‹ L'académie d'Arles au 17è siècle d'après les documents originauxChapitre 7 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les nouveaux Académiciens, MM. Chorier, d'Ubaye, de Faurc Fondamente, de Lubières , de Varadier , Petit, Du Port, de Servanes (i 679-1681).

Le 5 février 167g, la paix fut signée à Nimègue entre Louis XIV et l'empereur. La pacification était dès lors générale, et la France pouvait espérer de longues années de glorieuse tranquillité.

L'Académie devait en profiter et reprendre son activité bien diminuée « despuis que la guerre et le long bruict des armes avoient interrompu les chants des Muses. » La paix fut solennellement promulguée dans Arles. « Le 25 janvier 1679, messieurs les consuls ayant reçu ordre de M. de Rouillé, intendant et commandant dans la province, en l'absence de M. le comte de Grignan, de faire publier la paix entre la France et l'Espagne, ils firent faire ladite publication par toute la ville à son de trompe, étant accompagnés de la noblesse et de la bourgeoisie. Après la lecture faite dans tous les carrefours, on criait : «"Vive le roy. » Il y eut le soir un feu de joie à la place, où M. le Viguier

(Etienne de Meyran d'Ubaye) et le capitaine de la ville assistèrent, à la manière accoutumée. On avait chanté le Te Deum, quelques jours auparavant (i). » Les académiciens que la guerre avait éloigné d'Arles purent y revenir, et plusieurs demandes d'admission furent présentées. Malheureusement, il était « tout à faict nécessaire devant toute autre chose d'avoir l'aggré ment et l'attasche (s'il fault ainsi dire) de M. le duc protecteur (2). » Cette obligation ne fut pas toujours à l'avantage de l'Académie. Non seulement elle entraînait de très longs retards, mais elle écartait des sujets qui eussent grandement honoré « le petit corps », car le duc de Saint-Aignan n'était guère disposé à donner son agrément qu'à des gentilshommes, et n'était point assez à l'abri des sollicitations intéressées de ses amis de Paris et de la cour.

A la séance du 20 décembre 1677, Giffon avait présenté la lettre de demande de Chorier, dont il parla « comme d'une personne extraordinaire. » L'Académie n'avait voulu prendre aucun engagement, de peur de promettre plus qu'elle ne pouvait faire, car il fallait connaître la volonté du roi, avant de recevoir aucun académicien. On repondit donc à Chorier, le 10 janvier 1678, que si son admission ne dépendait que du

(i) Bibl. M«îjaues, Registre des noms des sindics ou consuls et autres officiers politiques de la ville d'Arles, Ms 807, p. 22. (a) Registre de rAcad<5niie, fol. 179, verso.

consentement de l'Académie ce serait chose faite, mais que Giffon lui expliquerait en détail les motifs du retard qu'elle s'imposait (i). Au mois de juin 1678, Chorier manifesta « ses impatiences touschant la bonne paroUe qu'il espère de sa réception, » et il est probable qu'il fut reçu peu après, car la lettre du duc de Saint-Aignan, en date du i3 mai, leva les difficultés d'interprétation des lettres patentes et Roubin avait instruit plus complètement l'Académie des volontés du roi et du protecteur (2). Néanmoins le Registre n'indique pas la date de la réception de Chorier.

Beaucoup de « personnes de mérite et de qualité » étaient sur les rangs, dès 1678, mais aucune ne fut admise avant l'arrivée de Roubin.

Au mois de mai 1679, rien n'était encore décidé à cet égard, au moment où le marquis de Grille partit pour Paris. En son absence, vers le mois de juin, MM. Bertrand d' Ubaye de Vachères, César de Vincens de Servanes, lieutenant criminel, et l'abbé Gilles du Port envoyèrent leurs lettres de demande. Gifîon, substitut du secrétaire, reçut encore d'autres demandes -^^t à tous il répondit, selon les instructions reçues de Paris, qu'il fallait, au préalable, obtenir l'agrément du

(U Registre de l'Académie, fol. 16S et i6g, passira. Voir aussi p. 47 et la note au bas de la page.

(2) Registre de r.\cadémie, fol. 17 3, verso, et plus haut p. 85.

protecteur (i). Ce dernier manifestait, d'ailleurs, toujours plus d'affection pour l'Académie, ainsi que l'attestaient les lettres successives de M. de Grille (2).

Giffon avait réuni les lettres des candidats et les avait adressées à M. de Grille, pour les remettre au protecteur ; mais M. de Grille quitta Paris, avant de

(i) « M. Giffon en qualité de substitut reçoit les lettres et les expose ensuite, selon son obligation, à messieurs de l'assemblée. Il ne menque pas de remonstrer aux prétendans, s'il y en a, que c'est de leur debvoir d'escrire à M. le duc protecteur, de lui demender son agrément, et ensuite à tous ceux qui composent le corps accadémique. Il dict après cela que bien des gens demcndent leur réception dans l'Académie, mais que le nombre des prétendants surpassant celui des 3o, dont Sa Majesté permet la réception, il ne croit pas qu'il soit de la bienséance de les commettre, et qu'il vaut mieux laisser les gens dans l'erreur que de les en tirer par un refus.» Registre de l'Académie, fol. 179, verso. Mémoires de juin, juillet, août, septembre 1679.

(2) « M. le secrétaire qui tasche de sa part à faire les honneurs de l'Académie, visite M. le duc de Saint-Aignan, l'entretient à reprises des eraploys de ce petit corps, et ne perd pas un ordinaire pour informer messieurs ses confrères de tout ce qui peust les satisfaire. » Registre de l'Académie fol. 179, verso.

« M. Giffon, substitué de secrétaire, monstre une letre pour l'Académie qu'il a reçcu de Paris, par laquelle messieurs de l'Académie sont informés des entretiens les plus parliculliers qu'a faict M. le marquis de Robias avec M. le duc de Saint- Aignan, et comme ce duc a toujours plus d'amour et d'empressement pour cette Académie. » Registre de l'Académie, fol. 180.

M. de Grille envoyait copie à ses confrùrcs d'une lettre que lui avait écrite le duc, pour s'excuser de n'avoir pas été chez lui, lorsqu'il s'y était présenté.

Au très brave et courtois chevalier, Dom Robias d'Estoublon, salut. A vous seigneur chevalier, vrai parangon de toute prouesse et de clairté d'engin, moi chétif qui oncqucs n'eus connoissance de vostrc arrivée en icelic noble cité, moult douleurcusc-

- 16.1 — les avoir reçues (i), ce qui donna quelque inquiétude aux académiciens. Les réceptions furent encore retardées et les lettres semblent avoir été perdues.

Le Registre ne contient que la réponse du protecteur relative à M. d'Uhaye. Ce dernier, parent de M. de Châteaurenard, était à Paris aux mois de dément me compleins de m'avoir teu jusques à huy le sujet de tant merveilleuse liesse, et de m'avoir en outre faict passer celui jour seulet en mon hébergement à vostre de'sire'e venue attendre ; au lieu qu'esbatre, desduire et soulascier me pouvoye entre gorgiasses dames et cointes pucelles, par moult gracieux devis, or ne sçais, par mon chief, cher syre,ou vous repaire, etcontreint suis meintenant de salir hors mon hostel et de moi bouter en voye, pour mes besoignes appareiller, et mes négoces accomplir. Dites donc à cet Allobroge qui mon huys trop bien garde, en quel endroit de ce bas monde trouver vous p£)urroy-je,etIors irai moult isnellement vous ramentenoir qu'à tousjours-mais veuil estre, beau seigneur, votre sierf immuable a Dom Giiidom le Sauvage. »

Registre de l'Académie, fol. r8o.

(i) « .M. Giffon, substitut du secrétaire, a dict qu'il est bien raarry de s'estre chargé des lettres de ces messieurs les prétendans, pour M. le duc de Saint-Aignan, parce qu'il apprend que M. le marquis d'Estoublon, auquel il les avoitaddressées, partoit de Paris environ le même temps que les lettres partoient de cette ville. En effect, ce M. le secrétaire qui avoit escrit du jour de son départ, ne le change point, et ayant pris congé de quelques amis de l'Académie Françoise, et principallement de M. le protecteur et de M. Charpentier, arrive à Lion le 20 novembre, et là ou à Vienne, l'élévation de la rivière, les vents dangereux et les mauvais chemins le forcent d'arrester. Il se rend malgré tout cela sur la fm de novembre en Arles, où sa première visite fust celle de l'Académie.Il rend compte à tous les confrères, qui n'estoient que sept en tout, de son voyage de Paris. Ils s'affligent ensemble des lettres esgarces, qu'avoient escrit ces messieurs les prétendans à leur réception, on croit qu'il fault les prier d'en reffaire d'autres. > Registre de l'Académie, fol. 180, verso.

cembre 1679 et janvier 1680. Il vit lui-même le duc de Saint-Aignan, qui donna son consentement à son admission, par une lettre adressée à M. de Grille (i), en date du 25 janvier 1680.

Quelques jours auparavant (2 1 janvier), le duc avait perdu sa femme, Antoinette de Scrvien (2).

Informée de ce malheur par MM. de Châteaurenard et d'Ub^ye, l'Académie crut de son devoir de 'i tesmoigner à M. le protecteur la part que prend en sa douleur tout le corps. » M. de Grille, rentré depuis peu à Arles, rédigea la lettre, qui fut remise au duc par

(i) Monsieur, ^

« Il fault avoir bien de qualités pour estre digne d'entrer dans un corps dont toutes les parties sont si considérables, mais quand M. le marquis de Robias est satisfaict du mérite de quelcun, il fault qu'il en ait infiniment, je le suis si fort du mérite de M. le marquis d'Ubaye que Je ne sçaurois, monsieur, que louer et approuver au dernier point l'estime que messieurs de l'Académie royalle ont pour lui. Je souhaiterois bien de pouvoir soustenir la qualité de protecteur,dont il vous a pieu m'honnorer, comme il soustiendra tousjours celle d'académicien, et comme je ne désire pas moins d'estre creu de vous, autant que je le suis, monsieur, vostre très humble et très obéissant

serviteur.

Le Duc de Saint-Aignan.

A Paris, ce 2 5 janvier 1680. »

Registre de l'Académie, foi. 181.

(2) «Antoinette de Servien, femme de François de Bcauvilliers, mourut ici le vinglunièraede ce mois.» De Paris,le 27 janvier 1680. Galette de 1680. Le P. Anselme, t. H, p. 3 10, fixe sa mort au 19 janvier 167g. C'est une erreur. L'abbé Trabouillet, dans son Etat de France, 1718, t. 1, p. 262, indique la date du 20 janvier 1680. Voir Ibid., t. I, p. 199, 260, 26t.

MM. de Châteaurenard et d'Ubaye « tout à temps, c'est à dire un jour avant le despart du roy et de la cour pour Châlons (i), » à la rencontre de la nouvelle dauphine.

Monseigneur, 0 L'Académie royalle qui ne subsiste que par vous, ne sauroit avoir des passions ni de mouvemens que les vostres. Elle aime le roy et la belle gloire comme vous les aimez , elle s'afflige aujourd'huy avecque vous et vous proteste que son veufvage et sa douleur ne finiront qu'avecque la vostre. M. le marquis de Chasteaurenard, que nous avons prié de vous présenter plus particulièrement nos très humbles regrets, nous apprendra de quelle manière il fault que nous pleurions vostre perte. Vostre tendresse pour tout ce qui vous tousche, vous la faict voir incomparable, et comme il est seur que Dieu proportionne toujours ses coups à la force et à la grandeur des âmes, nous tremblerions longtemps pour la nostre, si nous n'estions assurés qu'elle n'est pas moins chrestienne qu'elle est héroïque. C'est donc à vous, Monseigneur, de conduire nos larmes en cette occasion, commandez-nous de vouloir tout ce que Dieu veut, en le voulant bien vous mesme, et faictes nous l'honneur de croire que

[i] Le roi partit de Saint-Germain le 22 février, se rendit à Dammartin, puis à Viilers-Cotterets (27 février). Il en repartit le 2 mars, vint à Soissons, à Fismes, à Reims où il coucha(4 mars), et le 5 mars il était à Chàlons,avec la reine. V. La Gazette de 16S0.

personne ne peust entrer plus fortement en tout ce qui vous arrive que nous, qui sommes, Monseigneur, etc.

Les académiciens de L. R. D.

RoBiAS, secret, perp. (i). »

Le duc de Saint-Aignan « parust infiniment satisfaict » de cette lettre et répondit sans retard à l'Académie (23 février 1680). M. d'Ubaye, apporta cette réponse à Arles, au commencement de mars. Elle fut insérée dans le Mercure Galant du mois de mars, avec celle de l'Académie (2).

(i) Registre de l'Académie, fol. 181. « M. Courtin, de Paris, a envoyé une élégie à ce mesme duc, sur le sujet qu'il a de se consoler par l'assurance qu'il doit avoir du bonheur qui fera l'éternelle récompense des vertus de feue M"* de Saint- Aignan. Ce sont des veùes qui modèrent la douleur, mais elles ne réparent pas les pertes qu'on faict. » Registre de l'Académie, fol. 182, verso. Dans le Mercure de juillet 1678, p. o~b, il est fait une longue relation de la fête donnée à l'occasion du mariage de M. Courtin, seigneur du Saussoy, écuyer du roi, avec M"» de Keser de Gand, demciselle d'honneur de M"»* de Montespan ? Est-ce celui dont il s'agit ici ? W. Mercure d'ocX. 1677, p. 254.

