en ait autrement ordonné. » Registre de l'Académie, fol. igS, verso.
(i) n. On ne veut point lui donner congé pour cette fois, on le flatte d'estre nécessaire à l'Académie royalle, il prie la compagnie d'aggréer qu'il se descharge de son emploi sur M. Giffon, qui le faira sans comparaison beaucoup mieux que lui. » Registre de l'Académie, fol. îgS.
(2) Registre de l'Académie, fol. igb, verso.
rendirent encore, mais le 3o juin 1681, nous les trouvons « dans le cabinet de M. Giffon malade », et le 7 juillet « dans la maison de M. d'Ubaye. » Ces pérégrinations continuelles inquiétaient les académiciens et entravaient leurs travaux (i) A la séance du 7 juillet 1681, on étudia les moyens d'y remédier :
« M. N. a dict que cette instabilité de l'Académie la menaçoit de sa prochaine ruine, qu'à la vérité cela n'estoit pas fort honorable d'aller tous les lundis de chasque semaine mendier un hospice, pour les Muses e'rrantes, à MM. les Cordelliers, mais qu'enfin il falloit les establir et fixer leur domicilie, en quelque part. On s'est entretenu des moyens de faire cette fixation, on a examiné le dessein du cabinet de la maison de ville, la demande qu'en fit M. le marquis de Chasteaurenard , à MM. les consuls de Boche et à ses successeurs, de la part du roy ; en a parlé d'une lettre de M. le duc de Saint- Aignan qui servoit de créance à M. le marquis de Chasteaurenard, et ensuite on a conclu que la petitesse de ce cabinet, la nudité
{ I ) Au mois de mai 1 680 « on s'assemble chez M. de Beaumon, MM. de Boche, de Flcsche, de Giffon, de Cays, etc., tesmoignent la joye de se revoir et comme si ce mois dehvoit estre le renT)Uvcau de l'Accaddmie. On propose de s'assembler un peu plus réguUièrement. » Registre de l'Académie, fol. 187. « Ce 24 juin, jour et feste de Saint-Jean-Baptiste, l'assembltîe se rencontre chez M. le marquis do Robias. Ces messieurs s'entretiennent do la nécessité de reprendre les occupations académiques. » Registre de l'Académie, fol. 101.
des murailles, le manque de sièges et de quelque table, tapis, ameublement, etc., faisoit assez voir que c'estoit une geuzerie, et qu'un valet de MM. les consuls ne voudroit pas prendre pour rien l'incommodité d'un pareil logement. M. N, a dict qu'au commencement l'Académie estoit errante, comme elle est aujourd'hui, que celle de Paris n'a pas eu dans ses commencements un autre destin, qu'il a veu qu'on s'assembloit chez M. de Bois-Robert et chez quelques autres zellés académiciens, et puis chez M. le chancellier de Seguier, après la mort de M. le grand cardinal, et qu'enfin elle n'a point eu de lieu certain pour tenir ses assemblées, jusqu'à ce qu'il a pieu à sa bonne fortune de lui faire un protecteur couronné, qui leur a donné leur logement dans son Louvre, d'où comme d'une place forte et inexpugnable, ils regardent toutes les autres Académies comme leurs subalternes. M. N, a dict qu'en attendant une pareille fortune, il est bien mieux d'errer continuellement que de ne s'assembler jamais, qu'il ne fault point désespérer de la chose publique, qu'il fault attendre un meilleur temps, sonder les bourses et la bonne volonté des amis, voir et songer s'il y auroit quelque moyen de bastir un logement honnorable à l'Académie, que le malheur où elle se trouve présentement n'est pas sans exemple, et que, s'il est permis d'apporter ici celui de l'église naissante, on peust voir que dans ses commencements, elle nestoit nulle part,
parce qu'elle estoit partout où Saint-Pierre et Saint- Pol et les autres appostres et les fidelles s'assembloient, en Hiérusalem, en Ephése, à Romme, en Antioche, selon que les envieux et les ennemis le permettoient, qu'elle subsistoit pourtant et dans ces villes, et en tout cas dans les lettres et le commerce des fidelles. M, N . a dict que l'expédient des lettres lui sembloit une dernière planche de salut, qu'il ne falloit point l'abbandonner et qu'il ne trouve aucune contradiction en cela, puisque M. le secrétaire recevant presque toujours les lettres qu'on adresse à l'Académie, il peust en donner advis (si cela ne l'accable point) à tous MM. les accadémiciens , à ceux du moins qui voudront entretenir ce commerce, qu'ainsi le Registre auroit toujours ses mémoires et l'Académie cette espérance qu'elle pourra s'assembler quelque jour et mieux et plus commodément qu'elle ne le peust aujourd'hui (i). » Cette dernière proposition aurait eu pour résultat de suspendre les réunions ; aussi ne fut-elle pas acceptée. Mieux valait se réunir en divers endroits que de ne plus se réunir.
