Pierre Peyron. d'Aix, arrivé avec Dav\d
CORRESPONDANCE DEs DIRECTEURS. o"21
demie. Son début m'avoit fait le plus grand plaisir : mais sa tète, hors d'état d'apprécier ce qu'il fesoit. regardoit mes applaudissements comme un encouragement donné à un malade qui est à l'extrémité : de manière que le lendemain je me rendis dans sou attelier. et je le trouvai totalement découragé, au point que je fus obligé de lui dire qu'il ne faloit plus qu'il pensât à terminer cette académie, que j'aurois l'honneur de vous informer de sa situation. Je n'ai pas cru. Monsieur, devoir lui faire part dans ce moment de la grâce que vous lui aviez accordée, le voyant décidé de retourner en France '...• Je serois fâché que la trop grande sensibilité qui l'affecte et qui enveloppe les idées qu'il a naturellement eu toujours faciles puissent faire naître sur son compte des sentiments désavantageux. C'est mon élève: depuis son enfance, j'ai eu pour lui des atentions qui n'ont pas été ignorées des personnes qui prenoient le plus d'intérest à son sort. Si vous le jugiez à propos, Monsieur, quoique vous disposassiez autrement de cette prolongation, j'imagine que votre bonne volonté pour lui sera toujours la même.
13 octobre i"y.
Par votre lettre. Monsieur, où vous me faites l'hon-
1. Une prolongation d'un an venait d'être accordée à David et à Peyron, sans qu'ils l'eussent demandée, parce qu'il n'y avait pas eu de grand prix de peinture décerné cette année-là
3U22 l'académie de France a rome.
neur de me demander deux grands tableaux pour Sa Majesté, j'ai veu avec plaisir que, dans les deux sujets que vous me proposiez, celui de Brisèis estoit justement celui que j'avois choisi de faire pour moi, avant que de savoir vos intentions '. L'esquisse et toutes les études en sont faites, même la toile; mais je serai obligé de la faire élargir pour trouver par ce moyen la grandeur suffisante de traiter le Départ de Priam pour se rendre au camp des Grecs, qui me paroît aussi très beau et susceptible de beaucoup de richesse. Quoique les mesures des grands tableaux du Roi qui estoient au Sallon fussent de treize pieds de long siir dix de haut, j'imagine, Monsieur, que sur la longueur vous voudrez bien me laisser le maître. Je n'imagine pas avoir besoin de toute cette grandeur : d'ailleurs je ne serois pas bien aise que la longueur de la toile put m'empêcher de jouir des vérités de la nature, très nécessaire pour de pareils ouvrages, el sans laquelle je ne voudrois rien entreprendre.
et qu'on ne trouvait que deux architectes à envoyer à Rome. Bonvoisin et Labassière obtinrent la même prolongation. (8 septembre 1779.) David seul, comme on le voit, n'était pas disposé à profiter de cette faveur; mais les soins et les encouragements que Vien lui prodigua calmèrent son exaltation, et il accepta avec reconnaissance. (22 septembre.)
1 . Le grand succès des tableaux de Vien au Salon de Tannée précédente avait engagé d'Angiviller à lui commander deux nouvelles toiles. Les sujets proposés au peintre furent le Départ de Priam et la Remise de Briséis aux envoyés d'Agamemnon, dans la tente d'Achille; leur explication, écrite de la
8 décembre 1779.
M. d'Âgincourt est arrivé à Rome depuis quelques jours ; il m"a remis votre lettre eu date du lb' octobre il y a un au. Vous devez être plus que persuadé, Monsieur, que je le préviendrai sur tout ce qui pourra lui estre utile et agréable de ma part pendant le séjour qu'il fera à Rome ' . Il passe presque toutes les soirées à l'Académie; il a grand plaisir de s'entretenir de vous. Monsieur: il regarde l'époque de votre place comme la plus favorable aux arts en France, puisque vous voulez bien vous occuper de l'histoire, qui estoit la partie négligée, et. j'ose dire, abandonnée, quoiqu'elle soit le fondement de la peinture. Il aveu les ouvrages que les pensionnaires ont fait pour vous estre envoyés avec satisfaction; il n'a pas peu s'empêcher de dire à M. le cardinal de Bernis. qui pense comme lui à cet égard, qu'il lui paroissoit que mon zèle à seconder vos intentions avoit produit un changement dans les études des pensionnaires qu'on ne pouvoit ignorer : les Romains sont obligés d'en convenir. M. Pierre et moi avions prêché depuis longtems une doctrine qui à peine estoit écoutée, et ceux des jeunes gens qui estoient faits pour en proffiter estoient entrai-
main de Pierre, fait supposer que l'idée première est due à cet artiste. (20 et 27 septembre 1779.)
1. Seroux d'Agincourt, devenu de financier antiquaire, se fixa à Rome cette année-là et n'en bougea presque plus.
nés par le torrent des jeunes artistes qui ne s'occupoient qu'à suivre le penchant qu'ils avoient pour les choses frivoles, bien plus faciles à faire que les études sérieuses du vrai beau, qui est le but où le peintre d'histoire doit désirer d'arriver. Je crois le moment de l'émulation arrivé : c'est vous, Monsieur, qui l'avez fait naître, et c'est à nous à seconder vos veues par nos soins et par l'exemple.
J'ai trouvé M. d'Agincourt fort maigri : il a fait dans la plus grande partie de l'Italie des recherches très satisfaisantes sur le renouvellement des arts ; mais ces recherches, faites, j'ose dire, avec passion, l'ont fatigué... L'exposition des ouvrages des pensionnaires a esté veue favorablement par les seigneurs romains et les artistes. M. le cardinal de Bernis, qui aime les arts, a veu avec plaisir cette troisième exposition ; il a même esté surpris de voir des ouvrages de cette jeunesse se soutenir, pour la couleur, avec les copies d'après les grands maîtres qu'ils avoient également exposées. Le s1" Peiron avoit un tableau qu'il a fait pour M. l'abbé de Bernis, représentant Bèlisaire recevant l'hospitalité d'un 'puissant qui avoit servi sous lui, qui lui a fait beaucoup d'honneur.
19 janvier 1780.
J'ai l'honneur de vous faire mes sincères remerciements, ainsi que ceux de ma femme, sur le logement
que vous avez bien voulu m'accorder (à Paris) : c'est une obligation que je joindrai à toutes celles que je vous ai. qui ne finiront qu'avec moi... Le sr Peyron, à qui j'ai témoigné, Monsieur, l'envie que vous aviez de voir un dessein du tableau de Bèlisaire qu'il a fait pour M. l'abbé de Bernis. m'a dit qu'il avoit prié M. Watelet. il y a un an, de vous offrir le dessein arresté de cette composition, qu'il avoit envoyé à l'Académie. Depuis ce tems-là il n'a pas eu réponse à ce sujet: il a l'honneur de vous l'offrir de nouveau.