(2) Ces deux pièces ne nous semblent pas mériter tous les éloges que les académiciens leur décernaient un peu trop généreusement, dans une des séances du mois d'avril 1680.

« On resona longtemps sur l'honnesteté et l'élégance et tout le reste qu'on loua beaucoup de cette réponse. M. Giflbn a dict qu'elle estoit imprimée et qu'il l'avoit desj<î veue dans le ^fercure Galland. M. de Beaumont a dict que la lettre de l'Académie, qui avoit mérité ceste response, estoit encore imprimée, et qu'il les avoit veues, et l'une et l'autre, dans le Mercure, ce qui ne dcbvoit surprendre personne, puisque le sieur de Vizé, prennent soing de recueillir des mains de ses amis tout ce qu'il peut de meilleur, pour remplir son histoire mcnsalc, on l'auroit mal servi apparemment, si on ne lui eust donné ces deux lettres, qui sont d'autant meilleures, selon les gens de ^oust, qu'il est

Messieurs, a J'avois sans double mérité le rude coup que je viens de recevoir, par mon trop d'attaschement aux choses de la terre, mais je ne méritois pas la sensible part que vous voulez bien y prendre. Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai reçeu des marques de vos bontés pour moi, sans vous en avoir encore donné de ma reconnessance , c'est un malheur que vous pouvez finir quand il vous plaira, en me faisant naistre des occasions de vous la tesmoigner. La belle et obligeante lettre, qu'il vous a pieu de m'escrire, et le discours éloquent de M. le marquis de Chasteaurenard ont suspendu ma douleur, et je veux tascher à la modérer, pour faire cesser la vostre. Si quelque chose peust me porter à conserver une vie qui me sera souvent ennuyeuse, ce ne peust estre, messieurs, que l'espérance de l'employer pour ce grand roy que vous aimez tant, et pour avoir lieu de vous faire connoistre combien véritablement je suis, messieurs, vostre très humble et très obéissant serviteur,

Le Duc de Saint-Aignan (i). «

très difficile de ne faire point d'incongruité, ou selon la bonne cour et le génie du siècle, ou selon la solidité des consolations, ou selon le fin et le beau du style, en ces matières sèches et stérilles pour avoir esté trop rebatues, car on meurt et on tasche de consoler les gens despuis le commencement du monde par tout le monde. « Registre de l'Académie, fol. 182, verso.

(i) Registre de l'Académie, fol. 182, verso. Le duc se consola bien vite de la mort de son idole, (voir lettrçs dç M"* de i>ét

Les réceptions de membres nouveaux furent différées très longtemps, M.d'Ubaye lui-même, ne fut admis définitivement qu'au mois de mai 1680, deux mois après son retour. Puis l'élection de M. de Vertron, que l'on négociait déjà en avril, absorba l'attention.

L'Académie avait fait en la personne de M.d'Ubaye, l'acquisition d'un membre, dont elle espérait beaucoup d'honneur (i).

Il fut convenu qu'on le recevrait, mais qu'il renouvellerait sa demande et ferait ses visites. Le 1 1 mai 1680, on l'admit à la séance tenue chez le directeur, M. de Beaumont. « C'est là où les petits compliments

vigne Ed. Régnier, t. VI, p. 209), car il se remaria, par contrat du 7 juin 1680, avec Françoise Géré de Rancé, dite M"» de Lucé, fille de Jacques Giré et de Claude de Nevers, âgée de 38 ans, et qui mourut en 1728. V. dans le Mercure Galant de mars 1681, p. 216-226, une lettre de Saint-Aignan à Louis XIV, pour lui annoncer la grossesse de sa femme. Le mariage avait eu lieu au commencement de juillet iGSo, Ibid. p. 2i3-2i5. Leduc eut encore trois enfants, dont François Honorât Antoine, né le 6 octobre 1682, et nommé, en 1713, évêque de Beauvais. II avait eu onze enfants de sa première femme Antoinette de Servien, qu'il épousa en i633, et qui mourut à Paris, le 21 janvier 1680. Klle fut enterrée dans l'Eglise des Capucins de Saint-Aignan. Voir Histoire de la Maison de France, des Pairs, etc., par le P. Anselme, t. IV, p. 719, et t. II, p. 3io.

(i) a M. le secrétaire a monstre la lettre que M. le protecteur escrit en faveur des prétentions de M. de Vachières. Il dict qu'il est juste de ressoudre enfin sa réception, que ce jeune gentilhomme bien faict de corps et d'esprit, comme toute la ville cognoit, avoit escrit à l'Académie il y a plus d'un an, mais que la lettre s'estant égarée, il n'est pas juste qu'il souffre de cet inconvénient. " Rei^istrc de l'Académie, fol. 187, mai i'">Mn.

d'amitié préviennent les affaires de la compagnie. M. de Beaumont, directeur de ce mois, faict un discours moral et sçavant sur Testât et le caracthere du parfaict accadémicien, ce qu'il applique avec beaucoup d'honnesteté et d'éloquance à M. de Vachières, celuicy repart de mesme et tesmoigne beaucoup de zelle pour le corps et beaucoup de reconessance pour tous ces messieurs , qui lui vouloient donner leurs suffrages. M. le secrétaire faict ressouvenir l'assemblée que ledit M. d'Ubaye, outre toutes Tes parties d'un parfaict honneste homme, avoit encore un droit d"accadémicien que pas un autre de la compagnie n'avoit eu, c'estoit le suffrage et l'approbation de M. le duc de Saint-Aignan. On délibère de mettre dans le Registre cette deuxiesme lettre par laquelle M. le moderne académicien avoit demendé sa réception (i). »

(i) Registre de l'Académie, fol. 187. La lettre se trouve au verso. Le 1 1 mai, M. de Beaumont^ directeur, fit un discours sur l'importance des Académies, fol. 187, verso.

« Ce lundi, i" juillet 1680, on s'assemble chez M. de Beaumont. M. d'Ubaye a lu un discours qu'il s'esloit obligé de faire de l'importance et utilité des conférences académiques. On l'a trouvé dans toutes les règles de l'art, et très conforme à la belle manière d'escrire selon le génie du siècle. On n'a pas pu s'empescher (contre la coutume des sages) d'admirer l'ordre et l'économie aussi bien que l'éloquance de cette pièce, jusquà dire à l'honneur de ce jeune accadémicien que s'il ne s'ennuie point de bien faire, comme tant d'autres, et qu'il contenue d'escrire, on dira sans profaner l'escriture par cette citation : Et erunt novissimi prirai. » Registre de l'Académie, fol. 191, verso.

On pria M. d'Ubaye de remettre son discours, « pour en fairç

Elle est datée du i3mai. Le lundi, 26 mai, M. de Vachières signa au Registre et prêta serment entre les mains du directeur, selon l'usage. On envoya aux a amis absents » le récit de sa réception (i).

Bertrand de Meyran, était fils d'André de Meyran, seigneur d'Ubaye, de Saint-Vincent, de Vachères et de Sainte-Croix , et de Françoise de Barrême^ fille de Jacques de Barrême (de Tarascon ), et d'Anne de Privât de Molières, par conséquent, grand' tante de René de Barrême. Il naquit, en i658 (2) et épousa, en

honneur à l'Archive. II s'en est excusé et l'a reffusé par humilité. » Jamais il ne fut remis au secrétaire.

Voir dans le Recueil de diverses oraisons funèbres, discours, etc., des plus célèbres auteurs de ce temps, 4 vol., in-i 2, Bruxelles, François Foppens, 1682. Troisième partie, p. 220, un discours de M. Berthemet, (avocat en parlement), sur l'avantage des conférences académiques, et p. 3oi, un discours de l'utilité des Académies, par l'abbé Tallemant de l'Académie française, le 27 mai 1675, cité dans le Recueil des Harangues, etc., prononcés par messieurs de l'Académie françoise, Paris, in-4", 1698, p. 258.

En octobre 1675, M. de Grille, directeur, fit un discours de l'Utilité des Académies. Charpentier a publié un discours de V Excellence et de l'Utilité des exercices académiques. Voir son Eloge, par d'Alembert, œuvres, 1821, t. Il, p. 212 et sqq.

(1) Registre de l'Académie, fol. i88.

(2) Bertrand ne peut être né qu'en i658 au plus tôt, car le mariage de son père est du 21 octobre 1Ô57. Son contrat de mariage avec Anne de Merle, fut passé a Avignon, le 17 octobre 1677, par Bernis, notaire de cette ville. Il y avait déjà en plusieurs alliances entre les familles Meyran et Merle : en 087, Jérôme de Meyran, arrière grand-père de Bertrand, avait épousé Marie de Pagan, fille de Ferdinand de Pagan, et de Marie de Mojlc de Bcauchamp8,et Thérèse de Meyran, tante paternelle de Bertrand, épousa Louis de Merle de Pcauchamps. Les principales familles

lôyy» Marguerite Anne Marie de Merle de Beauchamps, tille de Balthazar, et de Diane de Villardy Quinson. Par ce mariage il devint le parent du marquis d'Aymar de Châteaurenard.

Le 23 février 1668, Bertrand de Meyran fut maintenu dans sa noblesse avec son père. Il appartient à la première des deux familles du nom de Meyran existant dans Arles, issues du même tronc, mais anoblies ù diverses époques, et qui, en vertu d'une transaction faite en 1667 , portaient les mêmes armes : paie, contrepalé de cinq pièces d'argent, à une fasce d'or brochant sur le tout. Ce sont les vieilles armes des Meyran, telles qu'on les vit longtemps dans l'Eglise Saint-Trophime, dans celle des Minimes, dans celle des Récollets et dans celle de Saint- Lucien d'Arles, où était leur tombeau de famille.

auxquelles sont alliés les Meyran, sont les Grille, les Quiqueran de Beaujeu, les Porcelet, les La Tour, les Romieu, les Chiavari, les Méjanes, les Barréme, les Laugier de Momblan, etc.

Les Meyran ont exercé très-souvent les grandes charges civiles d'Arles ; plusieurs furent viguiers, et, en 1680, c'était un Meyran qui, depuis le mois de mars 1674, avait succédé au viguier Jacques de Grille, secrétaire de l'Académie. Registre des nomsdes sindics ou consuls et autres officiers politiques de la villes d'A ries Ms 807, année 1674. Etienne de Meyran, viguier et capitaine pour le roi de la ville d'Arles, est de l'autre branche des Meyran (Robert de Briançon, t. If, p. 379). Il avait épousé, en i65o, Catherine Césarie de Grille. Son fils Jacques épousa Blanche Thérèse de Grille, fille de Jacques de Grille, et fut viguier de 1687 à 169"?. On voit que les alliances des Meyran, et des Grille sont très nombreuses.

Bertrand eût plusieurs fils qui moururent sans enfants, et la branche des Meyran qu'ils représentaient s'éteignit dans la branche des Meyran , seigneurs, puis marquis de Lagoy (i).

Un des oncles de Bertrand, Paul Antoine de Meyran^ né à Arles, en i636, mort à Avignon, en 171 3, se fit minime. Il a laissé la réputation d'un homme de grande vertu, de grande science théologique et d'éloquence peu commune. On a de lui quelques ouvrages imprimés (2). Il était neveu du savant comte de Pagan (i 604-1 665).

En 1681 , Bertrand de Meyran retourna une se-

(;) Les lettres patentes de Louis XIV sont de novembre 1702, en fnveur de Jean de Meyran, premier consul d'Aix, en 1687. Elles furent enregistrées en la Cour des Comptes de Provence, le 19 décembre 1702, et au Bureau des Finances de la Généralité, le 8 novembre 1706.

(2) Voir, Hommes Illustres de Provence, t. II, p. 299; Ms 388, Bibliothèque Méjanes, p. 355 ; Ms 1060, 2* partie, p. 45. Ni Artefeuil, ni Robert de Briançon ne mentionnent ce personnage, dont l'Annaliste des Minimes d'Arles, parle en ces termes, à la date de i653, date de son entrée en religion : « Le R. P. Paul -Vntoine d'Ubaye étant novice dans notre ordre dans le couvent d'Avignon, fit son testament, (M* Guilhct, notaire d'Avignon), par lequel il légua à ce couvent (d'Arles^ 3oo 1. en capital avec sa pension au dernier vingt, et institua pour son héritier, M. son frère, noble André de Meyran, seigneur d'Ubaye et de Saint-Vincent ; le fils de celui-ci, dit M. d'Ubaye Vachères, nous fait aujourd'hui ladite pension. Ce testament est cotté au Livre Rouge, fol. 104. » Annales des Minimes d'Arles, par le P. Melchior Fabrc, Bibliothèque Méjanes, Ms 547.~Annc de Laiigier (tante de Pierre de Laugier Momblan), avait épousé, en i635, Guillaume de Meyran, de la branche des Lagov. '

conde fois à Paris ei s'occupa des affaires de l'Académie. Il fut l'un des juges du concours poétique établi par le duc de Saint- Aignan. Le Registre mentionne avec de grands éloges le discours qu'il prononça à sa réception, et celui qu'il fît plus tard devant l'Académie de Nîmes, au nom de ses collègues. S'il faut en croire Ménard (i), il se rendit, en 1684, à Aix, pour « traiter de la charge d'avocat général au Parlement de Provence. >^ En tous cas, la négociation n'aboutit point, car Bertrand resta dans la ville d'Arles, où il fut consul noble, en 1686, Il y mourut, à peine âgé de 29 ans, en 1687 (2).

