Lettre du lo septembre
France, à l'Angleterre, à l'Allemagne, venait dessiner avec eux et trouvait un accueil empressé l. D'autre part, le directeur, qui avait décoré le palais de superbes tentures des Gobelins et d'objets d'art précieux, en faisait les honneurs aux étrangers avec une libéralité, une courtoisie toutes françaises. Les Italiens, éblouis, rendaient avec usure à notre École la considération que les événements lui avaient autrefois ravie. Les princes, les prélats affluaient dans son enceinte au moment du carnaval, et le pape lui-même était séduit par sa magnificence. Les élèves organisaient des mascarades artistiques; il leur arrivait même de donner la comédie et de jouer des pièces de Molière2. Tous ces frais de représentation furent reprochés à Vleughels après la mort du duc d'Antin, et l'on prétendit qu'il s'était rendu ridicule ; mais il n'avait fait que seconder les vues politiques du Gouvernement. Ce qui put lui faire plus de tort, c'est le mariage qu'il lui prit fantaisie de contracter à plus
1 . Deux peintres espagnols étaient même entretenus dans l'Académie sur le pied des pensionnaires, aux frais de leur souverain (lettre du 27 juin 1731).
2. Mém. inédits, etc., II, 444. Trémoillière se distinguait surtout dans ce genre d'exercice.
de soixante ans, suivant le bel exemple d'Errârd, avec une jeune française qui se trouvait à Rome et qui s'occupait elle-même de peinture l. Du reste, il ne jouit pas longtemps de cette union : après avoir fait acheter par le roi le palais Mancini, loué depuis douze ans à l'Académie, il mourut au mois de décembre 1737. Sa femme lui avait cependant donné deux enfants; elle reçut le même traitement que la veuve de Poerson, et vécut à Rome jusqu'en 1756. Son fils conserva encore, plus tard une chambre dans l'école; mais il tourna mal, et sa famille fut obligée de le faire enfermer à Givita- Castellana2; il revint ensuite à Paris. Vleughels avait obtenu^ en 1726, des lettres de noblesse et le cordon de saint Michel, qui fut conféré de même à plusieurs de ses successeurs. Il avait été nommé à son tour prince de l'Académie de Saint- Luc, et, par ses soins, l'union établie entre cette dernière et l'Académie de France s'était étendue à celle de Bologne.
Le sculpteur de Lestache fut chargé par intérim de la surveillance de l'établissement, et recul