Il n'y avait plus d'espoir d'obtenir un prompt aménagement du cabinet de l'hôtel de ville; aussi, lorsque M. de Sabatier proposa, le 23 juillet, « le retour de l'assemblée aux RR. PP. Cordclliers, où il cautionna qu'elle seroit reçcue avec plaisir et honneur du R. P.
(0 Registre de l'Acadëmie, fol. 202.
de Vadé dans la chambre et le jardin d'autrefois (i), » son offre fut acceptée, et, le 4 août suivant, en effet, l'Académie se réunit chez le P. de Vadé, sous la présidence de M.d'Arbaud, directeur.
Les académiciens reprenaient un usage, que l'espoir d'un logement honorable à l'hôtel de ville leur avait fait suspendre. Ils se réunirent, dès lors, à l'abri du cloître des Cordelliers et, au mois de mars 1682, ils témoignèrent leur reconnaissance à ces religieux, en leur promettant un tableau, pour « achever l'ornement de leur cloistre. » Ce tableau représentait Sixte IV, et au-dessous se trouvait la liste des ouvrages de ce pape avec les armes de l'Académie. Le P. de Vadé remercia les académiciens, au mois de juillet 1682 (2).
(i) Registre de l'Académie, fol. 204. La salle mise à la disposition des académiciens fut-elle toujours la même '. nous l'ignorons. Le 2 janvier 1667, il est question de la « sale haute de l'Académie. » Registre de l'Académie, fol. 29. Ici il est question de la chambre et du jardin d'autrefois. Le détail, du reste, est assez peu important. La démolition du couvent rend les recherches impossibles.
{2) Il est plusieurs fois question,dans le Registre,de ce tableau. «Dans la chambre ordinaire des Cordeliers ces messieurs assemblés au nombre de cinq, accordent au R. P. de Vaddé, seigneur de la chambre, salon et jardin où l'Académie s'assemble, un tableau pour mettre dans le cloistre, après tant d'autres qui ont précédé. Le R. P. promet de faire apposer les armes de l'Académie au-dessous du tableau donné, afin qu'il conste des donnateurs et du présant. » Registre de l'Académie, fol. 211, verso. Mémoires de Mars 1682.
Mai 1682. « On s'assemble aux Cordelliers à l'ordinaire, où la première proposition a esté de payer un tableau qu'on avoit
Notons que ce présent avait pour but de réparer « la petite incommodité que l'assemblée de chasque sepmaine pouvoit donner à ce couvent », et de compenser le « petit profict », que les Cordeliers tiraient de la messe solennelle, que l'Académie faisait primitivement chanter, dans leur chapelle, au début de chaque année. Le dimanche, 2 janvier 1667, veille de la promulgation des statuts, les académiciens assistèrent « à la messe solennelle du Saint-Esprit qui fut célébrée avec grande cérémonie, au maistre autel des RR. PP. Cordelliers (i). » Cet usage fut observé en 1668, mais
promis aux Révérends Pères, pour achever l'ornement de leur cloistre. M. de Sabbatier a dict que la petite incommodité que l'assemblée de chasque sepmaine pouvoit donner à ce couvent seroit réparée, ce semble, par ce petit présent. M. l'abbé Flesche a dict que despuis sept ou huit ans, on avoit sursis ou retranché une messe annuelle qui donnoil au moins la valeur d'un repas à ces bons pères, et qu'un présent aujourd'hui sembloit les desdommager de ce petit profict aboli. Toute la compagnie a demeuré d'accord de payer le tableau et le R. P. de Vadé s'est chargé de le faire faire. M. le secrétaire a donné le lion portant un cartousche avec l'inscription : Academia Regia Arelatettsis, qu'on faira peindre au bas dudict tableau, comme une mémoire de la gratification. » Registre de l'Académie, fol. 212, verso.