(i) Histoire de Nîmes, t. VI, preuves, p. 127. Compte rendu de la séance de TAcadémie du 19 avril 1684. Voir Registre de l'.Académie d'Arles, fol. 23o, verso. Séances de mai 1684.

(2) Les auteurs rapportent diversement la date de sa mort : selon le Mercure Galant d'octobre 1687, (édit. de Lyon), p. 146, il serait mort le i3 août « d'une maladie qu'il avoit contractée par trop d'application à servir les Pauvres de l'Hôpital, dont il estoit le premier recteur » ; selon J. D. Véran dans ses Annales d'Arles, {Musée, t. III, p. 71), « le 29 mai, M. Bertrand de Meyran de Vachères, premier consul, prit mal en portant le dais à la procession de la fête Dieu ; il mourut quinze jours après. » D'après une note de M. duRourc, il serait mort le 14 février 1687, et d'après la Lauzière en février 1688. L'opinion du Mercure est celle qui semble otTrir le plus de garantie, car on n'eût pas attendu plusieurs mois pour la cérénjonie funèbre, en son honneur, et elle fut célébrée au mois d'août 1687.

M. de Vachères fut enterré dans l'Eglise des Récollets (Mercure Galant). Un de ses fils, mort le 4 décembre 1767, sans postérité, fut baptisé à Arles, le 17 janvier ibSô, paroisse Saint- Anne. Il semble avoir été le dernier de sa branche.

Sur les .Meyran, voir : Robert de Briançon, t. Il, p. 372 et sqq. ;

Durant les mois de ju-n, juillet, août et septembre 1680, l'Académie s'occupa des questions soulevées par M. de Vertron. En octobre, M, de Grille partit pour Paris et ne revint qu'au mois de mai suivant (1).

Artefeuil, t. II, p. i3o et sqq. ; Maynier, Nouveau Etat de Provence, p. 97 ; la Noblesse d'Arles, par Pierre Véran, p. 67 et 154; Mémoires d'Arles, Ms 388, p. 355 ; Nobiliaire d'Arles de Bonnemant; les différentes Histoires de Provence. Archives des B.-du-R., série B, Registre i356 et 1364.

Le marquis de Lagoy, actuellement en résidence à Aix, a hérité

des titres des Meyran, dont il est le descendant direct. tJous lui

devons quelques indications utiles, dont nous le remercions.

(OVoir Registre de l'Académie, fol. 195,197; plus haut p. 145:,

et le chap. consacré à de Vertron ci-après.

Il est certain que M. de Grille venait négocier l'admission de son fils aîné François, comme page de la chambre du roi. Le duc de Saint-Aignan était un des quatre premiers gentilshommes de la chambre, qui servaient alternativement une année entière, et qui avaient le droit de désigner les pages. Son année de service arrivait en 1681, et il accueillit avec plaisir la requête du marquis de Grille. Le jeune François l'en remercia par le madrigal suivant :

« Je lesçay bien, grand duc, qu'il faut que je vous aime, Mon cœur me l'a dit mille fois.

Et pour tant de faveurs que de vous je reçois, Ma reconnaissance est extrême.

Mais si pour soutenir l'honneur de mon empioy. Je veux vous imiter et me faire une loy De ce que vous faites vous même.

Je n'auray plus d'amour ni pour vous ni pour moy. Mon cœur sera tout pour le roy. »

Ces vers sont d'un habile courtisan, et M. de Vertron y répondit par un quatrain de sa façon :

« Etre bien fait, sçavant et sage, Et composer de jolis magrigaux, C'est n'avoir point à la chambre d'égaux, C'est être, en un mot, hors de page. » Voir, Ms de Bougcrcl appartenant à M. Arbaud, notice l-II. Sabatier lui adressa une épîtrc, qui est la IV*"- du Recueil. 76 vers.

Durant son séjour à Paris, le marquis de Grille avait reçu plusieurs demandes d'admission. « M. l'abbé de Poussan, d'une des meilleures familles de Languedoc, l'abbé Boysleau^(\n\ passe sans contredict pour le plus éloquent d'entre les jeunes prédicateurs, M. Delaistre, cet illustre et dernier traducteur du panégirique de Trajan, et bien d'autres ne balancèrent point de s'addresser à moi pour vous demander l'honneur d'estre aggrégés à vostre Accadémie, L'abbé d'Anjeau, frère du marquis gouverneur de Touraine, m'a faict l'honneur de ra'appeler souvent dans ses conférences accadémiques dont il est le chef, (àl'hostel d'Anjeau, place Royale, le jeudi de chasque sepmaine), il m'a faict cet honneur sous les auspices de vostre réputation, mais je me suis tousjours attendu à vous entretenir du mérite de ces prétendans, et de vous laisser mesnager vos suffrages avec la sagesse et la circonspection que vous avez pratiquées en pareilles rencontres (i). »

(i) Registre de l'Académie, fol. 197. Les conférences tenues chez l'abbé de Dangeau frère du marquis, plus tard protecteurde l'Académie d'Arles, eurent grande vogue, en leur temps : « Il rassemblait chez lui, un jour de chaque semaine, plusieurs gens de lettres distingués, et d'autres personnes recommandables par leur mérite. Peut-être serait-il à désirer, et c'était un des vœux littéraires de l'abbé de Dangeau, que ces espèces d'associations domestiques et privées, mais toujours sages et décentes, fussent plus communes entre les gens de lettres... S'il ne résultait pas de ces conférences, comme l'observait l'abbé de Dangeau, les ouvrages finis et terminés, que peuvent produire les corps littéraires, il en sortirait des esquisses plus hardies, plus animées, plus

II était d'avis, d'ailleurs, qu'il fallait recevoir ces messieurs, et bien qu'on crût, à Arles, qu'ils ne demandaient à être aggrégés à l'Académie que pour avoir par là leurs entrées à l'Académie française, il conseillait de ne pas s'arrêter à cette pensée, car les académiciens de Paris savaient faire la différence entre les simples aggrégés et les véritables académiciens (i).

Le 2 janvier 1681, eut lieu la réception de MM. de

marquées peut-être au coin de l'invention et du génie.... La plus parfaite liberté dans les opinions était la première loi de la petite Académie ; et il n'abusa jamais, pour y donner le ton, ni de son rang, ni de son mérite... Cette société d'hommes honnêtes et instruits lui était si chère, qu'étant à son dernier moment, le jour où elle s'assemblait chez lui, il défendit qu'on renvoyât aucun de ceux qui avaient coutume de s'y rendre. » Eloge de Dangeau, par d'Alembert, Œuvres complètes, 1821, t. II, p. 559-56o. Ces réunions étaient à la fois politiques et littéraires, et les membres les plus assidus étaient le cardinal de Polignac, les abbés de Longuerue, de Choisy, de Saint-Pierre, Du Bos. Dangeau, mourut le i" janvier i 723, qui était un mercredi, jour ordinaire des réunions, dit l'abbé Alary, légataire universel de Dangeau, cité par d'Alembert. Il est à croire que le jour fut modifié, puisqu'on 1G80, c'était le jeudi. Voir la Bruyère, édition Régnier, t. I, p, 547 et sqq. Cfr. Mémoires de Niceron, t. XV,

(i) « Pour ce qui est de tous ces messieurs nos confrères aggrégés ou prétendants aux honneurs de vostrc Académie, dont vous avez pensé que messieurs de l'Académie françoise scroient rebutés, je vous dois dire, messieurs, que c'est une fausse allarme qu'on vous a donnée, ou que vous avez prise. Je veux croire que ce n'est pas sans raison et sans apparence, mais ce sera toujours sans effect, et je suis tcsmoin oculaire que ces messieurs de l'Académie françoise, (lors mesme qu'ils ne nous rendent pas tout ce qui nous est dû) font une grande différence des académiciens d'Arles aux aggrégés ou externes, et qu'ainsi nous ne debvons faire aucune dilTiculté de recevoir tous ceux qui se présentent, s'ils ont d'ailleurs toutes les qualités requises,

Montmirail Lubîères et de Faiire Fondamente . Leur élection avait été soumise à l'approbation du protecteur, par le niarquis de Grille (i). Dès qu'il y eut donné son consentement, ces deux prétendants écrivirent leurs lettres de demande, et furent admis quelques jours après. Comme ils se trouvaient dans Arles, ils observèrent toutes les formalités et leur signature se lit au bas des statuts (2).

selon rintention de Sa Majesté, et jusques au nombre qui nous est prescrit par nos dernières pattantes. » Registre de l'Académie, fol. 197, verso.

(i) « S'il vous souvient des lettres qu'on me prioit de lui rendre (au protecteur) touschant les réceptions de ces messieurs nos nouveaux confrères, je vous envoyai ces réponses et pour l'Académie royalle et pour M. de Montmiral, p. p. du Parlement d'Orang£, et pour M. de Faure de Fondamente. »

Relation du marquis de Grille, mai 168', Registre de l'Académie, fol. 197 (bis), verso.

(2) M. de Faure avait été admis à plusieurs séances de l'Académie. Voir sa lettre, en date du 27 décembre 1680, Registre de l'Académie, fol. 198, verso. La lettre de M. de Lubières est immédiatement avant ; elle est très flatteuse pour l'Académie. Il avait assisté lui aussi à plusieurs séances, sa lettre en fait foi. Elle mériterait d'être citée.

« Ces deux lettres ne prévindrent que de deux jours la récep' "ion de ces deux messieurs. Leur mérite avoit brigué pour eux, -t je trouve, dans les mémoires de M. GifFon, que, le jeudi 2 janvier 1681, l'Académie assemblée chez M. de Beaumont procéda I la réception de messieurs le présidant de Lubières et de Faure fondamente, selon les formes ordinaires, dont ces messieurs ft'estoient acquittés très exactement.

M. de B., directeur de ce mois, fist un discours sur l'importance ^^■ps Académies, après quoi, ces deux messieurs, ayant ouï faire ^^Hcture des statuts et règlements de l'Académie royalle, jurèrent ^^^■trc les mains du directeur de les observer de point en point, et ^^^Knèrent ensuite dans le Registre. Après quoi, M. de Lubières

Nous n'avons sur M. de Montmirail-Lubières que des données très incomplètes. Il était premier président du Parlement d'Orange. Il n'appartient pas à la famille Benault de Lubières, mais, croyons-nous, à la famille de Langes qui posséda la seigneurie de Montmirail (2), au XVII® siècle. Il doit être l'un des deux membres de cette famille, dont il est question dans l'Histoire de la Noblesse du Comtat. Nous devons donc nous contenter de rapporter ici ce passage :

« Frédéric de Langes , seigneur de Montmirail, de Lubières, de Saint-Sauveur et du Vilar, conseiller au parlement d'Orange, eut d'une alliance que je n'ai pu découvrir ;

Louise de Langes, dame de Montmirail, etc., qui épousa, vers 1660, Pierre Bérenger, baron de Violés, en la principauté d'Orange, seigneur de Beausain et de Pipet, en Dauphiné, dont la postérité prit le nom de Langes ;

fist son remerciement, avec autant d'éloquence et de force d'esprit qu'on pouvoit l'attendre d'un homme de son mérite et de son rang ; ce discours fut suivi de celui de M. de Faure Fondamente, qui ne fist pas moins esclater son érudition et sa politesse. • Registre de l'Académie, fol. iqg.

(2) Montmirail (Vauclusc) avait un vieux château aujourd'hui en ruines. Il en reste un pan du mur d'enceinte et une tour si délabrée qu'il semble qu'un coup de vent doive la renverser bientôt. Elle est appelée par les gens du pays, la Tour des Sarrasins, mais rien ne justifie cette appellation populaire. .Voir un article de AI. Gilles sur les Baumes de Venise. Vacqucyras-Montmirail, etc. Bulletin de Vaucluse, 1879, p. 21 3.

I. Frédéric Bérenger de Langes, baron de Violés, seigneur de Beausain, Pipet, Montmirail et Martignan, procureur général au parlement d'Orange, mort sans postérité légitime (i). »

François de Faiire Fondamenie , conseiller au parlement de Toulouse, naquit à Castres, de parents protestants, dans la première moitié du XVI I« siècle. Il était allié de Pellisson, qui lui dédia son Histoire de l'Académie française (2). Il avait du goût pour les choses de l'esprit, et il entretenait, parait-il, un commerce suivi de lettres avec les savants de son temps. Rien de lui n'a été publié, mais il avait composé des dissertations sur la science des Médailles, traduit une épître du romancier grec Aristénète (3oo- 358) contre les femmes et commencé une traduction de Quintilien. Il mourut en 1686 et le 9 août de cette année, Henri Guiran, conseiller au parlement d'Orange, prononça son oraison funèbre, à la séance

CO Pithon Curt, La Noblesse du Coratat, t. IV, p. 497.

(2) Nous n'avons pu contrôler cette assertion de Bougerel, car nous n'avons eu sous la main que les éditions de 1729 et 1743. Il y en eut plusieurs autres: i" Relation contenant THistoire de l'Académie Françoise, Paris, P. Le Petit, i653, in-8; 2» Nouvelle Edition, Jouxte la copie imprimée â Paris, chez Auguste Courbé, 1671, petit in-i2 ; 3» Nouvelle Edition, réimprimée sous le même titre, augmentée de la vie des académiciens reçus de i652 à 1671, Paris, L. Billaine, P. Petit, Jolly, 1672, in-12; 4» Autre Edition, Paris, Coignard, in-i2, 1700; 5» Autre Edition, continuée par D'Olivet, J.-B. Coignard fils, Paris, in-4, 1729 ; 6" autres en 1730 et en 1743, 2 vol. in-12; enfin, en i858, M. Livet en a donné une Edition annotée, chez Didier, Paris, 2 vol. in-8. V. Brunet, Manuel du libraire, article Pellisson.

de l'Acaûémie de Nîmes. De Faure en était un des fondateurs et il avait probablement déjà contribué à l'organisation d'une société littéraire à Castres (i).

Il était venu étudier de près le fonctionnement de l'Académie d'Arles, avant d'y solliciter une place. On pouvait espérer qu'il serait un membre zélé, mais il ne paraît pas qu'il soit revenu à Arles, bien que le Registre constate, à diverses reprises, qu'il n'oubliait pas ses nouveaux confrères.

Sept mois après la réception de MM. de Faure et de Montmirail , on parla de l'archidiacre de Saint-Andiol (2). « Le lundi unsiesme du courant

(i) V. les Délibérations de l'Académie royale de Nîmes, citées par Ménard, Hist. de Nîmes, t. VI, preuves, p. 142 et passim. Cfr, le Mercure d'octobre 1682, 2° partie, p. 262-267 ^' P^^^^ ^^^ le chap. IX. Malheureusement les dictionnaires biographiques et le Msde Bougerel, notice XXVIIl, sont très sobres de détails sur ce personnage un peu effacé. « Une Académie littéraire fut fondée à Castres, le 19 novembre 1648, par des juges de la Chambre de l'Edit, qui venait d'y être rétablie, elle y subsista jusqu'au i5 avril 1670. Ses statuts ont déjà été publiés dans les Chroniques Castraises ; des noms célèbres figurent sur la liste de ses membres. » Etudes historiques et documents inédits sur l'Albigeois, le Castrais et l'ancien diocèse de Lavaur par Claude Compayré, Albî, 1841, I vol. in-4, p. 489. Et il cite les fondateurs : MM. G. Pellisson, Ranchin, conseiller, Rappin, Thoyras, F. Pellisson, Balarand , J. Vcrdier, pasteur, Jean-Louis Jaussand, pasteur, Faure de Tourradour, Saint-Alby, Alègre père, de Roumcns, de Faure Fondamente, Gâches, pasteur, Dant, Rozcl, avocat général, Uarn, Ranchin, avocat, Nicolas, Scorbiac, Spérandieu, secrétaire.

(2) Les dates de la vie de Saint-Andiol sont didîciles à fixer = né en i63i, il fut archidiacre d'Arles vers 1645, après Gaspard I de Saint-Andiol, son cousin, que nous trouvons en fonction^, dès 1623 (Sacristie, livre B., Archives d'Arles).

(août 1681), on propose de remplir quelques places d'académiciens qui sont à remplir. M. le secrétaire propose M. l'Archidiacre de Saint- Andiol, dont les divers talants et l'amour qu'il a pour les belles lettres pourroient faire honneur à l'Académie. Tous ces messieurs demeurent d'accord de cette vérité, et tous semblent désirer que le ciel l'inspire de vouloir être des leurs (i). » Ce désir était facile à réaliser, et l'Académie n'essuya pas de refus. Son choix était très heureux.

Gaspard de Varadier de Saint- Andiol y était le second fils de Nicolas de Varadier et de Louise de Grille Robias, qu'il avait épousée, en 1620. Il fut baptisé en l'Eglise Sainte-Anne, le 18 juin i63i. Quinquaginta gravant miserum me circiter anni,

écrivait Varadier, à la première page des Juvenilia, en 1679. Il n'est donc pas né en 1623, comme l'assure le P, Bougerel (Ms de M. Arbaud, notice LVII). Il eut pour parrain Gaspard de Varadier, archidiacre d'Arles, son cousin, auquel il devait plus tard succéder, et pour marraine Isabeau de Forbin, pour sa fille Claire de Caseneuve femme d'Honoré de Faucher, lieutenant général. II y avait déjà eu, au XVI* siècle, un archidiacre de la famille des Varadier, François y oncle de Gaspard II du nom. Nous ne savons en

(i) Registre de l'Académie, fol. 204, verso.

quelle année ce dernier fut pourvu de cette dignité, qu'il possédait certainement, en 1676 (i).

(i) La similitude des noms rend les recherches assez difficiles' Gaspard I du nom était archidiacre, dès 1642. Le 18 mars, la commune vend trois cannes de plateforme, vers le boulevard de Digne, à Gaspard de Varadier, archidiacre de Saint-Trophime, (fol. 182 du Registre de Jean Daug'.ères, de Tannée 1642). Musée' t. Il, p. 280, Annales d'Arles, par J. D. Véran. Gaspard de Varadier est désigné comme archidiacre, dans une convention des consuls d'Arles avec Jean Vanens de Fontaine Peureuse, intendant et contrôleur de l'Argenterie, du iC juillet 1642, (Bibliothèque Méjanes, Rec. SiGSy, pièce I). Le j septembre iGôy, Gaspard, archidiacre d'Arles, fut parrain de J. B. de V^aradier fils de Laurens, marquis de Saint-Andiol et de Marguerite d'Adhémar de Monteil de Grignan, nièce de l'archevêque d'Arles. (Registres de la paroisse de Sainte-Anne). La marraine était Louise de Grille, douairière de Saint-Andiol, veuve de Nicolas qui mourut le 29 juillet 1642, premier consul d'Arles. Laurens est le frère puîné de l'académicien, marié en iGGi , avec Marguerite de Grignan, et qui jouissait du marquisat érigé, en i 656, à la sollicitation de Lduise de Grille leur mère, depuis la mort de Jacques leur frère aîné, mort lieutenant colonel du régiment de Mercoeur, sans postérité.

Sur la famille de Gaspard de Varadier de Saint-Andiol, dont nous avons déjà parlé, t. I, p. i53, en note, consulter Robert de Briançon, t. III, p. 189 et sqq. ; Ms 388, p. 3o3, de la Bibliothèque Méjanes ; La Chesnaye-Desbois, t. XIX, p. 482. La famille de Varadier était originaire du royaume de Naples, et s'était établie en Provence sous les princes de la maison d'Anjou. Elle comptait parmi les plus anciennes et les plus qualifiées. En 1674, elle avait fourni huit chevaliers de Malte (Bibliothèque Méjanes, Ms 909. Rolle de messieurs les chevaliers et commandeurs de la vénérable langue de Provence, en l'ordre de Malte, fait en la présente année 1674). Nicolas frère de Gaspard, fut reçu en 1646 et mourut commandeur. Le i" décembre 1667, Laurens de Varadier, marquis de Saint-Andiol, Gaspard, Louis et autre Gaspard, écuyers de la ville d'Arles, furent maintenus dans leur noblesse par les commissaires royaux. Voir, Bibliothèque Méjanes, Ms 819,

Il prend ce titre dans une lettre au P. Kirker, à la date du 25 septembre 1676, et l'auteur du Poème Provençal sur F Obélisque d'Arles, le cite parmi les illustrations de la ville. « Nous avons encore aujourd'huy M. de Saint-Andiol, archidiacre d'Arles, qui excelle dans la poésie latine, et qui a si dignement chanté la gloire et les triomphes de notre invincible monarque, comme il a pleuré par ses doux et admirables vers, la mort du grand maréchal de Turenne (i), ayant donné au public une infinité d'autres rares ouvrages qui font voir qu'il n'est pas moins illustre du côté de l'intelligence et de l'esprit que de la naissance. » Il est fait allusion, dans ces lignes, à diverses pièces de poésie que Gaspard de Varadier réunit plus tard (en 1679), en un seul volume qui forme un recueil des plus variés et des plus intéressants, sous le titre àeJiivenilia{2). On y remarque un esprit enjoué,

p. 3 1 3-3 16, et Archives des Bouches-du-Rhône, série B, Registre 1364. Jacques Joseph, seigneur de Saint-Andiol, comte d'Ornano, maître de camp de cavalerie au régiment de Royal- Lorraine, chevalier de Saint-Louis, mourut, en 1766; il était né en septembre 1723. Sa fille posthume fut baptisée à Arles, paroisse Sainte-Anne, le 22 janvier 1767. Il fut, croyons-nous, le dernier du nom. Les œuvres de Gaspard de Saint-Andiol sont mentionnées par Dubreuil, t. I, p. 254. Voir Ms 1060, p. 946! i35 ; Dictionnaire de Provence, t. II, p. 297. Les armes de Varadier sont, d'or à trois annelets d'Azur posés deux et un. Voir les armes de Gaspard de Varadier en lête des Juvenilia.

(r) Voir ces deux pièces, Juvenilia, p. 4 et G.

(2) Gaspard de Varadier de Saint-Andiol, doct. Theol. et Sanctae Arelatensis ecclesiae archidiaconi Juvenilia, seu de diver-

parfois caustique, une versification facile, une latinité soignée, aussi l'auteur du Poème Provençal, ne lui ménage pas les éloges auxquels nous devons souscrire

sis diversa Carmina jam in lucem édita, nunc vero aucta et ab ipso authore accuratius emendata ; in très carminum, traductionum etodarum partes divisa. Arelate, ex typographia Claudii et Jacobi Mesnier, Régis et urbis typographorum, 167g, un vol., in-S», comprendront deux parties, l'une de 348 p., l'autre de 112 p., plus quelques pièces, (20 p.).

La Bibliothèque Méjanes en possède un exemplaire ^n" 1845g, G. i523), avec l'ex-libris de M. de Loin ville d'Arles (1727). C'est une mosaïque de pièces élégiaques ou lyriques, de traductions, d'imitations, réunies sans aucune méthode. L'auteur ne s'est même pas cru obligé à dresser une table des matières, et il en donne le motif, en tête du volume :

Indice, lector amans, noster caret iste libcllus, Nam titulis nomen sa:pe recurrit idem... Nominibusque vagis est visus inutilis ordo ; Si qusecumque quœras carmina, volve, legcs. .

Il y a des pièces dédiées à MM. de Bcaumont, de Grille, de Boisverdun, Flèche, de Castillon, Daugières, de Grignan, Léon de Bacoue, évêque de Glandevès (1672-1G85), Pomme, de Vend, etc. Notons encore (p. 249 et sqq.), la traduction des stances chrétiennes de Joseph de Beaumont, d'un sonnet de Flèche sur les victoires du roi, d'un sonnet signé Modène, etc. Il y a plusieurs pièces sur la pyramide, contre les Récollets d'Arles en procès avec l'archevêque, une série de fables, etc., etc.

A la fin de l'exemplaire de la Méjanes se trouvent diverses pièces imprimées après 167g. Toute la seconde partie, 112 p., est peut-être postérieure. Quoi qu'il en soit l'ode sur la levée du siège de Vienne parlesTursen iG83 (p. io3), une syhe sur la révocation de l'Edit de Nantes (iG85) ne sauraient avoir fait partie de l'Edition de 167g, non plus qu'une lettre à Elic Lorcnt, médecin romain, et l'Epitaphc du P. Kirkcr, mort en "novembre 1680, qui sont h la fin du volume, après l'opuscule : Pyramidi» arelatensis vindicatum nomen, (8 p.).

du moins en partie (i). M. de Varadier avait soumis

son ouvrage à deux académiciens de ses amis, qui lui

répondirent l'un en latin et l'autre en français :

Lectorego, non auctor eram : discrimine nullo, Exhibui praelis hocHeliconis opus.

Phœbe ! laborantum post otia concute mentes; Ex vigili caeco, lumina censor habet. (Flèche).

Si l'esprit, l'art et l'abondance,

Contentèrent jamais les critiques du temps.

Cet ouvrage immortel selon toute apparence,

Sans doute les rendra contents. (Beaumont).

Les vers de M. de Saint- Andiol ont des qualités qui en rendent encore aujourd'hui la lecture agréable : ils sont personnels et vivants. La poésie était pour

(i) Un archediacre vénérable.

De Sant-A.ndioI es un oracle,

Comou es grand Théologien,

A escrit de libre ancien,

Tout en latin et ben founssible,

Aneou lia ren d'impoussible

Mes chascun din l'admiratioun,

Per sa bellou coumpousitioun.

De diversou .pessou curiousou,

Soun dccausou miraculousou,

A fach de vers dej court dey loung.

Aqueou disciple d'Apolloun,

Es coumparable a Virgilou,

A Houmero et a Ouvidou.

Dey musos es lou favory,

Eou n'a empourta tout lou prix,

Per ana prene unou plassou.

Au dessus du Mont-Parnassou. — page 32. Malheureusement les œuvres de Saint-Andiol, si on excepte les Jiivenilia sont fort rares. La Bibliot. Nationale ne possède de lui que la traduction des vers de La Monnoye sur l'éducation du Dau-

lui une distraction : il était devenu aveugle , vers 1670 (i), et sans cesse il rappelle ce malheur qui lui fut extrêmement sensible :

Aspera fert animus, patitur simul aspera corpus, Et leniturus tôt mala nullus erat.