Juillet 1682. « Les grandes chaleurs n'empeschent pas entièrement les assemblées de ces messieurs. Il se trouvent quelquesuns aux Cordelliers, pour jouir en leur particulier des libéralités du corps, s'il fault ainsi dire, et recevoir les remcrciemens pour toute la compagnie du tableau qu'elle a donné aux Révérends Pères les hostes et les amis des Muses royalles. » Registre de l'Académie, fol. 21 3, verso. Qu'est devenu ce tableau? Quel en était l'auteur? Nous l'ignorons.
(1) Registre de l'Académie, fol. 29, verso. Voir pour les années •uivantes fol. 48 (bis), 91, verso, io3, verso, 1 10, etc.
négligé en 1669 et 1670, à cause de la suspension des séances et l'absence de M. de Grille. En 1671, la messe habituelle fut remplacée par la cérémonie funèbre de M. de Grille, célébrée le 27 janvier, dans la chapelle des Pénitents-Gris. Le 8 janvier 1672 ce tous MM, les académiciens adsi^tent à la messe (i), » de
(i) « Ce lundi, 2 janvier 1672... M. d'Estoublon, directeur de ce présant mois, invite tous MM. les académiciens à vouloir renouveller l'esprit de l'Académie et fait observer la louable coustume, qu'on n'avoit point encore interrompue, d'offrir à Dieu les exercices académiques, au commencement de l'année. On se pleinct de n'avoir pas faict dire une messe chantée à ce premier jour de l'an, et l'on résout de s'acquitter de ce debvoir au proschein dimanche, ce qui s'accomplit solennellement, tous MM. les académiciens adsistent à la messe chantée, aux prières pour le roy fort dévotement et exemplairement. » Registre de l'Académie, fol. io3, verso.
" Le lundi, 16 janvier 1673, ces MM. les académiciens s'assemblent environ les dix heures du matin, dans le cloistre des Cordelliers, pour cette louable coustume qu'ils se sont imposée agréablement de faire dire une messe chantée, à chasque commencement d'année, et cela pour mètre l'Académie royalle soubs la protection du bon Dieu, autant que pour recommender la personne du roy et lui obtenir continuation de victoires et de prospérités. Après la messe et les prières pour le roy, ces messieurs mengent ensemble et sur les trois heures d'après-midi, l'assemblée se tient encore aux Cordelliers, où elle est assez nombreuse. » Registre de l'Académie, fol. 1 10. Cfr. fol. 109, verso.
« Ce premier lundi du mois de janvier 1674, l'assemblée de ces messieurs résoult la messe chantée du saint Esprit, pour le di- ^manche proschein, suivant le statut, et ce qui a esté pratiqué jusques aujourd'hui. » Registre, fol. y5, verso.