. Deposui fletus, fuerit quod inutilus usus, Armaque moerori carmen inerme fuit...

Omnia perdidimus cum lumine, gloria gentis, Vanuit etcœcum summa latere docet (2)...

Il traite souvent, dans les Jt/ven/Zm, des sujets badins :

Quas sapiunt juvenem scribens Juvenilia dixi,

phin, qui parut en feuille volante, comme plusieurs autres pièces. Elle est insérée dans les JKvenilia avec l'épigramme suivante

Ad dominum Archidiaconinn Arelatensem.

Graeca suum tellus olim jactavit Homerum, Nunc pariter jactat Gallica terra suum, Nernpe Varaderium ; qui luminis orbus ut ille Innumeros etiam fundit ut ille modes.

Hei mihi I cur aequat totum sic totus Homerum ? Praestabat sola mente fuisse parem.

De la Monnove. — Juvenilia, 2* partie, p. 55.

C'était payer en flatteries exagérées le plaisir d'avoir été traduit en latin par le poiile arlésien. Voir, p. 217, trad. de la pièce sur l'Education du Dauphin, couronnée par l'Académie française, en 1677. (Cfr., Mercure Galant de septembre 1677, p. 225). M. de Sabatier n'écrivait-il pas à M. de Saint-Andiol : « Je trouve ton latin aussi pur, aussi juste Que celuy qu'on parloitdans le siècle d'Auguste. » Epures morales et académiques, Lyon et Arles, 1687, p. 17. (i) Octo meum corpus caligo fatigat ab annis, Longior haec certc nox, graviorque mihi . . . (dit-il, en 1679), Juvenilia, deCœcitatc planlus, p. 27.

(2) Ad Icctorcm, pièce en tête des Juvenilia. Les allusions .« sa cécité reviennent à chaque p.igc du volume.

- i8Ô mais il proteste énergiquement de la droiture de ses intentions :

Turpia detestor, lascivaque fascina metris, Horreo, sint quamvis libéra, casta placent. Fescennina procul nostris concentibus absint ; Scommate scurrili noslra Camaena vacat...

Mollia quam placeant, meritis cremerante favillis... Innocuo scribens animo, nocitura cuiquam, Execror, haec sorti sunt minus apta meae (i)...

Malgré le soin qu'il apporta à ne blesser personne,

Effugias satyras, si te non Isserit hostis,

il se trouva, dans Arles, des esprits pointilleux qui lui firent un crime de parler toujours de ses vers, et d'avoir traité des sujets peu en rapport avec son caractère de prêtre. C'est ce qu'il nous appren^Iui-méme, dans une pièce adressée à M. Joseph de Beaumont, son ami, qu'il supplie de le défendre contre ces attaques :

. . . Mea nequitiae damnari carmina nolo.

Aut quae non norunt foeda cavilla dari...

Tu raihi,qui cunctos antiquus es interamicos,

Tu noea nota tibi jura tuere, precor...

Si forte audieris convitia tanta, rcpelle,

Ne sit amicitiae fœdus inane tuae...

Quae mea^ ne dubites, tua sunt ; censoribus obsta (2)...

Displicet austeris aliquot quodcunque facetum

Carmen et erroris, raollitia:que notant.

Noraen amicitise sanctum vel amoris abhorrent... P. 2 1^.

(i) Ad lectorem, passim. En tête du volume. (2) Juvenilia, seconde partie, p. i i-ia.

Ces critiques n'avaient pas grande portée, et M. de Saint-Andiol jouissait d'une considération à l'abri de ces attaques.

Il partageait l'opinion de l'Académie sur la Diane d'Arles, mais il n'était pas toujours d'accord avec elle.

M. de Saint-Andiol publia, en 1677, un opuscule pour soutenir que le monument élevé sur la place du Marché, était une pyramide et non un obélisque (i). Cet opuscule fut communiqué à l'Académie au mois d'août, et Terrin en le réfutant (1678) témoignait à l'auteur une grande déférence. 11 le qualifiait a vir ecclesiastica dignitate, nobilitate, eruditione, carminumque scriptione conspicuus (2). »

M. de Saint-Andiol avait pour la langue latine une prédilection marquée, et il se faisait gloire de n'écrire volontiers des vers que dans cette langue :

Cura placens fuerat latialis notio linguae... Non habet in nobis gallica musa locum (3).

Aussi lorsque s'éleva la querelle relative à la langue qu'il convenait d'employer pour les inscriptions, il n'hésita pas ù mettre sa Muse au service de la langue

(i) Pyramidis arelatensis vindicatuno nomen. A la fin des Jmvenilia, exempl. de la Méjanes. Voir, t. I, p. 3oo, en note. Il y eut une édition in-fol., 4 p., c'est sans doute la première, (Ms 545).

(2) Voir, t. I, p. 3oo, 409 et sqq., l'exposé de cette querelle.

(3) Juvenilia, 2* partie, p. 3.

Sempereris mihi carracn amor Latialc, nec unquam (mprudens dicam, Musa latina, valc... i" partie, p. 2 i r .

latine. 11 en revendiqua les droits exclusifs dans une pièce éloquente, citée plus haut, p. 3o.

Dans une autre pièce, il se plaint de ce que l'Académie française et le Mercure dédaignent le latin :

Nativas voces academia galllca pendit, Vile putat latios enumerare sonos...

Perlege Mercurii quovis in mense libellum, Vox erit in toto nulla latina libro...(i).

On s'explique aisément cette manière de voir chez un poète latin, épris de son art, et qui ne cessait de produire de nouveaux vers. En 1680, il fit imprimer la traduction du poème de Robert Arnaud d'Andilly, sur la vie de Jésus-Christ, également en vers latins (2).

(i)JuveniUa, Elegia, p. 210-21 1. Le Mercure s'excusait parfois de citer du latin: « Vos amies se révolteront peut estre contre deux vers latins employez dans le compliment ; mais elles doivent songer qu'ils ont bonne grâce avec des sçavants. » Septembre 1677, p. 81. Il s'agit du compliment de Roubin, p. 18.

(2) De vita Christi carmen (e gallico d'Arnaldi Andilii latine redditum) a Gaspard de Varadier, doct. theol. et Sanctœ Ecclesia: Arelatensis Archidiacono, Arelate, Mesnier, 1680, in-S", (Dubreuil, t. I, fol. 254). Bougerel indique la date de 1681.

L'original fut imprimé, en 1634, et eut plusieurs éditions, Paris, Camusat. Robert Arnaud d'Andilly, père de M. de Pomponne, ministre des affaires étrangères, sous Louis XIV, mourut, en 1674, âgé de) 86 ans. Il a laissé plusieurs ouvrages de piété. Il était de la famille du docteur Janséniste Antoine Arnaud. — LeMs 1060, p. 195, prétend que n quatre ans après cet excellent ouvrage fut traduit par Robert Arnaud d'Andilly, » ce qui est une grosse erreur.

Le poème sur la vie de J. C. par Robert Arnaud d'Andilly 6e compose de oo stances de dix ver«; chacune.

Assurément, l'adhésion de M. de Saint-Andiol pouvait « faire honneur à l'Académie » et l'on comprend qu'elle ait été désirée. D'ailleurs, il était le cousin germain de Pierre de- Castillon, marquis de Beynes, sénéchal d'Arles, de Joseph de Cays, de Jacques de Grille,, l'ami de l'abbé Flèche, de M. de Venel, du P. Daugières, de M. de Beaumont (i), de l'archevêque

« Le poème de la vie de J. C. a été traduit trois fois en vers latins, par Pierre Bastide, par Jean de Montagut, ou Montaigu, et par Gaspard de Varadier de Saint-Andiol, docteur en théologie et archidiacre de l'Eglise d'Arles. Je ne connois cette troisième traduction que par le Journal des Sçavans, du 29 décembre 1681 . Celle de M. de Montagut fut imprimé à Toulouse, en 1664, in-i2. Celle du sieur Bastide parut la même année. » Bibliothèque Françoise de l'abbé Goujet, t. XVII, p. 338. André Du val,

. Habert et Le Moine, docteurs de la fac. de théol. de Paris, l'approuvèrent le i5 février i634, et déclarèrent que ce poème « est très utile pour exciter et enflammer les sentiments de dévotion

. dans les esprits des lecteurs. » Gouget consacre une notice à Robert Arnaud , dans sa Bibliothèque françoise , t. XVII, p. 331-340.

Voici le passage du Journal des Sçavans. Il cite le titre, puis il continue : « C'est une traduction latine du poème de M. d'Andilly sur la vie de Jésus-Christ. Mais ce ne sont pas les premiers vers que nous devons à ce pofite ; il y en a un autre volume entier de sa façon, parmy lesquels avec plusieurs traductions heureuses, et des pièces entières sur quantité de sujets différents, on en trouve sur la tromperie des femmes, et sur son aveuglement qu'il déplore, qui font bien voir qu'il n'avoit pas raison de cacher son nom à un de ses amis à qu'il en cnvoyoit, comme il le dit agréablement en un autre endroit.

Versus enim, cœco pâtre, tegendus crat. « N« du 29 décembre 1 68 1 , p. 440-44 1 .

(1) Voir dans les Juvenilia, diverses pièces dédiées à ces perftonnages, trop nombreuses pour que nous les indiquions toutcii.

— 19;! et du coadjuteur d'Arles: les rangs de l'Académie lui étaient ouverts à tous les titres.

Le Registre ne donne pas la date de sa réception, aussi nous ne pouvons la fixer (i). Initié aux travaux de l'Académie et aux discussions qui s'y agitaient, le nouveau membre se trouvait dans un milieu connu et où il n'était pas un étranger (2).

Citons seulement une pièce du V. Daugières :

Nobili Saint- Andolio, Solatium ccecitatis.

Donec erat tibi fas cœli convexa tueri,

Andioli; tibi vix notus Apollo fuit,

At postquam in caecam clausisti lumina noctera,

Haud mora, Pieria nobilis arte micas,

Crede mihi, non haecfiunt sine numine Phœbi,

Ille tibi lumen sustulit, ille dédit.

Alb. Daugières Carmina, 1708, p. 255.

(i) Le Ms 1060, assigne la date du 11 août 1681, mais c'est la date de la présentation, non de la réception (Bibl. Méjanes).

(2) Il y a dans les Juvenilia, p. 21, une pièce sur la Mission de 167Ô, qui suspendit les travaux de l'Académie, (Voir, t. 1, p. 3o3) où nous lisons ces vers :

Jam taceat Tacitus dum missio sacra loquetur ; Nempe tacenda ducum facta subinde canit. Tu quoque Musa sile, finemque repone canendi... Et en note se trouve cette observation : Hic author inter nos tune temporis legebatur. » A première vue, il semble qu'il s'agit de l'Académie, où on lisait aux séances quelques passages d'auteurs. Mais cette interprétation est inadmissible, puisque Varadier n'était pas encore académicien. Il s'agit d'une autre réunion d'amis, où Tacite était lu en commun et, dans une pièce adressée à M. de Beaumont, nous lisons :

Non bene per totam Tacitum pervolvimus horam ; Sed tacet in multis sccpius ille locis... Juvenilia, p. 197. Nous en concluons que Tacite était un auteur favori de M. de Varadier, et qu'il se le faisait lire par ses serviteurs ou ses amis.

îi écrivait des vers sur les moindres circonstances, avec une très heureuse facilité, mais, s'il excellait dans ces pièces courtes et spirituelles, il ne reculait pas devant les œuvres de longue haleine. En 1684, il publia une traduction, en vers élégiaques, des quatre livres de l'Imitation (i). Nous ignorons s'il produisit encore d'autres ouvrages; en tous cas, ils ne sont pas signalés par le scrupuleux bibliographe Dubreuil.

Dans l'intervalle de ses grands ouvrages, il écrivait encore quelques pièces, imprimées successivement.

Telles sont les pièces sur le canal de Languedoc, sur les jardins de Saint-Andiol, sur sa réconciliation avec les Récollets, quelques traductions et diverses réponses aux critiques dont ses Juvenilia étaient l'objet. Plusieurs de ces pièces sont réunies à la tin des exemplaires des Juvenilia, où elles passent un peu inaperçues, car on est trompé par la date de 1679, qui est en tête. En réalité, ce volume est un recueil : plusieurs pièces sont bien postérieures ù la date de l'impression de la première partie, qui seule est de 1679.

Gaspard de Varadier résigna, en 1694, son caiio-

(i) De Imitatione Christi, libri IV, elegiaco versu juxta positi, tîdelissime redditi, Auctore Gasp. Varadier de Saint-Andiol, Eccl. Arcl. Archid., Antverpiae, i vol., in-12, 1684, (Dubreuil, F, 254).

Il existait déjà une curieuse traduction de l'Imitation en vl-i ^ latins : Theod. I. F. Graswtnckelii Delphensis Thoma; Kempis de Imitatione (Christi libri III, Carminé latino convcrsi. Rotcrodami, 1661, petit in-8".

nicat et son archidiaconé, en faveur de son neveu J. B. de Varadier, dont il était le parrain (i). Il ne mourut que le 5 décembre 171 2.