« Ce 2 janvier lôyS, jour de lundi, environ les 3 heures d'aprèsmidi, les messieurs assemblés dans le lieu ordinaire trouvent à propos de remettre la messe du Saint-Esprit qu'on doibt dire
même en 1673, 1674 et 1675. L'usage était devenu une règle et un statut ; néanmoins, à partir de lôyS» la messe ne fut plus célébrée : la mission de janvier 1676 empêcha l'Académie de se réunir (Registre de l'Académie, fol. 140, verso), puis les négociations pour l'installation dans l'hôtel de ville éloignèrent les académiciens des Cordeliers. L'usage ne fut plus repris, maigre les observations de l'abbé de Verdier, à une séance de janvier 1679. « Despuis le logement promis à l'Accadémie royalle dans l'hostel de ville, on n'a point trouvé l'occasion de faire dire la messe chantée, comme c'estoit la coustume, aux Cordelliers. M. l'abbé de V., directeur, remonstre que cette louable coustume n'est pas seulement de la compagnie d'Arles, mais que toutes celles du royaume commencent l'année par cet adorable sacrifice, et que cela porte l'augure sans doubte de toute sorte de bénédiction (1). » L'Académie était alors errante, rien ne fut décidé et, lorsqu'au mois de janvier 1682, après le retour aux Cordeliers, un académicien rappela l'ancien usage, on se contenta de gémir sur la décadence fatale des institutions humaines (2).
annuellement, pour la prospérité du roy et pour l'Accadémie, au dimanche proschcin, à cause de l'absence de plusieurs. 9 Registre de l'AcaJcmic, fol. i25.
(i) Registre de l'Académie, fol. 177.
(2) o Ce premier lundi de l'an 16S2, la compagnie s'assemble à la chambre du R. P. Vaddé aux Cordelliers. On rapcllc dans
L'Académie se réunissait donc chez les Cordeliers, redevenus ses « hostes ordinaires (i). » Tout allait pour le mieux, et le premier lundi d'octobre «on satisfaict le tableau que l'Académie avoit promis de payer aux RR. PP. Cordelliers (2) », puis, dans la chapelle des Pénitents-Gris, a lieu la tête pour la naissance du duc de Bourgogne (19 octobre 1682). On arriva au mois de février i683, et ce fut alors que se produisit une aventure, qui brisa les bons rapports entre les Cordeliers et les académiciens. Elle est racontée dans le Registre, en des termes que nous empruntons :
« Ce lundi, dans la chambre du P. de Vaddé, Ajax
l'entretien les premiers jours de l'Académie, on parle en souspirant du zelle primitif de ce corps, de la messe chantée dont on se faisoit une loi inviolable, les 7 ou 8 premières années, et l'on conclud enfin que les décadences et les vicissitudes sont de la nature de toutes les choses humaines. » Registre de l'Académie» fol. 210, verso.
(i) 11 est bien entendu que, même à l'époque où l'Académie se réunissait régulièrement chez les Cordeliers, plus d'une séance fut tenue chez les différents membres, en particulier chez le sacristain de Boche, qui logeait tout près de Saint-Trophime, chez M. de Grille, dont l'hôtel existe encore dans la rue de Grille, près l'Eglise Saint-Julien, et chez Giffon.
D'après l'article 11 des statuts, le directeur avait le droit de déterminer le jour et l'heure des assemblées extraordinaires, et il usa souvent du droit, sanctionné par l'usage, de fixer aussi le lieu de ces réunions. Le Registre nous en fournit abondamment la preuve. Les séances ordinaires du lundi se tenaient le plus généralement dans le local habituel,nnais pour elles aussi il y a des exceptions. Le protecteur, sur ce point, laissait pleine liberté aux académiciens.
(2) Registre de l'Académie, fol. 217.
disparoit, dont le R. P. se chocque, s'alarme, s'alume de telle sorte qu'on peut dire de lui ce mot du poëte : Vultus erat illi Jovis sed fulminantis (i). »
Ajax était le nom d'un œillet, que le R. P. cultivait avec amour, et dont il était très fier. Sa colère fut grande, lorsqu'il constata sa disparition.
« Le R. P. de Vaddé (2) se veut perdre ou scavoir le démon qui lui a enlevé un œillet, un œillet panaché, dans le plus rudde mois de cette saison. C'est sans doubte quelque chose, et Saint-François, le patriarche du Cordelliers, auroit eu de la peine à pardonner un pareil attentat. Toute l'Académie çst troublée de cet accidant, on ne sçait pas qui peut estre le téméraire ou le démon, qui a cueilli cette fleur sur le sein des Muses, cependant qu'elles estoient dans la plus sublime conversation. Le R. P. les menace (malgré le tableau qu'elles ont payé, pour l'ornement du cloistre) de les chasser ignominieusement de leur Parnasse emprunté ; on s'entretient sérieusement de cette affaire et l'on est bien en peine que résoudre, on la remet au lundi proschein. » Le lundi suivant (mars i683),on se réunit chez M. de Castillon, pour examiner s'il fallait continuer à se rendre encore chez les Cordeliers.
«On s'assemble chez M. le marquis de Castillon (3),
(i) Note marginale, Registre de l'Âcadcmic, i..i. .^i.
(2) Registre de l'Acaddmie, fol. 221.
(3) Registre de l'Académie, fol. 221, verso,
où la première proposition va d'escrire au R. P. général des Cordelliers, soit que ce soit encore le mesme qui, passant par Arles, l'an 1675, reçeut les civilités de l'Académie et respondit fort obligeamment à ces messieurs, qu'ils faisoient beaucoup d'honneur à leur couvent des Cordelliers, qu'en plusieurs villes d'Italie et principallement à Bouloigne , les assemblées des Académies se faisoient dans les maisons de ces RR. PP., etc., soit, dict-on, quelque autre, car quel qu'il puisse estre, il est religieux et raisonnable, il doibt faire raison aux académiciens de cette ville, insultés par ce P. de Vaddé, pour un subjet si badin et si foible tel que peust estre une fleur. On demende en suite où c'est qu'on sassembleroit à l'advenir. Quelqu'un propose de tascher de remeiner ce bon père, et reprendre le chemin de sa chambre ; un autre a proposé d'aller à la chambre du R. Gardien , un autre dans celle du P. D^A^égat, enfin que ce P. de Vaddé n'estoit pas tout le couvent, et qu'au contraire tous ces bons PP. blasmoient hautement sa brusquerie, son attasche impertinente à ses fleurs et ses discours prophanes à l'esgard de tant de gens de qualité qui composent l'Académie, dont tout au moins il debvoit distinguer les innocents, qui vraisemblablement estoient vingt pour un coulpable. M. N. a dict (à son rang de parler) qu'il croyoit utile, important et nécessaire de ne s'assembler plus à l'advenir chez ces MM. les Cordelliers,
qu'il n'estoit pas à propos de les incommoder, que faire de la peine aux gens, c'estoit s'en faire beaucoup à soimesme. Il a prouvé cette opinion par l'expérience de dix ans, qu'il estoit visible toutes les fois qu'on se rendoit à cette chambre, peu devant l'heure des vespres, qu'on incommodoit la plus part de ces conventuels, qu'on en trouvoit en calçons, quelques-uns à courre et se jouer dans le cloistre, surtout en esté, qu'on en trouvoit d'autres estendus entre deux portes à causer, sans beaucoup de circonspection, et qu'il n'estoit pas possible que les oisifs, ou ceux qui se divertissoient prissent grand plaisir à la visite des séculiers, qui pour la plus part pouvoient estre leurs espions et leurs censeurs. Toutes ces choses pesées et considérées, on a résolu de s'assembler (comme l'on faisoit au commencement) chez M. le directeur. »
Les Cordeliers regrettaient la brusquerie du P. de Vadé et, le 28 mars i683, à la séance tenue chez Gijffon, M. de Sabatier exposa, au nom du P. Boyman (i), gardien du couvent, et au nom de toute la communauté, le désir qu'avaient ces religieux de voir les académiciens « revenir honorer leur maison par la tenue de leurs assemblées. »
Mais l'Académie maintint sa décision « de n'aller
(i) Le P. lioyman avait un neveu religieux, dont la candidature à rXcadémie fut écartée en juillet 1667. Voir plus haut 1. 1' p. 101 et Registre de l'Acadcmic, fol. 48, verso.
plus se commettre à des moines relâchés, et que chasque directeur auroit le droit de convocquer chez soi l'assemblée, durant le temps de son directoriat (i). »
L'Académie oubliait bien vite les services que les Cordeliers lui avaient rendus, pendant plus de dix ans, et elle était bien sévère, à l'égard de ces bons pères, qui lui faisaient des excuses.