(i) « Le 3i juillet 1694, le chapitre a répondu à Messire J. B^ de Varadier de Saint-Andiol des fruits de la chanoinie et archidiaconé vacant par la résignation de Messire Gaspard de Varadier de Saint-Andiol, dont il a été pourveu par la signature de N. S. P. le pape, du 11 du mois de juin dernier, payant les droits accoutumés, signé : Roche, sacristain ; Silvecane , secrétaire. » Délibération du chapitre citée par Bonneniant, Nobiliaire d'Arles- Le même auteur nous apprend que J. B. de Varadier obtint du vice-légat d'Avignon, Delphini, une dispense pour recevoir les ordres du sous-diaconat, du diaconat et de la prêtrise, trois dimanches ou fêtes consécutives, sans observer les interstices. Il était alors simple acolyte.

J. B. de Varadier, né, en 1667, était le neveu de Monseigneur J. B. de Grignan ( mort en 1G97), par sa mère Marguerite de Grignan. Voir, t. I, la note i, p. i53, et la note 2, p. 219.

« Gaspard de Varadier de Saint-Andiol, archidiacre d'Arles : il étoit fils de Nicolas de Varadier, marié l'an 1620, avec Louise de Grille de Robias. Il a composé en vers latins : De vita Christi Carmen, Arelate, in-8", 1681. C'est une traduction latine du poëme de M. d'Andilli sur la vie de J. G. II devint aveugle. II y a un autre volume de sa façon en vers latins, parmy lesquels avec plusieurs traductions heureuses et de pièces entières sur quantité de sujets différents, on en trouve sur la tromperie des femmes, et sur son aveuglement qu'il déplore, qui font bien voir qu'il n'avoit pas raison de cacher son nom à un de ses amis à qui il en envoyoit, comme il le dit agréablement en un autre endroit. Versus enira, caeco pâtre, tegendus erat.

II mourut le 5 décembre 1712, âgé de 89 ans. »

Cette note qui est copiée en partie dans le Journal des Sçavans de 168:, p 440-441, est la LXVIl' et dernière du cahier de Bougerel : elle est précédée de quelques lignes sur Rebatu, et en tête des deux notes, on lit : « Les deux suivans éioient d'Arles et bons poètes latins. Us ne se trouvent pas dans les Registres qui est en confusion, j'ai cru devoir les insérer ici. » Rebalu mourut en 1662, avant l'organisation de l'Académie, et il est quesiion de

« L'an 171 2, et le 5 décembre, Messire Gaspard de Varadier de Saint- Andiol, ancien archidiacre, ill'avoit été pendant 5o ans, est décédé âgé de près de 89 ans. On l'a enseveli dans la sépulture de messieurs du Chapitre, dans la chapcle des Roys, et on lui a fait toutes les cérémonies qu'on a accoutumé de faire aux funérailles de dignités et des chanoines, J'ay officié, on a dit l'office des morts et tapissé le chœur avec les armes du chapitre. Il avoit résigné son bénéfice à son neveu qui est présentement archidiacre, il y a 19 ans. » Ainsi s'exprime l'abbé Jacques de Boche, dans les curieuses notes qu'il nous a laissées (i).

Plus d'une fois, nous constatons que le Registre ne mentionne pas la date des réceptions. Il est même des académiciens dont il ne parle pas. Ainsi, au mois de mai 1680, le marquis de Grille cite un abbé Petit, qui l'accompagna à Saint-Germain, et « qui est encore un

Gaspard de Varadier dans le Registre. Le P. Bougerel s'est trompé. Ne s'est-il pas trompé aussi sur l'âge de M. de Saint- Andiol ? Les erreurs ne sont pas rares dans le Ms en question.

(i) Livre où est contenu tout ce qui est de mon bénéfice de sacristain et qu'il faut laisser à mes successeurs. Archives d'Arles, Sacristie, livre B, p. 430. Il mentionne un ordre de comparution de la part de MM, Alexandre Aube, prévôt, et Gaspard de Varadier, archidiacre, du 2 septembre 1623, et la durée de 5o ans, qu'il assigne h l'archidiaconat de Gaspard II, permet de supposer que ce dernier entra en fonction vers 1645. Quant à son àj^c exact, M. de Boche peut s'être trompé et avoir induit en erreur le P. Bougerel. J.B. de Varadier, successeur de Gaspard II, mourut en I 747, Ibid., p. i bS.

— iOT —

de nos externes. » Nous avons vainement cherché dans le Registre l'époque de son agrégation. Cet exemple ne doit pas être unique. Les absences du marquis de Grille laissaient le Registre entre les mains de Giffon, qui n'avait pas toujours le temps de le tenir exactement au courant. Cet abbé Petit aurait été reçu, d' après le Mercure Galant de ]an\ieT 1681, au commencement de ce mois, en même temps que MM. de Lubières et de Fondamente. Ce n'est pas probable : le Registre n'eût pas omis son nom, alors qu'il citait celui des deux autres. Voici néanmoins, le passage du Mercure qui nous fournit quelques renseignements sur l'abbé Petit, dont nous ne connaissons presque rien. u L'Académie royalle d'Arles qui est alliée à l'Académie françoise, et dont vous savez que M. le duc de Saint-Aignan est protecteur, a reçu M. l'abbé Petit dans son corps. 11 est fils d'un secrétaire du roy, et fort estimé pour sa profonde érudition. Il a composé le Pénitentiel de Théodore. C'est un livre qui a eu l'approbation de tous les savants, et qui représente en très peu de mots, et dans un bel ordre, ce que l'Eglise orientale et occidentale a de plus particulier. Plusieurs pièces curieuses y sont ajoutées pour l'expliquer, et c'est ce qu'on doit aux soins de M. l'abbé Petit. Il a une connaissance parfaite des langues grecque, latine et française, et surtout des droits de l'Eglise et de ceux du roy, qu'il soutient d'une manière admirable par les

mémoires qu'il fournit actuellement à M. le cardinal d'Estrées, pour la régale (i). »

En 1681, la question irritante de la régale, soulevée par Louis XIV, qui voulut l'étendre à tous les évéchés de France, préoccupait vivement les esprits. Le pape Innocent XI avait déjà protesté, dans plusieurs brefs adressés au roi, et aux mois de mars et de mai quarante archevêques ou évêques s'assemblèrent chez l'archevêque de Paris, pour étudier les moyens de remettre tout dans l'ordre. Leur avis fut qu'il était urgent de demander au roi « de permettre à tous les prélats du royaume de s'assembler dans un concile national, ou du moins de convoquer une assemblée générale de tout le clergé, comme on a fait autrefois en de semblables rencontres, dans laquelle on puisse prendre des résolutions convenables au bien de l'Eglise et de l'Etat. » A la suite de cette délibération fut réunie la fameuse assemblée de 1682, mais clic ne mit pas fin aux difficultés, bien au contraire, et ce ne fut qu'en 1692, que l'accord se rétablit entre les cours

(i) Mercure Galant, c-dit. de Paris, janvier i'38i, p. 220-221. On a de l'abbé Petit, les Vérités de la Religion prouvées et dctTendues contre les anciennes hérésies par la vérité de l'Eucharistie, par le sieur Petit, de l'Académie royale d'Arles, t vol., in-12, Paris, Jacques Morel, 1686. (Cité par Dubreuil, I, 249).

On lit dans la Galette de i6()4, p. 636. De Paris, le 3i décembre 1694. « Sa Majesté a donné l'abbaye de Saint -Vincent de Besançon, ordre de Saint-Benoît u l'abbé Petit, conseiller au parlement de Paris, » Est-ce l'académicien? En tous cas, ce conseiller

de Rome et de France, grâce aux habiles négociations des cardinaux d'Estrées et de Forbin Janson (i).

Ce qui nous surprend beaucoup, c'est de n'avoir rencontré nulle part la date de l'admission définitive de l'abbé Gilles Diiport, dont la nomination fut soumise à l'approbation du duc de Saint-Aignan, en novembre 1679, avec celle de M. de S er varies {2).

Le duc semble n'avoir jamais répondu, au sujet de

ne vivait plus en 1718, car il n'est pas mentionné dans l'Etat de la France de Trabouillet, de cette année.

« Jacques Petit, parisien, chanoine et aumônier de l'Eglise cathédrale de La Rochelle, et grand vicaire de l'évêque. Il est fils d'un secrétaire du roy, fort estimé pour sa profonde érudition, il a composé le Pénitentiel de Théodore, sous ce titre : Theodori Cantiiarensis pxnitentiale et alia ecclesisasticœ disciplinœ motiumenta, dissertationibus et notis illustrata, Paris^ 1677, in-4". Les Véritez de la Religion prouvées et delTendues contre les anciennes hérésies par la vérité de l'Eucharistie,- Paris, Jacques Morel, 1686, in-12.Il avoit une connaissance parfaite des langues grecque, latine et françoise, et surtout des droits de l'église et du roy. 11 mourut à la Rochelle, au mois d'août 1709. » Ms du P. Bougcrel, déjà cité, notice LUI. Evidemment, Bougerel avait devant les yeux le Mercure de janvier 1681, dont il s'inspire.

(i)V. dans \t Journal des Sçavans{i6 mai 1681), Procez verbal de l'assemblée extraordinaire de Nosseigneurs les archevêques et évesques, tenue en larchevesché de Paris, aux mois de mars et de mai 1681. A Paris, chez Fédéric Léonard, 1681. — Les Négociations à Rome, (1681-1687), du cardinal d'Estrées sont aux Mss de la Bibliothèque Nationale, et la Bibliothèque d'Aix possède les Mss du cardinal Janson, relatifs à son ambassade à Rome (Ms SiQ-Saol, où se trouvent plusieurs lettres autographes de Louis XIV et des documents chiffrés.

.(2) Registre de l'Académie, fol. 180, verso, et plus haut p. 103-164.

ces deux prétendants, qui furent néanmoins considérés comme de véritables académiciens (i).

Gilles Du Port était le fils aîné de Richard Du Port, seigneur de la Vignole, consul d'Arles, en iôSq, et de Marie Duval de Nîmes, qu'il avait épousée, le 9 juillet 1621 (2). Gilles naquit à Arles, le 6 juillet 1623,

(«) Gilles du Port est cité parmi les académiciens qui prirent part à la fête donnée, en l'honneur de la naissance du duc de Bourgogne, le i g octobre 1682. « MM. les abbés du Port et de Verdier, qu'on n'avoit veu despuis un an..., n'y manquèrent point. » Registre de l'Académie, fol. 217, verso.

(2) Les Du Port (ou Duport) étaient de bonne noblesse, mais d'origine étrangère à la ville d'Arles.

« La famille du sieur de La Vignole à Arles, du nom de Du Port, en latin a portu, est originaire de Savoie, et une branche de celle des seigneurs de la Maison Forte Du Port de Pierre Chatel et de Champ d'Azar, dont Guichenon a donné la généalogie, dans son Histoire de Bresse et de Bugei, qu'il commence par Jean Du Port, conseiller d'Etat et juge mage de Savoye, qui vivoit l'an i55o et l'an i58o. » Ce témoignage de Robert de Briançon, (t. Il, p. 493) est confirmé par .4 r/e/(î«j7, t. II, p. 254.

François Du Port, écuyer, vint s'établir à Arles, où il épousa, en i586, Jacqueline de Piquet. 11 fut consul de l'état des nobles, en iSqi. C'est le grand-père de l'historien. La noblesse de Du Port est prouvée par une enquête du juge mage de Belley (9 décembre i58i). Aussi François Du Port, frère de l'historien, fut-il maintenu dans sa noblesse, par arrêt des commissaires royaux du i3 septembre ou décembre iTjGy. Il fut consul, en 1670. II avait épousé, en i652, Pierrette d'Eyguictes de Méjancs, dont il eut des enfants qui continuèrent la famille. Louis, fils aine de François, marié à Thérèse de Meyran d'Ubaye, fut i*' consul, en 169g. II vivait encore en 1715. Les Du Port sont alliés aux Forbin, aux Meyran, aux Ginestoux, aux Barrêmc, etc. Le P. Fabrc (Rem. Hisl., p. 126), affirme qu'ils se sont fondus dans la famille de Ginestoux, mais Artefcuil,qui rapporte leur desccn-

selon le Dictionnaire de Provence et le P. Bicaïs (i). Il fut élevé à Paris, où il fit son droit, puis il prit l'habit de l'Oratoire, au couvent de Saint-Honoré, le 2 juillet 1647. Après le temps du noviciat « il alla enseigner les humanités au collège du Mans et dans d'autres ; et ayant été ordonné prêtre , à la fin de l'an 1 652, il ne tarda pas à se livrer à la prédication, pour laquelle il ne manquoit pas de talent. Comme il avoit fait de bonnes études, qu'il étoit d'un esprit vif et fort laborieux, il eut des succès dans cette carrière qu'il courut, particulièrement en Provence, surtout à Avignon, où il demeura plusieurs années ; mais un procès considérable qui survint dans sa famille, et à la poursuite duquel il fut obligé de perdre beaucoup de temps à Grenoble et à Paris, l'enleva dès 1666, à l'Oratoire et à la chaire. Etant venu à bout de le terminer, il retourna dans sa patrie, où l'étude et les bonnes œuvres remplirent son temps, jusqu'à la fin de sa vie (2). »

Pendant son séjour à l'Oratoire d'Arles, le P. du

dance, n'est pas de cet avis. Voir Arte/etiil, t. II, p. 255, et sur les Ginestoux, t. I, p. 488.