Il y eut bien, de 1667 à 1677, entre les académiciens et les Cordeliers (2), quelques tiraillements, mais tout
(i) Registre de l'Académie, fol. 222. « Le lundi, 28 mars i683, assemblée chez M. Giffon, M. de Sabbatier a dict que le R. P. Boymean, gardien des PP. Cordeliers l'a prié de remonstrer, de sa part et celle de toute la communauté, à MM. les académiciens qu'ils leur fairoient grand tort s'ils s'esloignoient pour toujours de leur couvent ; que la brusquerie du P. de Vaddé n'estoit qu'une faute particulliere, et que pour plaisanter sur ce nom de Vadé, on lui pouvoit dire Vade in pace, soit qu'on puisse interpréter ce mot à la rigueur de sa signification, qui Youdroit dire : de Vadé, vous estes digne de la prison, soit qu'on voulut inspirer à ce bon père de vivre en paix avec une compagnie honorée et respectée des plus honnestes gens du royaume, approuvée et constituée (sil faut ainsi dire) dans les Cordelliers, parjl'ordre et promesse du R. P. général. Enfin le P. gardien, désapprouvant les manières désobligeantes de ce religieux fleuriste, avoit sollicité, par la bouche de M. de Sabbatier, les académiciens de revenir honorer leur maison par la tenue de leurs assemblées, à quoi Ton n'a respondu qu'en remerciements, et l'on a délibéré, après beaucoup de raisonnements,de n'aller plusse commettre à des moines relâchés et que chasque directeur auroit le droit de convoquer chez soi l'assemblée, durant le temps de son directoriat. » Registre de l'Académie, fol. 222.
(2) (( Ce lundi, i5 mars (1671), on s'assemble chez M. de Boche pour avoir trouvé la porte du lieu ordinaire de l'assemblée dans les Cordelliers fermée. On délibère de faire pleinte à ces Révérends Pères de cet inconvéniant et de leur remonstrer l'or-
s'était arrangé et les religieux étaient restés « les hôtes ordinaires de l'Académie. »
Cette fois la rupture fut définitive. L'Académie, à dater de i683, ne se réunit plus chez les Cordeliers : les séances se tinrent ordinairement chez le directeur et très souvent aussi chez M. Giffon (i). Le logement proposé dans l'hôtel de ville restait à la disposition de l'Académie, mais elle ne l'occupa jamais. Séguin, dans ses Antiquités, nous apprend où était ce logement, que le Registre qualifie dédaigneusement de réduit, et nous savons par lui, qu'au moment où il écrivait, l'Académie ne s'y réunissait pas encore (2). Dans la suite, nous ne croyons pas qu'elle y ait tenu ses séances.
dre particulier qu'ils ont reçeu parleur général, à son passage par cette vil[e, de caresser, honorer et loger l'Académie et de la reverire, adjousta le R. P. général. » Registre de l'Académie, fol. 94. Cfr. t. I. p. 25 1.
« Ce lundi, 22 octobre {i6']i),on s'assemble chez M. le sachristein, à cause de la porte qu'on trouve fermée du lieu d'assemblée accoustumé chez les RR. PP, Cordelliers. On se pleint avec raison et l'assemblée a délibéré de tesraoigner son grief aux supérieurs, après quoi elle prendra d'autres mesures. » Registre de l'Académie, fol. 102.
(i) Presque toutes les séances dont le Registre rend compte de mars i683, jusqu'à la fin, c'est à dire en mai 1684, se tinrent chez M. Giffon. Bougerel (Ms de M. Arbaud) et Séguin confirment ce témoignage, M. Gifton avait un très joli cabinet « remarquable par ses livres et par ses peintures, dont la pluspart sont de l'illustre Monsieur Mignard, peintre de Sa Majesté «dit encore Seguin, Antiquités, 2' partie, ch. Il, p. y, GilVdn était lié également avec Lebrun.
(z) « On nous conduisit ensuite dans une autre salle qu'on destine pour y loger messieurs de l'Acadcraie royale d'Arles, ce
Les séances solennelles, nous l'avons déjà dit, s'étaient tenues d'abord à la chapelle des Pénitents- Gris, qui se trouvait dans le couvent des Cordeliers. Après i683> l'Académie chercha un autre asile, et, au mois d'octobre 1687, ce fut dans la chapelle des Pénitents-Bleus qu'elle organisa la cérémonie funèbre, en l'honneur du duc de Saint-Aignan. Quelques jours après, elle assista à un service pour Bertrand de Meyran, dans l'église des Récollets (1).
qui nous obligera d'en dire quelque chose, avant de passer outre. En sortant de la salle du conseil, on entre dans une autre à main gauche, qui mène dans l'appartement que messieurs les conseils, à ce qu'on disoit, avoient donné à MM. de l'Académie royale, et cela par l'ordre exprès de Sa Majesté, qui fut intimé à feu M. de Boche, en son dernier consulat, par la bouche de M. le marquis de Chasteaurenard, et encore par une lettre de M. le duc de Saint-Aignan, protecteur de cette noble compagnie. Et je ne sçaurois vous dire pourquoy ces messieurs ne se sont pas encore logés dans cet appartement. Ils s'assemblent d'ordinaire tous les lundis, dans la maison d'un de leur corps (a), et dans les occasions considérables, où ils veulent rendre leur assemblée publique, ils le font dans la chapelle des Pénitents-Gris, qui est un endroit fort propre, comme il arriva à la naissance de Monseigneur le duc de Bourgogne. — Et en marge : — Cela arriva le .•9 octobre 1682, où les académiciens se signalèrent par mille petits ouvrages à la gloire du roy et par un fort bel opéra qu'ilâ donnèrent aux dames. «
Séguin, Antiquités d'Arles, »" partie, p. 24. Ce volume ne parut qu'en 1687, mais il était rédigé, en grande partie du moins, dès 1679. Voir les Mémoires de février 1680, Registre de l'Académie, fol. 181, verso.
(i) Les Pénitents-Bleus de N. D. de Piété furent établis en i549, sous la direction des Dominicains. Leur chapelle, adossée
(a) En marge : dans la maison du sieur Giflbn.
— IfiO —
Les Grignan qui occupaient le siège d'Arles et qui étaient très favorables à l'Académie, ne firent point pour elle ce que Séguier, évêque de Nîmes (i), fit pour l'Académie de cette ville, et plus tard Belzunce pour l'Académie de Marseille : ils ne lui offrirent pas une salle du magnifique palais restauré par leur soin. Il est vrai que l'Académie ne les choisit pas pour protecteurs, et que les gentilshommes qui la composaient se fussent fait un point d'honneur d'accepter cette hospitalité. L'Académie n'eut jamais de local lui appartenant, ni de lieu de réunion fixe. La coutume de s'assembler ainsi au hasard des événements n'était point favorable à la régularité des séances. Cette situation précaire, en se prolongeant, fut, à notre avis, une des causes qui contribuèrent h la décadence trop rapide de l'Académie d'Arles et peut être une des plus actives.
à la belle église des Dominicains, est devenue un magasin de bois. Les PcnitentP-Gris de la Sainte-Croix avaient été fondés,en 1349, à l'abri du cloître des Cordeliers. Les Pénitents-Noirs étaient le tiers ordre des Carmes , et dataient de i520. Les Pénitcnts- Blancs,établis en i532, avaient leur chapelle près l'Eglise paroissiale de Saint-Césaire, où elle existe encore : ils étaient sous la direction des Grands Augustins.
L'Eglise des Récollcts, ruinée sous la Révolution, appartient aujourd'hui aux Carmélites. WoW Musée, \'' série, p. 271-272. Trichaud, Histoire de la Sainte Eglise d'.\rlcs, t. IV, p. goetsqq.
(1) Il légua même à l'Académie de Nîmes une maison, 'où elle tint ses séances jusqu'à la Révolution. Note fournie par M. l'abbé Azals, de l'Académie de Nîmes.