Il existait encore des Du Port, en 1 848.

(i) Dictionnaire de Provence, t. I, p. 224, Bicaïs, Ms 63g, Bibliothèque Méjanes, p. 663. L'abbé Gouget, dans sa Bibliothèque Françoise, t. II, p. 147, fixe sa naissance au 6 juillet lôzS.

(2) Notice de l'Oratoire du P. Bicaïs, Ms 689, Bibliothèque Méjanes, p. 663. D'autres auteurs, comme Gouget, op. cit, t. II. p. 147, fixent sa sortie de l'Oratoire à l'année 1660,

Port composa un traité sur la prière, « assez mince pour le fond et pour la forme » dit le P. Bicaïs. Ce traité fut imprimé d'abord en 1667, sous le titre : les Excellences,, les Utilités et la Nécessité de la Prière . En 1670, du Port en donna une seconde édition, qui ne nous semble pas mériter le dédain du P. Bicaïs(i). A cette date. Du Port était docteur en l'un et l'autre droit et protonotaire apostolique. Il dédia son oeuvre à la reine Marie Thérèse.

Quelques années après, il publia un nouveau volume intitulé : la Rhétorique Françoise, contenant les principales règles de la chaire, i vol., in- 12, 1674. L'idée était excellente , mais l'exécution laissait à désirer, et M. Gibert (2), en fit une sévère critique.

Il reprocha à l'auteur d'en savoir assez pour lui-

(i) Voici le titre exact : L'homme d'oraison, ou la conduite du chrestien intérieur, selon l'esprit de l'Evangile et les sentiments des saints pères. Dédie à la reine, par M. Gilles Du Port, prestre d'Arles, et protonotaire apostolique, 2' édit., revue, corrigée et augmentée de nouveau par l'auteur. A Paris, chez François Coustelier, rue Saint-Jacques, à l'image Saint-Hilaire ; Claude Calleville, au mont Saint-Hilaire, au pommier de la Calleville. Avec approbations et privilèges, 2 vol., in- 12, 1670, reliés en un seul tome : Exemplaire de M. Arbaud, provenant du monastère dw- la Présentation de Senlis.

(2) Ce M. Gibert est le cousin de J. P. Gibert, canonisic, ne .1 Aix, en 1660, mort à Paris, en i736, dont le P. BougercI a écrit la vie, Hommes Illustres de Provence, p. 339-376. Il a composé le Jugement des Savans sur les auteurs qui ont traité de la rhétorique..., par M. Gibert, ancien recteur de l'Université de Paris, l'un des professeurs de rhétorique au collège de Mn/uln " vol., in-12. Pari», chez Jacques Estienne, 171 3,

même, mais pas assez pour instruire les autres et d'avoir été presque partout superficiel (i). En outre, il trouva que l'ordre adopté par Du Port n'était pas naturel. « A ranger son sujet comme il falloit, l'auteur auroit dû commencer par donner une idée des matières que traite l'orateur sacré. Il auroit ensuite montré, ce qu'il ne fait voir que dans son quatième livre , la nécessité qu'il y a de se servir de quelque méthode pour prêcher utilement, la manière de préparer et de disposer un sermon... ; enfin les parties qu'il faut lui donner ; il aurait joint le style qu'il y faut prendre, les différentes formes qu'on peut donner au discours, ce qui doit en faire le corps, et ce qui en fait l'ornement. C'est la méthode que la nature et la raison semblent prescrire (2). »

L'ouvrage de Du Port divisé en cinq livres : dans le premier il fait voir l'excellence, les utilités et la

(i) II consacre quatre pages à Du Port 169-173. Après avoir cité le titre de l'ouvrage, il ajoute : « Toutes les grandes choses qu'on nous promet par ce titre ne font qu'un petit volume in- 12 de deux cens soixante ei seize pages, v (P. 169).

" J'oserois presque dire que M. Du Port donne sans art, l'art de prêcher. II commence du moins en quelque façon , par où il devoit le finir. » P. 170.

Puis il s'appuie sur le Journal des Sçavans qui en parle sans en dire ni bien ni mal, pour justifier son appréciation sévère. Le Journal des Sçavans du lundi, 27 avril 1682, se contente, en effet, de dire que l'auteur « offre ici au public tout ce qu'il a recueilli sur cette matière » et renvoie à l'ouvrage.

(2) Jugement des Savants.... t. IIl, p. 171-172.

nécessité de la prédication, afin d'en faire concevoir de l'estime et de l'amour. Il énumère ensuite les qualités qui rendent le sermon utile. Dans le second livre, il parle de celles qui le rendent agréable ; dans le troisième, il traite des parties du sermon et de la manière de les bien composer ; dans le quatrième il entre dans quelques détails sur les différents genres de prédication : sermons, homélies, controverses, catéchismes, etc. ; et dans le cinquième livre, plus moral que didactique, il traite de l'action et des qualités intellectuelles et morales du prédicateur (i).

Sans contredire absolument les critiques de Gibert, il convient de remarquer, avec Goujet, qu'il n'avait eu sous les yeux que la première édition publiée à la fin de 1674 (2). Du Port retoucha son ouvrage et en donna une seconde édition augmentée de près d'un tiers, qui parut en i683 ou 1684, sous un titre nou-

(i) Cfr. avertissement de l'auteur.

(2) « M. Gibert ne par/e que de la première édition qu'il met en :682, mais qui futdonnée à la fin de 1074, et il paroit n'avoir point connu la seconde corrigée et augmentée d'un tiers qui parut en i683. » Bibliothèque Françoise, t. Il, p. 142. A la page 147, Gouget fait observer que Gibert cite d'une façon inexacte le titre de cet ouvrage, ce qui est vrai.

Le Journal des 5ç'ai'^«s du lundi, 27 avril 1682, dit en parlant de l'ouvrage de Gilles Du Port, que la prédication dépend plutôt dus talens naturels que des règles de l'art, quoique celles-ci puissent £trc d'une grande utilité pour perfectionner les talents que l'on a reçus de la nature. Il parut, au XVII* siècle, de nombreux traités sur l'éloquence de la chaire, analysés par Gouget, Bibliothèque Françoise, t. II, ch. V, p. 112 et sqq.

veau. L'ordre adopté reste le même, mais le sujet est plus approfondi : il y a plus de méthode dans chacun des cinq livres ; il y a aussi de nouvelles preuves et de nouveaux raisonnements. Si Gibert avait consulté cette édition, il eut modifié son jugement un peu excessif

Le Journal des Scavans, annonça ce nouveau volume où l'auteur traite des diverses méthodes pour faire des panégyriques, des prônes, des grands et des petits catéchismes, enfin de la manière d'établir les controverses (i). Papon est beaucoup trop sévère, lorsqu'il affirme que a l'art de prêcher ne contient rien qui mérite d'être lu. » On sent, à chaque page, que l'auteur en apprenant les règles de l'éloquence chrétienne, parle avec l'autorité de la vertu et de l'expérience (2).

i) Journal des Scavans, i5 mai et 4 décembre 1684, p. 168 et 342. L'art de prêcher, contenant les diverses métodes {sic) pour faire des sermons, des panégj-riques, des Homélies, des prônes, de grands et petits catéchismes, avec une manière de traiter ]a controverse, selon les règles des Saints-Pères, et la pratique des plus célèbres prédicateurs, 2' édit., revue, corrigée et augmentée de nouveau par l'auteur. A Paris, chez Charles de Sercy, 1684, in-12, 846 p., précédées de 22 p., pour titre, épitre dédicatoire, approbation, privilège, errata, etc., par M. Gilles Du Port, prêtre, protonotaire apostolique et docteur en l'un et l'autre droit.

(2) € L'auteur avoit déjà fait connoître sa piété et la connoissance qu'il avoit de la morale dans un livre publié en 1667, et intitulé : les Excellences, les Utilités et la nécessité de la prière... Cétoit donc un homme instruit ; et il joignoit d'ailleurs à un esprit vif, un grand amour pour le travail. Il exerça lui-même le ministère de la prédication avec applaudissement ; et dans son livre il ne fit que raisonner sur ce que la lecture et l'expérience lui avoient appris sur la matière qui en est l'objet. •> Gougtt, Bibliothèque françoisc, t. H, p. 147,

Il enseigne aux jeunes prédicateurs à devenir saints eux-mênfies, comme première préparation à la chaire. Le cinquième livre, en particulier, est fort remarquables et tout ce qui y est dit sur les qualités nécessaires aux prédicateurs, sur la voix, sur le geste, etc. est fort judicieux, sans être très profond.

Le P. Bicaïs est plus juste appréciateur que Papon et il reproduit le jugement de l'abbé Gouget : « Si M . Gibert a cru pouvoir dire de la première édition, que malgré les défauts qu'il reprend dans cet ouvrage, on ne pouvoit pas dire que ce fut un livre inutile, il me semble qu'eu égard à la deuxième édition, on peut dire qu'il est utile, quoiqu'il ne satisfasse pas entièrement. Le style, d'ailleurs, en est clair et facile, et l'on sent de plus que l'auteur, en apprenant les règles de l'éloquence chrétienne à ceux qui sont dans le dessein de s'appliquer au ministère de la parole de Dieu, ne leur apprend pas moins à devenir saints euxmêmes, qu'à inspirer la sainteté aux autres (i). »

En 1680, M. Du Port préparait, avec cette seconde édition, une Histoire de l'Eglise d'Arles qui devait paraître seulement en mars 1690 {2). Elle fut dédiée à

(1) P. Bicaïs, Ms 639, Bibliothèque Méjancs, p. 663. Gouget, Bibliothèque françoise, t. II, p. 146.

(i) Histoire de l'iLglise d'Arles, tirée des meilleurs auteurs anciens et modernes, par G/7/es Dm Por/, prêtre, Paris, Guillaume Cuveiier, in-12, 1C90, (416 p., plus 24 feuillets de préface, table, v'tc.) Dubreuil, t. I^ p. 3o. Le privilège est du 24 août 1684.

Monseigneur J. B. de Grignan, archevêque d'Arles, et l'année suivante elle fut réimprimée, à Paris.

Par cette publication. Du Port rendait un service signalé à l'Eglise d'Arles, qui n'avait pas encore d'histoire, écrite en langue française. Le savant chanoine Pierre Saxi avait consacré de longues années à dépouiller les archives du chapitre de Saint-Trophime, et en avait extrait son Pontificium Arelatensey œuvre de patiente érudition, qui fait autorité, malgré les critiques dont elle a été l'objet (i). Le Pontificium dédié à Monseigneur Gaspard du Laurens, parut en 1629. Il est écrit dans un latin très correct. Gilles Du Port s'inspira du Pontificium, en l'abrégeant, en y ajoutant des renseignements puisés à d'autres

(t) Pierre Saxi était fils de Claude Saxi, notaire à Arles, et de Jeanne Barges de Tarascon. Il mourut à Arles, en lôSy, âgé de 43 ans. Son ouvrage fut imprimé à Aix chez Jean Roize, sous ce titre : Pontificium Arelatense , seu historia primatttm sanctce Arelatensis ecclesice..., 1629, in-4. Arles n'avait pas encore d'imprimerie. Peiresc, choqué de ce que Saxi semblait attaquer les droits du roi sur la Provence, obtint du Parlement d'Aix un arrêt contre le Pontificium (Vita Peiresci per Gassendum,l.IV,p 209). Le Pontificium est devenu très rare. Il fut cependant réimprimé à Hambourg. La Bibliothèque d'Arles en possède un exemplaire aAnoté par Bonneroant, et M. Souchière lui a consacré {Musée, t. m, p. ôj) une curieuse notice, dans laquelle il nous apprend que si, en général, les appréciations des Historiens de Provence sont très flatteuses pour Saxi, les historiens d'Arles lui reprochent d'avoir trop négligé l'Histoire purement ecclésiastique et même de n'avoir pas lu, s'il faut en croire Bonnemant, les litres originaux, qu'il avait sous la main. Mais nous croyons ce dernier reproche sans fondement. Voir Ms lo^o, 2» partie, p. 21. Trichaud. Histoire de l'Eglise d'Arles, t. IV, p. 14'").

sources, et en prolongeant l'histoire d'Arles jusqu'au pontificat de Monseigneur de Grignan. Plus encore que Saxi, Du Port a été critiqué : « Il commence, dit Dubreuil, t. I, p. 3o, par parler de la fondation d'Arles, de son terroir, de ses antiquités, jusqu'à la venue de Saint-Trophime à Arles, duquel il décrit la vie et celle de ses successeurs. 11 traite enfin la fondation de l'église d'Arles, de sa primatie, de l'établissement du chapitre de Saint-Trophime, de celui de N. D. la Majeure, de la fondation des paroisses, Abbayes et Couvents. » Du Port, comme Saxi, accepte les traditions provençales , tout en reconnaissant qu'elles étaient battues en brèche, de son temps. Le P. Bicaïs lui en fait un crime.

'( Dans cet ouvrage, dit-il, où l'auteur n'a guère fait qu'abréger le Pontificium Arelatense de l'abbé de Saxi, on trouve beaucoup de choses qui, quoique crues depuis une longue suite de siècles, ne peuvent être admises par une saine critique (i). » D'autre part, Bonnemant reprochait à Saxi d'avoir adopté avec trop de confiance des traditions fondées sur des preuves peu solides. Nous croyons que ces deux censeurs ont en vue l'apostolicité de l'Eglise d'Arles et l'évangélisalion de la Provence au premier siècle de notre ère, qu'il était de mode à la fm du XVI II*" siècle

(i) Bibliothèque Mc'jancs, Ms du P. Bicaïs 639, p. 663.

de ranger parmi les traditions fabuleuses ou incertaines. Mais les travaux de M. Paillon sur Sainte- Madeleine et ses compagnons, ont refuté les objections des Jansénistes et des rationalistes. Ils ont prouvé que l'histoire et la tradition étaient en parfait accord, pour attester la venue, sur les plages de la Provence, des glorieux missionnaires Saint-Lazare, Saint-Trophime et Saint-Maximin, qui fondèrent les églises de Marseille, d'Arles et d'Aix, en y apportant la doctrine évangélique, recueillie des lèvres du Christ, leur maître.

Ainsi tombe un des grands reproches adressés à Du Port, que Papon juge avec tant de sévérité (i).

Cette sévérité n'est pas imitée par les savants auteurs de la Gallia Christiana , qui citent Du Port comme un très bon historien (2), et cela en parfaite connaissance de cause.

(i) « Gilles Du Port. Nous parlons de cet auteur, parce qu'il eut de la réputation quoi qu'aujourd'hui il soit entièrement oublié. Des Ménaoires sur sa vie nous le représentent comme un homme de beaucoup d'esprit ; mais ses ouvrages où l'on ne trouve rien que de médiocre, en donnent une idée un peu différente. L'Histoire qu'il a composée, de l'Eglise d'Arles, de ses évêques et de ses monastères est inférieure à celle deSajr/, dont elle n'est qu'un abrégé. » Papon, Histoire de Provence, t. IV, p. 784.

.M. de Villeneuve déclare, au contraire, que Gilles Du Port a donné « une bonne Histoire de l'Eglise d'Arles. » Statistique dts Bouches-du-Rhône, t. III, p. 3 11.

Sur Gilles Du Port, voir Artefeuil, t. II, p. 254; Robert de Briançon, t. [I, p. 4g3 ; x>a Lau^ière à l'année 169:; Dictionnaire des Hommes Illustres Je Provence, t. I, p. 244, et t. II, p. 224; Dubreuil, 1. 1, fol. 3o;Ms 1060, 1* partie, p. 3i; P. Fabre, Remarques Historiques, p. 126, et les Histoires Générales de Provence.

(2) « Sed opéras pretium est de prœsulibus qui sedem hanc obtinuerunt illustraruntque , dicere quae ex antiquis ecclesias

Si la valeur des ouvrages de Du Port est diversement appréciée, ses contemporains sont unanimes, pour nous le représenter comme un homme de beaucoup d'esprit et de grande vertu. Le travail et les bonnes œuvres remplissaient sa vie. Il mourut à Paris, en 1691, dans un voyage qu'il y fit, peut-être pour surveiller la réimpression de son Histoire (i). Il légua ses biens à sa famille, mais il n'oublia pas les pauvres et le Mont-de- Piété, fondé en juillet 1666, par le P. Fran-

monumentis eruere licuit ; quod quidem argumentum jam tractavit Petriis Saxius, in egregia commentatione sub titulo Pontificii Ecclesiae Arelatensis. Diptycha etiam ecclesiae ejusdem Arelatensis, Mabillonius, Analect., t. III, p. 432, edidit. Anno tandem 1690, Œgidius Duport presbyter, doctor in utroque jure, ex nnelioris notae scriptoribus tura veteribus, tum recentioribus collegit, vulgavitque Parisiis hujus ecclesiœ historiam. » Gallia Christiana, t. I, p. 5 19, Province d'Arles. Les frères de Sainte- Marthe étaient, on le sait, originaires deTarascon.

(i) Papon et La Lauzière disent qu'il mourut à Arles, le :ji décembre 1691^ mais le Ms 1060, et le Dictionnaire de Provence assurent qu'il mourut à Paris. Le témoignage de l'Histoire du Mont de Piété et celui du P. Bicaïs, Ms ôSg, p. 664, lèvent tous les doutes.

Les dernières dispositions de Du Port témoignent qu'il conservait un profond attachement pour l'Oratoire, où il avait passé ses premières années. « Il avoit fait, dit le P. Bicaïs, quelques libéralités à l'Eglise de l'Oratoire d'Avignon, parmi lesquels on distingue le tableau du M*- Autel, peint de la main de Mignard. Il fit aussi quelques fondations en faveur de l'Eglise Notre-Dame la Principale d'Arles et de plusieurs autres de la même ville. >< Ms 639, p. 664. La paroisse de Notre-Dame la Principale (Sainte- Anne, aujourd'hui Musée Lapidaire) était desservie par les Oratoriens. On voit encore leur chitVre au dessus d'une petite porte, à cdté de l'Eglise. Nous ne savons ce qu'est devenu le tableau de l'Oratoire d'Avignon.

cois Lagneau, de l'Oratoire, eut part à ses largesses. « Ce fut environ ce temps- là, que M. l'abbé Gilles Du Port, mourut à Paris ; quelques jours après, on ouvrit son testament, dans lequel on trouva des marques d'une véritable tendresse pour sa famille, et d'une affection particulière pour cette confrairie. Il nomme pour ses exécuteurs testamentaires les recteurs du Mont-de-Piété de cette ville, parmi lesquels il veut que, dans une assemblée générale, on choisisse, à la pluralité des voix, quatre recteurs qui administrent ses biens jusqu'à la majorité de M. de La Vignole son arrière nepveu et son héritier (i), que les revenus de ses biens soient retirés par un cinquième recteur, et partagés entre les proches du testateur, suivant la délégation qu'il en fait, que ce recteur rende compte tous les ans... Il fait enfin un legs considérable à cette confrairie, après la mort de ses parents, à condition toutefois qu'elle aura des lettres patentes du roy, faute de ce, il donne ce legs à l' Hôtel-Dieu de cette ville (2). » Les lettres patentes furent obtenues en 1698. Du Port était un des ecclésiastiques les plus ver-

(1) S'agii-il de Pierre Du Port, né en i685, qui mourut primicier de l'Eglise d'Arles, en 1748 .' Il exerçait cette charge en 1734, (Ms de la Bibliothèque Méjanes 788),

^2) Relation contenant l'histoire de la confrairie de Nostre- Dame de Bon Secours, dite du Mont de Piété, prest charitable de la ville d'Arles, p. Zj, i vol. petit in-i2de 80 p., imprimé en 1703, sans nom d'imprimeur (Bibl. Méjanes, Recueil 31687), et réimprimé, en 1736, par Gaspard Mesnier (Bibliothèque d'Arles).

tueux et les plus instruits du diocèse d'Arles (i) : son admission à l'Académie ne pouvait que faire honneur à cette société et ses titres littéraires étaient assez sérieux, pour ne laisser place à aucune opposition.

César de Vincens de Servanes était fils d'Antoine II de Vincens, seigneur de Servanes, qui avait épousé, le 29 décembre t652, Ludovine de Barrêine, fille de Pons de Barrême, viguier de Tarascon, de la famille des académiciens. César de Vincens épousa, le 2 janvier 16(^0, Marguerite Novi, fille de Léon, lieutenant principal au présidial de Nîmes, et de Lucrèce de Villard de Valongue, dont il eut six enfants, parmi lesquels Delphine, qui s'allia avec un Barrême (J. B.) fils de Mathias et de Marguerite de Geoffroy.

La seigneurie de Servanes appartenait, depuis de longues années, à la famille de Vincens, qui fut confirmée en sa possession, par les lettres patentes de confirmation et d'érection de moyenne et basse justice, pour le sieur Antoine de Vincens, données par Louis XIV, à Marseille, le 7 mars 1660, et enregistrées à la Cour des Comptes, le i6 janvier 1698, (Reg. Propheta (2),

(1) Goujet (Bibliothèque Françoise, t. II, p. i47)annonçaltqu'il rendrait compte de l'Histoire d'Arles, par l'abbé Du Port, mais il ne le fit pas. Nous ne croyons pas que Du Port ait composé d'autres ouvrages que ceux que nous avons signalés, et nous ignorons quels sont les « autres ouvrages estimés i< dont parle le Ms 1060, 2* partie, p. 3i.

(2) Aujourd'hui Archives des Bouches-du-Rhônc, série B, Registre, 116, (1693-1700).

n" 6i. fol. 45, arm. B, aux archives du roi, à Aix), à la requête de noble Antoine de Vincens, seigneur de Servanes, ci-devant lieutenant général criminel, au siège général de la ville d'Arles, neveu de Paul Antoine qui les avait obtenues. César de Vincens fut lieutenant général criminel, en la sénéchaussée d'Arles.

Nous ignorons la date exacte de sa réception à cette charge, que lui résigna son père. M. de Barréme, juge en chef de la ville d'Arles, prononça, le jour de son installation, un long discours, dans lequel il s'étendit sur la vocation du magistrat et sur les devoirs qu'elle lui impose. « N'avez vous point d'inquiétude. Maître de Servanes et n'hésitez- vous pas encore en approchant du moment, ou vous devés embrasser l'état de la magistrature ?

Permettés-moy de vous demander, si vous avés bien considéré que la vie d'un magistrat est remplie de mille agitations et de mille traverses ; que ses vertus font des envieux, son authorité des mécontens, ses faveurs des ingrats, et sa justice des ennemis. » Après cet exorde, il insiste sur la noblesse de la magistrature, qui est une espèce de sacerdoce, et sur la nécessité d'y entrer, pour suivre sa vocation et non dans d'autres vues, car les devoirs qu'elle impose sont redoutables.

Agrées, M""® de Servanes, qu'un magistrat qui a occupé pendant plusieurs années la place que vous filiez remplir, heureux de se voir des successeurs d'un

mérite si cTistingué, des successeurs qui luy sont si chers, agréés que Je vous dise que la justice criminelle est la plus importante et la plus difficile... » Et, pour exciter le zèle du nouveau magistrat, il lui rappelle les exemples de son père, dont il devra continuer les traditions de justice, de loyauté et d'exactitude (i).

« Mais ne suis-je point indiscret de faire des remonstrances (2) et donner des avis à un homme qui en reçoit tous les jours de si sçavans et de si pieux. Issu d'une famille, où la science et la vertu sont inspirées, avant qu'elles soient acquises^ il marche sur les pas d'un père qui a toujours sçeu soutenir les loix par sa sagesse, les enseigner par son exemple, et les faire observer par son exactitude. Quel regret n'aurionsnous pas, messieurs, de perdre un si bon sujet, un magistrat si utile au public, si cher à la compagnie,

(i) César de Vincens de Servanes était lieutenant criminel dès 1680, il était alors très jeune, il n'avait guère que 26 ou 27 ans. Le Registre ne donne pas son prénom, mais le Ms 1060, nous l'a conservé, ce qui nous permet de le distinguer de son père, Antoine de Servanes, également lieutenant criminel. Parmi les ouvrages Ms de Terrin, signalés par le P.Bougercl (Hommes Illustres de Provence, p. "i'i"]), nous remarquons un discours sur l'installation de M. de Servançs, en la charge de lieutenant criminel.

Est-ce du père ou du fîls qu'il s'agit ? Nous ne savons.

(2) Quelques discours, plaidoyés et ouvertures de palais de M. de Barrcme, juge en chef de la ville d'Arles, Avignon, Michel Chaste], in-12, 1698, p. 248-49. Le discours « pour l'installation de M. de Vincens, sieur de Servanes en la charge de lieutenant général criminel au siège d'Arles » comprend 45 pages (2 2 7-2. '•4).

si nous n'avions la consolation de recevoir un autre, luy-même, et de le recevoir de ses mains.

« Nous allons bien-tôt voir sur ces tribunaux, ce digne fils suivant-i'exemple de son père, tantôt écouter les plaintes des uns, démêler les excuses des autres, peser les raisons de tous, tantôt punir ces crimes, que son honneur, sa probité, son état luy deffendent de souffrir, etc.. »

Nous ne connaissons presque rien sur César de Servanes. Le 29 avril 1701, il fut déchargé des droits de franc fief et reconnu gentilhomme de race, par jugement de M. Lebret, intendant et premier président du Parlement de Provence.

Il est nommé parmi les conseillers nobles, dans une délibération du conseil de ville, du i*'' mai 1702 (i).

(i) V. Registre desDélibératicns du Conseil, au archives d'Arles et le Ms 839, Bibl. Méjanes.

En 1687, un Vincens de Servanes était chanoine de Saint- Trophime (Sacristie, Livre B, p. 374), et, en 1789, lin M. de Servan refusa d'être député de la sénéchaussée d'Arles, aux Etats-Généraux (Courrier d'Avignon, du 25 avril i789).La branche des Vincens de Servanes est aujourd'hui éteinte; la terre et le château de Servanes (commune de Mouriès, B.-du-R.) appartiennent à M. Paul Révoil, de Nîmes, avocat à la cour d'appel de Paris. Il existe d'autres branches des Vincens, les Vincens deCausans, etc. Voir Pithon-Curt, t. III, p. 571. Cfr. Artefeuil, article Barrême.

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